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- enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Bouches-du-Rhône
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Commune
Marseille 8e arrondissement
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Lieu-dit
le Mont Rose
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Adresse
montée Mont Rose
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Cadastre
2026
M
108
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Dénominationsbatterie, poste d'observation
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Précision dénominationbatterie de côte, poste photo-électrique
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Appellationsbatterie du Mont-Rose
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Dossier dont ce dossier est partie constituante
I- Historique, topographie et typologie générale
La bute rocheuse naturelle de Mont-Rose, surmontant directement un cap en faible saillie au nord du CapCroisette n'a pas été occupée par une batterie de côte avant le dernier quart du XIXe siècle. Pour autant, cette position avait été proposée par Vauban dans son mémoire du 6 décembre 1694 intitulé, Précautions à prendre contre les attaques de Marseille. Rapport des bombes et canons de mer aux bombes et canons de terre1. La batterie qu'il y proposait, armée de cinq gros canons et deux mortiers, venait, avec six autres également proposées, en complément des sept à créer définies le 27 septembre précédent dans le rapport d' une commission d'experts en forme de projet pour assurer la sureté de Marseille et de sa baie par une série de batteries de côte armées de canons de 24 livres2. Le site du Monrose était alors désigné sous l'appellation de Gros Montredon, bien distinct de la Pointe Sèche de Montredon, ou une batterie fut construite en 1695, et de la chapelle de Montredon, situées plus au nord sur la même côte. Figuré comme un épaulement en arc de cercle retranché à la gorge par un fossé sur une carte de la baie liées au mémoire de Vauban, donnant l'état des canons, mortiers et munitions nécessaires à la deffence de Marseille et de ses rades3, ce projet de batterie du Gros Montredon n'a pas été retenu lors de la réalisation du programme de principe, bientôt amplifié, à partir d'avril 1695 sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant. La butte du Gros Montredon est devenue dès avant 1705 possession privée de Nicolas Roze (1675-1733), roturier enrichi, armateur et entrepreneur marseillais nommé par Louis XIV chevalier de l'ordre de Saint-Lazare, célèbre à Marseille pour sa gestion de l'épidémie de peste de 1720. Une carte de la baie en 1705 nomme "Port de Rose" la petite anse que surplombe directement au sud le Gros Montredon, avec la bastide de Nicolas Roze. Le toponyme de Mont Rose s'est imposé vers la fin du XVIIIe siècle.
Le Mont Rose ne fut pas considéré en 1846 dans le cadre du programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte du secteur de Marseille selon les nouvelles normes définies à l'échelle nationale à la suite des travaux de la commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles. Les batteries alors organisées ou créées, pour la plupart seulement autour de 1860, adaptaient pour la plupart des sites déjà occupés par une batterie ancienne, et implantés sur le littoral à faible altitude au-dessus de la mer (moins de 50m). Le Mont-Rose ne correspondait pas à ces critères. En 1862, les héritiers des Rostan d'Ancezune, qui avaient racheté en 1776 la bastide Roze, firent transférer sur le Mont Rose leur tombeau de famille initialement fondé en 1784 "au château Rose". Ce tombeau creusé en caverne dans le rocher, fut pourvu d'une façade monumentale.
A la fin de la décennie 1870, la position du Mont-Rose position fut jugée adaptée à l'établissement d'une batterie de nouvelle génération. Le 30 mai 1872 la commission supérieure de défense des côtes avait diffusé à l'échelle nationale une instruction destinée à guider les Commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine qui devaient, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l’armement du littoral, face aux progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée (ce qui décuple la portée utile et précision à l’impact). Cette instruction ouvrit la voie à une nouvelle génération de batterie de côte, implantée désormais en altitude, pour le bombardement des vaisseaux, et armée avec de l’artillerie de marine.
S’agissant de la circonscription de Marseille, Victor Marchand, lieutenant colonel commandant du génie, et le capitaine du génie Bailly-Maître, exposaient dans le mémoire sur les projets pour 1873-18744, le principe d’un système de défense terrestre par des petits forts détachés fortement armés sur les hauteurs jusqu'à à 6km de la ville. La position du Mont-Rose ne fut pas proposée immédiatement dans ce cadre. Elle offrait les avantages d'une position à plus de 70m d'altitude, mais étant sur le bord même du littoral, elle paraissait en double emploi avec la batterie de Montredon, réorganisée en 1861.
Dans l'édition de 1880 de sa Géographie militaire, le commandant du génie Anatole Marga évoque, à propos de la défense des frontières maritimes des côtes de Provence, le contexte de la création de la batterie du Mont-Rose: "Au sud de l'île d'Endoume, les deux batteries du Roucas-Blanc et de Mon-Redon battent les mouillages et la plage de Mont-Redon; cette dernière sera déclassée, la batterie du Roucas-Blanc sera reconstruite plus haut et enfin on établira une nouvelle batterie sur le sommet du Mont-Rose à l'extrémité méridionale de la plage et précisément au point ou débouche le canal de Marseille " 5 L'édition de 1885 du même ouvrage mentionne la batterie du Mont Rose comme un fait accompli, bien qu'elle ne fût pas construite à cette date.
