I- Historique, topographie et typologie générale
Jusqu'au troisième quart du XIXe siècle, la fortification de l'île de Pomègues se limitait à trois ouvrages implantés dans la moitié est de l'île, en position de contrôlant le port du Frioul, entre les deux îles, et le port de quarantaine, au sud-est. L'ouvrage principal était le fort de Pomègues, fondé à la fin du XVIe siècle et réorganisé en 1860-1864, une batterie de côte sommaire avait été établie en 1695 au pied du fort, sur la pointe de Pomègue à l'extrémité Est de l'île, tôt abandonnée, et un poste garde-côte défensif dit Tour de Poméguet avait été construit sur un point haut en 1859-1860 à 600m a l'ouest/sud-ouest du fort. Cette tour crénelée conforme aux modèles de réduit-type 1846, n'était pas le réduit d'une nouvelle batterie de côte, à la différence des réduits des trois batteries construites à la même période sur l'île de Ratonneau, celles du Cap de Croix et de Banc à l'est et au nord-est, celle de Mangue à l'extrémité ouest. La moitié ouest/sud-ouest de l'île de Pomègues restait donc à cette époque vierge de toute fortification, mais en 1864, la Marine avait construit un sémaphore à son extrémité sud-ouest, sur le cap Caveaux1.
L'instruction de la commission supérieure de défense des côtes datée du 30 mai 1872, destinée à guider les commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine pour la révision de l’armement du littoral, face aux progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée, ouvrait la voie à une nouvelle génération de batterie de côte, implantée en altitude. Dans ce cadre, élargi à partir de juillet 1874 par le programme général de réorganisation du système défensif de la France conçu par le comité de défense sous l’autorité du général Séré de Rivières, le fort de Pomègues fit l'objet de projets de réorganisation lourde en 1879-1880.
Dans le même contexte, la décision, prise en 1877, de créer une nouvelle batterie de côte du Cap Caveau, sur le site occupé par le sémaphore, remédiait à l'absence de fortification face au large dans cette partie de l'île. Le projet initial est sommairement décrit dans le mémoire sur les projets de la place de Marseille pour 18792 rédigé le 22 août 1878 par le chef du génie Rousset. Il s'agissait alors de construire une batterie ouverte formée d'un épaulement de deux faces revêtus à l'extérieur sur 6m de hauteur, avec vues à l'ouest et au sud, l'armement alternant trois canons de 19cm affût à pivot central , disposés au saillant et aux extrémités des faces, et deux obusiers de 22cm au milieu des faces. Les abris sous traverses prévus devaient servir pour le magasin à poudre et pour loger les 45 artilleurs. La dépense estimée était de 265000 francs, dont 30.000 pour construire la route d'accès.
Le projet fut reformulé en 1881 sur de nouvelles bases posées le 17 juin dans un avis commun des inspecteurs permanents du génie et de l'artillerie sur un procès verbal de conférence du lieutenant colonel Chéry, chef du génie, et du chef d’escadron Pion commandant de l’artillerie. Il était préconisé de grouper six pièces de gros canon de 24cm en trois batteries fermées contigües, tout en réduisant les coûts, ce qui n'était possible qu'à condition d'ajourner la construction des abris, qui portaient la dépense estimée à un total de 323.000 francs. Cette hypothèse fut rejetée par le colonel Henri Hitschler directeur du génie dans son apostille du 5 novembre 1881, signalant que la batterie projetée étant la plus avancée vers le large de celles qui concourent à la défense du port de Marseille, donc potentiellement la première attaquée et la plus exposée aux feux convergents de l’ennemi, elle ne serait pas tenable sans bons abris.
L'économie devait donc porter sur la réalisation de deux batteries sur trois, avec abris, et d'installer les deux pièces prévues pour la troisième batterie dans des encuvements à l'extérieur, avec communications par tranchées de 2m de profondeur. Cet avis détermina le parti exposé le 3 mars 1882 dans un rapport du lieutenant colonel Morellet, chef du Génie, dans lequel le batterie annexe n°3 du projet était ouverte, ce qui permettait de limiter le coût total à 252.000 francs. Le chef du génie appelait à commencer au plus tôt les travaux au cap Caveaux, afin de ne pas désorganiser les chantiers qui sont actuellement montés dans les îles du Frioul . Ce nouveau projet fut examiné et approuvé, sous réserve de modifications limitées, le 6 avril 1882, dans un avis commun des généraux de division inspecteurs permanents de l'artillerie et du génie3.
La batterie du Cap Caveaux fut construite à la suite, en 1883 et 1884 selon une organisation complexe imposé par le morcellement des trois sections d'artillerie ou batteries de chacune deux pièces de 24cm, modèle 1876 sur affût GPC (grand pivot central), comme le montre un plan d'état des lieux et de projet de 1890 4.
[Plan d'état des lieux de la batterie de Caveaux avec projet de souterrain-caverne], 1890..
Les batteries nord n° 1 et sud n°2, dont les deux pièces tiraient dans des directions opposées, étaient incluses, à plus de 100m de distance, aux deux extrémités d' une même enceinte dé grand axe sud-est/nord-ouest. Les murs d'enceinte se prolongeaient dans les revêtements d'escarpe des parapets d'artillerie des deux batteries, celle du nord bénéficiant d'un escarpement naturel régularisé par retaille . Cette batterie nord formait une importante excroissance saillant complètement hors-œuvre sur l'angle ouest de l'enceinte, d'ou un plan d'ensemble très irrégulier. Les deux plates-formes d'artillerie de chacune des deux batteries nord (à 75m d'altitude) et sud (à 70m d'altitude), séparées par une grosse traverse abritant un magasin à munitions, adoptaient le plan curviligne en fer-à-cheval habituel dans les ouvrages de cette génération, avec épais parapet en terre, et étaient défilées à l'ouest (batterie sud) et au sud (batterie nord) par un parados prolongeant le parapet. Dans l'aire intérieure de l'enceinte, entre les deux batteries, le magasin à poudre était installé sous une grande et haute traverse formant parados (80m d'altitude à la crête, 5m d'épaisseur de terre au-dessus de la voûte du magasin), derrière la gorge de la batterie sud. Le casernement faisait suite, en position centrale, séparé du magasin par une étroite cour de dégagement, et protégé par une masse couvrante de terre le masquant vers l'ouest. Il comportait trois travées de casemates et deux travées de culées avec façades sur cour, et était enveloppé d'un couloir d'isolement sur ses deux côtés enterrés. Au nord-ouest du casernement, le point haut naturel (79m d'altitude) de l'aire intérieure close était occupé par le sémaphore construit en 1864, conservé et inclus dans l'enceinte, avec servitude de service pour la Marine. On entrait dans l'enceinte de cette double batterie principale fermée n°1-2, par une porte à pont-levis franchissant une coupure, ménagée dans le mur de plan très irrégulier du front de gorge nord-est, et flanquée à sa droite (en entrant) par une ample saillie semi-circulaire dudit mur d'enceinte, qui enveloppait le pied de la petite butte portant le sémaphore. Cette porte (seuil à 67m d'altitude) donnait accès par un court segment de rampe à l'étroite cour intérieure (69m d'altitude) desservant les façades du casernement et le magasin à poudre. De ladite cour, on accédait à gauche directement et à peu près de plain-pied à la batterie sud, en passant entre le mur d'enceinte et la traverse-parados du magasin à poudre, et on accédait à droite indirectement à la batterie nord, en passant par une rampe qui suivait le contour semi-circulaire du saillant nord-est de l'enceinte, au pied du sémaphore. Le mur du front de tête ouest de l'enceinte, rectiligne, encadré de deux flancs procurés par le mur de revêtement des deux batteries et retranché par un étroit fossé taillé dans le roc, était percé d'une poterne à pont-levis décentrée près du flanc sud de l'enceinte, à laquelle on accédait en passant entre la gorge de la batterie sud et la traverse-parados du magasin à poudre. Cette poterne (seuil à 72m d'altitude) communiquait par l'intermédiaire d'un chemin en tranchée en pente douce (de 72m à 69m d'altitude) à la batterie n°3 ou batterie annexe, entièrement détachée à environ 50m de distance au sud-ouest de l'enceinte des batteries nord et sud . Les deux plates-formes de pièces de 24cm de cette batterie annexe, organisées pour des tirs au sud-est et au sud-ouest, séparées par une petite traverse pare-éclats, étaient précédées d'une grande traverse-abri ou masque incluant un magasin aux munitions formant parados du côté de l'entrée. Ce masque était recoupé par le passage d'entrée, desservant latéralement magasin et abri. La batterie annexe n'était retranchée que par la masse de terre de ses parapets, sur trois côtés des plates-formes, et par les talus de la traverse-parados. C'était donc une batterie ouverte en ce sens qu'elle n'avait pas de mur d'enceinte et que sa porte n'était pas barrée par un fossé ou une coupure.
