Dossier d’œuvre architecture IA13006232 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Château d'If
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 1e arrondissement
  • Lieu-dit île d'If,
  • Cadastre 2026 A 6
  • Dénominations
    fort, château fort, batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

I- Historique, topographie et typologie générale

 La forteresse insulaire royale du XVIe siècle, tour, château puis donjon

Le siège de Marseille en 1524 par une armée impériale de Charles Quint sous la conduite du connétable de France déchu Charles de Bourbon, commencé le 12 aout et levé le 29 septembre, serait à l'origine du projet de François Ier de faire construire deux petites forteresses royales extra-muros, l'une au large dans l'île d'If, l'autre sur la colline de la Garde.

La différence de conception architecturale entre ces deux réalisations, l’une prenant la forme traditionnelle d’un petit château fort carré flanqué de tours circulaires, l’autre de plan irrégulier intégrant deux bastions, témoigne d’un décalage chronologique, dans une période charnière de l’histoire de la fortification qui voit apparaitre les premiers exemples du système bastionné, importé d’Italie, dans les ouvrages royaux.           

Dans le cas du château d'If, les sources établissent que les travaux de construction, financés à partir de 1527, n’ont commencé qu’en avril 1529, pour s’achever au plus tôt en 1533, après deux phases de construction distinctes. La chronologie de réalisation du fort de Notre Dame de La Garde est plus tardive et échelonnée en plusieurs étapes, dont une en 1536, la mise en place du bastionnement correspondant à une seconde campagne, en cours en 1545 et 1546 réalisé parallèlement celle de l'enceinte urbaine bastionnée de Saint-Paul de Vence conçue par l'ingénieur royal français Jean de Renaud de Saint-Rémy.

La genèse du projet du château d’If et les péripéties de sa réalisation sont rapportés en des termes circonstanciés par l’historien marseillais du XVIIe siècle Antoine de Ruffi. Selon son récit, François Ier aurait dépêché à Marseille vers 1527 le marin et capitaine de guerre basco-navarrais  Pedro Navarro qu’il avait prit à son service dès 1515, pour juger si la construction d’une fortification sur l’île d’Hypea (sic)  serait utile à la défense de ses Etats.  Selon Ruffi, ce capitaine espagnol (…) ecrivit au roi François Ier que ce travail était nécessaire, mais comme les finances de ce prince étaient beaucoup épuisées, cette tour fut construite en partie des pierres qu’on tira de la démolition du couvent des frères mineurs & en partie des deniers de Bernardin de Baux, commandeur de l’ordre de S. Jean de Jerusalem (et ancien général des galères de France), qui ordonna par son dernier testament  (en 1527) qu’on exposa en vente vingt cinq balles de camelot qu’il avait au château de Baux & que du prix qui en proviendra, on feroit bâtir une tour à cette ile, aiant par le même testament chargé le sieur Dupui S. Martin lieutenant du roi en Provence, & les consuls de Marseille d’en prendre soin : Ce qui fut la cause qu’en l’année 1529 on fit porter dans l’île tous les matériaux nécessaires. Mais on n’eût pas plutôt posé les fondements de cette tour qu’André Doria un des premiers capitaines de mer de ce siècle, qui avait quitté  (en 1528) les intérêts de la France pour ceux de l’Empereur, ayant considéré que cet ouvrage serait un obstacle aux desseins de son maître, à cause qu’il était souvent obligé de faire passer par là ses armées navales : il se rendit au-devant de l’île, ou il fit descente & commanda à ses soldats de jetter dans la mer tous les materiaux ; ce qui fut à l’instant exécuté ; néanmoins ce travail fut continué par ordre du roi » 1.  

