Dossier d’œuvre architecture IA13006233 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Fort puis batterie de Ratonneau
Œuvre étudiée
Auteur (reproduction)
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 7e arrondissement
  • Lieu-dit île Ratonneau
  • Cadastre 2026 A 8, 51
  • Dénominations
    fort, batterie
  • Appellations
    fort de Ratonneau, batterie de Ratonneau
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

 I- Historique, topographie et typologie générale

Le projet florentin non réalisé et le fort français de 1600-1610 : donjon, corps de place et dehors

La séparation et l’opposition des pouvoirs locaux de Marseille et du pouvoir central atteignirent un paroxysme à l’avènement d’Henri IV, non reconnu par les ligueurs marseillais, représentés par Charles de Cazaulx, prétendant à la charge de premier Consul de Marseille, qui conclut une alliance entre 1589 et 1591 avec le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier. Cazaulx appuyait ses ambitions de contrôle défensif de la ville contre le pouvoir central par la maîtrise du fort de Notre Dame de La Garde, occupé par une garnison savoyarde et objet de travaux de modernisation de ses défenses. Dans ce cadre, Nicolas de Beausset, valet de chambre du roi et capitaine de galères, gouverneur du château d’If depuis 1573, tenant cette position insulaire au service du roi avec une garnison de deux cents soldats, sollicita une puissance alliée également venue d’Italie, celle du prince florentin Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane depuis 1587, marié en 1589 à Christine de Lorraine (petite-fille de Catherine de Médicis et nièce de Henri III). A partir de juillet 1591, un contingent de cent florentins débarqués au château d’If avec douze canons prit en charge la construction d’une enceinte fortifiée épousant les contours de l’île, pour renforcer les capacités défensives du château construit sur ordre de François Ier entre 1529 et 1533, désormais donjon-réduit d’un ensemble plus étendu.

L’occupation stratégique florentine d’If s’étendit en 1597 aux îles de Pomègues et Ratonneau, avec projet de construction d’un fort sur la hauteur de chacune des deux. Le recours défensif aux florentins avait perdu de son intérêt pour le pouvoir royal après l’évacuation du fort Notre-Dame de la Garde par les troupes savoyardes en 1592, le duc ayant rompu son alliance avec Cazault,  et surtout depuis l’assassinat de ce dernier en février 1596, suivi du départ des galères espagnoles demeurées dans le port. L’occupation florentine des îles devint dès lors indésirable et subie, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi, dont Nicolas de Beausset, circonvenu en son absence par un coup de force des troupes d’occupation du château d’If, qui s’emparèrent du « donjon » en avril 1597, en chassant la garnison française. La prise de position défensive de Nicolas de Beausset à Ratonneau l’été de la même année, avec un contingent marseillais, et sous la responsabilité de Charles Ier de Guise, gouverneur de Provence et amiral des mers du levant, eut pour conséquence la construction par les florentins de la tour réduit du fort dit San Giovanni à Pomègues. Le projet florentin du fort Santa Christiana sur la hauteur de Ratonneau est connu par un plan sommaire, certainement de 15971.

[Plan du projet du fort Santa Christiana à Ratonneau], 1597.[Plan du projet du fort Santa Christiana à Ratonneau], 1597.

Il s’agissait d’un fort bastionné de dimensions réduites, constitué d’une enceinte de plan pentagonal irrégulier centré autour d’une tour-réduit circulaire, simplement esquissée sans détail sur le dessin. Du fait de la présence défensive des marseillais sur l’île de Ratonneau, un commencement de réalisation du projet florentin du fort Santa Christiana reste sujet à caution ; on observe à cet égard la non concordance des dispositions du fort florentin projeté avec celles du fort français réalisé peu après au même emplacement, et l’absence de vestiges caractérisés attribuable à la maitrise d’œuvre florentine dans les élévations actuelles maintes fois remaniées, à l’exception d’un possible vestige de bastion commencé au sud, hors les murs du fort définitif.

Dès lors l’évacuation des îles du Frioul par les troupes du Grand duc de Toscane Ferdinand de Médicis fut négociée par la diplomatie, Henri IV faisant intervenir son ambassadeur à Rome Arnaud d’Ossat, évêque de Rennes, qui obtint à la même période l’approbation de l’édit de Nantes par le Saint Siège. Par traité ratifié en mai 1598, le roi de France accordait aux Florentins deux cents mille écus d’or pour rembourser les dépenses engagées depuis 1591 dans les fortifications des îles et pour l’entretien des garnisons.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins à Pomègues, Ratonneau et If, fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le Roy en Provence, Dauphiné et Bresse en 1600. L’œuvre de cet ingénieur était clairement identifiable au fort de Ratonneau, concrétisée en particulier  par sa grosse tour-réduit casematée ou donjon de plan hexagonal, portant plate-forme d’artillerie et flanquée de trois tourelles d’angle cylindriques. Des lettres adressées au roi entre 1602 et 1606 par le nouveau gouverneur du château d’If, nommé en 1598, Paul de Fortia, sieur de Pilles, chevalier de l’Ordre du roi, donnent quelques éléments sur la chronologie des travaux sur les trois sites2. Il y est précisé que les tours-réduit des forts de Ratonneau et de Pomègues, en cours de construction en 1602, étaient achevées en 1605.

Parallèlement, Raymond de Bonnefons avait conçu en 1602 un donjon pour la citadelle de Saint-Tropez, dont les travaux de construction avaient commencé au mois d’octobre. Il est intéressant de noter que cette « Tour » de Saint-Tropez, bien conservée aujourd’hui, adopte le même plan que celle de Ratonneau, hexagone régulier  flanqué de trois tourelles cylindriques, mais avec des variantes significatives. Le donjon de Ratonneau, fondé sur le roc sans souterrain, était une tour casematée compacte portant plate-forme d’artillerie, de 15m maximum de largeur, haute d’un peu plus de 10m jusqu’à la crête des parapets, divisée intérieurement en deux niveaux voûtés, et flanquée de trois tourelles de 3m de diamètre hors œuvre. Le donjon de Saint-Tropez est plus grand (26 à 29m de diamètre hors œuvre, au droit des faces ou des angles, les trois tours de 6m de diamètre), avec casemates radiantes organisées sur deux niveaux autour d’une cour intérieure hexagonale centrée surmontant une citerne avec puits, les casemates de l’étage étant distribuées par une coursive-balcon bordant les façades sur cour. Ces dispositions particulières portent à considérer que Bonnefons a dû s’inspirer pour Saint-Tropez  du donjon du château d’If (28m de côté), en passant du plan carré du modèle au plan hexagonal que l’ingénieur expérimentait alors à Ratonneau pour une tour plus compacte sans cour.

Les élévations et dispositions internes du donjon de Ratonneau sont documentées avec précision par des relevés du génie du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe siècle, montrant un état assez peu remanié depuis 1605.

[Plans, élévations et coupe du donjon de Ratonneau et de son enceinte], 1826.[Plans, élévations et coupe du donjon de Ratonneau et de son enceinte], 1826.

La porte, de gabarit piéton, s’ouvrait à l’étage, du côté sud/sud-est, surmontée d’une bretèche (comme celle du donjon du château d’If) et desservie par un escalier extérieur partant de la cour, à l’ouest. Le raccord du haut de l’escalier au seuil de la porte semble avoir été évidé à l’origine d’une coupure ou fosse, franchi par un petit pont-levis à treuil. Ce point joignait aussi le chemin de ronde d’arase du mur de l’enceinte rapprochée qui enveloppait en partie le donjon, deux des six pans de ce donjon étant en saillie hors-œuvre de cette enceinte, au nord. L’embrasure de la porte desservait, à droite en entrant, deux escaliers superposés pris dans l’épaisseur du mur : une volée rampante descendant au rez-de-chaussée, et une vis montant à la plate-forme d’artillerie, en desservant la bretèche au passage. Le rez-de-chaussée, de plan hexagonal, n’était accessible à l’origine que par l’escalier mural, la porte visible sur les plans du côté nord ayant été percée après coup, vers la fin du XVIIe siècle. Ce rez-de-chaussée casematé, non logeable, dévolu à des magasins, était décloisonné à l’origine, couvert d’une voûte d’arêtes à quatre compartiments avec doubleaux portant sur un pilier central carré et quatre piliers adossés. Il n’avait aucune communication au niveau correspondant des trois tourelles saillant hors œuvre. L’étage du donjon formait deux casemates parallèles de plan rectangulaire voutées en berceau, séparées par un mur de refend, et recoupées par des cloisons définissant quatre pièces éclairées chacune d’une fenêtre et chauffées d’une cheminée, dont une cuisine et des chambres pour les officiers commandant le fort. Ces pièces desservaient des niches, un réduit mural et communiquaient aux tourelles, l’une accueillant un four.

L’enceinte intégrant le donjon, ou corps de place du fort, exprimée avec précision sur des relevés de 1702 ceignait le point haut de l’arête rocheuse en adoptant un plan polygonal très irrégulier, sans fronts bastionnés, étiré dans l’axe est-ouest et comportant deux sous-ensembles.

[Plan et profil du corps de place du fort de Ratonneau, détails d'une planche], 1702.[Plan et profil du corps de place du fort de Ratonneau, détails d'une planche], 1702.

La moitié ouest, de plan grossièrement trapézoïdal, renfermait une cour que dominait le donjon, adossé en enclave sur le front nord. A l’est de la cour, près de l’escalier du donjon, s’ouvrait la margelle de la citerne principale du fort. Les fronts sud et ouest de l’enceinte, bordés comme le front nord d’un mur ou revêtement sommé d’un parapet crénelé avec guérites aux angles, étaient adossés d’une série de casemates de casernement (7 au sud, 4 à l’ouest) en simple rez-de-chaussée ouvrant sur la cour, qui dans l’état des lieux en 1702 étaient couvertes en terrasse plus bas que le chemin de ronde d’infanterie sur l’arase revêtement. Ces casemates juxtaposées (cotées 2 sur les plans du XVIIIe siècle) se retournaient du côté Est de la cour (6 casemates plus profondes dont une au nord, aménagée en chapelle). Cette série de casemates Est refermait la cour du donjon et faisaient transition avec la moitié ou sous-ensemble Est de l’enceinte (coté 1 sur les plans), dont le sol régnait plus haut, au niveau du toit terrasse des casemates.

L’aire intérieure de cette moitié Est était qualifiée de terrasse (au XVIIe siècle) ou de place d’armes (XVIIIe siècle). Son revêtement adoptait un plan plus irrégulier, avec angles saillants à guérites et angles rentrants, l’extrémité Est formant un demi-bastion aigu.

Le front nord, le plus court, relié par un angle rentrant à l’angle nord-est de la moitié ouest de l’enceinte, surplombait le dispositif d’entrée du fort, bien exprimé sur un plan de 1718.

[Plan du corps de place du fort de Ratonneau, détail d'une planche], 1718.[Plan du corps de place du fort de Ratonneau, détail d'une planche], 1718.

Montant en lacets sur le versant nord de l’escarpement, le chemin d’accès au fort, piéton et muletier, aboutissait en léger contrebas du front nord et du donjon pour former une rampe  en pente douce, avec segments d’escaliers, intégrée à des ouvrages défensifs adossés en léger contrebas du revêtement du corps de place. Une première avant-porte (cotée 6 sur les plans XVIIIe siècle) était ménagée à l’ouest d’un petit tambour carré  adossé au flanc gauche d’un demi-bastion (coté 12 en 1718), flanc traversé par la seconde avant-porte (cotée 7). La rampe traversait l’aire intérieure de ce demi-bastion, dans laquelle était une seconde citerne. A la gorge du demi-bastion, elle traversait un mur crénelé, passant par une troisième avant-porte (cotée 8) entrant dans un espace clos ou large sas renfermé entre ce mur et l’angle rentrant du front nord du revêtement de l’enceinte, pour aborder la porte du fort proprement dite (cotée 9) dans le pan Est du revêtement, et entrer en  passant sous les casemates pour déboucher en escalier dans la cour, au pied du donjon.

Un corps de garde (construit après 1675) était adossé hors œuvre du front nord, à l’est du demi-bastion d’entrée (12) son niveau bas, desservi depuis le sas (8-9) servait de prison, le corps de garde au-dessus étant de plain-pied sur la place d’armes.

Le fort de Ratonneau ne se limitait pas à cette enceinte haute et à son donjon, formant le corps de place stricto sensu. Elle était complétée de trois « dehors » de grande ampleur, plus étendus et allongés que le corps de place, deux à l’est, en enfilade, un à l’ouest, construits pour occuper et clore au maximum l’arête rocheuse , à niveau constant à l’ouest, en légère déclivité vers l’Est. Ces ouvrages extérieurs, raccordés au corps de place, avaient probablement été construits après la mort de Raymond de Bonnefons (1607) sous la direction de son fils et successeur Jean de Bonnefons, les travaux du fort ayant continué jusqu’en 1610, date de la mort d’Henri IV. Le dehors ouest, nommé « fort de Toulon » sur un plan cavalier de 1675 témoigne d’un effort pour donner au revêtement des alignements rectilignes sur un substrat rocheux contraignant, avec deux fronts nord et sud tracés en chicane presque symétriquement, hormis le raccord au donjon, qui prenait la forme d’un large saillant en angle aigu, enveloppant en léger contrebas l’angle nord-ouest du fort central.

[Plan cavalier du fort de Ratonneau], 1675.[Plan cavalier du fort de Ratonneau], 1675.

Cet angle avait été transformé avant 1702 en demi-bastion (coté 11 sur les plans du XVIIIe siècle) par l’adjonction d’un flanc le retranchant du reste du dehors ouest et en renforçant ses faces par des contreforts intérieurs. Le plan de principe de ce dehors ouest est celui d’un ouvrage à cornes étiré en longueur, dont le front de tête ne comporte qu’un demi bastion, à l’angle sud-ouest, celui de l’angle nord-est étant élargi et prolongé vers l’ouest sur l’extrémité de l’arête rocheuse par une avancée longue et étroite que termine une terrasse en demi-cercle outrepassé.

Du côté Est du fort central, un premier ouvrage ou dehors, nommé « fort de Cabanon » sur le plan cavalier de 1675, enveloppait une éminence rocheuse, en adoptant un plan triangulaire complété d’un demi-bastion aigu à l’angle nord-est. Le troisième dehors, décalé vers le nord-est du fait de la configuration de l’arête rocheuse, se composait d’un ouvrage à cornes à front tenaillé nommé « fort de Guiran » sur le plan cavalier de 1675,  joignant le second ouvrage par un segment rectangulaire en retour d’angle contre la face gauche de ce demi-bastion.

Le plan cavalier indique en outre une petite demi-lune ouverte à la gorge isolée en avant de l’angle sud de l’enceinte du corps de place, qui pourrait être interprétée soit comme une amorce  de bastion témoignant d’un début de réalisation du fort florentin, soit d’un segment de dehors inachevé de la campagne Bonnefons éventuellement conçu pour être relié au revêtement sud du premier dehors est.

L’exécution des ouvrages extérieurs, entre 1605 et 1610, se limitait à celle de leurs murs de revêtement, sans organisation interne ni bâtiments. Le plan cavalier de 1675 montre en outre quelques discontinuités dans ce revêtement, notamment au sud, au raccord sud du dehors ouest et du premier dehors Est au corps de place, et aussi en quatre points du revêtement du second dehors Est, le moins achevé des trois. En 1675, une poterne de communication au « fort de Cabanon » était présente à l’est dans le revêtement du fort central ou corps de place, mais n’avait pas son équivalent du côté ouest. De même, le second dehors Est dit « fort de Guiran » n’avait aucune communication avec le premier.

