Dossier d’œuvre architecture IA13006249 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batteries de côte de la Digue du large, dite batteries de la Joliette, batteries du bassin Napoléon ou encore batteries de l'abreuvoir
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 2e arrondissement
  • Lieu-dit Grande digue du large
  • Adresse quai Jean Charcot , quai des Anglais
  • Cadastre 2026 OE, OI, OH non cadastré domaine public maritime
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batteries de la Joliette, batteries du bassin Napoléon, batteries de l'abreuvoir, batteries de la Digue du large
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

  Au début de la décennie 1840, l'accroissement du trafic maritime dépassant les capacités d'accueil du port de Marseille, un projet d'extension, sous forme d'avant-ports ou ports auxiliaires, fut soumis à deux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, inspecteurs divisionnaires, le vétéran Adrien Raffeneau-Delisle et Honoré Bernard, qui rendirent chacun un projet en 1842, avec quelques divergences de conception. L'un et l'autre proposaient de créer un port auxiliaire d'une capacité proche de celle du port existant, le long de la côte, du côté nord avant l'entrée du port, son entrée s'ouvrant à gauche plus largement que celle du Vieux port. Ce nouveau port se serait étendu depuis le fort Saint Jean jusqu'au delà des abattoirs, aux abords du Lazaret, et aurait été fermé vers le large d'une longue digue ou môle terminée par un musoir rentrant aux deux extrémités. Ces deux projets comportaient une régularisation des contours de la côte par apport de remblais plus ou moins importants pour former des quais continus. Ce programme n'intégrait aucune composante défensive.

            Par la loi du 5 août 1844, le gouvernement ordonna la construction du port auxiliaire, d'après un nouveau projet, au même emplacement que celui de 1842, élaboré par l'ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées chargé du port de Marseille Charles de Montluisant et par son adjoint l'ingénieur Louis Toussaint, promu à son tour ingénieur en chef en 1848. Le projet comportait un bassin principal encadré de deux avant ports, l'un au sud, du côté de l'entrée du vieux port, séparé du port auxiliaire par une traverse dite de la Major, l'autre au nord, séparé par une traverse dite de la Joliette. Un plan général d'agrandissement du port de Marseille gravé par Gratia, supposé dater de 1845 et une vue cavalière de cet agrandissement au revers d'une médaille commémorative à l'effigie de Louis-Philippe, éditée entre 1845 et 1848, figurent le grand mole extérieur terminé par deux musoirs rentrants, avec ou sans phares, et comportant au droit des traverses deux saillants plats aux angles arrondis face au large. La maîtrise d'œuvre de ces travaux  du nouveau port fut confiée à l'ingénieur ordinaire Hilarion Pascal, également chargé des travaux des ports de Cassis et de la Ciotat.

            Le comité des fortifications, dans une séance du 14 février 1850 avait donné les plans de deux batteries de côte à intégrer au grand môle en construction, au droit des deux traverses. Ces plans furent revus et approuvés le 17 juin 1850 dans  un avis de la commission mixte des travaux publics, compétente du fait du financement de ce projet sur les travaux  du port et non sur ceux du Génie. Le nouveau port, dit dès lors de la Joliette, fut achevé en janvier 1853, et valut à l'ingénieur Pascal d'être fait chevalier de la Légion d'Honneur.

            Le projet de construction de deux batteries à l'intersection des jetées transversales avec la jetée du large du port de la Joliette fut présenté à la suite, pour un budget de  200.000fr,  par Charles-Louis-Florentin Richard, chef du génie de Marseille, dans l'état sommaire des articles d'ouvrages de fortifications et bâtiments militaires à porter dans les projets pour 1853 et 18541. Le rédacteur précisait que les deux batteries devaient être construites sous son contrôle, mais aux frais de l'administration des Ponts et Chaussées,  laquelle était en mesure de fournir les fonds dès le commencement de l'année 1854. L'entrepreneur chargé du chantier était donc, logiquement, celui du port de Marseille de 1848 à 1856 œuvrant à la digue pour les Ponts et Chaussées, à savoir l'entreprise Dussaud frères, pionnière de la fabrication des blocs artificiels de béton servant de brise-lames à l'extérieur des digues.

            La construction du phare dit de Sainte Marie sur le musoir à l'extrémité sud de la grande digue date de 1855 ; elle est donc sensiblement contemporaine de celle des deux batteries de la Joliette.

            Le détail du nouveau  port sur un plan d'ensemble de la place de Marseille daté du 14 décembre 18542, fait sous la direction du chef du génie en chef Richard, montre l'état des projets portuaires à cette date, avec un nouveau bassin spacieux dit "port d'Arenc en projet" au nord du nouveau port de la Joliette, en remplacement de l'avant-port nord, et en continuité d'alignement.

[Plan d'état des lieux de la ville de Marseille avec projets du port et nouveau quartier],1854.[Plan d'état des lieux de la ville de Marseille avec projets du port et nouveau quartier],1854.

