Dossier d’œuvre architecture IA13006248 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte du Roucas Blanc
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 8e arrondissement
  • Lieu-dit le Roucas Blanc
  • Adresse impasse de la Batterie du Roucas Blanc
  • Cadastre 2026 K 112, 187, 188 parcelle 112 : corps de garde, parcelles 187 et 188 : dehors
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batterie du Roucas Blanc
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

  

            Le site du Roucas-Blanc, sous son appellation ancienne de Cap Gros, est  l'un des dix sept sites littoraux de la baie de Marseille choisis en 1695 pour établir des batteries de côte, et l'un des treize non antérieurement fortifiés.

            Un  programme de principe initialement défini par une commission d'experts en septembre 1694 avec sept  batteries neuves armées de canons de 24 ou 36 livres, revu  par Vauban avec des propositions alternatives dans un mémoire du 6 décembre 1694, fut mis en œuvre dans une version amplifiée à partir d'avril 1695. Sa réalisation fut placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé par Louis XIV au commandement des côtes de Marseille à Toulon.

            Plusieurs cartes de la baie datées de cette même année 1695, dont une du 16 mai1, témoignent du déploiement de 16, puis 17  batteries de côte, destinées à inquiéter le bombardement. Celle du Cap Gros, armée de 8 canons de 24 livres (comme celles, voisines, de Montredon et du cap d'Endoume), et de deux mortiers, était commandée par Monsieur de Perustis & Mr de Feuret, servie par le maître canonnier François Roussel, employant 8 canonniers et 40 matelots pour le service des canons. Ces informations détaillées sont données par un état des batteries associé à la carte du 16 mai 1695 et par la légende de plans de détail des batteries associés des autres cartes contemporaines2.Ces plans montrent qu'il s'agissait, comme pour la plupart des autres batteries crées alors, d'un un simple épaulement ou parapet en terre de plan en arc de cercle, ouvert à la gorge.

Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695. Détail : batteries du Cap Gros et de Montredon. Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695. Détail : batteries du Cap Gros et de Montredon.

            Deux nouvelles cartes de la rade avec les batteries, avec plans de détail sommaires inclus, une due à Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence, sans doute un peu postérieure à 1701, une autre signée Pierre Chevallier et contresignée par le seigneur de Montmort, intendant des galères de France et des fortifications de Provence le 21 septembre 17053, précisent que la batterie du cap Gros, inchangée, est alors armée de 6 canons de 24 livres répartis de part et d'autre des deux mortiers en position centrale. Non considérée comme majeure par Vauban dans son mémoire sur Marseille de 1701, la batterie est restée durant les décennies suivantes dans son état de 1695, comme le montrent les cartes des batteries de côtes datées de 1746 et de 1774. Le toponyme désignant la batterie et son site change à une date inconnue vers la fin de l'ancien Régime.

            Le 30 fructidor an 3, un  mémoire de l'inspecteur général des fortifications donnant l'état des batteries de côte des environs de Marseille4 dans le cadre d'un programme général de remise en état alors en cours, qui comportait la construction de nouvelles batteries, consacre quelques lignes laconiques aux batteries de Rocas Blanc, des Lions, Endoume et Pharo, précisant que les deux premières sont en bon état ainsi que leurs corps de garde, et qu'ii manque partout des magasins à poudre que proposera le directeur. Six ans plus tard, un mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications signé des sieurs Boyer et Sorbier, respectivement sous-directeur et directeur des fortifications à Toulon, daté du 15 frimaire an 9, donne plus de précisions. La batterie du Roucas Blanc était en assez bon état pour ce qui est de la plate-forme, des parapets et du fourneau à réverbère. Une grande partie du pavé du corps de garde était à renouveler ainsi que les piédroits de la porte, une partie de la couverture est à remanier, l'autre à reconstruire ainsi que celle du logement du garde-magasin. Le magasin à poudre et la citerne étaient en bon état.

            En 1811, la commission de défense du littoral de la Méditerranée avait demandé quelques réparations ou améliorations aux épaulement et établissement de la batterie du Rocas Blanc. Le mémoire sommaire sur la place de Marseille 5 rédigé le 10 juillet 1814  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef du génie de Marseille et sous-directeur des fortifications de Toulon, précise que l'objet de la batterie du Rocas Blanc est de défendre l'accès de la plage de Montredon ou l'ennemi pourrait exécuter un débarquement considérable sans trouver d'autre obstacle que le feu de cette batterie et de celle de Montredon. Il ajoute que  l'épaulement est en assez bon état, les bâtiments en son dégradés, elle renferme un fourneau à réverbère.(...) Il serait fort nécessaire (...) de retrancher à la gorge la batterie du Rocas Blanc de manière qu'elle ne fut pas exposée à être enlevée d'un coup de main avant que les hommes envoyés de Marseille puissent y arriver. Les travaux correspondants sont alors estimés 10.000 francs mais placés en 3e degré d'urgence.