Du fait de l'impact des nouveaux obus à la mélinite, les abris au service de la triple batterie furent complétés en en partie remplacés en 1891, par un souterrain caverne creusé dans le roc , galerie continue longue de 75m desservant un magasin à poudre (sous la butte du sémaphore) et des ateliers en caverne, accessible depuis le nord de la cour et terminée par un monte-charge débouchant dans l'abris sous traverse de la batterie nord. Le plan d'état des lieux de 1890 n'exprime pas le projet de l'état réalisé de ce souterrain mais, en pointillé jaune, un état de projet alternatif de tracé différent, avec galeries beaucoup plus étendues, point d'accès autre dans la cour, et de monte-charges aux extrémités des branches de galeries débouchant dans les abris sous traverse des trois batteries.
En 1892, la batterie de Caveaux fit l'objet d'un projet de réorganisation partielle exprimé dans un procès verbal de conférence du chef du génie Cauvin et du commandant de l'artillerie Desq, le 25 mars, examiné et amendé dans un avis commun des inspecteurs permanents du génie et de l'artillerie le 15 novembre5, accompagnée de plan.
[Plan de projet de réorganisation de la batterie de Caveaux],1892.
Les modifications proposées à l'état existant étaient limitées, concernant principalement la batterie nord et la batterie annexe. Leurs parapets devaient être épaissis de 7m à 10m par recharge, et la traverse-abri de la batterie nord n°1, débouché du monte-charge du souterrain-caverne, devait être remplacée par un abri en béton de ciment plus compact. Un autre abri en béton analogue, pour dépôt de munitions et de poudres, était proposé dans la batterie annexe n°3, adossé au magasin sous masque existant, et contiguë à la 1ere plate-forme de canon. La principale nouveauté du projet consistait en la création (pour un coût estimé de 13.700 francs) d'une nouvelle position de batterie pour quatre pièces de 95mm, hors les murs du front ouest des batteries 1 et 2, sur le versant du terrain entre ce front et la batterie annexe n°3. Le projet groupait les quatre pièces deux à deux, les deux plates-formes séparées par un pare-éclats, et bordées d'un parapet de 10m d'épaisseur en sable et terre, les murs de genouillère étant équipés de deux abris bétonnés et de quatre niches à munitions. Les conférents et inspecteurs s'accordaient en outre finalement sur le principe de réutiliser à l'avenir le grand magasin à poudre de 1883-1884, en principe remplacé par celui creusé en caverne en 1891, pour l'usage de magasin à projectiles en temps de paix et de guerre. Ce projet fut au moins en partie réalisé, la batterie de 95mm ne fut construite qu'en 1895, à l'emplacement projeté, mais sur un plan différent de celui dessiné en 1892, encaissé en tranchée dans le terrain, raccordée à la tranchée d'accès de la batterie annexe n°3, et organisée pour trois pièces seulement, modèle 1888 à tir rapide Lahitolle, dans des plates-formes individuelles. Toujours en 1895 une autre batterie annexe de trois canons de 95mm Lahitolle fut construite sur un site vierge et moins contraint, à 300m de distance vers l'Est, en bordure de la route d'accès, et nommée batterie de Caveaux - Est.
[Vue cavalière restitutive de la batterie de Caveaux vers 1895.], c. 2018.
La conception morcelée de la batterie de Caveaux conçue en 1883-1884 fut remise en cause au début du XXe siècle en termes d'efficacité, comme en témoigne une communication confidentielle dans une dépêche ministérielle du 20 avril 1903 : "La batterie de Caveaux à Marseille est armée de trois canons G de 95 mm de côte et de six canons G de 24 cm, répartis en trois groupes isolés à grande distance les uns des autres, ayant des champs de tir différents, dans chaque groupe les pièces sont visibles et enfilées du large, paradossées, situées à des niveaux différents. Le commandement de l’ensemble est à peu près impossible à organiser, et l’ouvrage ainsi établi est sans valeur, alors qu’en raison de sa situation avancée et de son altitude, il pourrait exercer une action très puissante au large".
Après la démolition du sémaphore en 1904, reconstruit 50m à l'est de la batterie annexe de Caveaux-Est, le constat très négatif sur les dispositions de la batterie principale de Caveaux déboucha en juillet 1905 sur un nouveau projet de réorganisation, présenté par le chef du génie Auguste-Jean Nizey, projet beaucoup plus radical que celui de 1892, exprimé par un plan donnant une des deux variantes proposées.
[Plan de projet de réorganisation de la batterie de Caveaux],1905.
