I- Historique, topographie et typologie générale
La construction d’une batterie de côte à l’extrémité ouest de l’île de Ratonneau, sur Cap Mangue, autrement nommé Brigantin ou Brégantin, n’est pas envisagée avant la décennie 1840. On ne trouve avant cette date qu'une intention éphémère, exprimée sur une carte des îles du Frioul établie en 1836 par le chef du génie, d'occuper le point haut de la presqu'île de Mangue, en arrière du cap, par une redoute1.
Le projet de batterie sur le cap s’inscrit dans les principes définis entre 1841 et 1845 par la commission mixte d’armement des côtes, chargée de la réorganisation générale des batteries de côte et de la modernisation de leur armement, avec une attention particulière apportée à la conception de réduits de batterie normatifs. Une première série de réduits comportant des tours carrées et des corps de garde défensifs fut définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, puis retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir aux modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie.
S’agissant de la chefferie de Marseille, le Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 18462, rédigé par Marie-Tranquille Lebas, chef de bataillon du génie en chef, apostillé par Edouard Picot, directeur des fortifications, est daté du 2 juin 1846, donc antérieur à la fixation des modèles de réduit-type 1846. Objet de l’article 24 du projet, chiffré à 28450 fr. et illustré d’un plan, le projet de construire la tour du Cap Mangue, occupait une position que le chef du génie croyait à tort déjà désignée par Vauban en 1701. L’intitulé de l’article montre que le réduit projeté, en l’occurrence une tour carrée n°3 pour 20 hommes, prévalait dans la dépense, la batterie proprement dite étant limitée à un épaulement ouvert à la gorge de plan à trois pans (une face et deux flancs), face au sud-ouest, dont la capacité de 7 pièces devait être limité à 4 pièces de l’avis le directeur, deux tirant vers l'extrémité ouest de l'île de Pomègues. Le mémoire précisait que les deux flancs, et surtout le droit, devront être prolongés en guise de traverse pour couvrir la tour des vues du large.
[Plan du projet de construction de la tour et de la batterie du Cap Mangue], 1846.
Ajourné à court terme, le projet de Mangue fut représenté par le même chef du génie dans le mémoire sur les projets de travaux pour la défense des côtes, chapitre fortifications, pour 18493, sous une forme modifiée tenant compte des normes définies en 1846 pour les réduits de batterie. Objet du 10e article de l’Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte, le nouveau projet de la Batterie de la Mangue, pour 4 pièces est chiffré à 50000 francs, dont 16000 pour l’épaulement et 34000 pour la tour crénelée rectangulaire n°3 lui servant de réduit. Le coût plus élevé du projet tenait au fait que l’épaulement de la batterie, à quatre pans mais assez peu différent de celui projeté en 1846, était prolongé au nord/nord-est par un rempart de terre ou parados enveloppant et défilant la petite place d’armes entre batterie et tour, ainsi que les deux côtés les plus exposés de la tour et de son fossé, ce qu’illustre le plan joint au mémoire, daté du 17 février 1849.
[Plan du projet d'organisation de la batterie de la Mangue], 1849.
A nouveau ajourné, le projet de la batterie de Mangue ne redevint à l’ordre du jour que dix ans plus tard, dans le mémoire exposant les projets pour 1859-1860, rédigé par le capitaine du génie Hamel sous la direction du chef du génie Boubée de Lespin, daté du 14 mars 18594. La batterie fait l’objet du 12e article du chapitre des fortifications, non urgent et reporté aux exercices ultérieurs. L’armement alors projeté est de 10 pièces (de 30 livres), suivant les prescriptions de l’inspecteur général de 1858, afin que la batterie puisse concourir à la protection des nouveaux bassins du port de Marseille (La Joliette et Napoléon) en défendant la passe de l’ouest. Le rédacteur du projet précise : On a tracé les crêtes et réglé leurs reliefs pour bien voir l'étendue à battre et ne pas donner des feux fichants dans le terrain en avant, et pour défiler la tour réduit des coups dangereux. Comme conséquence on a du remplacer la tour n°3 indiquée par la commission de défense des côtes de 1841 par une tour n°1. Le choix de cette taille de tour crénelée type 1846 adaptée à 60 hommes servant en principe une batterie de 12 pièces justifie des coûts élevés : 85000 francs dont 45000 pour la tour. Le colonel Bichot, directeur des fortifications, dans son apostille du 4 avril au projet, propose d’accorder 20.000 francs pour commencer l’épaulement en 1860, mais d’ajourner la construction de la tour, dont la dépense est sous évaluée, en prévoyant 60.000 francs sur les exercices ultérieurs pour une tour n°1 modifiée pour 50 hommes.
Cette estimation de la tour crénelée n°1 modifiée est réévaluée en février 1860 à 65000 francs (à cause de l’augmentation de 15% pour les travaux des îles) par le nouveau chef du génie Charles-Alexandre Guillemaut dans le mémoire sur les projets de 1860-1861, dont l’article 25 propose d’organiser la batterie de la Mangue pour 10 pièces conformément à la décision ministérielle du 27 juin 1859, pour un budget global estimé de 120 .000fr. Le plan joint au mémoire montre une configuration d’épaulement à trois pans prolongé de deux branches latérales convergentes formant parados de part et d’autre de la tour réduit. Ce plan diffère surtout de celui dessiné en 1849 par sa plus grande extension, adapté à 10 pièces, avec davantage de symétrie, tout en restant relativement compact. Dans un procès-verbal de conférence du 5 février 1860 reformulée par une apostille au projet du 3 mars, le directeur des fortifications Bichot propose une évolution importante du projet: son avis est que cette batterie pouvant agir avec efficacité sur la grande passe doit recevoir un supplément de 10 pièces tirant de ce côté, dans le prolongement de la face droite de celles du projet, d’où 20 bouches à feu, dont 2 mortiers, et 16 pièces rayées dirigées vers la passe : si ce principe est adopté, le chef du génie devra rédiger un nouveau projet dont la dépense peut être évaluée à 200.000 fr.
[Plan et coupe du projet d'organisation de la batterie de la Mangue pour 10 pièces],1860.
Un crédit de 31.000 francs accordé en 1860 pour masser les parapets de la batterie de Mangue avait permit de commencer le chantier, en sorte que le 18eme article des fortifications du mémoire sur les projets de 1861-18625, rédigé par chef du Génie Guillemaut, est consacré à l’achèvement de la batterie du Cap Mangue, pour un coût résiduel de 90.000 francs. Le budget cumulé était à peu près conforme à celui du projet de février 1860 pour une batterie de 10 pièces, mais la configuration de l’ouvrage alors en cours de réalisation avait encore changé, assez radicalement, comme le montre le plan daté du 10 février 1861 joint à l’article correspondant du mémoire (la flèche indiquant le nord sur ce plan est fautive : le nord est en réalité vers le haut de la planche de plan).
[Plan du projet d'achèvement de la batterie du cap Mangue],1861.