Un premier projet présenté le 8 aotû 1883 par les services locaux du génie et de l'artillerie, pour une importante batterie de sept canons de 24 cm, fut ajourné et représenté comme ouvrage de première urgence le 22 novembre 1887 dans une version modifiée de façon à tenir compte des récents progrès de l'artillerie6. Cette nouvelle version, présentée par le chef du génie Emile-François Marcille, fut examinée le 27 février 1888 en conférence mixte avec le commandant de l’artillerie Faure et le 12 juillet par les inspecteurs permanents du génie et de l'artillerie pour l'armement des côtes, dont l'avis synthétisait, amendait et complétait celui des conférents. Les inspecteurs validèrent à la suite des conférents les emplacements des canons en batterie sur plates-formes excavées semi-circulaires de 7,70m de diamètre, cinq au sommet de l'éminence, deux en contrebas près de l'entrée, demandèrent des modifications de plan des locaux souterrains destinés à l'emmagasinement des poudres et aux munitions confectionnés, mais ils estimèrent qu'il fallait réduire de cinq à trois le nombre des pièces de canon prévues sur la partie haute du mamelon, insuffisamment défilées de possibles coups d'enfilade, en conservant sans changement les deux pièces basses très bien protégées des coups de l'ouest par le mamelon. La première des trois pièces hautes pourrait tirer vers l'ouest jusqu'au Cap Croisette, les deux autres jusque dans la direction du phare du Planier, les deux pièces basse couvrant un champ allant du Cap Caveaux à Montredon. L'armement de la batterie projetée s'en trouvait donc réduit à cinq pièces de 24cm, ce qui permettait de réduire la capacité du magasin à poudre souterrain projeté, l'étendue, la largeur des galeries caverne pouvant être aussi réduites, ainsi que l'atelier de chargement souterrain. La caserne, non casematée mais abritée par sa position encaissée hors des vues depuis la mer, devait être d'une architecture très simple. Les inspecteurs permanents étaient en outre d'avis de limiter à 4m de hauteur, y compris le petit mur à bahut, l'obstacle à créer comme enceinte de l'ouvrage.
Approuvé par le ministre de la guerre le 2 aout 1888, le projet de construction de la batterie du Mont-Rose fut réalisé à la suite sous l'autorité du nouveau chef du génie Joseph Cauvin, le chantier en cours étant documenté par un registre d'attachements de plusieurs dizaines de planches7, dont les dates s'échelonnent de janvier 1889, époque de réalisation de l'excavation des plates-formes des pièces de 24cm, suivie en juin de celle des souterrains, jusqu'en mai 1890, période qui voit l'achèvement de l'enceinte et aux travaux de la caserne. L'une des premières planches d'attachement donne le relevé d'un bâtiment en ruines avoisinant la route d'accès, reste des aménagements privés du site. La présence du tombeau Rostan d'Ancezune n'est jamais mentionnée dans les documents exposant le projet de la batterie, mais elle imposa de fait une servitude de passage de civils réservée à la famille, mais constituant une particularité inusitée dans le cas d'une batterie retranchée et close de murs.
[Plan d'état de situation des travaux de la batterie du Mont Rose],1889.
Le 25 juillet 1890, dans un procès verbal de conférence, les sieurs Joseph Cauvin, chef du génie et Desq, commandant de l'artillerie de l'arrondissement, présentèrent un projet d'installation de quatre canons de 95mm à la batterie du Mont-Rose, dont le principe aurait été envisagé dès 1888 mais non intégrés au projet réalisé en 1889. Examiné le 13 novembre 1890 par les généraux inspecteurs permanents de l'artillerie et du génie pour l'armement des côtes, ce projet, accompagné d'un plan joint au procès-verbal, entraînait la construction de deux nouvelles plates-formes de deux pièces chacune, à séparer par une traverse pare-éclats8.
[Plan d'état des lieux et de projet de la batterie du Mont Rose], 1890.
Le plan montre à la fois le projet et l'état des lieux récemment achevé, avec l'enceinte complète, de plan polygonal très irrégulier, incluant les trois plates-formes de 24cm de la batterie haute, de plan en fer à cheval outrepassé, (la troisième désalignée), bien séparées par deux larges traverses pare-éclats, et les deux plates-formes de la batterie basse, fusionnées, en contrebas est du sommet et à droite de l'entrée. La cour d'entrée encaissée, avec sa caserne adossée à un front de taille sous la batterie haute, règne entre les deux batteries haute et basse. Chacune des deux batteries disposait d'un souterrain caverne pour ses magasins et ateliers, du fait de leur relatif éloignement dans l'espace intra-muros. Celui de la batterie haute, plus étendu à deux branches en retour d'angle droit, débouchant dans la cour à l'arrière de la caserne, est creusé sous la batterie pour disposer d'un monte-charge servant les plates-formes. Celui de la batterie basse est creusé sous le versant à gauche de celle ci, jusqu'aux abords du tombeau. Ce dernier est en dessous du mur d'enceinte du front nord, accessible en passant au dessus du souterrain de la batterie basse, et la croix qui lui est associée au sommet du mamelon, est maintenue a proximité de la troisième plate-forme de la batterie haute. L'entrée de l'enceinte, à l'est, est flanquée à gauche d'un bastionnet et retranché par une coupure ou fossé de 4m de profondeur franchie par un pont-levis.
La partie du dessin exprimant le projet de batterie de 95mm montre à l'ouest et à l'extérieur du tournant de la rampe d'accès intra-muros à la batterie haute, deux plates-formes sommaires de plan quadrangulaire, désalignées, avec épaulement et traverse, chacune pour deux pièces. A l'extérieur du front d'enceinte nord, surplombant la mer, est figurée une tranchée rectiligne perpendiculaire taillée dans le rocher sur une profondeur de 4m, qualifiée de "coupure" avec une "embrasure" au raccord avec le soubassement rocheux du mur d'enceinte. Cette coupure avait pour objet de retrancher les abords ouest de la batterie basse, débordant hors mur d'enceinte (discontinu dans ce secteur) et du tombeau, pour empêcher toute incursion indésirable.
