Dossier d’œuvre architecture IA13006266 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
ensemble fortifié : batteries de côte de l'Ile Verte
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune La Ciotat
  • Lieu-dit île Verte
  • Adresse ,
  • Cadastre 2026 CX 1, 2
  • Précisions
  • Dénominations
    batterie, ensemble fortifié
  • Précision dénomination
    batteries de côte
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

             L'île Verte est un des points choisis en 1695 pour implanter des batteries de côte pour défendre la baie de La Ciotat, en complément du programme de défense côtière de la baie de Marseille, comportant dix sept sites littoraux dont treize non antérieurement fortifiés.

La réalisation du programme de la baie de Marseille, conçu en 1694 sous l'autorité de Vauban, fut confiée maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon. C'est Tourville qui décida de la création des batteries de la baie de La Ciotat, dont celles de l'île Verte. Le service de ces batteries était assuré par le bataillon «Le Phénix» composé de 200 hommes de troupe et de 200 marins logés dans la ville de La Ciotat.

            Vers 1696, d'après le détail de l'île Verte sur un plan de la rade de la Ciotat, signé du cartographe François Gaulette1, l'île est défendue par trois batteries côtières de canon, la batterie de Saint Pierre, au nord-nord-est, à gauche de l'anse abordable au vaisseaux, avec épaulement en chevron armé de 5 canons de 24, la batterie dite de Senderolle (Seynerolles) au sud/sud-est de l'île, avec épaulement en hémicycle, armé aussi de 5 canons de 24, et, au nord-ouest une petite batterie de plan en chevron armée de 2 canons de 18, pour défendre la passe du Cap de l'Aigle. S'y ajoutait à l'est, entre les deux batteries principales, une position de deux mortiers, et deux magasins à poudre, l'un carré à distance de la gorge de la batterie sud/sud-est, l'autre circulaire à même distance de la gorge de la batterie nord-ouest, et un magasin d'ustensiles et munitions dit de St Pierre, à droite de l'anse St Pierre. Le plan indique aussi, en projet, des murs de retranchement bordant les deux anses  du côté est de l'île, partant des deux batteries principales, "pour deffendre la descente que les ennemis pourroient faire seulement en ces ances, le reste étant d'un accès difficile".

Plan de La rade de la Ciotat, c. 1696. Détail : l'île Verte.Plan de La rade de la Ciotat, c. 1696. Détail : l'île Verte.

            Un arrêt du Conseil d’Etat du 17 novembre 1705 inféodait l’Isle de La Ciotat à  Jean-Baptiste Flote Saint-Joseph, seigneur de Roquevaire, capitaine au régiment d’Agenois, chevalier de Saint-Louis. La ville de La Ciotat ayant alors revendiqué pour des raisons stratégiques la propriété de l'île, celle-ci lui fut accordée par un nouvel arrêt du Conseil d’Etat du 4 mai 1706, sous condition que la ville serait tenue vis à vis de l'Etat de ne mettre nul obstacle à l'entretien des ouvrages de fortification existants ou à la construction de nouveaux ouvrages2.

            Dans les faits, le département de la guerre désarma les batteries de l'île Verte et les laissa à l'abandon, comme il ressort de la légende d'un plan du port et de la rade de La Ciotat daté de 17473, illustrant et créditant l'île verte de  "trois batteries à canon de deux pièces chacqu'une, et une de deux mortiers, qui existoient sous Louis quatorze; démolies aujourd'huy".  

            En 1755,  la légende de la Carte de la côte de Provence depuis l'embouchure du Rhône jusques au port de Villefranche, signée de  Nicolas-François Milet de Monville4 directeur des fortifications de basse Provence, mentionne l'île Verte, cotée V, au nombre des forts et batteries de la coste de Provence qu'il conviendroit d'armer pour en protéger la navigation et pour interdire le mouillage des rades à une armée navale ennemie, précisant qu'y placer deux mortiers interdirait le mouillage de la baie.

            Le rétablissement de ces batteries insulaires ne fut pas envisagé durant la période des guerres révolutionnaires. Le réarmement de la plupart des autres batteries de côte des baies de Marseille et La Ciotat fit alors l'objet de mémoires et projets, les 3eme, 4eme et 9eme années de la République, et d'un état nominatif des batteries de côte depuis Cassis jusqu'au Cap Sicié établi en 1804, au début de l'Empire, mais ces documents ne mentionnent jamais l'île Verte, qui réapparaît sous l'Empire.

            Les 3 et 4 septembre 1808, un vaisseau anglais tira au canon sur la ville et le port de La Ciotat depuis les abords de l'île Verte, où furent débarqués quelques marins, entreprise aussitôt refoulée par un détachement envoyé par la municipalité5. La refortification de l'île Verte est une décision personnelle de Napoléon Ier, prise en 1811, sans doute sur influence du général Jean Ambroise de Lariboisière, premier inspecteur général de l'artillerie depuis février de cette même année, ainsi qu'en témoigne un rapport de reconnaissance des lieux du 20 novembre 18116. Ce rapport est signé du capitaine du génie Nicolas Poitevin-Dubousquet (1780-1820), chef du génie de Marseille, agissant sur ordre de Jean-François Sorbier, directeur des fortifications à Toulon, en application d'une lettre ministérielle de 30 octobre, pour proposer les établissements les plus convenables pour les batteries et tour modèle que sa Majesté a décidé d'établir dans cette île. La reconnaissance fut  faite en compagnie de M de St Cyr capitaine d'artillerie et aide de camp du premier inspecteur général de l'artillerie.... L'intention de S.M. étant que les batteries que l'on doit établir sur cette île offrent des feux qui puissent d'un côté battre l'entrée du golfe et se croiser avec ceux de la batterie de la Baumelle7, de l'autre battre le rocher du cap de l'Aigle et défendre l'entrée de ce passage. Le premier emplacement proposé (au Sud/sud-est) était un petit plateau élevé de 12m,  favorable à l'établissement d'une batterie de 4 pièces qui découvriront la pleine mer, battront la ligne d'entrée du golfe, le second emplacement étant la pointe sud  (sud/sud-ouest) de l'ile qui offre deux ouvertures pratiquées dans le rocher comme des embrasures, pour l'emplacement de deux pièces qui battront le bec de l'Aigle et défendront l'entrée du passage. Cette pointe est élevée de 40m au-dessus de la mer. Le rapport ne comporte aucune allusion à l'antériorité de la fortification de l'île par les batteries de 1695, apparemment très largement détruites, bien que l'emplacement  de la batterie de 4 pièces  proposée corresponde précisément  à celui de l'ancienne batterie sud/sud-est anciennement dite de Senderolle, et que le plan semi-circulaire de l' épaulement de la nouvelle "batterie basse" reprenne celui de l'ancienne, ce qui suggère une réutilisation d'infrastructures encore en place. Le rapporteur évoque ensuite la tour-modèle : nous avons pensé que l'emplacement le plus favorable pour établir la tour modèle était sur le plateau Est de l'île à 200m de la pointe sud. Dans cette position, la tour verra les deux batteries et les fermera pour ainsi dire à leur gorge (...) cette île offre l'avantage de n'avoir qu'un seul point de débarquement qui est l'anse de St Pierre, vue de la batterie des Matelas et du château de La Ciotat.  Ce projet de principe d'implantation des deux batteries est illustré sur une carte du littoral de la côte aux environs du port de la Ciotat et de l'île Verte, établie d'après un croquis du chef du génie de Marseille et contresignée par Jean-François Sorbier8. Le plan de l'île sur cette carte est géométriquement distordu mais montre l'implantation de la tour modèle, en un point qui correspond approximativement à celui qu'occupait le magasin à poudre de la batterie de Senderolle sur le plan Gaulette vers 1696. La construction de la tour modèle n°2, prévue d'après cette carte avec un fossé bordé d'un chemin couvert sur la contrescarpe,  fut financée sur le budget de la place de Marseille pour l'exercice 1812, et celle la batterie basse programmée pour 1813.