Les parapets d’artillerie formaient désormais deux côtés inégaux en retour d’angle droit l’un de l’autre, avec 4 pièces placées sur la face gauche (ouest), la direction du coup extrême gauche rasant la pointe de Pomegue, cette face étant achevée. Le front nord, deux fois plus long, comportait 6 emplacements de pièces semblables achevées, recoupées par l’emplacement de 2 mortiers isolés par deux traverses. Le plan du projet montre que le prolongement est de ce front qui restait à achever comportait 2 pièces supplémentaires, pour aboutir à une organisation symétrique comptant deux sections de 4 pièces encadrant deux mortiers. La batterie achevée devait être ainsi armée d’un total de 14 pièces, dont deux mortiers. Un parados sur murs de soutènement construits au-dessus d’un escarpement très rapide refermait fermait la batterie du côté sud, en bordant de près le réduit restant à construire, incorporé à cette enceinte. Outre ce réduit type 1846, qui n’était plus désormais prévu comme une tour crénelée n°1, mais sous forme un corps de garde crénelé n° 1 renforcé, agrandi pour 70 hommes, l’achèvement consistait à fermer la batterie du côté de l’entrée (Est) d’un mur de gorge crénelé formant aux angles deux demi-bastions faiblement saillants. Dans le mémoire, le chef du génie précise que ce simple mur de gorge fera de cette batterie un véritable fort, ce qui est indispensable dans une position aussi isolée.
Le corps de garde crénelé réalisé fut agrandi par rapport au modèle-type n°1, non en l’allongeant, comme le laissait supposer le plan masse d’état de projet de 1861, mais surtout en l’élargissant (d’environ 3m).
Dans l’état sommaire des projets pour 1863-1864, daté du 30 août 18626, le chef du génie précise que les plates-formes de 24 mortiers réparties dans dix différentes batteries, dont les deux mortiers de Mangue, restaient à faire. Le programme général des vingt deux batteries de côte lancé en 1846 était achevé et clos en 1863.
Après 1870, l’armement de la batterie fut renouvelé en remplaçant six des canons à âme lisse mis en place en 1862 par 5 obusiers de côte rayés de 30 (kg, poids du projectile, les plus gros de leur catégorie, d’une portée de 5900m), et un de 22.
A partir de 1877, la batterie de Mangue fit l’objet d’un projet de réorganisation pour l’adapter aux progrès de l’artillerie rayée à longue portée, en appliquant les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire le général Séré de Rivières, directeur du service du génie. L’un des aspects constants des réorganisations réduisait considérablement le nombre des pièces d’artillerie des batteries, pour les doter de canons rayés de dernière génération, plus forts en calibre et plus performants en portée.
L’avis commun des généraux inspecteurs permanents du génie et de l’artillerie sur les batteries de côte de Marseille daté du 27 juin 18777, sur un projet de principe présenté le 30 avril, approuvait le nouvel armement de 4 pièces de 24cm modèle 1876 proposé pour la batterie de Mangue. Le projet de la nouvelle organisation, fut affiné, estimé à un coût de 130.000 francs, et dessiné en plan en août 1878 par le capitaine Versailleux, sous l’autorité du chef de bataillon Rousset, chef du génie. Le plan exprime en pointillé gris lâche et traits rouges les dispositions de la batterie de 1862, fortement modifiées par le projet, les contours de celui-ci étant tracés en traits jaune ou gris continu et pochés en gris clair (pointillé serré noir pour les souterrains).
[Plan du projet de réorganisation de la batterie de Mangue pour 1879],1878.
Les deux pièces de gauche, organisées sur plate-formes à tourelles (de plan circulaire adapté à un affût pivotant) pour obtenir un champ de tir très étendu permettant de battre la haute mer, la passe et le rade du nord, sont implantées dans un axe biais sur l’emplacement de l’angle droit de la batterie de 1862 entre le front nord et le front ouest, entraînant la destruction de cet angle, remplacé par l’épais parapet des deux pièces, séparées par une traverse-abri. Les deux pièces de droite, face au nord, implantée sur l’emplacement des mortiers et des 4 pièces de droite de la batterie de 1862, dont le revêtement extérieur est conservé, sont séparées par une traverse-abri et prévues pour des tirs moins ouverts, battant principalement la darse et la rade du nord. Les 55 artilleurs nécessaires pour le service des pièces devaient être logés dans le réduit existant protégé par un massif de terre couvrant les faces exposées aux feux de l’ennemi. Le plan montre les faces nord et ouest du corps de garde crénelé enveloppées par un couloir casematé occupant l’ancien fossé, recouvert d’un fort rempart de terre profilé en glacis et débordant la hauteur du parapet crénelé qui tient lieu de parados pour les quatre pièces de 24cm. L’espace étroit entre le rempart ou masse couvrante nord et les emplacements de tir des deux pièces du front nord forme une courte rue intérieure encaissée, entre la porte d’entrée de la batterie (dans le mur de gorge crénelé inchangé) et les deux pièces de l’ouest. Un magasin souterrain est prévu sous une grosse traverse séparant les deux groupes de deux pièces de 24cm. Le projet dessiné comporte la construction d’un mur de revêtement d’enceinte au sud et à l’ouest, portant un chemin de ronde d’infanterie au pied du versant des parapets d’artillerie. Ce chemin de ronde aurait desservi dans cet état du projet deux ouvrages flanquant l’enceinte, soit un bastionnet à l’angle obtus nord-ouest, et un saillant à l’angle sud-est, prolongeant la face du demi-bastion du mur de gorge crénelé de 1862. La porte de la batterie initialement centrée dans le mur de gorge crénelé, était déplacée dans le projet plus près du demi-bastion nord-est.
L’état réalisé en 1879-1880, documenté avec précision en 1886 par une planche de plans d’atlas des bâtiments militaires8 (Fig. 6), est conforme pour l’essentiel au projet à l’exception de points particuliers, modifiés notamment en fonction des simplifications demandées par les inspecteurs permanents du génie et de l’artillerie et par le général Farré, inspecteur général permanent de l’armement du littoral, qui ont abouti le 25 octobre 1878 à une révision du projet, pour un coût réduit à 80.000 francs.
[Relevés de la batterie du Cap Mangue, état des lieux], 1886.
Les principaux changements sont un abaissement du niveau des parapets, créant une économie dans le travail de terrassement, la non réalisation des deux petits ouvrages saillants sur l’enceinte, la transformation beaucoup plus limitée que prévu du front ouest de la batterie de 1862, réduisant les reconstructions. L’une des deux positions de pièces de gauche en tourelle circulaire est placée en saillie sur l’enceinte au nord-ouest à l’emplacement du bastionnet projeté. Les trois traverses séparant les quatre emplacements des pièces réalisées sont toutes semblables, avec front extérieur en remblai arrondi, mais celle du centre n’accueille pas d’abri casematé avec salle et magasin, mais un petit abri télégraphique. Le chemin de ronde projeté n’a pas été réalisé. La porte d’entrée de la batterie a bien été reportée plus au nord du mur de gorge crénelé, pour desservir la rue intérieure sans chicane (plutôt que le corps de garde), et a été précédée d’un fossé particulier.
Entre 1886 et 1890, les deux emplacements de tir du front nord furent remaniés en donnant un tracé en hémicycle au mur de genouillère, pour l’adapter à un affût à, pivot central portant des canons de 24cm modèle 1884.
Le 24 mars 1890, Cauvin, chef du génie de Marseille et Descq, commandant de l’artillerie, présentaient le projet de construction d’un magasin caverne pour les poudres de la batterie9, insuffisamment à l’abri du bombardement dans le magasin du corps de garde de 1862. Le souterrain projeté, pour un coût de 20000 francs, desservi par un escalier partant de l’angle nord-est du corps de garde, était particulièrement long et ramifié, étendu sous les deux parties de batterie ouest et nord, pour desservir non seulement le magasin à poudres, prévu sous la rue intérieure, mais aussi les autres locaux techniques généralement associés dans les souterrains caverne de batteries importantes à cette époque, à savoir un dépôt de gargousses avec atelier de chargement des poudres et atelier d’amorçage, deux magasin aux projectiles, un sous chaque partie de batterie, servis chacun par un atelier d’amorçage desdits projectiles et un monte-charge. Objet d’un contre-projet du directeur du génie proposant des galeries moins ramifiées, ce souterrain caverne, jugé trop étendu et trop coûteux dans une dépêche ministérielle du 17 juin 1890 fut réalisé à la suite dans un développement réduit, sans les magasins à projectiles et leurs annexes, le magasin à poudre étant creusé sous la traverse médiane de la batterie.
