Photographe Inventaire général.
- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
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Commune
Marseille 7e arrondissement
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Lieu-dit
île Pomègues
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Adresse
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Cadastre
2026
A
77
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Dénominationsréduit, poste d'observation
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Précision dénomination
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Appellationsposte de Pomègues, Tour de Poméguet
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Destinationsposte d'observation
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
Un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes donne lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, la construction d’une nouvelle batterie au pied de la grosse tour ancienne du fort de Pomègues, simple épaulement ouvert pour 3 gros canons, fit l’objet du 21e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 18461 rédigé par le chef du génie, pour un coût estimé de 2760 francs. Le 22e article était consacré à la création du Poste de Pomègues, consistant en une tour n°2 à construire au centre de l'île, à 600m de la tour du fort de Pomègues sur un mamelon à 46m d'altitude, pour un budget de 36000 fr. Daté du 2 juin 1846, le mémoire est antérieur à la fixation des modèles de réduit-type 1846, qui date du 31 juillet. Très sommairement exprimée en plan et élévation sur une planche de plan jointe au mémoire, commune au projet de batterie du fort de Pomègues2, la tour projetée pour le poste appartenait donc à la typologie antérieure provisoire de réduits de batterie, déclinée en tours carrées et corps de garde défensifs, définie et proposé le 13 septembre 1845 par la commission mixte d’armement des côtes.
Cette première typologie connut une diffusion limitée, et pas de réalisations. La tour du Cap Mangue sur l'île de Ratonneau, proposée dans le même mémoire (24e article), était une tour n°3 pour 20 hommes, dévolue à la garnison d'une batterie projetée de 4 canons. Dans le cas du poste de Pomègues, le choix d'une tour n° 2 d'une capacité de 40 hommes, en principe adaptée à une batterie de 8 canons, n'était pas au service d'une nouvelle batterie à créer, mais entrait dans le cas particulier, prévu par commission dès 1841, de réduits-type défensifs pouvant être proposés au cas par cas hors batteries, sous forme de postes de garde-côte. Les tours projetées étaient toutefois en capacité d'être armées de pièces d'artillerie placées sur leur plate-forme supérieure. Le mémoire de 1846 précise à cet égard que deux obusiers de 12 cm -ou de 16 cm selon l'avis du directeur des fortifications, pour des portées de tir efficaces à 800 et 1000m - devaient être placés sur la plate-forme de la grosse tour ancienne du fort de Pomègues, mais aussi sur celle du poste projeté. Le choix de l'emplacement de ce poste était conçu pour lui permettre de bien découvrir le port de Pomègues, les nombreuses calanques du côté du large, le revers de la digue de Frioul et les abords de la batterie de la Mangue. Le directeur des fortifications demandait une augmentation de 2000 francs du prix estimé du poste de Pomègues, pour construire un chemin de communication entre ce poste et la grosse tour de Pomègues.
Cet article des travaux fut ajourné et représenté en article 8 dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 18493, sous l’autorité du Chef du Génie Lebas. La nouvelle planche de plans de projet, encore partagée avec le projet de batterie du fort de Pomègues, est datée du 17 février et signée du capitaine du génie Marc-Alphonse Pallard-Desportes.
[Plan du projet de tour n°2 pour le poste garde-côte de Pomègues], 1849.
Le budget et le programme restent conformes à ce qui était proposé en 1846, avec une dépense inchangée pour le chemin de communication, un coût estimé de 12.000 francs pour "faire l'emplacement de la tour", terrassements, fossé et déblais et un coût de 45.500 francs pour la tour proprement dite. Il s'agit toujours d'une tour n°2 pour 40 hommes, mais dont l'architecture est celle aux nouveaux modèles-type fixés en juillet 1846, soit une tour crénelée à deux niveaux casematés, sur un plan tendant au carré d'à peu près 15m de côté (les tours n°1 et n° 3 étant de plan rectangulaire). Il est possible que le poste de Pomègues, alors désigné sous le même toponyme que le fort (et non sous celui de Poméguet), ait été aussi envisagé comme une ressource pour le logement d'une partie du personnel potentiellement affecté à la défense du fort, qui n'avait pour cela que sa grosse tour ancienne et un petit corps de garde.