            Les travaux étaient en cours le 1er juin 1812, conduits par des ouvriers et 25 hommes de troupe,  lorsqu'un contingent de 200 anglais débarqua dans  l'île à 2 heures du matin sous la protection de neuf vaisseaux de ligne, trois frégates et deux corvettes. Partant de La Ciotat, 100 hommes, soldats et des volontaires français y débarquèrent à leur tour à 4 heures et refoulèrent les anglais, deux de leurs embarcations étant coulées par le feu des batteries9.

            A partir de 1813, le département de la guerre disposa de la totalité du sol de l'île, pour en affermer à son profit, et au détriment de la ville de La Ciotat, les parties non occupées par les ouvrages de fortification.

            L'achèvement de la tour-modèle n° 2 de l'île Verte, pour un coût de 13.950 francs est approuvé le 25 octobre 1813, dans une séance du comité central des fortifications sur la défense du golfe de La Ciotat10, présidée par comte François-Aimé Dejean, ancien ministre de la guerre, premier inspecteur général du Génie. Le programme fut commencé sur un fonds extraordinaire de la Guerre (10.000 fr)  sur ordre du Maréchal prince d'Essling.

            Un état des lieux circonstancié des défenses de  l'île Verte peu après la fin de l'Empire est donné dans le mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et dépendances 11 rédigé le 20 novembre 1816  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon et chef du génie de Marseille : "L'île Verte est on ne peut plus heureusement placée pour la défense du golphe et du port de La Ciotat, séparée du continent du côté du Bec de l'Aigle par un bras de mer qui n'a que 650 mètres de largeur et au milieu duquel se trouve un écueil à 6 pieds sous l'eau; il serait très difficile pour ne pas dire impossible à un vaisseau ennemi de pénétrer dans cette passe couverte des feux de la batterie de Matelas de celle du château (de La Ciotat) et de celle dite batterie haute construite sur cette île. La passe entre l'île et le château, quoique plus large, est parfaitement défendue aussi par la batterie du château, celle du Matelas et celle dite basse de l'île, qui bat encore tout l'intérieur du golphe et croise ses feux avec toutes celles qui l'entourent. Les deux batteries de l'île Verte dont je viens de parler sont protégées par une tour modèle (n°2) placée sur un mamelon qui les domine l'une et l'autre; cette tour n'a pu être, faute de fonds, portée à son entière perfection, il ne reste néanmoins à faire que les menuiseries de l'intérieur et le pont-levis, ce qui pourra toujours être exécuté en peu de temps et sans beaucoup de dépense lorsque la tour deviendra nécessaire. La batterie basse est en outre fermée à la gorge par un mur crénelé, on y a construit un corps de garde pour 30 hommes. La batterie haute très rapprochée de la tour peut se passer d'être fermée à la gorge qui est d'ailleurs très ressérrée et peu accessible. Ces batteries étaient armées jusqu'à la paix de 1814 de 5 pièces de 36 dont 4 étaient placées à la batterie basse."

            Il importe de préciser que la tour modèle n°2 de l'île Verte, probablement bâtie sous la direction de Tournadre aîné (auteur en 1813 du projet de tour modèle n°3 pour la batterie de Cacao), est, avec la tour-modèle n°1 de la batterie de La Croix des Signaux à Saint-Mandrier près de Toulon, la seule réalisée sous l'Empire en Méditerranée, les deux étant pour l'essentiel conformes à leur modèle-type défini en juin 1811. Cinq tailles de tours, toutes carrées et a usage de réduit de batteries de côte, étaient prévues dans le programme général de 1811, les trois premières seules casematées : n°1 pour 60 hommes; n°2 pour 30 hommes; n°3 pour 18 hommes. Cent soixante de ces tours devaient être construites sur l'ensemble du littoral, dans un délai de dix ans, dont cinquante quatre sur les côtes de la Méditerranée. A peine plus d'une dizaine a été réalisée sur l'ensemble du littoral français, dont deux seulement en Méditerranée. De celles projetées dans le secteur de Marseille, outre la tour de l'île Verte, effectivement construite, une autre, aux batteries du  le Cap Morgiou, a été au moins commencée au stade des excavations. Les autres, notamment celles proposées en 1811 aux batteries du Cap Croisette, de Mounine ou de Corbière n'on reçu aucun commencement d'exécution.

            Jean-Joseph Amable Tournadre  (qui  contribua en 1813 à la construction de la tour de La Croix des Signaux), donne une nouvelle description des batteries de l'île Verte en 1818 dans un atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat réunissant des relevés détaillés réalisés sous son autorité. Les ouvrages de l'île verte y sont illustrées par trois planches de plans, deux pour les batteries proprement dites, une pour la tour-modèle, retranchée côté terre par son fossé taillé dans le roc débouchant côté mer  sur l'escarpement vertical de la côte12.

 Plan et profils de la batterie basse de l'île Verte près La Ciotat, 1818. Plan et profils de la batterie basse de l'île Verte près La Ciotat, 1818.Plan et profil de la batterie haute de l'île Verte près La Ciotat,1818.Plan et profil de la batterie haute de l'île Verte près La Ciotat,1818.Plan et profil de la tour-modèle n°2 de l'île Verte près La Ciotat,1818.Plan et profil de la tour-modèle n°2 de l'île Verte près La Ciotat,1818.

Le commentaire donne certaines précisions, en datant  généralement de 1811 les ouvrages construits et armés en réalité pour l'essentiel en 1812 et 1813, et désarmés dès 1814 : "L'île Verte (...) est placée en avant d'un cap nommé le Bec de l'Aigle (...) d'un accès difficile sur presque tout son pourtour et l'anse de St Pierre est le seul point par lequel on puisse y arriver commodément. L'ile est défendue par deux batteries et une tour modèle (...)  Batterie basse : l'épaulement de cette batterie construite en 1811 est circulaire et formé d'un coffre de maçonnerie empli de terre. La plate-forme est en terre aussi et peut recevoir cinq pièces de canon sur affut de côte, elle est élevée de plus de 17 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les établissements consistent en un corps de garde pour 30 hommes et un très petit dépôt pour les poudres, le tout en bon état. la batterie est fermée d'un mur crénelé en bon état aussi, sauf la barrière, brisée depuis le désarmement. La batterie haute située sur une pente très resserrée et fort élevée a son épaulement en terre renfermé dans un coffre de maçonnerie. La plate-forme aussi en terre et élevée de 35m au-dessus du niveau de la mer peut recevoir une pièce de canon montée sur affut de côte et une canonnade. Il n'y a d'autre établissement qu'un petit dépôt pour la poudre, la proximité de la tour-modèle les rend inutiles. (...) La tour-modèle n°2 dont l'excavation fut commencée en 1811, n'a pu, faute de fonds suffisant être terminée complètement (...) A côté de la tour modèle on avait formé un épaulement en maçonnerie de mortiers que fort prudemment on n'a jamais armé et qui ne pourra l'être que quand les moyens de défense de l'île seront complets (...)". Le chef du génie proposait en conséquence de compléter les défenses par un mur de retranchement au débarcadère de Saint-Pierre et de construire un fourneau à réverbère dans la batterie basse.

            Le 29 juin 1822, à la suite de tractations et de revendications de la ville de la Ciotat, le département de la guerre réduisit le périmètre des terrains réservés par  l'Etat au pourtour de l'emplacement des ouvrages de fortification désarmés, et abandonna au maire de La Ciotat le reste du sol de l'île, désormais affermé au bénéfice de la ville13.

