Dossier d’œuvre architecture IA13006234 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte du Cap de Croix
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 7e arrondissement
  • Lieu-dit île Ratonneau
  • Cadastre 2026 A 7
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batterie du Cap de Croix
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

 En 1695, plusieurs  cartes des côtes et rades de Marseille expriment les batteries récemment armées, la plupart construites à neuf pour inquiéter le bombardement, selon un programme de principe formulé dans un mémoire du 27 septembre 1694 intitulé Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades, signé de quatre experts, dont le chevalier de Ressons, commissaire  général de l'artillerie de la marine du Levant à Toulon. Commenté par Vauban dans son mémoire sur les Précautions à prendre contre les attaques de Marseille, daté du 6 décembre 1694, ce programme est réalisé et amplifié avec dix sept batteries de côte en place en 1695, dont trois seulement dans des forts préexistants, soit ceux de Pomègues et Ratonneau et le château d’If.  Les cartes et deux planches de plans de détail associées des batteries de canons et de mortiers faites le long des côtes de Marseille & des isles figurent celle de la pointe de Ratonneau, l’une des plus fortes, à l’extrémité Est de l’île de ce nom, formée d’après deux des plans, d’un large épaulement de plan en fer-à-cheval ouvert à la gorge, armé de six à huit canons de 36 livres, deux de 24 livres et deux mortiers, commandée par Mr de Brûlon, lieutenant1. Le personnel servant comportait deux canonniers, huit aides canonniers, quatre bombardiers.

Un autre plan, sur une carte datée de 1701, exprime l’épaulement sommairement fermé à la gorge, et complété en arrière, sur l’isthme, d’un mur de retranchement de plan très irrégulier; il ne crédite l’armement de la batterie que de six canons de 36 livres et deux mortiers.  

[plan des batteries de la pointe de Ratonneau (cap de Croix) et de la pointe de Pomègues, détail joint à une carte des batteries de côte], 1701[plan des batteries de la pointe de Ratonneau (cap de Croix) et de la pointe de Pomègues, détail joint à une carte des batteries de côte], 1701

Cette carte d’état des lieux est associée au mémoire détaillé de Vauban daté du 11 avril et 1701 consacré aux ouvrages de défense de Marseille et de sa baie, forts et batteries2. Dans ce mémoire, Vauban projetait de perfectionner la batterie existante de la pointe de Ratonneau, pour une dépense de 44982 livres (le plan de ce projet n’a pas été conservé), en précisant que l’amiral Russel avait envisagé de s’en emparer en 1695 pour canonner Marseille. Le projet de Vauban consistait à refaire le revêtement maçonné de l’épaulement, et de retrancher sa gorge d’un fossé de 18 pieds de profondeur sur 36 de large, avec pont dormant en maçonnerie et porte à pont-levis au milieu du front de gorge, formé d’un mur de 6 pieds d’épaisseur. Il proposait d’adosser à ce mur de gorge, vers l’intérieur, un bâtiment de deux étages voûtés portant plate-forme pavée en pierre de taille bordée d’un parapet à embrasures, selon une disposition comparable à celle qu’il proposait dans le même mémoire pour les batteries de Niolon et de Corbière, avec front de gorge encadré de deux demi-bastions. L’armement envisagé pour la batterie ainsi refaite aurait été composé de huit ou dix gros canons de 48 l de balle et 14 pieds de long, complété de 4 pièces de 8 pour le côté terre, « remarquant que la raison qui me fait demander ces gros canon est la grande distance de la croisée avec les autres batteries qui vont au delà de la portée du canon commun ».

Ce projet n’a pas été réalisé, et la batterie est restée dans son état de 1695, armée de huit pièces de 24 l et deux mortiers, comme le montrent les cartes des batteries de côtes datées de 1746 et de 1774. Figurée sur le plan d’ensemble des îles à cette date, la batterie de la pointe de Ratonneau et celle de la Pointe de Pomègues (datant aussi de 1695), ne font l’objet d’aucun article du projet général de 1774 de Charles François Marie d'Aumale, ce qui laisse à penser qu’elles étaient déjà désarmées à cette date. L’abandon de ces batteries est confirmé dans les décennies suivantes par leur absence des différents projets concernant et listant précisément les batteries de côte des rades de Marseille, dont ceux de l’an 9, de 1814 et 1816. Le cap de Ratonneau est alors usuellement rebaptisé Cap de Croix, et l’ancienne batterie n’est plus figurée sur les cartes militaires.

La batterie reconstruite en 1861

La réhabilitation des anciennes batterie de la pointe de Pomègues et du Cap de Croix ne fait initialement pas partie du vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes planifié à partir de 1846 et projeté, pour le secteur de Marseille, par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot.

Il faut attendre l’année 1860, faisant suite à un rapport d’inspection générale et à une dépêche ministérielle de 1859, pour qu’un projet de batterie neuve conçu selon ces normes soit proposé au Cap de Croix et s’ajoute aux différentes batteries du même type projetées depuis 1849 dans la rade de Marseille, certaines réalisées ou en cours de réalisation.