Ledit projet consistait pour l'essentiel à supprimer la batterie de trois pièces de 95mm construite dix ans plus tôt et la batterie annexe n°3 de deux pièces de 24cm, pour réorganiser, à l'intérieur de l'enceinte construite en 1883-1884 quatre nouvelles plates-formes d'une batterie unique destinée à des canons de 240mm à tir rapide modèle 1903 (portée de 11000m), régnant au même niveau et sur un même alignement, au revers du casernement et de l'ancien magasin à poudre, face au sud-ouest. Ce projet entraînait la démolition, intra-muros, des deux batteries nord et sud de deux pièces de 24cm, y compris leurs traverses-abri, et l'amputation de la partie extérieure de l'excroissance ouest/nord-ouest de la batterie n°1, qui accueillait la plate-forme gauche. Ces ouvrages jugés obsolètes étaient remplacés par les quatre nouvelles plates-formes alignées dans l'espace intermédiaire entre les batteries démolies, plates-formes séparées et encadrées par cinq doubles magasins de combat en béton armé, selon un principe conforme aux normes définies par des notes techniques de 1901 et 19046, deux postes de commandement de tir complétant le dispositif. Cette nouvelle organisation était très comparable a celle réalisée de 1905 à 1907 pour un armement identique à la batterie de Peyras, près de Toulon. Le souterrain caverne existant était conservé avec son magasin à poudre et son atelier de chargement. L'ancien magasin à poudre devenu magasin à projectiles était réduit de moitié en profondeur pour faire place à la nouvelle batterie et sa masse couvrante en terre déblayée. Le casernement était conservé mais ses travées sud-ouest redistribuées, le front de gorge de l'enceinte était conservé inchangé avec sa porte à pont-levis et son plan irrégulier, un logement du gardien de batterie étant projeté en adossement du mur d'enceinte. Le front de tête ouest/sud-ouest de l'enceinte, en revanche, était entièrement reconstruit, un peu en avant de son alignement d'origine, toujours avec un fossé de retranchement. Le projet fit l'objet de modifications de détail et juillet et en octobre 1906.
La réalisation, en 1907-1908, documentée par des cahiers d'attachements fut à peu près conforme pour l'essentiel au projet dessiné, à quelques notables différences près. La batterie annexe de 95mm ne fut pas détruite, mais réduite à deux plates-formes, utilisées pour une section d'éclairage armée de deux canons revolver (mitrailleuses) de 47mm à tir rapide. L'alignement de la nouvelle batterie de quatre pièces et celui du nouveau front de tête de l'enceinte furent réalisés dans un axe non strictement parallèle à celui du casernement, mais infléchi obliquement pour faire face au sud-ouest. Les deux postes de commandement aux extrémités de la batterie furent réalisés sur un modèle cuirassé et couvert. L'extrémité du souterrain caverne et son monte-charge étant en limite de la partie saillante amputée de l'ancienne batterie nord n°1, furent conservés intra-muros dans le versant du parapet de la nouvelle batterie à l'angle ouest du front de tête reconstruit de l'enceinte, dans une sorte de courette encaissée, reliée à l'extrémité droite de la batterie par une tranchée. Le front de tête sud-est et son fossé furent réalisés sur un plan rectiligne coupant en deux l'emplacement de l'ancienne batterie nord (n°1) de 1883-1884 amputée de sa plate-forme ouest, l'emplacement de sa plate-forme nord et de la traverse-abri supprimées étant intégré intra-muros. A cette extrémité ou angle nord-ouest du nouveau front de tête fut construit un petit ouvrage saillant de plan en U contourné par le fossé, probablement une caponnière. Le logement du gardien de batterie fut implanté, non à l'emplacement projeté en 1905, mais beaucoup plus près de la porte de l'enceinte. Le casernement fut profondément modifié par la suppression de la masse de terre qui le couvrait et des voûtes de ses casemates, remplacées par une dalle de béton armé épaisse de 1,38m. Sa façade fut prolongée de l'équivalent de trois travées de casemates, jusque devant le magasin à projectiles diminué. La rampe d'accès à la nouvelle batterie fut aménagée au sud-est de la cour, épousant la courbe de l'emplacement du parapet de la pièce de gauche de l'ancienne batterie sud (n°2) supprimée, et aboutissant à l'extrémité sud-est du chemin de ronde desservant les plates-formes et les magasins de combat. A l'autre extrémité, ce chemin de ronde de la batterie fut raccordé à l'ancienne rampe courbe plus étroite préexistante qui desservait l'ancienne batterie nord (n°1) en contournant la butte du sémaphore.
[Plans d'état de situation des travaux de réorganisation de la batterie de Caveaux, logis du gardien, caserne, magasins]. 1907-1908.
[Plans d'état de situation des travaux de réorganisation de la batterie de Caveaux, logis du gardien, caserne, magasins]. 1907-1908.
En 1900, soit peu avant cette refonte lourde de la batterie de Caveaux, un poste photo-électrique avait été construit en contrebas au sud, à une centaine de mètres de distance, sur le Cap Caveaux, justifiant la création d'un chemin d'accès desservant en premier lieu un bâtiment pour l'abri des machines, le logement du personnel et le magasin à pétrole, abrité par un relief rocheux et nettement dissocié du poste proprement dit, équipé d'un projecteur à arc Sautter Harlé de 90cm et surplombé par un poste de commande. En 1907, cet équipement fut complété d'une petite plate-forme placée sur le versant entre le poste de commande et l'abri de combat, équipé de deux canons revolver de 47mm assurant la défense rapprochée, le cumul de ces deux pièces et des deux semblables de la station d'éclairage de la batterie justifiant la construction d'un magasin de munitions en caverne, sur le site du poste photo-électrique7.
[Plans et coupes du poste photo-électrique de Caveaux], c. 1900.
Au début de la première guerre mondiale, en août 1914, la batterie n'était armée que de quatre pièces de 240mm et de sa section d'éclairage de deux mitrailleuses de 47mm à tir rapide sur affût de rempart8. Les quatre grosses pièces furent réquisitionnées en 1915, pour les combats sur le front. En 1918, la batterie aurait été réarmée de deux pièces de 95mm modèle 1888 Lahitolle, dans les deux plates-formes de la batterie annexe devenue section d'éclairage en 19079.
La batterie de Caveaux, qui n'avait pas retrouvé ses canons de 240mm dans l'après-guerre, fit à nouveau l'objet d'un projet de réorganisation en 1927, avec plan d'implantation proposé pour recevoir quatre pièces de 138mm modèle 1910 sur affût C modèle 1919.
[Plan de réorganisation de la batterie de Caveaux pour canons de 138mm], 1927.