En 1893, un nouveau projet propose quelques modifications à apporter à la batterie (notamment en transformant la traverse nord-est pour accueillir un monte-charge, projet non réalisé), mais il est surtout consacré à la création à l’extérieur et au nord-est du front d’entrée d’une batterie annexe ouverte, face au nord, pour quatre canons de 95mm Lahitole modèle 1888 sur affûts de campagne. Ce projet est exprimé sur un plan d’ensemble des deux batteries10 figurant des emplacements de tir étroits et profonds dans la batterie annexes, alternant avec des traverses munies d’une niche à munitions pour coups de sûreté, un petit magasin caverne étant disposé à l’extrémité ouest du chemin de desserte, sous une masse couvrante. La réalisation diffère du projet pour la configuration des emplacements de tir, adaptés à des affûts « G » de côte, modèle 1893.
[Plan de la batterie du Cap Mangue et de sa batterie annexe projetée], 1893.
Un important poste photo-électrique fut construit en 1899, à 50m et en contrebas du front ouest de la batterie, sur la pointe ouest du cap. Il était achevé et prêt à être mis en service au mois de juillet comme l’indique la date d’un plan d’état des lieux, précisant que son champ d’action s’étendait de la batterie du Cap Caveaux à Pomègues au sud/sud-ouest, jusqu’à la batterie de Maurepiane au nord/nord-est, en passant par celle de Niolon bas au nord-ouest. Les locaux techniques associés (abri des machines, magasin a pétrole) ont été agrandis en 1905, et deux canons revolver de 47mm de côte ont été installés en 1907 au-dessus du poste pour assurer sa défense rapprochée.
[Plans et coupes du poste photo-électrique de Mangue], c. 1900.
Un tirage de plan daté de 1910 donne l’état des lieux des deux batteries et du poste à cette date, avec des annotations manuscrites relatives aux abris sous traverses et aux paratonnerres11. La batterie annexe et la batterie principale sont alors pourvues de petits postes de commandement de tir construits sur les traverses-abris.
[Plan d'état des lieux des batteries du Cap Mangue],1910.
En 1939, à la veille de l’entrée en guerre, la batterie de Mangue était armée de deux pièces de 24cm modèle 1884 déclassées et de deux pièces de 75mm modèle 1897, et sa batterie annexe de ses 4 pièces de 95mm sur affûts modèle 1904.
L’occupation allemande des îles du Frioul et leur intégration au système défensif du Südwall commence, en ce qui concerne l’île de Ratonneau, le 22 janvier 1943, par le projet de réorganisation de la batterie de Mangue12. Une compagnie de 189 marins, trois officiers et 11 sous-officiers est logée dans l’île pour mettre en œuvre un programme ambitieux, réformant de façon limitée l’ancienne batterie, mais en créant surtout une nouvelle dite Marine-Kusten batterie Brégantine (codée in fine Stp Mar 189), développée sur la crête du tiers ouest de l’île entre le port et le cap occupé par les deux batteries du XIXe siècle. Cette nouvelle batterie, mise en chantier dès mars 1943, est conçue pour accueillir six canons de 15,5 cm K.416(f) Schneider modèle 1917 sur roues, d’une portée de 17km, dans des ouvrages en béton dont la forme définitive achevée au printemps 1944 (après une installation provisoire incomplète) répond au modèle type Regelbau M158, constitués d’un large encuvement à ciel ouvert adossé à une casemate contenant un abri soute. Ces ouvrages actifs d’artillerie ainsi achevés, servies par 158 à 170 marins sont coordonnés par un poste de direction de tir ou Leitstand du modèle-type M162a, et complétés pour la défense rapprochée de 7 postes légers pour mitrailleuse MG42 et de divers trous de combat individuels répartis sur le périmètre du site. Un canon de 15cm SK L/45 Krupp sur pivot fixe utilisé comme section éclairante complète le dispositif, dans une cuve sans abri-soute, deux autre pièce éclairante étant installée en cuve adossées l'une au sud/sud-ouest de l'ancienne batterie principale, l'autre au nord de la batterie annexe . La défense antiaérienne est assurée par 1 canon de 2cm Flak 30 et 3 canons de 2cm Flak 28, dont un sur une traverse de l’ancienne batterie, servies par un projecteur de 60cm. L’artillerie est complétée par un canon de 3,7cm B.K.144 et d’un mortier de 8,14cm Gr.W. placé en avant du Leitstand. Un projecteur Siemens de 150cm est implanté à l'intérieur de l’ancienne batterie.
Des bâtiments de logement et de magasin sont construits dans l’ancienne batterie, dans la cour, en adossement extérieur contre le mur de gorge crénelé, en ne laissant dégagée que la porte d’entrée, et sur le corps de garde. En juillet 1944, était prévue la construction d’une grande soute à munition type M145, de deux abris pour projecteur et d’un abri-puits, non réalisés. Les allemands détruisirent le matériel en place en aout 1944 avant l’arrivée des troupes françaises. Les ouvrages de la batterie allemande ont également été touchés par des bombardements aériens.
Une photographie de la batterie française du XIXe siècle prise en 1946, pour illustrer le rapport d’un français sur le mur de l’Atlantique et le Sudwall13, montre l’état des lieux après guerre, qui n’avait pas souffert de bombardements, et conservait encore deux anciens canons en place dans les emplacements de tir ouest, et deux canon d’éclairage dans des cuves allemandes, l’une adossée à l’extérieur du front sud, près de l’angle sud-ouest, l’autre sur le parapet de la batterie annexe.
[Vue aérienne partielle de la batterie française du cap Mangue], 1946.
II- Description
La batterie de Mangue ou de Brigantin se compose de quatre sous-ensembles difficilement dissociables, liés par une histoire topographique commune et continue. Il convient en conséquence de traiter la description de l’ensemble dans un même dossier, tout en dissociant les sous-ensembles, exposés dans l’ordre chronologique de leur mise en place sur le site.
La batterie fermée de 1861-1890
La batterie de Mangue construite en 1860-1862 et réformée en 1879-1880 occupe l’extrémité du cap du même nom, soit l’extrémité ouest de l’île de Ratonneau, à une altitude de 26m.
De dimensions assez moyennes du fait des contraintes topographiques, elle adopte un plan hexagonal tendant au trapèze (environ 125m dans l’axe est/ouest, sur moins de 100m dans l’axe nord-sud), tenant dans une enceinte initialement revêtue sur tout son périmètre, excepté dans la partie nord du front ouest, ou ce revêtement, de très faible hauteur dans l’état d’origine, a été modifié lors des remaniements de 1880, le versant extérieur du parapet d’artillerie s’amortissant directement sur le substrat rocheux. Ce caractère de batterie fermée, avec sur le côté de l’entrée, soit le front Est, un mur de gorge crénelé encadré de deux demi-bastions à flancs très peu saillants, a valu à la batterie de Mangue l’appellation alternative impropre de « fort Brégantin », usuelle au XXe siècle. Cette assimilation à un « fort » tient aussi à ce que l’ouvrage est visible de la mer de tous côtés dans ses élévations murales, la configuration escarpée du cap ne se prêtant pas à un ouvrage enterré retranché par des fossés.