Dans ses observations préliminaires du 3 mars 1860 sur le mémoire des projets pour 1860-1861 rédigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut le 12 février3, le directeur des fortifications Bichot précise, à propos des îles du Frioul, que la défense la plus importante a assurer était au nord des îles, et nécessitait de grands efforts pour tenir les vaisseaux à distance, le salut des ports de Marseille en dépend.(…) déjà on a désigné comme emplacements de batteries, les positions suivantes : dans l’île de Ratonneau, le cap de Mangue et le cap de Croix ce dernier ayant pour annexe la pointe de Banc. Le cap de Croix constituait l’une des positions pouvant le mieux contribuer à la défense des bassins du port de Marseille, (…) distant de 7700m de la batterie de Niolon,  de 8200m de celle de La Corbière et de 7700m de celle de Maurepiane. Le directeur estimait que le feu coordonné de puissantes batteries placées en chacun de  ces points  et pourvues de canons rayés rendrait plus difficiles les tentatives des vaisseaux ennemis pour traverser la surface d’eau qu’ils comprennent entre eux , après avoir forcé le passage, ces vaisseaux auraient sur leurs flancs les feux des batteries du Cap de Croix et du Pharo, du Cap Janet, de Maurepiane, et ils auraient en face les batteries des jetées des bassins ...

 En conséquence, l’organisation au Cap de Croix d’une double batterie de 18 bouches à feu faisait l’objet du 26e article des projets, pour un coût estimé de 170 .000fr, la dépense étant à répartir en deux parts égales sur 1860 et 1861. Le plan du projet est dessiné par le capitaine Farjas sous l’autorité de Guillemaut.

Place de Marseille, projets pour 1860-1861. Plan de la batterie du Cap de Croix, 1861.Place de Marseille, projets pour 1860-1861. Plan de la batterie du Cap de Croix, 1861.

L’ouvrage projeté sur l’emplacement de l’ancienne batterie de 1695 (succinctement mentionnée et non exprimée sur le plan) se décomposait en deux batteries contigües, incluses dans une même enceinte, séparées l’une de l’autre par un réduit type 1846, du modèle tour crénelée. Une batterie de 10 pièces à la pointe du cap (sur l’emplacement de l’épaulement en hémicycle de l’ancienne batterie), de plan en chevron à angle droit, de cinq pièces face à l’est, cinq face au sud, devait flanquer le château d’If et battre la petite passe. La seconde batterie, à l’ouest du réduit, du côté de l’entrée, préconisée par l’inspecteur général de 1859, alignait huit pièces face au nord, pour battre la partie de la rade en avant des bassins. Chacune des deux batteries, dont les parapets étaient à former avec des déblais de roc et des terres rapportées d’un autre point de l’île, était estimée à une dépense de 45000 francs. La tour crénelée proposée était du modèle n°1 (pour 60 hommes servant une batterie de 12 pièces), le plus grand des trois tailles de modèle-type, élargi de 4,20m sur plan carré pour l’adapter à la capacité de personnel d’une batterie de 18 pièces, représentant une dépense de 80000francs.

Dans un procès-verbal de conférence du 5 février 1860, le directeur des fortifications proposait de porter à 16 pièces de canon rayé l’armement de la batterie ouest de vers la grande passe, d’où un total de 26 bouches à feu, dont 2 mortiers. Les 8 pièces ajoutées constitueraient une position de batterie détachée de celle du projet dessiné et devisée, reportée autant que possible vers la gauche (nord-ouest). Le réduit de cette batterie supplémentaire serait une tour n°2 agrandie avec obusiers sur la plate-forme. La dépense correspondante, évaluée à 80000 francs, serait ajournée à 1862.

L’avis formulé par l’inspecteur général du génie en 1859 proposait d’occuper le cap de Croix par trois batteries de 8 pièces, une à l’emplacement de la batterie actuelle (celle de 1695), une seconde un peu plus à l’ouest et une troisième sur le contrefort de la pointe de Banc. Le projet de 1860-1861 augmentait les deux premières batteries, groupées, à 18 pièces, et ajoutait, à la demande du directeur des fortifications, le principe d’une batterie supplémentaire de 15 bouches à feu sur le Cap de Banc, projet non préparé par le chef du génie.

La construction de la batterie du Cap de Croix commença immédiatement après un avis formulé par le comité des fortifications le 18 mai 1860, conformément à cet avis qui comportait des changements à apporter au projet du chef du génie, pour minorer les coûts.

Le 20eme article des fortifications du mémoire sur les projets de 1861-18624, rédigé par le lieutenant colonel Guillemaut, chef du Génie, est consacré à l’achèvement de la batterie du Cap de Croix, pour un coût de 70.000 francs, les fonds étant accordés par décision ministérielle du 3 décembre 1860. Il y est précisé que les parapets sont massés, le réduit commencé. Un achèvement rapide était prévu, sauf les dés de sellettes et les plates-formes, dont la pose était ajournée. Les rares plans exprimant l’état réalisé avant les transformations des années 1880 montrent les changements apportés lors de l’exécution du projet. Les économies furent réalisées en réduisant le nombre des canons de la batterie double à 16 pièces dont 4 mortiers : dans la batterie Est, de plan en chevron, 3 pièces face au nord-est, 3 autres face au sud/sud-est, et dans la batterie ouest, 6 pièces alignées, plus éloignées du réduit que prévu au projet, et à leur droite, séparées par une traverse, quatre mortiers. L’autre changement concernait le réduit, la tour crénelée n°1 type 1846 agrandie sur plan carré étant remplacée par un corps de garde crénelé n°1 type 1846 renforcé de plan rectangulaire (en principe pour 60 hommes au service de 12 pièces), apparemment modifié pour 70 hommes, implanté transversalement, sa façade d’entrée au sud et son fossé étant enveloppés par une partie de l’enceinte sud formant une saillie (ce qui était déjà le cas dans le projet dessiné).