Quoiqu'il en soit, le projet de 1849 pour la tour du poste garde-côte de Pomègues, bien qu'approuvé dans son principe, fut ajourné pendant une dizaine d'années sans reparaître dans les articles des projets, ce qui est aussi le cas de la batterie de la tour du fort de Pomègues et de la batterie de Mangue. Le poste de Pomègues n'est mentionné dans l'état sommaire des articles d'ouvrages des projets pour 1859-18604 présenté par le chef du génie provisoire le 20 juillet 1858 (remplaçant Boubée de Lespin, chef du génie de 1856 à 1859, alors absent), apostillé par le directeur des fortifications et par l’inspecteur général Coffinières. Ces apostilles considérant que les projets à présenter devaient se limiter aux batteries conçues pour défendre immédiatement les ports et les passes entre la terre et les îles, les plus utiles étant celles qui éloignent les attaques, le poste garde côte de Pomègues, présenté en article 6, pour une dépense estimée alors à 75.000 francs, était à ajourner. De fait, il est absent des articles présentés dans le mémoire du 14 mars 1859 sur les projets pour 1859-1860, rédigé par le capitaine du génie Hamel sous la direction du chef du génie Boubée de Lespin, à la différence de la batterie du fort de Pomègues.
Cet ajournement fut cependant très rapidement reconsidéré, à en juger par l'article 22 des projets des batteries de côte pour 1860-1861 présentés par le chef du génie Alexandre Guillemaut le 12 février 1860, apostillés par le directeur des fortifications Bichot le 3 mars5. Cet article consacré à la construction du poste garde-côte de Pomègues précise que la dépense à accorder pour 1860 se limitait à 35 .000 fr, la tour-réduit n°2 devant porter deux obusiers sur sa plate-forme, ayant déjà été élevée à hauteur du 1er étage en 1859, et une grande partie des communications devant la relier au fort étant aussi réalisée.
En 1869, le tableau de contenance des magasins à poudre de la place de Marseille et batteries de côte qui en dépendent ne différencie pas celui du poste de celui du fort de Pomègues, soit un total de 7100 kg en 142 barils, ce qui confirme l'interdépendance des deux ouvrages. Cette contenance n'est que de peu supérieure à celle, à la même date, des deux magasins à poudre intégrés au corps de garde crénelé type 1846 n°2 de la batterie de Niolon-Bas, et d'un quart supérieure à celle des magasins intégrés aux corps de garde crénelés type 1846 n°1 modifié ou n°2 des trois batteries construites entre 1859 et 1861 dans l'île de Ratonneau, sur les caps de Mangue, de Croix et de Banc. On en conclura qu'en 1869, le magasin intégré à la tour du poste de Pomègues devait pouvoir contenir au moins les deux tiers des poudres nécessaires à la fois à sa propre artillerie (2 obusiers) et à celle des batteries du fort (7 pièces en 1869).
L'instruction de la commission supérieure de défense des côtes datée du 30 mai 1872, destinée à guider les commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine pour la révision de l’armement du littoral, face aux progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée, ouvrait la voie à une nouvelle génération de batterie de côte, implantée en altitude. Dans ce cadre, élargi à partir de juillet 1874 par le programme général de réorganisation du système défensif de la France conçu par le comité de défense sous l’autorité du général Séré de Rivières, le fort de Pomègues fit l'objet de projets de réorganisation lourde. Les nouvelles normes de l'architecture militaire alors instituées rendaient en partie obsolètes celles des batteries mises en œuvre entre 1846 et 1861, notamment du fait de la trop grande visibilité et vulnérabilité des réduits de batterie crénelés, les corps de garde et surtout les tours, plus hautes. La plupart des corps de garde crénelées des batteries de la chefferie de Marseille furent conservés mais réformés en phase avec la réorganisation de l'armement des batteries, selon des principes redéfinis en 1879, consistant à les enterrer en partie sur leurs côtés les plus exposés vers la mer, ce qui fut fait notamment aux batteries de Mangue, du Cap de Croix. Dans ce contexte, le donjon du fort de Ratonneau et la grosse tour du fort de Pomègues, ouvrages anciens, trop hauts et trop en vue, furent sacrifiés lors de la refonte générale des deux forts. Certains réduits type 1846 ne furent pas remaniés, car situés dans des batteries alors abandonnées ou déclassées, celles de Banc, de l'îlot de Doume et du Roucas-Blanc. La tour du poste de Pomègues, qui n'était pas un réduit de batterie et dont la visibilité depuis la mer ne pouvait être masquée du fait de sa position et de sa hauteur, fut simplement délaissée du fait de sa trop grande exposition aux tirs ennemis.