 Les plans de 1702 et de 1718 indiquent une poterne au nord, dans la face droite du demi-bastion (coté 11) qui faisait partie du revêtement du grand dehors ouest, près du raccord au donjon. Cette poterne, non exprimée en 1675, procurait à cet ouvrage un accès indépendant, par une branche de la partie extérieure du chemin d’accès à la rampe du fort central. Sur la légende du plan de 1702, les trois ouvrages extérieurs ou dehors sont qualifiés d’ouvrages à cornes commencés occupant le sommet des montagnes, et sur celle du plan de 1718 ils sont qualifiés d’abandonnés, à l’exception du demi-bastion nord attenant au fort central et considéré alors comme une annexe de ce fort.

Plan du fort de Ratonneau, 1718Plan du fort de Ratonneau, 1718

Un plan d’atlas non détaillé daté de 16933, portant une nomenclature chiffrée différente de celle des plans de 1702 et 1718, donne un état des lieux semblable à celui du plan cavalier de 1675, sans individualisation du demi bastion nord (coté 6 sur ce plan, 11 en 1702), mais avec fermeture complète de la clôture du revêtement du premier dehors Est de plan triangulaire (coté 12-13 sur ce plan).

[Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau], 1694. Détail : Plan de Ratonneau.[Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau], 1694. Détail : Plan de Ratonneau.

Il ressort de l’examen de ces différents plans que les trois ouvrages extérieurs ou dehors avaient été laissés inachevés à la fin de la campagne de construction initiale, vers 1610, probablement interrompue par la mort du roi, sans traitement de leur accès spécifique. L’extrémité nord-est du revêtement du dehors ouest, de plan en chevron, avait été retouchée et retranchée par la construction d’un flanc gauche la transformant en demi-bastion (coté 11 en 1702) à une date inconnue entre 1693 et 1702, sans doute sous la responsabilité d’Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence depuis 1680, auteur du plan de 1702.

Le mémoire de Vauban de 1701 et les projets non réalisés du XVIIIe siècle

Le fort de Ratonneau ne fait l’objet d’aucun projet documenté avant le mémoire détaillé de Vauban daté du 11 avril et 1701 intitulé Projet de Marseille4. Le fort y est nommé château de Ratonneau, sans doute du fait de l’aspect de son donjon et de son peu d’analogie avec un fort bastionné classique, à l’instar du château d’If. Il fait l’objet de 16 des articles du projet général (n° 12 à 31). La nomenclature chiffrée employée par Vauban est celle du plan d’atlas de 1693, sans rapport avec celle des plans de 1702 et 1718. En introduction, Vauban déclare assez sobrement : ce château occupe le sommet et le milieu de l’île de ce nom, c’est un composé de quantité de malfaçons et d’entreprises mal dirigées très imparfaites qui sont demeurées a moitié façon. Il n’y a de raisonnable que le donjon, grosse masse de pierre flanqué par trois mauvaises guérites (tourelles), de surplus les murs en sont bons solides et tous les bâtimens (locaux casematés) qu’il contient voûtés et bien faits... Les premiers articles proposent quelques améliorations limitées au donjon, notamment de murer l’escalier descendant de l’étage à la cave du donjon, utiliser cette partie de la cave pour un magasin à poudre, à bien séparer par des murs du magasin existant, à réserver pour les munitions de bouche.

 Vauban consacre ensuite les articles 42 à 49 à  l’enceinte corps de place ou fort central, qu’il qualifie de  Première enceinte. Il y propose de transformer les parapets d’infanterie crénelés couronnant les revêtements en parapets d’artillerie à embrasures, et d’y ajouter cinq à six guérites, précisant que celles qui y sont ne valent rien. Le projet comporte la construction, sur la plate-forme 10  (cotée 1 en 1702), d’un corps de caserne de quatre travées de chambres sur trois niveaux, pour le logement d’officiers et de soldats. L’amélioration du corps de garde et la prison au-dessous font l’objet de deux articles. Autour de la cour du donjon, Vauban propose de rallonger de six pieds les casemates des deux côtés de l’angle 5 (sud-ouest) et de redoubler les voûtes au-dessus pour les rendre capables de porter du canon(…) bien aplanir le terre plein au-dessus qu’il faudra convertir en plate-forme (d’artillerie), en cohérence avec la transformation proposée des parapets.

Les ouvrages de défense de la rampe d’accès, adossés au nord et à l’extérieur de l’enceinte du corps de place font aussi l’objet d’articles, notamment  réduire les quatre portes de l’entrée du fort à trois,  (en supprimant le troisième avant-porte) les bien accommoder et les rendre plus sûres en y ajoutant un fossé au-devant et une planchette au corps de la place. Le grand demi-bastion nord (coté 11 en 1702) fait l’objet de l’article 50, proposant de poser un cordon sur son revêtement, de le terrasser en y ménageant un souterrain voûté à l’épreuve et en terminant le terre plein au-dessus en plate-forme couverte d’un parapet de 4 pieds ½ d’épais percé d’embrasures espacées de 15 a 18 pieds. L’article 51 propose à la suite de  faire une porte sûre avec une fosse au-devant de cette pièce et une planchette qui ferme contre le grand dehors1-2-3-4 (dehors ouest) . Ces informations suggèrent que la transformation de ce saillant nord en demi-bastion avec poterne avait été commencée avant le mémoire de 1701, qui en proposait l’achèvement ; la poterne dans la face droite est déjà en place en 1693 mais on ne peut trancher sur la date de construction (plutôt avant qu’immédiatement après 1701), du flanc refermant l’ouvrage du côté du dehors ouest et celle des contreforts intérieurs renforçant les faces, qui s’accordent avec le projet de terrasser l’ouvrage.

Dans son mémoire, Vauban juge ensuite  le grand dehors ouest digne d’être amélioré : il faudra achever le revêtement, fermer les brèches et bien accommoder la tête  sur laquelle je serais d’avis d’élever une tour de cinq toises de diamètre, de 36 pieds de haut capable de contenir 30 hommes au besoin, et la percer pour le mousquet5, sinon y faire simplement une batterie avec sa plate-forme percée de 4 à 5 embrasures bien escarpées au-devant avec un corps de garde et un petit hangar.

Dans l’article 52, Vauban précise : A l’égard des autres dehors12,13,14,15,16 (Est) nous les abandonnons comme inutiles. On pourrait toutefois achever le revêtement du 12 et 13 (le premier) le séparerdu 14,15,16 et lui faire un petit parapet, un rempart et quelque escarpement sur les accès plus faciles.

Les articles de projet s’achèvent par les préconisations sur l’armement :  trois pièces de 4 livres de balle sur la plateforme, quatre de 18 et quatre de 8 sur toutes les autres parties de ce château 12 milliers de poudre, 50 boulets par pièce.  En 1695, le fort de Ratonneau était armé de quatre canons et un mortier, mais un rapport d’experts avait préconisé d’y mettre 6 pièces de canon de 24 et 2 mortiers6.

L’état des lieux donné par le plan du fort en 1718 montre que pour l’essentiel, les articles du projet de Vauban n’avaient pas été réalisés, le demi-bastion nord (11), objet de travaux peu avant 1701 n’ayant pas été terrassé (contreforts intérieurs laissés apparents). La seule possible réalisation d’une préconisation de Vauban pourrait être le parapet d’artillerie du front sud de la terrasse ou place d’armes, percé de trois embrasures, le reste des parapets des revêtements du corps de place restant des parapets d’infanterie crénelés plus hautes et plus maigres.

Le fort de Ratonneau ne fit l’objet que de rares projets avant le XIXe siècle, et ceux-ci ne furent pas réalisés. On note, en 1756, un plan de l’ingénieur Triaire7, exprimant un projet de restauration et rehaussement des murs de revêtement des trois dehors abandonnés, afin d’y faire construire un magasin d’approvisionnement (dans le dehors ouest) et un magasin à poudre normatif (dans le second dehors Est). Ce projet fut repris à l’identique en 1774 dans le projet général de la place de Marseille alors présenté par Charles François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Provence, et illustré d’un plan de facture plus soignée, de l'ingénieur en chef Claude-Quentin La Chiche8.

Plan du fort de l'isle de Ratonneau (...) pour servir au projet général, 1774.Plan du fort de l'isle de Ratonneau (...) pour servir au projet général, 1774.

L’article 31 Le projet général de 1777, daté du 19 novembre 1776 par d’Aumale, ne comporte plus qu’un article sur le fort de Ratonneau, se limitant à continuer de réparer les revêtements (…) de la basse et de la haute enceinte, ainsi que de la tour dudit fort, pour un budget estimé de 461 livres9. La planche de plan jointe à cet article, signé des ingénieurs La Chiche Joseph-Ignace Somis, n’illustre le projet que par une élévation du donjon exprimant une partie de parement à refaire. Le plan, étrangement, ne donne pas un état des lieux mais illustre rétrospectivement, au moins en partie, en traits non teintés, les articles du projet de Vauban de 1701, à savoir le casernement au centre de la place d’armes, les planchettes ou pont-levis sur fossé à la porte du fort (cotée 3) et à la porte dans le flanc du demi-bastion nord, vers le dehors ouest, enfin  à la pointe extrême de ce dehors, une tour circulaire casematée.

[Plan du fort de de Ratonneau et élévation du donjon], 1776.[Plan du fort de de Ratonneau et élévation du donjon], 1776.

Le mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications de la place de Marseille daté du 15 frimaire an 9  par Sorbier, directeur des fortifications et Boyer, sous-directeur10, signale, au fort de Ratonneau, que les portes du tambour, des deux réduits (de la rampe) et du donjon sont en passable état. Celle de secours ( ?) n'est pas fermée et la contregarde (le demi-bastion nord) pas remblayée. La poterne (de la face droite du demi bastion) est masquée. Le tambour, le premier réduit et le 2e ont besoin de réparations. La haute enceinte est fort dégradée au front de l'Est; il est fort urgent que le parapet de la batterie au sud soit renformi. Le dôme des guérites du donjon, lesquelles servent de magasins à poudre, demandent les plus grandes réparations. La plate-forme est en mauvais état. Les logements sous plate-forme de la contrescarpe exigent des réparations à l'extérieur et à l'intérieur, ainsi que les autres bâtiments et la citerne.

Le fort reconsidéré et réorganisé comme batterie de côte, 1814-1870

Daté du 10 juillet 1814, un mémoire sommaire sur la place de Marseille11 rédigé par le chef de bataillon du génie Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon, passe en revue toutes les batteries de côte, dont le fort de Ratonneau. Le rédacteur jugeait essentiel de terminer les retranchements (dehors) du côté de l’est qui n’ont été que commencés, dont l’intérieur n’est point aplani et ou il existe plusieurs brèches et interruptions accessibles, de former les terre pleins et repaissir les parapets de quelque partie des retranchements à l’ouest, de construire un magasin à poudre assez grand pour l’approvisionnement du fort, et un magasin pour les vivres. Sa description de l’état des lieux précise que le fortin (corps de place) et la tour ont été réparés en 1813 et sont en assez bon état ainsi que la partie ouest des retranchements qui se rattachent à une batterie  (sur l’embase circulaire de la pointe ouest) portant des feux sur la grande passe conjointement à la batterie de Niolon. Le donjon accueillait au rez-de-chaussée un magasin à poudre d’une capacité de 2500kg et des magasins pour les effets de l’artillerie, l’étage pouvant loger en temps de guerre le commandant du fort et deux officiers. Les casemates donnant sur la cour du corps de place, autour du donjon, sont estimées par le chef du génie à une capacité de 100 hommes et contiennent un four pouvant cuire 1500 rations de pain en 24 heures.

En 1825, le demi-bastion nord inachevé, désormais qualifié de contregarde (et coté 4), fait l’objet d’un nouveau projet signé du chef du génie Tournadre. Illustré de relevés détaillés en plan, coupe et élévation, ce projet renonçait à remblayer le vide intérieur de plan en chevron, mais proposait de construire à l’intérieur des deux faces du revêtement, en bas des contreforts, une galerie casematée crénelée. Cette galerie aurait eu pour mission de défendre le passage dans ce creux intérieur entre la porte percée dans le flanc (cotée 10 en 1825) vers le grand dehors ouest (coté 13-14) et la montée en escalier vers une poterne haute déjà en place dans l’enceinte haute du fort près du donjon, la poterne de sortie nord-est (cotée 11) de ce bastion ou contregarde vers l’extérieur et le chemin d’accès au fort étant alors condamnée.

[Plans d'ensemble et de détail des] améliorations et réparations à faire au fort de de Ratonneau, 1824.[Plans d'ensemble et de détail des] améliorations et réparations à faire au fort de de Ratonneau, 1824.

La galerie crénelée projetée aurait été surmontée d’un chemin de ronde d’infanterie desservant un parapet crénelé. Le projet de 1825 comportait aussi la restauration des quatre casemates ouest de l’enceinte haute avec réfection de leurs portes et fenêtre sur la cour du donjon. Il fut rejeté par le comité des fortifications.

Un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes donne lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Dans ce cadre, l’achèvement des ouvrages du fort Ratonneau fait l’objet d’un des articles proposés par le chef du génie dans son mémoire sur les projets de 184612. La restauration d'enceinte demandée par la commission, chiffrée 79300 francs, concernait celle du grand dehors ouest (alors coté 13) et celle du premier dehors Est (coté 12), pour y placer onze pièces de canon, à des emplacements à définir. Cet article des travaux fut ajourné et représenté dans l’état estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 184913, établi sous l’autorité du Chef du Génie Lebas, estimant à 65000francs  l’épaulement des batteries pour neuf pièces de canon, quatre au front du premier dehors Est, cinq sur celui du grand dehors ouest, comme le montre le plan joint au mémoire, daté du 17 février. Le projet comportait aussi une dépense de 5000 francs pour la restauration du donjon, 15000 pour celle des parapets et casemates du corps de place, et 9500 pour améliorer les communications.

[Plan du projet d'organisation de batteries dans le fort de Ratonneau, détail plan général], 1849.[Plan du projet d'organisation de batteries dans le fort de Ratonneau, détail plan général], 1849.

Ce programme fut à nouveau ajourné et représenté dans le 6e article du  mémoire des projets pour 1859-1860 par le chef du génie Boubée de Lespin14. Les observations de l'inspecteur général du génie défendaient le principe de onze pièces de canon, celles tirant vers la grande passe étant essentielles. L’apostille du directeur des fortifications Bichot, datée du 4 avril 1859, précisait que les batteries devaient être organisées pour neuf pièces de longue portée et deux obusiers de 12, pour une dépense réévaluée à 80.000fr. La restauration des bâtiments du fort pouvait être ajournée ; en février 1860, la valeur de ceux-ci, limités à trois, fut estimée dans un tableau général des propriétés de l’Etat : bâtiment A- donjon d’une superficie de deux cent soixante-six mètres carrés et d’une valeur de cinq mille  francs : logement du gardien, magasins. bâtiment B, sous plateforme, d’une superficie de quatre cent vingt-cinq mètres carrés  et d’une valeur de trois mille  francs : logement des troupes. Bâtiment C- d’une superficie de soixante-dix-sept mètres carrés et d’une valeur de cinq cent francs- corps de garde et magasin15.

L’état d’avancement des travaux de du fort de Ratonneau en février 1860 est précisé dans une apostille du directeur des fortifications Bichot sur les projets du chef du génie Guillemaut16. Les batteries venaient d’être organisées pour recevoir 4 canons, 5 obusiers et 2 mortiers, mais la construction des plates-formes de maçonnerie, le placement des dés des pièces et des encadrements des mortiers reste à finir, pour 4700 francs.