            Le tableau de contenance des magasins à poudre de la place de Marseille et batteries de côte qui en dépendent  établi le 28 novembre 18695 précise que la batterie du Cap de Croix abrite deux magasins (dans les casemates postérieures du corps de garde crénelé) chacun d’une capacité de 2800kg, soit 56 barils.

La batterie réformée dans la décennie 1880

A partir de 1879, la batterie du Cap de Croix, en tant que batterie à tir rasant, fit l’objet d’un projet de réorganisation pour l’adapter aux progrès de l’artillerie rayée à  longue portée, en appliquant les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire le général Séré de Rivières, directeur du service du génie. L’un des aspects constants des réorganisations réduisait considérablement le nombre des pièces d’artillerie des batteries, pour les doter de canons rayés de dernière génération, plus forts en calibre et plus performants en portée.

Daté du 8 janvier 1883, l’avis commun des inspecteurs permanents du génie et de l’artillerie sur le projet de réorganisation de la batterie du Cap (de) Croix 6 synthétise les propositions et avis antérieurs. La commission de défense des côtes du 1er décembre 1879, approuvée par le ministre le 31 janvier 1880, avait fixé l’armement de la batterie du Cap Croix à quatre pièces de 24 cm modèle 1876 tirant en priorité dans la baie nord, ce pour quoi les inspecteurs permanents avaient réservé une somme de 90.000 francs. Les quatre pièces étaient réparties en deux groupes de deux, de chaque côté du réduit (reprenant le principe bipartite de la batterie de 1861), les pièces de chaque groupe étant séparées l’une de l’autre par une traverse-abri. Les inspecteurs permanents estimaient que les quatre pièces, conçues sur affût à pivot central en application de notes émises en février et juin 1882, ne devaient pas toutes pouvoir tirer dans les deux baies, seules celles du groupe Est, étant à organiser dans ce but. Celles du groupe ouest étaient à organiser pour donner des feux exclusivement dans la baie nord en augmentant leur champ de tir à l’ouest jusqu’au Cap Blanc et en les protégeant le mieux possible contre les coups venant de la baie sud. Ces conditions rendaient indispensable le principe d’un parados côté sud, le corps de garde crénelé de 1861 devant en outre être enterré sur trois de ses faces. Dans la plupart des autres batteries de côte de la place de Marseille réorganisées antérieurement selon les principes de 1846  (Niolon Bas, Corbière, Le Pharo, Endoume, Mangue)  la mise aux normes de 1879 du corps de garde crénelé (intégrant les magasins à poudre) nécessitait,  pour renforcer sa résistance aux tirs ennemis , de l’envelopper sur au moins deux côtés par un couloir casematé occupant l’ancien fossé, recouvert d’un fort rempart de terre profilé en glacis et débordant la hauteur du parapet crénelé.

Le plan du projet daté du 4 novembre 1882 par le lieutenant colonel Morellet, chef du génie de Marseille, et contresigné du chef d’escadron Pion, commandant de l’artillerie de l’arrondissement, montre une organisation symétrique des deux groupes d’artillerie de part et d’autre du corps de garde, et exprime en pointillé noir les dispositions de la batterie de 1862, fortement modifiées par le projet, les contours de celui-ci étant tracés en traits jaune et pochés en gris clair.

Plan (...) relatif au projet de réorganisation de la batterie du Cap Croix, 1882Plan (...) relatif au projet de réorganisation de la batterie du Cap Croix, 1882

La façade d’entrée du corps de garde, avec pont-levis franchissant le fossé devaient, dans le projet dessiné, rester inchangés, non enterrés, et défilés par un parados se superposant à la partie en saillie du front sud de l’enceinte, la porte de la batterie étant ménagée dans le flanc ouest de cette saillie. L’enveloppe de la cuve des deux canons de 24cm des extrémités est et ouest était de plan arrondi en fer-à-cheval, et ne devait rien conserver du plan en chevron de la batterie Est de 1861, ce qui n’a pas été le cas. La batterie ouest de six pièces construite en 1861 plus excentrée que prévu se trouvait entièrement hors emprise du projet de 1882, ce qui la condamnait à l’abandon, les positions des quatre mortiers à la suite étant remplacées par la première position de pièce de 24cm du groupe ouest et la traverse-abri la séparant de la seconde.

L’état réalisé à partir de 1883 se différencie du projet dessiné par l’irrégularité asymétrique du plan, l’implantation du groupe de batterie Est étant infléchi est/nord-est pour mieux s’appuyer sur les infrastructures de la partie Est des batteries antérieures, en conservant un vestige du revêtement curviligne de celle de 1695 et en remployant l’angle arrondi de celui de la batterie en chevron de 1861.