Les sources primaires permettent de préciser la chronologie des évènements relatifs à cette tour d’If, dont le chroniqueur marseillais contemporain Honorat de Valbelle précise qu’elle était surnommée localement « tour malvoisine », ayant été construite contre la volonté des marseillais 2. Le premier capitaine en titre de la tour d’If, Louis de Fourmillon, avait été appelé à Marseille en mars 1529 à l’initiative d’Anne de Montmorency, grand maître de France, gouverneur du Languedoc et seigneur des Baux, dans le cadre de la sûreté du port et de la ville. En témoigne une lettre adressée audit Montmorency  par Christophe de Lubiano, son maître d’hôtel pour la baronnie des Baux,  datée du 27 janvier 1529 mentionnant qu’il est reconnu faire la tour aux isles de ceste ville, en laquelle est bien  besoing mettre un homme de bien bonne garde, car si elle estoit prinses des ennemys, vauldroit mieux qu’elle n’eust esté faicte. Si ladite tour se fait, vous feriez bien de faire bailler ladite capitainerie audit capitaine Fourmillon » 3. Le 17 mai 1529, alors que les travaux étaient en cours, Fourmillon demandait à être mis en possession des lettres de provision de sa « capitainerie de la tour de l’île d’Hic qui se advancera l’un de ces jours »4. En septembre de la même année, la tour d’If était en état d’accueillir une garnison de cinquante hommes d’armes, qu’y avait placés l’amiral du Levant Antoine Motier de Lafayette seigneur de Pontgibaud, qui en faisait état à Montmorency5. Trois mois plus tôt, le 4 juillet, le même Lafayette de Pontgibaud avait écrit à Montmorency pour l’informer que la tour s’élevait à une hauteur équivalente à celle du premier niveau, et que douze pièces d’artillerie y avaient été livrées. L’abordage d’Andréa Doria et ses conséquences sur le chantier de la tour semblent avoir été exagérés par Ruffi et l’historiographie postérieure, à en juger par une lettre adressée à Montmorency par le général des galères Bertrand d’Ornézan, baron de Saint Blancard, datée de Toulon, le 9 mai 1530 : « nous avons eu paour de ladite armée à cause que ledit André Doryé (…) estoit près de la tour d’Itz, laquelle est encore imparfaite et de petite deffance, combien que M. de Fourmillon (…) y a mis bon ordre et de gens de bien dedans quand nous avons sceu la venue »6.

En juillet 1530, Du Puy Saint Martin, lieutenant général de Provence, invitait par lettres les capitaines des tours d’If et de Toulon à patienter pour recevoir la solde de leur garnison7.

On doit conclure de ces éléments factuels qu’en 1530, le premier état de la « tour d’If » était réalisé et opérationnel, limité au corps principal du château définitif, soit une ample tour carrée de 28m de côté, plus large que haute, abritant deux niveaux de locaux casematés organisés autour d’une étroite cour intérieure également carrée et parfaitement centrée, recouvrant une citerne, la défense étant assurée par une batterie de huit canonnières, deux par face du carré, desservies par les casemates de l’étage, et par des canons placés sur la plate-forme supérieure, au-dessus des voûtes de l’étage. Ce parti architectural rationnel à la géométrie simple mais rigoureuse témoigne d’une certaine modernité, pour un ouvrage purement militaire, tout en se démarquant du précédent immédiat de la Grosse tour royale de Toulon, ample ouvrage casematé à canonnières bâti luxueusement entre 1514 et 1524 sur un plan ovale de 52 à 57m de diamètre, sur les plans de l’ingénieur italien Giovanni Antonio Della Porta8.

Plus petite, plus rationnelle, moins complexe et plus sobre que la grosse tour de Toulon, la tour carrée d’If, dont l’architecte est inconnu, ne prétendait pas à une architecture savante ou expérimentale, et fut bâtie à l’économie sur une période resserrée d’un an et demi. Seules les façades sur cour intérieure y sont réalisées en pierre de taille, et peuvent évoquer, par la présence d’un grand degré et d’une tour d’escalier en vis élancée, l’influence possible de modèles de l’architecture castrale de la fin du moyen-âge, notamment le château –antérieur d’un siècle- de Louis II et Louis III d’Anjou, comtes de Provence, à Tarascon, dont la tour d’If serait une variation très réduite et minimaliste. Le château de Tarascon se distinguait en son temps par ses plates-formes à ciel ouvert portant sur les voûtes de l’étage supérieur des logis sur cour et susceptibles de recevoir des canons, plates-formes étendues aux tours de flanquement  saillant sur ces angles, de même hauteur que le corps central et non plus hautes.