Le lieutenant colonel Guillemaut demandait encore un crédit de 70.000 francs sur l’exercice 1861-1862 pour achever et restaurer le fort Ratonneau17. Les murs des dehors ou avancées étaient à rejointoyer et à achever pour avoir partout au moins 4m de hauteur. Le chef du génie observait qu’en temps de guerre 50 hommes pourraient être logés dans le donjon et dans les casemates qui lui servent de contrescarpe. Il  estimait indispensable de construire une petite caserne dans l’avancée 13, à un emplacement ou restaient quelques traces des anciens murs d’un bâtiment d’une capacité estimée d’environ 50 hommes (?).

Le premier article des fortifications dans le mémoire sur les projets pour 1867-1868 , rédigé par le lieutenant colonel Maritz, chef du génie, et visé par le colonel directeur des fortifications A. Long18, demandait un crédit de 58000 fr. pour compléter les escarpements autour du fort Ratonneau de manière à porter à 10m les hauteurs d’escarpe, sur  prescription de l’inspecteur général du génie. Sur plusieurs portions, la hauteur des murs de l’escarpe atteignait 10m, et sur d’autres tout au plus 4m. Le projet consistait à creuser dans le roc au pied les parties distantes de l’escarpement naturel,  un fossé large de 6 à 8m. Ce projet fut commencé, et reconduit sur l’exercice 1869-1870, sous l’autorité du chef de bataillon Quiquandon, commandant du génie. Le plan associé  illustrant l’état des lieux et l’état projeté, montre que pour le premier dehors ou avancée Est (cotée 12), était proposée une amélioration du tracé du front sud-est, en modifiant le plan du demi-bastion existant à l’angle nord-est, et en en créant un autre, plus petit, à l’angle sud. Ce plan montre accessoirement que qu’a cette date, le flanc du demi-bastion nord ou contregarde avait été supprimé pour le décloisonner du grand dehors ouest. 

[Plans du fort de Ratonneau, état des lieux et état projeté], 1869.[Plans du fort de Ratonneau, état des lieux et état projeté], 1869.

Dans la première moitié de la décennie 1870, l’exploitation programmée de carrières à Ratonneau pour les travaux du port de Marseille par l’entreprise Dupuy et Magnac, localisée dans les versants sud-est de l’éperon portant le fort, créa des fronts de taille verticaux au pied des murs du corps de place et des dehors Est, ce qui dispensa une grande partie des travaux d’escarpement projeté par le génie et en minora les coûts. Une photographie de 1875 montre le porte-à-faux du rocher taillé par l’exploitation sous l’angle sud du premier dehors Est ; de ce fait cet angle du revêtement a été rogné en pan coupé à la suite d’un minage trop avancé du substrat rocheux en 1878.

[Vue de la carrière de Ratonneau ouest en contrebas du fort], 1875. Détail.[Vue de la carrière de Ratonneau ouest en contrebas du fort], 1875. Détail.

On voit sur cette même photographie de 1875 la plus haute élévation du revêtement du corps de place, avec son cordon surmonté d’un parapet d’infanterie crénelé, et, sur un segment limité, d’un parapet d’artillerie à embrasures conforme aux préconisations de Vauban.

La batterie française réorganisée, projets et réalisations 1879-1892

Une instruction de la commission supérieure de défense des côtes datée du 30 mai 1872, était destinée à guider les commissions mixtes d’officiers de l’artillerie, du génie et de la marine des arrondissements maritimes, pour la révision de l’armement du littoral, face aux  progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée, désormais rayée (ce qui décuple la portée utile et précision à l’impact). Cette instruction ouvrait la voie à une nouvelle génération de batterie de côte, implantée désormais en altitude, pour le bombardement des vaisseaux, et armée avec de l’artillerie de marine. La position topographique du fort de Ratonneau satisfaisait à ces critères, ce qui détermina l’élaboration de projets de réorganisation, adaptée à la nouvelle artillerie.

Un premier projet d’organisation représentant une transformation complète des batteries existantes est présenté pour l’exercice 1879 par le chef de bataillon Rousset, chef du génie, pour un budget de 350.000francs, exprimé sur un plan détaillé dessiné par le capitaine Versailleux.

[Plan du projet d'organisation de la batterie du fort de Ratonneau pour 1879]. [Plan du projet d'organisation de la batterie du fort de Ratonneau pour 1879].

A la différence des projets antérieurs, il propose l’implantation d’un des deux groupes de batteries projetées (chacune de six pièces, en trois sections d’artillerie doubles défilées par des traverses-abri) dans l’ancien second dehors Est en forme d’ouvrage à cornes, laissé inachevé depuis 1610 et jamais réhabilité. Le second groupe de batteries est proposé à l’opposé, dans le grand dehors ouest, selon une implantation dépassant en partie les contours de l’ancien revêtement du XVIIe siècle, donc imposant un changement de plan du front ouest de ce dehors, avec remblaiement extérieur soutenu d’un  nouveau mur de revêtement joignant obliquement l’angle sud-ouest à la tête circulaire de l’ancienne pointe extrême ouest de l’ouvrage. Dans la partie centrale du fort, le donjon et l’enceinte de l’ancien corps de place étaient conservés dans ce projet, en aménageant un corps de caserne au sud de la place d’armes ou plate-forme. Un autre casernement casematé enterré était proposé dans le périmètre triangulaire du premier dehors ouest. Ce projet conservait aussi l’accès au fort par le nord, en rendant carrossable le chemin d’accès en lacets, et en le faisant aboutir dans la partie sud-ouest du second dehors Est. De là, un chemin intérieur aurait traversé le demi-bastion du premier dehors Est pour desservir le reste du fort et les batteries du grand dehors ouest. L’entrée piétonne d’origine de l’ancien corps de place n’était pas remise en cause.

Un nouveau projet élaboré en 1883 par le lieutenant colonel Morellet, chef du génie, sacrifie l’ancien corps de place, donjon compris, condamnés à être dérasés car jugés trop visibles du large donc trop ostensiblement exposés aux tirs ennemis, et vulnérables.

A la différence du projet de 1879, celui défini en 1883 et réalisé à partir de 1886 crée une nouvelle route d’accès carrossable en lacets à l’extrémité Est  de l’éperon, sur le versant, Cette route aboutit à la nouvelle porte du fort à créer, de gabarit charretier, percée dans le front en tenaille du second dehors Est. Cet ouvrage est restauré, mais sa partie antérieure, en forme d’ouvrage à cornes qui accueille la nouvelle porte et abrite le début de la rue intérieure distribuant tout le fort, ne reçoit plus de batterie dans ce projet de 1883-1886. La batterie principale, pour huit canons de 24cm est entièrement reportée dans l’ancien grand dehors ouest et sur l’emplacement de la moitié ouest de l’ancien corps de place à déraser. Une batterie annexe de  quatre canons est implantée dans la partie postérieure du second dehors Est, que le projet retranche de la partie antérieure en forme d’ouvrage à cornes par un fossé et un mur d’escarpe avec un demi-bastionnet flanquant à l’angle nord-est. Une seconde porte, munie d’un pont levis sur le fossé de retranchement est ménagée dans ce mur d’escarpe du retranchement intérieur. Ce retranchement intérieur avec fossé et sa porte à pont-levis marquaient, dans le projet de 1883 et 1886, l’entrée de la partie du fort accueillant les batteries, donc mieux défendue que la première porte, qui donnait accès qu’à un espace dans lequel n’était initialement prévue aucune batterie. Le projet transformait donc fortement la partition interne du fort, en créant dans le second dehors Est un retranchement qui n’existait pas et, a contrario, en décloisonnant les anciens sous-ensembles suivants, à la transition entre premier et second dehors Est, à celle entre second dehors et ancien corps de place rasé et à celle entre ancien corps de place et grand dehors ouest.

Les travaux de réalisation du projet commencent par celle de la route d’accès, en 1885, et se poursuit par celle de la batterie annexe, avec son front retranché intérieur et la restauration des revêtements anciens, qui s’apparente à une reconstruction. Le front nord du revêtement est complété d’un bastionnet ajouté à l’angle nord, et le mur de revêtement sud est détruit et reconstruit à neuf en avant de son ancien alignement, pour élargir l’aire intérieure de la batterie annexe au bénéfice du passage la rue intérieure. Ce projet de la batterie annexe soumis par le lieutenant colonel Emile Marcille chef du génie, est validé le 25 juin 1886, illustré d’une planche de plan19 dessinée par le capitaine du génie Antoine Garnier et co-signée par l’entrepreneur agréé, qui montre les emplacements des pièces par groupe de deux, défilées et servies par deux traverses-abri et par un petit casernement casematé enterré formant parados, au revers du mur de retranchement fossoyé.

[Plan du projet d'organisation de la batterie annexe du fort de Ratonneau], 1886.[Plan du projet d'organisation de la batterie annexe du fort de Ratonneau], 1886.

 Le 4 et le 6 aout 1886, le chef du génie présente le projet de construction d’un magasin à poudre caverne, à creuser dans l’escarpement nord du socle rocheux sous l’emplacement de l’ancien corps de place ou fort central condamné à la destruction. Cette partie du projet comporte d’autres réaménagements importants, le tout  illustré par une planche de plan détaillée20.

[Plan du projet de magasin à poudre caverne et de caserne du fort de Ratonneau], 1886.[Plan du projet de magasin à poudre caverne et de caserne du fort de Ratonneau], 1886.

La continuité de la rue intérieure doit traverser par une large percée la face gauche du demi-bastion d’angle de l’ancien premier dehors Est triangulaire, à l’intérieur duquel est projeté un casernement casematé de quatre travées de casemates et trois travées de culée, sous masse couvrante, avec façade sur la rue, en remplacement des casemates de l’ancien corps de place condamnées à la destruction. L’emprise du casernement projeté déborde le mur de revêtement ouest de l’ancien premier dehors. Avant d’entrer dans le demi-bastion, la rue dessert à droite une branche latérale en rampe descendant en contrebas de l’escarpement nord de l’ancien premier dehors Est pour desservir l’entrée du magasin caverne projeté. Cet accès justifie la construction d’un segment d’enceinte basse extérieure bordant la rampe et comportant un épi portant une terrasse au-devant de l’entrée du magasin caverne. Les matériaux de construction du casernement et les remblais et terrassements nécessités par la mise en place de cette enceinte basse au nord pouvaient être procurés par les matériaux issus de la démolition programmée du donjon et de l’ancien corps de place.

Le magasin à poudre caverne approuvé par dépêche ministérielle du 17 décembre 1886, est en cours d’exécution le  9 mai 188721, date d’un avis commun des inspecteurs permanents de la défense des côtes sur les travaux de la batterie de Ratonneau, complété d’un autre avis en juillet. L’enceinte basse est jugée vulnérable aux tirs des vaisseaux. Les inspecteurs mentionnent et rejettent aussi un projet de tunnel dans le massif en dessous de la vieille tour (laquelle doit disparaitre), ce qui montre que le donjon n’a été démoli qu’en 1887. Le projet de casernement casematé n’est pas approuvé, les inspecteurs estimant que la partie de la garnison qui ne sera pas de service logera dans les bâtiments de la Santé (le Lazaret), au pied du fort et pour les hommes de service il suffira de construire un petit bâtiment au pied de la courtine dans le rentrant 7-8 (dans l’enceinte basse nord). L’effectif des troupes d’artillerie affectées au fort était de 2 officiers, 10 sous-officiers, 144 hommes, dont 1 officier, 4 sous-officiers et 72 hommes étaient à loger dans la batterie. Suivent des préconisations concernant la batterie principale non encore commencée à l’ouest, qui nécessite de nouvelles études, notamment pour créer sous les traverses pare-éclats de petites niches caverne à projectiles, sans surélever les traverses au-dessus de l’épaulement. Les inspecteurs prescrivent de terminer la batterie annexe et le magasin à poudres caverne, et de faire une nouvelle étude pour la partie ouest.

Le projet de la batterie principale ouest, présenté au titre des projets supplémentaires  pour continuation des travaux de la batterie de Ratonneau par le chef du génie Marcille le 7 Juillet 1887,  est estimé à 225.000 francs et illustré par une planche de plan22 signée du capitaine Garnier.

[Plan du projet d'organisation de la batterie principale ouest du fort de Ratonneau], 1887[Plan du projet d'organisation de la batterie principale ouest du fort de Ratonneau], 1887

Il est aussitôt examiné par les inspecteurs permanents de la défense des côtes23, dont l’avis a changé en ce qui concerne le meilleur emplacement pour le bâtiment qui doit servir de caserne en temps de guerre et de magasin aux agrès  et aux armements en temps de paix. L’emplacement  dans le terre-plein du bastion 2, autrement dit celui proposé par le chef du génie en aout 1886, est finalement validé, mais pour un casernement de capacité inférieure de moitié, soit un petit bâtiment non enterré de trois travées et deux travées de culées au lieu de  la caserne casematée initialement dessinée. A cette date, le local à trois petites casemates prévu dans la batterie annexe n’avait pas encore été construit. Pour la batterie principale ouest, les inspecteurs préconisent un diamètre de 7,70m des emplacements de tir entre mur de genouillère circulaire, chaque pièce devant être encastrée en creux autant que possible dans le roc, complété par du béton de ciment là ou il fait défaut, selon une conception différente de celle de la batterie annexe, c’est-à-dire sans masses couvrantes de terre. Ils recommandent d’aménager dans le massif des pare-éclats plusieurs petites niches contenant ensemble un approvisionnement de 50 coups par pièce, et de faire des magasins caverne a munitions, un près de l’extrémité ouest, un autre sous le massif de l’ancienne tour, un 3e sous la courtine du rentrant 7-8 (enceinte basse nord). Le colonel Claudel, directeur de l’artillerie, estime dans une note qu’il est fâcheux que dans la partie gauche du fort il y ait 8 pièces de 24 accumulées dans un espace restreint, qui ne sont pas séparées par des traverses, et précise que lorsque la conférence génie/artillerie sur la construction  de cette batterie a eu lieu en 1883, on ne songeait pas encore à l’effet destructeur des obus chargés à la mélinite.

En conséquence, le 10 septembre,  le chef du génie  présenta une nouvelle disposition consistant à  supprimer deux des huit pièces de 24 cm prévues à l’ouest, pour les reporter à l’entrée de la batterie, à l’est, en les séparant par un pare-éclat avec petit abri, en créant deux traverses entre les groupes de pièces restant à l’ouest. Ce projet est approuvé par les inspecteurs permanents de la défense des côtes dans un nouvel avis du 17 octobre 1887.

L’ensemble du programme ainsi redéfini, et encore revu pour quatorze pièces de 24cm en tout, est achevé en 1889 (comme l’indiquent les millésimes 1886 et 1889 affichés sur la porte d’entrée), y compris le petit casernement de la batterie annexe, affecté au logement du gardien de batterie, porté sur un plan d’état des lieux établi à cette date.

[Plan d'état des lieux des batteries du fort de Ratonneau], 1889[Plan d'état des lieux des batteries du fort de Ratonneau], 1889

Ce plan montre que le passage de la rue intérieure continue traversant successivement la batterie annexe, l’ancien premier dehors Est, l’emplacement de l’ancien corps de place et le dehors ouest, avait entrainé le décloisonnement de ces sous-ensembles de l’ancien fort. Les huit canons de la batterie principale étaient répartis en deux groupes de quatre, espacés, l’un à l’ouest, avec un magasin à munition souterrain desservi par un escalier au sud, et l’autre à l’emplacement de l’ancien corps de place rasé, avec deux canons rapprochés sur une plate-forme restée plus haute, face au sud, et deux autres face au nord, desservis par magasin à munition en caverne creusé dans l’escarpement nord, sous l’emplacement du donjon rasé. L’ancien escalier de l’entrée piétonne du fort du XVIIe siècle traversant le tambour et le demi-bastion d’entrée, était réutilisé pour la communication de cette partie de batterie à son magasin à munitions. Pour la desserte et la sécurité de ce magasin, l’enceinte basse avait été prolongée plus à l’ouest qu’il n’était projeté en  aout 1886, soit jusqu’à l’angle saillant de la « contregarde » nord, ou elle se termine par un bastionnet. A l’est de cette enceinte basse et du grand magasin à poudres caverne, un atelier de chargement avait aussi été creusé en caverne au bas de la rampe partant de la rue intérieure. Un autre petit local souterrain  pour le poste télégraphique avait été creusé sous la plate-forme des deux positions de canon rapprochées regardant au sud.