[Vue aérienne verticale de l'île Ratonneau], 1926. Détail de la batterie du Cap de Croix.[Vue aérienne verticale de l'île Ratonneau], 1926. Détail de la batterie du Cap de Croix.

Le corps de garde fut bien enveloppé comme prévu sur trois côtés, mais sur le quatrième (sud), le fossé fut comblé sans réserver de couloir, au bénéfice du parados, et le rempart de terre recouvrit la totalité de l’ancienne plate-forme crénelée. De ce fait, ce corps de garde se trouva entièrement enterré, aveuglé et invisibilisé, ce qui condamnait sa porte d’entrée, au sud, et rendait ses chambrées médiocrement habitables pour le personnel logeant dans la batterie, limité à 48 servants. Du fait de ces transformations comportant le renforcement du parados prolongé en moindre épaisseur sur tout le front sud, la batterie fut desservie par une rue intérieure d’axe est-ouest, encaissée, selon un principe appliqué simultanément dans la réorganisation du fort de Pomègues. Partant de l’entrée finalement maintenue à l’ouest (très en arrière de celle de la batterie de 1861), cette rue desservait d’abord à gauche les deux canons de 24cm du premier groupe, puis traversait le corps de garde remanié et enterré, passant dans la première de ses trois travées de casemate de casernement transformée en couloir, et se prolongeant ensuite vers l’est pour desservir, à gauche, les deux canons de 24cm du second groupe.

[Plan de l'ancien corps de garde de la batterie de Croix, détail d'une planche de plans] 1926[Plan de l'ancien corps de garde de la batterie de Croix, détail d'une planche de plans] 1926

Au début de la décennie 1890, un souterrain en caverne desservant des abris à munitions et magasin à poudre, avec monte-charge fut creusé (comme dans la plupart des autres batteries et au fort de Pomègues),  sous la partie centrale, de part et d’autre et au nord du corps de garde enterré.

            Non modifiée durant la première guerre mondiale, la batterie du Cap de Croix reçut quelques aménagements en 1927, à savoir deux encuvements pour canons de 75mm modèle 1908, dans la partie Est, un poste de commandement de tir à l’ouest et un abri bétonné sur l’accès au monte-charge du souterrain-caverne, ouvrages réalisés par l’entreprise Guiramand. L’occupant allemand réutilisa cette batterie a minima comme Halbbatterie, pour la défense antiaérienne et contre but flottant, sans modifications, puis aurait prélevé au moins une des deux pièces de 75mm , après qu'une explosion accidentelle de munitions dans l’ancien corps de garde l'ait mis hors service, pour compléter l'artillerie de la batterie de Corbière. La batterie abandonnée fut ruinée par les bombardements alliés de l’été 1944.

 [Vue aérienne verticale du Cap de Croix], 1960. Détail de la batterie.[Vue aérienne verticale du Cap de Croix], 1960. Détail de la batterie.

II- Description

La batterie est implantée à une altitude moyenne de 18m sur le Cap de Croix, qui forme une presqu’île à la pointe Est de l’île de Ratonneau. Le chemin d’accès dessert l’hôpital Caroline avant d’aborder le Cap, en suivant la crête du relief, longeant à gauche une ancienne plate-forme terrassée close de murs, infrastructure non militaire. 

Le Cap de Croix vu de l'ouest -sud-ouestLe Cap de Croix vu de l'ouest -sud-ouest

Dans son état final créé en 1883 comme dans son état antérieur créé en 1861, la batterie du Cap de Croix une batterie fermée, soit entièrement enveloppée d’un revêtement remparé, de plan allongé dans un axe ouest / est-nord-est, avec porte d’entrée à l’ouest, ménagée dans  un front d’entrée étroit, sans dispositif de défense rapprochée. L’état actuel des ouvrages, représentatifs de ces deux campagnes du XIXe siècle, principalement de la seconde, est lourdement ruiné et chaotique, mais demeure lisible dans ses principaux éléments, a l’exception de la batterie ouest de 1861, exclue du périmètre clos de celle de 1883 et complètement détruite, ainsi que le front d’entrée ouest et sa porte. Les revêtements extérieurs de l’enceinte sont largement ruinés ou ensevelis sous la coulée des remblais des parapets et remparements.

La rue intérieure encaissée est conservée à partir de l’ancienne porte détruite, entre batteries à gauche et rempart formant parados à droite. Elle dessert d’abord, à gauche, le premier emplacement de canon de 24cm du groupe ouest de la batterie de 1883, dont subsiste  le socle circulaire en béton de l’affût pivotant, avec sous-sellette circulaire en acier du pivot central et rail semi-circulaire de la roulette arrière du châssis,  environné du mur de genouillère en maçonnerie traditionnelle, blocage et pierres de taille de remploi en arase. Ce mur est percé vers l’ouest d’une tranchée étroite desservant un petit poste commandement de tir carré à ciel ouvert, datant de 1927.