            En 1841, une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des iles fut instituée par décret du 11 février  pour étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. La commission travailla en particulier, pour les batteries isolées, sur la définition de réduits-type défensifs. Une première série de réduits comportant des  tours carrées comparables au tours-modèle du premier Empire et des corps de garde fut définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, puis retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir aux modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie. Pour le secteur de Marseille, le vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries selon les nouvelles normes donna lieu à des projets à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l'organisation des deux batteries existantes de l'île Verte, basse et haute, et la construction d’une nouvelle batterie au nord-est de l'île, à gauche de l'anse de Saint-Pierre, firent l’objet des articles n°6, 7 et 8 du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846[14 rédigé par le chef du génie, pour une dépense globale estimé de 8900 francs. Le coût relativement modeste du projet  tenait au fait que l'infrastructure des deux batteries de 1812-1813 était conservée avec des modifications très mineures concernant le parapet en terre de leur épaulement, adapté dans la batterie basse pour quatre pièces dont deux tirant vers l'est, et dans la batterie haute pour deux obusiers de 22 cm. De plus, la nouvelle batterie projetée, estimée à 4190 francs, était limitée à un petit épaulement en arc de cercle non revêtu, d'une capacité de quatre à cinq pièces, fermé à la gorge par l'escarpement rocheux existant. A cet égard, le chef du génie observait qu'à l'emplacement qu'il proposait "le terrain est tout préparé pour recevoir la nouvelle batterie", sans savoir que cet emplacement était celui qui avait été occupé par la batterie Saint-Pierre de 1695, dont il ne restait apparemment plus de vestiges en 1846. Enfin, l'économie principale était procurée par la présence de la tour-modèle n° 2 de 1812-1813 (conçue en principe pour 30 hommes),  bien placée pour servir de réduit unique aux trois batteries de l'île, avec lesquelles étaient prévues des communications, ce qui dispensait de construire une nouvelle tour ou corps de garde type 1846, poste souvent le plus coûteux des batteries de cette génération. Le directeur des fortifications demandait dans son apostille à prévoir un petit dépôt de munition dans la nouvelle batterie.

            Ajourné, le projet ne fut pas représenté dans  l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour l'année 1849, qui concerne seulement la baie de Marseille, jugée de première importance,  mais dans le mémoire sur les projets, de travaux pour la défense des côtes pour 1850, rendu le 28 février 1849 par le capitaine du génie Alfred Schoennagel et le chef du Génie Lebas, concernant les baies de La Ciotat et de Cassis15. Les rédacteurs y précisent que les batteries de ce secteur sont de 2° importance pour les huit premières, dont les trois batteries de l'île Verte, toujours objet des articles 6 à 8. Le coût global estimé pour les trois batteries était alors de 12.500 francs, et il  est mentionné que la tour-réduit construite en 1813 avait besoin de réparations. Ce programme est reporté aux exercices ultérieurs et détaillé dans le Mémoire sur les Projets pour 1851-1852, daté du 14 décembre 185016 accompagné de deux planches de plans.

[Plan de situation et plan du projet d'organisation de la batterie basse sud-est de l'île Verte pour 1851-1852],1850.[Plan de situation et plan du projet d'organisation de la batterie basse sud-est de l'île Verte pour 1851-1852],1850.[Plan du projet d'organisation de la batterie haute sud-ouest et de construction de la batterie basse nord-est de l'île Verte pour 1851-1852],1850.[Plan du projet d'organisation de la batterie haute sud-ouest et de construction de la batterie basse nord-est de l'île Verte pour 1851-1852],1850.

L'épaulement de la nouvelle batterie projetée est désormais de plan en chevron, toujours adapté à 4 pièces, et un petit magasin à poudre y est proposé creusé en caverne à la gorge dans le front rocheux, le coût estimé pour cette seule batterie, y compris sa communication à la tour-réduit, étant de 21.500 francs. L'organisation de la batterie haute existante, pour 2 pièces, toujours limité à une réfection de l'épaulement et à une communication assez simple à aménager, est estimée à 1700 francs, celle de la batterie basse sud/sud-est à 5000 francs, dont 3000 pour la réfection de l'épaulement, le reste pour la communication et la restauration du corps de garde. Ce projet était classé en 2eme degré d'importance, sans demande de fonds pour l'exercice en cours.

            L'ensemble des projets des batteries de côte du secteur de Marseille et de La Ciotat ayant été ajourné durant dix ans, un état de l'armement recommandé par la commission de défense en 1859 prévoyait un armement de deux canons rayés en fonte de 30 cm et deux obusier à âme lisse de 22 cm dans chacune des deux batteries basses (S-S-E et N-N-0), et dans la batterie haute, deux obusiers de 22, ces batteries de l'île Verte étant alors toujours jugées de seconde importance.

            L'organisation des trois batteries de l'île Verte fit l'objet des articles 10, 11 et 12  du mémoire sur les projets de 1861-1862 établi sous la direction du chef du génie Alexandre Guillemaut17, avec une planche de  plans daté du 10 février 1861.

[Plans des projets d'organisation des trois batteries de l'île Verte],1861.[Plans des projets d'organisation des trois batteries de l'île Verte],1861.

L'article 10 estimé à 35.000 francs, était le plus coûteux, car il cumulait la réorganisation de la batterie basse sud/sud-est et la restauration de la tour-réduit de 1813. S'agissant de la batterie basse, le chef du génie proposait une réfection de l'épaulement sur un plan différent des projets précédents, en conservant le revêtement extérieur en hémicycle, mais en donnant à la plate-forme et au mur de genouillère du parapet un plan en chevron asymétrique disposant 3 des 4 pièces sur la face gauche, pour voir au mieux les abords du port de La Ciotat. Les réparations prévues à la tour-réduit étaient importantes : réfection du pont-levis, de la contrescarpe du fossé, achèvement des voûtes intérieures et de l'escalier de la terrasse, mise en place des vantaux de portes. Le projet de la nouvelle batterie basse nord/nord-est pour 4 canons, estimé à 30.000 francs, avait évolué. Son plan est complètement différent de celui des projets antérieurs, plus étendu en longueur, avec un épaulement ou parapet  rectiligne intégrant dans sa première moitié les plates-formes des canons et bordant dans sa moitié postérieure une courette encaissée dans laquelle sont prévus deux petits bâtiments, un corps de garde et un magasin à poudre, défilés par le retour du parapet formant parados. L'organisation de la batterie haute sud-ouest, qui reste plus limitée, était estimée à 10.000 francs. Les fonds n'étaient demandés que pour l'exercice 1862, les batteries de la baie de La Ciotat restant en second degré d'urgence, après celles de la baie de Marseille.

            L'Etat sommaire des projets pour 1863-1864, daté du 30 août 1862  par le chef du génie Guillemaut présentait à nouveau celui des trois batteries de l'île Verte, non encore financés, dans les articles 6 à 8 des fortifications. Les observations préalables du chef du génie précisent que la rade de La Ciotat, qui dépend de la place de Marseille, doit être défendue par sept batteries dont l’armement total est de 28 pièces; une seule de ces batterie, celle de Matelas sera terminée en 1862, et les 6 autres pourront être faites en 1863 , pour un budget de 205.000 francs.

            Ces projets inaboutis pour la rade de la Ciotat  seront abandonné dès l'exercice suivant. Le  mémoire sur les projets pour 1865-1866 rédigé par le lieutenant colonel Gras,  chef du génie de Marseille, le 16 décembre 1864 et  apostillé par Alexandre Guillemaut, devenu directeur des fortifications, entérine la clôture du programme des batteries de côte terminé, aucun article ne les concernant. Le plan terrier lié aux ouvrages de fortifications de l'île Verte, daté du 1er juillet 1867 et signé du chef du génie, exprime les trois batteries conformément à l'état projeté en 1861, rehaussées d'un teinte verte, sans préciser qu'il ne s'agit pas d'un état des lieux mais d'un état projeté non réalisé, auquel on n'avait pas encore renoncé en 1867. Seule la légende sur l'historique de la domanialité donne une indication sur la non exécution du projet, en partie liée aux revendications de la ville de La Ciotat sur la propriété de l'île : "on a indiqué par une teinte verte les emplacements qui paraissent nécessaires pour l'exécution de ces projets et qui, d'après ce qui précède, sont à disposition de l'Etat, mais il est bien entendu que si le département de la guerre renonçait à avoir des batteries dans l'île ou se déciderait à les établir sur d'autres points, les emplacements précités rentreraient en possession de la commune de La Ciotat."18

Plan terrier des ouvrages de fortifications de l'île Verte,1867.Plan terrier des ouvrages de fortifications de l'île Verte,1867.

