Dossier d’œuvre architecture IA13006236 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Fort de Pomègues
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 7e arrondissement
  • Lieu-dit île Pomègues
  • Cadastre 2026 A 63
  • Dénominations
    fort
  • Appellations
    fort de Pomègues
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

 La séparation et l’opposition des pouvoirs locaux de Marseille et du pouvoir central atteignirent un paroxysme à l’avènement d’Henri IV, non reconnu par les ligueurs marseillais, représentés par Charles de Cazaulx, prétendant à la charge de premier Consul de Marseille, qui conclut une alliance entre 1589 et 1591 avec le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier. Cazaulx appuyait ses ambitions de contrôle défensif de la ville contre le pouvoir central par la maîtrise du fort de Notre Dame de La Garde, occupé par une garnison savoyarde et objet de travaux de modernisation défensive. Dans ce cadre, Nicolas de Beausset, valet de chambre du roi et capitaine de galères, gouverneur du château d’If depuis 1573, tenant cette position insulaire au service du roi avec une garnison de deux cents soldats, sollicita une puissance alliée également venue d’Italie, celle du prince florentin Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane depuis 1587, marié en 1589 à Christine de Lorraine (petite-fille de Catherine de Médicis et nièce de Henri III). A partir de juillet 1591, un contingent de cent florentins débarqués au château d’If avec douze canons prit en charge la construction d’une enceinte fortifiée épousant les contours de l’île, pour renforcer les capacités défensives du château construit sur ordre de François Ier entre 1529 et 1533, désormais donjon-réduit d’un ensemble plus étendu.

L’occupation stratégique florentine d’If s’étendit aux îles de Pomègues et Ratonneau en 1597, avec projet de construction d’un fort sur la hauteur de chacune des deux. Le recours défensif aux florentins avait perdu de son intérêt pour le pouvoir royal après l’évacuation du fort Notre-Dame de la Garde par les troupes savoyardes en 1592, le duc ayant rompu son alliance avec Cazault,  et surtout depuis l’assassinat de ce dernier en février 1596, suivi du départ des galères espagnoles demeurées dans le port. L’occupation florentine des îles devint dès lors indésirable et subie, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi, dont Nicolas de Beausset, circonvenu en son absence par un coup de force des troupes d’occupation du château d’If, qui s’emparèrent du « donjon » en avril 1597, en chassant la garnison française.

La prise de position défensive de Nicolas de Beausset à Ratonneau, avec un contingent marseillais, et sous la responsabilité de Charles Ier de Guise, gouverneur de Provence et amiral des mers du levant, eut pour conséquence la construction par les florentins de la tour réduit du fort San Giovanni à Pomègues. Trois rapports d’officiers envoyés à Ferdinand Ier de Médicis en août 1597 rendent compte des travaux de la tour alors en cours sous l’autorité d’Alessandro Pieroni1, architecte et peintre au service des grands ducs de Toscane, collaborateur à Florence et à Livourne de l’illustre architecte et ingénieur Bernardo Buontalenti. Le projet florentin de ce fort  sur la hauteur de  Pomègues est connu par deux plans de projet non datés mais certainement de peu antérieurs au lancement du chantier en 15972, un plan d’ensemble, sommaire et annoté, et un plan de détail de deux niveaux de la grosse tour constituant le réduit ou donjon. Le plan d’ensemble exprime autour de la tour et l’enveloppant de près, une enceinte de plan polygonal irrégulier plus long que large, de faible étendue, dessinée en s’efforçant d’adapter à un site rocheux escarpé des fronts bastionnés, soit deux fronts encadrés de deux demi-bastions, la porte étant ménagée dans un redan à la rencontre des deux, face au sud/sud-ouest3, et un front irrégulier de tracé tenaillé avec un bastion complet. Le tracé de cette enceinte est exprimé sur le dessin par un double trait continu, complété d’un pointillé exprimant une emprise légèrement plus ample.

[Plan du projet du fort San Giovanni à Pomègues], 1597.[Plan du projet du fort San Giovanni à Pomègues], 1597.

La tour ou donjon casematé, d’un diamètre extérieur de 23m, présente dans le projet dessiné un plan interne inusité dans l’architecture militaire. Le dessin du projet en plan général, figurant le soubassement de la tour projetée, montre la présence d’une citerne creusée au centre, le mur d’enveloppe de la tour étant circulaire à l’extérieur, dodécagone à l’intérieur, avec porte ménagée dans un des pans intérieurs ouvrant vers la porte de l’enceinte, soit au sud/sud-ouest. Les plans de détail du projet de la tour montrent la géométrie savante de l’organisation interne des deux niveaux, composés de huit pièces dont quatre rectangulaires formant ensemble une croix grecque. Leur mur de fond correspond à quatre des douze pans du dodécagone, le côté opposé à un des huit pans d’une cage d’escalier centrale de plan interne circulaire dont l’emmarchement tourne autour d’un noyau évidé cylindrique ajouré servant de puits pour la citerne. Les quatre autres pièces, entre les bras de la croix, adoptent un plan quadrangulaire tendant au triangle isocèle dont la base est formée de deux pans du dodécagone. Les pièces sont distribuées par un corridor annulaire enveloppant l’octogone de la cage d’escalier.

[Plans du projet de la tour du fort San Giovanni à Pomègues], 1597.[Plans du projet de la tour du fort San Giovanni à Pomègues], 1597.

Pour original qu’il soit, ce plan n’est pas inédit ou novateur à cette époque : il reprend un modèle de principe à la géométrie savante réalisé en France à l’initiative de François Ier, au donjon du château de Chambord, construit entre 1519 et 1533 sur une conception initiale partagée entre Dominique de Cortone et Léonard de Vinci. L’architecte du projet de la tour San Giovanni de Pomègues adapta ce parti, trois quart de siècle plus tard, à un édifice militaire et non civil, de plan circulaire et non carré. Son projet dessiné proposait de percer le mur d’enveloppe circulaire de la tour d’une baie étroite pour chaque pièce, soit à simple, soit à double ébrasement (embrasure à canon) certaines centrées, d’autres décentrées. Le puits de l’escalier prenait jour en lanterne (comme à Chambord), mais il ne pouvait diffuser un second jour que pour l’escalier et, au mieux, par quatre baies étroites, aux quatre petits sas faisant transition entre les portes des huit pièces. Sept des pièces du rez-de-chaussée étaient destinées à l’usage de magasins, la huitième à une cuisine, intégrant un four. A l’étage, deux des pièces, dans deux bras de croix, décloisonnées de la circulation annulaire autour la cage d’escalier, sont qualifiées l’une de salle, avec cheminée, l’autre de corps de garde. La porte de la tour débouche dans ce corps de garde sur les dessins de détail, elle est donc prévue à l’étage (sur le plan d’ensemble du projet du fort elle semble prévue au niveau inférieur). Entre le corps de garde et la salle, une chambre avec cabinet de latrines derrière cloison communiquait à la salle, mais pas avec le corridor annulaire, ces deux pièces étant manifestement conçues pour le logement de l’officier responsable du fort. Les cinq autres pièces, toutes munies d’une cheminée, étaient des locaux logeables pour la garnison.

La réalisation de la tour n’a pas suivi ce plan de projet, mais une variante très différente en termes d’organisation interne, changement qui peut s’expliquer par une décision pragmatique de l’architecte, jugeant le parti réalisé d’une plus grande facilité d’exécution, dans un contexte d’urgence et avec une main d’œuvre moyennement qualifiée4.

Documentée par différents plans des archives du génie antérieurs à sa destruction dans les années 1880, l’organisation interne de la tour réalisée comportait une cour circulaire de 7,50m de diamètre, strictement superposée à l'emprise de la citerne, avec puits au centre comme dans la cour carrée du donjon du château d’If. A la différence du château d'If, la gaîne cylindrique du puits de la tour de Pomègues partait du sol au fond de la citerne, formant pilier central creux portant la voûte annulaire de cette citerne, disposition complexe liée à un début d'exécution du projet dessiné avec escalier central, avant son abandon au profit de la cour centrale.

Plan de la tour de Pomègue [détail d'une planche de plans],1712.Plan de la tour de Pomègue [détail d'une planche de plans],1712.

Montage photographique d'une élévation de la tour de Pomègues de 1777 (par La Chiche, en haut) et d'une élévation et coupe de 1825 (milieu et bas).Montage photographique d'une élévation de la tour de Pomègues de 1777 (par La Chiche, en haut) et d'une élévation et coupe de 1825 (milieu et bas).

L’emprise de cette cour intérieure réduisait d’autant la capacité d’accueil des casemates pour la garnison, la cuisine et les magasins, formant sur les deux niveaux une série de huit petites travées de cellules disposées en périphérie selon un schéma radiant, séparées par des murs de refend. Seules les casemates de l’étage étaient voûtées, séparées de celles du rez-de-cour par un plancher ; leur voûte portait la plate-forme d’artillerie de la tour. Une neuvième travée était occupée par la porte et son vestibule ouvrant sur la cour, finalement ménagée au niveau inférieur, face à l’est (et non au sud), et au-dessus à une casemate de service. De gabarit piéton, la porte de la tour, de plain-pied avec la cour, ne l’était pas avec le sol extérieur, plus bas d’environ 2m, le socle rocheux ayant été retaillé en escarpe dans le prolongement du pied du mur circulaire profilé en fruit ; il en résultait une coupure qui devait être franchie par une tablette ou pont-levis prévue dans la conception de la porte, comme au donjon du château d’If. Le principe du grand escalier central du projet initial était remplacé par celui de quatre petits escaliers en vis sans saillie sur la cour, placés en alternance 1 sur 2 sur les murs de refend avec porte sur cour, ces petites vis desservaient chacune à deux casemates aux deux niveaux, celles-ci ne communiquant pas autrement entre elles. Deux des quatre escaliers en vis montaient jusqu’à la plate-forme, ou elles se terminaient en guérite couverte d’une coupole. Les casemates prenaient jour exclusivement sur la cour, le gros mur circulaire d’enveloppe étant complètement aveugle aux deux niveaux de casemates, a contrario du projet initial. Seul le parapet était percé d’embrasures à canon, alternant avec des guérites ou bretèches carrées comparables à celles du donjon de la citadelle de Saint-Tropez (1602), œuvre de Raymond de Bonnefons, ingénieur royal pour la Provence,  et à celles de la fortezza nuova de Livourne (1590-1600), œuvre commune de Pieroni et de Buontalenti.

La tour était sans doute achevée lors l’évacuation des îles du Frioul par les troupes du Grand duc de Toscane, négociée par traité ratifié en mai 1598. Le roi de France Henri IV y accordait aux Florentins deux cents mille écus d’or pour rembourser les dépenses engagées depuis 1591 dans les fortifications des îles et pour l’entretien des garnisons.