Premier emplacement de canon de 24cm, à l'ouest de la batteriePremier emplacement de canon de 24cm, à l'ouest de la batterie

La rue intérieure longe ensuite, à gauche, la façade semi-ruinée de la traverse-abri qui séparait les deux emplacements de canon du groupe ouest. Rue intérieure, vue de l'ouest, traverse-abri entre les deux premiers emplacements de canon et entrée dans le corps de garde Rue intérieure, vue de l'ouest, traverse-abri entre les deux premiers emplacements de canon et entrée dans le corps de garde

Cette façade est caractéristique des ouvrages des années 1880, par son parement en appareil polygonal et ses trois baies hiérarchisées encadrées en pierre de taille sous arc segmentaire extradossé. La porte centrale desservait l’abri casematé proprement dit, ou abri-soute, de plan classiquement rectangulaire dans le plan de projet de 1882 ; les deux portes latérales, plus petites, absentes du plan de projet, semblent correspondre au débouché d’un couloir d’isolement ménagé dans la masse de la traverse autour de l’abri. La porte de l’abri, semi-murée, dessert dans l’état actuel la grande rampe escalier d’accès au souterrain-caverne, aménagée en 1890 à la place de l’abri de 1883.

Rampe-escalier descendant dans le souterrain-caverne de 1890Rampe-escalier descendant dans le souterrain-caverne de 1890

D’une largeur équivalente à celle de l’abri auquel elle s’est substituée, cette rampe au sol revêtu de ciment, avec emmarchement dans sa partie centrale, était conçue pour favoriser l’approvisionnement des magasins caverne à poudres et munition par roulage, le monte-charge placé à l’extrémité opposé du souterrain permettant l’approvisionnement des emplacements des canons des deux groupes. Les parois de la rampe sont parementées en appareil polygonal à joints ruban au ciment et la voûte rampante de couvrement en berceau surbaissé, en partie construite, en partie (basse) en simple revêtement du déroquetage, est en béton laissé brut de décoffrage. Les rampes extérieures montant de la rue aux deux premiers emplacements de canon sont ruinées et écroulées dans l’état actuel, mais le mur de revêtement bordant du côté sud (gauche) de la rue, surmonté du rempart en terre du parados, est mieux conservé.

La rue intérieure traverse l’ancien corps de garde crénelé de 1861 intégralement enterré en 1883, en passant dans la première (en partant de la porte d’origine sud, condamnée, de ce corps de garde) de ses trois casemates de casernement, casemate convertie en tunnel de communication entre les deux groupes de la batterie. Aucune partie de l’élévation murale propre du corps de garde n’était plus visible de l’extérieur du fait de sa transformation. En effet, Les deux arches d’entrée du tunnel, à l’ouest (ruinée et arrachée) et à l’Est (intacte), visibles dans l’axe de la rue encaissée, ne sont pas directement percées dans les murs des grands côtés du corps de garde, mais ménagées dans le mur délimitant extérieurement le couloir voûté en demi-berceau qui enveloppe intégralement les trois côtés nord, est et ouest du corps de garde. Ces murs et couloir enveloppant ont été construits en 1883 sur l’emprise de l’ancien fossé dudit corps de garde, fossé alors remblayé au niveau du sol des casemates et de la rue. Des deux côtés, la rue traverse le couloir enveloppant en formant une sorte de sas qui se prolonge dans l’axe par le tunnel de communication, ouvert en perçant les murs ouest et est du corps de garde (en 1883) d’une grande arcade couverte d’un arc en plein-cintre non extradossé.

Corps de garde, entrée ouest du tunnel traversant aménagé en 1883 dans une casemate pour le passage de la rue Corps de garde, entrée ouest du tunnel traversant aménagé en 1883 dans une casemate pour le passage de la rue

La largeur de cette arcade plein-cintre, à l’est et à l’ouest, est un peu moindre que celle de la casemate qu’elle décloisonne pour en faire un tunnel. Deux autres arcades de même largeur entre piédroits que celles repercées dans les murs, sont disposées sous la voûte en berceau surbaissé transversal de la casemate devenue tunnel ; couvertes d’un arc surbaissé de même dessin que le berceau, elles partitionnent cette voûte en trois travées de plan carré, à la manière d’arcs doubleaux. Dans la troisième travée, le tunnel de communication dessert en passant, un lavoir en ciment créé lors de la réhabilitation de la batterie en 1927.

Corps de garde, partie Est du tunnel traversant aménagé dans une casemateCorps de garde, partie Est du tunnel traversant aménagé dans une casemate

Le couloir enveloppant voûté en demi-berceau est bien conservé dans l’extrémité sud de ses deux branches est et ouest, terminées en cul-de-sac, et cloisonnées du sas que forme leur traversée par le tunnel, par un petit mur de remplage avec porte piétonne à jambages en assises alternées de brique et de pierre.

Corps de garde, extrémité sud de la branche ouest du couloir enveloppant et raccord au sas du tunnel traversant Corps de garde, extrémité sud de la branche ouest du couloir enveloppant et raccord au sas du tunnel traversant

Les anciennes façades latérales Est et ouest du corps de garde restent en partie visibles depuis les branches correspondantes du couloir enveloppant, caractérisées notamment par des consoles basses des anciennes bretèches, sous l’appui de la voûte du couloir, et par les baies des casemates, caractéristiques des corps de garde crénelés type 1846, formées de trois créneaux surmontés d’une fenêtre demi-circulaire constituée d’un arc plein-cintre sur appui, le tout encadré d’un chambranle en pierre de taille.