La référence possible à Tarascon dans la conception du château d’If reste pertinente lors de la mise en œuvre du programme de la seconde campagne de la construction initiale, probablement reprise en 1531 et sans doute achevée en octobre 1533, lorsque François Ier vint à Marseille pour accueillir le pape Clément VII. Cette campagne, qui voit l’adjonction de tours de flanquement cylindriques aux angles de la tour carrée, n’est pas documentée, si ce n’est, d’une façon indirecte et limitée, par des actes royaux de juillet 1531 et de juin 1533 accordant au capitaine Fourmillon les permissions pour amener en radeau pour les travaux à la tour d’if des matériaux, bois d’œuvre du Dauphiné, charbon, et 500 quintaux de fer « pour treilles et ferrements à monter l’artillerie et forger des portes de fer »9.

L’adjonction des tours d’angle, qui augmentait le nombre de casemates de la tour carrée initiale et sa capacité défensive, n’était manifestement pas prévue en 1529, comme le montrent les angles finis et chainés auxquelles ces tours se sont greffées après coup de manière contrainte. La seconde campagne doit donc être considérée comme une évolution du programme après achèvement de la première, à la faveur de nouveaux financements. Des quatre tours d’angle projetées, trois seulement furent construites, dont deux équivalentes aux angles du côté (est) accueillant la porte d’entrée, avec plate-forme régnant avec celle de la tour carrée initiale, et une plus grosse et plus haute d’un étage à l’angle nord-est, faisant face à l’île de Ratonneau. Ces trois tours triplaient le nombre des postes de tir : 11 canonnières en plus, pluridirectionnelles, au niveau du premier étage, 4 au second étage de la grosse tour, sans compter les nouvelles terrasses. L’état achevé, d’aspect finalement moins moderne parce que rappelant les formes de l’architecture militaire médiévale fut par la suite, au cours du XVIe siècle, qualifié assez logiquement de « château d’If ».

Le terme « château » est cependant employé aussi pour le fort de Notre-Dame de La Garde dans un compte pour trois chantiers provençaux de fortification royale réalisés l'hiver 1545-154610, rendu par Michel Veyny, trésorier et receveur général de la marine de Levant et des réparations et fortifications de Provence  à Jehan Maynier, baron d'Oppède, premier président du parlement de Provence, contrôleur des fortifications par interim. Le compte fait état d'une dépense de 5639 livres sur une période de cinq mois pour le chasteau Nostre Dame de la Garde lez Marseille, une autre de 2084 livres sur trois mois pour des réparations au château d’If , et 12770 livres aussi sur trois mois pour les travaux de l'enceinte de Saint Paul de Vence. Si dans le cas de Saint-Paul et de Notre-Dame de La Garde, on associe ces dépenses à la construction de bastions, on ignore en quoi consistèrent dans le détail les travaux du château d’If, les moins coûteux pour cet exercice, non limités à des réparations de l’existant et sans doute commencés dans les années précédentes. On note à cet égard que le compte mentionne rétrospectivement comme commanditaire des travaux Jacques d’Ancienville, seigneur de Révillon, chevalier champenois devenu capitaine du corps des galères, promu vice-amiral du Levant, lieutenant général et surintendant des galères en 1544, mort en 1545, qualifié de commissaire general desdictes reparations de Provence (...) commis et depputé par le roy a faire besongner, avoir l’œil, regard et superintendance aux fortifications et reparations des fortes places, dont les fortifications et reparations par luy commencees au chasteau d’Ich et Nostre Dame de la Garde lez Marseille. On peut faire l’hypothèse d’un commencement de construction d’une enceinte extérieure sommaire sur l’île, autour du château, dans la première moitié de la décennie 154011.