Un article publié en 1891, consacré à l'importance historique de la défense côtière de Marseille par des batteries, mentionne celle du Mont-Rose achevée : "on a heureusement créé au Sud-est du port la batterie de Pharo, puis un peu plus loin les batterires d'Endoume, du Roucas-Blanc et de Montredon. Cette dernière trop rapprochée des autres vient d'être transportée plus au sud sur le Mont-Rose"9. Cette année 1891, fut décidé d'implanter beaucoup plus au nord mais assez proche de Mon-Rose, un projet de batterie de 4 canons de 24cm, avec pièces de 95mm initialement prévu sur le cap Croisette, reporté sur le contrefort de l'Escalette, à moitié distance environ de la batterie du Montrose et de la batterie de mortiers de Croisette.
Une feuille d'atlas des bâtiments militaires consacrée à la batterie du Mont-Rose, datée du 2 juin 1896, documente dans le détail l'état achevé des ouvrages et des bâtiments. Le plan général est conforme à celui de 1890, à quelques détails d'aménagement près. Les deux plates-formes doubles de la batterie de 95mm ont été réalisées à l'emplacement prévu, l'une surplombant l'autre de 5m, avec traverse pare-éclat entre deux, et avec la même direction de tirs (à la différence du projet).
[Relevés de la batterie du Mont Rose, état des lieux]. 1896. Détail.
Chacune des trois batteries est équipée d'un poste de commandement, qui n'était pas prévu en 1890, de même que deux bâtiments militaires supplémentaires, près de la caserne, alignés au front de taille du côté nord de la cour encaissée, dont un pour les latrines. La planche d'atlas donne en détails la coupe des galeries souterraines et des plans et coupes des bâtiments de la cour, dont la caserne dont une des trois travées abrite une citerne en sous-sol. Le plus grand des deux bâtiments ajoutés dans la cour n'est pas légendé sur la plan général et ne fait pas l'objet de relevés de détail, ce qui laisse penser qu'il pourrait correspondre à un projet non encore réalisé en 1896. L'année suivante, en septembre 1897, un avis commun des inspecteurs permanents du génie et de l'artillerie mentionne la présence de deux monte-charges et le projet d'installer une voie ferrée étroite pour le service de la batterie basse de 24cm.
[Relevés de la batterie du Mont Rose, état des lieux], 1896.
En 1899 fut décidée la construction d'un poste photo-électrique en contrebas de la batterie du Mont-Rose, près d'un petit bâtiment des douanes, sur un terrain côtier appartenant à la manufacture de Saint-Gobain, exproprié par jugement du 22 décembre. Ses dispositions sont exprimée sur une feuille de plan de 190610.
[Plans et coupes du poste photo-électrique du Mont Rose], 1906.
Les travaux furent réalisés durant l'année 1900, mais les ouvrages furent améliorés en septembre 1903 et en janvier 1906, par l'agrandissement de la chambre des machines prolongé par le logement des hommes, et du magasin à pétrole taillés en tranchée dans le roc et couverts d'une dalle de béton armé11. A cette époque, la batterie était armée de 5 canons de 24cm modèle 1876 sur affut PC, et de 4 canons de 95mm modèle 1888 sur affûts de côte modèle 1904, qui avaient justifié une adaptation des plates-formes. Cet armement est en place et opérationnel à l'entrée en guerre en 1914, la batterie du Mont-Rose faisant alors partie, avec celles de Croisette et de l'Escalette, du groupe dit de Croisette, réunies sous un commandement unique.
Désarmée dans l'entre-deux guerres, la batterie du Mont-Rose l'était toujours en 1939, à la différence de celle de Montredon, réarmée de pièces de défense antiaérienne de 75mm. Cette situation ne changea pas en 1940 et l'occupant allemand , en 1943, utilisa le site pour y installer un radar Seetakt FuMO2 (kriegmarine), défendu par un poste de DCA sur la batterie haute et par quelques position de mitrailleuses sur l'enceinte. Il construisit quelques ouvrages de défense ponctuelle en contrebas : des tobrouk face à la mer, dont un à l'emplacement du poste photo-électrique, et, à l'opposé, côté terre, un triple mur anti-char en capacité de barrer la route littorale, complété d'une amorce de souterrain caverne.
La batterie proprement dite a fait l'objet dans cette période d'une modification non documentée que l'on constate en comparant l'état des lieux en 1927 et celui de 1947 sur des photographies aériennes verticales de l'IGN.
Montage de deux vues aériennes verticales comparées de la batterie du Mont Rose en 1927 et 1947.
Dans le premier état, on ne constate pas de changement par rapport au plan d'atlas de 1896, sinon la présence d'un petit corps de garde dans le bastionnet à gauche de l'entrée. En 1947, on observe que l'ancienne batterie basse pour 2 pièces de 24cm a été en partie détruite (plate-forme de droite) par la construction, après décembre 194312, d'un nouveau bâtiment militaire couvert d'un toit-terrasse, étendu jusqu'à l'alignement de la porte, soit plus long que la caserne de la cour. Le reste des plates-formes d'artillerie de 1889-1891 est alors encore en assez bon état, excepté la plate-forme de droite de la batterie de 95mm, qui semble ruinée. Le radar installé par l'occupant allemand céda place après 1944 à un centre de transmission radio-maritime en appoint de celui de la jetée du port de Marseille, et dont le personnel occupait le nouveau bâtiment voisin de l'entrée. Un petit bâtiment technique fut construit vers 1950 sur la plate-forme gauche de la batterie de 95mm, puis, avant 1957, cinq unités d'habitation modulaires à deux niveaux et toit en tuile, dont trois contiguës, furent installées à la gorge et à gauche de l'ancienne batterie haute. En 1957 quatre autres immeubles locatifs, dont trois juxtaposant quatre unités d'habitation de même conception, étaient en construction sur le versant sud de la butte. Entre 1961 et 1964, le bâtiment technique sur la plate-forme gauche de l'ancienne batterie de 95 fut complété d'un grand bâtiment neuf collectif à toit-terrasse, la plate-forme centrale de la batterie haute fut couverte d'un bâti décloisonné, et une longue barre d'immeuble locatif à deux niveaux fut construite le long et à l'extérieur du mur d'enceinte sud, desservie par le chemin d'accès existant. Le centre de transmission radio-maritime était alors affecté aux PTT qui logeaient leur personnel sur le site.