Corps de garde, intérieur du couloir enveloppant le mur ouest, avec créneaux et baie Corps de garde, intérieur du couloir enveloppant le mur ouest, avec créneaux et baie

Le côté intérieur de ces baies de l’état 1861 (créneaux encadrées en briques) est apparent à l’intérieur des deux autres casemates de casernement, aujourd’hui en partie ruinées et comblées d’éboulis. Certaines de ces baies sont condamnées par murage, d’autres bien conservées.

Corps de garde, intérieur d'une casemate, baie à trois créneaux muréeCorps de garde, intérieur d'une casemate, baie à trois créneaux murée

Ces casemates se caractérisent, comme celle transformée en tunnel, par la présence des deux arcades ou arcs doubleaux en pierre de taille à claveaux alternés saillant/rentrant renforçant la voûte, dispositif non normatif dans les corps de garde type 1846, témoignant dans le cas présent d’une mise en œuvre soignée et d’un souci de solidité.

Corps de garde, intérieur de la casemate centrale, arcade de renfort de la voûte et baie à trois créneauxCorps de garde, intérieur de la casemate centrale, arcade de renfort de la voûte et baie à trois créneaux

Bien intégrés à l’architecture de 1861, ces arcs pourraient cependant avoir été ajoutés sous les voûtes en 1883, pour les consolider avant de charger de remblais pesants, au-dessus, la plate-forme crénelée du corps de garde, alors entièrement enterrée. Les portes de communication entre casemates, ménagées au centre dans les murs de refend pour une distribution en corridor, étaient couvertes d’un arc plein-cintre ; l’une d’elles est conservée entre la casemate transformée en tunnel et la casemate centrale, mais les autres sont masquées par les éboulis.

Corps de garde, intérieur de la casemate centrale, voûte ruinée et porte de communication avec la casemate transformée en tunnelCorps de garde, intérieur de la casemate centrale, voûte ruinée et porte de communication avec la casemate transformée en tunnel

La casemate de casernement nord et les trois casemates magasin de culée nord sont ruinées et entièrement comblées d’éboulis, avec la partie nord du couloir.

Corps de garde, ruines de la partie nord des casemates et des couloirsCorps de garde, ruines de la partie nord des casemates et des couloirs

En revanche, au sud, l’ancienne porte condamnée du corps de garde et les deux petites casemates de culée qui l’encadrent. La travée de la porte conserve les trois arcades successives, avec gonds et feuillures de vantaux, délimitant les deux sas, couvertes d’arcs plein-cintre en pierre de taille, celui de l’arcade médiane étant ruiné.

Corps de garde, porte d'entrée condamnée, vue de la casemate-tunnel Corps de garde, porte d'entrée condamnée, vue de la casemate-tunnel

L’arcade extérieure, qui accueillait le pont-levis en façade avant comblement, est murée, mais le premier sas qui lui fait suite conserve les créneaux de défense desservis depuis les petites casemates latérales, et, en partie supérieure, sous la voûte percée de son assommoir, les poulies qui recevaient les chaînes du pont-levis restent en place.

Corps de garde, porte d'entrée condamnée, détail du premier sas, créneauCorps de garde, porte d'entrée condamnée, détail du premier sas, créneau

Corps de garde, porte d'entrée condamnée, détail de la voute a assommoir et poulie du pont-levis Corps de garde, porte d'entrée condamnée, détail de la voute a assommoir et poulie du pont-levis

L’arcade de sortie du tunnel, ouvrant sur la partie de la rue  desservant les deux emplacements de tir du groupe Est de la batterie, est bien conservée. Son grand arc plein-cintre extradossé, composé, du fait de son épaisseur, de claveaux de trois pierres appareillés, se détache sur le parement en appareil polygonal des murs de revêtement, encore garnis de leur tablette d’arase en pierre de taille.

Débouché extérieur Est du tunnel traversant le corps de garde, amorce de la rue et abri bétonnéDébouché extérieur Est du tunnel traversant le corps de garde, amorce de la rue et abri bétonné

Cette arcade de 1883 voisine avec un abri en béton armé de 1927 construit en avant de l’entrée de la niche du monte-charge du souterrain-caverne de 1890. La voûte de cette niche est ruinée dans l’état actuel. La rue intérieure de ce côté de la batterie dessert non seulement les deux emplacements de canons de 24cm de 1883, à gauche (nord), mais aussi, à droite, les deux cuves des pièces de 75mm mises en place en 1927.

Rue intérieure encaissée, partie Est, et emplacements des canons de 24cm, vus du dessus du corps de gardeRue intérieure encaissée, partie Est, et emplacements des canons de 24cm, vus du dessus du corps de garde

L’escalier d’accès à ces cuves et la soute à munition associée sont percés dans le mur de revêtement sud de la rue encaissée en maçonnerie (appareil polygonal) ; la finition de ces aménagements de 1927 est en ciment lisse, de même que la cuve circulaire proprement dite.