Un inventaire de l’armement établi le 10 juillet 1552 à la suite de la prise de fonction d’un nouveau gouverneur du château d’If, Claude de Simiane de La Coste, fait état de neuf pièces d’artillerie concentrées sur les plates-formes du château, toutes semées de fleurs de lys et à la salamandre : deux serpentines, une grande couleuvrine et une couleuvrine bâtarde sur la plate-forme du corps carré, deux couleuvrines sur la tour Saint Christophe (grosse tour), deux grandes couleuvrines sur la tour de Saint Jaume, une couleuvrine bâtarde à pans, en fonte, sur la tour Maugouvert. La casemate haute de la tour Saint Christophe servait de dépôt d’armes, avec 4 pièces non montées, des affuts et roues de rechange, une autre casemate servant à stocker les poudres (39 quintaux) et les munitions (328 boulets)12. Cet inventaire montre que les canonnières des casemates de l’étage, et celles du rez-de-chaussée des tours, n’étaient pas armées ordinairement, sans doute du fait que la présence de canons sur affût s’y accordait mal avec l’affectation de la plupart des casemates au logement de la garnison et à des locaux à l’usage du gouverneur.

L’impopularité du château d’If pour les marseillais, symbolisant le contrôle du pouvoir royal sur l’entrée maritime, au détriment de l’indépendance de la ville, ne fit que se confirmer au cours du XVIe siècle, notamment du fait de l’usage carcéral attribué assez tôt à certaines casemates. La séparation et l’opposition des pouvoirs atteignirent un paroxysme à l’avènement d’Henri IV, non reconnu par les ligueurs marseillais, parti dominant représenté par Charles de Cazaulx, prétendant à la charge de premier Consul de Marseille, qui conclut une alliance entre 1589 et 1591 avec le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier. Cazaulx appuyait ses ambitions de contrôle défensif de la ville contre le pouvoir central par la maîtrise du fort de Notre Dame de La Garde, qui fit l’objet d’un projet de refonte en 1591 par Ascanio Vittozzi, architecte et ingénieur, au service des ducs de Savoie Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel Ier. Parallèlement, Nicolas de Beausset, valet de chambre du roi et capitaine de galères, gouverneur du château d’If depuis 1573, tenait cette position insulaire au service du roi avec une garnison de deux cents soldats, ce qui suppose l’existence de locaux de cantonnement hors des casemates du château proprement dit. Pour renforcer la défense de l’île et du château d’If, et pour faire pièce à la prise de position d’un contingent savoyard au fort Notre-Dame de La Garde, Nicolas de Beausset, en tant que représentant du roi de France, sollicita une puissance alliée également venue d’Italie, celle du prince florentin Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane depuis 1587, marié en 1589 à Christine de Lorraine (petite-fille de Catherine de Médicis et nièce de Henri III). Un résumé des circonstances est donné par Antoine de Ruffi : « le 9 juillet (1591), quatre galeres de Florence tres bien equipées & pourvues de munitions necessaires arrivèrent aux isles de Marseille ; elles portoient encore 12 canons & quantité de pierres taillées pour la construction d’un fort qu’on avait résolu de faire sur la pointe de l’île du château d’If : en effet on y laissa cent hommes pour y travailler. Tout cela se faisait de l’ordre & aux dépens du duc de Florence par l’entremise du chevalier Venerosi Pescioline, que le Grand Duc avoit envoié dans cette ville pour traiter avec Nicolas de Beausset, sieur de Roquefort, capitaine du Château d’If » 13

La mention par Ruffi d’un projet florentin de fort sur la pointe de l’île n’est pas en accord avec ouvrages réalisés, mais elle témoigne du fait que les hommes du grand duc de Toscane débarqués sur l’île n’avaient pas accès au château proprement dit, occupé par la garnison française. Elle tend aussi à créditer le fait qu’une première enceinte extérieure devait exister autour du château, dans le secteur ouest / nord-ouest de l’île, les travaux de fortification des florentins étant mis en œuvre prioritairement dans le secteur Est, soit « à la pointe » de l’île, où une chapelle fut construite à cette période. Pour autant, cette campagne fortification a bien consisté à construire une enceinte dont le tracé suivait les contours rocheux irréguliers de l’île pour retrancher une aire intérieure aussi étendue que possible. Cette contrainte topographique ne permettait pas de donner à cette enceinte des fronts bastionnés rationnellement tracés. De plus, les circonstances de la construction par une main d’œuvre recrutée au sein d’une troupe d’occupation sur une durée de peu d’années, avec des matériaux de tout venant (pas de pierre de taille) en majeure partie apportés par bateaux, et peut-être en partie extraits sur place, donna lieu à une mise en œuvre négligée et limita la hauteur des élévations des murs d’enceinte réalisés.