Le même Tournadre aîné, dans un autre mémoire du 20 novembre 1816, écrit que rien de plus n'a été fait depuis 1814 dans cette batterie, et signale qu'elle était armée dans la dernière guerre de 3 pièces de 24, et d'un mortier de 12 pouces. Il demande alors d'y construire une tour modèle n°2.

            Une campagne de relevés des batteries de côte programmée en 1817 par ce chef du génie aboutit l'année suivante à la réalisation6 d'un atlas qui comporte une planche de plan et profils (datée du 1er avril 1818) et une description détaillée de la batterie du Roccas Blanc7.

Plan et profils de la batterie du Roccas Blanc,1818. Plan et profils de la batterie du Roccas Blanc,1818.

L'épaulement de la batterie renfermé entre deux murs de soutènement,  diffère de celui de 1695, par son plan à deux branches rectilignes égales en chevron avec retour de parapet à gauche. Le revêtement intérieur avait été en partie soutenu de gabions, qui se sont pourris. La plate-forme en pierre de taille, en assez bon état, élevée de 29m environ au dessus du niveau de la mer, peut recevoir 4 pièces de 24  sur affût de côte (...) on peut en outre placer deux mortiers. Tournadre précise qu'il y avait un fourneau à réverbère qui fut entièrement détruit pendant le 1er désarmement en l'an 10; il n'a pas été rétabli, bien que l'ordre en eut été donné. En arrière de la gorge de la batterie, un corps de garde de deux travées parallèles, en médiocre état, avec une citerne en avant, pouvait contenir 20 hommes, un petit logement pour le gardien & un magasin pour les articles de l'artillerie. Le plan indique l'embase remblayée d'un bâtiment rectangulaire en ruines ou inachevé à côté du corps de garde et de la citerne.  En arrière et isolé vers le sommet du site,  le petit magasin à poudre, était couvert d'une simple toiture en tuiles. Le plan montre en outre entre la gorge de la batterie et le corps de garde, des murs de terrasse en pierre sèche et trois petites guérites isolées. S'agissant de cette batterie, le chef du génie consacre à ses observations incluses dans l'atlas un long développement affirmant que, du fait qu'elle défend de façon essentielle la plage de Montredon, elle-même très importante à la sûreté de Marseille, l'établissement d'une tour ou d'un ouvrage équivalent lui parait indispensable, notamment en considérant qu'une batterie dite de la Convention, commencée en 1794 à gauche de la plage de Montredon pour la défense de cette plage, à 14m au-dessus de la mer, n'a jamais été achevée. En conséquence, la tour-modèle n°1 proposée pourrait être implantée en arrière de cette batterie inachevée de la Convention sur un petit mamelon qui semble placé là tout exprès.

            Ces propositions de principe ne firent l'objet d'aucun dessin de projet et ne connurent aucun commencement d'exécution.

            Une transaction passée en 1835, objet d'une dépêche ministérielle du 22 août, aboutit à l'abandon par le génie du magasin à poudres existant, en enclave dans la parcelle privée du sieur Jourdan, en arrière de la batterie du Roucas Blanc, en contrepartie de l'engagement de ce particulier à en faire construire un autre à ses frais sur  le terrain de la batterie. Ce nouveau magasin, réceptionné par le chef du génie le 15 novembre 18418, semble avoir été construit sur l'embase de bâtiment inachevé proche du corps de garde.

            Cette même année 1841, une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles instituée par décret du 11 février était chargée d'étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. Elle travailla en particulier, pour les batteries isolées, sur la définition de réduits-type défensifs. Une première série de réduits comportant des tours carrées et des corps de garde fut définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, puis retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir aux modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie. Ces réduits-type 1846 comportaient deux options : tours crénelées à deux niveaux casematés ou corps de garde crénelés à un niveau, aux murs moins épais, les unes comme les autres de plan rectangulaire et déclinées en trois tailles, n° 1 pour batterie de 12 pièces (60 hommes), n° 2 pour 8 pièces (40 hommes) et n° 3 pour 4 pièces (20 hommes).