Rue intérieure encaissée, partie Est, accès à la cuve d'une des pièces de 75mm de 1927 du côté sud, vue du dessus de la niche du monte-charge de 1890Rue intérieure encaissée, partie Est, accès à la cuve d'une des pièces de 75mm de 1927 du côté sud, vue du dessus de la niche du monte-charge de 1890

Détail de la seconde cuve de 1927 pour une pièce de 75mmDétail de la seconde cuve de 1927 pour une pièce de 75mm

Les deux emplacements de tir des canons de 24cm ont conservé, comme ceux du groupe ouest, le socle en béton et acier de leur affût pivotant, et leur mur de genouillère.

Rue intérieure encaissée, partie Est, et emplacements des canons de 24cm, vus de l'extrémité Est de la batterie Rue intérieure encaissée, partie Est, et emplacements des canons de 24cm, vus de l'extrémité Est de la batterie

Le revêtement extérieur des remparts formant l’enceinte de la batterie n’est conservé sur une élévation murale significative qu’à l’extrémité Est, en surplomb de la pointe du Cap. Cette partie de revêtement formant un angle arrondi sur une assez haute élévation, parementé en appareil irrégulier de pierres calibrées, tendant à l’appareil polygonal, est une relique de la batterie Est de 1861, correspondant à l’angle du plan en chevron de l’épaulement.

Extrémité Est de la batterie, revêtement subsistant de l'angle de l'épaulement de plan en chevron de la batterie Est de 1861 Extrémité Est de la batterie, revêtement subsistant de l'angle de l'épaulement de plan en chevron de la batterie Est de 1861

Toujours à l’extrémité Est, mais plus au nord-est, subsiste un vestige résiduel de la batterie de 1695, constitué d’un segment limité du revêtement de l’ancien épaulement de plan en fer-à-cheval, mis en œuvre en blocage soigné de pierre sèche.

Extrémité est-nord-est du Cap, vestige de revêtement de la batterie de 1695Extrémité est-nord-est du Cap, vestige de revêtement de la batterie de 1695

1Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 202 Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 333Vincennes, SHD, 1VH10884Vincennes, SHD, 1VH10895Vincennes, SHD, 1VH10916Vincennes SHD, GR 7 N 1910

Une première batterie dite de la Pointe de Ratonneau avait été construite en 1695, dans le cadre d’un programme général de création de dix sept batteries de côte conçues pour s’opposer aux attaques ennemies de Marseille venues de la mer. Cette batterie de plan en hémicycle occupant sur le cap extrême Est de l’île renommé plus tard Cap de Croix, était l’une des plus fortes, d’une capacité de 6 à 8 canons de 36 livres. C’est l’une de celles qui fit l’objet, en 1701, d’un projet de Vauban non réalisé, proposant une reconstruction avec retranchement à la gorge et locaux casematés.

Il faut attendre l’année 1860 pour qu’un projet de batterie neuve conçu selon les normes et modèles-type 1846 soit proposé au Cap de Croix et s’ajoute aux différentes batteries du même type projetées depuis 1849 dans la rade de Marseille, certaines réalisées ou en cours de réalisation. Rédigé par le chef du génie Alexandre Guillemaut, dans le cadre du projet général des fortifications de la place de Marseille ce projet d’une double batterie de 18 bouches à feu avec tour réduit crénelée type 1846  n° 1 agrandie fut réalisé en 1861 pour 16 pièces dont 4 mortiers, avec un corps de garde crénelé type 1846  n° 1. La batterie à l’est du corps de garde, de plan en chevron, comportait 3 pièces face à l’est, 3 face au sud flanquant le château d’If et battant la petite passe, la batterie ouest alignant 6 pièces face au nord battant la partie de la rade en avant des bassins du port de  Marseille.

A partir de 1879, la batterie du Cap de Croix fit l’objet d’un projet de réorganisation pour l’adapter aux progrès de l’artillerie rayée à  longue portée, en appliquant les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire le général Séré de Rivières, directeur du service du génie. L’un des aspects constants des réorganisations réduisait considérablement le nombre des pièces d’artillerie des batteries, pour les doter de canons rayés de dernière génération, plus forts en calibre et plus performants en portée.

Le projet élaboré en novembre 1882 par lieutenant colonel Morellet, chef du génie de Marseille, proposait une organisation symétrique transformant le plan de la batterie de 1861, en gardant le principe de deux groupes d’artillerie, en l’occurrence tirant en priorité dans la baie nord. Chaque groupe comportait deux pièces de 24cm sur affut pivotant séparées par une traverse-abri, les deux groupes étant disposés de part et d’autre du corps de garde de 1861. Ce dernier devait être enveloppé sur trois côtés (celui de l’entrée, au sud, restant dégagé)  par un couloir casematé occupant l’ancien fossé, recouvert d’un fort rempart de terre profilé en glacis, le front sud de la batterie formant un parados. L’état réalisé à partir de 1883 se différencia du projet par l’irrégularité asymétrique du plan. Le corps de garde fut enterré sur ses quatre côtés et sur le dessus, donc invisibilisé, sa porte condamnée et remplacée par un passage traversant une de ses casemates d’ouest en est pour assurer la continuité d’une rue intérieure encaissée desservant les deux groupes de la batterie. Un souterrain caverne est creusé sous la batterie en 1890 pour abriter des magasins.