La révision du le champ de tir de la batterie, examiné dans un procès-verbal de conférence du 11 avril 1928, nécessitait un espacement entre les nouvelles pièces deux fois plus grand que celui de la batterie de 240mm de 1907-1908, afin de couvrir un champ de tir plus ouvert10. Il en résulta que deux des quatre canons de 138mm pouvaient trouver place (en partant du nord-ouest) sur la première (2e pièce) et la troisième (3e pièce) des plates-formes de 240mm, dans lesquelles était aménagée une cuve circulaire de béton pour les recevoir, la seconde et la quatrième plate-forme restant vides et inchangées. Les deux autres pièces de 138mm étaient à installer dans de grandes cuves circulaires en béton armé modèle 1925, avec soutes et niches à munitions, construites spécialement pour elles hors des plates-formes préexistantes. La première cuve neuve, pour la première pièce de 138, était placée à l’angle ouest nord-ouest de l’ouvrage, à quarante mètres de la seconde pièce, près de la courette du débouché du monte-charge du souterrain-caverne, l'une et l'autre étant desservies par une tranchée partant de l'extrémité droite de l'ex batterie de 240. La seconde cuve neuve, pour la 4eme pièce de 138, étant à l’extrémité gauche (sud-est) de ladite batterie de 240, calée serré entre le poste de commandement de tir sud et le dernier magasin de combat, à 41m. de la troisième pièce. Le projet comportait un nouveau poste de commandement de batterie à deux niveaux, avec en arrière un poste de conduite de tir et télémétrie, implanté sur le point haut de l'ouvrage intra-muros, à l'emplacement occupé ente 1864 et 1904 par le sémaphore. Le poste de commandement nord à l'extrémité droite de la batterie de 1907-1908 est qualifié de " poste central" sur le plan du projet de 1927.
Une photographie aérienne verticale de 1926 et le plan de 1927 montrent à l'angle ouest du front de tête de la batterie, la caponnière de plan en U, maintenue en place dans le projet bien que l'aménagement du terrain pour recevoir la première cuve neuve entrainât le comblement partiel de cette extrémité du fossé.
Le renouvellement de l'armement concerna aussi l'ancienne batterie extérieure de 95mm devenue section éclairante et un temps armée de deux canons-revolver de 47mm, qui fut réarmée de deux pièces de 75mm modèle 1897 sur affût modèle 1916, ce qui imposa, en 1929, la construction de deux cuves circulaires en béton à peu près calées dans les deux anciennes plates-formes encore en place, mais désalignées.
Le procès-verbal de conférence de 1928 mentionnait par ailleurs le projet d'implanter un poste de direction de tir entre la batterie et le poste photo-électrique, sur la cote d'altitude 40m, ce qui fut réalisé. Les travaux de la batterie, réalisés en 1928-1929, furent confiés à l'entreprise Pissarello.
Le dernier aménagement documenté apportés à la batterie dans l'entre-deux guerre fut une grande citerne supplémentaire, construite en 1935 en saillie contre le mur d'enceinte du front de gorge nord-est, à gauche de la porte d'entrée, sous la maison du gardien de batterie de 1907.
L’occupation allemande des îles du Frioul et leur intégration au système défensif du Südwall entraîne la prise de contrôle de la batterie de Caveaux, à partir de décembre 1942, avec installation de deux télémètres et de deux canons antiariens (Flak) de 2cm entre janvier et juin 1943. La réutilisation de la batterie, M.K.B. Caveaux, codée Wn050b, ne donne pas lieu à un projet de réorganisation aussi précoce que pour la batterie de Mangue, sur l'île de Ratonneau. En septembre 1943, un équipage de 157 hommes est affecté au service des quatre pièces de 138mm maintenues à leur emplacement de 1928-1929, de cinq pièces antiaériennes, dont trois de 2cm (une installée sur un des magasins de combat), de deux pièces de 3,7cm Flak M 25 et de deux projecteurs de 150cm . Cette garnison occupe en partie le casernement de la batterie française, mais donne lieu à la construction d'une longue aile de logements complémentaires en brique et ciment, couverts d'une dalle, adossée a l'extérieur du mur du front de gorge nord-est, à la suite de la grande citerne de 1935, elle même surmontée d'un bâti de mise en œuvre semblable. Dans le même secteur, deux petites casemates multi-créneaux sont crées pour la défense rapprochée, l'une d'elle contrôlant l'entrée en avant de la porte et de la citerne. Un poste de télémétrie fut installé au dessus du magasin de combat le plus au nord-ouest. Dans le poste de commandement de tir la de batterie de 1928, sur le point haut, fut installé un projecteur de 60cm, et une des pièces de 75mm de la section éclairante aurait été déplacée sur le poste de commandement central sud à l'extrémité droite de la batterie11. Le fossé du front de tête sud-ouest de la batterie fut en partie couvert de dalles de béton par les allemands pour y aménager des abris.
A partir de l'automne 1943, fut lancée une réorganisation plus lourde de la batterie, avec la construction de deux casemates en béton du modèle-type Regelbau M 272, à l'extérieur de l'enceinte en avant du front de tête. L'une en contrebas de la cuve nord-ouest de la pièce de 138mm n°1, put abriter cette pièce dès son achèvement, l'autre, bâtie en partie sur la tranchée de l'ancienne section éclairante, put recevoir la pièce n°3, qui était restée dans une des plates-formes de 240mm remaniées de la batterie de 1907-1908. La construction de deux autres casemates semblables commença après l'achèvement des deux précédentes, au printemps 1944. La première, destinée à la pièce de 138 n°2, fut implantée dans la plate-forme voisine de celle de cette pièce, laissée désarmée en 1908, et la seconde, destinée à la pièce n°4, trouva place à côté de la cuve de cette pièce, à l'extrémité sud-est de la batterie, à la place de l'ancien poste de commandement sud. Elles étaient en cours de construction, et un Leistand type Regelbau M162a projeté n'était pas commencé lorsque, en aout 1944, la batterie, alors codée Stp Mar 190, servie par un officier, 24 sous-officiers et 125 marins, fut attaquée par les tirs du cuirassier Nevada et surtout par les bombardements alliés à basse altitude. Ces deux casemates restèrent inachevées à l'évacuation de la batterie, après sabordage des pièces. L'état des lieux après guerre, avec les deux casemates inachevées encore ferraillées et échafaudées, les canons de 138 n° 2 et 4 encore en place, et les impacts de bombes en divers points, est documenté par des photographies prises en 1946, pour illustrer le rapport d’un français sur le mur de l’Atlantique et le Südwall, dont une vue aérienne verticale12.
[Vue aérienne verticale de la batterie de Caveaux],1946.
II- Description
La batterie de Caveaux conçue pour l'essentiel comme une batterie fermée en 1883 et maintenue exclusivement comme telle par ses réorganisations de 1907 et 1927, comporte une petite batterie extérieure ouverte fondée en 1895 et a été remaniée en 1943-1944 en ajoutant des casemates dont deux extra-muros. Il n'y a pas lieu de traiter à part dans la description qui suit ces sous-ensembles extérieurs, indissociables car très rapprochés de la batterie fermée, voire imbriqués. En revanche, deux autres ouvrages relativement indépendants liés à la batterie de Caveaux sont à considérer séparément. L'un est la batterie annexe dite de Caveaux-Est ou du sémaphore, construite en 1895 à 600m de distance, qui fait l'objet d'un dossier distinct. L'autre est le poste photo-électrique du Cap Caveaux, plus proche de la batterie de Caveaux, dont la description doit être incluse dans le même dossier, mais dissociée et traitée à la suite de celle de la batterie.