Le centre France Telecom du Mont-Rose a été abandonné peu avant 2000 et le terrain et immeubles de l'ancienne batterie déclassée du domaine militaire par décret du 2 août 2005. Une petite partie a été rétrocédée par les domaines à la famille héritière du tombeau, le reste proposé aux acquéreurs publics potentiels, les bâtiments intra-muros étant laissés à l'abandon. La ville de Marseille, qui souhaitait acheter l'ensemble sous réserve d'un projet valorisable, fit gardienner le site de 2011 à 2018. Faute d'aboutissement des projets municipaux, l'administration militaire reprit en main les lieux en avril 2019, par l'installation du 1er régiment étranger de cavalerie (arme blindée).
II- Description
L'état actuel de l'ancienne batterie du Mont-Rose est à première vue peu lisible dans son plan et ses dispositions créées en 1889-1890, en partie du fait de la topographie étagée du site, et surtout parce que son aspect général, notamment vu du sud, est fortement altérée par l'importance du "lotissement" de certains secteurs intra-muros (ouest et sud-ouest) et extra-muros (sud/sud-est), par des bâtiments locatifs des années 1950-1960 et par les plantations d'arbres associées.
Mont-Rose, vue d'ensemble prise du sud-est
La butte rocheuse du Mont-Rose, aux contours de forme grossièrement ovoïde, culmine à 79,50m d'altitude, le sommet ayant été occupé par la batterie haute et ses trois plates-formes de canons de 24cm entaillées dans le roc (77,90m d'altitude), qui subsistent en partie, très remaniées. La batterie basse de deux canons de 24cm, à l'est, aujourd'hui entièrement détruite, et la cour encaissée contigüe au sud-est, avec ses bâtiments militaires fin XIXe siècle bien conservés, occupent un replat du versant sud-est à 64m d'altitude, aménagé en 1889 en déroquetant et créant un front de taille en retour d'angle droit sur les deux côtés contigus aux deux batteries de 24cm, afin de dégager l'aire de la cour et permettre d'y implanter la caserne en un point bien abrité et défilé des vues du large. La batterie de 95mm, à l'est/sud-est, aujourd'hui presque entièrement détruite et recouverte de bâtiments des années 1950-1960, étageait ses deux plates formes doubles respectivement à 76m et 70,50m d'altitude. Le mur d'enceinte, de faible élévation et de plan polygonal très irrégulier, est conservé en totalité, enveloppant l'ensemble des trois batteries assez largement : à vol d'oiseau, la longueur maximum de l'aire close atteint 190m d'est en ouest, la largeur maximum dans la partie ouest, autour de la batterie haute et de la batterie de 95mm, atteignant 120m de l'angle sud à l'angle nord. Le secteur sud-ouest de l'enceinte est fondé sur les versants escarpés de la butte à des niveaux variant de 54 à 70m d'altitude, d'ou un profil plongeant des murs dans le sens de la pente. Le mur du front nord -ouest et la partie principale du front nord, face à la mer , reliés par un demi-bastionnet d'angle, règnent à un niveau plus constant (entre 66 et 70m d'altitude), et demeurent aujourd'hui bien dégagés et visibles (Fig.8), le bâti et les plantations des années 1950-1960 ne s'étant pas étendus sur ces côtés. La partie est du front sud et le front est de l'enceinte, enveloppant la cour encaissée dans un périmètre plus étroit, sont plus réguliers dans leur tracé, avec alignements rectilignes et une faible variation de niveau, entre la porte, au sud-est (61m d'altitude), et la partie du mur sud revêtant la rampe montant de la cour à la batterie haute (68m d'altitude au plus haut du mur).
Ses caractéristiques topographiques et sa puissance de feu (5 grosses pièces et 4 plus légères) font de la batterie fermée du Mont-Rose un ouvrage beaucoup plus étagé et deux à trois fois plus vaste que la batterie de trois mortiers de Croisette, d'où un aspect moins unitaire en dépit de caractéristiques communes, dont l'enceinte et la cour encaissée avec bâtiment sous la gorge de la batterie haute. L'enceinte du Mont-Rose comporte quelques saillants flanquants, mais elle est discontinue au nord-est, en tête de la batterie basse de 24cm, et en proportion, son aspect évoque un simple mur de garde, ce qui ne permet pas de comparaison avec l'enceinte d'un fort, à la différence de batteries fermées construites à la même époque dans la baie de Marseille, à Croisette ou à Niolon-Haut.
L'entrée du fort a perdu en partie son caractère défensif initial. Les murs de l'enceinte qui l'encadrent, qui ont conservé leurs créneaux en simple fente dans un parement en appareil polygonal sommaire, forment deux flancs, celui à gauche en entrant participant du bastionnet d'angle (remanié avec bâti interne du XXe siècle) et celui de à droite d'une partie d'enceinte tracée en demi-bastion. Le fossé qui retranchait la porte entre ces deux flancs a été comblé vers 1960 et le portail proprement dit se compose de deux piliers carrés en pierre de taille formant bossages en table, d’inspiration néo-classique, sans caractère apparent propre à l’architecture militaire, portant les millésimes 1889 et 1890.