            Le vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon les nouvelles normes donna lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Lebas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l'organisation de la batterie du Roccas Blanc fit l’objet du 18e article du Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 18469 pour un coût estimé de 34000 francs, et accompagnée d'un plan de projet sans détails.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du Roucas Blanc],1846.[Plan du projet d'organisation de la batterie du Roucas Blanc],1846.

 En vertu de l'avis de la commission, le projet conservait la batterie existante intégralement, pour l'armer de 4 pièces, mais reformait le profil du parapet  et  ajoutait un corps de garde défensif n°3. Le plan montre que le corps de garde prévu appartenait à la typologie de 1845, très différente de celle de 1846, la date du projet dessiné, 2 juin 1846,  étant antérieure à la fixation des nouveaux modèles-type définitifs. A l'échelle nationale, les plans-type de 1845, rapidement remplacés, n'ont pratiquement jamais été réalisés. Le corps de garde neuf du Roucas-Blanc aurait été placé immédiatement derrière la partie ou il n'y a pas de pièces soit à l'arrière de l'extrémité de la branche droite du parapet en terre, le long de  laquelle les plates-formes d'artillerie ne se continuaient pas et qui, avec un rocher en place en retour de cette extrémité, formait masse couvrante pour ledit corps de garde.  Le dessin du projet figure six emplacements de canons sur la plate-forme. Dans son apostille le directeur des fortifications  proposait de modifier le projet en excavant l'affleurement rocheux qui limitait l'espace constructible au revers de la plate-forme, pour placer le corps de garde défensif en arrière du centre de la batterie en l'enfonçant de manière que l'intrados des voûtes soit au niveau de la ligne de feu. Cette excavation procurerait des  déblais à employer pour reformer le parapet. Le corps de garde ancien, plus à l'arrière, restait inchangé, avec la citerne voisine, dans le périmètre restreint du terrain militaire.

            Ajourné, le projet fut représenté en 1849 dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte10, sous l’autorité du Chef du Génie Lebas dont il constitue le 4° article, évalué à 29200 francs. Le corps de garde défensif n°3, conforme aux modèle-type 1846, est proposé au même emplacement décentré que dans le précédent projet, toujours en conservant en place le corps de garde et la citerne de l'ancienne batterie.

            L'ensemble des projets des batteries de côte du secteur de Marseille fut ajourné durant dix ans, et relancé en 1859. La batterie du Roucas Blanc ne fait pas partie de celles dont l'organisation est présentée dans le Mémoire des projets pour 1859-186011, du fait d'un projet concurrent de batterie neuve dite de l'Huveaune, proche de la plage de Montredon,  présenté en 10e article. Le mémoire précise pour cette batterie neuve projetée d' un cout estimé de 125000 francs, à reporter à un exercice ultérieur : on pourrait la remplacer en renforçant les  batteries de Montredon (9e article du projet) et du Rocas Blanc par des flancs battant la plage.

            Le mémoire sur les projets des fortifications pour 1860-1861, rédigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut le 12 février 186012, consacre son 18e article à organiser la batterie du Rocas Blanc pour un budget de 105 000 francs dont 50000 demandés  pour 1860, 55000 pour 1861. Le nouveau projet prend en compte une décision ministérielle du 27 juin 1859 fixant l'armement de la batterie à  8 pièces. Le plan joint montre un projet fort différent de celui présenté en 1848.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du Rocas Blanc pour 8 pièces],1860.[Plan du projet d'organisation de la batterie du Rocas Blanc pour 8 pièces],1860.