La batterie de Caveaux
Par sa conception initiale complexe et morcelée, et par les nombreuses et importantes réorganisation qu'elle a subie, dans une chronologie pourtant assez courte, entre 1883 et 1944, la batterie de Caveaux est un cas particulier. Assez bien conservé, bien que chaotique du côté du front de tête sud-ouest, son état actuel témoignant par bribes des différentes réorganisations, avec des éléments plus ou moins lacunaires des états antérieurs, serait difficile à décrypter sans la documentation qui permet d'en retracer l'évolution architecturale. Cette évolution a été détaillée dans la partie historique du présent texte, ainsi que les principales caractéristiques topographiques, sur lesquelles on ne reviendra pas.
Le mur d'enceinte ou revêtement de l'état d'origine de la batterie fermée est conservé sur l'ensemble du front de gorge nord-est, en avant-plan de la cour d'entrée et de ses bâtiments, enveloppant d'un côté (est) la rampe montant à la batterie de 1907-1908 qui surplombe ces bâtiments, et de l'autre côté (nord) la butte rocheuse qui portait l'ancien sémaphore. Ce mur est cependant remanié et masqué en partie par des adjonctions postérieures adossées vers l'extérieur, notamment l'aile basse de casernement d'appoint sommairement construite en brique cimentée en 1943 par les allemands et partiellement ruinée dans l'état actuel.
Vue générale du front de gorge nord-ouest de la batterie, prise de la batterie de Caveaux-Est
L'autre construction postérieure adossée au front d'enceinte nord-est est la citerne supplémentaire de 1935, de plan rectangulaire, dont la maçonnerie d'enveloppe parementée en appareil irrégulier de moellons jointoyés au ciment est profilée en talus, d'où un aspect semi pyramidal, et surmontée d'un mur de brique cimenté bordant aujourd'hui une plate-forme, mais qui est un reste d'un bâtiment ajouté par les allemands au devant du mur pignon du logis du gardien de batterie, et depuis peu d'années dérasé.
Le mur d'enceinte de 1883-1884 conservé à l'arrière de ces adjonctions, est dégagé autour de la porte d'entrée, encadrée de deux piliers carrés en pierre de taille. Il est parementé en blocage de moellons de tout venant, avec chaînages de pierre de taille en besace aux angles saillants. Un créneau de fusillade à fente extérieure encadrée en brique subsiste dans ce mur sur un côté de la porte. Les piliers, dont le couronnement d'amortissement a été renversé et gît au sol, ont une feuillure vers l'intérieur pour une grille ouvrante mais ne conservent pas trace de l'appui extérieur du tablier du pont-levis en position levée. Il s'agissait peut-être, comme à la batterie de Niolon Haut, d'un pont-levis à bascule dont la partie intérieure du tablier formant contrepoids se rabattait dans une fosse, du côté intérieur du seuil de la porte, ce dont on peut toutefois douter dans la mesure où ce seuil n'est pas de plain-pied avec la cour mais y communique par une courte rampe ascendante. Le fossé ou coupure qui retranchait la porte et que franchissait le pont-levis reste reconnaissable (bien que comblé en partie), par son mur de contrescarpe, qui se retourne sur le côté gauche du chemin d'accès. C'est au bout de ce retour de mur et au débouché dudit fossé qu'est construite, un peu en avant de l'entrée et semi-enterrée, une des deux petites casemates multi-créneaux construite par les allemands sur ce front, en béton armé avec renfort de maçonnerie de moellons aux angles. La bouche extérieure des créneaux, adaptés à une arme automatique, est du type à ressauts en trémie.
Le logement du gardien de batterie de 1907-1908 est fondé sur le sol intérieur immédiatement au revers du mur ou revêtement d'enceinte, plus haut que le sol extérieur, à gauche de la rampe de la porte d'entrée qui compense cette différence de niveau.
Porte d'entrée de la batterie et logis du gardien de batterie
C'est un bâtiment assez modeste, à niveau unique, directement appuyé sur une partie du mur d'enceinte formant un redan, ce qui a déterminé son plan en équerre asymétrique, avec deux façades vers l'intérieur de l'enceinte. La plus courte, avec porte et fenêtre, surplombe l'entrée de la batterie et sa rampe, la seconde, en retour, de trois travées de fenêtres, regarde la cour et son casernement. La mise en œuvre des maçonneries est soignée : le parement en appareil polygonal calibré intègre la pierre de taille pour les chambranles des fenêtres et de la porte, couvertes d'une plate-bande appareillé de trois morceaux, et pour un bandeau courant au niveau de l'appui des fenêtres. Les façades postérieures, au-dessus du mur d'enceinte, ont aussi des fenêtres, une dans le mur-pignon, deux dans le mur gouttereau. Le niveau d'appui de ces fenêtres se confond avec l'arase du mur d'enceinte sur lequel ces façades postérieures sont montées. Le toit est formé d'une charpente à deux versants peu pentus couverte en tuiles-canal, récemment restaurée (sans rétablir les deux souches de cheminées de l'état ancien). L'aile la plus longue du plan en équerre de ce bâtiment du gardien de batterie est prolongée d'un petit bâtiment annexe plus étroit, de même mise en œuvre, couvert d'un toit en appentis versant sur la cour.
Le bâtiment du casernement, très allongé, occupe la totalité du grand côté postérieur de la cour. Sa longueur et son toit actuel, constitué d'une dalle de béton armé à ciel ouvert coulée en plusieurs travées avec joints, résultent du remaniement qu'il a subi en 1907-1908, en phase avec la construction de la nouvelle batterie de quatre pièces de 240mm à tir rapide. L'aire supérieure de la dalle de couvrement du casernement règne au même niveau que le chemin de ronde de desserte de la batterie, dont elle n'est séparée que par un muret d'appui en brique creuse cimentée. L'axe d'implantation de celle-ci, non parallèle à celui du casernement mais légèrement biais, fait que la dalle de couvrement du casernement, longue de 54m, se réduit progressivement en largeur de 8 à 6m du nord-ouest au sud-est. A cette extrémité sud-est, une petite citerne en ciment construite sur la dalle date de l'occupation allemande.
La façade du casernement présente un rythme régulier de baies, fenêtres et portes, défini dans l'état réalisé en 1883-1884 et respecté lors des remaniements de 1907-1908 qui ont rallongé cette façade pour redistribuer les locaux en supprimant et couvrant une étroite cour de dégagement entre casernement et magasin à poudre.