Le seul angle aigu de l’enceinte, au nord-est du front de gorge, et le demi-bastion qui y participe, sont précédés vers l’est par une longue et étroite arête rocheuse s’avançant dans la mer en formant une pointe détachée de l’île par une calanque. Cette arête a été occupée en 1893 par la batterie annexe, qui ne couvre qu’en partie le front de gorge crénelé de la batterie principale, bien visible de la mer depuis les calanques nord.
Vue générale du cap et de la batterie prise de la mer depuis l'Est
Le mur crénelé de ce front d’entrée et ses demi-bastions sont masqués, porte exceptée, par les bâtiments militaires, (locaux technique en simple rez-de-chaussée) qui y ont été adossés par les allemands en 1943, revêtus d’un enduit couvrant en ciment, en sorte que les parements en pierre et les créneaux de l’état 1861 du mur sont aujourd’hui peu visibles, en dépit de la ruine de deux des bâtiments adossés, qui les a en partie dégagés.
Vue générale de la batterie prise du chemin d'accès, au sud-est
Seul, le petit bâtiment appuyé au demi-bastion sud-est est encore clos et couvert, ayant été reconstruit en béton avec dalle de toit dans la second moitié du XXe siècle. Le front sud de l’enceinte forme parados pour les positions de batterie concentrées sur les fronts nord et ouest, et dans une moindre mesure pour le corps de garde crénelé type 1846 implanté dans le tiers sud-est de l’enceinte. Ce front sud de l’enceinte, revêtement et parapet de remblai, et l’élévation supérieure du corps de garde (plate-forme crénelée) qui en émerge, constituent les parties de la batterie de 1861, les moins remaniées, notamment en 1879-1880.
Vue générale du cap et de la batterie prise de la mer depuis l'ouest
Formé principalement de remblai de pierraille mêlée a de la terre, le parapet a conservé pour l’essentiel son profil, un peu dégradé, et sa ligne de crête. Le parement du revêtement maçonné, très bien conservé sur ce front sud, est mis en œuvre en opus incertum ou moyen à petit appareil irrégulier de pierres calibrées, avec quelques reprises ponctuelles en appareil polygonal à joints ciment de 1880, le tout couvert à l’arase d’une tablette en blocage enduit avec bordure saillante en pierre de taille. L’angle sud-est conserve l’arrondi du revêtement de 1861, surmonté d’un petit abri cubique de béton de 1944 pour poste de mitrailleuse surplombant la cuve de plan octogonal régulier, en ciment sur embase en pierre, mise en place à la même époque au pied du revêtement pour un canon d’éclairage.
Détail du revêtement de l'épaulement de la batte, à l'angle sud-ouest
La porte d’entrée de la batterie est conservée dans son état de 1881, quelque peu dégradé.
Porte d'entrée de la batterie 1880, vue du côté intérieur
Elle est constituée d’un mur-écran étroit bâti en pierre de taille de moyen appareil, accueillant une grande arcade de gabarit charretier couverte en arc segmentaire à claveaux en crossette, avec feuillure de vantaux et ébrasement intérieur. Le mur-écran, au-dessus de l’arc, devait être couronné d’une corniche, qui a disparu dans l’état actuel. Il n’est pas impossible que cette arcade d’entrée qui accueille aujourd’hui une grille récente, soit un remploi de celle de 1861, qui aurait été démontée en 1880 pour être remontée à son emplacement actuel. Quoiqu’il en soit le mur-écran en pierre de taille est raccordé de chaque côté, sans harpage, au mur crénelé du front d’entrée de 1862, combinant l’ opus incertum et appareil polygonal, témoins des deux campagnes du XIXe siècle. L’ébrasement intérieur des créneaux, à appui surhaussé pour le tir plongeant dans la fente extérieure allongée, est encadré en pierres plates, et on note la présence d’une poterne piétonne percée dans le mur crénelé à côté (sud) de l’arcade d’entrée. Cette poterne, encadrée en pierre de taille seulement vers l’extérieur, non portée sur la plupart des plans d’archives et a priori contradictoire avec le segment de fossé (aujourd’hui comblé) qui précédait la porte principale, est murée en maçonnerie de béton caractéristique de l’occupation allemande.
La porte d’entré débouche dans la courte rue intérieure qui desservait les positions de batterie de 1880, cette rue passant entre les deux premières plates-formes des canons de 24cm et le versant du rempart leur tenant lieu de parados qui revêt la face nord du corps de garde. Ces emplacements de canons, avec leur rampe d’accès montant sur un mur d’appui, et leur mur de genouillère, sont conservés dans un état dégradé mais peu ou pas remanié, de même que les traverses-abri intermédiaires.
La première traverse-abri est surmontée d’un ouvrage de plan carré construit en maçonnerie de blocage de petits moellons liés au ciment et en béton, portant une plate-forme surhaussée avec murs garde-corps intégrant de petites niches à munitions, desservie par un escalier extérieur.
Intérieur de la batterie de 1880, façade de la première traverse-abri avec superstructure de 1943
Cet ouvrage qui a remplacé en 1943 la cheminée d’aération de l’abri et un poste de commandement de tir début XXe siècle, était destiné à porter un canon de défense antiaérienne de 2cm. La façade de la traverse, parementée en appareil polygonal irrégulier et couronnée d’une tablette d’arase en pierre de taille formant corniche (disparue sur les rampants), est percée d’une unique porte centrée encadrée en pierre de taille sous arc segmentaire à clef saillante a l’extrados, donnant accès à l’abri soute casematé. Celui-ci, répondant au modèle usuel dans les années 1870-1880, est formée d’une salle principale rectangulaire (profonde de 7,60m pour 4m de large) voûtée en berceau, cloisonné au fond par un mur de refend d’une soute de même largeur. A l’entrée de la salle, les murs sont percés symétriquement de deux niches voûtées en berceau.
Batterie de 1880, intérieur de l'abri-soute de la première traverse-abri
La seconde traverse-abri, aussi surmontée d’une petite plate-forme bétonnée remplaçant un poste de commandement début XXe siècle, présente une façade semblable à celle de la première, mieux conservée (tablette complète).
L’abri inclus, qui servait d’abri télégraphique, est beaucoup plus petit (large de 2m, profond de 3,20m) que celui des deux autres traverses. Il est pourvu en façade de deux baies jumelles, une étant la porte, l’autre adaptée en fenêtre par mise en place d’un appui. La partie rampante gauche du mur de façade est incurvée, pour s’adapter au plan du troisième emplacement de canon de 24cm, l’un des deux du front ouest qui présentent un mur de genouillère semi circulaire adapté d’origine à une pièce sur affût a pivot central. Dans l’état actuel, un petit baraquement en pierre et ciment de 1943-1944 empiète sur cet emplacement de tir en s’appuyant sur le flanc gauche de la traverse. La troisième traverse est semblable à la première pour ce qui est de la forme de l’abri soute et sa porte.
Elle ne s’en différencie que par le plan arrondi des deux côtés rampants de la façade, et par la présence de trois créneaux évents de part et d’autre et au-dessus de la porte. Là encore, le poste de commandement qui surmontait cette traverse a été adapté en 1943 en plate-forme maçonnée pierre et ciment, aujourd’hui ruinée.