Avant l’achèvement complet des travaux, la commission d’études pour l’armement du littoral  du 11 novembre 1888 avait formulé une proposition examinée par une conférence artillerie-génie du 24 mai 1889, consistant à remplacer quatre des pièces de 24cm par quatre mortiers de 270mm pouvant tirer derrière une double crête, soit sur le large, soit sur la rade. Les emplacements des canons de 24 cm de la batterie principale ouest ne se prêtant pas à la double crête et au groupement des mortiers, les conférents proposaient de placer deux des mortiers dans les deux positions de tir de 24 créées à l’extrémité Est, près de l’entrée, et deux les autres en remplacement d’une section double de la batterie annexe en terre, ou les canons seraient toutefois un peu gênés par les traverses qui les encadrent. Les inspecteurs permanents rejetèrent cette proposition qui perturbait le principe d’organisation des pièces de même calibre par groupe de quatre, jugé tout aussi nécessaire pour des mortiers de 270 mm que pour des canons de 24cm. Le chef du génie Cauvin et le commandant de l’artillerie Faure proposèrent une réorganisation alternative, avec quatre canons de 24cm à l’est, quatre mortiers de 270mm au centre, en position haute, partie sur la droite de la batterie ouest, partie sur la gauche de la batterie annexe en terre, et quatre canons de 24 à l’est. La position sur la droite de la batterie ouest présentait l’inconvénient du voisinage de la cheminée d’aération du grand magasin à poudre caverne, qui était à boucher, celle des deux autres pièces imposant un remaniement important de la moitié correspondante de la batterie annexe.

Les mêmes chef du génie et commandant de l’artillerie arrêtèrent finalement en date du 11 octobre 1889 un dernier parti plus facile à mettre en œuvre, consistant à implanter la batterie de quatre mortiers à l’extrémité Est, emplacement de moindre altitude mais plus adapté au regroupement de quatre pièces en double crête. Le plan joint au procès verbal de conférence montre que ce parti n’imposait qu’un remaniement limité, en remplaçant chacun des deux emplacements de tir de 24cm par deux emplacements de mortier de 270mm de moindre diamètre, les quatre (1-2-3-4 du plan) disposés en ligne et décloisonnés.

[Plan du projet de batterie de 4 mortiers remplaçant la batterie Est de 2 canons de 24 au fort de Ratonneau], 1889[Plan du projet de batterie de 4 mortiers remplaçant la batterie Est de 2 canons de 24 au fort de Ratonneau], 1889

La traverse pare-éclat abritant le monte-charge (l) de l’abri-caverne existant (k) n’était pas modifiée, de même que les niches à projectiles et gargousses (a-b-c-d) des pièces de 24cm. De nouvelles niches à projectiles (e-f-g-h) étaient ménagées dans l’accès aux positions de mortier, et deux abri-cavernes symétriques (i-j) étaient ajoutés à celui existant de part et d’autre d’une tranchée coudée y donnant accès depuis la rue intérieure. Cette refonte aboutissait à une partition interne des batteries du fort de Ratonneau en quatre groupes de chacun quatre pièces, soit seize pièces au lieu de quatorze : quatre mortiers de 270mm pour le premier groupe, quatre canons de 24cm dans chacun des trois groupes suivants, le second groupe correspondant à la batterie annexe conçue et réalisée en 1886-1887 selon des principes non actualisés.

Peu après la réalisation de la batterie de mortiers Est, le 30 novembre 1891, le chef du génie Cauvin demanda un crédit pour augmenter la hauteur d’escarpe et les moyens de flanquement du front de tête24, et en 1892, il présenta un nouveau projet de réforme de l’armement, concernant le 3eme groupe de la batterie, occupant l’emplacement de l’ancien corps de place dérasé. Il s’agissait de remplacer deux des pièces de 24cm regardant vers le nord par deux sections de chacune deux canons Lahitole de 95mm25, ce qui fut réalisé à la suite. Les deux pièces de la plate-forme regardant au sud furent remplacées à leur tour quelques années plus tard par deux canons de campagne de 75mm à tir rapide, modèle 1897. On note quelques autres retouches postérieures, dont l’ajout de postes de commandement de tirs dans chaque groupe de batterie, deux à droite et à gauche dans le premier, le troisième et le quatrième groupe, une sur une des traverses-abri du second groupe. Autre adjonction, au quatrième groupe, non datée (c. 1904-1905 ?) : un petit saillant crénelé construit hors œuvre du front ouest, près de l’angle sud-ouest du revêtement qui avait été reconstruit dans ce secteur en 1887-1888 en avant de son implantation du XVIIe siècle.

L’état achevé du fort divisé en quatre groupes de batteries est figuré sur un plan d’ensemble datant de l’entre-deux guerres.

[Plan d'état des lieux des 4 groupes de batteries du fort de Ratonneau fixés en 1890], c. 1920.[Plan d'état des lieux des 4 groupes de batteries du fort de Ratonneau fixés en 1890], c. 1920.

Les ouvrages inachevés de la batterie Südwall

L’occupation allemande et l’intégration tardive du fort de Ratonneau au système défensif  du Südwall signèrent l’ultime étape de l’histoire du fort et de la batterie, perturbant profondément les ouvrages de 1886-1892 tout en gardant le principe des quatre groupes.

Planifié à la fin de 1943, le programme de la Marine-Kusten batterie Ratonneau était celui d’une puissante batterie de quatre canons de 24cm K.M. 02-06 (f) sous blindage, récupérés sur le cuirassé français Condorcet, désarmé à Toulon, placé dans des tourelles blindées de conception allemande. Les supports choisis pour porter ces tourelles étaient des casemates-abri en béton (Regelbau) ,très imposantes( 30m X 20m, 4500 m3 de béton), du type codé S (schwer) 542, adossant le support de la tourelle, enveloppé d’un mur bouclier en hémicycle, à un bloc à deux entrées incluant une série de locaux techniques ( groupe électrogène, chauffage, ventilation, toilettes, transformateur électrique, soute à charbon, soutes à munitions pour 150 obus et 751 gargousses). La mise en place de ces quatre Regelbau S 542 nécessitait de détruire préalablement les ouvrages de la batterie française de la fin du XIXe siècle situés aux emplacements choisis et d’y excaver et niveler le sol rocheux.

[Plan allemand d'une casemate à tourelle Regelbau S 542][Plan allemand d'une casemate à tourelle Regelbau S 542]

D’ouest en est, les travaux de la turm 1 entrainèrent  la destruction de la batterie de 24cm du 4e groupe, la turm II celle de batterie de 95mm de 1892 du 3e groupe,  la turm III celle de la caserne de 1887 du 3e groupe, enfin la turm IV, celle d’un des 4 emplacements de la batterie de mortier du 1er groupe, sur laquelle furent implantés trois canons de défense antiaérienne de 3,7cm Flak M.25 (f). La batterie annexe 1886 du 2e groupe ne fut pas  épargnée, un corps de garde en béton y fut construit sur un des deux emplacements de tir doubles, le second et la traverse-abri intermédiaire étant détruits. Les déblais des excavations furent déversés sur les escarpements nord, en dérasant préalablement les segments de revêtement d’enceinte concernés. Des structures provisoires furent mises en place pour faciliter l’économie du chantier et le hissage des pièces et tourelles : un plan incliné reliant le port à l’extrémité ouest du fort, et des voies de transports ferrées sur piles maçonnées, sur toute la longueur du fort, jamais achevées. Le chantier, commencé logiquement par la turm 1, soit par l’ouest, à la faveur du plan incliné, fut arrêté brutalement en aout 1944 à la suite du débarquement de Provence. Un plan allemand contemporain donne une idée de la progression des travaux : le support de la tourelle de la turm I et de la turm II étaient achevés, la première ayant pu être armée, sans être opérationnelle faute de blindage, les blocs étant seulement au stade des soubassements et du ferraillage vertical sur poteaux bétons formant cage échafaudage.

[Plan allemand sommaire du projet en cours des 4 turm regelbau S 542 de la Marine-Kusten batterie Ratonneau], 1944.[Plan allemand sommaire du projet en cours des 4 turm regelbau S 542 de la Marine-Kusten batterie Ratonneau], 1944.

La turm III était au stade de ferraillage des fondations et du support de la tourelle, la turm IV au stade des fondations. Un bâtiment d’abri de personnel en pierre et béton commencé sur la terrasse de l’enceinte basse nord demeura aussi inachevé.

II- Description

L’état actuel du fort, surplombant l’île de Ratonneau à une altitude variant de 56m (porte d’entrée) à 75m  (3eme groupe de batterie) est un véritable rébus archéologique dont la stratification est difficile à interpréter et ne peut l’être qu’avec une bonne compréhension de son histoire architecturale. Les grands travaux de la fin du XIXe siècle et de 1944 ayant largement transformé, détruit ou mutilé certaines des dispositions antérieures, il ne reste finalement que peu de vestiges significatifs du fort de 1600-1610 et de ses dehors. Ces vestiges sont discontinus sur le périmètre, en dépit d’une certaine constance du plan général de l’ensemble.

La meilleure approche descriptive de cet ensemble chaotique semble être celle d’une visite d’est en ouest, en entrant par la porte du fort de 1886-1889 et en tenant compte de la partition des anciennes batteries fin XIXe et première moitié XXe siècle en quatre groupes.

Faute d’une nomenclature ancienne constante et utilisable pour l’état actuel, nous emploierons un repérage chiffré et lettré assez succinct, reporté sur une photographie aérienne de l’état actuel, reprenant les chiffres des quatre groupes de batterie et tenant compte d’une progression d’est en ouest dans le lettrage des principaux sous-secteurs.

Fort Ratonneau, photo verticale avec repèresFort Ratonneau, photo verticale avec repères

Le groupe 3 y est décliné en deux sous-ensembles, pour tenir compte de la partition du secteur central du fort avant 1887 en deux parties bien distinctes dont l’ancienne dissociation n’est plus perceptible, l’ancien corps de place (3b) et le premier dehors Est (3a).

L’éperon rocheux qui porte le fort, étiré en longueur dans l’axe est-ouest, a conservé les pentes naturelles de ses versants à l’ouest, au nord et à l’est, côté de l’entrée créée en 1886, tandis que les versants du long côté sud sont artificiellement escarpés presque à la verticale depuis l’exploitation de la carrière dans les années 1870. La route d’accès aménagée en lacets sur le versant ouest en 1885 est portée dans ses tournants arrondis sur des remblais revêtus de murs de soutènement. Le développement en longueur du fort, de l’entrée Est à l’extrémité de l’avancée ouest, atteint 450m.

Vue d'ensemble prise de l'Est, front d'entrée, route d'accès, escarpementsVue d'ensemble prise de l'Est, front d'entrée, route d'accès, escarpements

La forme générale en ouvrage à cornes de l’ancien second dehors Est ou premier groupe de batterie (1) demeure reconnaissable dans l’état actuel, remanié lors des travaux de 1886-1889, notamment le mur de revêtement du côté nord, formant un redan, et celui du front d’entrée, de tracé tenaillé.

Vue d'ensemble nord-Est de la route d'accès et de l'enceinte du groupe de batterie 1 Vue d'ensemble nord-Est de la route d'accès et de l'enceinte du groupe de batterie 1

Ce revêtement est peu élevé, et son arase sans parapet, n’est pas nivelée à l’horizontale mais pendante vers l’est et vers le nord, dans le sens du pendage naturel du socle rocheux. La partie ouest du revêtement nord est détruite et déroquetée depuis 1944, pour dégager sur le versant naturel les éboulis des matériaux tirés de l’excavation de l’emplacement (c) de la  turm IV de la batterie Südwall.

Sur le front d’entrée tenaillé Est, la face ou branche  nord du revêtement conserve en partie ses maçonneries du XVIIe siècle, tandis que la branche sud, accueillant la porte du fort, et la tourelle hémicylindrique saillant dans l’angle rentrant médian, sont entierement construites et reconstruites en 1886-1889, les parements de cette campagne étant caractérisés par l’emploi d’un appareil polygonal irrégulier à joints gris.

La porte du fort (a), simple arcade charretière couverte d’un arc segmentaire, est ménagée dans un mur écran plus haut que le revêtement et en saillie, composant une façade d’aspect monumental dont le traitement architectural cite en les stylisant des poncifs de l’architecture militaire médiévale.

Porte d'entrée du fort, façade d'entréePorte d'entrée du fort, façade d'entrée

La mise en œuvre combine l’appareil polygonal avec la pierre de taille appareillée, pour l’encadrement de l’arcade, la plinthe d’embase de la façade, les encoignures et le couronnement. La partie centrale, occupée par l’arcade d’entrée, est encadrée de deux étroits avant corps symétriques peu saillants évoquant des tourelles carrées plates, et le tout est couronné d’un crénelage serré portant sur de petites consoles ou modillons à deux ressauts évoquant de faux mâchicoulis. Ces superstructures décoratives n’ont aucune fonction défensive, à la différence du créneau de fusillade ménagé dans chacune des deux tourelles plates, assurant la défense rapprochée de la porte. Au-dessus de ces créneaux, le parement en appareil polygonal incorpore en relief une pierre millésimée, 1886 à gauche, 1889 à droite, indiquant la chronologie principale du grand réaménagement du fort pour quatre groupes de batteries. Le revers de la façade, plus sobre et plat, se caractérise par le traitement en bossage tabulaire rustique des claveaux de l’arc segmentaire de la porte, sur fond d’appareil polygonal à joints ruban. On note l’absence de feuillure de vantaux dans l’arcade, mais la présence des trous de scellement arrachés de gonds disparus.

Porte d'entrée du fort, revers de la façadePorte d'entrée du fort, revers de la façade

A droite du départ de la rue intérieure se branche une tranchée coudée en partie maçonnée, creusée dans la masse rocheuse qui porte l’ancienne batterie de mortiers (b).

Tranchée d'accès aux magasins sous la batterie de mortiers bTranchée d'accès aux magasins sous la batterie de mortiers b

Cette tranchée dessert dans une étroite cour en cul de sac les portes des trois magasins caverne situés sous cette ancienne batterie, celui du fond, construit à partir de fin 1887 (pour une batterie de deux canons de 24cm), comportait deux compartiments en profondeur, le premier pour les projectiles et agrès, le second pour les gargousses.

Portes des trois magasins caverne sous la batterie de mortiers bPortes des trois magasins caverne sous la batterie de mortiers b

Les parois et la voûte sont un habillage en maçonnerie cimentée, sans doute construite postérieurement au XIXe siècle. La hauteur primitive sous la voûte taillée dans le roc est indiquée en façade par une grande arcade en pierre de taille couverte en arc segmentaire extradossé, de la largeur du magasin. Cette arcade est refermée par un mur de remplage dans lequel est ménagée la porte, encadrée en pierre de taille a bossages rustiques sous arc segmentaire, avec feuillures de vantaux et gonds tant vers l’extérieur que vers l’intérieur. Les deux magasins caverne symétriques (aux projectiles et aux agrès) disposées dans les parois latérales de la cour, construits lors du remaniement pour mortiers de 270mm, fin 1889, ont une porte identique à celle du magasin central. Ces magasins, laissés bruts de déroquetage, sont plus petits et de plan en « T ». Celui de gauche est écroulé.