L’aspect plus ou moins projeté du château et de l’enceinte dans la dernière décennie du XVIe siècle est documenté par une vue cavalière dessinée a la plume avec une certaine précision, conservée dans les recueils de plans d’architecture militaire des Archives de l’Etat de Turin14, soit dans le même fonds que la vue cavalière de la ville Marseille et du fort de Notre Dame de la Garde par l’ingénieur Ercole Negro, datée de 1591, et que le plan de projet de la même date pour ce dernier fort par Ascanio Vitozzi.

Vue cavalière du château d'If, c. 1591Vue cavalière du château d'If, c. 1591

La vue cavalière du château d’If, ni datée ni attribuée, mais sans doute contemporaine, de facture assez maladroite, n’est certainement pas de la main d’un ingénieur au service du duc de Savoie, le site étant aux mains du roi de France et occupé par les florentins. Elle est annotée en français (de la main d’un officier royal ?) et donne manifestement un état de projet de l’enceinte dont la réalisation devait être à ses débuts. On remarque en effet que les contours généraux dessinés, assez irréguliers et conformes pour l’essentiel aux contours de l’enceinte réalisée, comportent néanmoins sept véritables bastions à deux flancs droits et deux faces à peu près symétriques, tandis que l’état réalisé ne comporte qu’un seul bastion en bonne et due forme, asymétrique, à la pointe de l’ile face au nord-est, les autres saillants angulaires de l’enceinte étant tous très irréguliers et totalisant un nombre très limité de flancs. La porte et la rampe d’accès du fort sont exprimées à leur emplacement définitif dans un rentrant au centre du front nord de l’enceinte et une « porte du secours » est indiquée dans un bastion fortement saillant du front opposé (sud). La vue cavalière figure aussi  la chapelle, nef unique de trois travées attenante par son chevet à l’extrémité Est de l’enceinte et reliée au donjon par une allée, et dix petits bâtiments militaires rectangulaires couverts d’un toit à deux pentes répartis en divers points de l’aire intérieure, au nord et au sud, l’un étant qualifié de magasin, les neuf autres non légendés étant probablement des baraquements de construction non pérenne pour la garnison florentine, certains pouvant être en projet . Deux citernes sont portés et légendées, l’une qualifiée de « rompue ». Le château à trois tours, qui sera par la suite qualifié de « donjon » de la forteresse, dite château d’If, est représenté avec un fossé de retranchement limité au côté de l’entrée entre deux tours, franchi par un pont de bois.