La batterie du Cap de Croix fut réarmée en 1927 de deux canons de 75mm modèle 1908, dans sa partie Est. Endommagée en 1943 par une explosion dans l’ancien corps de garde, elle fut ruinée par les bombardements alliés de l’été 1944.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle , daté par source
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle , daté par source
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par source
  • Auteur(s)

La batterie est implantée à une altitude moyenne de 18m sur le Cap de Croix, qui forme une presqu’île à la pointe Est de l’île de Ratonneau. C’est une batterie fermée, qui était enveloppée d’un revêtement remparé, de plan allongé dans un axe ouest / est-nord-est, avec porte d’entrée à l’ouest. L’état actuel des ouvrages, représentatifs de ces deux campagnes du XIXe siècle, principalement de la seconde, est très ruiné et chaotique.

La rue intérieure encaissée est conservée à partir de l’ancienne porte détruite, entre batteries à gauche et rempart formant parados à droite. Elle dessert d’abord, à gauche, les deux emplacements de canon de 24cm du groupe ouest de la batterie de 1883, et la traverse-abri intermédiaire, dont la façade semi-ruinée à trois portes parementée en appareil polygonal est caractéristique des ouvrages des années 1880. La porte centrale semi-murée, dessert dans l’état actuel la grande rampe escalier d’accès au souterrain-caverne aménagée en 1890 à la place de l’abri de 1883, couverte d’une voûte en berceau segmentaire en béton brut de décoffrage.

La rue traverse l’ancien corps de garde crénelé de 1861 intégralement enterré en 1883, en passant dans la première de ses trois casemates de casernement, convertie en tunnel de communication entre les deux groupes de la batterie. Aucune partie de l’élévation murale propre du corps de garde n’était plus visible de l’extérieur du fait de sa transformation, le passage en tunnel traversant d’abord le couloir enveloppant voûté en demi-berceau. La partie nord du corps de garde de 1861 est ruinée et comblée d’éboulis, mais la partie sud reste accessible. Elle est composée de deux des trois casemates de casernement dont celle devenue tunnel, pourvues de deux arcs doubleaux consolidant la voûte, et des deux casemates de culées encadrant la porte condamnée dont on reconnait les deux sas, avec dans le premier, deux créneaux, un assommoir et les poulies du pont-levis.

L’arcade de sortie du tunnel, ouvrant sur la partie de la rue  desservant les deux emplacements de tir du groupe Est de la batterie, bien conservée dans son état de 1883, voisine avec un abri en béton armé de 1927 construit en avant de l’entrée de la niche ruinée du monte-charge du souterrain-caverne de 1890. Le groupe Est de la batterie conserve à la fois les deux emplacements de pièces de 24cm de 1883, au nord de la rue, et les deux cuves en ciment des pièces de 75mm de 1927, au sud-est.

Le revêtement maçonné extérieur des remparts formant l’enceinte de la batterie, conservé à l’extrémité Est, en surplomb de la pointe du Cap, y forme un angle arrondi d’assez haute élévation, qui est une relique de la batterie Est de 1861. Toujours à l’extrémité Est, plus au nord-est, subsiste un vestige du revêtement en pierre sèche de l’épaulement la batterie de 1695.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
    • brique brique et pierre à assises alternées enduit partiel
    • béton béton armé
  • Couvrements
    • voûte en demi-berceau
    • voûte en berceau segmentaire
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    menacé
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public de l'Etat (incertitude), Parc national des Calanques
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler, vestiges de guerre
  • Sites de protection
    parc naturel national
  • Protections

  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Place de Marseille, mémoire sur les projets de 1860-1861, par Alexandre Guillemaut, février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1088.

  • Avis commun des inspecteurs permanents du génie et de l’artillerie sur le projet de réorganisation de la batterie du Cap Croix, 8 janvier 1883. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR7N1910

  • [Plan des batteries de la pointe de Ratonneau (cap de Croix) et de la pointe de Pomègues, détail joint à une carte des batteries de côte]. / Dessin, 1701.Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076

  • Place de Marseille, projets pour 1860-1861. Plan de la batterie du Cap de Croix. / Dessin par Farjas, dirigé par Alexandre Guillemaut, février 1861.Service Historique de la Défense, Vincennes :1VH1088

  • Plan (...) relatif au projet de réorganisation de la batterie du Cap Croix. / Dessin d'Eugène Morellet, 4 novembre 1882. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR7N1910

  • [Vue aérienne verticale de l'île Ratonneau]. / Photographie, 1926. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

  • [Plan de l'ancien corps de garde de la batterie de Croix, détail d'une planche de plans]. / Dessin, 1926. Service Historique de la Défense, Toulon : 30 094 39

  • [Vue aérienne verticale du Cap de Croix]. / Photographie, 1960. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

  • FRIJNS, Marco, MALCHAIR, Luc, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : auto-édition, 2008.

  • RICHARD François-Noël, Iles du Frioul. L'histoire. Forcalquier : Les Alpes de Lumière, 2018.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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