            Les avis du comité de défense et du conseil supérieur de la guerre du 3 décembre 1888 confirmèrent le déclassement des ouvrages de l'île Verte, proposé antérieurement avec celui des autres batteries des baies de Cassis et de La Ciotat dans un projet de loi sur le déclassement de diverses places de guerre et batteries française soumis à la chambre des députés dans sa séance du 29 juin 1882. Faute de réalisation des projets de la génération 1846, les batteries de 1813 de l'île Verte n'avaient apparemment pas été réarmées  depuis la fin du premier Empire jusqu'au déclassement de 1888. Cependant, plusieurs années après ce déclassement, le département la guerre continuait à affermer sur l'île Verte, à un sieur  Ferrouillet, des logements et herbages (cotés 28) localisés dans les deux anciennes batteries, dans la tour-modèle et autour d'une ancienne chapelle près de l'anse St Pierre, comme l'indique un nouveau plan de l'île relatif aux affermages des terrains et bâtiments militaires. Ce plan d'état des lieux daté de 1896 montre explicitement que la nouvelle batterie nord-est proposée entre 1846 et 1862 n'avait pas été construite, et que les deux batteries de 1813 n'avaient subi aucune réorganisation.

[Plans des affermages des terrains et bâtiments militaires de l'île Verte], 1896. [Plans des affermages des terrains et bâtiments militaires de l'île Verte], 1896.

            L'état de la tour modèle, dite tour Géry, à cette époque et dans les décennies 1900-1910 est documenté par des photographies éditées en carte postale. Elle était à peu près complète mais semi-ruinée, son parapet crénelé à moitié tombé et des bretèches détruites.

Montage photographique de deux cartes postales montrant l'ancienne tour-modèle de l'île Verte vers 1900-1910. Montage photographique de deux cartes postales montrant l'ancienne tour-modèle de l'île Verte vers 1900-1910.

            Durant la première guerre mondiale, en septembre 1916, l'île Verte fut réarmée temporairement de  quatre pièces de 90 servies par 19 artilleurs, qui auraient étés logés dans la Tour Géry, ce qui suppose des travaux de réhabilitation.

            Durant la seconde guerre mondiale, l'île Verte fut occupée militairement par les allemands  au début de 1943 pour y installer un point d'appui lourd du Südwall codé Stp MAL  (Stützpunkt Marseille-Est) 044. Les côtes sud  et  ouest de l'île furent fortifiées et armées, pour constituer une importante batterie de côte de l'armée de terre (HKB : Heer kusten batterie) servie par une garnison du 1291°  Régiment d’Artillerie Côtière de la Heer ( Heeres-Küsten-Artillerie-Abteilung ) dont elle était la 6° batterie,  codée 6/HKAR1291.

L'armement consistait en quatre pièces de 12,2 cm K 390/1(r) sur plates-formes bétonnées avec pivot et plaque tournante , deux canons de campagnes de soutien de 7,5 cm FK (feldkanone) 284 (j) (canons de 75mm Mle 1898 d'origine yougoslave) et deux pièces antiaériennes de  3,7 cm Flak 36 , artillerie éclairée par des projecteurs de 60 et 150 mm pour le tir de nuit et dirigée par un poste de direction de tir Leitstand  type SK, soit le même type que celui de la batterie du Rove (2° batterie du HKAR1291). L'équipement de la batterie HKB de l'Ile Verte  comportait aussi des abris passif pour troupe, des voies carrossables  montant du débarcadère de l'anse Saint Pierre pour desservir les principaux ouvrages, et deux souterrains creusés en caverne pour des circulations à couvert, l'un desservant les infrastructures souterraines du Leitstand. L'ancienne tour-modèle n°2 de 1813, sans doute jugée trop visible du large, fut dérasée au niveau du haut de la contrescarpe de son fossé, une dalle de béton étant coulée au-dessus des voûtes du niveau de soubassement, réutilisé comme abri.

            La comparaison d'aspect de l'île en vue aérienne entre 1927 et décembre 1943 montre la mise en place, alors en cours, des aménagements défensifs allemands, qui n'entraînèrent pas de modifications aux deux épaulements des anciennes batteries autre que l'adjonction d'une cuve sur celui de la batterie basse sud-est, en 1944.

Montage photographique de deux vues aériennes verticales de l'île Verte prises en 1927 et 1943.Montage photographique de deux vues aériennes verticales de l'île Verte prises en 1927 et 1943.

            Avant le débarquement de Provence, le 13 août 1944, l'île Verte fut lourdement bombardée l'aviation alliée, afin de mettre à mal  la batterie. Avant l'évacuation ordonnée par l'Etat major allemand le 17 août, la garnison saborda plusieurs ouvrages, dont le poste de direction de tir (comme ce fut le cas à la même époque à la batterie Napoléon du Cap Croisette) et jeta des canons de 12,2 cm à la mer. L'état des lieux en 1946 est documenté par une photographie verticale participant à l'illustration d'un rapport français sur le mur de l’Atlantique et le Sudwall19. On y repère le poste de direction de tir sabordé, la dalle de la tour modèle percée ainsi que de nombreux impacts de bombes; y sont également très apparentes, dans la partie ouest de l'île, les différentes tranchées allemandes plus ou moins longues et en zigzag reliant desservant ou reliant entre elles différentes positions de tir.

[Vue aérienne verticale de l'île Verte], 1946.[Vue aérienne verticale de l'île Verte], 1946.

            Après 1958, un haut mur-écran en béton servant d'amer adapté à un système d’étalonnage de radiogoniométrie fut construit à l'initiative de la Marine Nationale à côté des ruines de l'ancien poste de direction de tir.

            Depuis le dernier quart du XXe siècle, le Département des Bouches du Rhône est entré en possession de l'Ile Verte, dont il assure l'entretien avec la contribution du parc National des Calanques. Les vestiges militaires sont pour la plupart laissés à l'abandon.

 II- Description

            Les batteries de l'île Verte sont réduites à l'état de vestiges inégalement conservés selon la période de construction dont ils témoignent. Il ne reste apparemment aucune trace des trois batteries de côte de 1695, qui étaient réparties en trois points éloignés de l'île. Les deux batteries du premier Empire, exclusivement localisés au sud de l'île, ont laissé des vestiges plus lisibles, quoique très diminués, la batterie basse sud-est occupant vraisemblablement l'emplacement de la batterie de Senderolle de 1695, ce qui laisse une présomption de remploi d'une partie des infrastructures de cette dernière dans l'épaulement de 1812-1813. L'état actuel de la tour-modèle est à la fois lourdement mutilé et ruiné depuis son dérasement en 1943. Au nord-est de l'île et au nord de l'anse du débarcadère dite de Saint-Pierre, le site qu'occupait la batterie Saint Pierre de 1695 ne conserve aucun vestige antérieur à la seconde guerre mondiale, les projets d'une  batterie basse nord-est présentés entre 1846 et 1861 pour compléter les deux batteries sud-est (basse) et sud-ouest (haute) n'ayant reçu aucun commencement d'exécution. Les ouvrages et aménagements annexes réalisés par les allemands en 1943 et 1944 sont ceux dont les vestiges sont les plus présents sur l'île, par leur nombre, leur variété et leur répartition topographique diffuse et étendue. Il ne comportent en revanche aucune casemates d'artillerie normative emblématiques du Südwall, les canons ayant tous été placés sur des plates-formes ou cuves à ciel ouvert , et le poste de direction de tir  nous est parvenu dans un état de ruine chaotique, du fait de son sabordage en 1944.

 

            De la batterie basse sud-est, à 16m d'altitude au-dessus de la mer, subsiste l'épaulement de plan  semi-circulaire, aujourd'hui dans un état de ruine avancé non stabilisée. Sur un segment  assez important de l'arc de cercle extérieur, le revêtement en blocage de moellons brut, ébréché en divers points, s'est écroulé, démasquant les terres de remblai de l'ancien parapet d'artillerie contenues entre ce revêtement et le mur de genouillère de la plate-forme intérieure.