Cette nouvelle extension avait été programmée pat la loi du 10 juin 1854. A cet état de projet est associé, sur le terrain gagné par apport de remblai  sur la côte pour former les quais, ou restant à gagner, un projet de docks et d'un nouveau quartier sur les terrains du Lazaret, ce dernier  étant rasé pour leur faire place. Le plan figure en place les deux batteries des jetées du nouveau port de la Joliette, numérotées VIII et IX, avec 3 directions de tir frontales pour chacune. Cette numérotation s'intègre sur ce plan à celles des batteries de côte les plus proches : batterie du Roucas Blanc n° IV, d'Endoume n°V, du Pharo n° VII, dans une zone de servitude militaire commune au champ de manoeuvre n°VI, batterie d'Arenc n° X, au bout du port d'Arenc projeté. L'emprise des batteries correspond à celle des deux saillants plats face au large aux angles arrondis figurés sur le plan gravé du projet et la médaille commémoratives vers 1845-1848, saillants apparemment non conçus comme défensifs à l'origine.

            L'état réalisé des deux batteries fait l'objet d'un plan de détail, copie de l'original du projet, vue et vérifié par le chef du génie Boubée de Lespin  le 8 février 18563, pour illustrer l'article 5 du chapitre fortifications des projet supplémentaire pour 1856, dont l'objet était d'achever les batteries de la Joliette, le rédacteur précisant que la construction était complète, et qu'il ne restait qu' à régler le profil du parapet en terre.

[Plan des batteries de la Joliette, pour leur achèvement],1856.[Plan des batteries de la Joliette, pour leur achèvement],1856.

Les deux batteries, identiques, sont constituées d'une plate-forme d'artillerie rectiligne allongée pour 9 canons, avec parapet en terre dont le mur de revêtement extérieur fait une saillie terminé en quart de cercle, sur l'alignement du mur de la digue ou môle portant chemin de ronde. La crête du parapet règne 10 m au-dessus du niveau de la mer, et la plate-forme un peu plus de 5m au-dessus du niveau du  quai bordant le bassin. Elle s'appuie sur les voûtes en berceau d'une série de 7 magasins casematé dont la façade ouvrant sur le quai est encadrée symétriquement aux extrémités de deux avant-corps logeant chacun un escalier permettant de monter du quai à la batterie et aux chemins de ronde, celui de la batterie un peu plus bas que ceux couronnant les murs du môle, barrés par une grille ouvrante. Le traitement architectural des façades sur quai des batteries comporte des références à la fortification médiévale, notamment de faux mâchicoulis, qui se continuent sur le mur du môle. Cette architecture résulte à l'évidence d'une conception partagée entre le chef du génie Richard et deux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, Hilarion Pascal, maitre d'œuvre des travaux du port, et Jean-François Mayor de Montricher, ingénieur en chef chargé des Bouches du Rhône en 1848 et au service du port de Marseille de 1853 à 1857, concepteur de l'architecture monumentale du pont-aqueduc de Roquefavour (en 1840-1847) qui emploie aussi le bossage rustique et le couronnement à faux mâchicoulis. Les dispositions de ces deux batteries semblables de la digue du bassin de la Joliette sont exprimées dans leur état achevé sur une feuille d'atlas des bâtiments militaires (pour leurs casemates) datée du 15 avril 18674.

[Relevés des batteries du bassin de la Joliette, état des lieux],1867.[Relevés des batteries du bassin de la Joliette, état des lieux],1867.

            En septembre 1855, les  ingénieurs Montricher et Pascal publiaient un article sur le nouveau projet du bassin Napoléon et de l'avant-port d'Arenc5. Le projet avait prit de l'ampleur et une forme différente de celle exprimée sur le plan du Génie daté de décembre 1854. Le nouveau bassin Napoléon, remplaçant sur une plus grande ampleur le projet antérieur de port d'Arenc, était projeté en avant de l'avant port nord de la joliette réalisé, mais dans un axe différent, en retour d'angle  nord-ouest, pour suivre l'inflexion de la ligne de côte au-delà du Lazaret. L'avant port de la Joliette devenait le bassin des docks, entre Joliette et Napoléon, l'avant port nord, dit d'Arenc, étant reporté à l'extrémité du bassin Napoléon projeté et séparé de lui par une traverse dite de l'abattoir. Le bassin Napoléon était projeté sur une surface de 32 hectares avec un développement de quais de 2300m (le bassin de la Joliette n'ayant que 20 hectares et 1560m de quai).  Les deux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées précisent dans leur article que pour la réalisation des jetées extérieures, l'enrochement naturel du large sera élevé jusqu'à fleur d'eau et au-dessus, en le couvrant de blocs artificiels de béton, et que  pour protéger tous ces travaux et la ville de Marseille contre les agressions possibles de l'ennemi, une batterie centrale sera établie sur la jetée du large du bassin Napoléon (20.000 francs); une batterie de garde prendra place sur le musoir extrême (150.000 fr.).  Un plan général de cet état de projet et de l'ensemble portuaire, édité par la société des ports de Marseille en mai 1856, figure la jetée du large projetée en bordure du bassin Napoléon et de l'avant-port nord (d'Arenc), mais sans y indiquer les deux nouvelles batteries projetées. Entre les deux batteries de la joliette est exprimé un escalier monumental permettant de monter du quai au chemin de ronde du mur de la digue. On voit aussi sur ce plan le projet de la gare maritime, au droit du bassin des docks et le parcellaire du nouveau quartier projeté autour de cette gare, sur l'emplacement de l'ancien Lazaret, et jusqu'à la nouvelle cathédrale de La Major. Les travaux portuaires sur la base de ce projet furent lancés à la suite du décret du 23 novembre 1856 qui ordonnait la construction des bassins du dock (dit alors du Lazaret) et du port Napoléon (ou d’Arenc).