En 1895, lorsque une batterie ouverte pour quatre canons de 95 à tir rapide Lahitolle dite de Caveaux-Est fut construite entre la batterie du Cap Caveaux, fondée en 1883, et la tour de l'ancien poste (dite alors de Poméguet), il ne fut pas envisagé de réutiliser cette tour, solide et en très bon état, mais un peu trop distante, pour loger le personnel, qui fut cantonné dans un baraquement construit à neuf, plus proche et moins en vue.
Un des cinq postes photo-électriques créés sur les îles du Frioul entre 1899 et 1900 fut installé sur la côte sud de l'île de Pomègues, en contrebas sud-est de la batterie de Caveaux-Est et au sud-ouest de la tour. Il reçut l'appellation de poste photo-électrique de Pomeguet, toponyme attaché à la tour, mais était au service de la batterie de Caveaux-Est.
Le sémaphore de Pomègues, initialement en place sur le site de la batterie de Caveaux, fut détruit et reconstruit en 1906 à son emplacement actuel, au point haut de cette partie de l'île, à peu de distance et en co-visibilité à l'ouest de la tour de Poméguet.
Un relevé en plan de certains abris casematés des ouvrages du Frioul, fait en 1926, inclut la "tour carrée" de Poméguet6. Les minutes cotées du dessin sont imparfaites, mal proportionnées, mais donnent quelque information sur l'état des lieux à cette date, satisfaisant. Une note manuscrite précise : "locaux bien secs, quelques petits travaux de menuiserie s'imposent".
[Plan de la tour carrée de Pomeguet, détail d'une planche de plans], 1926.
Quelques aménagements accessoires ont été réalisés probablement à la suite de ce relevé, pour une réutilisation de la tour par la Marine : petits locaux adossés à l'extérieur du mur d'enveloppe du fossé, rampe monte-charge.
II- Description
La tour de Poméguet couronne une petite éminence rocheuse étroite et irrégulière située à peu près au centre de l'île de Pomègues, à 38m d'altitude, en co-visiblilité et en contrebas du fort de Pomègues, distant de 630m vers l'est/nord-est à vol d'oiseau.
Tour de Poméguet et fort de Pomègues, vue générale nord-ouest de la mer près de l'îlot de Tiboulen
Du côté nord/nord-ouest, elle surplombe la route sur le versant qui dessert les équipements de l'île depuis le port du Frioul jusqu'au cap Caveaux, et du côté sud/sud-est, elle surplombe plus directement la côte et l'anse du petit port de Pomègues, ancien port de quarantaine (dit de Pomeguet en 1846). Elle est dominée à l'ouest/sud-ouest, à 670m de distance, par le sémaphore de Pomègues (72m d'altitude) et plus lointainement par la batterie du cap Caveaux.
Du fait de son abandon d'usage relativement précoce, sans avoir subi ni remaniement, ni démolition ni gros déficit d'entretien, la tour de Poméguet nous est parvenue dans un bon état de conservation favorisé par la solidité de sa mise en œuvre. Elle constitue, au sein des modèles-type 1846, un exemple très rare de tour isolée de poste garde-côte, et une réalisation conforme de tour crénelée type 1846 n°2. Les tours crénelées réalisées sont dans l'absolu plus rares que les corps de garde crénelés, et surtout représentées sur la côte méditerranéenne. Celle de Poméguet est l'une des deux du secteur de Marseille, avec la tour n°1 de la batterie du Pharo. Les autres sont dans le secteur de Toulon et des îles d'Hyères, pour la plupart construites plus tôt que celles de Marseille (tours crénelées n° 2 des batteries de La Coudoulière, de La Cride, du Cap Nègre, du Cap Blanc, de Léoubes...)
La tour crénelée de Poméguet est la seule de sa catégorie qui soit implantée sur un sommet rocheux, ce qui a posé une difficulté d'adaptation du modèle-type, dans lequel la tour est enveloppée d'un fossé dont la hauteur de contrescarpe correspond à celle de l'étage de soubassement casematé. Le rocher a donc été excavé, en générant des déblais toujours en place aujourd'hui sur le versant sud, mais l'irrégularité de l'affleurement ne permettait pas d'enfoncer la tour dans une profonde excavation sans engendrer des travaux de préparation trop lourds, qui auraient fait perdre un peu du bénéfice de l'altitude.