L’enceinte autour de la tour semble en revanche n’avoir été au mieux qu’ébauchée, et sur un plan peut-être sensiblement différent de celui du projet dessiné.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins à Pomègues, Ratonneau et If, fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le Roy en Provence, Dauphiné et Bresse en 1600. Dans le cas du fort de Ratonneau, faute de réalisation du projet florentin de 1597, Raymond de Bonnefons (jusqu’à sa mort en 1607) et son fils Jean  (de 1607 à 1610) conçurent et dirigèrent la construction de tous les ouvrages, considérables, soit un corps de place avec donjon casematé de plan hexagonal, et des dehors étendus sur l’éperon rocheux. L’intervention de Bonnefons au château d’If se limita à l’achèvement et au rehaussement des revêtements de l’enceinte réalisée au pourtour de l’île depuis 1591 par les florentins. Dans ce cadre, le fort de Pomègues, ouvrage de moindre importance consistant en une grosse tour casematée complète et neuve, ne semble pas avoir été une priorité. Le programme des Bonnefons devait probablement consister à achever l’enceinte rapprochée commencée autour de la tour, et surtout à occuper à l’ouest de ce réduit le prolongement haut de l’arête rocheuse par deux dehors allongés, comparables dans le principe à ceux mise en œuvre au fort de Ratonneau.

Les plans du fort de Pomègues qui nous sont parvenus, non antérieurs au dernier tiers du XVIIe siècle, montrent que le programme mis en œuvre au début du siècle, sans doute après que ceux d’If et de Ratonneau aient été bien avancés,  est demeuré inachevé. La construction du dehors semble avoir été faite en premier lieu. Bien exprimé sur un plan d’atlas de 1693 avec nomenclature chiffrée ce dehors très irrégulier, très étroit entre murs et étiré en longueur sur les trois quarts de son développement (cotée 3-5-6-7-8), avec tracé à plusieurs redans au front nord, se terminait à l’ouest, en tête (3), par un second dehors plus large (1-2-4) formant deux longs saillants en corne, cloisonné de l’extrémité du premier dehors étroit. Ce plan  de 1693 n’indique autour de la tour (cotée 9-10) aucune enceinte en place, mais exprime en trait fin les contours de ce qui semble être un projet d’enceinte, aux deux tiers en forme d’étoile à quatre branches, combiné au nord avec un front à cornes (deux demi-bastions).

[Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau], 1694. Détail : plan de Pomègues.[Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau], 1694. Détail : plan de Pomègues.

On observe que cette disposition est identique à celle que présentait sous Louis XIII, d’après une vue cavalière d’atlas, l’enceinte du fort du Petit Langoustier dans l’île de Porquerolles, enveloppant une grosse tour circulaire construite peu après 1633 sur ordre de Richelieu. Ce tracé d’enceinte figuré comme un plan d’intention autour de la tour de Pomègues en 1693 pourrait  correspondre à un projet conçu sous  Louis XIII et non concrétisé, pour l’enceinte de la tour, laissée en souffrance d’exécution tant par les florentins que lors des travaux Bonnefons interrompus en 1610. Un autre plan plus détaillé du fort de Pomègues, non daté mais aussi du dernier quart du XVIIe siècle, exprime le même contour d’enceinte, en pointillé lavé en jaune, convention traduisant un état de principe projeté.

[Planche de plan et profil du fort de Pomègues], c. 1680. Détail : Plan de la tour de Pomègues avec projet d'enceinte.[Planche de plan et profil du fort de Pomègues], c. 1680. Détail : Plan de la tour de Pomègues avec projet d'enceinte.

Sur ce même plan figure en recoupement un autre contour aussi exprimé discrètement en pointillé non teinté, plus ample et moins régulier, qui doit pouvoir être interprété comme le tracé projeté pour cette enceinte de la tour lors de la campagne du début du XVIIe siècle. En effet, à la différence du dessin en étoile, il se raccorde en continuité avec les parties réalisées du revêtement du dehors. L’extrémité est du front nord du dehors, figurée en place sur le plan (donc en double trait rouge), très proche de la tour, était manifestement l’amorce d’un demi bastion qui participait du front nord de l’enceinte particulière de la tour dans le projet Bonnefons interrompu en 1610. Le petit tambour triangulaire crénelé qui s’appuyait contre le bas de la tour à l’est, pour protéger sa porte et filtrer les entrées, présent sur tous les plans suffisamment précis, n’est pas daté. La construction de ce tambour semble avoir eu pour objet de compenser l’absence d’enceinte autour de la tour, en sécurisant au moins sa porte, ce qui invite à placer cette construction au plus tôt en 1610, voire au milieu du XVIIe siècle5.

En 1695, des  cartes des côtes et rades de Marseille indiquant les batteries récemment armées, la plupart construites à neuf pour inquiéter le bombardement, mentionnent la batterie de la pointe de Pomègues, en contrebas du fort et de sa tour, à l’extrémité Est de l’île. De la même année, une planche de plans de détail sommaire des batteries de canons et de mortiers faites le long des côtes de Marseille & des isles (…) pour la défense de la ville & de ses environs figure celle de la pointe de Pomègues, simple épaulement ouvert à la gorge, de plan en fer-à-cheval, armée de cinq canons de 24 livres et commandée par Mr de La chaise, enseigne.6

Le fort de Pomègues, non dessiné, y est mentionné avec un armement de deux canons de 24 et un mortier ; sur une des cartes, il est nommé « tour Saint Jean » (San Giovanni), appellation éphémère. D’une carte à l’autre, entre 1695 et 1701, l’armement de la batterie varie de quatre canons à deux canons et un mortier, jusqu’à six canons et un mortier.

Le mémoire de Vauban de 1701 et les projets non réalisés du XVIIIe siècle

Le fort de Pomègues ne fait l’objet d’aucun projet documenté avant le mémoire détaillé de Vauban daté du 11 avril et 1701 consacré aux ouvrages de défense de Marseille et de sa baie, forts et batteries7. Vauban consacre 13 articles de son projet général (n° 54 à 66) au château de Pomègues, le fort y étant ainsi nommé, comme celui de Ratonneau, sans doute du fait de sa tour et de son aspect sans analogie avec un fort bastionné classique, à l’instar du château d’If. La nomenclature chiffrée employée par Vauban est celle du plan d’atlas de 1693. Le plan de détail qui devait être associé aux articles du mémoire concernant Pomègues n’a pas été conservé, mais on repère sur les détails de la carte générale de la baie, en très petit, les forts des îles, notamment celui de Pomègues et la batterie basse de la pointe.

[Carte de la baie de Marseille], 1701. Détail : plan des îles du Frioul et de leurs fortifications.[Carte de la baie de Marseille], 1701. Détail : plan des îles du Frioul et de leurs fortifications.

Vauban propose dès le premier article sur Pomègues de rehausser la grosse tour ou donjon d’un étage et la bien vouter, citerner et terminer les dessus par une plate forme de pierre de taille (…) avec pente de 4 pouces (…) et parapet de maçonnerie de 4 pieds et demi d’épais percée d’embrasures rampantes.  L’accès à la tour doit être amélioré :  Faire un escalier pour entrer dans la tour et continuer celui qui est au bas du ravelin 11 (le tambour triangulaire) faire un fossé devant cette porte et une planchette.  Le problème de l’absence d’enceinte autour de la tour justifie un projet assez différent de ceux déjà envisagés et non réalisés, consistant à chemiser la tour, assimilée à un corps de place, d’une enceinte rapprochée de même plan, qualifiée de fausse-braie, mais comportant un petit front saillant à cornes vers l’ouest, du côté du dehors, avec porte à pont-levis :  En escarpant le pied de la tourde six pieds de haut sur tout son circuit on gagnera un espace suffisant pour avoir de quoi y établir une fausse braie de quatre toises de corridor (…) proprement revêtue (…) ce qui redoublerait la force et le contenu de cette tour, qui, pour être belle et bien faite est trop seule et peu contenante (…)On pourra donner plus d’agrandissement à cette fausse braie du côté de 8 afin de la rendre capable d’un petit cornichon de trois toises de flanc qu’il faudra séparer du grand dehors par un fossé taillé dans le roc à bord escarpé de 15 pieds de profondeur sur cinq toises de large traversé d’un pont dormant coupé d’un pont levis à bascule. Cette fausse braie doit être pourvue d’un parapet à embrasures comme celui proposé sur la tour. Le cornichon doit avoir suffisamment de surface pour pouvoir bâtir à l’intérieur un corps de caserne de 12 chambres sur  3 niveaux. Vauban s’intéresse ensuite au perfectionnement et à l’agrandissement de l’ouvrage de tête à l’extrémité ouest du dehors, pour en faire une batterie performante : Réduire les plateformes 1-2-3 de la tête plus avancée en une seule sur un même niveau, l’agrandir tant qu’on pourra(…) la tourner de manière que par l’une de ses faces elle puisse voir l’entrée du canal d’entre deux iles du côté de la grande mer et par l’autre le port du Lazaret et son entrée et cela de 3 à 4 pièces de gros canon chacune. Il précise qu’il faudra bien et solidement revêtir cette batterie, en la couronnant d’ un parapet à embrasures, et, en faisant ladite plateforme (…) occuper assez d’espace pour pouvoir y bâtir un hangar et un corps de garde afin d’y retirer les affuts et armements des pièces de même que les hommes destinés à les servir. Un petit magasin à poudre et une citerne sont également souhaités sur cette plate-forme d’artillerie ouest, le tout à l’usage de six 6 canons de 24 livres. Pour le reste de l’artillerie en batterie du fort, il faut prévoir trois canons de 24 livres sur le haut de la tour et six de 18 et 12 livres sur la fausse braie, en aménageant un petit magasin à poudre dans l’une des basses casernes du donjon.  Ainsi conçue par Vauban, la refonte proposée du fort de Pomègue, estimée à un coût de142.817 livres, est organisée en deux batteries, chacune à une extrémité, celle de l’est sur et autour de la tour, reliées par la partie étroite du dehors, ou communication 4-5-6-7 qu’il faudra achever et bien assurer.

Figuré mais fort peu lisible en plan sur le détail de Pomègues dans la carte de la baie, le projet de Vauban est représenté en 1718, soit onze ans après la mort de l’illustre commissaire général des fortifications, sur une planche de plan détaillée, par Charles-Joseph Lefebvre, directeur des fortifications de Basse-Provence et subordonné d’Antoine Niquet. Cette planche exprime le projet en lavé jaune, superposé à l’état existant en rouge pour la tour et en gris pour les revêtements du dehors.  Ce projet ambitieux n’eut aucun commencement d’exécution, mais une partie du revêtement existant de la tête du dehors ouest fut pourvue d’un parapet d’artillerie à embrasures pour améliorer ses capacités de batterie. D’autre part, le plan de 1718 montre la présence d’une poterne dans l’état alors existant de la partie sud-ouest du dehors (près du point coté 4).

Plan du fort de Pomegue [avec projet de nouvelles fortifications conformes au projet de Vauban],1718.Plan du fort de Pomegue [avec projet de nouvelles fortifications conformes au projet de Vauban],1718.