            L'implantation et la conception des deux nouvelles batteries de la grande jetée du large furent reconsidérées lorsque les  travaux de cette grande jetée furent suffisamment avancés, et firent l'objet d'un avis favorable de la commission mixte des travaux publics du 10 mai 1858. Dans le mémoire des projets pour 1859-1860, daté 14 mars 18596 le chef du génie Boubée de Lespin,  consacrait les deux premiers articles des fortifications  à l'organisation de la batterie du milieu de la jetée du port Napoléon et à celle de la traverse de l'abattoir du port Napoléon, chacune pour 9 bouches à feu, avec un coût de 120.000 fr. Ces deux batteries étaient donc conçues différemment ce qu'annonçait l'exposé publié des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées en 1855, mais à l'identique de celles du bassin de la Joliette.

            Ce projet fut représenté par le nouveau chef du Génie Alexandre Guillemaut pour l'exercice 1860-1861, objet des articles 32 et 33 du chapitre des fortifications. Dans son apostille, le chef du génie donne quelques précisions : Une décision de la commission mixte du 17 août 1859 approuvée par le ministre de la guerre, ordonnait la construction de ces batteries conformément au projet présenté, sous réserve que 1° les escaliers conduisant aux batteries seront modifiés comme l’ingénieur ordinaire des ponts et chaussées l’a exigé de manière a donner accès à la plateforme des murs d’abri en dehors des batteries, 2° les plates formes des pièces des batteries seront construites en pierre pour être munies chacune d’un dé de pierre de fort échantillon scellé dans la maçonnerie pour supporter la sellette…3° que le nombre et la disposition des casemates ne seront définitives que lorsque les batteries de la Joliette auront été soumises au tir d’essai pour s’assurer si la réaction aux tirs produit quelqu’ébranlement aux  voûtes des casemates ; si c’est le cas, il y aura lieu de passer de 7 à 9 le nombre des casemates de chacune des batteries du port Napoléon de manière que chaque pièce fut placée sur un piédroit.  L'expérience faite, n'ayant pas provoqué d’ébranlement, ls casemates furent prévues semblables à celles de la Joliette. Dans ce même mémoire pour 1860-1861 est signalé, aux articles 30 et 31, un projet de doubler en hauteur les deux batteries de la Joliette, projet subordonné à celui de constructions non défensives à élever sur la jetée au large du bassin de la Joliette. Ces deux articles n'eurent pas de suite, et ceux des deux nouvelles batteries furent ajournés et représentés dans le mémoire sur les projets de 1861-1862, pour un coût de 140.000 francs  par article. Leur construction fur réalisée en 1862, en phase avec l'achèvement du mur de la digue et d'un nouvel escalier monumental bâti sur l'arrondi formé par l'angle obtus à la transition des deux directions de cette digue, entre la batterie nord de la Joliette et la batterie du milieu du port Napoléon.

            La conception des quatre batteries de la grande digue ou jetée du large était très différente de celles des batteries de côte réorganisées ou construites à neuf selon le programme établi à partir de 1846, jusque vers 1861-1862, du fait de la contrainte de leur caractère compact, intégré à une digue et de leur réalisation en collaboration avec le service des Ponts-et-Chaussées, induisant une cohérence architecturale avec le mur à chemin de ronde de la digue. De ce fait, ces quatre batterie identiques de 9 pièces, peu distantes de la ville, n'avaient pas de réduit, deux de leur sept casemates servant de logement du gardien de batterie, deux autres de magasins, une de magasin à poudre, et les deux dernières réservées pour le service général militaire. Le personnel servant n'était donc pas ordinairement logé dans ces casemates.

            L'Etat sommaire des projets pour 1867-1868, rédigé par le lieutenant-colonel Maritz, chef du génie de Marseille7, demandait, au 4e article des fortifications, de fermer de grilles les deux batteries du port Napoléon. Il s'agissait des grilles qui séparaient les batteries du chemin de ronde du mur de la digue. D'autre part, un procès-verbal de conférence du 24 avril 1867 avait pour objet, à la demande du lieutenant-colonel de Surville, commandant de l’artillerie, le déplacement l’entrepôt des poudres de l’artillerie hors des casemates de la batterie sud de la Joliette ou il avait été établi. Il était proposé de transférer ces poudres soit dans le réduit de  la batterie du Pharo ou dans le haut fort St Nicolas(casemates des bastions 25 et 26 du donjon) ce qui avait comme inconvénient un accès très indirect, soit dans l’ancienne batterie du cap Pinède, située près de l'avant-port nord du port Napoléon, en y créant un magasin spécial.