Porte d'entrée de la batterie, piliers et flanc crénelé
Cependant, la fermeture de ce portail était assurée, d'après les plans non détaillés de 1890 et 1896 par le tablier d'un pont-levis franchissant le fossé, qui n'a pas laissé de traces de calage sur les piliers. La comparaison avec le portail de la batterie de Niolon-Haut, qui a conservé son fossé et présente des piliers analogues, permet de supposer qu'il s'agissait d'un pont-levis à bascule dont la partie intérieure du tablier formant contrepoids se rabattait dans une fosse, du côté intérieur du seuil de la porte. Immédiatement à droite après avoir franchi le seuil, s'élève le long bâtiment à niveau unique et toit terrasse végétalisé, de grand axe nord-sud, construit entre 1944 et 1947.
Vue plongeante du bâtiment est, prise de la batterie haute
C'est un bâtiment militaire de type blockhaus, à niveau unique, qui reprend dans ses parements de pierre l'appareil polygonal caractéristique des ouvrages du dernier quart du XIXe siècle, combiné avec des parties de parement d'aspect moderne en béton lisse, employé en encadrement des fenêtres et aux angles abattus faisant transition horizontale entre murs et toit. Ce bâtiment s'est superposé à la plate-forme de droite de la batterie basse de deux pièces de 24cm, et la plate-forme de gauche est aujourd'hui recouverte par une aire de stationnement bitumée.
A près avoir laissé à droite ce premier bâtiment, dernier en date des bâtiments militaires, le prolongement intérieur axial du chemin d'accès dessert la cour et ses deux bâtiments conservés de la fin du XIXe siècle. Le petit bâtiment des latrines porté sur le plan de 1896 ayant disparu, subsiste à droite celui qui lui faisait suite, lui aussi porté sur le plan de 1896 mais non identifié. De plan rectangulaire allongé, ce bâtiment en simple rez-de-chaussée couvert d'un toit à deux versants revêtu de tuiles-canal, entièrement réhabilité en 2020, présente les dispositions ordinaires à la fin du XIXe siècle potentiellement adaptées au cumul des fonction de magasin et de corps de garde. Ses baies, quatre fenêtres en façade encadrant deux à deux une porte centrée, couvertes en arc segmentaire, sont encadrées en brique, matériaux employé aussi pour les angles du bâtiment et tranchant sur l'enduit couvrant du parement ordinaire des murs. Ces caractéristiques se retrouvent notamment à l'un des deux bâtiments de la cour d'entrée de la batterie de mortiers de Figuerolles au Rove, strictement contemporaine de la batterie du Mont-Rose.
Façade du bâtiment à droite de la cour
Implantée en fond de cour, bien en vue depuis l'entrée de la batterie, la caserne ou "bâtiment a" , élevée d'un étage sur rez-de-chaussée et couverte d'un toit à deux versants revêtu de tuiles-canal, est d'une architecture assez sobre mais un peu plus soignée dans sa mise en œuvre extérieure.
Façade principale de la caserne en fond de cour
La partition intérieure de l'étage en trois travées de pièces à peu près carrées (logement du gardien de batterie, cloisonné, abri télégraphique au centre et chambre de troupe) est exprimée en façade par deux fenêtres jumelées par travée. On retrouve cette partition au rez-de-chaussée, excepté dans la travée centrale, occupée par une porte large de 2m à deux vantaux. Les façades latérales, ou murs-pignons, comportent deux fenêtres espacées aux deux niveaux, et un petit jour circulaire dans le pignon, donnant jour au comble non aménagé.
Façade latérale ou mur-pignon gauche de la caserne
L'encadrement des fenêtres et portes est en brique et pierre en assises alternées, les arcs en brique avec clef et sommiers en pierre, les appuis en pierre. Le jour circulaire est encadré en pierre. La pierre de taille appareillée, avec finition bouchardée, est réservée en outre à la plinthe des façades, aux chaînes d'angle en besace et au bandeau courant à la transition des deux niveaux, le parement courant des murs étant en appareil polygonal rustique mais soigné. La travée de droite du rez-de-chaussée, est séparée en deux pièces par une cloison, respectivement chambre de sous-officier (en façade) et cuisine (au-dessus de la citerne), cette dernière avec porte dans le mur gouttereau postérieur, donnant sur un passage étroit dégagé du front de taille. L'accès à l'étage ne se faisait pas par l'intérieur, mais par un escalier extérieur partant le long du front de taille nord devant le mur-pignon de droite de la caserne et se retournant dans l'angle pour desservir une coursive sur voûtains bordant le mur gouttereau postérieur et distribuant trois portes. La grande porte au centre de la façade sur cour du bâtiment ouvre sur une grande salle formée des deux travées cumulées gauche et médiane du rez-de-chaussée. Couverte d'un plafond en voûtains sur IPN, avec pilier central carré en pierre de taille, cette salle est légendée sur le plan de 1896 : magasin (casernement éventuel), ce qui met en évidence l'insuffisance de la travée de chambre du premier étage pour loger en temps de guerre le personnel servant des 5, puis 9 canons des batteries.
Salle principale du rez-de-chaussée de la caserne
Les autres bâtiments militaires de la batterie sont constitués par les magasins et ateliers en caverne desservis par les deux souterrains galerie, à l'exception de deux locaux directement creusés en excavation dans le front de taille auquel s'adosse la caserne, refermés par un mur maçonné. L'un, derrière la cuisine de la caserne et face à sa porte, était un petit magasin à vivres. L'autre, plus large et profond, à gauche de la caserne, était un atelier de chargement. L'ouverture sur cour de cet atelier est formée d'une grande arcade à encadrement en pierre de taille couvert d'un arc plein-cintre extradossé, incluse dans un mur maçonné en appareil polygonal revêtant le front de taille.