L'épaulement de batterie y est peu modifié dans sa forme, mais la crête du parapet (surplombant la nouvelle route littorale dite de la corniche)  est rabaissé dans le projet de la cote d'altitude 32m à la cote 25m, à grand renforts de déblais du socle rocheux , et  sa plate-forme, rabaissée d'autant, règne sur toute la longueur des deux branches, pour placer les 8 pièces. L'abaissement de l'épaulement par déroquetage était justifié par une interdépendance avec  la batterie de  l'Huveaune, toujours en projet (17e article) à établir sur la plage de Montredon, et tributaire des travaux de celle du Rocas Blanc pour fournir des déblais de roc. Le corps de garde n°3 est proposé au Roucas Blanc plus en arrière qu'en 1849 de la gorge de la batterie, à l'emplacement du vieux corps de garde à détruire, en apportant des remblais pour former la partie supérieure du glacis pentu, taillé dans le roc, qui compenserait le dénivelé créé entre la crête de contrescarpe du fossé projeté du corps de garde , à 34m d'altitude, et le chemin de ronde de gorge de la batterie rabaissé à 22m. Le service d'une batterie de 8 pièces requérant un personnel effectif de 40 hommes, dont la moitié seulement peut être logé dans un corps de garde crénelé type 1846 n°3, le chef du génie proposait de placer les locaux propres à loger les 20 autres hommes dans une galerie casematée  en partie souterraine entre le corps de garde (y communicant par un escalier souterrain) et la gorge de l'épaulement, avec façade donnant sur un  fossé de retranchement intermédiaire au pied du glacis. Le directeur des fortifications Bichot, dans son apostille du 3 mars 1860, n'approuvait pas cette organisation complexe, dont il jugeait la conception assez mauvaise avec la galerie basse, à laquelle il convenait de préférer un corps de garde n°2. Il concluait : si l’on ne construit pas la batterie de l’Huveaune sur la plage, il faudra limiter les déblais et ne descendre la crète qu’à la cote 28.

            L' achèvement de la batterie du Roucas Blanc, pour un budget de  45.000 francs, fait l'objet du 16e article du mémoire sur les projets de 1861-1862 établi sous la direction du chef du génie Guillemaut13. Il y est précisé qu'elle est en cours d'exécution, et réalisée suivant les prescriptions du comité des fortifications du 18 mai 1860, les fonds nécessaires pour cet achèvement étant accordés par décision ministérielle du 3 décembre 1860. Dans les faits, le projet de batterie de l'Huveaune ayant été abandonné, l'épaulement de celle du Roucas Blanc ne fut pas abaissé, mais agrandi pour recevoir un armement de 10 pièces, cinq dans chaque branche, et de deux mortiers, placés au milieu. Le service d'une batterie de 12 pièces requérant un effectif de 60 hommes, c'est un corps de garde crénelé type 1846  n°1 qui fut construit (à l'emplacement du vieux corps de garde détruit), avec glacis et rampe de communication entre la contrescarpe de son fossé et le chemin de ronde de la batterie.

            L'état achevé figure en plan général sur une planche de dessin de projet présenté pour 1865-1866 par le chef du génie Gras, validé par Guillemaut, alors directeur des fortifications14. Ce projet avait pour objet de pratiquer dans le roc un magasin à munitions  sous le rocher au bout de la branche droite de l'épaulement, pour un coût évalué à 2500 francs. On note que le légendage du plan de détail évoque un magasin à poudre et non à munitions.

[Plans d'un projet de magasin sous roc à la batterie du Roucas Blanc],1864.[Plans d'un projet de magasin sous roc à la batterie du Roucas Blanc],1864.

            Dans l'édition de 1880 de sa Géographie militaire, le commandant du génie Anatole Marga  évoque, à propos de la défense des frontières maritimes des côtes de Provence, un programme de principe pour les batteries du secteur au sud d'Endoume-comportant le projet de création d'une nouvelle batterie sur le Mont-Rose : "Au sud de l'île d'Endoume, les deux batteries du Roucas-Blanc et de Mon-Redon battent les mouillages et la plage de Mont-Redon; cette dernière sera déclassée, la batterie du Roucas-Blanc sera reconstruite plus haut et enfin on établira une nouvelle batterie sur le sommet du Mont-Rose à l'extrémité méridionale de la plage et précisément au point ou débouche le canal de Marseille " 15. La reconstruction de la batterie du Roucas Blanc selon les nouvelles normes imposées par les progrès de l'artillerie fit l'objet le 19 février 1886 d'un procès verbal des inspecteurs conférence de la commission de défense des côtes, qui la déclaraient de première urgence. Une dépêche ministérielle de janvier 1888 indiquait seulement le principe du renouvellement de l'armement de la batterie existante, par six nouvelles pièces alors en usage dans les batteries de côte, probablement des canons de 95mm, qui n'imposaient pas une transformation lourde des plates-formes.