La gorge des quatre anciens emplacements de canons de 24cm et les façades des traverses sont parfaitement défilées à l’arrière de toute visibilité depuis le large par la masse couvrante du rempart formant parados, adossé en 1880 contre les faces nord et ouest du corps de garde crénelé de 1861, ce rempart de remblai portant sur un couloir voûté qui enveloppe et dégage en partie ces deux façades.
Celles-ci, apparentes à l’intérieur du couloir souterrain, ne sont plus visibles de l’extérieur, totalement masquées par les versants du parados, aujourd’hui érodées, dont l’élévation dépasse et recouvre l’ancien parapet crénelé de la plate-forme du corps de garde. La crête du rempart (6m de hauteur au-dessus de la rue intérieure) est surmontée de cheminées assurant l’aération du couloir voûté souterrain, et le versant intérieur en glacis de cette crête, portant sur la plate-forme supérieure du corps de garde, est revêtu d’un parement en blocage jointoyé au ciment.
La dalle cimentée qui a remplacé le revêtement en terre rapporté en 1880 sur la plate-forme, reste bordée sur ses faces Est et sud par le parapet crénelé de 1861. Le parapet du côté sud se trouve aujourd’hui en grande partie masqué vers la plate-forme par deux bâtiments de service à un seul niveau, en parpaings de ciment enduit et pierre, couverts l’un d’une dalle béton, l’autre d’un toit en appentis presque plat (tôle ondulée) qui y ont été adossés probablement en 1943, et sont aujourd’hui en très médiocre état.
Le parapet crénelé Est, en revanche, au-dessus de la façade d’entrée du corps de garde, est dégagé pour l’essentiel, ainsi que la guérite couvrant le débouché de l’escalier d’accès à la plate-forme, occupant l’angle nord-est. Cette guérite témoigne du soin apporté à la mise en œuvre du corps de garde de 1861, par l’emploi de grandes dalles monolithes de pierre blanche de Cassis, taillées et assemblées avec soin pour couvrir à la fois l’extrémité rampante de l’arase du parapet et la guérite de l’escalier proprement dite.
Bien conservé, le corps de garde crénelé constitue un bon exemplaire d’un modèle-type n° 1 fixé en 1846, à trois casemates de casernement, légèrement agrandi pour augmenter sa capacité de 60 à 70 hommes.
[Relevés de la batterie du Cap Mangue, état des lieux], 1886. Détail.
Sa longueur hors œuvre est de 25,40m (au lieu de 23,30m) pour une largeur de 17,53m (au lieu de 14,80m). Autre modification par rapport au modèle-type : l’escalier montant à la plate-forme n’est pas une simple volée droite adossée au mur de refend dans la première des trois casemate de casernement, mais il est logé dans la casemate de culée nord-est, (en principe réservée à la loge du chef de poste), à droite de la porte d’entrée, avec volées tournant autour d’un noyau rectangulaire et débouchant sur la plate-forme dans la guérite déjà décrite. Cette disposition d’escalier est en principe réservée aux modèles type 1846 de tours crénelées à deux niveaux casematés, à l’exclusion des corps de garde, mais on la trouve aussi au corps de garde de la batterie de Niolon-Bas, daté 1861, et à celui de la batterie de Doume. Le corps de garde de la batterie de Mangue est aussi représentatif des principes des remaniements apportés vers 1880 à la majorité de ceux des batteries de côte du secteur de Marseille, soit l’enveloppement de deux côtés les plus exposés par un rempart massé sur un couloir souterrain voûté en demi-berceau.
La façade d’entrée Est et la façade latérale sud du corps de garde, bien dégagées et en bon état actuel, sont conformes au modèle-type 1846, par la porte à pont-levis, les créneaux des casemates associées à une fenêtre en arc plein-cintre, les bretèches alternant avec les créneaux dans le parapet de la plate-forme.
Batterie de 1861 et 1880, corps de garde crénelé, façade d'entrée Est et côté sud
On note à ce niveau des différences de détail avec le modèle-type : le créneau médian du groupe de trois créneaux régnant entre les deux bretèches de la façade d’entrée, au-dessus de la porte, est remplacé par une embrasure pour une pièce de canon légère, bas percée dans le mur-parapet, avec ébrasement extérieur large (comme aux corps de gardes des batteries de Niolon Bas et de Corbière); on trouve la même embrasure au milieu du parapet de la face sud, avec une répartition des créneaux et des deux bretèches non conforme au modèle-type (bretèches plus espacées entre elles et plus proches des angles). Au rez-de-chaussée, de la façade d’entrée, les casemates de culées sont éclairées, de chaque côté de la porte, par deux créneaux encadrant une fenêtre couverte d’un arc plein-cintre qui semble bien intégrée mais dont l’état actuel pourrait résulter de la transformation d’un troisième créneau médian surmonté d’une baie cintrée en demi-cercle semblable à ce qu’on observe dans la façade sud, disposition dont on trouve aussi une variante au corps de garde de la batterie insulaire de Doume14. La mise en œuvre des parements est en pierre calcaire blanche dure de Cassis, les parements courants en appareil régulier de moellons équarris à joints tirés au fer, la pierre de taille étant réservée aux chaines d’angles harpées en besace (une assise pour deux de parement courant) aux encadrements des baies et créneaux et aux bretèches.
La porte d’entrée intègre, conformément au modèle-type, un tableau en retrait de nu qui recevait le tablier du pont-levis, dans lequel s’inscrit l’arcade d’entrée couverte d’un arc plein-cintre non extradossé ; l’encadrement du tableau, en léger relief, se distingue par le traitement de la plate-bande appareillée de son couvrement, simulant un entablement à corniche, particularité commune à la porte du corps de garde de la batterie de Doume.
Batterie de 1861, corps de garde crénelé, détail de la porte
Les réservations du passage des chaînes de levage du tablier sont intactes, avec leurs poulies saillant dans le sas étroit entre première et seconde arcade d’entrée, sas défendu par des créneaux latéraux desservis depuis les casemates de culées, et par un assommoir ménagé dans la voûte.
Batterie de 1861, corps de garde crénelé, détail du sas à assommoir de la porte
La seconde arcade entre premier et second sas, couverte d’un arc plein-cintre extradossé plus bas que celui de l’arcade d’entrée, est surmontée d’un fenestron semi-circulaire. A partir du second sas de la porte, la distribution des trois grandes casemates de casernement et de la casemate médiane de culée postérieure est assurée, conformément au modèle-type, en corridor longitudinal par une succession de portes ménagées dans les murs de refend, couvertes en plein-cintre.
Non moins conformément, les deux casemates de culée latérales postérieures (dévolues aux magasins à poudre) sont desservies chacune par une porte également cintrée depuis la casemate médiale (réservée au magasin d’artillerie).
Les casemates de culée antérieures, encadrant la travée de la porte d’entrée, sont bien conservées dans leurs dispositions de 1861, avec la particularité déjà observée en façade de la disposition des deux créneaux encadrant une fenêtre cintrée médiane, peut-être agrandie aux dépens d’un 3eme créneau. Dans la travée de culée nord-est, l’intégration de la cage d’escalier montant à la plate-forme et de son mur d’échiffre déporte curieusement l’embrasure d’un des créneaux dans une niche murale.