Intérieur d'un magasin caverne à projectiles sous la batterie de mortiers (b)Intérieur d'un magasin caverne à projectiles sous la batterie de mortiers (b)

Au-dessus de ces magasins, subsistent trois des quatre emplacements de tir ou cuves de la batterie de mortiers de 270mm, alignés dans un axe est-ouest, avec mur de genouillère circulaire en appareil polygonal irrégulier  et plate-forme en béton de ciment creusée de saignées longitudinales parallèles laissées par des poutrelles d’armature.

Les trois emplacements de tir en enfilade subsistants de la batterie de mortier b, vus de l'estLes trois emplacements de tir en enfilade subsistants de la batterie de mortier b, vus de l'est

Les 3e et 4eme, emplacements, jumelés, ont conservé leur passage d’accès avec ses deux niches à projectiles dans les murs latéraux.

Emplacements de tir 3 et 4 de la batterie de mortiers (b) et cuve carrée de flak Emplacements de tir 3 et 4 de la batterie de mortiers (b) et cuve carrée de flak

Deux petites cuve carrée en béton pour pièce de défense antiaérienne 3,7cm Flak  de 1944 restent en place sur l’ancienne batterie de 1889, l’une au bord du 4e emplacement de tir à l’est du passage l’entrée, accessible par un escalier 1889 montant sur le mur de ce passage, l’autre sur l’ancienne traverse pare-éclat de 1887, remaniée en 1889.

traverse pare-éclats de la batterie de mortiers (b) et cuves carrées de flak, au 1er plan, fondation de la Turm IV allemandetraverse pare-éclats de la batterie de mortiers (b) et cuves carrées de flak, au 1er plan, fondation de la Turm IV allemande

Parementée en appareil polygonal, cette traverse pare-éclats abrite le puits de l’ancien monte-charge qui la reliait au magasin à projectiles et gargousses, accessible par une porte dans sa face sud, encadrée de deux angles arrondis du parement. Une niche à projectile subsiste sur son flanc ouest, ancien mur latéral de l’accès aux positions de tir jumelles 1 et 2 de la batterie, la première position ayant été détruite en 1944 pour faire place à l’excavation de la  turm IV de la batterie Südwall. Les infrastructures du Regelbau S 542 de la turm IV  (c) se limitent à son soubassement formant plate-forme bétonnée sur l’emprise du plan complet de l’ouvrage, seul réalisé en 1944 avant l’interruption du chantier. La coulée des  déblais de l’excavation sur le versant nord du site, traversant l’ancien mur de revêtement dérasé, témoigne de l’ampleur du volume de rocher naturel décaissé, en surface et en élévation.

Vue extérieure du front nord des groupes 1 et 2 de la batterie, avec déblais de la Turm IVVue extérieure du front nord des groupes 1 et 2 de la batterie, avec déblais de la Turm IV

L’enceinte du second groupe de la batterie (2), tel que défini en 1886 en recoupant l’ancien second dehors Est du XVIIe siècle en deux sous ensembles retranchés l’un de l’autre, est largement conservée. Le front nord de son revêtement, qui se superpose en plan à celui du XVIIe siècle, n’en est pas moins intégralement reconstruit en 1886-1887, comme celui du sud, en avant de l’ancienne implantation.

Vue extérieure d'une partie du front nord du revêtement du 2e groupe de batterie, bastionnet nord-est et bastion nord (e) Vue extérieure d'une partie du front nord du revêtement du 2e groupe de batterie, bastionnet nord-est et bastion nord (e)

En témoignent les parements en appareil polygonal irrégulier. Ce front nord est flanqué à son angle saillant nord / nord-ouest d’un petit bastion asymétrique  terrassé (e), percé de chantepleures, à flancs droit et angle de capitale abattu d’un pan coupé. Une logette de latrines qui existait sur le court segment de ce revêtement entre le bastion (e) et petit saillant ou demi-bastionnet à l’angle nord-est du revêtement, a laissé des traces de ses trois consoles de pierre cassées. Le demi-bastionnet est creux et abritait une casemate crénelée (aujourd’hui comblée) à la manière d’une caponnière, en position de flanquement du fossé du front Est, ou front d’entrée retranché de ce second groupe. front d'entrée Est du 2e groupe, avec demi-bastionnet, retranché du 1er groupe, vu de la batterie de mortier (b)front d'entrée Est du 2e groupe, avec demi-bastionnet, retranché du 1er groupe, vu de la batterie de mortier (b)

Le flanc de ce petit ouvrage est ruiné, mais deux créneaux restent visibles sur son côté nord. Le fossé de retranchement a été détruit en 1944 en partie par l’extension de l’excavation de la  turm IV de la batterie Südwall, et comblé dans sa partie sud, plus basse, que franchissait le pont-levis de la porte (d) de ce second groupe. La façade de cette porte (d) est complètement dérasée au niveau du sol de la rue intérieure, mais la partie sud de son soubassement, en léger relief sur le revêtement d’escarpe du fossé et profilée en fruit, reste apparente et identifiable à l’extrémité sud du front d’entrée faisant saillie sur l’alignement du front sud du 1er groupe, donc hors de la partie comblée du fossé.

Extrémité sud et angle sud-ouest du revêtement front d'entrée du 2e groupe, soubassement de la porte (d) détruiteExtrémité sud et angle sud-ouest du revêtement front d'entrée du 2e groupe, soubassement de la porte (d) détruite

L’arrachement de la partie rasée du mur Est du front d’entrée, dans laquelle était ménagée la porte (d), reste apparent à l’angle sud-est de la terrasse qui portait en surplomb de la rue intérieure une partie de la batterie annexe de quatre pièces de 24 cm, constitutive du second groupe de batterie du fort.

2e groupe (2) terrasse de la partie Est de l'ancienne batterie annexe appuyée sur le revêtement du front d'entrée2e groupe (2) terrasse de la partie Est de l'ancienne batterie annexe appuyée sur le revêtement du front d'entrée

A cet angle, un escalier en pierre à deux volées en partie ruiné montait de la rue intérieure à cette terrasse de la partie Est de la batterie, dans laquelle s’élevait un petit bâtiment de trois travées, dévolu au logement du gardien de batterie. Ce bâtiment,  la seconde section de deux pièces de 24 cm et la traverse-abri séparant cette section de la première sont entièrement détruits et réduits à des décombres, depuis 194426. Il ne reste donc de la batterie annexe de 1886 dans l’état actuel que la première section d’artillerie à deux emplacements de tir jumeaux avec mur de genouillère formant deux segments ce cercle, à l’intérieur de laquelle s’élève un corps de garde rectangulaire en béton armé construit par les allemands en 1944.

2e groupe, batterie annexe de 24cm. Corps de garde allemand construit dans l'emplacement de tir jumelé des deux premiers canons2e groupe, batterie annexe de 24cm. Corps de garde allemand construit dans l'emplacement de tir jumelé des deux premiers canons

L’élément le mieux conservé de l’ancienne batterie annexe est la première traverse-abri (f), à l’ouest (gauche) de la première section d’artillerie, avec son mur de façade intact, arrondi aux angles.

2e groupe, batterie annexe de 24 cm, façade de la traverse-abri ouest (f)2e groupe, batterie annexe de 24 cm, façade de la traverse-abri ouest (f)

Ce mur soigneusement parementé en appareil polygonal irrégulier à joints ruban est couronné d’une tablette en pierre de taille horizontale dans la partie centrale de la façade, rampante sur les parties latérales, selon le profil versant des terres de la traverse. Dans la partie centrale de la façade, un grand arc plein-cintre extradossé, composé, du fait de son épaisseur, de claveaux de trois pierres appareillés, termine la voûte de la casemate. Il décharge la façade fermant la casemate proprement dite, mur de remplage maigre percée d’une porte centrée à encadrement en pierre de taille à bossages rustiques saillant 1 sur 2 couverte d’un arc segmentaire, et comportant une feuillure de vantail ouvrant vers l’extérieur. Les deux petites fenêtres encadrant symétriquement la porte, manifestement percées après coup, ont un chambranle en enduit ciment.

2e groupe, batterie annexe de 24 cm, façade de l'abri casematé de la traverse-abri ouest2e groupe, batterie annexe de 24 cm, façade de l'abri casematé de la traverse-abri ouest

Le troisième groupe de batterie (3) du fort Ratonneau est le plus complexe et le plus remanié dans ses aménagements, conservant des éléments résiduels des différentes campagnes de construction et reconstruction, du début du XVIIe siècle à 1944. Il se compose de deux anciens sous-ensembles du fort antérieur à 1886, à savoir, d’est en ouest, l’ancien premier dehors est (3a), initialement de plan triangulaire, avec un demi-bastion aigu (g) en forte saillie sur son angle nord-est, traversé par la rue intérieure de 1886, et l’ancien corps de place (3b) dérasé en 1887 avec son donjon. Les deux  Regelbau S 542 de la turm II et de la turm III  ont été commencés en 1944 dans ce troisième groupe, le premier (m) dans l’ancien sous-ensemble ouest (3b), à la place des deux sections doubles d’artillerie qui avaient été remaniés en 1892 pour des canons de 95mm, le second dans l’ancien sous-ensemble est (3a), au sud de la rue intérieure, à la place (h) du petit corps de caserne construit en 1888.

Le revêtement de l’ancien premier dehors ouest (3a) du début du XVIIe siècle est assez largement conservé, notamment sur le front nord, dont reste la courtine et le flanc et partie de la face gauche du demi-bastion (g), caractérisés par un parement en blocage avec assises de réglage et chainage en pierre de taille ocre (pierre de La Couronne) à l’angle d’épaule du demi-bastion.

3e groupe (3a) front nord , courtine et flanc du demi-bastion (g), enceinte basse terrasse, avec sa rampe d'accès, bâtiment inachevé de 19443e groupe (3a) front nord , courtine et flanc du demi-bastion (g), enceinte basse terrasse, avec sa rampe d'accès, bâtiment inachevé de 1944

Ce revêtement est rehaussé d’environ 2m avec parement en opus incertum du XIXe siècle, plus négligé que l’appareil polygonal irrégulier employé dans la campagne 1886-1889. Le revêtement du front nord surplombait l’enceinte basse terrassée créée en 1887-1888 pour desservir des magasins caverne alors creusés dans l’escarpement rocheux sous les revêtements. Dans l’état actuel, le revêtement de l’enceinte basse est en grande partie débordé, dérasé, et enseveli dans une large terrasse formée en 1944 avec les matériaux de déblai des excavations des deux Regelbau S 542. La branche latérale de chemin formant rampe d’accès à l’enceinte basse, partant de la rue intérieure au point ou celle-ci entre dans le demi-bastion (g), et longeant la face gauche de ce dernier, reste reconnaissable. Ce chemin en rampe est bordé vers l’extérieur par une partie encore en place du mur de revêtement ou mur-parapet de l’enceinte basse, avec un créneau, qui se raccorde plus à l’est au revêtement du front nord de la batterie annexe, second groupe.

3e groupe (3a) front nord. Flanc et face gauche du demi-bastion (g), mur parapet de l_enceinte basse, pont de 1944 3e groupe (3a) front nord. Flanc et face gauche du demi-bastion (g), mur parapet de l_enceinte basse, pont de 1944

Les parements de ces murs en appareil polygonal irrégulier sont caractéristiques de la campagne de 1886-1889. Le pont en béton armé sur culées de pierre qui passa au-dessus de cette rampe est un aménagement allemand de 1944, qui était destiné à porter la voix ferrée alors mise en place d’ouest en est au travers du fort  pour le service du chantier de construction des quatre Regelbau S 542. La mise en œuvre des constructions allemandes de 1944 employait dans certains cas des maçonneries traditionnelles en pierre de remploi tirées des démolitions : c’est le cas pour les culées du petit pont ferroviaire passant au-dessus de la rampe de l’enceinte basse, mais aussi pour le bâtiment inachevé de logement de personnel construit par les allemands au pied de la courtine du front nord sur la terrasse de l’enceinte basse.

La face gauche du demi-bastion (g) présente une hétérogénéité de parements archéologiquement complexe et difficile à comprendre, qui pourrait témoigner du réemploi en place au début du XVIIe siècle d’une partie d’élévation d’un bâti antérieur non identifié (amorce de construction du fort florentin ?) Quoiqu’il en soit, la brèche murée que présente ce parement ne saurait correspondre à une ancienne porte du fort du XVIIe siècle, qui n’est crédité en ce point par aucun plan ou document d’archives.

Le bâtiment inachevé de 1944 sur la terrasse de l’enceinte basse combine les matériaux traditionnels, pierre de remploi pour les murs, avec le parpaing de ciment pour les cloisonnements intérieurs, et le béton armé pour les poutrelles structurantes du toit terrasse inachevé.

La terrasse de remblais de 1944 ne règne que devant ce bâtiment, le mur parapet de l’enceinte basse de 1887-1888 réapparaissant plus à l’ouest (k), non crénelé et terminé par un bastionnet, en contrebas des restes du front nord du sous-ensemble ouest du troisième groupe (3b). Cette partie du front nord conserve des vestiges significatifs d’ouvrages du corps de place du début XVIIe siècle et de son ancienne entrée.

3e groupe (3a-b) front nord vu de l'est, enceinte basse (k), demi-bastion (g) magasin caverne (i) demi-bastion (j) contregarde (l)3e groupe (3a-b) front nord vu de l'est, enceinte basse (k), demi-bastion (g) magasin caverne (i) demi-bastion (j) contregarde (l)

Des trois souterrains-caverne creusés au pied de ce front entre 1886 et 1889, desservis et défendus par l’enceinte basse, les deux premiers, en partant de la rampe d’accès à l’est, demeurent accessibles. Le premier était un atelier de chargement à sa création, mais il a été fortement transformé en 1944, en supprimant sa façade et en perçant largement son fond et sa voûte pour l’utiliser comme issue d’évacuation des matériaux tirés de l’excavation de la turm III (h) , située au-dessus. Ces matériaux ont servi pour créer la terrasse en remblai élargissant l’enceinte basse. La façade actuelle est reconstruite sommairement en béton de ciment en 1944 après évacuation complète des matériaux, et l’intérieur du souterrain recouvert d’une tôle métro portant sur des poutres latérales en béton, le fond étant refermé d’un mur de ciment avec soupirail.

3e groupe (3a) front nord, enceinte basse, entrée souterrain caverne remanié3e groupe (3a) front nord, enceinte basse, entrée souterrain caverne remanié

3e groupe (3a) front nord, enceinte basse, interieur souterrain caverne remanié3e groupe (3a) front nord, enceinte basse, interieur souterrain caverne remanié

Le second souterrain desservi par l’enceinte basse, le plus important, qui justifiait la mise en place de cette enceinte, est le grand magasin à poudre caverne creusé sur une profondeur de près de 25m sous l’ancienne place d’armes du corps de place du XVIIe siècle. Sa façade habillant l’escarpement rocheux est réalisée avec une certaine monumentalité, en reprenant les poncifs architecturaux vus à la façade de la traverse-abri de la batterie annexe, caractéristique des ouvrages commencés en 1886.

3e groupe (3a-b) front nord, enceinte basse, façade du magasin à poudre-caverne (i) et demi-bastion (j)3e groupe (3a-b) front nord, enceinte basse, façade du magasin à poudre-caverne (i) et demi-bastion (j)

Il s’agit du grand arc plein-cintre extradossé épais à claveaux en trois morceaux, en tête de la voûte, déchargeant un mur de remplage formant façade du magasin proprement dit, dans lequel s’ouvrent deux portes à encadrement de pierre de taille à bossages. Dans l’état actuel, la porte de gauche donne sur un sas de dimensions réduites, et celle de droite directement dans la grande salle du magasin, pavée et dont les parois et voûte taillée dans le roc sont entièrement revêtues d’un doublage de maçonnerie, blocage de moellons pour les murs, briques posées de chant pour la voûte en berceau segmentaire.