            Dans les faits, aucun changement ne fut apporté à la batterie du Roucas Blanc dans la décennie 1880. Dans un rapport du 15 juin 188916, le chef du génie de Marseille Joseph Cauvin et le chef d'escadron Faure, commandant de l'artillerie de l'arrondissement examinèrent une demande de la commission d'études pour la défense du littoral portant sur l'établissement de deux batteries dans les environs du Cap Croisette : 1° une batterie de 4 canons de 24cm avec en plus 4 canons de 95mm, en remplacement de la batterie du Roucas Blanc à déclasser, et destinée à reporter la défense plus loin de la ville. 2° une batterie de mortiers de 270mm pour protéger cette position contre les attaques de flanc et de revers. Ce programme aboutit à la construction de la batterie de mortiers de Croisette, de 1890 à 1893, et à celle de la batterie de canons de l'Escalette de 1893 à 1894. En conséquence, la batterie du Roucas Blanc fut désarmée en 1895 avec ouverture à la location du terrain militaire et du réduit. Son déclassement était effectif  le 22 mars 1899, date de sa remise par le Génie à l'administration des domaines. A cette date, en revanche, fut réalisée au pied de la batterie, la construction d'un poste photo-électrique, avec poste de commande et abri des machines adossés au rocher immédiatement sous le revêtement  l'épaulement, en bordure intérieure de la route de la corniche,  et l'abri de combat, couvert d'une dalle de béton, en bordure extérieure de la même route, comme le montre un plan de 1906 qui figure aussi la batterie déclassée, inchangée dans ses dispositions depuis 186517.

[Plans et coupes du poste photo-électrique du Roucas Blanc],1906.[Plans et coupes du poste photo-électrique du Roucas Blanc],1906.

            Passée dans le domaine privé dans la première moitié du XXe siècle  sans projet de réutilisation lors des deux guerres mondiales, la batterie déclassée avait été modifiée dès l'après première guerre par le rasement à l'horizontale des profils du parapet et de la plate-forme d'artillerie de son épaulement, l'atténuation de la pente du glacis, avec nouveaux murs de soutènement  remplaçant ce glacis au revers du fossé du corps de garde, et par la création d'une nouvelle rampe en lacets partant de  la route de la corniche et montant au corps de garde, selon un tracé différent de celui de l'ancienne rampe interne. Cet état des lieux apparaît clairement sur une photographie aérienne verticale de 1923.  Le corps de garde était alors restauré et habité.

Vue aérienne verticale de la batterie du Roucas Blanc],1923.Vue aérienne verticale de la batterie du Roucas Blanc],1923.

            En 1961, le site de l'ancienne batterie fit l'objet d'un projet immobilier, comportant la construction d'un immeuble d'habitation de trois étages au-dessus de l'ancien corps de garde de 1860-1861 remployé comme infrastructure, encadré d'autres unités locative ou de garage de moindre hauteur, montés sur les murs de soutènement de l'après première guerre, comme le montre une maquette du projet alors réalisée.  Ces immeubles furent réalisés à la suite conformément au projet.

[Vue de la maquette du projet d'immeuble sur le réduit de la batterie du Roucas Blanc],1961.[Vue de la maquette du projet d'immeuble sur le réduit de la batterie du Roucas Blanc],1961.

II- Description

            Dans l'état actuel des lieux, il ne reste que très peu de vestiges apparents de la batterie du Roucas Blanc, qui, bien que devenue à peu près  invisible, n'a pas entièrement disparu du paysage, du fait de la conservation de la majeure partie de l'ancien corps de garde type 1846 n° 1 sous l'immeuble d'habitation de 1961. Cet immeuble, plus long et moins large que le corps de garde, surplombe directement son grand côté  sud-ouest, face à la mer, qui lui tient lieu de soubassement, complètement défiguré par la percée de grandes baies cintrées et par la suppression du fossé et de sa contrescarpe. Les deux petits côtés du corps de garde, dont celui de l'entrée au nord-ouest, sont entièrement recouverts et incorporés dans l'immeuble de 1961, qui s'étend en longueur sur l'emprise du fossé sur ces deux côtés. Le grand côté nord-est du corps de garde et la partie du fossé qui le borde restent seuls dégagés, apparents et reconnaissables vus de l'extérieur dans l'état actuel, la façade postérieure de l'immeuble étant construite en retrait d'alignement de ce côté, avec ponts-perrons des deux portes de l'immeuble franchissant le fossé au niveau de l'ancienne plate-forme sommitale du corps de garde. L'aspect actuel est donc modifié par le fort surhaussement, en 1961, du mur de contrescarpe de ce côté du fossé, et surtout par le dérasement du parapet crénelé à bretèche qui terminait l'élévation du corps de garde et bordait sa plate-forme, aujourd'hui traitée dans sa partie non recouverte en terrasse gravillonnée de bordure de façade. 