Mont-Rose, entrées sur cour de l'atelier de chargement et du souterrain caverne
Immédiatement à droite de cet atelier, dans le front de taille laissé brut s'ouvre, de plain-pied sur la cour, l'entrée du souterrain-caverne de la batterie haute. La première branche de galerie, relativement étroite, est laissée brute de déroquetage, ainsi que deux niches latérale sans profondeur qui la jalonnent.
Intérieur de la première branche de galerie du souterrain caverne
A mi-longueur, cette première branche dessert à gauche l'ancien magasin à poudre en caverne, dont la salle des poudres est précédée d'un sas entre trois murs maçonnés en blocage de petits moellons, imposant une entrée en chicane. Le mur donnant sur la galerie est percé d'un créneau de lampe qui éclairait le sas, en face de la porte de la salle des poudres.
Entrée du magasin à poudre dans le souterrain caverne
Créneau de lampe du magasin à poudre dans le souterrain caverne
Salle du magasin à poudre dans le souterrain caverne
Cette porte, dans le mur de refend intérieur, est surmontée d'un jour carré ébrasé qui permettait d'apporter un minimum de lumière du créneau de lampe dans la salle quand le vantail de la porte était fermé. La salle a des parois en partie maçonnées, en partie brutes de taille. La voûte laissée brute est doublée intérieurement par un voile isolant de l'humidité en lames de tôle formant une voûte en berceau, appuyée sur une série d'arceaux en fer scellés dans le mur et reliées entre elles par trois fers longitudinaux. Cet aménagement n'est pas d'origine et a été rapporté à une date inconnue de la première moitié du XXe siècle, postérieure aux relevés de 1896. Le second segment de galerie, en retour d'angle droit du premier, circule sous deux des plates-formes (droite et centrale) de la batterie haute. A mi-longueur, il dessert à droite un magasin deux fois plus petit que le magasin à poudre, dont le mur de fermeture en brique sur la galerie n'existait pas encore en 1896. Sa porte conserve son vantail en place, ouvrant sur la galerie.
2e branche de galerie du souterrain caverne et entrée d'un magasin
L'intérieur présente le même système de voûte plein-cintre en tôle sur arceaux de fer que dans le magasin à poudre, mais les parois murales brutes y sont également doublées, par un revêtement de briques creuses plâtrières, sur les trois côtés autres que le mur de fermeture sur la galerie.
Salle d'un magasin dans la 2e branche de galerie du souterrain caverne, coté entrée
Salle d'un magasin dans la 2e branche de galerie du souterrain caverne
Ces aménagements secondaires sont rapportés dans la première moitié du XXe siècle. Cette branche de galerie se termine en cul-de-sac, après une porte fermée d'un vantail, par un local perpendiculaire plus bas voûté que le magasin, et laissé brut de taille, avec finitions de surface pour la voûte taillée en berceau surbaissé.
Local du monte-charge au bout de la 2e branche de galerie du souterrain caverne
Au fond du local, cette voûte est percée d' un puits de monte-charge qui débouche au niveau de la batterie haute dans la traverse pare éclat qui sépare la plate-forme centrale de la plate-forme de gauche. La même seconde branche de galerie, dans sa première partie, dessert à droite un autre magasin et à gauche un autre puits de monte-charge plus important, de section carrée.
Puits du 1er monte-charge dans la 2e branche de galerie du souterrain caverne
L'un et l'autre sont creusés sous la traverse pare-éclats qui sépare la plate-forme centrale de la plate-forme de gauche de la batterie haute.
Le débouché haut de ce monte-charge forme un couloir maçonné voûté en berceau brisé débouchant dans la façade de la traverse-par-éclats par une porte à encadrement en pierre de taille avec feuillure de vantail couverte d'un arc très surbaissé.
Issue du 1er monte-charge dans la batterie haute
Issue du 1er monte-charge et niche à munitions dans la batterie haute
Cette porte voisine avec une niche à munitions pour coups de sûreté, dont l'encadrement est d'aspect analogue mais moins haut sous voûte. Dans l'état actuel, le chemin de ronde en tranchée qui desservait les plates-formes des pièces de 24cm de la batterie haute n'est plus à ciel ouvert, mais couvert d'un plafond de parpaings de ciment sur poutrelles métalliques et n'a plus son sol d'origine, rechargé d'une dalle béton, ces remaniements datant des années 1960. La plate-forme de droite de la batterie haute est la mieux conservée des trois, avec son mur de genouillère de plan courbe parementé en appareil polygonal, réservant un petit escalier latéral permettant de monter sur le parapet (revêtu de ciment), et le socle de l'affût de la pièce de 24cm, cimenté, avec un large rail circulaire.
Plate-forme de droite pour canon de 24cm dans la batterie haute
Les restes de l'ancien poste de commande de la batterie haute subsistent à droite de cette plate-forme, près du débouché de l'escalier. La plate-forme centrale est méconnaissable, transformée depuis les années 1960 en salle en hémicycle couverte d'une dalle de ciment, et la plate-forme de gauche, toujours à ciel ouvert, reste lisible dans ses dispositions ancienne, mais remblayée en terrasse dans sa partie en hémicycle.
Plate-forme de gauche pour canon de 24cm dans la batterie haute
Les deux plates-formes doubles de la batterie de 95mm, de plan carré, sont aujourd'hui très largement détruites du fait de la densité des constructions édifiées à leur emplacement entre 1950 et 1964. Pour autant, il reste des vestiges significatifs de l'emplacement de la pièce de 95mm à droite de la plate-forme de droite, à savoir le socle circulaire bétonné de l'affût avec une série de tiges filetées en cercle, semi-engagé dans un renfoncement frontal en exèdre du mur de genouillère, disposition non encore finalisée dans l'état de 1896, et liée au remplacement de l'affût de côte par le modèle 1904.