            Le tableau de contenance des magasins à poudre de la place de Marseille et des batteries de côte qui en dépendent, en date du  28 novembre 18698, fait état, dans chacune des deux batteries de la Joliette de 12400kg de poudre, soit  248 barils, stockés dans les casemates, et dans chacune des deux batteries du port Napoléon, milieu de jetée et traverse de l'abattoir, 9900kg, soit 198 barils. Il en ressort que les casemates des quatre batteries de la digue du large étaient alors pratiquement exclusivement dévolues à l'usage de magasin à poudre, la capacité individuelle des quatre batteries dépassant largement celle des magasins inclus dans les réduits des batteries de côte, et n'ayant comme équivalent que celle des tours du donjon du château d'If, ou celles des magasins du forts Saint Nicolas.

            Le 1 octobre 1872  le directeur des fortifications  Gallimard état d'avis de  rétrograder les magasins à poudre du donjon du château d'If à une capacité de 3000kg et au rang de simple magasin de batterie de côte, en précisant que quelques casemates des batteries de la Joliette servaient de magasin pour les  poudres de transit. En réponse, l'avis commun du commandant de l’artillerie Geille et du comandant du génie Marchand, le 28 novembre 1872, estimaient que les deux magasins à poudre réellement bons de la place de Marseille étaient le nouveau magasin du fort Saint-Nicolas et celui du château d'If, dont la capacité maximum devait être maintenue, pour conserver en temps de paix la poudre destinée aux îles de Pomègues et Ratonneau. Les casemates de la Joliette, en revanche, devaient être écartées à cause de leur humidité.

            A cette époque, les progrès de l’artillerie rayée à  longue portée, portaient à reconsidérer l'armement et l'organisation des batteries de côte, rendant obsolètes, sauf réorganisation, la plupart de celles construites ou réorganisées entre 1846 et 1862. Celles de la digue des nouveaux bassins du port, dites génériquement "de la Joliette", étaient dans ce cas et ne se prétaient pas à une quelconque réorganisation. Dans l'édition de 1880 de sa Géographie militaire, le commandant du génie Anatole Marga  signale, à propos de la défense des frontières maritimes des côtes de Provence, que parmi les ouvrages qui protègent le port et la rade de Marseille, la batterie du Cap Pinède, les batteries de la Joliette et le fort Saint Jean, seront déclassées quand les travaux des nouveaux ports (équipements divers, nouveau grand  bassin dit National, au nord du bassin Napoléon rebaptisé bassin de la gare maritime) seront achevés. Ce principe avait été formulé dès l'été 1874 dans une séance de la commission de défense des côtes. Le déclassement des batteries de la Joliette figure, avec celui des batteries de l'îlôt d'Endoume et des Lions pour les environs de Marseille, dans le projet de loi soumis à la chambre des députés en séance du 29 juin 1882, portant sur le déclassement de places de guerres et de batteries de côte à l'échelle nationale. Ce déclassement ne fut confirmé que le 3 décembre 1888, par un avis commun du comité de défense et du conseil supérieur de la guerre. En 1891, ces batteries ne sont plus portées sur une carte militaire exprimant l'état des lieux des batteries en projet ou en cours d'achèvement, et de celles existantes réorganisées ou désarmées ou à supprimer. Leurs casemates sont alors baillées à ferme par les services du génie, celle du nord du bassin de la Joliette au bureau de l'octroi, celle du sud à la ménagerie maritime. Un plan détaillé de la ville de Marseille publié en 1894 par Henri Leleu et Pierre Laffitte montre l'importance des différents docks et entrepôts et ateliers alors en place autour des bassins de la Joliette, du Lazaret d'Arenc et de la gare maritime, notamment sur les traverses, certains étant même construits en bordure du quai de la grande digue du large, notamment près de la batterie nord de la Joliette. Les batteries déclassées y sont toujours désignées sous leur qualificatif, demeurant en possession du service du génie. En 1899, ce dernier remit les casemates de la Joliette au département des Colonies, qui demanda en 1900 à ce que soit réalisé la réparation des carrelages desdites casemates endommagés par les tempêtes de l'hiver 18989.

Marseille. Nouveau plan de la ville et de ses environs,1894.Marseille. Nouveau plan de la ville et de ses environs,1894.

            Le bâti des casemates et des plates formes n'a subi au cours du XXe siècle aucune autre modification que l'effacement des supports des affûts des canons sur les plates-formes, l'utilisation des casemates par les services implantés du le port étant variable d'une période à l'autre, mais sans réhabilitation d'un usage militaire.

            Lors de l'occupation allemande de 1943-1944, dans la cadre du Südwall, deux casemates de béton de taille inégale furent construites à l'extrémité nord de la grande digue dans son extension  maximum, face au môle du  Cap Janet. Le plus grand, correspondant à un modèle de casemate-abri active type Regelbau 623 ou 624, qui a peut-être en outre porté un canon de défense antiaérienne, a servi de support à la vigie nord du port de Marseille construite en 1979.

 

II- Description

 

            L'architecture des quatre batteries de la grande digue du large, ouvrages défensifs casematés conçus dans un cadre contraignant par les représentants locaux du génie militaire, est indissociable de celle du mur de la digue sur lequel elles font saillie en interceptant son chemin de ronde, l'ensemble ayant été construit en continuité relative, avec des choix  de mise en œuvre communs. Ces batteries doivent donc être considérées comme une réalisation hybride entre l'architecture militaire et l'architecture des ouvrages d'art issus du génie civil, leur construction ayant été financée par l'administration des Ponts et Chaussées, avec une maîtrise d'œuvre partagée entre les ingénieurs de ce corps et le chef du génie militaire territorialement compétents. Il en résulte un traitement monumental assez atypique pour des ouvrages de batterie de côte de la génération 1846-1861.