Les trois grandes casemates transversales de casernement, couvertes d’une voûte en berceau surbaissé, ont été assez peu remaniées par l’enveloppement du côté nord du corps de garde en 1880, qui les privait de lumière; le groupe de trois créneaux (dont l’ébrasement est encadré en briques) surmontés d’une fenêtre demi-circulaire est resté inchangé de ce côté bien qu’ouvrant sur le couloir souterrain enveloppant voûté en demi-berceau.
En revanche, les travées de culées postérieures, affectées aux magasins, ont été aveuglées lors de la construction du couloir les enveloppant à l’ouest, au nord et au sud, par murage de leurs créneaux et de la baie en demi-cercle de la casemate centrale.
Les casemates d’angle sud-est et nord-est, magasins à poudre, ont été en contrepartie percées, au nord et au sud, d’un créneau de lampe carré. Encadré côté intérieur en pierre de taille largement chanfreinée pour former un ébrasement, ce créneau de lampe était desservi depuis le couloirpar une niche voûtée en berceau, percée dans l’ancien mur de façadee, le créneau de lampe et sa niche y remplaçant un créneau défensif de 1861.
Batterie de 1861 et 1880, corps de garde crénelé, côté sud , ancienne façade donnant sur le couloir souterrain, niche à lampe repercée
Batterie de 1861 et 1880, corps de garde crénelé, mur extérieur nord de la casemate de culée nord-ouest, niche repercée du créneau de lampe
L’accès aux magasins en caverne creusés en 1890 sous les positions de batterie nord s’amorce dans l’angle nord-est de l’ancien fossé de la façade d‘entrée du corps de garde, à l’entrée de la branche nord du couloir enveloppant. Cet accès, précédé d’un sas ouvert sur le couloir, est constitué d’une rampe-escalier assez pentue au sol revêtu de ciment, avec emmarchement dans sa partie centralee.
Batterie de 1861 et 1880, entrée et rampe-escalier d'accès au magasin caverne de 1890
Les parois et la voute rampante de couvrement en berceau sont maçonnés en blocage dans la partie supérieure, et laissées brutes de déroquetage dans la partie inférieure.
Batterie de 1861 et 1880, partie inférieure rampe-escalier d'accès au magasin caverne de 1890
La galerie principale du souterrain caverne, les niches-atelier qu’elle dessert au passage et le magasin à poudre en caverne auquel elle aboutit, sont laissé bruts de déroquetage, sans revêtement maçonné. Haut sous voûte brute, ce magasin à poudre, implanté en retour d’angle droit à l’extrémité que la galerie qui le dessert, est classiquement cloisonné de cette galerie par deux murs de refend successifs en maçonnerie de blocage.
Ces deux murs définissent un sas dont la traversée imposée est en chicane, du fait de et l’implantation décentrée des deux portes successives. Chacune de ces deux portes est flanquée d’un créneau à lampe.Batterie de 1861 et 1880, intérieur du sas d'entrée du magasin à poudre en caverne de 1890, porte la galerie d'accès et créneau à lampe
La batterie annexe de 1893
Implantée à l’est/nord-est de la batterie principale, 4m en contrebas, au devant du demi bastion gauche du front d’entrée, la batterie annexe de Mangue est desservie par un chemin qui se branche dans l’axe de la porte de ladite batterie principale, sur le tournant que forme l’extrémité de la route d’accès à cette batterie.
Batterie de 1861 et 1880 et batterie annexe de 1893, vues su sud-est
Le chemin descend vers l’est en très faible pente jusqu’à l’extrémité nord de la batterie annexe, et débouche en retour d’angle aigu dans son chemin de ronde rectiligne, creusé en tranchée dans le substrat rocheux à la cote d’altitude 22,50m. Sur une longueur d’une cinquantaine de mètres, le chemin de ronde dessert à droite les quatre emplacements de canons de 95mm Mle 1888 Lahitole à tir rapide sur affût mle 1893, séparés par trois petites traverses carrées, dont le revêtement maçonnée règne à la même hauteur que le mur de genouillère et en continuité, l’ensemble étant mis en œuvre en appareil irrégulier à joints ciment épais avec tablette d’arase en pierre de taille au bord adouci . En avant des emplacements de tir, le rempart formant le parapet en remblai est en partie occupé par une cuve en ciment de plan hexagonal irrégulier construite en 1943-1944 par l’occupant allemand, destinée à un canon éclairant.
A l’entrée de la batterie, desservis par le prolongement est du chemin de ronde, subsistent des ruines d’autres aménagements de la seconde guerre mondiale : un petit bâtiment bas jadis couvert en appentis, qui se caractérise par une mise en œuvre en maçonnerie traditionnelle de blocage, probablement antérieur à l’occupation allemande, et un abri poste de mitrailleuse allemand en béton, adossé au revers de ce bâtiment.
Batterie annexe, bâtiments en ruines a l'extrémité nord du chemin de ronde
Un autre abri allemand en béton armé reste en place dans le chemin de ronde, au droit de la troisième traverse.
Batterie annexe, chemin de ronde, vu depuis l'est
Les emplacements de tir ont conservé leur plate-forme, cimentée, les trois premières formant sur une première terrasse basse surmontée de deux gradins semi-circulaires, la quatrième une terrasse haute d’un seul tenant, avec escalier en pierre et rambarde en fer, aujourd’hui arrachée.
Batterie annexe, 4e emplacement de canons de 95mm et la 4eme traverse
Chaque plate forme conserve la série des tiges filetées disposées en cercle pour la fixation des affuts des quatre pièces de 95mm, qui étaient en partie engagés dans le mur de genouillère pourvu à cet effet une réservation en exèdre hémicirculaire avec épaulement. Une niche à munitions encadrée en pierre de taille sous arc surbaissé extradossé est ménagée dans la face des trois traverses intermédiaires donnant sur le chemin de ronde, et dans celle de la quatrième traverse, plus haute que les autres, qui fait suite au quatrième emplacement de canon, à l’extrémité ouest. A la suite que la quatrième traverse, la batterie se termine par un abri enterré dont la façade un peu surhaussée, parementée en appareil polygonal irrégulier, referme à l’ouest le chemin de ronde.
L’abri n’a qu’une porte (pas de fenêtre ni de cheminée) à encadrement en pierre de taille couvert d’un arc segmentaire. L’intérieur de cet abri, qui devait accueillir une réserve de poudres et de munitions provenant des magasins de la batterie principale, est peu étendu mais sur un plan bipartite cloisonné en deux réduits par un mur épais sous voûtement en berceau surbaissé, conçus pour résister au bombardement. Au dessus de la masse couvrante de remblai de cet abri, a été conservé le poste de commandement de tir de la batterie, ajouté fin XIXe s ou début XXe siècle, conforme aux normes en usage pour ce type d’aménagement non couvert et constitué d’un simple mur garde corps formant une exèdre saillante en tête.
Batterie annexe, extrémité ouest, intérieur de l' abri enterré
Batterie annexe, extrémité ouest, poste de commandement de tir
Le poste photo-électrique de 1899
Encore bien conservé en 1960, d’après une photographie aérienne de l’IGN, le poste photo-électrique de Mangue est aujourd’hui très ruiné. Ses principaux aménagements occupent la pointe du cap à une altitude moyenne de 12,70m à 15m, en arrière d’une borne repère maçonnée de forme pyramidale.
Poste photo-electrique, ensemble vu de la mer, pointe ouest, batterie à l'arrière-plan
Au plus bas, la terrasse aménagée artificiellement entre l’abri ou poste de combat du projecteur et son abri de garage surplombe la mer pratiquement à-pic du côté sud, où elle est bordée d’un mur de protection.