Ce dernier, désaffecté en 1895 et servant ensuite de dépôt de projectiles, ayant été alors réduit en profondeur, il fut intégré au rallongement du casernement, en unifiant tant les façades que le couvrement en dalle de béton armé. Les deux tiers nord-ouest du casernement et de sa façade témoignent de la construction d'origine, caractérisée par l'emploi de la pierre de taille appareillée, pour l'essentiel de l'élévation constituée d'un rythme serré de portes et fenêtres, couvertes en arc segmentaire aux claveaux arasés à l'horizontale. Seuls les allèges sous l'appui des fenêtres emploient un appareil polygonal rustique. Cette partie de façade habille d'abord trois travées de casemates de casernement profondes de 10m et larges de 5m, séparées par des murs de refend, chacune ayant trois baies, soit deux fenêtres encadrant une porte centrale. A la suite, une travée tripartite large de 6,80m, avec deux petites casemates ayant chacune une porte et une fenêtre en façade, et une arrière salle, terminait le casernement dans son état antérieur à 1907. La travée suivant était alors une cour de dégagement, qui a été intégrée au bâtiment par le rallongement de la façade, avec une porte encadrée de deux fenêtres, comme pour les casemates de casernement. La différence de construction de manifeste par la mise en œuvre, cette rallonge de la façade étant désormais construite en moellons et en briques (arcs des baies) avec parement en enduit ciment couvrant lissé a fausses coupes de pierres. La suite de la façade, avec la même mise en œuvre, comporte une petite travée (4,70m de large) d'une porte et une fenêtre pour un local de faible profondeur, suivie d'une travée plus large (8,90m) avec en façade une porte encadrée symétriquement de deux fenêtres, plus espacées entre elles que les précédentes. Cette travée dessert le vestibule, puis la salle, du magasin aux projectiles qui était installé dans l'ancien magasin à poudres de 1883-1884, salle réduite de moitié en profondeur lors des travaux de 1907-1908 par remblaiement renforcé de sa partie postérieure, qui était située sous l'un des cinq doubles magasins de combat de la nouvelle batterie.
A l'intérieur, les trois casemates de casernement, sont largement ouvertes sur la cour par leurs trois baies en façade qui n'ont conservé aucune menuiserie dans l'état actuel, sont couvertes d'un plafond constitué par la sous-face de la dalle construite en 1907-1908 en remplacement de la voûte en demi-berceau de l'état initial. Ces casemates étaient chauffées d'un poêle dont reste la sole et le trou de sortie du tuyau au droit du trumeau entre porte et fenêtre de droite.
Casernement, intérieur d'une des casemates de troupe, côté façade
Casernement, intérieur d'une des casemates de troupe, côté postérieur
Le mur de fond n'est qu'une cloison maigre en brique enduite, séparant les casemates du couloir d'isolement postérieur, avec une porte de communication vers ce couloir. Des plots maçonnés au sol et des fers au plafond témoigne d'un dispositif de poteaux métalliques qui participaient de la partition interne avec les couchages de la garnison de part et d'autre d'un passage central. Ces poteaux légers, mal fondés au sol, disparus sans dommage pour le plafond, n'avaient sans doute pas, contrairement à ce qui était proposé dans des dessins en coupe d'un état de projets de 1905 et 1906 (montrant des piliers et des poutres métalliques plus forts), une fonction de supports intermédiaire pour la dalle de couvrement, suffisamment délestée dans sa portée longitudinale par les murs de refend.
La première casemate nord-ouest se distingue parce qu'elle est construite au-dessus de la citerne principale de la batterie de 1883-1884. Un accès de puisage ou regard de cette citerne, ouverture carrée encadrée en pierre de taille, est ménagée dans le sol de la casemate, dans l'axe de la porte d'entrée, avec un caniveau sortant vers la cour.
Casernement, intérieur de la casemates de troupe sur citerne, regard au sol
Au fond de la cour à l'angle ouest, dans un renfoncement en tranchée, s'ouvre la porte d'accès au souterrain-caverne de 1891, avec encadrement en pierre de taille couvert d'un arc plein-cintre non extradossé. Le souterrain proprement dit n'est pas accessible dans l'état actuel.
Porte d'entrée du souterrain-caverne
Au-dessus de cet accès au souterrain, la petite butte rocheuse incluse dans la partie de l'enceinte de 1883-1884 formant au nord une large saillie arrondie est couronnée au point le plus haut d'une cuve carrée allemande en béton pour canon antiaérien de 2cm Flak 38. Cette cuve carrée avait été construite en 1943 à côté du poste de direction de tir français de 1928 (alors remployé pour un projecteur) aujourd'hui détruit, cette partie haute de la butte ayant été précédemment occupée par le sémaphore construit en 1864 et détruit en 1904.
Cuve carrée allemande pour canon antiaérien de 2cm, sur la butte de l'ancien sémaphore
La rampe d'accès principal à la batterie proprement dite, carrossable, s'amorce à l'extrémité sud-est de la cour, à la suite des façades du casernement et du logement du gardien de batterie. Elle décrit une courbe assez large en demi-cercle outrepassé, tournant autour d'un dégagement de même plan bordé d'un mur de soutènement en appareil polygonal, avec garde-corps en opus incertum. Cette disposition en plan pérennise le souvenir de la plate-forme et du parapet d'artillerie de la pièce de gauche de la batterie sud (n°2) pour canons de 24cm dans l'état des lieux créé en 1883-1884, la courbe de la rampe ayant été construite en 1907-1908 sur les infrastructures dérasées de cette plate-forme et de son parapet. Le mur de soutènement se prolonge en segment rectiligne de la partie tournante jusqu'à la façade du casernement, pour porter le chemin de ronde de la batterie de 1907-1908 qui s'amorce en haut de la rampe.
Rampe montant de la cour du casernement à la batterie active
En ce point, c'est à dire à l'extrémité sud-est de la batterie proprement dite, l'état actuel des structures bâties est assez difficile à comprendre, car relevant de trois campagnes imbriquées. On reconnait la grande cuve circulaire de la 4eme pièce de 138mm modèle 1910, construite en 1928 en béton fini au ciment lissé, avec un mur de gorge plat avec passage d'entrée décentré. Elle est attenante sur le côté droit (nord) au premier des cinq doubles magasins de combat en béton de 1908, auquel elle a été accolée. De l'autre côté, au raccord extérieur de la partie circulaire et du mur de gorge droit de cette cuve, subsiste un vestige arraché, construit en moellons avec toit en béton armé, de l'ancien poste de commande sud cuirassé de la batterie de 240mm de 1907-1908. D'autre part, la courbe extérieure de la cuve, vers le sud-est, à l'opposé du magasin de combat, est attenante aux soubassement de l'une des deux casemates allemandes Regelbau M 272 restées inachevées en 1944, qui aurait dû s'y adosser.
Infrastructure de la 1ere casemate allemande inachevée M272, a l'extrémité sud-est de la batterie
La suite de la batterie, desservie par le chemin de ronde en bordure de la dalle haute du casernement, alterne les plates-formes des pièces de 1907-1908, plus ou moins remaniées en 1928 ou en 1944, plus hautes que le chemin de ronde et desservies par une rampe parallèle à celui-ci, sur mur d'appui en appareil polygonal, et les magasins de combat, dont le béton est plus ou moins dégradé par des fissurations horizontales. Sur le second magasin de combat une superstructure de quatre murs au carrée de faible hauteur mise en œuvre en opus incertum de moellons, est de construction allemande et correspond à une plate-forme pour un canon de défense antiaérienne de 2cm Flak 28.