            Le plan et le profil  commun à ces quatre batteries évoque celui d'un épaulement rectiligne de batterie de côte, avec revêtement maçonné extérieur de plan arrondi aux extrémités, accueillant l'organisation  habituelle composée en tête  d'un parapet d'artillerie en terre, bordant la plate-forme des canons  alignés face au large, un mur de genouillère faisant transition, et à la gorge un chemin de ronde en contrebas de deux marches de cette plate-forme allongée et relativement étroite conçue pour 9 canons. La particularité hors normes de l'épaulement des batteries de la digue du large est que son chemin de ronde n'est pas attenant à la gorge avec un terrain plus ou moins aménagé en cour à un niveau équivalent, mais qu'il surplombe verticalement un quai bordant les bassins, sur une hauteur équivalente à celle du revêtement extérieur; ce chemin de ronde et  la plate-forme d'artillerie sont portés sur une série de sept casemates semblables, voûtées en berceau,  avec façade donnant sur le quai. Il s'agit donc à la fois d'un ouvrage de fortification, pour la batterie proprement dite, dont la plate-forme, dans l'état actuel, a perdu les traces des  socles des affûts de canons, et d'un bâtiment militaire, pour les casemates et leur façade, bien conservées.  Les façades qui sont en saillie sur l'alignement intérieur du mur de la jetée, comportent une série continue de baies régulièrement espacées encadrées en pierre de taille blanche de Cassis traitée en bossage rustique sur fond de parement ordinaire en blocage de moellons irréguliers de poudingue, initialement revêtus d'un enduit couvrant. 

Façade des casemates de la batterie sud de la Joliette Façade des casemates de la batterie sud de la Joliette

A chaque casemate correspond en façade une porte centrée couverte d'un arc plein-cintre encadrée symétriquement de deux fenêtres hautes demi-circulaires régnant au même niveau que l'arc de la porte. La forme de ces fenêtre est caractéristique de celle adoptée dans les réduits de batterie type 1846, corps de garde crénelés ou tours.  Les façades comportent une plinthe et un couronnement de faux mâchicoulis à arceaux plein-cintre portant sur des consoles composée d'un corbeau fort saillant profilé en doucine et d'un tailloir portant un parapet garde corps, le tout en pierre de taille de Cassis, le garde corps étant formé d'une seule assise de carreaux de grand appareil. La série des sept casemates est encadrée à chaque extrémité symétriquement d'un petit avant-corps  couronné des mêmes faux mâchicoulis. 

Vue latérale de la façade sur quai de la batterie nord de la joliette Vue latérale de la façade sur quai de la batterie nord de la joliette

Ces travées d'extrémité logent un escalier voûté à trois volées droites en quart tournant qui débouche sur le chemin de ronde de la batterie. De là, une autre volée à ciel ouvert monte jusqu'au niveau de la crête du parapet d'artillerie en terre (remanié), sur une petite plate-forme faisant transition avec le chemin de ronde du mur de la digue, plus haut de 2m  que celui de la batterie. Les  grilles de fer ouvrantes qui cloisonnait la batterie du chemin de ronde du mur de la digue n'existent plus dans l'état actuel. Les deux avant-corps d'escalier de chaque façade de batterie se distinguent par leur mise en œuvre de façade entièrement parementée en pierre de taille de moyen appareil, à bossages rustiques pour les faux mâchicoulis, à bossage en table pour le mur dans lequel  la porte d'entrée de l'escalier s' insère avec un traitement particulier de son arc en plein-cintre non extradossé, à claveaux longs terminés en gradins pour s'ajuster aux assises du parement.  Le couronnement ne comporte que trois faux mâchicoulis, ce qui donner une grande largeur et un caractère massif aux deux consoles d'angle.

Avant-corps d'escalier droit de la batterie sud de la Joliette Avant-corps d'escalier droit de la batterie sud de la Joliette

            Les deux batteries de l'ex bassin Napoléon, soit celle dite du milieu et celle du nord dite de la traverse de l'abattoir, sont à peu près identiques aux deux batteries du bassin de la Joliette, la seule différence apparente depuis les quais  tenant à leur plus forte saillie, aux dépens de la saillie du côté du large, amoindrie d'autant. 

Façade sur quai de batterie du milieu du bassin NapoléonFaçade sur quai de batterie du milieu du bassin NapoléonFaçade sur quai de la batterie de la traverse de l'abattoir Façade sur quai de la batterie de la traverse de l'abattoir

On note aussi dans la mise en œuvre des parements ordinaires en poudingue, le choix de joints ruban en ciment dont la présence simule un appareil polygonal irrégulier. La principale différence présente dans ces deux batteries construites huit ans plus tard que celles de la Joliette, est plus significative, mais imperceptible côté quai. Elle tient au fait  que la première volée de l'escalier des travées latérales a un débouché en poterne dans l'axe face au large, communiquant de plain pied avec un chemin de ronde extérieur  plus haut que le quai de près de 3m, plus ou moins masqué par les blocs artificiels  de béton brise-lame mis en place dès avant 1860. Les poternes, couvertes  en plein cintre, ont en encadrement rectangulaire en pierre de taille tranchant sur le revêtement extérieur, enduit au ciment dans l'état actuel. 