Après plus d’un demi-siècle d’inertie, le projet général de la place de Marseille présenté en 1774 par Charles François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Provence, propose à nouveau une refonte du fort de Pomègues reprenant certaines des idées du projet de Vauban, pour un coût minoré estimé de 81.758 livres. Ce nouveau projet ajoute la création d’une lunette de plan pentagonal, avec corps de garde, à peu de distance en avant de la tête des anciens dehors, à l’ouest. La batterie ouverte de la Pointe de Pomègues est figurée sur le plan d’ensemble des îles, mais ne fait l’objet d’aucun article du projet général, ce qui laisse à penser qu’elle était déjà désarmée en 1774.

Plan de la Tour de l'isle de Pomegues (...) pour servir au projet général, 1774.Plan de la Tour de l'isle de Pomegues (...) pour servir au projet général, 1774.

Le plan illustrant le projet du fort proprement dit, signé de l'ingénieur en chef Claude-Quentin La Chiche8, montre autour de la tour une enceinte étroite de plan en trapèze flanquée de bastionnets d’angle et incluant à l’est de la tour, entre deux bastionnets, un magasin d’approvisionnement. Points communs avec le projet de Vauban, le front ouest de cette petite enceinte est retranché par un fossé avec porte à pont-levis, la tête du dehors ouest étant le second pôle du fort réorganisé. Il ne s’agit plus dans ce projet d’élargir cet ouvrage de tête pour en faire une forte batterie, mais de le restaurer et d’y construire un grand magasin à poudre. Le directeur des fortifications ne proposait pas de changement à la tour, dont il estimait en l’état la capacité d’hébergement à 60 hommes, répartis dans 13 de ses 16 casemates, dont une pour les officiers, une pour le corps de garde, une pour les blessés, les trois restantes étant réservées aux approvisionnements. Représenté à l’identique jusqu’ en 1777, le projet n’eut pas de lendemain.

Le mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications de la place de Marseille daté du 15 frimaire an 9  par Sorbier, directeur des fortifications et Boyer, sous-directeur9, signalait, au fort de Pomègues, le médiocre état de la porte d'entrée de la tour et du tambour et l’humidité des logements, faute d’étanchéité des voûtes, d’où un projet de changer une partie du pavé de la plate-forme. Les anciens retranchements (dehors ouest) étaient fort dégradés et pas achevés (...) Les poudres renfermées dans deux fort petites tourelles dégradées sur plate-formes (...) exigeraient pour la facilité du service un dépôt à côté de la porte d'entrée, voûté et couvert en ciment (...) toutes les chambres de la tour et la citerne avaient besoin de réparations.

Le fort entretenu et réhabilité comme batterie de côte, de l’Empire à 1870

Daté du 10 juillet 1814, un mémoire sommaire sur la place de Marseille10 rédigé par le chef de bataillon du génie Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon, passe en revue toutes les batteries de côte, dont le fort de Pomègues. La batterie ouverte de la pointe de Pomègues semble définitivement abandonnée, car elle n’est plus mentionnée. Le rapporteur considère que la tour de Pomègues avec la batterie basse en tête du dehors à laquelle elle est reliée, qui défend l’entrée du mouillage de  quarantaine et le passage entre deux îles, suffisaient pour assurer la possession de l’île. A cet effet, il avait fait réparer le dehors retranché et sa batterie basse en 1813, et proposait d’ouvrir dans la tour une porte du côté de ce dehors. Le mémoire précise que la tour contient du logement pour 50 hommes, deux chambres d’officier, un four pour cuire 1200 rations en 24 heures et une citerne. Le magasin à poudre était alors logé dans une grande guérite en très mauvais état sur la plate-forme supérieure, que Tournadre proposait de remplacer par un nouveau magasin à bâtir dans l’intérieur du tambour crénelé qui couvrait la porte. Dans la tête du dehors affectée à la batterie existait un petit bâtiment à deux niveaux contenant un corps de garde et un magasin aux affûts, et au-dessus un logement pour 14 hommes. Ce bâtiment couvert d’un toit à deux versants est déjà en place, sans doute neuf, sur une vue générale du fort prise depuis Ratonneau, dessinée par le sieur Girardot en Thermidor an 9 (juillet-aout 1801)11.

Un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes donne lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, la construction d’une nouvelle batterie au pied de la tour de Pomègues fait l’objet d’un des articles rédigés par le chef du génie dans son mémoire sur les projets de 184612, pour un coût estimé de 2760 francs (3000 de l’avis du directeur). La commission d’armement avait proposé de placer deux obusiers de 12 et trois gros canons sur affûts marins sur la plate-forme de la tour à 94,90m au-dessus de la mer. Le directeur des fortifications observait que la plate-forme annulaire de la tour, étant large de 5,10m pour un diamètre de 19,90m jusqu'au parapet, ce parapet avait un  développement de 62,50m, suffisant pour donner place à cinq bouches à feu. La commission voulait que les trois gros canons  puissent voir les approches du port du Frioul, flanquer l'île d'If dont le château est à 1500m de la tour,  battre la passe et le port de Pomègues dont le fond n'est qu'à 800m de la tour, flanquer la batterie de Mangue à 1300m de ladite tour. Le projet du chef du génie répondait à ces exigences, qui ne pouvaient être satisfaites qu'en plaçant les trois grosses pièces sur le plateau au pied de la tour, 12,80m en contrebas. L'épaulement, à cette hauteur, pourrait n'être qu'un mur de 1,60m de hauteur sur 1,50m d'épaisseur de forme demi-circulaire permettant de diriger les tirs dans les 4 directions. Pour battre efficacement les entrées des deux ports, il faudrait 2 obusiers plutôt de 0,16m. Ce projet fait l’impasse sur la batterie à la tête ouest du fort, désarmée et abandonnée depuis plusieurs années, se concentrant sur la nouvelle batterie est, proche de la tour servant de réduit, pour un nombre restreint de pièces de longue portée.

Cet article des travaux fut ajourné et représenté dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 184913, sous l’autorité du Chef du Génie Lebas. La construction d’une batterie pour trois pièces au pied de la tour, alors estimée à   6300 francs, est illustrée d’un plan daté du 17 février dû au capitaine Pallard-Desportes. La batterie projetée est un épaulement avec parapet en terre en arc de cercle à cinq pans pour trois positions de tir rayonnantes à barbette, implantée à l’est de la tour, au-devant du tambour d’entrée.

[Projet de batterie pour 3 pièces au pied de la tour de Pomègues], 1849.[Projet de batterie pour 3 pièces au pied de la tour de Pomègues], 1849.

Non prioritaire dans le programme des batteries de côte, la petite batterie de hauteur de Pomègues fut à nouveau ajournée durant dix ans, et représenté dans le 7e article du  mémoire des projets pour 1859-1860, établi le 20 juillet 1858  par le chef du génie Boubée de Lespin14, pour un budget estimé de 12000 francs. Le parapet sur épaulement adoptait un  plan différent, asymétrique à deux pans et retour formant traverse, les trois pièces devant voir les approches du port du Frioul et battre la plage de Pomègues. Le directeur des fortifications Bichot estimant que les batteries défendant immédiatement les ports et les passes entre la terre et les îles étaient à présenter, les travaux de la batterie de la tour de Pomègues furent autorisés et réalisés sur un plan un peu différent, avec des branches latérales plus  longues assurant un meilleur défilement et un chemin de ronde à la gorge bordant les branches et les banquettes d’artillerie, tenant lieu de rampe d’accès à la porte de la tour depuis le chemin montant sur les versants nord. En mars 1860, les terrassements étaient terminés, et ne restait qu’à construire les plates-formes en maçonnerie et placer les dés des trois pièces.

Le mémoire sur les projets de 1861-1862, rédigé par le lieutenant colonel Guillemaut, chef du Génie, comporte un article et un plan daté du 10 février pour l’achèvement et la restauration du fort Pomègues15, projet estimé à 30.000 francs.  La batterie à l’est de la tour étant faite, ce projet concernait les murs des anciens dehors ouest, en médiocre état et trop bas, qu’il était proposé de relever jusqu’à 4m. Le projet comportait le prolongement des murs des fronts nord et sud du dehors ouest jusqu’à la tour pour mettre fin à son isolement. Le prolongement projeté du mur sud enveloppait ce côté de la tour jusqu’à la branche sud de l’épaulement de la batterie, et se raccordait au tambour triangulaire de la tour, pour intégrer sa porte au périmètre clos. Le chemin de ronde de la batterie et rampe d’accès à la tour entrait dans le nouveau périmètre clos du fort par une porte ménagée dans le nouveau mur sud  immédiatement au sud-est de la tour et de son tambour. La batterie restait donc extra-muros.

[Plan du fort de Pomègues pour l'achèvement des murs d'enceinte],1861.[Plan du fort de Pomègues pour l'achèvement des murs d'enceinte],1861.

Lancée sur ces principes, la réalisation du projet entre 1862 et 1864  prit davantage d’ampleur, comme le montre un plan de l’état des lieux en janvier 1869, complété d'un plan de projet.

[Plans du fort de Pomègues, état des lieux et état projeté], 1869.[Plans du fort de Pomègues, état des lieux et état projeté], 1869.

Le prolongement du mur du front sud enveloppait la tour plus largement, formant un angle droit flanqué d’un demi-bastionnet (coté 2 sur les plans), et un front entre deux flancs face au sud-ouest. L’ouvrage de tête de l’ancien dehors ouest, qui portait la batterie ouest du XVIIIe siècle restaurée en 1813 (cotée 5) et son corps de garde logement, fut agrandi au nord /nord-est en forme de saillant à quatre pans, pour recevoir une nouvelle position de batterie (cotée 4) faisant face à l’ouest ; enfin la partie centrale la plus étroite du fort fut en partie élargie au nord en forme de pseudo bastion plat (coté 3). Un projet d’escarpement du roc au pied des murs au pourtour du fort présenté à partir de 1865 fut reformulé en janvier 1869 par le chef de bataillon Quiquandon, commandant du génie, en intégrant le principe d’un agrandissement du périmètre de l’enceinte au nord-est, incluant la batterie créée en 1860. La planche de plans jointe 16 exprime à la fois l’état des lieux et l’état projeté, dans lequel le rocher est escarpé en fossé autour des fronts de la batterie, élargie au sud, avec une caponnière à l’angle nord-est. Un mur crénelé formant un angle rentrant est projeté entre la tour et le flanc nord de la batterie, son côté ouest, retranché par un prolongement du fossé accueillant la nouvelle porte du fort, formant une arcade couverte en arc segmentaire encadrée de créneaux et pourvue d’un pont-levis. Ainsi l’extrémité courbe de la rampe d’accès bordant la gorge de la batterie pour desservir la porte d’entrée sud-est du fort (créée en 1863), se trouvait intégrée à l’intérieur de l’enceinte, la porte d’entrée étant reportée au nord-ouest de l’enceinte de la batterie. Ce projet ne semble pas avoir été réalisé, mais le principe du report de la porte du fort sur le versant nord et de l’intégration de la batterie est dans l’enceinte se concrétiseront sous une forme différente en 1881.