Poste photo-electrique, ensemble vu de la mer, côté sud
Attenant à l’abri de combat, ce mur d’enveloppe sud construit en maçonnerie traditionnelle de moellons échantillonnés, n’apparait pas sur les plans contemporains de la construction du poste, mais ne peut être de beaucoup postérieur. A l’abri de ce mur, la terrasse, qui était assez large pour permettre la circulation du personnel et porter une voie ferrée étroite assurant le retrait du projecteur, accueille un petit corps de garde ou guérite en maçonnerie traditionnelle, jadis couvert en appentis, adossé au rocher du côté nord.
Poste photo-electrique, terrasse, ruines de l'abri de combat et guérite, vus de l'est
L’abri de combat, de plan en U allongé conformément au modèle habituel, se compose du mur d’appui en hémicycle de la fenêtre panoramique, en balcon face à la mer, enduit au ciment, et de deux murs latéraux hauts de 3,60m.
Poste photo-electrique, ruines de l'abri de combat vues de l'est
Ces murs sont construits en béton armé sur une épaisseur de 1,30m et revêtus vers l’extérieur d’un contre-mur en maçonnerie traditionnelle épais de 0,50m ; les murs latéraux portaient la dalle de couvrement épaisse de 1m prolongée en porte-à-faux de 1,90m, au-dessus de la fenêtre panoramique, aujourd’hui détruites. Creusés en semi-caverne dans le rocher dominant à l’arrière et au nord de la terrasse, l’abri de repos du projecteur et l’abri des machines, que séparait un mur de refend, sont aujourd’hui complètement ruinés.
Poste photo-electrique, ruines de l'abri de repos et de la salle des machines, vues du dessus
Leurs aménagements et le mur de refend ont entièrement disparu, et la dalle de béton armé feuilletée épaisse de 1m qui couvrait les deux tiers du volume a été détruite, et cette destruction s’est étendue à la partie du couvrement qui avait été réservée dans le surplomb du roc naturel, sur le tiers est du volume, sur la salle des machines.
Poste photo-electrique, intérieur des ruines de la salle des machines
La batterie allemande (Südwall) Brégantine de 1943-1944
Certains aménagements accessoires de la batterie allemande constituée en 1943 sur le cap de Mangue alias Brégantin, sont installés dans la batterie de 1861-1890 et dans sa batterie annexe, et ont été décrits ci-dessus. Pour autant, les infrastructures lourdes et normatives (Regelbau) de l’artillerie de marine de la batterie allemande se déploient à l’extérieur de ces batteries françaises du XIXe siècle, à l’arrière et sur le plateau sommital du cap, sur une étendue de 550m est-ouest desservie par la route d’accès aux batteries.
Faute d’un plan d’ensemble allemand fiable contemporain de ces constructions, avec nomenclature 15, un repérage des ouvrages réalisés sur fond de carte nivelée a été fait par François-Noël Richard16, et peut être rapproché des photographies aériennes verticales (IGN) les plus lisibles, notamment celle de 1960, donnant un état qui n’a guère évolué, si ce n’est pas l’aggravation de la ruine de certains ouvrages.
Les ouvrages toujours en place sur le plateau sommital du cap, dans un état de conservation inégale certains ayant été sabordés à l’explosif, peuvent être classés en deux catégories. La plus importante est constituée des gros ouvrages en béton armé servant les canons de 15,5 cm d’artillerie de marine, soit d'une part les six cuves-abri Regelbau M 158, réparties en deux groupes de trois accueillant ces canons dans une cuve à ciel ouvert avec casemate abri adossée à la gorge, d'autre part le poste de direction de tir associé (Leitstand) Regelbau M162a. La seconde catégorie concerne les ouvrages plus sommaires, soit les postes légers pour mitrailleuse, en béton et pierre, une cuve de station d’éclairage (détruite) et des abris individuels.
Le poste de direction de tir est implanté à l'ouest des six cuves-abri, entre elles et les deux batteries du XIXe siècle, à proximité de la route d'accès, surplombant la mer à peu de distance et bien visible du large.
Batterie sudwall, poste de direction de tir vu de la mer, au sud-sud-ouest
Cet ouvrage a fait l'objet d' une planche de plan et coupe détaillés dessiné dans le cadre d'un rapport français de 194617, qui documente son organisation intérieure, non visible dans l'état actuel du fait de la condamnation des accès possibles par comblement de la porte et murage des fenêtres panoramiques.
[Plan et coupe du Poste de direction de tir de la batterie allemande Brégantine], 1946.
Batterie sudwall, poste de direction de tir vu de la batterie de 1861-1880, côté nord-ouest
L'architecture est conforme pour l'essentiel au modèle-type M162a, plus important et complexe que le M162, réalisé simultanément aux batterie de Niolon-Bas et de Corbière. On retrouve les deux niveaux d'observation, l'inférieur avec casemates servant une fenêtre panoramique sur 3 côtés pour l'observation sous une visière très épaisse et massive, le supérieur de plan carré au-dessus des casemates, avec fenêtre sur 4 côtés pour le télémètre, sous dalle de couvrement portée sur potelets métalliques. Les casemates du niveau inférieur, plus développées dans le modèle-type M162a que dans le M162, avec des locaux latéraux des deux côtés de la salle centrale, sont encore augmentées dans le cas du poste de direction de tir de Brégantin, par le fait que la tranchée d'accès aux portes, à la gorge de l'ouvrage, n'est pas à ciel ouvert (comme dans le modèle-type), mais couverte et casematée. Elle est traitée comme une casemate-vestibule assez large et profonde pour servir de local de vie, et complétée d'une casemate annexe réservée dans l'épaisseur du mur de gorge. Ce développement des locaux de gorge du niveau inférieur est imperceptible vu de l'extérieur, car il est enterré du fait du pendage du terrain naturel et d'un apport de remblai de pierraille.
Batterie sudwall, poste de direction de tir , vue latérale sud
Cette recharge du sol naturel concerne aussi le front de l'ouvrage, en sorte que l'appui de la fenêtre panoramique du niveau inférieur règne au ras du sol extérieur. L'ouvrage est dans l'ensemble bien conservé, a l'exception d'écorchements du parement de béton lisse, du fait de l'oxydations des fers à béton les plus superficiels. On remarque des crochets de fer saillants sur les dessus et des trous de scellements rebouchés, témoins de points d'ancrage de filets de camouflage.
Batterie sudwall, poste de direction de tir , vue rapprochée du front ouest
Les horizons couverts par ce poste du direction de tir, sud, ouest et nord, correspondent aux directions de tir des six cuves des canons de 15,5 cm, diversement orientées, aucune ne faisant face à l'est, secteur dominé par le fort Ratonneau.
Dans le premier groupe de trois cuves-abri, le plus proche du poste de direction de tir, les deux premières font face à l'ouest/nord-ouest, la troisième au sud. Les trois du second groupe sont orientées ouest/sud-ouest (n°4), nord/nord-ouest (n°5) et sud (n°6). Toutes sont à peu près conformes à la typologie Regelbau M 158 (Fig. 61), avec large cuve de plan octogonal régulier bordé d'un mur-bahut ou genouillère en béton de faible hauteur, adossée à une casemate abri enterrée à l'arrière, de plan tendant au carré avec pans obliques au raccord à la gorge de la cuve.
[Plan et coupe d'une casemate à cuve Regelbau (M) 158], 1992.