Poterne gauche de la batterie du milieu du bassin Napoléon Poterne gauche de la batterie du milieu du bassin Napoléon

Le chemin de ronde extérieur continu, est intégré d'origine dans la conception de la digue et des batteries, mais sa communication avec les  escaliers des batteries ne l'était pas, comme on le voit sur les relevés des batteries de la Joliette. Elle n'a été incluse au programme des batteries du bassin Napoléon, qu' a la suite d'une exigence formulée en 1859, avant leur construction, par l'ingénieur des  Ponts et Chaussées. Dans les deux batteries de la Joliette, une issue a été percée après coup latéralement dans les flancs arrondis (et plus saillants)  du revêtement, face au chemin de ronde extérieur du mur de la digue.

            A mi-distance entre les deux batteries sud et nord du bassin de la Joliette, le chemin de ronde du mur de la digue est desservi depuis le quai par un escalier monumental adossé, à deux volées opposées.

Escalier du mur de la grande digue entre les deux batteries de la Joliette Escalier du mur de la grande digue entre les deux batteries de la Joliette

L'architecture de cet escalier, comme celle du mur, est en cohérence avec celles des façades sur quai des batteries, par le choix, la mise en œuvre et la répartition des matériaux, ainsi que par le traitement des  encadrements de baies et par le couronnement à faux mâchicoulis et parapet garde-corps. La seule différence, de l'ordre de la nuance, tient au traitement des faux mâchicoulis qui, dans ces ouvrages relevant exclusivement de la maîtrise d'œuvre et conception des ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, se composent de consoles à deux ressauts en quart de rond avec talon, plus rapprochées que celles des façades des batteries, et portant le parapet garde-corps par l'intermédiaire d'un linteau droit et non d'un arceau clavé.  La référence à l'architecture militaire, notamment médiévale, n'est pas moins présente dans le mur de la digue (qui évoque une courtine d'enceinte urbaine)  et dans l'escalier, que dans la façade sur quai des batteries. Cette référence est affirmée dans l'escalier par la présence d'un avant-corps central portant en balcon  le repos supérieur des volées. L'avant-corps, plus rustique d'aspect que ceux de la façade des batteries, par son parement en blocage de moellons de poudingue, évoque une tour-porte médiévale par son couronnement à faux mâchicoulis et la porte couverte d'un arc plein-cintre qui s'y ouvre, encadrée de deux petits créneaux-fente, évoquant des créneaux de fusillade de réduit de batterie. Cette porte à encadrement en pierre de taille et arc extradossé donne accès à une casemate ménagée sous le repos supérieur de l'escalier. De part et d'autre de cet avant-corps, la façade des deux volées opposées symétriques de l'escalier est percée de 5 créneaux fente donnant jour à des réduits casematés réservés sous les emmarchements et desservis par une porte à encadrement en pierre de taille sous arc plein-cintre, deux fois plus petite que celle de l'avant-corps central. Les deux volées d'escalier comportent un repos intermédiaire à mi-montée, au-dessus de la porte des réduits, qui desservait à gauche une autre porte (aujourd'hui murée) traversant le mur de la digue pour déboucher sur le chemin de ronde extérieur.  

            Un autre escalier, encore plus monumental , s'avance sur le quai contre le mur de la digue, entre la batterie nord de la Joliette et la batterie dite du Milieu, immédiatement après le coudre en angle saillant obtus que forme ce mur.

Mur de la grande digue et grand escalier  entre les deux groupes de deux batteries Mur de la grande digue et grand escalier entre les deux groupes de deux batteries  Façade du grand escalier du mur de la grande digue entre les deux groupes de deux batteries Façade du grand escalier du mur de la grande digue entre les deux groupes de deux batteries

La mise en œuvre des parements ordinaires en poudingue cette partie des ouvrages se caractérise par les joints-ruban simulant un appareil polygonal. La conception des deux volées droites opposées de l'escalier est la même que pour l'escalier entre les deux batteries de la Joliette, mais l'avant-corps central est à la fois plus développé en largeur et plus complexe. Il se compose d'un mur de façade de plan en segment de cercle saillant, encadré de deux tourelles semi-cylindrique, le tout couronné d'un parapet sur faux mâchicoulis semblable à ceux du chemin de ronde du mur de la digue, bordant une plate-forme ou esplanade en balcon sur le port, dont la longueur équivaut à un tiers de celle des batteries. La façade curviligne est percée d'un grand portail central à encadrement en pierre de taille à bossages rustiques couvert d'un arc surbaissé à claveaux de longueur progressive des sommiers à la clef, encadré de deux fenêtres présentant le même type d'encadrement, au service d'un local voûté assez spacieux; les deux tourelles abritant un petit local voûté ont chacune une porte frontale encadrées de même, et deux jours étroits en fente. Les volées d'escaliers ont aussi une porte, une fenêtre et un jour au service de réduits sous l'emmarchement et le repos intermédiaire. Au revers de la plate-forme, face au large, un autre escalier à deux volées plus discret, permet de descendre sur le chemin de ronde extérieur.