Il en résulte que la contrescarpe du fossé, de plan carré aux angles arrondis, a été moins dégagée du roc par excavation que construite en surélévation, formant autour de la tour un mur d'enveloppe entièrement maçonné, arasé à l'horizontale, parementé en blocage de moellons irréguliers tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ce revêtement extérieur étant de hauteur variable en fonction du niveau d'affleurement du substrat rocheux. Le mur de contrescarpe du côté sud est surépaissi du double vers l'extérieur, angles arrondis compris, pour en accroître la solidité et former bouclier face à l'impact d'une artillerie ennemie, la casemates de soubassement du côté sud de la tour (ici le côté opposé à celui de l'entrée) étant celle qui, dans le modèle-type n°2, contient le magasin à poudre (dans les 2/3 de la casemate) et, séparée par une cloison, une partie du magasin d'artillerie (dans le tiers restant). Le mur postérieur de la tour proprement dite est aussi sensiblement plus épais que les trois autres murs, conformément au modèle-type.
La façade d'entrée de la tour, au nord, fait face au fort de Pomègues, auquel le poste garde-côte était relié par un chemin de communication. La porte à pont-levis de la tour est accessible dans l'axe par un escalier droit extérieur maçonné de largeur adaptée, perpendiculaire au mur de contrescarpe.
Tour de Pomeguet, vue générale nord-ouest
Cet escalier aux marches de pierre de taille prolongeait l'ancien chemin de communication au fort, aujourd'hui coupé par une retaille du rocher à la verticale au-dessus du chemin allant du port du Frioul au sémaphore. En contrebas de l'angle nord-ouest, subsistent les vestiges d'une rampe monte-charge rectiligne en béton et structure métallique qui traversait le mur de contrescarpe pour accéder directement à la porte de la tour, témoin d'un aménagement sans doute postérieur à 1926. A l'intérieur de l'angle arrondi nord-ouest de la contrescarpe est ménagée une porte de plain-pied avec le fond du fossé, qui donne accès à une citerne extérieure à la tour, creusée sous le fossé.
Tour de Pomeguet, fossé, porte ménagée dans la contrescarpe pour desservir une citerne
La tour est parementée pour l'essentiel en blocage de moellons non enduits, la pierre de taille blanche dure étant réservée aux les chaînages d'angle harpés, à l'encadrement de la porte à pont-levis, aux encadrements des fenêtres et créneaux, aux huit bretèches et à la tablette d'arase du parapet. Les faces accusent un léger fruit, et ne marquent aucune transition à la base du parapet du couronnement.
L' élévation comporte deux niveaux voûtés en berceau surbaissé, de même plan, soit comportant deux grandes casemates transversales et, au revers de la façade d'entrée, trois petites casemates de culée, celle du centre correspondant à la porte en rez-de-chaussée, les deux latérales intégrant chacune, symétriquement, une cage d'escalier en pierre (en double emploi) desservant les trois niveaux.
L'étage de soubassement, prenant jour dans le fossé, et le rez-de-chaussée, sont surmontés d'une plate-forme bordée d'un parapet crénelé. Ce parapet est parfaitement conservé, avec, sur chacun des quatre côtés, une embrasure centrale, encadrée de deux grands créneaux à fente légèrement ébrasée, puis de deux bretèches, chacune percée de trois petits créneaux et portant sur trois consoles, celles des côtés monolithes, en quart de rond, celle du centre à deux ressauts. Les quatre embrasures de la plate-forme étaient destinées aux (deux) obusiers de 16 ou de 19cm dont la tour était armée. La répartition des créneaux dans le parapet n'est pas identique sur les quatre côtés : sur la face postérieure (sud) les deux créneaux sont ménagés près des angles, ce qui est conforme au modèle-type, et sur les faces latérales, un troisième créneau est percé près de l'angle commun à la face nord.