Batterie basse sud-est, vue extérieure des ruines de l'épaulementBatterie basse sud-est, vue extérieure des ruines de l'épaulementBatterie basse sud-est, détail du revêtement de l'épaulement ruinéBatterie basse sud-est, détail du revêtement de l'épaulement ruiné

La mise en œuvre du de ce revêtement maçonné,  évoque celle d'un mur en pierre sèche du fait des joints serrés et de emploie de moellons relativement calibrés, allongés et posés approximativement en assises. On ne repère aucun indice de chronologie dans cette mise en oeuvre homogène, ce qui ne permet pas de trancher sur une attribution intégrale aux travaux de 1812-1813, ou sur la conservation de maçonneries de 1695. A la gorge de cet épaulement, les substruction de l'ancien corps de garde crénelé, encore apparentes sur la photographie aérienne de 1946, ne sont plus lisibles aujourd'hui, mais on retrouve encore celles d'un segment rectiligne du mur de fermeture à la gorge, correspondant à la partie  nord-est de ce mur jadis crénelé, qui formait un saillant plat à gauche de la plate-forme de l'épaulement et de la cour intérieure.

Batterie basse sud-est, substructions du mur de fermeture à la gorgeBatterie basse sud-est, substructions du mur de fermeture à la gorge

La plate-forme de l'épaulement ne conserve aucune trace de pavement, le parapet en terre et son  le mur de genouillère étant entièrement dérasés au niveau du sol intérieur. Sur l'ancien parapet ainsi dérasé, à peu près dans l'axe de l'arc de cercle, subsistent les restes d'une cuve circulaire en béton pour canon 7,5cm FK 284 construite en 1944 (bien visible sur la photographie aérienne de 1946) et, à proximité, un petit abri en béton semi-enterré pour le personnel au service de la pièce.

Batterie basse sud-est, plate-forme, restes d'une cuve allemande pour canon de 7,5 cmBatterie basse sud-est, plate-forme, restes d'une cuve allemande pour canon de 7,5 cmBatterie basse sud-est, plate-forme, restes d'une cuve allemande pour canon de 7,5 cm avec abri de personnelBatterie basse sud-est, plate-forme, restes d'une cuve allemande pour canon de 7,5 cm avec abri de personnel

            La batterie haute sud-ouest, à 35m  d'altitude au-dessus de la mer, occupait le haut d'une pointe rocheuse étroite et se limitait à une plate-forme très exiguë bordée d'un parapet d'artillerie régnant sur deux côtés, en tête (sud) segment très court pour un seul canon, et en retour d'angle droit, à droite (ouest), segment beaucoup plus allongé, sur le bord même de l'escarpement. Cette batterie a été dérasée, et n'en reste aujourd'hui que les assises basse du revêtement extérieur maçonné du parapet ou épaulement, formant encore l'angle arrondi entre segment de tête et segment de droite.

Batterie haute sud-ouest, vestige de l'épaulement sur le pointe rocheuse, vus du nordBatterie haute sud-ouest, vestige de l'épaulement sur le pointe rocheuse, vus du nord

            Ce qui reste de la tour modèle est implanté sur le bord du même escarpement vertical ouest que prolonge la pointe portant l'ancienne batterie, 95m en arrière de cette batterie, au-dessus du fond d'une calanque profonde dite grande Calanque, à 39m d'altitude. Son aspect extérieur actuel est celui d'un cube écrasé couvert d'une dalle de béton percée et fissurée, dont l'élévation murale résiduelle est à la fois déparementée et masquée par  un remblai  de démolition comblant l'ancien fossé du côté de l'escarpement. 

Pointe sud-ouest de l'île surplombant une calanque, portant les vestiges de la tour-modèle et de la batterie sud-ouestPointe sud-ouest de l'île surplombant une calanque, portant les vestiges de la tour-modèle et de la batterie sud-ouest

Du côté de la terre ferme, cette élévation murale extérieure de l'ancienne tour carrée demeure plus apparente, le fossé n'étant que peu remblayé devant les faces concernées, une porte à encadrement en briques ayant été percée en 1943 pour accéder  de plain-pied à l'étage de soubassement de la tour, épargné par le dérasement. Cette porte est masquée par un mur bouclier de protection en béton imposant une entrée en chicane. On note la mise en œuvre sans luxe des parements de 1812-1813, moins dégradés sur ces côtés, en blocage de petits moellons, sans pierre de taille aux angles.

Vue extérieure de la tour-modèle de 1813 dérasée et remaniée en 1943Vue extérieure de la tour-modèle de 1813 dérasée et remaniée en 1943

Le plan, un carré de 10,5m de côté hors œuvre à la base, l'élévation extérieure aux murs profilés en fruit, sont conformes au modèle-type de tour n°2 pour 30 hommes. Les photographies anciennes de la tour confirment cette conformité extérieure aux tours-modèle 1811, pour les parties d'élévations rasées en 1943, niveau 2 casematé et crénelé avec porte à pont-levis, et plate-forme bordée d'un parapet crénelé avec bretèche au milieu de caque face. Toutefois, l'économie qui semble avoir prévalu à la construction avait limité l'emploi de la pierre de taille à l'encadrement de la porte, au cordon  faisant transition avec le parapet et aux consoles d'appui des bretèches. Un examen attentif des photographies des années 1900 montre toutefois qu'en l'absence de chaînage des angles en pierre de taille, un des poncifs des modèles-type avait été respecté, à savoir le fait d'abattre les quatre angles, au  niveau 2, d'un petit pan coupé permettant d'un placer un créneau.

            Dans l'état actuel, on peut encore observer les dispositions internes ruinées du niveau 1 casematé de la tour, sous la dalle de béton armé de 1943, percée d'une large brèche.

Intérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , dalle percée, voûtes écrouléesIntérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , dalle percée, voûtes écrouléesIntérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , deux travées de voûtes arrachéesIntérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , deux travées de voûtes arrachéesIntérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , vue prise de l'intérieur d'une travée de voûte arrachéeIntérieur du niveau 1 ruiné de la tour-modèle de 1813 , vue prise de l'intérieur d'une travée de voûte arrachée

La partition interne régulière en quatre  casemates carrées séparées par des murs de refend reste reconnaissable, malgré la disparition de trois des quatre murs disposés en bras de croix et du pilier central qui, dans les modèles-type, marque leur point de  convergence. Deux des quatre travées carrées, jointives, ont encore leur voûte, en berceau surbaissé, entièrement construite en briques plates, de type tuileau,  posées de chant, portant sur les murs de moellons. Une troisième travée, dans laquelle débouche la porte percée en 1943, a encore une portion de sa voûte, ce qui permet de constater que son axe longitudinal ne prolonge pas celui des deux voûtes parallèles des deux travées conservée, mais  est perpendiculaire. Cette différence d'axe est perceptible sur la coupe de la tour donnée par une des planches de relevés  de 1818, qui indique un escalier à deux volées intérieur à une des travées, montant au niveau 3, dont ne reste plus trace aujourd'hui . Dans la quatrième travée, la voûte a entièrement disparu, mais un jour avec ébrasement intérieur à appui taluté et voûte très surbaissée en brique, percé dans le mur de la tour, est conforme à ceux que les modèles-type disposaient dans chaque travée du niveau 1 casematé des tours modèle.  La citerne qui existait sous une des quatre travées, d'après la coupe de 1818, existe sans doute encore, comblée de matériaux de démolition.

            Le seul autre vestige de structure maçonnée de facture militaire manifestement antérieure au XXe siècle encore visible sur l'île pose un problème d'identification. Il se situe dans un autre secteur que la tour modèle et les deux batteries  sud-est et sud-ouest, à savoir dans la moitié nord plutôt vers l'intérieur, à l'ouest et au-dessus de l'anse saint Pierre. Il s'agit des vestiges d'une petite construction de plan circulaire voûtée en coupole, mise en œuvre en blocage de petits moellons et galets, avec traces d'enduit intérieur.

Vestige d'une petite construction circulaire isolée au nord de l'ïle et à l'ouest de l'anse Saint PierreVestige d'une petite construction circulaire isolée au nord de l'ïle et à l'ouest de l'anse Saint Pierre

Cette structure ancienne, relevant de l'archéologie, n'est pas portée sur les plans de l'île datant des décennies 1850 et 1860 établis par le génie, pas plus que sur celui de 1896, ce qui peut simplement signifier qu'elle était alors déjà ruinée et jugée sans intérêt. En revanche, sa situation correspond assez bien à celle d'un des deux magasins à poudre portés vers 1696  sur le plan Gaulette montrant l'état des ouvrages récemment réalisés dans l'île, ce magasin isolé étant exprimé comme un bâti circulaire.