            Les quatre batteries étaient indépendantes dans leur accès du chemin de ronde du mur de la digue et de ses deux escaliers monumentaux, mais le cloisonnement n'était pas étanche, la continuité de circulation sur le chemin de ronde du mur pouvant être assurée pour le personnel des Ponts et Chaussées en passant par le chemin de ronde des batteries, qui était fermé seulement d'une grille ouvrant à clef. Ces quatre batteries et les deux escaliers monumentaux sont implantés sur les segments de la grande digue construits en deux campagnes de 1844 à 1853, et de 1855 à 1863, sur une longueur cumulée d'environ 2200 m.

            Au delà et au nord de ces segments, la grande digue et son mur  portant chemin de ronde se continuent, réalisés en plusieurs campagnes au fil de l'extension progressive des bassins, jusqu'à atteindre une longueur totale de près de 3595 m  vers 1890 (avec le bassin National et le nouvel avant-port nord ou bassin de la Pinède), et de 4600 m dans l'état définitif (vers 1910, avec le bassin de la Madrague). Jusque cette extrémité nord de la digue telle que conçue depuis l'origine, avec quai et mur portant chemin de ronde, le mur est construit sur le même modèle, avec son couronnement à faux mâchicoulis et sa mise en oeuvre caractéristique, et il est jalonné de sept escaliers à deux volées, tant coté quai que du côté du large, moins monumentaux que les deux premiers antérieurs à 1863. Une centaine de mètres avant l'extrémité nord du mur  et une cinquantaine avant le dernier escalier, le bunker allemand de 1943-1944 est construit sur le quai de la digue (quai du président Wilson), en adossement du mur. Il semble correspondre par sa forme  et ses dispositions apparentes au modèle-type de casemate-abri avec défense rapproché pour mitrailleuse Regelbau 623 ou 624.

casemate-abri active allemande à l'extrémité nord de la grande diguecasemate-abri active allemande à l'extrémité nord de la grande digue

1SHD Vincennes, 1VH 10862SHD Vincennes, 1VH 10863SHD Vincennes, 1VH 10874Archives départementales des Bouches-du-Rhône, , 2J 245Nouvelles annales de la construction, n°9, septembre 1855, p. 1-26SHD Vincennes, 1VH 10887SHD Vincennes, 1VH 10908SHD Vincennes, 1VH 10919SHD Vincennes, GR 2 V 94

Dans les années 1840, la croissance du trafic maritime de Marseille rend nécessaire l’extension du port. Un premier projet de port auxiliaire le long de la côte, au nord de l'entrée du Vieux port, entre le fort Saint-Jean et les abattoirs, avec longue digue de fermeture face au large, est proposé en 1842. Ces principes d'implantation sont repris en 1844, avec un bassin principal et deux avant-ports, séparés par deux traverses, dans un projet de  l’ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussée Charles de Montluisant et de son adjoint Louis Toussaint, validé par la loi du 5 août  autorisant  la construction du nouveau port, dit de la Joliette. L'ingénieur ordinaire Hilarion Pascal est chargé  de la maîtrise d’œuvre des travaux.

Le comité des fortifications, dans une séance du 14 février 1850, donne les plans de deux batteries de côte à intégrer au grand môle en construction, au droit des deux traverses, approuvés le 17 juin  par la commission mixte des travaux publics, compétente du fait du financement de ce projet sur les travaux  du port. Charles-Louis-Florentin Richard, chef du génie de Marseille, donne les dessins définitif de ces deux batteries à construire sous son contrôle mais aux frais de l'administration des Ponts et Chaussées,  dans les articles d'ouvrages de fortifications et bâtiments militaires à porter dans les projets pour 1853 et 1854. Les travaux de la digue et des batteries sont réalisée par l’entreprise Dussaud frères, pionnière des blocs de béton pour brise-lames. Achevées en 1853-1856, ces batteries identiques comportaient neuf pièces d’artillerie chacune, sur plates-formes surélevées au-dessus du quai, reposant sur sept casemates voûtées. Leur architecture monumentale résulte d'une conception partagée entre le chef du génie et deux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, Hilarion Pascal et Jean-François Mayor de Montricher, ingénieur en chef des Bouches du Rhône, en charge du port de Marseille de 1853 à 1857, concepteur de l'architecture monumentale du pont-aqueduc de Roquefavour. 

La loi du 10 juin 1854 lance le projet du bassin Napoléon (surface de 32 hectares) en avant de celui de la Joliette achevé (20 hectares), dans un axe différent, suivant la ligne de côte. Deux nouvelles batteries du même modèle que celles de la Joliette sont prévues sur la digue du large ainsi rallongée : une au milieu, l’autre au droit de la traverse de l’Abattoir. Les chefs du génie Boubée de Lespin puis Guillemaut suivent les travaux, conduits de 1858 à 1862.