Les batteries du fort réorganisées 1879-1898

La nouvelle organisation du fort réalisée dans la décennie 1860 fut remise en cause dès la décennie suivante, par une instruction de la commission supérieure de défense des côtes datée du 30 mai 1872, destinée à guider les commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine des arrondissements maritimes, pour la révision de l’armement du littoral, face aux  progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée (ce qui décuple la portée utile et précision à l’impact). Cette instruction ouvrait la voie à une nouvelle génération de batterie de côte, implantée désormais en altitude, pour le bombardement des vaisseaux, et armée avec de l’artillerie de marine. La position topographique du fort de Pomègues satisfaisait à ces critères, ce qui détermina l’élaboration de projets de réorganisation lourde, adaptée à la nouvelle artillerie. Ces projets furent intégrés à partir de juillet 1874 au programme général de réorganisation du système défensif de la France conçu par le comité de défense sous l’autorité du général Séré de Rivières, directeur du service du Génie.

Un premier projet  présentant une transformation complète est présenté pour l’exercice 1879 par le chef de bataillon Rousset, chef du génie, en collaboration avec le chef d’escadron Biot, commandant de l’artillerie17. Le nouvel armement de la batterie préconisé par la commission de défense des côtes du 10 février 1876 devait se composer de deux canons de 19 cm sur affût pivotant et de trois obusiers de 22 cm sur affûts marins. Les canons devaient être placés sur la batterie ouest, les obusiers sur celle de l’est, sous réserve d’adaptations du bâti existant, notamment par la création de trois traverses-abri et d’abris pour les projectiles. Les cinq pièces nécessitaient la création d’un magasin à poudre d’une capacité de  9570 kg, ou 14625 kg dans l’hypothèse du remplacement des obusiers par trois canons de 19cm, plus performants dans leur portée utile. Le service des cinq pièces nécessitait une garnison de 45 servants logés dans de nouvelles casemates à construire dans la batterie. Le directeur du génie, Marchand, dans son avis du 6 novembre 1879, admettait la démolition de la tour, malgré sa respectable ancienneté et son excellente citerne, pour gagner de la place et ne pas occasionner d’éclats à revers. Le remplacement des obusiers par trois canons de 19 cm, fortement recommandé par le directeur de l’artillerie, fut admis dans son principe, en précisant que tous les canons de ce type devaient être montés sur des affûts à frein hydraulique et à pivot central. Cependant un procès-verbal de conférence du 17 juin 1881 entre le lieutenant colonel Chéry, chef du génie, et le chef d’escadron Pion, commandant de l’artillerie, précisait la répartition et les affûts des trois obusiers susceptibles d’être remplacés par des canons de 19 cm. Il en résulte que les canons de 19 cm, pièces n° 1 et 2 étaient placées dans la batterie de l’extrémité ouest, les trois obusiers étant répartis, les deux premiers, pièces n° 3, 4 , dans une section au front sud de la partie Est du fort (et de l’emplacement de la tour détruite), le dernier, n°5, à l’extrémité est, emplacement de la batterie de 1860. Cet emplacement n° 5 ayant un champ de tir de 200° justifiait d’être placé sur affût à pivot central, adapté au canon de 19 cm, ce qui n’était pas le cas de l’emplacement des deux pièces n°3 et 4, juxtaposées, n’ayant qu’un champ de tir de 90°, à placer sur affût circulaire allongé.

La réalisation du programme en 1880 et 1881, entraîna diverses transformations dans les formes du fort, en plus de la démolition de la grosse tour, comme on le voit sur un plan de l’état réalisé, non daté mais postérieur à 1898.

[Plan d'état des lieux du fort de Pomègues après 1898], c. 1910. Colorié en vert pour la campagne 1880-1881.[Plan d'état des lieux du fort de Pomègues après 1898], c. 1910. Colorié en vert pour la campagne 1880-1881.

Trois emplacements de canons de 19cm de plan semi-circulaire adaptés aux affûts à pivot central furent créés aux emplacements n°1, 2 et 5, adoptant une forme en hémicycle très large du fait de l’épaisseur des parapets en terre entre genouillère et revêtement. Leur construction déborda et recoupa les revêtements du fort du XVIIe siècle à l’extrémité ouest (emplacements n° 1 et 2 et traverse-abri intermédiaire) et remplaça par un front de plan en fer-à-cheval l’épaulement de la batterie ouest de 1860 (emplacement n°5). En revanche, l’emplacement des deux pièces n° 3 et 4, contiguës, séparé de l’emplacement n° 5 par une grosse traverse-abri casematé, resta en de ça du revêtement  rectiligne du front sud de 1860. L’ensemble des batteries et des abris casematés enterrés fut desservi par une rue intérieure encaissée, les premiers abris dans le tournant de la rampe intérieure après la porte, au nord-est, étant le corps de garde, la cuisine et le casernement (cotés a, b et c sur le plan). Dans la décennie 1890, les emplacements n° 1, 2 et 5 furent armés d’un canon de 24cm modèle 1876 sur affût a pivot central, deux canons de 19cm étant maintenus sur les emplacements n°3 et 4 sur affût a pivot avant. Ces cinq pièces sont mentionnées en place dans un état de l’armement des  batteries permanentes du littoral  arrêté le 1er juin 1898, date à laquelle deux canons de 7 cm devaient s’ajouter18. Dans cette même décennie, un souterrain en caverne étendu et ramifié, avec monte-charge et issue hors les murs, a été creusé sous la partie centrale/est du fort, contenant magasin à poudre, magasin aux projectiles, dépôt et atelier de chargement des gargousses, ateliers d’amorçages des projectiles et des détonateurs. Deux petits postes de commandement télémétriques et téléphoniques ont été installés, l’un à l’ouest sur la traverse-abri entre les canons 1 et 2, l’autre au sud-est, près des canons 3 et 4.

L’état des lieux n’évolue pas pendant la première guerre mondiale, après un changement des affûts des canons, remplacés en 1913 par des affûts C modèle 1911. En 1932, la Marine installe dans le fort de Pomègues  son poste de commandement de l’artillerie du front de mer et de la reconnaissance. A cette occasion, le bâtiment des cuisines, à l’entrée du fort, est agrandi et modifié pour l’adapter aux services de ce P.C.

A la suite de l’entrée en guerre et de la mobilisation de 1939, l’ancienne batterie française du fort de Pomègues est intégrée au  réseau de 17 batteries de côtes armées supervisées par le commandant de l’artillerie de côte de Marseille, avec le statut de batterie de semonce ; elle est armée de quatre pièces de 95mm modèle 1888. Lors de l’occupation allemande, le fort de Pomègues n’est pas intégré au système défensif  du Südwall, à la différence de celui de Ratonneau. Les seuls aménagements dont il fait l’objet durant la seconde guerre mondiale sont des tranchées sommaires conduisant à des postes de tir individuels creusées dans les parapets ou remparts de terre des anciennes positions de batterie 1 et 2.

Aujourd’hui, le fort est concédé à la TDF et abrite une importante antenne-relais.

II- Description

Ouvrage culminant des îles du Frioul, le fort de Pomègues couronne l’île de ce nom à une altitude de 87m, sur un éperon rocheux d’axe est /ouest qu’il occupe sur une longueur développée d’un peu plus de 200m. Son architecture, moins complexe et moins étendue que celle du fort de Ratonneau, manque d’unité du fait des différentes campagnes qui l’ont fait évoluer. L’état actuel conserve d’importants segments des revêtements d’enceinte, du fort du début du XVIIe siècle, et d’autres datant de sa refonte en 1862-1864, mais toute l’organisation interne et les revêtements nord et est du tiers Est datent de la grande réorganisation des batteries en 1881, avec quelques retouches postérieures.

Faute d’une nomenclature ancienne constante et utilisable pour l’état actuel, nous emploierons, reporté sur une photographie aérienne de l’état actuel, un repérage chiffré et lettré reprenant la numérotation fin XIXe siècle des cinq emplacements de canons, complété de lettres de repérage pour les principaux autres aménagements.

Fort de Pomegues : repérage lettré des sous-ensembles sur fond de vue aérienne verticale.Fort de Pomegues : repérage lettré des sous-ensembles sur fond de vue aérienne verticale.

Avant d’entrer dans la description du fort, il convient de signaler en contrebas du site, à l’extrémité Est de l’île, à 300m du fort, sur un petit isthme à basse altitude (6m) dit aujourd’hui pointe d’Oriou, les restes de l’ancienne batterie de la pointe de Pomègues, créée en 1695, abandonnée avant 1813, voire avant 1774. Ces restes se limitent au terrassement de l’épaulement avec un revêtement maçonné de médiocre élévation en blocage de moellons, de plan en arc de cercle très ouvert.

Restes de la batterie de la pointe de Pomègues, vus du nord Restes de la batterie de la pointe de Pomègues, vus du nord Restes de la batterie de la pointe de Pomègues, revêtement vu de l'est.Restes de la batterie de la pointe de Pomègues, revêtement vu de l'est.

            La route d’accès au fort, refaite lors de la campagne de 1881, monte en lacets depuis le port du Frioul, sur le versant nord. Son dernier segment en pente modérée borde d’ouest en est l’ensemble du front nord du fort, en léger contrebas des revêtements, l’escarpement rocheux irrégulier étant taillé dans la partie ouest au pied de ces revêtements pour dégager le passage de la route, assise en partie sur un remblai en pierres coulantes.

Vue générale du front nord du fort, prise depuis le port du FrioulVue générale du front nord du fort, prise depuis le port du Frioul

Ces revêtements du front nord sont représentatifs des différentes campagnes de la chronologie du bâti. A l’extrême ouest se détache la large saillie semi-circulaire de l’emplacement de tir du canon n° 1 de la batterie de 1881, d’un diamètre extérieur de 24m, dont le revêtement, qui enveloppe un rempart ou parapet de terre épais de 8m, est caractérisé par son parement en moyen appareil irrégulier de blocs de calcaire dur dressé et jointoyé avec soin, dans une mise en œuvre intermédiaire entre un appareil  polygonal et un appareil sommairement assisé. Cet ouvrage semi-circulaire s’appuie sur les restes de deux saillants du début du XVIIe siècle, en majeure partie recouverts et inclus, mais dont la tête anguleuse reste apparente en débord, l’une au nord-ouest faisant raccord avec la suite du front nord, l’autre au sud-ouest, recoupant la continuité du revêtement circulaire.