Tour de Pomeguet, de la façade latérale Est
Aux niveaux du soubassement et du rez-de-chaussée, l'élévation extérieure diffère plus nettement d'une façade à l'autre, du fait de la répartition des baies et créneaux liées à l'usage des casemates. Au rez-de-chaussée, les casemates prennent jour par des créneaux de fusillade avec ébrasement extérieur à ressauts en trémie, et par des fenêtres en demi-cercle situées au-dessus. Dans les façades latérales, un créneau haut percé dans le mur donne jour à l'escalier des casemates de culées, montant à la plate-forme, et chacune des deux grandes casemates dévolues au logement de la troupe dispose dans les deux façades de deux créneaux espacés et surmontés d'une fenêtre au-dessus du trumeau.
La façade postérieure sud est percée en soubassement d'un petit soupirail horizontal pour la partie ouest de la grande casemate postérieure qui était dévolue à un magasin d'artillerie (1/3 de la casemate, isolé intérieurement par une cloison), et d'un évent en chicane très discret pour la partie Est (2/3 de la casemate) qu'occupait la magasin à poudre. Le même évent se retrouve sur la face latérale ouest. Au rez-de-chaussée la casemate postérieure de casernement est équipée d'une série de six créneaux plus grands en façade et pourvus d'un plus grand nombre de ressauts en trémie que ceux des autres façades, du fait de l'épaisseur accrue du mur postérieur sud. L'axe des créneaux percés près des angles est biaisé, pour améliorer l'angle de tir.
Tour de Pomeguet, façade postérieure sud, détail des créneaux en trémie
Dans la façade d'entrée, toujours au rez-de-chaussée, les deux créneaux de chacune des deux travées de culée encadrant la porte sont plus rapprochés que ceux des grandes casemates dans les façades latérales, et la fenêtre en demi-cercle est placée asymétriquement au-dessus de celui des deux le plus proche de la porte.
Tour de Pomeguet, façade d'entrée nord
Cette porte est conforme à celles du modèle-type de tous les réduits crénelés normatifs type 1846, soit une arcade d’entrée en pierre de taille appareillée couverte d'un arc plein-cintre, inscrite en retrait dans le tableau rectangulaire d’effacement du tablier du pont-levis, encadré d'un chambranle en pierre de taille. Cette porte dessert les casemates de casernement dans une circulation axiale en corridor traversant les murs de refend, après avoir traversé deux sas successifs avec arcade et vantaux intermédiaire.
Le premier sas, le plus court abritait sur les côtés les poulies et les contrepoids des chaînes du pont-levis. Il est séparé du second sas, ou vestibule, par une arcade intermédiaire à feuillure de vantaux, un peu plus basse, couverte d'un arc plein-cintre, et dessert, de part et d'autre, les casemates latérales de culée.
L'architecture de la tour de Poméguet est particulièrement respectueuse des particularités du modèle-type 1846 n°2, qui, en principe, est conçu pour le service d'une batterie de côte de 8 canons, sans compter les 2 obusiers mis en place sur la tour elle-même. Cette conformité soulève la question de l'adaptation de la fonction de certaines des casemates du modèle-type, s'agissant d'un poste garde-côte et non d'une batterie. Les deux grandes casemates dévolues au casernement de 40 hommes au rez-de-chaussée, celles affectées à la cuisine (casemate de culée droite) au-dessus d'une citerne souterraine régnant sous les travées de culée, ou celle réservée au magasin à vivres (moitié droite ou totalité de la première grande casemate de soubassement) ne posent pas question, leur principe étant adapté aux besoins d'un personnel logé dans un poste garde-côte aussi bien qu'à celui affecté à une batterie. Il en va de même pour la loge du chef de poste (casemate de culée à gauche de la porte). En revanche, la fonction de loge du gardien de batterie, en principe dans la casemate de culée à gauche de la porte, était sans objet. Si le magasin à poudre avait, dans le cas de la tour de Pomègues, une utilité dépassant largement les besoins de l'artillerie du poste garde-côte (2 obusiers), on a vu qu'il était aussi et surtout en appoint au service du fort de Pomègues, en dépit de son relatif éloignement. Cet usage de magasin partagé entre poste et fort dans les casemates basses de la tour est plus sujet à caution s'agissant du magasin d'artillerie. En effet, en 1860, le fort de Pomègues disposait dans sa grosse tour ancienne d'un magasin d'artillerie suffisant en principe aux besoins de ses sept pièces, la tour n°2 du poste était donc largement pourvue pour ses besoins propres avec un magasin d'artillerie occupant un tiers de sa casemate de soubassement postérieure, ce qui libérait la totalité de la casemate médiane pour le magasin à vivres.