Chemin de ronde, plates-formes et magasins de combat de la batterie active
Les magasins de combat tenant lieu de traverses-abri, en forme de blockhaus de béton armé enduit au ciment, classiquement cubique à angles adoucis, couvert d'une dalle épaisse, sont conçus pour abriter des magasins à projectiles et des soutes à gargousses. Les cinq magasins sont doubles, avec soute centrale encadrée de deux magasins à projectiles. Chacune des trois travées est accessible par une porte en façade au niveau du sol du chemin de ronde, et les magasins disposent en outre d'une fenêtre. La façade des magasins de combat est en retrait d'alignement des rampes d'accès aux plates-formes, et bien que le sol des plates-formes règne à mi-hauteur des portes, 1,20m au-dessus du chemin de ronde, une communication était prévue à ce niveau entre les plates-formes, sorte de chemin de ronde supérieur passant devant la façade sur une passerelle-dalle en béton délestée par deux piles intermédiaires saillant entre les trois portes des magasins. Le personnel au service de la batterie devait se baisser pour atteindre les portes depuis le chemin de ronde principal, en passant sous les passerelles du chemin de ronde supérieur. Du fait de cette contrainte des passerelles, les portes métalliques des magasins à projectiles ne pouvaient s'ouvrir vers l'extérieur et étaient coulissantes comme l'indique le bandeau en relief courant sur la façade au-dessus des baies, destiné à abriter le rail de coulisse supérieur . Le chemin de ronde principal, suffisamment large, a été équipé d'un chemin de fer étroit dont reste le ballast passant entre les rampes et le toit-dalle du casernement, pour le roulage de chariots bas approvisionnant les magasins. Sous la fenêtre de certains des magasins à projectiles est ménagé un segment de voie perpendiculaire pour les chariots partait de la voie principale pour desservir certains des magasins à projectiles, en passant par une ouverture en façade sous la fenêtre.
Détail d'une façade d'un magasin de combat
L'intérieur des soutes à gargousses médianes comporte des rayonnages latéraux portant sur des fers scellés aux parois.
Détail de l'intérieur d'un magasin de combat
La troisième plate-forme de la batterie de 240mm de 1907-1908 est très largement détruite, ayant fait place à la seconde des deux casemates allemandes inachevées Regelbau M 272, limitée à ses infrastructures, comme la première.
La seconde et la quatrième plate-forme de la batterie de 240mm de 1907-1908 sont toujours occupés par la cuve en béton, bien conservée, qui y a été construite en 1928 pour les pièces de 138mm n°2 et 3 alors mises en place.
Le cinquième et dernier magasin de combat à droite est suivi du poste de commandement cuirassé nord de 1907-1908, avec dalle de couvrement en béton et façade en moellons percée de deux fenêtres et d'une porte encadrées en briques. Dans l'intervalle entre magasin et poste, une épaisse maçonnerie de moellons en opus incertum, de même hauteur, semble n'avoir été construite que lors de la réorganisation de 1928. Elle est percée d'un passage non couvert qui dessert la grande cuve nord-ouest (1ere pièce de 138mm) par l'intermédiaire d'une tranchée aux parois soigneusement maçonnées en moellons.
Détail du poste de commande nord de la batterie active, et tranchée d'accès à la cuve nord-ouest pour canon de 138mm
Cuve nord-ouest pour canon de 138mm bouchée par un corps de garde, courette du monte-charge du souterrain et tranchée d'accès
La cuve de 1928, flanquée latéralement d'un petite plate-forme allemande à cuve ciment pour un canon antiaérien de 2cm Flak 38, est occupée par un corps de garde en béton construit par l'occupant en 1944, après le déplacement de la pièce de 138mm qu'elle contenait, dans une casemate Regelbau M 272, édifiée en immédiat contrebas. Peu avant d'aboutir à cette cuve remaniée, le passage en tranchée entre murs de pierre traverse une courette encaissée de plan carré aménagée en 1928, aux parois enduites au ciment, l'une d'elles, à gauche, accueillant le débouché du monte-charge du souterrain-caverne de 1891.
La casemate allemande Regelbau M 272 achevée dans laquelle avait été déplacée en 1944, la pièce de 138mm de la cuve nord-ouest, est construite dans sa partie arrière, avec l'avant-corps d'entrée, sur l'ancien fossé en partie comblé du front de tête de la batterie de 1907-1908. On reconnait encore, à droite de la casemate, l'extrémité nord-ouest du fossé, encombrée de déblais de pierraille, avec d'un côté l'extrémité du mur de contrescarpe à arase rampante, et de l'autre le soubassement ruiné de la caponnière de plan en U, ces ouvrages étant parementés en appareil polygonal irrégulier. Le reste du fossé de front de tête est en partie conservé, en segments discontinus, mais peu reconnaissable, du fait du dérasement des revêtements d'escarpe de ce front de la batterie, et de la transformation par les allemands des segments non comblés de ce fossé en abris, en les couvrants de dalles de béton armé de faible épaisseur.
Casemate allemande M272 ouest, vestiges du fossé du front de tête de la batterie
Les deux casemates allemandes achevées, en partie enveloppée et couvertes de déblais de pierraille coulante ou semi maçonnée , sont identiques et conformes pour l’essentiel au modèle-type M 272.
[Plan d'une casemate allemande de la batterie de Caveaux], 1946.
Le volume extérieur compact, presque cubique, avec un petit avant-corps carré à deux portes opposées au milieu de la face de gorge, a deux pans coupés aux angles de la façade active.
Vue arrière de la casemate allemande M272 au sud du front sud-ouest
Façade active de la casemate allemande M272 au sud du front sud-ouest
Intérieur de la chambre de tir et de l'embrasure de la casemate allemande M272 au sud du front sud-ouest
Cette façade forme deux larges pans rentrants réunis en angle obtus constituant l'embrasure, la partie centrale étant réservée à l'ouverture de tir, très large et partant du sol, encadrée de deux ébrasements à trois ressauts propres à faire ricocher les projectiles adverses. Une saignée horizontale réservée dans ces ressauts à mi-hauteur de l’ouverture correspond au logement du tube du canon dans les deux positions extrêmes de l’angle d’ouverture de tir à 135° prévu pour ce type de casemate. Le couvrement de l’ouverture proprement dite est une large et lourde visière saillant de quatre pans sur un encorbellement de trois ressauts de même plan, dispositif également destiné à faire ricocher les projectiles. Les blindages de l'ouverture de tir ont entièrement disparu. La distribution intérieure symétrique à deux soutes, passage d'entrée central et chambre de tir pentagonale couverte d'un plafond revêtu de lames de fer, est bien conservée, avec le socle en béton et sous-sellette en fonte, circulaires, qui supportait l'affût pivotant des canons de 138mm, faiblement encuvé dans le sol.