            Le plus monumental des ouvrages allemands de 1943-1944, sur un point haut de l'île , côté ouest, à 49m d'altitude au-dessus de la mer,  est le poste de direction de tir ou Leitstand  actuellement désigné sous l'appellation inappropriée de "fort Saint Pierre" ou "blockhaus Saint Pierre". Sa conception architecturale se différencie des modèles-type Regelbau  porteurs d'un n° de code fixe, le type SK qui le qualifiait correspondant à des postes de direction de tir non normatifs , de structuration  plus verticale qu'horizontale. Dans le cas de l'île Verte, l'aspect extérieur du  Leitstand   au dessus du niveau du sol est très mal conservé, chaotique et non documenté par des photographies antérieures à son sabordage, à la différence de celui de la batterie du Rove, représentatif aussi du type SK. Le point commun de ces deux Leitstand  du secteur de Marseille-La Ciotat tient notamment à l'importance de leur développement souterrain et de leur connexion avec une galerie de souterrain-caverne assez profonde. Le poste de direction de tir proprement dit formait un bloc de béton cubique de dimensions limitées hors œuvre, comme celui du Rove. Il devait en principe abriter dans son élévation émergeant du sol un poste de télémétrie avec fenêtre panoramique sous dalle épaisse, en principe au-dessus d'une salle d’observation aussi pourvue d'une large fenêtre panoramique, ces deux étages étant séparés par une dalle.  Cette disposition n'est plus clairement reconnaissable du fait de l'éclatement et de la dislocation des murs en béton banché , le vide intérieur étant  en partie recouvert par la dalle de couvrement épaisse, soulevée et basculée par l'explosion, le plafond vers le haut. L'aspect déstructuré de l'édifice ruiné est de plus renforcé par la présence du mur écran servant d'amer construit à côté après 1958.

Ruines disloquées de la superstructure apparente du poste de direction de tir allemand de 1943Ruines disloquées de la superstructure apparente du poste de direction de tir allemand de 1943Ruines de la superstructure apparente du poste de direction de tir allemand de 1943 et mur-écran post 1958Ruines de la superstructure apparente du poste de direction de tir allemand de 1943 et mur-écran post 1958

L'infrastructure souterraine de ce poste de direction de tir de l'île Verte est beaucoup mieux conservée. Elle prend la forme d'un puits profond de plan carré au parois en béton banché, dont l'élévation était recoupée en trois étages de soubassement aveugles  par des dalles de sol intermédiaires, percée de large trémies non superposées, donc adaptées à des échelles métalliques mobiles et non à un système de monte-charge. Le niveau inférieur de cette tour carrée souterraine en béton communique par une petite porte avec l'extrémité d'une galerie de souterrain-caverne creusée dans le poudingue.

 Infrastructure souterraine en puits à étages du poste de direction de tir allemand de 1943 Infrastructure souterraine en puits à étages du poste de direction de tir allemand de 1943 Porte vers le souterrain caverne de l'infrastructure du poste de direction de tir allemand de 1943 Porte vers le souterrain caverne de l'infrastructure du poste de direction de tir allemand de 1943

            Le souterrain-caverne desservant  le sous-sol du Leitstand , laissé entièrement brut de déroquetage, sans aucun habillage, comporte un segment élargi du triple du gabarit de la galerie de communication, formant une salle.

Salle laissée brute de déroquetage du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tirSalle laissée brute de déroquetage du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tir

L'intention était  sans doute d'y aménager un abri passif souterrain pour le personnel, comme il en existe plusieurs dans les souterrains de la batterie du Rove, mais cet aménagement secondaire qui nécessitait la mise en œuvre d'un habillage de ciment et de cloisons n'a pas été réalisé. L'issue aérienne de ce souterrain, à l'autre extrémité, présente un aspect d'inachèvement aussi caractérisé, avec ou débouché de forme irrégulière évoquant une brèche naturelle dans le roc ou l'entrée d'une grotte, barrée d'une grille de fer.

issue du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tir, vue de l'intérieurissue du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tir, vue de l'intérieurissue du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tir, vue de l'extérieurissue du souterrain-caverne allemand de 1943 lié au poste de direction de tir, vue de l'extérieur

            Plus au centre de l'île, au nord de la tour-modèle et de la Grande calanque, une autre galerie souterraine en caverne, plus courte, présente les mêmes caractéristiques. Elle avait pour objet de permettre une communication  souterraine entre une des  plates-formes de canons de 12,2 cm et un des abris de troupe normatifs en béton, de plan rectangulaire  situé à proximité. L'ensemble abri, plate-forme et les deux issues du souterrains sont bien visibles sur la photographie aérienne de 1946. L'issue de ce souterrain du côté de l'abri, profondément enfoncée dans le terrain,  est plus large que celle du souterrain lié au Leitstand  et pourvue d'une grille plus élaborée, avec portillon piéton.

Fosse d'issue du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'extérieur, près d'un abri de troupe normatifsFosse d'issue du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'extérieur, près d'un abri de troupe normatifsIssue avec grille du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'extérieurIssue avec grille du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'extérieurGalerie brute de déroquetage issue avec grille du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'intérieurGalerie brute de déroquetage issue avec grille du second souterrain-caverne allemand de 1943 vue de l'intérieur

La plate-forme de de 12,2 cm liée a ce souterrain, sabordée en 1944 demeure assez bien conservée , avec en place le pivot central de la pièce ceint d'un rail circulaire pour la rotation de l'affût, le tout scellé au sol, dans une armature métallique d'étrésillonnement  horizontale rayonnante dans un cadre de plan carré,  laissée apparente et formant une dalle d'assiette indépendante du reste du sol de la plate-forme.  

Plate-forme allemande pour un canon de 12,2cm, au centre sud de l'île, avec pivot et rail d'affut tournant en placePlate-forme allemande pour un canon de 12,2cm, au centre sud de l'île, avec pivot et rail d'affut tournant en place

Une autre plate-forme de canon de 12,2 cm de conception  identique subsiste à une soixantaine de mètres à l'arrière (au nord) du Leitstand. Elle a probablement été touchée par le bombardement plutôt que sabordée à l'explosif, le souffle de l'impact a soulevé la dalle d'assiette en métal et béton qui reste complète aujourd'hui dans une position basculée contre des débris amoncelés de la plate-forme en béton explosée.

Plate-forme allemande pour un canon de 12,2cm, au nord du poste de direction de tir, sabordée : dalle d'assiette avec pivot et rail, basculée Plate-forme allemande pour un canon de 12,2cm, au nord du poste de direction de tir, sabordée : dalle d'assiette avec pivot et rail, basculée

A une quarantaine de mètres au nord de plate-forme de 12,2 cm, un autre abri de troupe normatif en béton  semblable à celui liée à la première plate-forme, est également bien conservé et réutilisé pour les services des agents du département ou du Parc. Cet abri de plan rectangulaire (c. 10 m sur 4,5 m)  à niveau unique sous dalle, percé d'une porte et deux fenêtres en façade, est semi-enterré dans le terrain naturel. A mi-distance entre la plate-forme de 12,2 cm et le Leitstand,  la défense de la côte ouest était complétée par une position de  DCA  pour pièces de  3,7cm flak 36 , dont subsiste la cuve en béton.

 Abri de troupe normatif à proximité de la plate-forme allemande de 12,2cm sabordéeAbri de troupe normatif à proximité de la plate-forme allemande de 12,2cm sabordée

on de plan rectangulaire,  avec deux issues aux angles opposés, desservies par une courte tranchée, et trois plots béton creux. Des soutes-abri à munition sont réservées dans l'épaisseur des  murs à hauteur d'appui  de la cuve.

Cuve allemande carrée pour canon de DCA de 3,7cm, en arrière du poste de direction de tirCuve allemande carrée pour canon de DCA de 3,7cm, en arrière du poste de direction de tir

 Une autre cuve de  DCA  carrée un peu plus petite, aussi  pour 3,7cm flak 36 est implantée au sud-ouest, au-dessus de la "grande calanque", entre les restes de la tour-modèle et ceux de l'ancienne batterie haute sud-ouest de 1813. Elle présente les mêmes caractéristiques normatives et communique à un de ses angles par un escalier à un petit abri souterrain pour le personnel.