Vue de l'extrémité ouest, revêtement en hémicycle de l'emplacement de tir n°1 encadré des saillies des restes d'ouvrages du XVIIe siècleVue de l'extrémité ouest, revêtement en hémicycle de l'emplacement de tir n°1 encadré des saillies des restes d'ouvrages du XVIIe siècleSur sud de l'extrémité ouest, revêtement en hémicycle de l'emplacement de tir n°1 recoupé par la saillie d'un reste d'ouvrages du XVIIe siècleSur sud de l'extrémité ouest, revêtement en hémicycle de l'emplacement de tir n°1 recoupé par la saillie d'un reste d'ouvrages du XVIIe siècle

Ces reliques des ouvrages du XVIIe siècle se caractérisent par leur parement en blocage de petits moellons de tout-venant mis en œuvre avec soin, et par le profil taluté du revêtement.

Immédiatement à la suite du saillant nord-ouest du XVIIe siècle, le revêtement comporte un court segment droit construit dans une faille du rocher, composée d’un pan de mur du XVIIe siècle surmonté d’une voûte en berceau segmentaire peu profonde appuyée sur le rocher de part et d’autre de la faille, pour porter un parapet en avant de l’ancien alignement du mur.

Front nord du fort, détail d'un segment de mur avec voûte en avant sur une faille du rocherFront nord du fort, détail d'un segment de mur avec voûte en avant sur une faille du rocher

Cet emplacement correspond à celui au-dessus duquel s’élevait un corps de garde avec logement d’étage, en place entre la fin du XVIIIe siècle et 1881. La voûte, avec large arc de tête extradossé de mise en œuvre rudimentaire, portant un parapet en petit appareil irrégulier, appartient aux reprises de la campagne de 1862-1864, comme le large saillant à quatre plans et angles obtus qui fait suite à l’ouest (i), saillant qui revêtait une position de batterie éphémère créée lors de cette campagne. Le parement du revêtement de ce saillant se caractérise par une mise en œuvre assez chaotique, passant d’un petit appareil polygonal a joints épais en partie inférieure, a un appareil irrégulier au-dessus, employant des blocs deux  à trois fois plus gros, grossièrement équarris, non assisés. Le dernier pan est du saillant (i), vient buter, avec un raccord vertical net entre les deux types de  parement très différents, contre la plus importante partie conservée des revêtements du début du XVIIe siècle de ce front nord (j), caractérisée par son plan formant une succession de six angles obtus alternativement saillants et rentrants.

Front nord, détail du revêtement, avec transition de parements du XVIIe siècle avec ceux d'un saillant de 1862-1864Front nord, détail du revêtement, avec transition de parements du XVIIe siècle avec ceux d'un saillant de 1862-1864

Au point de raccord entre les deux époques du revêtement, celui de la campagne de 1864 franchit une faille rocheuse sur un mur bas de mise en œuvre très différente en blocage de petits moellons, plus ancien, mais postérieur à celui du XVIIe siècle. Il s’agissait sans doute d’une maçonnerie construite pour fermer la faille sans porter de mur en élévation. Le mur anguleux du XVIIe siècle, caractérisé par son type de parement en blocage soigné déjà décrit, n’est pas taluté sur toute sa hauteur, mais dans la partie inférieure de son élévation, fondée plus ou moins bas sur le rocher. Son arasement supérieure est régularisé par des rehausses limitées du XIXe siècle, mais son dernier pan Est conserve dans son parapet des vestiges de créneaux de fusillade murés encadrés en briques plates. A la suite de ce segment de revêtement du XVIIe siècle succède le pseudo bastion plat (h-g) ajouté en 1862-1864 pour élargir la partie la plus étranglée du fort. On y retrouve le parement hétéroclite avec petit appareil polygonal panaché en partie haute avec de plus gros blocs. Contre le pan coupé (g) que forme l’angle nord-est de ce pseudo bastion  s’adosse un petit saillant creux de plan trapézoïdal parementé en petit appareil polygonal, ajouté lors de la grande campagne de 1881. Il est desservi par une poterne percée dans le pan coupé à cette occasion, et équipé, dans son seul flanc gauche, de deux créneaux de fusillade plongeants encadrés en pierre de taille qui assuraient une défense rapproché de la route d’accès dans ce secteur limité.

Front nord, détail du petit saillant creux (g) de 1881, ajouté au pseudo bastion plat (h-g) refait en 1863-1864Front nord, détail du petit saillant creux (g) de 1881, ajouté au pseudo bastion plat (h-g) refait en 1863-1864Front nord, détail des créneaux à l'ouest du petit saillant creux (g) de 1881Front nord, détail des créneaux à l'ouest du petit saillant creux (g) de 1881

            La suite du revêtement du front nord, vers l’est, en forte saillie sur l’ancien alignement et habillant un important terrassement intérieur (f), directement longé par la fin du chemin d’accès extra muros, est une réalisation intégrale de la campagne de 1881, ainsi que la porte du fort, ménagée dans un flanc en retour d’angle droit, pour faire transition entre chemin d’accès et rampe intérieure.

Front nord, revêtement 1881 de la partie nord-est, bordé par le chemin d'accès et porte du fortFront nord, revêtement 1881 de la partie nord-est, bordé par le chemin d'accès et porte du fort

La porte, encadrée de deux piliers de pierre de taille amortis en corniche, occupe presque toute la largeur du flanc, ne dégageant à gauche entre pilier et angle nord-ouest du mur qu’un étroit pan percé de deux créneaux défendant les approches.

Front nord, vue plongeante de la porte du fort et premier bâtiment militaire (a) prise depuis l'intérieur au fond, le château d'IfFront nord, vue plongeante de la porte du fort et premier bâtiment militaire (a) prise depuis l'intérieur au fond, le château d'If

On observe que cette porte, adaptée à une grille de fer à deux vantaux (la grille actuelle est du dernier tiers du XXe siècle), n’est pas autrement fortifiée, n’ayant jamais été retranchée par un fossé, et présente dans sa conception néoclassique sobre, un aspect moins martial que celle du fort Ratonneau, créée dans la même décennie.

            Le front nord se continue, à la suite de cette porte, par un mur bas enveloppant le début du tournant de la rampe intérieure, suivi par un court segment de revêtement vertical beaucoup plus bas fondé sur le rocher, formant un angle arrondi au nord-est.

Extrémité nord-est du front nord, murs de revêtement de la batterie 1860, bâtiment (a) et revêtement de la position de tir n°5 de 1881 Extrémité nord-est du front nord, murs de revêtement de la batterie 1860, bâtiment (a) et revêtement de la position de tir n°5 de 1881

Parementé en blocage de petits moellons de tout-venant, ce segment de revêtement enveloppant le premier bâtiment militaire (a) que l’on trouve en entrant dans le fort,  est une relique du revêtement de l’épaulement de la batterie construite en 1859-1860 à l’est de la vielle tour florentine. Ce revêtement est recoupé au nord par celui de l’emplacement de tir du canon n° 5 de la batterie de 1881, de plan en hémicycle de 24m de diamètre  extérieur, qui constitue le front Est actuel du fort. Le parement de ce revêtement en saillie semi-circulaire présente les mêmes caractéristiques que celui de l’emplacement de tir n°1, à l’opposé, constituant le front ouest. Dans l’état actuel, et depuis 1881, les deux fronts opposés et étroits du revêtement du fort, Est et ouest, présentent donc un aspect assez semblable.

            Le long front sud est à peu près aussi composite que le front nord mais conserve davantage de développement de revêtements antérieurs à 1881. Il se caractérise par sa partie médiane très largement rentrante, du fait de la configuration topographique de l’éperon, imposant l’étranglement du périmètre clos entre batterie Est (n° 3-4-5) et batterie ouest (n° 1-2).

Front sud, partie médiane rentrante du revêtement vues de l'ouest, entre la batteries n° 1-2 et la batterie sud-est n° 3-4Front sud, partie médiane rentrante du revêtement vues de l'ouest, entre la batteries n° 1-2 et la batterie sud-est n° 3-4

En partant de l’est, le premier segment rectiligne du revêtement sud, au revers duquel étaient les emplacement de tir contigus n° 3 et 4, prolongeant l’hémicycle enveloppant l’emplacement de tir n°5, montre une transition, assez peu marquée, entre le parement de 1881 et celui de 1862-1864. L’un comme l’autre sont remaniés, le second employant le parement caractéristique de cette campagne, compromis entre un petit appareil polygonal a joints épais et un appareil irrégulier au-dessus en appareil polygonal irrégulier. Ce premier segment rectiligne se termine par un angle saillant presque droit amorçant le rentrant du front sud, angle flanqué d’un pseudo bastionnet crénelé.

Extrémité sud-est du front sud, bastionnet crénelé et murs de revêtement 1862-1864 de la batterie n° 3-4, et murs rebâtis en 18811Extrémité sud-est du front sud, bastionnet crénelé et murs de revêtement 1862-1864 de la batterie n° 3-4, et murs rebâtis en 18811

Les créneaux à fente simple, courte, y sont rapprochés, percés dans le mur parapet sans traitement de l’encadrement (pas de pierre de taille). Ce petit ouvrage d’angle ne représente que la moitié saillant au sud d’un demi-bastion crénelé construit lors de la campagne de 1862-1864 qui comportait un flanc vers le nord-ouest, flanc supprimé en 1881 en avançant le revêtement qui fait suite. La transition entre les deux types de parements est très apparente au raccord, d’autant que le mur reconstruit en 1881 ne comporte pas de créneaux.

Les longs segments de l’enceinte formant l’essentiel de la partie rentrante du front sud,  revêtant l’étranglement, remontent à la construction primitive du XVIIe siècle.

Détail de la partie médiane rentrante du front sud, revêtement à parapet crénelé XVIIe siècle remaniéDétail de la partie médiane rentrante du front sud, revêtement à parapet crénelé XVIIe siècle remanié

Ils se caractérisent, outre le parement en blocage déjà décrit, par le parapet crénelé de leur élévation supérieure, dont les créneaux en fente de longueur moyenne, assez rapprochés, emploient dans leur encadrement extérieur des petits moellons et des briques plates. Le parapet crénelé d’origine n’était pas partout nivelé à l’horizontale, mais pendait en partir vers la batterie ouest. Cette partie a été rectifiée lors de la campagne de 1862-1864, en remontant le parapet à l’horizontale, avec le même rythme de créneaux. L’élévation extérieure permet de différencier l’ancienne partie pendante du mur avec ses créneaux murés, surmontée de la rehausse progressive, également crénelée, dans une maçonnerie d’aspect plus neuf et blanc, en petit appareil irrégulier. Dans l’état actuel, ces parapets sont complétés d’un surhaussement du XXe siècle en béton de ciment.

A la suite de ce segment, on retrouve les revêtements alternés et dissemblables du front sud de la batterie ouest, formés principalement des murs semi-circulaires de l’enveloppe des positions de batteries n° 1 et 2 de 1881.