Cette casemate-abri comporte une salle centrale prenant jour vers la cuve par deux créneaux, salle encadrée symétriquement de deux couloirs casematés communiquant à la cuve par un escalier montant, dont l'issue est abritée latéralement par une saillie des pans obliques. L'escalier d'accès à la casemate, à l'arrière, descend depuis l'angle arrière gauche à la salle centrale, défendu dans l'axe par un créneau de caponnière logée dans l'angle arrière droit. La comparaison des plans-types de Regelbau M 158 avec ceux réalisés à la batterie Brégantine fait ressortir des différences limitées : la cuve octogone parait plus large que dans le plan-type, presque aussi large que la casemate-abri, et elle est pourvue d'une issue vers l'extérieur formant une rampe latérale alignée à un des pans obliques de la casemate (celui de gauche pour 5 des 6). La 1ere cuve-abri en partant de l'ouest (selon la numérotation reportée sur le plan général de repérage) est celle dont la cuve est la plus ruinée, excepté le support central de l'affut pivotant du canon, bien conservé.
Les deux issues symétriques de la casemate-abri à la cuve sont dégagées, mais barrées d'une grille de sécurité qui empêche l'accès actuel. Le béton est un peu dégradé en façade par l'oxydation des fers. Cette casemate est relativement moins enfoncée dans le terrain que celles des cinq autres cuves, la partie arrière étant rechargée d'un remblai de pierraille. L'escalier d'accès à la casemate est précédé d'une courte tranchée cimentée légèrement renfoncée dans le remblai arrière en pierraille.
Batterie sudwall, 1ere cuve à casemate abri Regelbau M 158 , escalier d'accès arrière de la casemate
La 2eme cuve-abri a conservé son mur de genouillère assez complet, excepté une grande brèche du côté gauche, et la rampe d'issue oblique de la cuve, à gauche de la casemate reste apparente avec son sol en ciment rainuré, bien qu'en partie comblée d'éboulis.
Batterie sudwall, 2eme cuve à casemate abri Regelbau M 158 , rampe d'issue de la cuve
Le support central du canon, de plan octogone, est en place avec ses fers coulés dans le béton. La casemate-abri est assez bien conservée, l'une de ses deux issues en escalier sur la cuve étant masquée par un bloc de béton basculé provenant du mur de genouillère.
La 3eme cuve-abri est la plus complètement conservée dans l'état actuel, notamment le mur de genouillère et le support central du canon, avec éléments mécaniques en fer.
Batterie sudwall, 3eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, vue d'ensemble prise à droite et en avant de la cuve
Batterie sudwall, 3eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, pivot central du canon et façade sur cuve de la casemate
La façade de la casemate-abri est en partie fissurée et écornée par des impacts sur l'une des portes et l'un des saillants latéraux. La rampe d'issue oblique de la cuve, à gauche de la casemate, est très bien conservée, sa bordure droite étant formée d'un mur en maçonnerie de pierre (blocage lié au ciment) prolongeant l'alignement rectiligne du pan oblique de la casemate en béton.
Batterie sudwall, 3eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, rampe d'issue de la cuve
La 4eme cuve-abri a aussi conservé complet le mur octogone de la cuve, un peu plus renfoncé dans le terrain que celui des cuves 1, 2 et 3, et la rampe d'issue oblique à gauche, encombrée d'éboulis.
Batterie sudwall, 4eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, rampe d'issue de la cuve
La façade de la casemate-abri, bien conservé du côté droit (vu de la cuve) avec le saillant du pan oblique couvrant la porte, est ruiné du côté gauche par une explosion qui a détruit la seconde porte.
La 5eme cuve-abri, la seule regardant au nord, se distingue des cinq autres par le fait que sa rampe d'issue oblique est à droite de la casemate, ce qui s'explique par le fait que, placée à gauche, elle aurait débouché vers l'ouest, et été exposée du côté de l'attaque.
Batterie sudwall, 5eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, rampe d'issue de la cuve
Pour la même raison, le sens de l'accès en escalier à la casemate-abri, à l'arrière, est inversé par rapport au plan-type: il part du côté droit (Est) et descend vers la gauche. Le mur de la cuve et le support du canon sont assez complets, bien qu'ébréchés.
Batterie sudwall, 5eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, cuve, vue du dessus de la casemate-abri
L'une des deux issues en escalier de la casemate vers la cuve (Fig. 73) est actuellement accessible, permettant la visite des locaux casematés souterrains.
La salle centrale est complète, mais son plafond en béton coulé sur armature d'acier, poutrelles type IPN rapprochés et plaques, est en partie percé et effondré du fait de l'impact d'un bombardement qui a tordu les poutrelles.
Le mur de séparation avec le couloir latéral communiquant à la seconde issue vers la cuve est également ébréché. La porte de la salle donne sur le sas ou vestibule d'entrée au bas de l'escalier, défendu par un créneau ébrasé en trémie ménagé dans le mur de fond, desservi depuis un réduit caponnière au bout du couloir latéral à la salle.
Le plafond du vestibule est mieux conservé que celui de la salle, de même que les parois murales peinte en blanc avec liseré rouge en haut.
Les portes métalliques ont conservé leur chambranle mais perdu leur vantail. La 6eme cuve-abri, la seule regardant au sud vers le port du Frioul et l'île de Pomègues, offre les mêmes caractéristiques normatives que les quatre premières, avec un mur de genouillère à moitié ruiné et la façade de la casemate-abri ébréchée.
Batterie sudwall, 6eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, cuve, vue du dessus de la casemate-abri
Batterie sudwall, 6eme cuve à casemate abri Regelbau M 158, cuve et façade de la casemate-abri
Les autres aménagements défensifs périphériques de la batterie allemande consistent principalement en une série de postes de défense pour mitrailleuse, répartis sur des points hauts ou, pour la plupart, à flanc de pente. La forme de ces derniers, adossés au rocher, évoque celle d'un abri de combat pour projecteur (en plus petit) par leur front semi-circulaire accueillant une fenêtre de tir panoramique.
Batterie sudwall, un poste de défense pour mitrailleuse à flanc de pente, vu de dessus
Tous étaient couvert d'une dalle en béton prolongée en visière, celle-ci étant le plus souvent rompue dans l'état actuel; du fait de son porte-à-faux et de la corrosion des fers à béton.
Batterie sudwall, autre poste de défense (n-e) pour mitrailleuse à flanc de pente, vu de côté
L'intérieur de ces petits blocs est cloisonné par un demi-mur de refend entre la partie active et un abri, juxtaposé à l'arrière à la porte d'entrée.
Batterie sudwall, autre poste de défense pour mitrailleuse à flanc de pente, vu de face
La mise en œuvre combine, dans des proportions variables, le béton et un blocage de pierraille brute liée au ciment, qui, vu de l'extérieur, pouvait évoquer de loin une forme rocheuse aléatoire ou un petit abri pastoral.
Deux des postes pour mitrailleuse à flanc de pente, plus solidement construits ou mieux protégés, ont conservé sa dalle de couvrement complète, y compris au-dessus de la fenêtre de tir en hémicycle.
Batterie sudwall, poste de défense fort pour mitrailleuse mieux conservé à flanc de pente, vue intérieure
Batterie sudwall, second poste de défense mieux conservé pour mitrailleuse à flanc de pente, vue latérale extérieure
Les postes pour mitrailleuse implantés sur le haut du site ne se différencient que par ce qu'ils émergent entièrement du terrain et sont donc plus immédiatement repérables à distance.
Batterie sudwall, poste de défense pour mitrailleuse sur un point haut
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.