Cuve allemande carrée pour canon de DCA de 3,7cm, entre la tour-modèle et l'ancienne batterie sud-ouestCuve allemande carrée pour canon de DCA de 3,7cm, entre la tour-modèle et l'ancienne batterie sud-ouest

            Dans le secteur nord-ouest de l'île reste en place la seconde cuve circulaire pour canon de 7,5cm FK 284(j), un peu plus grande et mieux conservée que celle implantée à l'opposé de l'île, sur l'épaulement de l'ancienne batterie basse sud-est. Cette cuve  est bordée de murs de béton à hauteur d'appui  d'ou partent trois branches divergentes, l'une pour l'accès, vers un segment de tranchée, les deux autres en  d'escalier  descendant pour desservir chacune un  petit abri souterrain.

Cuve allemande circulaire pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'îleCuve allemande circulaire pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'îleCuve allemande circulaire pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'île, détail de la descente vers un petit abri enterré souterrainCuve allemande circulaire pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'île, détail de la descente vers un petit abri enterré souterrain

Une de ces branches se prolonge au sud dans  un réseau de deux tranchées en zig-zag.

Segment de tranchée en zig-zag liée à la cuve allemande pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'îleSegment de tranchée en zig-zag liée à la cuve allemande pour canon de 7,5 cm au nord-ouest de l'île

          Au nord-est de l'île et à l'ouest de l'anse Saint-Pierre (embarcadère) subsistent les soubassements en béton d'un baraquement à l'usage des officiers, détruit en 1944.

 Soubassement d'un baraquement d'officiers allemand à proximité du débarcadère ou anse Saint-Pierre.Soubassement d'un baraquement d'officiers allemand à proximité du débarcadère ou anse Saint-Pierre.

 

1BNF Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 5 P 5 D2La cession de l'île à la ville de la Ciotat fut confirmée par acte du 31 juillet 1762. Historique manuscrit sur un plan terrier des ouvrages de fortifications de l'île daté du 1 juillet 1867 (Toulon, SHD, 2K2 237).3BNF Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 5 P 8 D4BNF Cartes et plans, GE C-6125Georges Saint-Yves, Joseph Fournier, Le département des Bouches-du-Rhône de 1800 à 1810, Paris/Marseille, 1899, p. 466Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 117A l'autre extrémité du golfe (batterie disparue, actuellement dans le Var)8Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 129La mémoire de la seule victime française de cette escarmouche, le lieutenant d’artillerie de marine Gery, fut honorée en 1852 en nommant "Tour Géry" la tour-modèle.10 Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1311 Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1412Archives départementales des Bouches du Rhône 2 J 4, pl. n°29-30-3113Historique manuscrit sur un plan terrier des ouvrages de fortifications de l'île daté du 1 juillet 1867. Toulon, SHD,  2K2 237.14 SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 115SHD Vincennes, 1VH 108516 SHD Vincennes, 1VH 108617SHD Vincennes, 1VH 108918Toulon, SHD,  2K2 237.19Rapport Pinczon du Sel sur les installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949, Vincennes SHD, Marine, MV 2 DOC 7bis ( pl. 96/VIII photo 391-392)

            L'île Verte est un des points choisis en 1695 pour implanter des batteries de côte pour défendre la baie de La Ciotat, en complément du programme de défense côtière de la baie de Marseille, programme conçu sous l'autorité de Vauban, et mis en œuvre par le maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, vice-amiral du Levant.

Le détail de l'île Verte sur un plan de la rade de la Ciotat vers 1696 montre les trois batteries alors en place, ouvertes et formées d'un épaulement courbe ou en chevron : la batterie de Saint-Pierre (nord-nord-est, cinq canons de 24), la batterie de Senderolle (sud/sud-est, cinq canons de 24) et une petite batterie nord-ouest (deux canons de 18) complétées par deux mortiers et deux magasins à poudre.

            L'île verte fut restituée en 1706  à la ville de La Ciotat qui en revendiquait la propriété,  sous condition de ne faire nul obstacle à l'entretien des batteries ou à la construction de nouveaux ouvrages. Dans les faits, le département de la guerre désarma et abandonna  les batteries, considérées comme démolies en 1747.

            Napoléon Ier décida en 1811 la refortification de l’île, sur proposition du général Lariboisière, inspecteur général de l’artillerie. Le capitaine du génie Poitevin-Dubousquet, chef du génie de Marseille, proposa l’établissement de deux batteries,  une basse au sud/sud-est et une haute à la pointe sud, et d’une tour-modèle n°2 sur le plateau est, selon les directives de Jean-François Sorbier, directeur des fortifications de Toulon. Les travaux furent entrepris en 1812 ; un débarquement anglais, le 1er juin 1812, tenta sans succès de s’en emparer. L’achèvement de la tour-modèle n°2, probablement bâtie sous la direction de Tournadre aîné, fut approuvé en octobre 1813 sous la présidence du comte Dejean, premier inspecteur général du Génie. Avec la tour de la Croix-des-Signaux à Saint-Mandrier, elle est la seule autre tour-modèle conforme à la typologie de réduits de batterie définie en 1811 qui ait été construite en Méditerranée.

            En 1816, peu après la fin de l'Empire un mémoire de Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon, chef du génie de Marseille (probable maître d'œuvre de la tour-modèle), précise que la batterie basse, pourvue d'un  corps de garde crénelé pour 30 hommes et fermée à la gorge,  était armée avant la fin des guerres napoléoniennes (1814) de quatre pièces de 36, et la batterie haute d'une pièce de même calibre.  

            En 1846, en application du programme national de réorganisation des batteries selon les nouvelles normes issues des travaux  de la commission mixte d’armement des côtes de 1841,  le chef du génie de Marseille Marie-Tranquille Lebas proposa la réhabilitation des deux batteries existantes sur l'île Verte et la construction d’une nouvelle batterie nord-est, en conservant la tour modèle de 1812-1813 comme réduit commun. Ajournés, les projets furent représentés d'abord en 1850 puis en 1861-1862,  par le chef du génie Alexandre Guillemaut : le programme, qui comportait la restauration de la tour-réduit et la réfection complète des parapets des batteries existantes, ne fut pas réalisé.

Le déclassement définitif des ouvrages fut arrêté le  3 décembre 1888.

            En 1943, le  1291ᵉ régiment d’artillerie côtière de l'armée de terre allemande établit sur l’île le 6e batterie à sa charge, point d'appui  lourd, armé de quatre canons de 12,2 cm K 390/1(r), de deux pièces de 7,5 cm FK 284(j) et de deux pièces antiaériennes de 3,7 cm, desservis par des projecteurs, abris, voies, souterrains, et un poste de direction de tir (Leitstand) de type SK. La tour-modèle n°2 fut alors dérasée et réemployée comme abri. Bombardée le 13 août 1944, la batterie fut sabordée avant son évacuation le 17 août. Après 1958, la Marine nationale érigea à coté du Leitstand explosé un mur-écran en béton servant d'amer de radiogoniométrie. 

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle, limite 17e siècle 18e siècle , daté par source , (détruit)
    • Principale : 1er quart 19e siècle
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1812, daté par source
    • 1943, daté par source
    • 1695, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Tourville Anne Hilarion de
      Tourville Anne Hilarion de

      lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant (1689), Maréchal de France (1693) nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon, pour suivre la réalisation des batteries de côte.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Poitevin-Dubousquet Nicolas
      Poitevin-Dubousquet Nicolas

      capitaine, puis chef de bataillon du génie, actif à Toulon (travaux de la redoute dite Fort Napoléon à La Seyne) et à Marseille en 1811.

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    • Auteur :
      Tournadre Jean-Joseph-Amable , dit(e) dit Tournadre aîné
      Tournadre Jean-Joseph-Amable

      Chef de bataillon du génie. Sous-directeur des fortifications de Toulon à partir de 1812; chef du génie de la place de Marseille. Supervise dans le secteur de Toulon les travaux du fort de la Croix des Signaux, du fort Saint-Elme, des batteries de la Carraque et de Marégau. Dans le secteur de Marseille, il participe aux travaux des batteries de côte en 1812-1813 et dirige la réhabilitation du haut fort de la citadelle Saint Nicolas de Marseille de 1814 à 1830. Auteur d'un atlas des batteries de côte du secteur de Marseille à La Ciotat en 1818.