A proximité de la casemate sud subsistent les vestiges de la section éclairante réaménagée en 1929 pour deux pièces de 75mm , en remployant et adaptant deux des emplacements de tir de la batterie extérieure créée en 1895 pour trois pièces de 95mm à tir rapide Lahitolle. La structure creusée en tranchée maçonnée à ciel ouvert de cette annexe, avec mur parados, et son plan en chicane ou baïonnette sont encore reconnaissables, y compris les deux emplacements de tir avec leur mur de genouillère à exèdre frontale, en dépit des remaniements de 1944 (enduits ciment, mur cloisonnant la tranchée d'accès des deux pièces) et des dégradations postérieures.
Vestiges de la section éclairante devant le front sud-ouest
Tranchée d'accès de la section éclairante devant le front sud-ouest
Les abords de la batterie conservent d'autres restes d'aménagements périphériques de la seconde guerre mondiale, notamment des tranchées sinueuses creusées durant la seconde guerre mondiale, bordées d’un mur en pierre sèches, desservant des positions de tir à ciel ouvert pour une défense rapprochée à l’arme légère portative type fusil mitrailleur. Ces tranchées et positions de tir sont comparables à celles creusées dans les remparts à l'intérieur du fort de Pomègues
Le poste photo-électrique du cap Caveaux13
Reliés à la batterie par un chemin en lacets, les aménagements du poste photo-électrique construit en 1900, implantés sur un cap rocheux aux reliefs naturels contrastés, en partie retranché au nord-est par la calanque des Cambrettes, se développent sur une amplitude de plus de 100m à vol d'oiseau. Cette situation tient à une nette dissociation, sans co-visibilité des deux sous-ensembles de l'ouvrage : d'une part le poste actif proprement dit (poste de combat, abri de jour, poste de commande) sur le versant ouest du cap, à une altitude variant de 19,50m à 30m, d'autre part le bâtiment cumulant les fonctions d'abri des machines, logement des hommes, magasins à pétrole et citerne, niché au revers des reliefs en falaise nord-est du cap au-dessus de la calanque des Cambrettes. L'ensemble des ouvrages est aujourd'hui délabré ou ruiné, mais assez bien conservé.
Le bâtiment des locaux techniques et locatifs est le premier desservi par le chemin d'accès venant de la batterie. Le corps principal, de plan rectangulaire de 10m sur 6m hors oeuvre, construit sur une terrasse en balcon abritant des locaux de sous-sol, et adossé au front rocheux naturel, comporte deux pièces séparées par un mur de refend. Les murs sont en blocage de moellons avec enduit couvrant blanc, sur lequel un enduit gris-ocre se détache pour souligner les angles et l'encadrement des quatre baies deux en façade, une dans chaque mur-pignon, couvertes en surbaissé. La première pièce, pourvue d'une large porte dans le mur-pignon et d'une fenêtre en façade, était l'abri des machines produisant l'électricité du poste, la seconde, avec porte en façade sur la terrasse et fenêtre dans le mur-pignon, était le logement des hommes de service. Le toit à deux versants a faible pente a disparu avec sa charpente à pannes métalliques dont les pignons gardent la trace. Dans l'état initial, c'est une dalle de couvrement sur voûtains qui avait été réalisée.
Poste photo-électrique, bâtiment de logement et salle des machines et sa terrasse
Sous la terrasse, au-revers du mur de soutènement enduit au ciment, la citerne de 15 m3 était devant la salle des machines, séparées par un mur de refend étanche des deux magasins à pétrole, l'un sous la terrasse, l'autre sous la moitié du logement, accessible par une porte au pied du mur de terrasse. Un petit local bas en blocage enduit couvert d'une dalle de ciment, adossé au front rocheux et contiguë à la porte de la salle des machine, est une adjonction postérieure (1928 ou 1943 ?) de même qu'une rallonge de la terrasse, aux murs de moellons non enduits.
Les ouvrages du poste photo-électrique proprement dit sont plus sévèrement délabrés. Au point haut, le petit poste de commande , surplombe de 10m le poste de combat à une distance de 35m. De plan en U, construit en blocage de moellons pour la souche, en béton armé pour la superstructure, il est ruiné par la chute de sa dalle de couvrement.
Poste photo-électrique, ruines du poste de commande, au-dessus de l'abri de combat
Une tranchée taillée verticalement dans le rocher, au bout du chemin, large de 3m, donne accès a une galerie creusée en caverne, large de 2,20m, de plan en courbe et contrecourbe, qui et se prolonge dans l'abri de combat. Avant la porte d'entrée de la galerie en caverne, encadrée en briques, la paroi droite de la tranchée a été excavée pour former un magasin en caverne dont les parois brutes de déroquetage avaient été doublées en briques creuses. Refermée par un mur de façade maçonné en appareil polygonal rustique de pierre avec porte couverte en arc segmentaire, ce magasin en caverne n'existe pas encore sur le plan de l'état initial du poste en 1900, car il a été créé en 1907 pour servir de magasin à munitions pour les canons revolver de 47mm alors placés sur le versant au-dessus du poste de combat et dans la batterie de Caveaux.
Poste photo-électrique, tranchée d'accès à la galerie en caverne de l'abri de combat
Poste photo-électrique, portes de la galerie en caverne et du magasin à munitions
La galerie en caverne, laissée brute de déroquetage, conserve au sol les rails d'une voie ferrée étroite assurant le retrait du projecteur hors de l'abri de combat. Elle comporte un court segment (3,90m) , près du débouché dans la tranchée d'accès, retaillé latéralement jusqu'à atteindre une largeur de 3,50m, pour servir d'abri de jour ou de repos du projecteur, disposition contraignante imposant de contourner le projecteur au repos pour circuler dans la galerie.
Poste photo-électrique, intérieur de la galerie en caverne avec sa voie ferrée
L’abri de combat prolonge directement la galerie , mais il est élargi jusqu'à 3,20m, d'ou son plan intérieur évasé en fer-à-cheval. Il se compose du mur d’appui en hémicycle de la fenêtre panoramique, en balcon face à la mer, enduit au ciment, et de deux murs latéraux épais de 1,20m construits en béton armé sur une épaisseur de 1,20m, portant une dalle de couvrement épaisse de 1m à une hauteur de 3,50m au-dessus du sol.
Poste photo-électrique, intérieur de l'abri de combat
Cette dalle est prolongée en porte-à-faux de 1,50m pour former visière en hémicycle au-dessus de la fenêtre. Compte tenu de la pente modérée du versant rocheux, l'extrémité de la galerie proche de l'abri n'était plus taillée en caverne, mais en tranchée, d'où la nécessité de la couvrir en prolongeant la dalle et les murs latéraux à l'arrière de l'abri sur une longueur de plus de 6m. A l'extérieur, les murs latéraux sont bordés et contrebutés par un glacis formé d'un empilement soigné de pierres sèches.
Poste photo-électrique, vue extérieure frontale de l'abri de combat, depuis la mer
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.