Dans le cadre du vaste programme de réorganisation des batteries de côte lancé en 1846, sous la direction du chef du génie Le Bas et du colonel Picot, directeur des fortifications de Toulon, la construction d’un poste garde-côte est envisagée sur l’île de Pomègues. Il s'agit alors d’implanter une tour dite n°2, d’une capacité de 40 hommes, sur un mamelon culminant à 46 m d’altitude, à environ 600 m à l’ouest du fort de Pomègues. Cette tour isolée et indépendante mais complémentaire du fort, non destinée à servir de réduit à une batterie nouvelle devait pouvoir accueillir deux obusiers sur sa plate-forme, en complément de ceux installés sur la grosse tour ancienne du fort.
Le premier projet de tour appartenait à une typologie provisoire de réduits de batterie définie dès 1845 par la commission mixte d’armement des côtes, qui n’a donné lieu à aucune réalisation. Ajourné, il fut repris en 1849 sous la responsabilité du capitaine du génie Pallard-Desportes, conformément aux modèles-type normalisés le 31 juillet 1846, consistant en une tour crénelée n° 2 à deux niveaux casematés, de plan quasi carré (15 m de côté). Malgré une validation de principe, la réalisation est encore retardée, notamment par des priorités stratégiques visant des ouvrages défendant plus directement les accès au port. Le projet ne réapparaît pour mémoire qu’en 1858, dans un état sommaire dressé par le chef du génie provisoire. Il est finalement relancé en 1860 par le chef du génie Alexandre Guillemaut. L’article correspondant des projets pour 1860-1861, apostillé par le directeur des fortifications Bichot, précise que la tour est déjà élevée au niveau du premier étage et qu’une partie du chemin de communication avec le fort est réalisée.
En 1869, les tableaux de contenance des magasins à poudre indiquent une réserve de 7100 kg commune au poste et au fort de Pomègues, ce qui confirme leur interdépendance.
À partir de 1872, les réformes impulsées par la commission supérieure de défense des côtes, puis par le comité de défense présidé par le général Séré de Rivières, remettent en cause les principes des batteries de la période 1846-1861. Les réduits crénelés, jugés trop visibles et vulnérables, sont partiellement enterrés ou supprimés. Le donjon du fort de Ratonneau et la grosse tour du fort de Pomègues sont démolis dans ce contexte. La tour de Poméguet, exposée et isolée, est abandonnée sans modification.
Dans les décennies suivantes, la tour est conservée mais pas réutilisée, même lorsque de nouveaux équipements militaires sont installés à proximité, comme la batterie de Caveaux-Est (1895) ou un poste photo-électrique (1899-1900). En 1906, un nouveau sémaphore est érigé non loin, mais là encore sans lien avec la tour. Un relevé de 1926 la décrit en bon état, sec et nécessitant seulement de petits travaux de menuiserie. La Marine entreprend alors des aménagements légers (rampe monte-charge, annexes maçonnées), témoins d’une réutilisation ponctuelle.
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Période(s)
- Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Pallard-Desportes Marc-Alphonseingénieur militaire attribution par sourcePallard-Desportes Marc-AlphonseCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Capitaine du Génie à Toulon en 1848. Auteur de projets pour le fort et la batterie Saint-Elme à Saint-Mandrier.
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Auteur :
Guillemaut Charles Alexandreingénieur militaire attribution par sourceGuillemaut Charles AlexandreCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.
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Auteur :
La tour de Poméguet est implantée à 38 m d’altitude sur une éminence rocheuse située à peu près au centre de l’île de Pomègues, à 630 m à vol d’oiseau à l’ouest du fort de Pomègues. Elle domine la route qui relie le port du Frioul au cap Caveaux au nord, et surplombe au sud l’anse du port de Pomègues (ancien port de quarantaine).
Restée globalement intacte, elle constitue un exemple exceptionnellement conservé de tour crénelée modèle-type 1846 n°2, rare dans le corpus des fortifications de la Méditerranée. Une seule autre tour crénelée de ce type a été réalisée dans le secteur de Marseille : celle la batterie du Pharo. D’autres exemples existent dans la région de Toulon et des îles d’Hyères (La Coudoulière, La Cride, Cap Nègre, Cap Blanc, Léoubes...).