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      ingénieur militaire attribution par travaux historiques

            Les vestiges des fortifications de l’île Verte sont inégalement conservés.

            Il ne reste apparemment aucune trace des trois batteries de côte de 1695, qui étaient réparties en trois points éloignés de l'île, sauf à considérer que la batterie basse sud-est de 1812-1813 a conservé des infrastructures de la batterie de Senderolle, à laquelle elle semble s'être superposée. Implantée à 16 m d’altitude, cette batterie conserve l’arc semi-circulaire de son épaulement en blocage de moellons, très ruiné, dont le revêtement s’est écroulé sur une partie importante. Les substructions du mur de gorge subsistent en partie. Sur le parapet arasé se trouvent les vestiges d’une cuve circulaire en béton pour canon de 7,5 cm construite en 1944, avec un petit abri béton semi-enterré.

            La batterie haute sud-ouest de 1812-1813, à 35 m au-dessus de la mer sur une pointe rocheuse étroite, se limitait à une plate-forme très exiguë bordée d'un parapet maçonné dont ne subsistent conservées que les assises basses.

            La tour-modèle située à 39 m d’altitude au bord l'escarpement en falaise que prolonge la pointe sud-ouest, se présente aujourd'hui comme un cube arasé, couvert d’une dalle de béton percée. Le niveau inférieur casematé, accessible par une porte percée en 1943, défilée par un mur bouclier en béton,  subsiste à l'état de ruine. Ses dispositions sont conforme au modèle-type 1811 de tour n°2 pour 30 hommes. De plan carré de 10,5 m de côté hors œuvre,  elle était divisée par des murs de refend en quatre travées carrées égales couvertes de voûtes en berceau surbaissé construites en brique plate. Les murs sont construits à l'économie en blocage moellons sans pierre de taille aux angles, l'ancien fossé est en partie comblé par les déblais de la démolition des parties hautes. Dans un autre secteur de l'île, au nord-ouest de l’anse Saint-Pierre, un vestige de  petit bâtiment circulaire voûté en coupole, en moellons et galets, pourrait correspondre à l’un des anciens magasins à poudre de 1695.

Les ouvrages allemands de 1943-1944, répartis sur l'ensemble de l'île, sont largement conservés, mais généralement en assez mauvais état.

            Occupant  sur un point haut de la côte ouest de l'île au nord de tour-modèle,  à 49 m d'altitude, le poste de direction de tir ou Leitstand  aujourd'hui  improprement nommé "fort Saint Pierre"  est un exemple du type SK, non normatif, de forme cubique et de structuration  plus verticale qu'horizontale, comparable à celui de la batterie du Rove. Son aspect extérieur au dessus du niveau du sol est très mal conservé, rendu chaotique par l'explosion qu'il a subi, sa dalle de couvrement renversée étant basculée et écrasée dans l'état actuel. Son architecture se caractérise par l'importance du développement souterrain en forme de puits profond de plan carré au parois en béton banché, dont l'élévation était recoupée en trois étages aveugles qui communiquaient par des échelles métalliques mobiles. Le fond s'ouvre sur un souterrain-caverne assez étendu, laissé brut de déroquetage qui lui procurait un accès à couvert et était conçu pour procurer un abri. 

            Un autre galerie caverne analogue mais moins étendue, plus au centre de l'île, avait pour objet de mettre en communication  à couvert une des plates-formes de canons de 12,2 cm et un des abris de troupe normatifs en béton, de plan rectangulaire (env. 10 × 4,5 m) semi-enterrés, situé à proximité.

            Les  deux plates-formes de 12,2 cm et les deux abris normatifs sont conservés : la dalle d'assiette de la première plate-forme est toujours en place, avec son armature de métal centrée sur le pivot et le rail circulaire pour la rotation de l'affut du canon, celle de la seconde plate-forme, environ 60 m en arrière du poste de direction de tir, est soulevée et  basculée mais intacte. L'abri normatif associé, en bon était, est à 40m en arrière.            

Deux cuves béton de DCA bien conservées (pour canon de 3,7 cm), l’une à l’ouest de la tour-modèle, l’autre au sud-ouest, présentent un plan rectangulaire avec tranchées d’accès et petit abri enterré attenant.

            La deuxième cuve béton de 7,5 cm au nord-ouest de l’île, de plan circulaire, mieux  conservée que celle bâtie sur l'épaulement de l'ancienne batterie sud-est, comporte deux petits abris enterrés et communique à un réseau de tranchées en zigzag.            

Au nord-est, près de l’anse Saint-Pierre, subsistent enfin les soubassements d’un baraquement d’officiers détruit en 1944.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire galet
    • brique
  • Toits
    béton en couverture
  • Étages
    3 étages de soubassement
  • Couvrements
    • voûte en berceau segmentaire, en brique
    • dalle de béton, en béton armé
    • coupole
  • Typologies
    batterie fermée ; batterie ouverte
  • État de conservation
    mauvais état, vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété du département
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler, vestiges de guerre
  • Éléments remarquables
    réduit
  • Sites de protection
    loi littoral, site classé, parc naturel national
  • Protections

  • Précisions sur la protection

    Cap Canaille, Bec de l'Aigle et leurs abords classé au titre des sites par décret du 4 avril 1989

  • [Rapport sur le projet de batteries et tour-modèle sur l'île Verte] par Nicolas Poitevin-Dubousquet, 20 novembre 1811. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 11.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1851-1852, par Marie-Tranquille Lebas, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.

  • Plan de La rade de la Ciotat]. / Dessin aquarellé par Gaulette, c. 1696. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE SH 18 PF 75 DIV 5 P 5 D.

  • Plan et profils de la batterie basse de l'île Verte près La Ciotat. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'Atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 29.

  • Plan et profil de la batterie haute de l'île Verte près La Ciotat. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 30.

  • Plan et profil de la tour-modèle n°2 de l'île Verte près La Ciotat. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 31.

  • [Plan de situation et plan du projet d'organisation de la batterie basse sud-est de l'île Verte pour 1851-1852]. / Dessin aquarellé dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie haute sud-ouest et de construction de la batterie basse nord-est de l'île Verte pour 1851-1852]. / Dessin aquarellé dirigé par Lebas, chef du génie, 14 décembre 1850. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1086.

  • [Plans des projets d'organisation des trois batteries de l'île Verte]. / Dessin aquarellé dirigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089.

  • Plan terrier des ouvrages de fortifications de l'île Verte. / Dessin aquarellé par le chef du génie Maritz, 1 juillet 1867. Service Historique de la Défense, Toulon : 2K2 237.

  • La Ciotat - L'Ile Verte. / Carte postale, Editions L. Bonifay, c. 1900-1910. Collection particulière.

  • La Ciotat - Vue de L'Ile verte. / Carte postale, Editions L. Bonifay, c. 1900-1910. Collection particulière.

  • [Vue aérienne verticale de l'île Verte]. / Photographie,1927. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

    <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.614718&lat=43.180861&z=12&layer=pva&year=1927&mission=N27000031>

  • [Vue aérienne verticale de l'île Verte]. / Photographie, 1946. Dans : "Catalogue général des constructions allemandes sur les côtes de France. Livres VIII et IX : installations de défense de la côte méditerranéenne de la frontière italienne au Rhône, 1946-1949." / Yves Marie Fernand Pinczon du Sel. Service Historique de la Défense, Vincennes : Marine, MV 2 DOC 7bis (pl. 96/VIII photo 391-392).

Documents figurés

  • [Plans des affermages des terrains et bâtiments militaires de l'île Verte]. / Dessin aquarellé, 1896. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 12.

  • [Vue aérienne verticale du port de La Ciotat et de l'île Verte]. / Photographie,1943. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.587392&lat=43.184168&z=12.4&layer=pva&year=1942&orientation=vertical&mission=3639-0691>

Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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