De conception très différente de celles des batteries de côte de type 1846 réalisées à la même époque, notamment du fait de l'absence de réduit, les quatre batteries permettent le stockage des poudres dans leurs casemates, avec  une capacité importante, dépassant, en 1869 celles du magasin du fort Saint-Nicolas ou du Château d'If, les plus importants du secteur de Marseille.. À partir des années 1870, les progrès de l’artillerie rayée rendent obsolètes ces batteries, dont le déclassement, proposé dès 1874 par la commission de défense des côtes, est confirmé en 1888.

Au cours du XXᵉ siècle, les casemates-magasins des ex batteries de la digue  furent utilisées par des services civils du port (octroi, ménagerie maritime, colonies). Sous l’Occupation allemande (1943-1944), deux blocs sont construits à l’extrémité nord de la digue ; sur l'un d'eux est construite la vigie nord du port en 1979.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Richard Charles-Louis-Florentin
      Richard Charles-Louis-Florentin

      Ingénieur du génie. Chef du génie à Marseille en 1852-1854

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    • Auteur :
      Pascal Hilarion
      Pascal Hilarion

      Hilarion Pascal, élève de l’École Polytechnique en 1833, ingénieur en chef du service spécial maritime des Bouches-du-Rhône (1858-1875). Il s’illustre dans des travaux portuaires : digues du Rhône, port de Marseille, puis à Cassis et La Ciotat.

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    • Auteur :
      Montricher Jean François Mayor de
      Montricher Jean François Mayor de

      Jean François Mayor de Montricher, ingénieur suisse. Polytechnicien et ingénieur du corps des ponts et chaussées, il réalisa de nombreux travaux à Marseille et dans sa région. Ingénieur en chef au service du port de Marseille (1854-1857).

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    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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    • Auteur :
      Dussaud Frères
      Dussaud Frères

      Entreprise de travaux publics installée à Marseille en 1845. Créée et d'abord dirigée par Jean Dussaud, puis par ses deux fils Élie et Elzéar, elle est spécialisée dans la réalisation d'infrastructures portuaires, bassins, quais, jetées. A réalisé les travaux des ports de Cherbourg, d'Alger, de Marseille (bassin de la Joliette et digue du large) et de Port-Saïd dans les années 1845-1870.

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Les quatre batteries de la grande digue du large , répartis sur  les 2200 premiers mètres du mur de la digue constituent un ensemble architectural homogène, hybride entre fortification militaire et ouvrage d’art civil. Leur plate-forme conçue initialement  pour neuf canons alignés a perdu son parapet et les socles des pièces dans l'état actuel.

Chaque batterie présente sur le quai une façade construite en poudingue, avec sept travées de casemates percées de portes couvertes en plein-cintre et de fenêtres demi-circulaires, encadrées de pierre de Cassis à bossages rustiques. Les casemates sont couvertes en berceau, et l’ensemble est surmonté d’un couronnement à faux mâchicoulis en pierre de taille. Aux extrémités, deux avant-corps en pierre de taille  aussi couronnés de faux mâchicoulis sont percés d'une porte couverte d'un arc plein-cintre donnant accès à un escalier voûté montant à la plate-forme, et, secondairement, au chemin de ronde couronnant le mur de la digue, lui aussi couronné de faux mâchicoulis côté quai. Les batteries du bassin Napoléon se distinguent par une issue des escaliers en poternes du côté du large, donnant accès à un chemin de ronde extérieur.

La référence esthétique à l'architecture  fortifiée médiévale, présente dans les façades sur quai des batteries,  est encore  affirmée dans les escaliers monumentaux adossés à la digue, construits en phase. Le premier, entre les deux batteries de la Joliette, présente un avant-corps central évoquant une tour-porte, percé de créneaux-fentes et d’une porte en plein cintre. Le second, entre la  batterie de la Joliette nord et la batterie du Milieu, est encore plus monumental : avant-corps semi-circulaire encadré de tourelles, esplanade en balcon, ouvertures richement traitées en pierre de taille. Ces escaliers intègrent des locaux voûtés avec créneaux, renforçant l’illusion de fortification. 

  • Murs
    • poudingue moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : escalier symétrique en maçonnerie
    • escalier dans-oeuvre : escalier en équerre
  • Typologies
    batterie ouverte (3e quart 19e siècle)
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public de l'Etat, Grand Port Maritime de Marseille
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections

  • Place de Marseille. Etat sommaire des articles d'ouvrage des projets pour 1853-1854 par le chef du génie Richard. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1859-1860 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1088.

  • Place de Marseille, mémoire sur les projets de 1860-1861, par Alexandre Guillemaut, février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.

  • [Plan d'état des lieux de la ville de Marseille avec projets du port et nouveau quartier]. / Dessin aquarellé dirigé par Richard, chef du génie, 14 décembre 1854. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1086.

  • [Relevés des batteries du bassin de la Joliette, état des lieux. / Dessin aquarellé, feuille d'atlas des bâtiments militaires, 15 avril 1867. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • Marseille. Nouveau plan de la ville et de ses environs. / Carte dessinée par Pierre Laffitte, gravée et imprimée par Erhard Frères, 1894. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE C-1935.

Documents figurés

  • [Plan des batteries de la Joliette, pour leur achèvement]. / Dessin aquarellé dirigé par Boubée de Lespin, chef du génie, 8 février 1856. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1087.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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