Extrémité sud-ouest du front sud, redan et ancienne poterne murée XVIIe siècle entre revêtement 1881 des  positions de batterie 1 et 2Extrémité sud-ouest du front sud, redan et ancienne poterne murée XVIIe siècle entre revêtement 1881 des positions de batterie 1 et 2

Entre les deux, un peu plus élevé et remanié, un subsiste de l’ancienne batterie du XVIIe siècle un redan en épi et un court segment de mur attenant dans lequel on reconnait une poterne murée assez large, qui était portée sur le plan du fort daté de 1710. Les parements en blocage du revêtement (non crénelé) de cet épi et de ce mur du XVIIe siècle emploient de façon sporadique des pierres de taille de La Couronne, et des briques plates.

A l’intérieur du fort, passée la porte d’entrée, la rampe d’accès tourne en demi-cercle, desservant au passage à gauche (Est) le premier bâtiment militaire (a), ancienne cuisine de 1881, dans son état actuel largement agrandi, rehaussé et transformé en 1932, en empiétant sur la gorge et l’emplacement du canon n° 5. En vis-à-vis de ce bâtiment, le mur de revêtement du grand terrassement nord-est créé en 1881 pour défiler l’intérieur du fort et le revers des positions de batterie n° 3-4, présente un tracé arrondi suivant la courbe de la rampe et un parement en appareil polygonal irrégulier caractéristique de cette campagne.

Intérieur du fort, partie Est, porte, rampe courbe vers la rue intérieure, revêtement du terrassement nord-est avec porte du corps de garde, et façade de la caserneIntérieur du fort, partie Est, porte, rampe courbe vers la rue intérieure, revêtement du terrassement nord-est avec porte du corps de garde, et façade de la caserne

Un petit corps de garde de sentinelle (b) qui assurait le contrôle des entrées, y est aménagé en souterrain, avec porte encadrée d’un chambranle en ciment. La rampe ou rue intérieure dessert ensuite, à gauche, les deux travées des anciennes casemates de la caserne (c), jadis sous masse couvrante en terre et placées comme une traverse entre l’emplacement de canon Est (n°5) et celui des deux canons sud-est (n°3 et 4). La façade sur rue de cette caserne en simple rez-de-chaussée est caractéristique de l’architecture des forts des années 1880 liés au grand programme de réorganisation défensive de la France initié par le général Séré de Rivières. La voûte en berceau segmentaire et les murs de chacune des deux casemates débouchent en façade en formant une large arcade de tête en pierre de taille à bossages rustiques qui se détache sur le parement ordinaire en appareil polygonal irrégulier. Les claveaux de l’arc sont saillants un sur deux, et le piédroit central, correspondant au mur de refend entre les deux casemates, est surmonté d’une goulotte en pierre (avec descente actuelle en zinc) pour la sortie des eaux pluviales collectées dans un vide technique voûté en enterré, ménagé entre les retombées des reins des deux voûtes. Au-dessus de la goulotte, un grand cartouche monolithe porte le millésime gravé 1881. Sous la grande arcade de tête, la façade des deux casemates proprement dite est divisée en trois, porte au centre encadrée de fenêtres par deux piliers intermédiaires en pierre de taille, mais le mur de remplage actuel et ses baies sont transformés et enduits au ciment.

Détail de la façade du casernement, cartouche millésimé 1881Détail de la façade du casernement, cartouche millésimé 1881

A la suite, la rue intérieure dessert à gauche une large esplanade, correspondant aux anciens emplacements des canons n° 3 et 4, dont ne subsiste plus d’infrastructure significative. Cet emplacement était celui qu’occupait la grosse tour florentine de 1597 jusque sa démolition en 1880. La grande traverse-abri (d) qui fait suite à l’esplanade, avec façade sur la rue intérieure pour les casemates dévolues à l’officier, aux sous-officiers et à l’armement, a été remaniée sur son flanc est donnant sur l’esplanade.

Esplanade des anciennes positions de tir 3 et 4, façade sur rue intérieure d'une casemate abri de 1881 (d) et ouvrage passif bétonnéEsplanade des anciennes positions de tir 3 et 4, façade sur rue intérieure d'une casemate abri de 1881 (d) et ouvrage passif bétonné

Un ouvrage monobloc passif en béton armé banché, plus bas et portant plate-forme, aux angles adoucis, y remplace une des trois casemates juxtaposées de 1881. Ce remaniement qui a entraîné la démolition de la casemate d’armement et du petit poste de commandement télémétrique des années 1890 (pour les canons 3 et 4), n’est pas daté ; il peut remonter au plus tôt à la période de changement des affûts des canons en 1913, ou, plus probablement, à celle de la batterie de semonce française de 1939. Les deux abris casematés conservés de 1881 sont conformes aux casemates-type de logement avec voûte en berceau segmentaire et trois baies, porte et fenêtres, ouvrant sur la rue intérieure, à une échelle moindre que celle du casernement principal (c), mais leur façade diffère de celle du casernement par l’absence d’arcade apparente en tête de la casemate, et par la bonne conservation des trois baies encadrée en pierre de taille.

Intérieur d'une des deux casemates de logement sud-est de 1881 (d)Intérieur d'une des deux casemates de logement sud-est de 1881 (d)

A la suite, la rue intérieure continue vers l’ouest en traversant en tunnel voûté en berceau (e) le prolongement en retour d’angle de l’ancienne traverse de 1881 couvrant les abris (d). Ce court segment du tunnel, avec arcade de tête extradossée en pierre de taille, desservait latéralement à son débouché, à gauche, l’abri de desserte du monte-charge du souterrain caverne de la décennie 1890.

Rue intérieure, façades des abris casemates de logement (d) et passage voûté vers les batteries ouestRue intérieure, façades des abris casemates de logement (d) et passage voûté vers les batteries ouest

La porte murée de cet abri reste visible, mais le souterrain caverne n’est plus accessible, son issue extérieure au nord qui débouchait sur la route d’accès du fort, protégée par une forte grille de défense bien conservée, étant elle aussi condamnée.

Rue intérieure, débouché ouest du passage voûté vers les batteries ouest et mur parapet crénelé du front sudRue intérieure, débouché ouest du passage voûté vers les batteries ouest et mur parapet crénelé du front sud

 issue extérieure nord condamnée du souterrain caverne, avec sa grille de défense issue extérieure nord condamnée du souterrain caverne, avec sa grille de défense

Le débouché ouest du passage voûté dessert ensuite la partie étranglée centrale de l’aire intérieure du fort entre les deux murs parapets d’infanterie de l’enceinte du XVIIe siècle remaniés XIXe siècle, mur crénelé au sud (à gauche), mur avec chemin de ronde surhaussé au nord (à droite).

Partie centrale étranglée de l'aire intérieure entre les murs parapets de l'enceinte des fronts sud (à gauche) et nord (à droite)Partie centrale étranglée de l'aire intérieure entre les murs parapets de l'enceinte des fronts sud (à gauche) et nord (à droite)

Les deux positions de tir n° 1 et 2 de la batterie ouest sont mieux conservées dans leurs dispositions de 1881 que celles de l’est et du sud-est. Elles sont assez rapprochées mais séparées l’une de l’autre par une importante traverse-abri (j) de plan compact jadis surmontée d’une importante masse couvrante en terre aujourd’hui très érodée.

La position de tir n° 2, dans laquelle débouche la rue intérieure à la suite  de la partie centrale étranglée de l’aire intérieure du fort n’est bordée que face au le sud/sud-est de son  parapet terrassé épais de 8m entre revêtement de plan en segment de cercle (environ 1 quart de cercle) et mur de genouillère.

Position de tir n° 2 de la batterie ouest, vue plongeante prise de l'ouest, du dessus de la traverse-abri (j)Position de tir n° 2 de la batterie ouest, vue plongeante prise de l'ouest, du dessus de la traverse-abri (j)

Ce mur de genouillère n’adopte d’ailleurs pas le même plan semi circulaire mais un plan polygonal. Du côté nord et nord-ouest, le canon n° 2, dont reste le socle en béton circulaire de l’affût pivotant, avec tiges filetées (pour canons de 24cm)  était suffisamment en arrière du revêtement d’enceinte du large saillant (i) de 1862-1864 et bien défilé, pour ne pas être bordé d’un rempart avec mur de genouillère.

Le prolongement de la rue intérieure passe dans le saillant (i) au nord de l’emplacement de tir n° 2, pour descendre en rampe vers la traverse-abri (j), et desservir un tunnel passant sous cette traverse pour déboucher dans l’emplacement de tir n° 1.

Position de tir n° 2 de la batterie ouest, vue prise de l'est, au fond la traverse-abri (j)Position de tir n° 2 de la batterie ouest, vue prise de l'est, au fond la traverse-abri (j)

Sur les dessus dégradés de la traverse-abri, accessibles  par un escalier adossé à son revêtement Est, subsiste, en ruine, le petit poste de commandement télémétrique ajouté dans les années 1890, découvert, un petit abri couvert d’une dalle de ciment armé, et la cheminée d’aération de l’abri casematé de la traverse.

Batterie ouest du fort (n°1 et 2), dessus de la traverse-abri (j), ancien poste de commandementBatterie ouest du fort (n°1 et 2), dessus de la traverse-abri (j), ancien poste de commandement

Détail du côté Est de la traverse-abri (j), revêtement, escalier extérieur, entrée du tunnel,  et cheminée de l'abri casematéDétail du côté Est de la traverse-abri (j), revêtement, escalier extérieur, entrée du tunnel, et cheminée de l'abri casematéLe tunnel voûté en berceau s’ouvre dans le revêtement Est par une arcade encadrée en pierre de taille, avec arc plein-cintre extradossé. Long d’une quinzaine de mètres, ce tunnel desservait au passage, à gauche, l’abri casematé sous traverse, aujourd’hui inaccessible du fait du murage de sa porte. Une défense interne du passage par le tunnel depuis l’abri casematé, à vocation de magasin, était procurée par une série de créneaux percés dans le mur intermédiaire.

Intérieur du tunnel de la traverse-abri (j), à gauche, porte murée et créneaux de l'abri casematéIntérieur du tunnel de la traverse-abri (j), à gauche, porte murée et créneaux de l'abri casematé

La position de tir n°1 de la batterie ouest conserve, comme la position n° 2, son mur de genouillère (celui-ci de plan en demi-cercle) et le socle circulaire en béton de l’affût pivotant du canon.

Batterie ouest du fort, intérieur de l'emplacement de tir n° 1, vue plongeante prise du dessus de la traverse-abri (j) Au fond, tour de Pomeguet et sémaphoreBatterie ouest du fort, intérieur de l'emplacement de tir n° 1, vue plongeante prise du dessus de la traverse-abri (j) Au fond, tour de Pomeguet et sémaphore

Le parapet de terre de remblai épais de 8m entre genouillère et revêtement extérieur est sillonné de quatre tranchées divergentes creusées durant la seconde guerre mondiale, bordées d’un mur en pierre sèches, desservant des positions de tir à ciel ouvert pour une défense rapprochée à l’arme légère portative type fusil mitrailleur. Les mêmes tranchées, certaines à deux branches, se retrouvent dans la terrasse du grand saillant (i) du front nord  et dans le grand terrassement revêtu nord-est (f).