L’implantation sur un sommet rocheux a nécessité des adaptations du modèle-type : le fossé enveloppant la tour est en grande partie construit en élévation, formant un mur maçonné de contrescarpe parementé de moellons irréguliers. Au sud, ce mur est fortement épaissi pour former un bouclier protégeant la casemate contenant le magasin à poudre, placée à l’arrière. L’entrée de la tour est au nord, accessible par un escalier droit maçonné. Elle conserve une porte à pont-levis de type normatif, encadrée de chaînages en pierre de taille. L’élévation extérieure est en moellons non enduits, avec pierres de taille pour les angles, les encadrements de baies, les créneaux et les bretèches. La tour comporte deux niveaux voûtés, surmontés d’une plate-forme bordée d’un parapet crénelé intégrant quatre embrasures pour obusiers, huit bretèches et des créneaux répartis selon une logique de défense adaptée. Les casemates sont réparties selon le plan-type : au rez-de-chaussée, deux grandes casemates transversales destinées au logement de la troupe (40 hommes) et trois casemates de culées du côté de l’entrée, celle du centre accueillant la porte. En soubassement, les casemates adoptaient le même plan, les deux principales dévolues au magasin à vivres, au magasin à poudre et au magasin d’artillerie. La porte à pont-levis est encadrée de deux cages d’escaliers symétriques en pierre, assurant la desserte de tous les niveaux. La circulation intérieure est organisée autour d’un axe central, avec un sas d’entrée, un vestibule et un couloir traversant les murs de refend. La façade postérieure, la plus exposée, présente au rez-de-chaussée une série de créneaux à ébrasement extérieur à ressauts en trémie, certains biaisés, des évents discrets pour la ventilation du magasin à poudre, et une épaisseur de mur notable. Les façades latérales et la façade d’entrée disposent de créneaux du même type surmontés de fenêtres en demi-cercle, les baies étant différenciées selon les fonctions internes.
L’ensemble, parfaitement conforme aux prescriptions du modèle-type 1846 n°2, révèle une adaptation rigoureuse aux contraintes du site et une grande qualité d’exécution. Si les fonctions du modèle-type prévues en principe pour le service d’une batterie de huit pièces ne se justifient pas ici, leur intégration témoigne de la volonté de standardisation militaire propre au milieu du XIXe siècle. Le magasin à poudre, surdimensionné pour deux obusiers, était manifestement aussi destiné à approvisionner le fort de Pomègues.
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Murs
- calcaire moellon
- calcaire pierre de taille
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Toitspierre en couverture
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Étagesétage de soubassement, en rez-de-chaussée surélevé
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Couvrements
- voûte en berceau segmentaire
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Couvertures
- terrasse
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Escaliers
- escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours
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Typologies
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État de conservationbon état
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Statut de la propriétépropriété d'un établissement public communal (incertitude), Division des milieux naturels littoraux, ville de Marseille
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Protections
Exemple très rare de tour isolée de poste garde-côte, en bon état, avec une réalisation conforme de tour crénelée type 1846 n°2. Les tours crénelées réalisées sont dans l'absolu plus rares que les corps de garde crénelés, et surtout représentées sur la côte méditerranéenne.
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Ministère de la Défense
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- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
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Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.
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Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 1849, par Marie-Tranquille Lebas. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.
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Place de Marseille, mémoire sur les projets de 1860-1861, par Alexandre Guillemaut, février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.
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[Plans de projets pour la construction du poste de Pomègues et de la batterie du fort de Pomègues]. / Dessin aquarellé de Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084 n°1.
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[Plan du projet de tour n°2 pour le poste garde-côte de Pomègues]. / Dessin aquarellé de Marc-Alphonse Pallard-Desportes, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.
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[Plan de la tour carrée de Pomeguet, détail d'une planche de plans]. / Dessin, 1926. Service Historique de la Défense, Toulon : 30 094 39.
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[Tour de Pomeguet, plan des deux niveaux casematés.] / Dessin de François-Noël Richard. Dans "Iles du Frioul. L'histoire." / François-Noël Richard, Forcalquier : Les Alpes de Lumière, 2018.
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RICHARD François-Noël, Iles du Frioul. L'histoire. Forcalquier : Les Alpes de Lumière, 2018.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.