Corps de garde de la batterie 1860-1861, face nord-est et fossé, vue plongeante prise de l'estCorps de garde de la batterie 1860-1861, face nord-est et fossé, vue plongeante prise de l'est

Le dérasemernt du parapet a fait disparaître de l'élévation conservée de ce côté nord-est du mur toute trace, consoles comprises  des deux bretèches bien en place dans l'état antérieur à 1960. Il ne reste donc dans l' élévation murale conservée que les percements liés aux trois grandes casemates transversales, créneaux et fenêtres hautes, qui au demeurant se différencient quelque peu des normes du modèle-type.  Munies de barreaux de fer, les trois fenêtres hautes , une par casemate, n'ont pas l'encadrement demi-circulaire en pierre de taille du modèle-type formé d'un arc plein-cintre extradossé portant sur l'appui, mais une forme plus ordinaire de fenêtre à piédroits courts formés de 3 assises du parement ordinaire de moyen appareil rustique à joints tirés au fer, et couverte d'un arc segmentaire en pierre de taille bouchardée, en relief sur le nu du parement, avec clef saillante et sommiers en crossette.

Corps de garde de la batterie 1860-1861, face nord-est vue  prise du fond du fosséCorps de garde de la batterie 1860-1861, face nord-est vue prise du fond du fossé

 D'autre part, les créneaux  régnant sous l'appui des fenêtres, simple fente (actuellement murée) à encadrement saillant en pierre de taille,  ne sont pas groupés par 3 sous chaque fenêtre, pour un total de 9, mais forment une série continue régulièrement espacée de 10, dont 2 sous chaque fenêtre. A l'intérieur, les trois travées de grandes casemates transversales ont conservé leur voûte en berceau segmentaire, de même que les travées de culée, mais leur usage actuel de cave à entraîné la mise en place en 1961 d'un cloisonnement dégageant un étroit passage central longitudinal bordé de murs de brique enduits, ce qui ne laisse qu'une perception limitée des volumes. 

Corps de garde de la batterie 1860-1861, vue intérieure partielle des grandes casemates transversalesCorps de garde de la batterie 1860-1861, vue intérieure partielle des grandes casemates transversales

1Carte de la côte des rades de Marseille ou sont marquées les batteries pour inquiéter le bombardement, à Marseille, le 16 may 1695 Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°412La Rade de Marseille avec les batteries de canons et mortiers pour inquiéter le bombardement, avec un plan de chaque batterie particulière avec dénombrement des canons et mortiers, Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 21.3Plan de la baye et des rades de Marseille avec les batteries des canons et mortiers pour sa defance. SHD Vincennes, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 1444SHD Vincennes 1VH1079 n°15SHD Vincennes, 1VH 1079, n° 146SHD Vincennes, 1VH 1079, n° 167Archives départementales des Bouches du Rhône 2 J 14, pl. n°188SHD Toulon 2K2 237, légende historique du plan terrier fait en juillet 18679SHD Vincennes, 1VH 1084, n° 110SHD Vincennes, 1VH 108511SHD Vincennes, 1VH 108812 SHD Vincennes, 1VH 108813SHD Vincennes, 1VH 108914SHD Vincennes, 1VH 109015Anatole Marga, Géographie militaire Iere Partie, généralités et la France, t.II - France : frontières maritimes (...) Paris, 1880, p. 98.16SHD Vincennes GR 7N 191017Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 2J 24

En 1695, le site du Cap Gros, futur  Roucas-Blanc, est l'un des dix sept sites littoraux de la baie de Marseille choisis pour établir des batteries de côte, et l'un des treize non antérieurement fortifiés. L'épaulement de la batterie initiale, armé de 8 canons de 24 livres et de 2 mortiers, était un simple parapet en terre en arc de cercle. N’étant pas jugée majeure par Vauban dans son projet de Marseille de 1701, elle reste pratiquement inchangée tout au long du XVIIIᵉ siècle.

Sous la Révolution, elle est signalée en bon état, mais dépourvue de magasin à poudre. Les mémoires de Boyer et Sorbier (1799-1800) et de Jean-Joseph Amable Tournadre (1814, 1816) soulignent sa valeur stratégique pour défendre la plage de Montredon, tout en préconisant un retranchement ou l’ajout d’une tour modèle n°2. L’atlas de 1818 par Tournadre décrit un épaulement en chevron, une plate-forme pour 4 canons de 24 et 2 mortiers, un corps de garde et un magasin à poudre distinct.