Batterie ouest, tranchée dans le grand saillant nord (i)Batterie ouest, tranchée dans le grand saillant nord (i)Tranchée bifide dans le grand terrassement revêtu nord-est (f)Tranchée bifide dans le grand terrassement revêtu nord-est (f)

1Conservés aux archives de la Bibliothèque Universitaire de Bologne, fondo Marsili, carte Pieroni, ms.935B, signalées par Daniela Lamberini (université de Florence) : Nicolas Faucherre, Les îles du Frioul pendant l’occupation florentine, Marseille, revue culturelle de la ville, n° 224, p. 16-172Archivio di Stato di Firenze, Miscellanea Medicea (MM) 93/II, 1-83L’orientation du plan florentin et son repère sont difficile à comprendre et à mettre en relation avec celles des plans postérieurs, parfois défectueuse, mais la mention manuscrite indiquant en haut du dessin le versant regardant vers l’île de Ratonneau, donne un indice fiable correspond au nord.4On peut envisager l’hypothèse alternative d’une divergence entre l’architecte maître d’œuvre, Alessandro Pieroni, et un éventuel architecte de projet différent, non présent sur place (Bernardo Buontalenti ?) qui aurait dessiné seulement les plans de détail de la tour.5 Il existe quelques cartes des îles de Pomègues et Ratonneau datant du milieu du XVIIe siècle, dans lesquelles le détail figurant très sommairement le fort de Pomègues indique une enceinte autour de la tour, mais le degré d’imprécision et les inexactitudes de ce détail ne permettent pas d’y accorder crédit.6Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 207Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 338Vincennes SHD, 1VH 1077, n° 55.9Vincennes SHD 1VH1079 n°510Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1411Au Musée d’histoire de Marseille, dessin publié par François-Noël Richard, Iles du Frioul, l’histoire, Marseille, 2018. Le corps de garde magasin et logement avait du être construit au début de 1801, après le mémoire du 15 frimaire an 9 (5 décembre 1800)12Vincennes SHD, 1VH 1084, n° 113Vincennes SHD, 1VH 108514Vincennes SHD, 1VH 108815Vincennes SHD, 1VH 108916Vincennes SHD, 1VH 109017Vincennes SHD, GR 7 N 191018Vincennes SHD, GR 7 N 1914

En 1591, Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, avait été sollicité par les représentants du roi en 1591 pour envoyer à Marseille des troupes florentines chargées de renforcer les défenses du château d’If. Ce secours permettait alors de faire pièce à l’occupation du fort Notre-Dame de La Garde contre le pouvoir royal par un contingent du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, allié des ligueurs marseillais. En 1596, le contexte politique local ayant évolué en faveur de l’allégeance à Henri IV, l’occupation florentine élargie aux îles du Frioul était devenue indésirable, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi. Les florentins ayant chassé la garnison française du château d’If, projetèrent la construction d’un fort sur la hauteur de chacune des deux îles de Ratonneau et Pomègues. La construction du second, dit San Giovanni fut concrétisée en 1597, peu avant la conclusion d’un traité accordant aux Florentins, en contrepartie de l’évacuation des îles, deux cents mille écus d’or pour rembourser les dépenses engagées durant l’occupation. Elle se limitait à une grosse tour circulaire de 23m de diamètre, l’enceinte bastionnée projetée autour n’ayant pas été réalisée. Construite sous l’autorité d’Alessandro Pieroni, architecte et peintre au service des grands ducs, la tour réalisée n’était pas conforme à un plan de projet conservé en archives, qui proposait, sur deux niveaux, une partition interne savante à quatre casemates formant une croix grecque, alternant avec quatre autres de plan proche du triangle, le tout desservi par un escalier central tournant autour d’un noyau évidé formant puits d’une citerne souterraine. Le mur circulaire de la tour aurait été percé d’ouvertures de jour et de canonnières ouvrant sur les casemates Dans l’état réalisé, la tour était aveugle à l’extérieur, accueillant sur ses deux niveaux huit petites casemates de plan radiant prenant jour sur une cour intérieure circulaire centrée de 7,50m de diamètre avec margelle centrale pour la citerne. L’étage et la plate-forme supérieure étaient distribués par quatre petits escaliers en vis non saillants sur cour, le parapet de la plate-forme alternant canonnières et bretèches.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins à Pomègues, Ratonneau et If, fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le roi en Provence depuis 1600. L’achèvement du fort de Pomègues, qui ne semble pas avoir été une priorité consista à occuper le prolongement haut de l’arête rocheuse à l’ouest de la tour par deux dehors (comparables à ceux mis en œuvre au fort de Ratonneau) de plan très irrégulier, le premier étroit terminé par le second, plus large, à deux saillants angulaires. Ce programme est demeuré inachevé vers 1610, et la tour, assimilée à un corps de place, resta isolée, sa porte étant seulement protégée par un tambour crénelé triangulaire. Le principe de l’envelopper d’une enceinte rapprochée fut proposé et dessiné au cours du XVIIe siècle, sur un plan étoilé, et reformulé par Vauban en 1701 sous la forme d’une fausse braie circulaire avec un cornichon en saillie, retranché du dehors, à l’ouest, par un fossé. Peu avant, en 1695, un programme général d’organisation des batteries de côte de Marseille et des îles avait armé le fort de deux canons de 24 livres, et créé en contrebas, à l’est, la batterie ouverte de la pointe de Pomègues, armé de cinq canons de même calibre. Le projet de Vauban de 1701, non réalisé, comportait aussi le rehaussement de la tour d’un étage et l’aménagement d’une batterie dans le second dehors, à l’extrémité ouest du fort, pour six canons de 24 livres.

Un nouveau projet de refonte du fort, avec une petite enceinte en trapèze à bastionnets d’angle autour de la tour et magasin a poudre dans le second dehors ouest, proposé en 1774, ne fut pas suivi d’exécution.

A partir du Premier empire, l’intérêt militaire du fort de Pomègues est reconsidéré en valorisant sa fonction de batterie de côte pour des tirs à moyenne et longue portée. Le chef du génie Jean-Joseph Amable Tournadre fit réparer les dehors en 1813, dont la position de batterie de l’extrémité ouest, qui avait été pourvue dès 1801 d’un corps de garde magasin avec logement à l’étage.

Le lancement, en 1846 d’un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes entraîna une réorganisation du fort de Pomègues, en déplaçant la position de batterie principale à l’extrémité Est, en avant et au pied de la tour. Proposé en 1849, ajourné jusqu’en 1859, le projet du nouvel épaulement de batterie Est pour trois gros canons à barbette, fut réalisé en 1860. L’année suivante, le chef du génie Guillemaut intégra au projet général de Marseille l’achèvement et la restauration du fort Pomègues, pour améliorer les revêtements des dehors et les relier à la tour, mettant fin à l’isolement de celle-ci. La réalisation de ce projet, entre 1862 et 1864  enveloppa la tour d’un nouveau revêtement d’enceinte au sud, avec un angle droit flanqué d’un demi-bastionnet et porte d’entrée du fort intra-muros au sud, contigüe à la tour. A l’extrémité ouest du fort, l’ouvrage de tête ou ancien second dehors fut agrandi au nord en forme de saillant à quatre pans, pour recevoir une nouvelle position de batterie faisant face à l’ouest. Les nouveaux projets présentés en 1869 avaient notamment pour objet d’intégrer dans l’enceinte du fort la batterie Est de 1860 et la rampe courbe entre cette batterie la tour et la batterie Est, en déplaçant la porte du fort du sud au nord.

Ce projet fut ajourné et intégré dans son principe à une refonte plus radicale du fort justifiée, après 1872, par les  progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée rayée qui avaient entraîné une valorisation des batteries de côte situées en  hauteur, pour le bombardement des vaisseaux avec de l’artillerie de marine.

Conçue en 1879-1880, la réorganisation complète du fort pour cinq pièces, d’abord deux canons de 19 cm sur affût pivotant et trois obusiers de 22 cm sur affûts marins, ces derniers à remplacer à terme par des canons de 19 cm, entraîna une transformation importante de l’architecture intérieure et extérieure, à commencer par le rasement complet, en 1880, de la vieille tour florentine. Trois emplacements de canons de 19cm de plan semi-circulaire adaptés aux affûts à pivot central furent créés, deux à l’extrémité ouest (n° 1 et 2), un autre à l’emplacement de la batterie ouest de 1860 (n° 5), adoptant une forme en hémicycle très large du fait de l’épaisseur des parapets en terre entre genouillère et revêtement débordant et recoupant les revêtements en place. L’ensemble des batteries et des abris casematés enterrés fut desservi par une rue intérieure encaissée, les premiers abris dans le tournant de la rampe intérieure après la porte, au nord-est, étant le corps de garde, la cuisine et le casernement. Cette réorganisation a été dirigée par Jules Chéry, sur la base d'un projet du chef du génie Ernest-Léon Alexandre Rousset. Victor Marchand, directeur du génie, est quant à lui responsable du choix de démolition de la tour.

Dans la décennie 1890, un souterrain en caverne étendu et ramifié, avec monte-charge et issue hors les murs, a été creusé sous la partie centrale/est du fort, contenant magasin à poudre, magasin aux projectiles, dépôt et atelier de chargement des gargousses, ateliers d’amorçages des projectiles et des détonateurs. Les emplacements n° 1, 2 et 5 furent armés d’un canon de 24cm modèle 1876 sur affût à pivot central, deux canons de 19cm étant maintenus sur les emplacements n°3 et 4 (au sud de la partie Est) sur affût à pivot avant.

En 1932, la Marine installe dans le fort de Pomègues  son poste de commandement de l’artillerie du front de mer et de la reconnaissance. A cette occasion, le bâtiment des cuisines, à l’entrée du fort, est agrandi et modifié pour l’adapter aux services de ce P.C.

A la suite de l’entrée en guerre et de la mobilisation de 1939, l’ancienne batterie française du fort de Pomègues est intégrée au  réseau de 17 batteries de côtes armées supervisées par le commandant de l’artillerie de côte de Marseille, avec le statut de batterie de semonce ; elle est armée de quatre pièces de 95mm modèle 1888.

Aujourd’hui, le fort est concédé à la TDF et abrite une importante antenne-relai.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 16e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : 1er quart 17e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 1er quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Pieroni Alessandro
      Pieroni Alessandro

      Architecte et peintre au service des grands ducs de Toscane, collaborateur à Florence et à Livourne de l’illustre architecte et ingénieur Bernardo Buontalenti. Auteur des plans de la tour réduit (détruite) du fort San Giovanni sur l'Ile de Pomègues (Frioul, Marseille), en 1597.