3e groupe (3a-b) front nord, enceinte basse, intérieur de la salle du magasin à poudre-caverne (i)3e groupe (3a-b) front nord, enceinte basse, intérieur de la salle du magasin à poudre-caverne (i)

La création de l’enceinte basse en 1887-1888 a condamné l’ancien accès muletier et piéton du fort du XVIIe siècle, remplacé avantageusement par l’accès Est carrossable. Dans l’état actuel, le mur de l’enceinte basse ne fait plus barrage à l’entrée dans le fort par le nord du fait de la terrasse sur remblai créée en 1944 en débord de ce mur. Le chemin en lacets de l’ancien accès nord demeure en place et en partie praticable, certains segments de chemin franchissant des failles sur un mur de soutènement l’un avec une petite arche de pont.

3e groupe (3a-b) front nord vu du nord en contrebas, ancien chemin d'accès enceinte basse (k), demi-bastion (j) contregarde (l)3e groupe (3a-b) front nord vu du nord en contrebas, ancien chemin d'accès enceinte basse (k), demi-bastion (j) contregarde (l)

Ce chemin en lacets aboutissait avant 1886 à des ouvrages d’entrée du début XVIIe siècle adossés hors œuvre du corps de place, au bas de son revêtement, échelonnant trois avant-portes. Dans l’état actuel, le revêtement du front nord du corps de place proprement dit a disparu, du fait du dérasement de 1887, mais les deux ouvrages d’entrée qui accueillaient les deux premières avant-portes existent encore. Le premier est un petit tambour carré à murs maigres, actuellement en ruines et encombré d’éboulis de matériaux provenant de l’excavation de la turm II (m), déversés en 1944 dans la partie ouest de l’enceinte basse (k).

3e groupe (3a-b) vue plongeante depuis le front nord, ancien tambour d'entrée, enceinte basse (k), et chemin d'accès3e groupe (3a-b) vue plongeante depuis le front nord, ancien tambour d'entrée, enceinte basse (k), et chemin d'accès

Ce tambour s’appuie sur le flanc gauche et unique d’un second ouvrage d’entrée (j), plus large, en forme de demi-bastion à angle de capitale obtus, qui accueillait en sous-sol la seconde citerne du fort. Cet ouvrage est bien conservé, mais la seconde avant-porte ménagée dans son flanc n’est plus visible, masquée par les éboulis qui encombrent ce secteur.

3e groupe (3a-b) front nord vu du nord en contrebas,  demi-bastion d'entrée (j) et son tambour3e groupe (3a-b) front nord vu du nord en contrebas, demi-bastion d'entrée (j) et son tambour

Tambour et demi bastion, interdépendants, sont l’un comme l’autre des ouvrages de la campagne Bonnefons de 1600-1610, le tambour n’étant pas, en dépit de sa mise en œuvre plus sommaire, une relique d’un éventuel bâti florentin antérieur27. Le demi-bastion d’entrée (j) conserve les caractéristiques propres à l’architecture de l’enceinte et des autres ouvrages du fort central du XVIIe siècle détruit en 1887, à savoir un revêtement profilé en fruit surmonté d’un cordon portant un parapet (bas et sans embrasures ni créneaux dans l’état actuel) et des chaînes d’angle appareillées en pierre de la Couronne. La mise en œuvre du parement courant en blocage de moellons de facture soignée est analogue à celui des revêtements du XVIIe siècle du premier dehors est (3a), qui cependant, était resté inachevé, comme les autres dehors, sans cordon ni parapet.

Il ne reste dans l’état actuel que deux autres vestige en élévation du revêtement du corps de place début XVIIe siècle dans l’enveloppe de la partie ouest du troisième groupe (3b). L’un, réduit en élévation, se situe à l’ouest-sud-ouest, dans un secteur très remanié de l’enceinte, au point de raccord de l’ancien grand dehors ouest, (quatrième groupe de batterie). Il est caractérisé par sa mise en œuvre, notamment une chaîne d’angle obtus en pierre de la Couronne.

3e groupe (3b), vestige du revêtement de l'ancien corps de place, à l'ouest3e groupe (3b), vestige du revêtement de l'ancien corps de place, à l'ouest

L’autre vestige lié au corps de place du XVIIe siècle est l’ancien grand demi-bastion inachevé nord dit contregarde (l) qui enveloppait en léger contrebas l’angle nord de l’enceinte du corps de place, sa face droite se raccordant au donjon. Cette face droite de ladite contregarde (l), angle de capitale inclus, reste seule encore conservée, caractérisée par ses cinq contreforts intérieurs (destinés à être masqués par un terrassement jamais réalisé) qui pourraient avoir été ajoutés lors d’un renforcement de l’extrême fin du XVIIe siècle.

3e groupe (3b) ruines de la face droite de la contregarde nord (l), contreforts intérieurs3e groupe (3b) ruines de la face droite de la contregarde nord (l), contreforts intérieurs

Ces cinq contreforts apparaissent sur tous les plans d’archives a partir de 1702 de même que la poterne basse qui leur fait suite dans le même mur, condamnée par murage avant 1800. L’arc de tête de la voute de cette poterne reste visible dans l’état actuel du parement intérieur, menacé de disparition par l’évolution de la ruine actuelle.

3e groupe (3b) intérieur de la contregarde nord (l) et fondations de la Tor II allemande3e groupe (3b) intérieur de la contregarde nord (l) et fondations de la Tor II allemande

La face gauche de cette contregarde ou ancien demi-bastion (l) comportait onze contreforts intérieurs semblables, et était complètement conservée jusqu’en 1943. Elle a été détruite sur les trois quart de sa longueur lors des travaux d’excavation de la Turm II  (m) allemande sur l’ancienne batterie française du troisième groupe, située à l’intérieur de cette contregarde. Une partie des déblais de l’excavation avait été évacuée de ce côté gauche sur les versants nord-ouest, une autre sur l’enceinte basse nord-est. Le mur écran qui referme actuellement la large brèche de la face gauche de la contregarde, monté en maçonnerie traditionnelle plus haut et un peu plus en avant que le revêtement du XVIIe siècle, a été réalisé par les allemands en 1944 à la fin des travaux d’excavation.

3e groupe (3b) extérieur de la face gauche de la contregarde (l), mur allemand de 1944 et revetement XVIIe s3e groupe (3b) extérieur de la face gauche de la contregarde (l), mur allemand de 1944 et revetement XVIIe s

La partie achevée des élévations des ouvrages en béton du  Regelbau S 542 de la  turm II  se limite au support circulaire de la tourelle et à son épais mur-bouclier en hémicycle, qui devait masquer la partie basse de la tourelle blindée pivotante du canon de marine de 24cm. L’excavation et la construction inachevée de ce gros ouvrage a entrainé la destruction de la batterie française du 3e groupe réformée en 1892 pour quatre pièces de 95mm. Il n’en reste que peu de vestiges. Au sud-est de l’excavation, un fragment de façade latérale d’une traverse pare-éclats de 1889, à droite des emplacements de tir, habillant une portion de rocher qui formait le corps de cette traverse, conserve un reste de porte d’accès à un réduit (desservant un monte-charge pour le magasin caverne à munitions creusé en dessous ?).

3e groupe (3b) vestige de façade de traverse pare-eclat 1889 et en arrière plan, porte tourelle et mur bouclier de l'ouvrage allemand  S 542 de la Turm II (m) 3e groupe (3b) vestige de façade de traverse pare-eclat 1889 et en arrière plan, porte tourelle et mur bouclier de l'ouvrage allemand S 542 de la Turm II (m)

L’autre vestige, près du précédent au sud-ouest, donnant sur la rue intérieure, est un pare-éclat isolé de plan triangulaire qui couvrait la gorge des deux pièces de 24cm de 1889, et demeurait en place à l’arrière de celle de quatre pièces de 95mm. Ces pare-éclats avec porte d’accès à une niche, encadrée d’angle arrondis, sont du même type que ceux de la batterie de mortier du premier groupe.

3e groupe (3b) portion du front sud et traverse pare-eclat de l'ancienne batterie française, à l'arrière plan à gauche, murs du 4e groupe3e groupe (3b) portion du front sud et traverse pare-eclat de l'ancienne batterie française, à l'arrière plan à gauche, murs du 4e groupe

            Au sud de la partie Est du troisième groupe (3a), l’excavation de la turm III  de 1944 (h) décaisse pratiquement toute l’aire intérieure de l’ancien premier dehors Est triangulaire, dans lequel s’élevait le casernement construit en 1887. Les ouvrages de béton du Regelbau S 542 se limitent aux fondations, sur lesquelles la structure en cage du ferraillage vertical d’attente en poteaux béton est en partie debout, en partie non monté, en partie démonté. Le mur d’enveloppe du revêtement, en moyenne peu élevé au-dessus du substrat rocheux inégal en élévation, est très remanié, le côté droit en partie détruit en 1944 et reconstruit sur un autre alignement, en retrait du tracé initial.

3e groupe (3a) secteur sud, excavation de l'ouvrage allemand  S 542 de la Turm III (h)3e groupe (3a) secteur sud, excavation de l'ouvrage allemand S 542 de la Turm III (h)

Le quatrième groupe de batterie (4) du fort de Ratonneau conserve des portions, assez peu caractérisés, des revêtements l’ancien grand dehors ouest du XVIIe siècle, des vestiges très limités de la batterie de 4 pièces de 24cm de 1888-1889 (n), et des éléments significatifs de la batterie allemande Südwall, turm I  (p) et infrastructures techniques, principalement liées au transport des matériaux.

L’importance de ces infrastructures de 1944, notamment sous forme de murs d’appui en pierre jointoyés au ciment avec portions d’élévations en parpaings en partie inachevées, brouille la lisibilité de la chronologie des constructions et des vestiges antérieurs. Dans la partie Est du quatrième groupe, en particulier, au raccord avec l’enveloppe le troisième groupe, qui était décloisonné dans l’état de la batterie française achevé en 1889, comme le montrent les plans et une photographie aérienne de 1926, est aujourd’hui fermé de deux murs parallèles dégageant un passage intermédiaire en forme de tranchée. Ce retranchement est donc créé en 1944 mais une partie des parements en pierre des murs évoquent trompeusement la mise en œuvre des constructions de la fin du XIXe siècle.

4e groupe (4), murs et passage en tranchée cloisonnant la transition avec le 3e groupe (3b)4e groupe (4), murs et passage en tranchée cloisonnant la transition avec le 3e groupe (3b)

Le principal élément du revêtement conservé dans son élévation du début du XVIIe siècle est l’avancée extrême ouest de l’ancien grand dehors, occupant une étroite arête, et se terminant par un front hémicirculaire outrepassé (r) évoquant l’embase d’une tour (et sur lequel Vauban avait proposé la construction d’une tour circulaire). Cette avancée conserve, dans l’hémicycle et dans le revêtement nord, son parement caractéristique de la campagne 1600-1610, mais les parties de revêtement directement attenantes sont refaites postérieurement.

4e groupe (4), angle nord-ouest du revêtement refait en 1944 et avancée saillante ouest (r) début XVIIe terminée en hémicycle4e groupe (4), angle nord-ouest du revêtement refait en 1944 et avancée saillante ouest (r) début XVIIe terminée en hémicycle

Au nord-est de l’avancée, le revêtement a été détruit et reconstruit en pen 1944, en avant de l’ancien côté nord, pour dégager l’emprise au sol nécessaire pour la Turm I (p) et pour permettre dans un premier temps  l’évacuation des éboulis tirés de l’excavation. Le petit épi triangulaire en pierre occupant l’angle nord-ouest actuel est donc une création de 1944 et non une relique antérieure, bien que son parement tendant à l’appareil polygonal, avec chaines d’angles en pierre équarrie, puisse prêter à confusion. Ce choix d’employer la pierre dans une mise en œuvre d’aspect traditionnel s’explique, ici comme dans le mur écran de la face gauche de la contregarde (l) du troisième groupe, par la facilité de remploi des matériaux des ouvrages antérieurs démolis pour céder place aux quatre Regelbau S 542.

 Le revêtement du front ouest, partant directement du sud du saillant hémicirculaire début XVIIe siècle (r), est intégralement construit à neuf en 1888 pour agrandir de ce côté l’ancien périmètre clos et terrassé, au bénéfice de la batterie de 24cm. Le saillant crénelé de plan en trapèze qui termine et flanque ce front au ras de l’angle sud-ouest, est un ajout postérieur de quelques années.

4e groupe (4), avancée saillante ouest (r) début XVIIe terminée en hémicycle et front ouest 1888 terminé par un saillant (q)4e groupe (4), avancée saillante ouest (r) début XVIIe terminée en hémicycle et front ouest 1888 terminé par un saillant (q)

La mise en œuvre des parements en appareil polygonal irrégulier du saillant crénelé ne se différencie de celle du revêtement sur lequel il s’appuie que par le traitement des joints, creux en non rubanés.

4e groupe (4), revêtement du front ouest 1888 et saillant crénelé (q)4e groupe (4), revêtement du front ouest 1888 et saillant crénelé (q)

Ce petit saillant abrite un local non casematé, percé sur chacune de ses trois faces par trois créneaux à fente courte encadrée en pierre équarrie. Il est couvert d’une dalle de béton armé et divisé intérieurement en quatre cellules par des cloisons en ciment. Cet aménagement carcéral, qui daterait de 1935, ne s’accorde pas avec la répartition des créneaux, apparemment murés lors de la construction des cellules ; on doit donc admettre que ce saillant a été conçu à l’origine, non comme prison, mais comme un petit ouvrage de défense rapprochée au fusil, le pied des revêtements étant assez facile d’accès de l’extérieur devant ce front ouest, le terrain étant moins escarpé qu’au nord et au sud.

Au revêtement du front ouest s’appuie un portique en béton armé à deux piles qui était le point d’appui supérieur du treuil de hissage du plan incliné que les allemands avaient mis en place au début de 1944 pour monter, depuis le port, les tourelles, l’armement et certaines fournitures et matériaux au service du chantier, commencé par l’ouest.

4e groupe (4), revêtement du front ouest 1888 et portique en béton de 1944, pour le plan incliné du chantier4e groupe (4), revêtement du front ouest 1888 et portique en béton de 1944, pour le plan incliné du chantier

L’accès technique de personnel de l’intérieur du fort au point d’arrivée du plan incliné avait justifié la percée d’une issue dans le revêtement du front sud, toujours en place a peu de distance du saillant sud-ouest (q).

L’aire intérieure du quatrième groupe, ancien grand dehors ouest, conserve les infrastructures de trois voies techniques distinctes plus ou moins achevées, pour assurer le portage des matériaux et outillage sans passer par la rue intérieure carrossable.

Le long du front nord, immédiatement au-dessus du revêtement et à l’arrière  de l’excavation du Regelbau S 542 de la Turm I (p), une série rapprochée de piles basses en ciment évoquant des traverses de chemin de fer correspond manifestement à l’infrastructure d’une voie de transport de matériel, peut-être inachevée.

4e groupe (4), front nord, série de piles traverses dune voie de transport, à l'arrière de la turm I inachevée (p)4e groupe (4), front nord, série de piles traverses dune voie de transport, à l'arrière de la turm I inachevée (p)

L’excavation de la Turm I (p) parait plus profonde que celles des trois autres positions de la batterie Südwall du fort de Ratonneau. Le degré de construction des gros ouvrages en béton armé du Regelbau S 542 y est à peu près semblable à celui de la Turm II (m), soit achèvement du support cylindrique de la tourelle et de son mur-bouclier en hémicycle.