Reste de la plate-forme de droite de la batterie de 95mm
Le mur du côté droit de cette plate-forme de 95, qui la séparait du parapet de la plate-forme de gauche de la batterie haute de 24cm, est conservé en élévation avec deux niches jumelles aux coups de sûreté dont les arcades d'entrée encadrée en brique et le parement au-dessus, ont été réparées par une rustine de béton banché.
Mur latéral à niches de la plate-forme de droite de la batterie de 95mm
A l'extérieur des parapets de la batterie haute, le mur d'enceinte du front nord, limité à une élévation de mur à bahut, est toujours bordé d'un chemin de ronde piéton qui dessert au passage un abri individuel bétonné de la seconde guerre mondiale.
Segment du mur d'enceinte du front nord, avec chemin de ronde
De ce côté nord de l'enceinte, dans la partie est dont l'extrémité confine à l'emplacement de la batterie basse, le tombeau Rostan d'Ancezune construit en 1862 et surnommé grotte Sainte-Catherine, reste en parfait état avec sa façade monumentale en pierre de taille de Cassis à bossages rustiques.
Tombeau Rostan d'Ancézune, au nord-est de la batterie
Des aménagements extérieurs au périmètre clos de la batterie subsistent, du côté nord-ouest, en bordure de côte, les vestiges informes de l'ancien poste photo-électrique de 1900, en partie réoccupés par un tobrouk allemand de 1943-1944.
Vestiges de l'ancien poste photo-électrique
Du côté opposé, au sud, datant de cette époque de l'Occupation, subsistent encore en place les parties latérales fixes du triple mur anti-char en béton , profilées à ressauts, de part et d'autre de la route littorale.
Reste du mur anti-char au sud de la batterie sur la route littorale
La butte rocheuse du Mont Rose, dominant un cap au nord du cap Croisette, n’a été occupée par une batterie de côte qu’à la fin du XIXᵉ siècle, bien que Vauban ait proposé dès 1694 l’implantation d’une telle position sous le nom de Gros Montredon. La colline est achetée avant 1705 par l'armateur marseillais Nicolas Roze qui lui laisse son nom : « Mont Rose ». En 1862, les héritiers des derniers propriétaires, les Rostan d’Ancezune y installent un tombeau familial creusé dans le roc.
L'occupation défensive du site n'est à nouveau envisagée dans les projets de défense côtière qu'à la suite de l’instruction du 30 mai 1872 de la commission supérieure de défense des côtes préconisant des batteries de côte implantées en altitude, adaptées aux nouvelles portées de l’artillerie rayée. Le Mont Rose, offrant les avantages d'une position à plus de 70m d'altitude ne fut pas proposée immédiatement dans ce cadre car, étant sur le bord même du littoral, elle paraissait en double emploi avec la proche batterie de Montredon (réorganisée en 1861). Le principe de déclassement de Montredon et de la construction d'une batterie neuve au Mont Rose était acquis en 1880, mais ce nouvel ouvrage, important, ne fait l'objet d'un projet qu'en 1883 (pour sept canons de 24cm), ajourné et perfectionné en 1887 par le chef du génie Emile-François Marcille. Approuvée par le ministre de la guerre le 2 août 1888, la construction de la batterie du Mont-Rose est réalisé à la suite, jusqu'en 1890, sous l'autorité du nouveau chef du génie Joseph Cauvin. Il s'agit d'une batterie fermée, conçue pour cinq pièces de 24cm, réparties en trois plates-formes hautes, deux basses, au-dessus d'un souterrain desservant des magasins en caverne. La caserne, abritée par sa position encaissée hors des vues depuis la mer, n'est pas casematée. L'enceinte est un simple mur de garde de plan polygonal très irrégulier, adaptée au site escarpé contraignant. Le tombeau Rostan d’Ancezune reste inclus dans l’enceinte, fait exceptionnel.
En 1890-1891, la batterie est complétée par quatre canons de 95 mm sur deux nouvelles plates-formes, disposées à l’ouest.
En 1899-1900, un poste photo-électrique est construit en contrebas, agrandi en 1903 et 1906. À la veille de la Première Guerre mondiale, l’armement compte cinq canons de 24 cm modèle 1876 et quatre canons de 95 mm modèle 1888, sur affûts de côte modèle 1904.
Désarmée dans l’entre-deux-guerres, la batterie n'est pas réarmée en 1939. Les Allemands y installent en 1943 un radar Seetakt FuMO2, protégé par un poste de DCA et des tobrouks, ainsi qu’un triple mur antichar barrant la route littorale. Après 1944, le radar cède place à un centre de transmissions radio-maritime, avec construction d'un nouveau bâtiment militaire en 1947 puis de différents logements modulaires et collectifs, de 1950 à 1964. Le site accueille ensuite un centre France Télécom, abandonné vers 2000. Déclassé du domaine militaire en 2005, il est réhabilité et réoccupé en 2019 par le 1ᵉʳ régiment étranger de cavalerie.
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Période(s)
- Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
- Secondaire : limite 19e siècle 20e siècle , daté par source
- Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
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Auteur(s)
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Auteur :
Marcille Emile-Françoisingénieur militaire attribution par sourceMarcille Emile-FrançoisCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Lieutenant Colonel, chef du Génie de Marseille de juillet1885 à juin 1888 date de sa promotion à Brest. Polytechnicien, concepteur de ponts démontables pour voies ferrées. Général de brigade en 1894 et commandant du génie de la 15e région à Marseille de cette date à 1897, puis directeur du génie à Paris.