La commission mixte d’armement des côtes ayant entrepris en 1841 une étude pour la réorganisation des batteries de côte selon de nouvelles normes. un vaste programme national fut engagé à partir de 1846. Confié à Marseille au chef du génie Lebas, ce programme proposa d’abord pour la batterie du Roucas Blanc, la construction d'un corps de garde défensif n°3, projet représenté en 1849 et ajourné. En 1860, le chef du génie Alexandre Guillemaut, propose de réorganiser la batterie d'abord pour huit pièces avec un corps de garde type 1846 n°3, puis pour dix canons  et deux mortiers, avec un corps de garde n°1 (pour 60 hommes). Les travaux sont réalisés entre 1860 et 1862. En 1865-1866, un magasin à munitions en caverne est ajouté.

Dans les années 1880, malgré des projets de modernisation, la batterie est jugée obsolète. Le rapport du chef du génie Cauvin et du commandant de l'artillerie Faure , en 1889, recommande son déclassement au profit des nouvelles batteries de Croisette (mortiers) et de l’Escalette (canons). Désarmée en 1895, elle est officiellement déclassée en 1899.

Au pied du site, un poste photo-électrique est construit vers 1900. Après la Première Guerre mondiale, le site étant passé dans le domaine privé, avec réutilisation du corps de garde, l’épaulement de la batterie est arasé, et une nouvelle rampe d’accès est créée. En 1961, un immeuble d’habitation est bâti au-dessus de l’ancien corps de garde, intégré comme soubassement, avec garages et annexes.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : limite 18e siècle 19e siècle , daté par source , (détruit)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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      ingénieur militaire attribution par source

 Aujourd’hui, la batterie du Roucas-Blanc a presque disparu, mais le corps de garde type 1846 n°1 subsiste en grande partie, intégré au soubassement de l'immeuble construit en 1961. Cet immeuble, plus long et moins large que l’ouvrage d’origine, recouvre les côtés nord-ouest et sud-ouest, supprimant fossé et contrescarpe. Seul le grand côté nord-est du corps de garde et la portion de fossé qui le borde restent visibles.

Cette élévation résiduelle a perdu son parapet crénelé à bretèches. Les percements visibles, fenêtres hautes (à arc segmentaire et clef saillante) et créneaux simples en pierre de taille, non groupés comme dans le modèle-type mais disposés en série régulière correspondent aux trois grandes casemates transversales. À l’intérieur, ces casemates cloisonnées par la distribution en caves de 1961, ont conservé leurs voûtes en berceau segmentaire.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau segmentaire
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    batterie ouverte (3e quart 19e siècle)
  • État de conservation
    vestiges
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    réduit
  • Protections

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • Atlas des batteries de côte des baies de Marseille et de La Ciotat, 1818. Par Tournadre aîné. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille, mémoire sur les projets de 1860-1861, par Alexandre Guillemaut, février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.

  • Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs. / Dessin aquarellé, 1695. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076 n°21.

  • Plan et profils de la batterie du Roccas Blanc. / Dessin aquarellé par Tournadre aîné, feuille de l'Atlas des batteries de côte de 1818. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 4, pl. 20.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du Roucas Blanc]. / Dessin aquarellé par LeBas, chef du génie, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1084, n° 1.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du Rocas Blanc pour 8 pièces]. / Dessin aquarellé, signé par le capitaine du génie [illisible], dirigé par le chef du génie Guillemaut, 12 février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.

  • [Plans d'un projet de magasin sous roc à la batterie du Roucas Blanc]. / Dessin aquarellé, par le capitaine du génie [Dupuy ?], dirigé par le chef du génie Gras, 16 décembre 1864. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1090.

  • [Vue aérienne verticale de la batterie du Roucas Blanc]. / Photographie,1923. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

    https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.363392&lat=43.270217&z=15.6&layer=pva&year=1923&orientation=vertical&mission=CF0A-1101

Documents figurés

  • [Plans et coupes du poste photo-électrique du Roucas Blanc]. / Tirage teinté, 1906. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.

  • [Vue de la maquette du projet d'immeuble sur le réduit de la batterie du Roucas Blanc]. / Photographie, 1961. Collection particulière.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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