4e groupe (4) - excavation, porte tourelle et structure d'attente d'ouvrage allemand S 542 de la turm I inachevée (p)4e groupe (4) - excavation, porte tourelle et structure d'attente d'ouvrage allemand S 542 de la turm I inachevée (p)

En revanche, s’agissant du grand bloc casemate auquel la tourelle devait s’adosser, la dalle de soubassement est en place, mais à la différence de celle de la Turm II (m), elle porte l’armature structurante à peu près complète des échafaudages et platelages pour le coulage du béton massif, composée d’un réseau de poteaux verticaux en béton armé contreventés par des poutrelles horizontales, et terminés  en partie haute en forme de croix latine. Sur le côté ouest de l’excavation du Regelbau S 542 inachevé s’élève un petit château d’eau en béton construit en phase avec le chantier et des abris individuels sommaires en pierre et béton.

Le long du front sud, au revers de la gorge de l’ancienne batterie française de 4 pièces de 24cm entièrement détruite en 1944, une série de piles assez étroites de maçonnerie traditionnelle doublée parallèlement par une autre série des piles plus basses avec étroit passage longitudinal intermédiaire, semble correspondre à l’infrastructure d’une voie ferrée de transport sur wagonnets créée pour le chantier des ouvrages allemands, mais on perd la trace des supports de cet équipement dans son prolongement Est, ce qui interroge sur son caractère potentiellement inachevé.

4e groupe (4), front sud, série de piles maçonnées d'une voie de transport de 1944, et descente d'escalier de 1888 (o)4e groupe (4), front sud, série de piles maçonnées d'une voie de transport de 1944, et descente d'escalier de 1888 (o)

Dans ce même secteur médian du front sud du quatrième groupe (4), entre la série de piles maçonnées et le revêtement, s’ouvre une fosse carrée taillée dans le roc et maçonnée en partie haute, accueillant la descente d’un escalier à volées droites et tournantes, bordé de rambardes en fer, descendant autour d’un vide central.

4e groupe (4), front sud, fosse de descente d'escalier (o) desservant le magasin caverne de la batterie française de 18884e groupe (4), front sud, fosse de descente d'escalier (o) desservant le magasin caverne de la batterie française de 1888

Créé en 1888, cet escalier constituait l’accès au magasin à munitions au service de la batterie française de 4 canons de 24cm, magasin creusé en caverne sous la gorge et le parados de cette batterie. Le magasin caverne demeure accessible, avec sa porte d’entrée à encadrement en pierres de taille à bossages rustiques couverte d’un arc segmentaire, caractéristique des ouvrages de la campagne 1886-1889. Laissée brute de déroquetage, la salle du magasin à munitions est percée dans sa voûte d’un puits circulaire débouchant au sol du terre-plein uni, non bâti, qui occupe l’emplacement de l’ancienne batterie française de 4 canons, détruite. Il ne semble pas que ce puits ait été mis en place pour servir de monte-charge en 1888, car un tel monte-charge n’apparaît pas dans le parados de la batterie sur les plans d’archives antérieurs aux destructions de 1944. Pour autant,  ce magasin caverne et son escalier d’accès demeurent, dans l’état actuel, le principal vestige de la batterie française du quatrième groupe de 1886-1889.

4e groupe (4), front sud, porte du magasin caverne de la batterie française de 1888, en bas de la fosse d'escalier(o)4e groupe (4), front sud, porte du magasin caverne de la batterie française de 1888, en bas de la fosse d'escalier(o)

4e groupe (4), front sud, salle du magasin caverne de la batterie française de 18884e groupe (4), front sud, salle du magasin caverne de la batterie française de 1888

Un unique vestige d’ouvrage maçonné est implanté à l’extérieur du périmètre des enceintes du fort, sans contact avec les revêtements. Il est situé au sud-ouest de la troisième section de batterie, et plus précisément de la partie ouest, correspondant à l’emplacement de l’ancien corps de place. Il se compose d’un segment de revêtement de plan en chevron, profilé en talus, habillant directement le rocher, parementé en blocage avec un chaînage d’angle en pierre de taille de facture soignée. Cet élément évoquant l’embase d’une demi-lune avortée figure sur le plan cavalier du fort en 1675 mais n’est plus porté sur les plans suivants excepté celui du projet de 1849. La mise en œuvre de ce vestige ne permet pas de trancher sur son attribution à une amorce de construction florentine ou à un segment avorté de dehors français de 1607-1610. On notera, en faveur de la seconde hypothèse, l’absence de chaînages d’angle soignés en pierre de taille dans les restes de constructions florentines du fort de Pomègues et du château d’If.

Extérieur du 3e groupe (3b), sud, vestige isolé de revêtement de plan en chevron.Extérieur du 3e groupe (3b), sud, vestige isolé de revêtement de plan en chevron.

1Archivio di Stato di Firenze, Miscellanea Medicea (MM) 93/II, 1-82David Buisseret, Ingénieurs et fortifications avant Vauban. L’organisation d’un service royal aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, CTHS, 2000, p.62.3BnF, Cartes et plans, GE DD-4585 (2 RES): Recueil des plans des places du Royaume, divisées en provinces, faits en l'an 1693. t. II F° 21 v°4Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 335Ces caractéristiques évoquent la typologie de tours circulaires à étages casematés crénelés proposés par Vauban sur d’autre sites et réalisées notamment en Cotentin pour les batteries de côte de Saint Vaast la Hougue et Tatihou.6Carte de la côte des rades de Marseille ou sont marquées les batteries pour inquiéter le bombardement, Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°41. MM de Viviers, de Ressons, Saint Louis et Cleron de Querdren, Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades, 27 septembre 1694, Vincennes, SHD, 1VH10767Vincennes, SHD, 1VH1077, n° 368Vincennes SHD, 1VH 1077, n° 55.9Vincennes SHD, 1VH 1077, n° 57.10SHD Vincennes 1VH1079 n°511Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1412Vincennes SHD, 1VH 1084, n° 113Vincennes SHD, 1VH 108514Vincennes SHD, 1VH 108815Cité par François-Noël Richard, Iles du Frioul, l’histoire, Marseille, 201816Vincennes SHD, 1VH 108817Vincennes SHD, 1VH 108918Vincennes SHD, 1VH 109019Toulon SHD, marine 90-094 C3920Toulon SHD, marine 90-094 C3921Vincennes SHD, GR 7N 191022Toulon SHD, marine 90-094 C3623Vincennes SHD, GR 7N 191024SHD Toulon 90 094 3625SHD Toulon 90 094 3626Une photographie aérienne de 1946 montre que les aménagements de partie de la terrasse étaient déjà détruits.27Le plan du projet florentin inabouti comporte bien un petit tambour d’entrée, au nord, mais de plan en fer-à-cheval.

Un premier projet de fort dit Santa Christiana, sur l’île de Ratonneau, date de la fin de l’occupation des îles du Frioul par des troupes florentines de Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, qui avaient été sollicitées en 1591 pour renforcer les défenses du château d’If. Ce secours permettait alors de faire pièce à l’occupation du fort Notre-Dame de La Garde contre le pouvoir royal par un contingent du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, allié des ligueurs marseillais. En 1596, le contexte politique local ayant évolué en faveur de l’allégeance à Henri IV, l’occupation florentine des îles du Frioul était devenue indésirable, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi. Les florentins ayant chassé la garnison française du château d’If, projetèrent la construction d’un fort sur la hauteur de chacune des deux îles de Ratonneau et Pomègues. La construction du second, dit San Giovanni fut réalisée en 1597, peu avant la conclusion d’un traité accordant aux Florentins, en contrepartie de l’évacuation des îles, deux cents mille écus d’or pour rembourser les dépenses engagées durant l’occupation.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins à Pomègues, Ratonneau et If, fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le roi en Provence depuis 1600. Dans le cas de Ratonneau, la présence défensive des marseillais sur l’île en 1597, semble avoir empêché la réalisation du fort Santa Christiana. Raymond de Bonnefons conçut un fort complètement différent du projet florentin, avec un donjon casematé à deux niveaux de plan hexagonal, portant plate-forme d’artillerie et flanquée de trois tourelles d’angle cylindriques. Ce donjon était une variante réduite et sans cour intérieure de celui de la citadelle de Saint-Tropez, conçu et réalisé à partir de 1602 par le même Bonnefons. Le donjon de Ratonneau était achevé en 1605, mais les travaux du fort durèrent jusqu’en 1610, soit trois après la mort de l’ingénieur royal, remplacé dans ses fonctions par son fils Jean de Bonnefons.

Le fort réalisé, occupant une arête rocheuse étirée en longueur dans un axe est-ouest, comprenait un corps de place non bastionné incluant le donjon, et trois dehors plus étendus et plus bas que ce corps de place, échelonnés de part et d’autre, un grand à l’ouest, deux à l’est. L’enceinte polygonale irrégulière du corps de place, couronnée d’un parapet d’infanterie ponctué de guérites, incluait deux parties distinctes : côté ouest une cour avec citerne en sous-sol, bordée de casemates de casernement, surplombée par le donjon qui saillait en partie sur le front nord, et, du côté est, une terrasse ou place d’armes plus haute que la cour. L’entrée du fort était au nord, desservie par un chemin d’accès piéton et muletier montant en lacets sur le versant de l’éperon. La porte du corps de place était précédée d’avant-portes, la rampe d’accès traversant deux petits ouvrages extérieurs adossés, un tambour carré et un demi-bastion incluant une seconde citerne. Le premier dehors Est de plan triangulaire avec un demi-bastion au nord-est, était précédé d’un second dehors plus allongé, terminé par un front tenaillé à la manière d’un ouvrage à cornes. Le plan du grand dehors ouest évoquait aussi celui d’un ouvrage à cornes, déformé par une avancée étroite terminée en hémicycle saillant sur son front ouest. Ces dehors étaient restés inachevés en 1610, sans organisation ou bâtiments internes, sans entrée ni communications formelles avec le corps de place, avec des discontinuités dans leur revêtement.

Aucun changement notable n’est apporté au fort de Ratonneau jusqu’au mémoire de Vauban sur les projets de Marseille en 1701. Seul, un large saillant en chevron dit « contregarde » terminant à l’est l’enceinte du grand dehors ouest en enveloppant l’angle nord-ouest du corps de place pour se raccorder au donjon, avait peu avant été transformé en demi-bastion en y ajoutant un flanc et des contreforts intérieurs, travaux que Vauban demandait d’achever par un terrassement. Les articles du projet de Vauban consacrés à Ratonneau, qui comportaient l’achèvement du grand dehors ouest avec une tour crénelée en tête de l’avancée ouest, ne furent pas réalisés. En 1695, Le fort était armé de quatre canons et un mortier en 1695, le projet de Vauban proposait d’y répartir onze canons de trois calibres différents.

Un projet de réparation des dehors, avec magasins à poudre et d’approvisionnement, proposé en 1756 et en 1774, ne fut pas suivi d’exécution.

A partir du Premier empire, l’intérêt militaire du fort de Ratonneau est reconsidéré en valorisant sa fonction de batterie de côte pour des tirs à moyenne et longue portée. Le chef du génie Jean-Joseph Amable Tournadre fit réparer le grand dehors ouest dans cette intention en 1813 et proposait l’année suivante d’achever les dehors Est, reformulant le projet de magasins à poudre et d’approvisionnement mieux placés pour le service des batteries que ceux logés dans la casemate basse du donjon. Les projets restèrent sans suite jusqu’au lancement, en 1846 d’un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes. La restauration du grand dehors ouest et du premier dehors Est pour y placer neuf à onze pièces de canon est présentée en 1846 et en 1849 par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, puis représenté en 1859 par le chef du génie Guillemaut qui estimait insuffisante la capacité de casernement des casemates de la cour du corps de place et du donjon (50 hommes en temps de guerre). En 1860, l’organisation des batteries était en cours pour recevoir quatre canons, cinq obusiers et deux mortiers.

Après 1872, les  progrès parallèles de la flotte de guerre à vapeur et de l’artillerie à longue portée rayée entrainèrent une valorisation des batteries de côte situées en  hauteur, pour le bombardement des vaisseaux avec de l’artillerie de marine. Un premier projet d’organisation représentant une transformation complète des batteries existantes dans le fort Ratonneau fut présenté en 1879, avec une répartition sur l’ensemble, y compris le second dehors Est, jamais réhabilité depuis 1610. Ce projet fut reformulé différemment en 1883 par le lieutenant colonel Morellet, chef du génie en sacrifiant l’ancien corps de place, donjon compris, condamnés à être dérasés car jugés trop visibles du large. La réalisation du projet, entre 1886 et 1889 eut pour préalable la construction d’une nouvelle route d’accès carrossable en lacets à l’extrémité Est  de l’éperon, aboutissant à une nouvelle porte du fort percée dans le front en tenaille du second dehors Est. La batterie principale, pour huit canons de 24cm dans des emplacements de tir individuels était entièrement reportée dans l’ancien grand dehors ouest et sur l’emplacement de la moitié ouest de l’ancien corps de place, dérasé en 1887. Une batterie annexe de quatre canons répartis en deux sections doubles, première réalisée en 1886, fut implantée dans la partie postérieure du second dehors Est, retranchée de la partie antérieure en forme d’ouvrage à cornes par un fossé et un mur d’escarpe percée d’une seconde porte, à pont levis. Passé cette porte, une rue intérieure continue desservait les batteries, en traversant l’ancien premier dehors Est, l’emplacement de l’ancien corps de place et le dehors ouest, décloisonnés. Un casernement casematé et enterré proposé dans le premier dehors Est fut réalisé sous une forme plus réduite, adaptée à 72 hommes, 1 officier, 4 sous-officiers à la moitié de l’effectif attribué au fort en temps de guerre, le reste du personnel étant logé au Lazaret. A la fin de 1887, une modification apportée à la batterie ouest, pour desserrer les emplacements de tir des huit canons, en reporta deux dans la partie antérieure du second dehors Est, près de la porte, ce qui fut fait, tout en conservant huit canons à l’ouest, répartis en deux groupes de quatre dont un recentré sur l’emplacement de l’ancien corps de place rasé. Un grand magasin à poudre en caverne creusé dès 1886 dans l’escarpement nord, sous ce dernier groupe de quatre canons, justifia la mise en place d’une enceinte basse bordant à l’extérieur le front nord entre le demi-bastion nord-est du premier dehors Est et l’ancien ouvrage en chevron nord dit « contregarde ». Cette enceinte basse desservait aussi deux autres souterrains caverne, un atelier de chargement et un magasin de munition au service du groupe central de la batterie principale ouest. A son achèvement en 1889, la batterie du fort de Ratonneau était donc organisée en quatre groupes de canons de 24cm, numérotés d’est en ouest à partir de la porte, le premier pour deux canons, les trois suivants pour quatre canons chacun. En 1889, il fut proposé de remplacer quatre des pièces de 24cm par quatre mortiers de 270mm pouvant tirer derrière une double crête, ce qui aboutit à la modification du premier groupe, remanié pour former la batterie de mortier de quatre pièces, sans désarmer les autres groupes, d’où un armement complet de seize pièces réparties en quatre groupes de quatre.

En 1892, le 3eme groupe de batterie, occupant l’emplacement de l’ancien corps de place dérasé fut transformé pour remplacer deux des pièces de 24cm par deux sections de chacune deux canons Lahitole de 95mm.

L’occupation allemande et l’intégration tardive du fort de Ratonneau au système défensif  du Südwall signèrent l’ultime étape de l’histoire du fort et de la batterie, perturbant profondément les ouvrages de 1886-1892 tout en gardant le principe des quatre groupes.