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Auteur :
Cauvin Joseph Bruno Lucieningénieur militaire attribution par sourceCauvin Joseph Bruno LucienCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Chef de bataillon du génie en 1883, chef du génie de Marseille de 1889 à 1894, officier de la légion d'honneur
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Auteur :
La batterie du Mont-Rose occupe une butte ovoïde culminant à 79,50 m d’altitude. L’ensemble se compose de trois zones principales : la batterie haute (trois plates-formes pour canons de 24 cm, à 77,90 m), la batterie basse (deux pièces de 24 cm, aujourd’hui détruites) et la batterie de 95 mm (deux plates-formes doubles, à 70,50 et 76 m, également détruites). L’enceinte polygonale, irrégulière mais conservée, enveloppe une aire longue de 190 m sur 120 m de large, certaines portions étant sur les versants du terrain, d'où un profil pendant. Le front d'entrée, plus régulier, est flanqué d'un bastionnet et d'un demi-bastion, simples murs en partie crénelés, encadrant le portail monumental aux piliers neo-classiques millésimés 1889-1890, jadis retranché d'un fossé (comblé) franchi par un pont-levis (disparu).
La cour d’entrée, en contrebas de la batterie haute, conserve deux bâtiments militaires de la fin du XIXᵉ siècle : un édifice rectangulaire en rez-de-chaussée, à toiture en tuiles, probablement magasin et corps de garde, et la caserne (« bâtiment A »), en rez-de-chaussée surélevé d’un étage, couverte en tuiles creuses. Celle-ci présente une partition en trois travées avec logements, abri télégraphique et chambres de troupe. Son parement est en appareil polygonal rustique, avec chaînes d’angle en pierre bouchardée et encadrements alternant pierre et brique. Un escalier extérieur menait à l’étage, desservi par une coursive.
Les souterrains caverne, creusés sous la batterie haute, laissés bruts de déroquetage, comportent magasins à poudre, ateliers et montes-charges. Le magasin à poudre principal, comporte un sas imposant une entrée en chicane. Sa voûte brute est isolée par une couverture en plaques de zinc sur arceaux de fer métallique rapportée au XXᵉ siècle. Le même réaménagement se trouve dans un autre abri-caverne, sur un autre segment de galerie. Les deux monte-charges débouchent dans la batterie haute sous une niche ménagée dans chacune des deux traverses pare-éclats séparant les plates-formes, actuellement dans un état très remanié. La plate-forme de droite de la batterie haute est la mieux conservée, avec son mur de genouillère en appareil polygonal et le socle circulaire de canon de 24 cm. La centrale a été transformée en salle couverte dans les années 1960, tandis que celle de gauche est remblayée mais encore lisible. Les vestiges de la batterie de 95 mm subsistent partiellement (socles en béton avec tiges filetées, niches à munitions), malgré les constructions des années 1950-1960 qui s'y sont superposés.
Le front nord conserve son chemin de ronde et un abri individuel de la Seconde Guerre mondiale. Le tombeau Rostan d’Ancezune (1862), surnommé « grotte Sainte-Catherine », se situe au nord-est de l’enceinte, avec façade monumentale en pierre de Cassis à bossages rustiques.
À l’extérieur, subsistent les vestiges très diminués et chaotiques du poste photo-électrique (abri de combat repris par un tobrouk de 1943-1944). Du côté sud, au bas de la butte les parties latérales fixes du triple mur anti-char en béton construit par l’occupant allemand, profilées à ressauts, restent en place de part et d'autre de la route littorale.
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Murs
- calcaire moellon
- calcaire pierre de taille
- brique appareil à assises alternées
- béton béton armé
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Toitspierre en couverture, tuile creuse, béton en couverture
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Étages1 étage carré
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Couvrements
- voûte en berceau
- roche en couvrement
- dalle de béton
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Élévations extérieuresélévation à travées
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Couvertures
- terrasse
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Autres organes de circulationrampe d'accès
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Typologiesbatterie fermée (4e quart 19e siècle) ;
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État de conservationrestauré, remanié
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Statut de la propriétépropriété de l'Etat, 1er régiment étranger de cavalerie
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Éléments remarquablescaserne, tunnel, mausolée
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Sites de protectionsite classé, parc naturel national
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Protections
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Précisions sur la protection
Massif des calanques classé au titre des sites par arrêté du 27 décembre 1976
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) Ministère de la Défense
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille
- (c) IGN
- (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
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Procès verbaux de conférence et avis sur le projet de la batterie du Mont Rose, 1887-1890, par Emile-François Marcille, Jacques Faure et Joseph Cauvin. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR 7N 1910
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[Plan d'état de situation des travaux de la batterie du Mont Rose]. / Dessins (feuilles d'un cahier d'attachements), janvier-juillet 1889. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J15.
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[Plan d'état des lieux et de projet de la batterie du Mont Rose]. / Dessin, 23 juillet 1890. Service Historique de la Défense, Vincennes: GR 7N 1910.
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[Plans et coupes du poste photo-électrique du Mont Rose]. / Tirage teinté, 1906. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.
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[Vue aérienne verticale de Marseille, quartier de la Madrague et Mont Rose]. / Photographie, 1947. Institut Géographique National, Saint-Mandé.
<https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.375362&lat=43.230593&z=14.4&layer=pva&year=1947&orientation=vertical&mission=3145-0341>
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FRIJNS, Marco, MALCHAIR, Luc, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : auto-édition, 2008.
Documents figurés
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[Relevés de la batterie du Mont Rose, état des lieux] . / Dessin aquarellé (feuille d'atlas des bâtiments militaires), par Ducray, chef du génie, 2 juin 1896. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24.
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[Vue aérienne verticale de Marseille, quartier de la Madrague et Mont Rose, massif de Marseilleveyre]. / Photographie, 1927. Institut Géographique National, Saint-Mandé. <https://remonterletemps.ign.fr/telecharger/?lon=5.381079&lat=43.221946&z=12.5&layer=pva&year=1927&orientation=vertical&mission=N27000031\>
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.