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      architecte attribution par source
    • Auteur :
      Bonnefons Raymond de
      Bonnefons Raymond de

      Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence et Dauphiné. Il travaille notamment en Provence aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez, de Toulon, de Marseille (Iles du Frioul) et du fort de Bouc, et en Dauphiné à Fort Barraux et Exilles. Mort accidentellement avec le fils de Jean Errard. Il avait pour apprentis et assistants son fils Jean de Bonnefons, qui lui succèdera en Provence, et Jean de Beins, qui lui succédera en Dauphiné.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Tournadre Jean-Joseph-Amable , dit(e) dit Tournadre aîné
      Tournadre Jean-Joseph-Amable

      Chef de bataillon du génie. Sous-directeur des fortifications de Toulon à partir de 1812; chef du génie de la place de Marseille. Supervise dans le secteur de Toulon les travaux du fort de la Croix des Signaux, du fort Saint-Elme, des batteries de la Carraque et de Marégau. Dans le secteur de Marseille, il participe aux travaux des batteries de côte en 1812-1813 et dirige la réhabilitation du haut fort de la citadelle Saint Nicolas de Marseille de 1814 à 1830. Auteur d'un atlas des batteries de côte du secteur de Marseille à La Ciotat en 1818.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Chéry Jules
      Chéry Jules

      chef de bataillon du génie, chef du génie à Marseille dans la décennie 1880, grade de lieutenant colonel, professeur de construction à l'école d'application du génie.

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    • Auteur :
      Rousset Ernest-Léon-Alexandre
      Rousset Ernest-Léon-Alexandre

      Chef de bataillon du génie, chef du génie à Marseille entre 1876 et 1879

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    • Auteur :
      Marchand Victor
      Marchand Victor

      Ingénieur polytechnicien. Colonel directeur du génie à Marseille entre 1874 et 1881

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      ingénieur militaire attribution par source

Ouvrage culminant des îles du Frioul, le fort de Pomègues couronne l’île de ce nom à une altitude de 87m, étiré en longueur sur un éperon rocheux d’axe est /ouest. Son architecture manque d’unité du fait des différentes campagnes qui l’ont fait évoluer. L’état actuel conserve d’importants segments des revêtements d’enceinte, du fort du début du XVIIe siècle, et d’autres datant de sa refonte en 1862-1864, mais toute l’organisation interne et les revêtements nord et est du tiers Est datent de la grande réorganisation des batteries en 1881, avec quelques retouches postérieures. En revanche, le reste d'épaulement en arc de cercle sur la Pointe de Pomègues (dite aussi d'Oriou), en contrebas Est du fort, témoigne de la batterie ouverte de 1695, précocement abandonnée.

Les principaux restes des revêtements d’enceinte du fort subsistant des anciens dehors du début du XVIIe siècle sont localisés dans la partie centrale, étroite et étranglée, qui n’a jamais accueilli de positions de batterie. Ils forment un linéaire de plusieurs pans, rentrants au front sud, alternant saillants et rentrants au nord, et conservent des parties importantes de leur parapet crénelé au sud, remanié en 1862-1864. Aucun des saillants de ce revêtement ne formait un bastion. A l’extrémité sud-ouest du front sud subsiste un saillant en épi du XVIIe siècle voisinant avec une poterne murée. La mise en œuvre des parements de cette époque, en blocage sommaire de petits moellons, intégrant sporadiquement de la brique pour certains créneaux, est très rustique et ne comporte pas de cordon. Elle se différencie de celle des revêtements construits lors de la première campagne du XIXe siècle, en 1862-1864, dont reste un large saillant à quatre pans à l’ouest du front nord et la partie Est du front sud avec un petit saillant crénelé, et encore plus nettement des revêtements réalisés lors de la grande restructuration du fort en 1881. Ces parties de l’enceinte du fort,  construites ou reconstruites en 1881, caractérisées par un parement en appareil polygonal irrégulier, se composent principalement de trois revêtements de plan semi-circulaire de 24m de diamètre recoupant en saillie l’enceinte antérieure, enveloppant les emplacements des canons sur pivot central de 19mm soit ceux des pièces n°1 et 2 à l’extrémité ouest, et de la pièce n°5 à l’extrémité est. Les revêtements de 1881 concernent aussi la partie ouest du front nord, en saillie et bordée par la partie extérieure de la rampe d’accès carrossable. La porte du fort, au nord-est, faisant transition entre rampe extérieure droite et rampe intérieure courbe, date aussi de la campagne de 1881 : elle est simplement encadrée de deux piliers de pierre de taille portant une grille à deux vantaux, et défendue à gauche par deux créneaux. Un petit saillant crénelé ajouté au nord de la partie centrale XVIIe s de l’enceinte date aussi de 1881.

A l’intérieur du fort, les principaux aménagements ou bâtiments conservés datent aussi de cette campagne, mais ont été modifiés au XXe siècle. C’est le cas du bâtiment Est, près de l’entrée, ancienne cuisine, agrandi, rehaussé et transformé en 1932, et, un peu après, de l’ancienne caserne casematée de deux travées, bordant à gauche la partie haute de la rampe intérieure courbe encaissée entre deux terrassements pour former la rue intérieure du fort. Cette petite caserne en simple rez-de-chaussée, remaniée, conserve ses deux grands arcades à bossages apparentes en façade en tête des voûtes, conformes à la typologie des ouvrages Séré de Rivières. Entre cette caserne et deux autres casemates de logement sous traverse-abri, ouvrant aussi sur la gauche de la rue intérieure, cette rue dessert une large esplanade, correspondant aux anciens emplacements des canons n° 3 et 4, dont ne subsiste plus d’infrastructure significative. Une troisième casemate attenante aux deux conservées a été remplacée, probablement en 1939, par un ouvrage monobloc passif en béton armé banché.

La rue intérieure continue vers l’ouest en traversant en tunnel voûté en berceau prolongement en retour d’angle de l’ancienne traverse de 1881. Ce court segment du tunnel, desservait latéralement à son débouché, à gauche, l’abri de desserte du monte-charge du souterrain caverne de la décennie 1890. Ce souterrain caverne, sous le terre-plein au nord de la rue n’est plus accessible, mais son issue extérieure au nord débouchant sur la route d’accès du fort, protégée par une forte grille de défense bien conservée reste visible, condamnée.

Les deux positions de tir n° 1 et 2 de la batterie ouest.  Rapprochées et séparées par une importante traverse-abri jadis surmontée d’une masse couvrante en terre aujourd’hui très érodée, sont mieux conservées dans leurs dispositions de 1881 que celles de l’est et du sud-est. Elles conservent conserve leur  mur de genouillère et celle du canon n° 2, le socle en béton circulaire de l’affut pivotant, avec tiges filetées (pour canons de 24cm). Entre les deux, le prolongement de la rue intérieure passe par un tunnel vouté en berceau sous la traverse-abri, mais l’abri casematé qu’il desservait au passage est condamné.

Le parapet de terre de remblai épais de 8m entre genouillère et revêtement extérieur est sillonné de quatre tranchées divergentes creusées durant la seconde guerre mondiale, bordées d’un mur en pierre sèches, desservant des positions de tir à ciel ouvert pour une défense rapprochée à l’arme légère portative type fusil mitrailleur.

 

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture, terre en couverture, ciment en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat, Ministère de la défense, concédé à la TDF
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    fort
  • Protections

  • Rapports envoyés à Ferdinand Ier de Médicis à propos des travaux de la tour San Giovani de Pomègues par Claudio Cogorano et Orfeo Galiani, août 1597. Bibliothèque universitaire, Bologne, manuscrits : Fonds Marsili, carte Pieroni, ms. 935B.

  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Projet général de la place de Marseille par Charles François Marie d'Aumale, 1774. Service Historique de la Défense, Vincennes: 1VH 1077, n° 55

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 1849, par Marie-Tranquille Lebas. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1859-1860 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1088.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.

  • Procès-verbal de conférence pour la réorganisation des batteries du fort de Pomègues, par Chéry chef du génie, et Pion, commandant de l'artillerie, 17 juin 1881. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR7N1910.

  • [Plan du projet du fort San Giovanni à Pomègues]./ dessin aquarellé par Alessandro Pieroni (?), 1597. Archivio di Stato di Firenze , Miscellanea Medicea (MM) 93/II, 1-8.

  • [Plans du projet de la tour du fort San Giovanni à Pomègues]./ dessin aquarellé par Alessandro Pieroni (?), 1597. Archivio di Stato di Firenze, Miscellanea Medicea (MM) 93/II, 1-8.

  • [Planche de plan et profil du fort de Pomègues]. / Dessin aquarellé, c.1680. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et plans, GE C-5934.

  • [Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau]. / Dessin, 1694. Bibliothèque nationale de France, Paris : Recueil de plans des places du royaume, Cartes et Plans GE DD-4585 (2, RES), t. II, f°21 v°.

  • [Carte de la baie de Marseille]. / Dessin aquarellé, 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076 n°33.

  • Tour de Pomègue [détail d'une planche de plan]. / Dessin aquarellé par Jourdain, 13 octobre 1712. Service Historique de la Défense, Vincennes :1VH1076.

  • Plan du fort de Pomegue [avec projet de nouvelles fortifications conformes au projet de Vauban]. / Dessin aquarellé par Charles-Joseph Lefebvre, 1718. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1077, n°4.

  • Plan de la Tour de l'isle de Pomegues (...) pour servir au projet général 1774. / Dessin aquarellé, par Claude-Quentin La Chiche. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1077, n° 55.

  • [Elévation et coupe de la tour de Pomègues, détail d'une planche de plans]. / Dessin, 1825. Service Historique de la Défense, Vincennes : Atlas des bâtiments militaires 1825.

  • [Projet de batterie pour 3 pièces au pied de la tour de Pomègues]. / Dessin aquarellé par Marc-Alphonse Pallard-Desportes, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • [Plan du fort de Pomègues pour l'achèvement des murs d'enceinte]. / Dessin aquarellé par Joseph Cauvin sous la direction de Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1089.

  • [Plans du fort de Pomègues, état des lieux et état projeté]. / Dessin aquarellé par Soulé, capitaine et Quiquandon, commandant du génie, 22 janvier 1869. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1090.

  • FAUCHERRE, Nicolas. Les îles du Frioul pendant l’occupation florentine, Marseille, revue culturelle de la ville, n° 224, avril 2009, p. 16-17

  • RICHARD François-Noël, Iles du Frioul. L'histoire. Forcalquier : Les Alpes de Lumière, 2018.

Documents d'archives

  • [Elévation de la tour de Pomègues, détail de planche de plans]. / Dessin de Chaude Quentin La Chiche, 1777. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1077.

Bibliographie

  • BUISSERET, David, Ingénieurs et fortifications avant Vauban, l’organisation d’un service royal aux XVIe-XVIIe siècles. – Paris : Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2002.

Documents figurés

  • [Plan d'état des lieux du fort de Pomègues après 1898]./ Tirage, c. 1900-1910. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 36.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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