Planifié à la fin de 1943, le programme de la Marine-Kusten batterie Ratonneau organisait dans l’ancienne batterie française quatre canons de 24cm K.M. 02-06 (f) sous tourelles blindées, récupérés sur le cuirassé français Condorcet. Les supports choisis pour porter ces tourelles étaient des casemates-abri en béton (Regelbau) ,très imposantes( 30m X 20m, 4500 m3 de béton), du type codé S 542. La mise en place de ces ouvrages (dits turm I-II-III-IV) commencés d’ouest en est à la faveur d’un plan incliné d’approvisionnement construit entre le port et l’extrémité ouest du fort, nécessitait d’importantes excavations préalables, avec déblais sur le versant nord. Les travaux de la turm 1 entrainèrent  la destruction de la batterie de 24cm du 4e groupe, la turm II celle de batterie de 95mm du 3e groupe,  la turm III celle de la caserne de 1887 du 3e groupe, enfin la turm IV, celle d’un des 4 emplacements de la batterie de mortier du 1er groupe, sur laquelle furent implantés trois canons de défense antiaérienne de 3,7cm. La batterie annexe 1886 du 2e groupe fut aussi à moitié détruite. Le chantier, fut arrêté brutalement en août 1944 à la suite du débarquement de Provence, laissant les quatre Regelbau S 542 largement inachevés.

  • Période(s)
    • Principale : limite 16e siècle 17e siècle, 1er quart 17e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : limite 17e siècle 18e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
    • Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source, porte la date
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Bonnefons Raymond de
      Bonnefons Raymond de

      Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence et Dauphiné. Il travaille notamment en Provence aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez, de Toulon, de Marseille (Iles du Frioul) et du fort de Bouc, et en Dauphiné à Fort Barraux et Exilles. Mort accidentellement avec le fils de Jean Errard. Il avait pour apprentis et assistants son fils Jean de Bonnefons, qui lui succèdera en Provence, et Jean de Beins, qui lui succédera en Dauphiné.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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    • Auteur :
      Morellet Eugène
      Morellet Eugène

      lieutenant colonel Chef du génie de Marseille dans la période 1882-1886

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    • Auteur :
      Marcille Emile-François
      Marcille Emile-François

      Lieutenant Colonel, chef du Génie de Marseille de juillet1885 à juin 1888 date de sa promotion à Brest. Polytechnicien, concepteur de ponts démontables pour voies ferrées. Général de brigade en 1894 et commandant du génie de la 15e région à Marseille de cette date à 1897, puis directeur du génie à Paris.

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    • Auteur :
      Cauvin Joseph Bruno Lucien
      Cauvin Joseph Bruno Lucien

      Chef de bataillon du génie en 1883, chef du génie de Marseille de 1889 à 1894, officier de la légion d'honneur

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    • Auteur :
      Bonnefons Jean de
      Bonnefons Jean de

      Fils et successeur de Raymond de Bonnefons. Ingénieur du roi en Provence et Dauphiné en 1607, travaille à l'enceinte de Toulon, à celle d'Antibes, de Saint-Tropez, et à la citadelle de Sisteron.

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      ingénieur militaire attribution par travaux historiques

L’état actuel du fort, surplombant l’île de Ratonneau à une altitude variant de 56m (porte d’entrée) à 75m  est un véritable rébus archéologique dont la compréhension nécessite une bonne connaissance de son histoire architecturale. Les contours du plan d’ensemble restent assez proches de ceux du fort du XVIIe siècle tel que remanié entre 1886 et 1892. Cependant, cette importante campagne du XIXe siècle et les travaux allemands inachevés de 1944 ont largement transformé, détruit ou mutilé certaines des dispositions antérieures, en sorte qu’il ne reste que peu de vestiges significatifs du fort de 1600-1610 et de ses dehors, et ceux-ci sont discontinus, en dépit d’une certaine constance du plan général de l’ensemble.

La mise en œuvre des parements des campagnes de reconstruction de la fin du XIXe siècle se caractérisent par l’emploi constant d’un appareil polygonal irrégulier, le plus souvent avec joints ruban.

La partition de l’ensemble en quatre groupes de batteries, créé à la fin du XIXe siècle, reste pertinente pour une description sommaire des ouvrages actuels, progressant d’est en ouest, à partir de l’entrée carrossable.

La porte du fort, affichant les millésimes 1886 et 1889, gauche (vue du dehors) du front en tenaille de l’ancien second dehors est, 1er groupe de batterie. C’est une simple arcade dans un mur écran couronné de faux créneaux, sans autre défense que deux créneaux encadrant l’arcade. La batterie de mortiers du 1er groupe a conservé 3 de ses 4 emplacements de tir circulaires alignés et sa traverse pare-éclats centrale, abritant une niche desservant un monte-charge. Ce monte-charge communiquait avec l’abri à projectiles et gargousses creusé en caverne au-dessous, conservé ainsi que deux autres abris-caverne  de plan en T, pour projectiles et agrès, disposés symétriquement de part et d’autre de son entrée. L’extrémité ouest de la batterie de mortiers est détruite, du fait de l’excavation créée en 1944 pour la turm IV de la batterie allemande du Südwall, dont seul le soubassement bétonné a été réalisé.

La batterie de canons de 24cm du 2e groupe, ancienne batterie annexe telle que définie et construite en 1886, est retranchée du 1er groupe depuis cette date par un front intermédiaire, mur transversal bordé d’un fossé et flanqué d’un petit saillant carré ou caponnière à l’angle nord-est. Le fossé est aujourd’hui ouvert dans sa partie nord sur l’excavation de la turm IV  et comblé dans sa partie ouest, correspondant à l’emplacement de la porte à pont-levis, 2e porte d’entrée, rasée depuis 1944. Le mur de revêtement nord, reconstruit en 1886, est flanqué à son angle nord-ouest d’un petit bastion asymétrique terrassé. De la batterie proprement dite ne reste que la première section d’artillerie à deux emplacements de tir jumeaux, à l’intérieur de laquelle s’élève un corps de garde rectangulaire en béton armé construit par les allemands en 1944, et la première traverse-abri, à gauche de cette première section d’artillerie, avec son mur de façade intact, arrondi aux angles. A droite de la première section, la seconde traverse et la seconde section ont été rasés et terrassées en 1944.

A la suite, le 3e groupe de batteries cumule le périmètre de l’ancien premier dehors Est de plan triangulaire, celui de l’ancien corps de place rasé avec son donjon en 1887, et celui de l’enceinte basse ajoutée au nord en 1887-1888. De l’ancien premier dehors Est du XVIIe siècle subsiste une partie du demi-bastion nord-est, traversé par la rue intérieure, et du mur attenant du front nord. Les deux côtés sud du revêtement de cet ancien sous-ensemble sont très remaniés ou reconstruits, en partie en retrait de leur alignement primitif. Ils enveloppent l’excavation de la turm III  de la batterie allemande de 1944, qui a fait disparaître le casernement de 1888. Les contours du périmètre de l’ancien corps de place du XVIIe sont en partie effacés par les dérasements de 1887 et ceux de 1944. Les éléments les plus significatifs du XVIIe siècle et de la campagne de 1886-1889 sont visibles sur le front nord. Il s’agit des restes des anciens ouvrages de l’entrée primitive du fort, soit un petit tambour carré qui accueillait la première avant-porte, adossé au flanc d’un demi-bastion, où s’ouvrait la seconde avant-porte. Cette avant-porte n’est plus visible, mais le demi-bastion a conservé son cordon portant parapet, caractéristique de la campagne Bonnefons. Plus à l’ouest l’ancien ouvrage de plan en chevron dit « contregarde » qui se raccordait à la fois au dehors ouest et au corps de place subsiste en partie avec son revêtement jamais terrassé à contreforts intérieurs de la fin du XVIIe siècle. Cet ouvrage est mutilé du fait de l’excavation de la turm II  de la batterie allemande de 1944, sa face ouest ayant alors été démolie pour évacuer les déblais sur les versants nord de l’éperon, et reconstruit sous la forme actuelle d’un mur-écran en maçonnerie de pierre traditionnelle. Les aménagements 1886-1889 conservés du front nord de ce 3e groupe sont l’enceinte basse, dont le mur de revêtement ou mur parapet est en partie conservé, terminé à l’ouest par un bastionnet contre la pointe de la contregarde, et deux souterrains caverne. Le plus important, avec façade maçonnée habillant le rocher escarpé, est le grand magasin à poudres de 1886-1887 dont la création avait justifié celle de l’enceinte basse. A l’intérieur de la partie nord-ouest de ce 3e groupe, la batterie proprement dite réformée en 1892, est entièrement détruite, à l’exception d’un pare-éclat de plan triangulaire, et remplacée par les infrastructures en béton réalisées de la turm II  de la batterie allemande de 1944. Plus avancées que celles des deux précédentes, ces infrastructures de l’important ouvrage Regelbau S 542 comportent l’élévation du support circulaire de la tourelle du canon et son mur-bouclier en hémicycle. Deux autres constructions de 1944 sont un abri de personnel inachevé implanté dans l’enceinte basse, combinant pierre, parpaings de ciment et béton, et un pont au-dessus de la rampe d’accès à cette terrasse, pour une des voies de transport de matériaux du chantier.

Le 4e groupe de batterie, cloisonné du précédent en 1944 par un double mur et un passage en tranchée, correspond à l’ancien dehors ouest du XVIIe siècle, dont les revêtements sont largement reconstruits lors de la campagne de 1886-1889. Là encore, les quatre emplacements de tir de la batterie de 24cm de 1887 sont entièrement détruits. Il ne reste de cette batterie française que son abri à projectiles en souterrain caverne, desservi par un escalier à volées tournant dans une fosse autour d’un vide central, en bordure du revêtement du front sud. Le front ouest conserve l’avancée du revêtement XVIIe siècle terminée en hémicycle outrepassé, sur un isthme de l’arête rocheuse, à laquelle se raccorde un revêtement rectiligne de 1887, terminé à l’angle sud-ouest par un petit saillant crénelé ajouté vers 1905, et transformé en prison. Sur ce front ouest se greffe un portique en béton armé de 1944 qui portait un treuil permettant de hisser les matériaux et équipements du chantier montés jusqu’au pied des murs sur un plan incliné partant du port de Ratonneau. Ce secteur ouest de l’ancien 4e groupe de batterie inclut les infrastructures de la turm I  de la batterie allemande de 1944, dont la partie réalisée en  élévation est la même que celle de la turm II , complétée par l’armature structurante à peu près complète des échafaudages et platelages pour le coulage du béton massif du grand bloc casemate du Regelbau S 542, composée d’un réseau de poteaux verticaux en béton armé contreventés par des poutrelles horizontales, et terminés  en partie haute en forme de croix latine. On observe aussi, au nord et au sud de l’emprise de la turm I  , des séries de piles, infrastructures de voies de roulage des matériaux et équipements du chantier. 

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
    • béton béton armé
  • Toits
    pierre en couverture, béton en couverture
  • Plans
    système bastionné, système tenaillé
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier de distribution extérieur : en maçonnerie
  • Typologies
    batterie fermée
  • État de conservation
    désaffecté
  • Statut de la propriété
    propriété d'un établissement public de l'Etat (incertitude), Parc national des Calanques
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler, vestiges de guerre
  • Sites de protection
    parc naturel national
  • Protections

  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Projet général des ouvrages à faire pour mettre les places du département de Marseille dans l'Etat désirable par Charles François Marie d'Aumale, 1774. Service Historique de la Défense, Vincennes: 1VH 1077, n° 55.

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • Etat estimatif de la dépense à faire pour l'organisation des batteries de côte pour 1849, par Marie-Tranquille Lebas. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1859-1860 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1088.

  • Place de Marseille. mémoire sur les projets pour 1867-1868 par le colonel Maritz, chef du génie, 1867. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1090

  • [Plan du projet du fort Santa Christiana à Ratonneau]./ dessin aquarellé, 1597. Archivio di Stato di Firenze , Miscellanea Medicea (MM) 93/II, 1-8.

  • [Plans, élévations et coupe du donjon de Ratonneau et de son enceinte]. / Dessin aquarellé par les capitaines Meinier et La Ribellerie, 1er décembre 1826. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J 24 (Planche de l'atlas des bâtiments militaires).

  • [Plan et profil du corps de place du fort de Ratonneau, détail d'une planche]. / Dessin aquarellé par Antoine Niquet, 1702. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076 n°33

  • [Plan du corps de place du fort de Ratonneau, détail d'une planche]. / Dessin aquarellé par Charles-Joseph Lefebvre, 1718. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1077

  • [Plan cavalier du fort de Ratonneau]. / Dessin aquarellé, 1675. Bibliothèque nationale de France, Paris : Cartes et Plans GE D-16839, Registre C 20439

  • [Planche de plans des forts de Pomègues et Ratonneau]. / Dessin, 1694. Bibliothèque nationale de France, Paris : Recueil de plans des places du royaume, Cartes et Plans GE DD-4585 (2, RES), t. II, f°21 v°.

  • Plan du fort de l'isle de Ratonneau (...) pour servir au projet général 1774. / Dessin aquarellé, par Claude-Quentin La Chiche. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1077, n°33

  • [Plan du fort de de Ratonneau et élévation du donjon]. / Dessin aquarellé, par Claude-Quentin La Chiche et Justinien Victor Somis, 19 novembre 1776. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1077, n°57.

  • [Plans d'ensemble et de détail des] améliorations et réparations à faire au fort de de Ratonneau. / Dessin aquarellé, sous la direction de Tournadre Aîné ,18 novembre 1824. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1080

  • [Plan du projet d'organisation de batteries dans le fort de Ratonneau, détail plan général]. / Dessin aquarellé sous la direction du chef du génie Lebas, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085

  • [Plans du fort de Ratonneau, état des lieux et état projeté]. / Dessin aquarellé par Jacques Quiquandon, commandant du génie, 22 janvier 1869. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1090

  • [Vue de la carrière de Ratonneau ouest en contrebas du fort]. / Photographie d'Adolphe Terris, 1875. Archives de l'Ecole nationale des ponts et chaussées, Paris : PH 142 A.6

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie du fort de Ratonneau pour 1879]. / Dessin aquarellé par le capitaine Versailleux, 22 août 1878. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 37.

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie annexe du fort de Ratonneau]. / Dessin aquarellé par le capitaine Antoine Garnier, 25 juin 1886. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 36

  • [Plan du projet de magasin à poudre caverne et de caserne du fort de Ratonneau]. / Dessin aquarellé, 4 août 1886. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 36

  • [Plan du projet d'organisation de la batterie principale ouest du fort de Ratonneau]. / Dessin aquarellé par le capitaine Antoine Garnier, 7 juillet 1887. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 36

  • [Plan d'état des lieux des batteries du fort de Ratonneau]. / Tirage, 1889. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR 7N 1910

  • [Plan du projet de batterie de 4 mortiers remplaçant la batterie Est de 2 canons de 24 au fort de Ratonneau]. / Tirage, octobre 1889. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR 7N 1910

  • [Plan d'état des lieux des 4 groupes de batteries du fort de Ratonneau fixés en 1890]. / Tirage, c. 1920. Service Historique de la Défense, Toulon : 90 094 39

  • [Plan d'une casemate à tourelle Regelbau S542]. / Dessin de Bernard Paich. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 122.

  • [Plan allemand sommaire du projet en cours des 4 turm regelbau S 542 de la Marine-Kusten batterie Ratonneau]. / Tirage,1944. "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 122.

  • CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

  • FRIJNS, Marco, MALCHAIR, Luc, MOULINS, Jean-Jacques, PUELINCKX, Jean. Index de la fortification française, Métropole et Outre-mer, 1874-1914. Welkenraedt : auto-édition, 2008.

  • RICHARD François-Noël, Iles du Frioul. L'histoire. Forcalquier : Les Alpes de Lumière, 2018.

Bibliographie

  • BUISSERET, David, Ingénieurs et fortifications avant Vauban, l’organisation d’un service royal aux XVIe-XVIIe siècles. – Paris : Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2002.

Documents figurés

  • Plan du fort de Ratonneau. / Dessin aquarellé par Charles-Joseph Lefebvre, 1718. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1077

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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