L’occupation stratégique florentine d’If s’étendit aux îles de Pomègues et Ratonneau , avec projets de construction d’un fort sur la hauteur de chacune des deux îles, mais le recours défensif aux florentins perdait de son intérêt pour le pouvoir royal du fait de l’évacuation du fort Notre-Dame de la Garde par les troupes savoyardes en 1592, le duc ayant rompu son alliance avec Cazault,  et surtout depuis l’assassinat de ce dernier en février 1596, suivi du départ des galères espagnoles demeurées dans le port. L’occupation florentine des îles devint dès lors indésirable et subie, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi, dont Nicolas de Beausset, circonvenu en son absence par un coup de force des troupes d’occupation du château d’If, qui s’emparèrent du « donjon » en avril 1597, en chassant la garnison française. La prise de position défensive de Nicolas de Beausset à Ratonneau, avec un contingent marseillais, et sous la responsabilité de Charles Ier de Guise, gouverneur de Provence et amiral des mers du levant, eut pour conséquence la construction par les florentins de la tour réduit du fort dit San Giovanni à Pomègues. Dès lors l’évacuation des îles du Frioul par les troupes du Grand duc de Toscane Ferdinand de Médicis fut négociée par la diplomatie, Henri IV faisant intervenir son ambassadeur à Rome Arnaud d’Ossat, évêque de Rennes, qui obtint à la même période l’approbation de l’édit de Nantes par le Saint Siège. Par traité ratifié en mai 1598, le roi de France accordait aux Florentins deux cents mille écus d’or pour rembourser les dépenses engagées depuis 1591 dans les fortifications des îles et pour l’entretien des garnisons. La voie diplomatique s’étendit à l’annulation du mariage d’Henri IV avec Marguerite de France, obtenue du Saint Siège en 1599 par Arnaud d’Ossat, promu cardinal, suivie en 1600 du remariage du roi avec Maris de Médicis, nièce du Grand Duc Ferdinand. A la suite de l’évacuation des îles, Arnaud d’Ossat avait formulé un avis suivi d’effet dans une lettre du 8 juin 1598 adressée à Nicolas de Neufville de Villeroy, secrétaire d’Etat à la Guerre. Il conseillait, pour la sécurité de l’Etat, soit de démanteler les forts insulaires de Marseille, soit de les garder, à condition de les rendre inexpugnables en complétant leurs fortifications. D’autre part, il recommandait, pour éviter tout risque de sédition, de n’appeler dans la garnison de ces forts que des soldats d’autres provinces, et de ne pas les placer sous l’autorité du gouverneur de Provence15.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins à Pomègues, Ratonneau et If, fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le Roy en Provence, Dauphiné et Bresse en 1600. L’œuvre de cet ingénieur était clairement identifiable au fort de Ratonneau, concrétisée par une grosse tour-réduit casematée ou donjon de plan hexagonal, portant plate-forme d’artillerie et flanquée de trois tourelles d’angle cylindriques. Son apport au château d’If, non documenté, ne concerne que l’enceinte, dont il améliora les élévations murales par surhaussement pour faire régner les parapets et les terrasses à un niveau à peu près constant au pourtour, a priori sans remettre en cause le tracé irrégulier des fronts déjà en place et de leurs ouvrages saillants. Ces finitions importantes se caractérisent par la présence d’un cordon torique à la base des parapets, et de guérites cylindriques sur culs-de-lampes en tête des saillants, certaines associées à un cartouche héraldique aux armes de France. Des lettres adressées au roi entre 1602 et 1606 par le nouveau gouverneur du château d’If, nommé en 1598, Paul de Fortia, sieur de Pilles, chevalier de l’Ordre du roi, donnent quelques éléments sur la chronologie des travaux sur les trois sites16. Il y est précisé que les tours-réduit des forts de Ratonneau et de Pomègues, en cours de construction en 1602, étaient achevées en 1605, mais que les ouvrages d’If, exposés aux dommages occasionnés par des coups de mer nécessitant des réparations, s’échelonnèrent sur une plus longue durée, soit jusqu’à la mort de Raymond de Bonnefons en 1607 (remplacé par son fils Jean) voire jusqu’à la mort du roi en 1610.

Parallèlement, Raymond de Bonnefons avait conçu en 1602 un donjon pour la citadelle de Saint-Tropez, dont les travaux de construction avaient commencé au mois d’octobre. Il est intéressant de noter que cette « Tour » de Saint-Tropez, bien conservée aujourd’hui, adopte le même plan que celle de Ratonneau, hexagone régulier  flanqué de trois tourelles cylindriques, mais avec des variantes significatives. Le donjon de Saint-Tropez est plus grand, avec casemates radiantes organisées sur deux niveaux autour d’une cour intérieure hexagonale centrée surmontant une citerne avec puits, les casemates de l’étage étant distribuées par une coursive-balcon bordant les façades sur cour. Ces dispositions particulières portent à considérer que Bonnefons a dû s’inspirer pour Saint-Tropez (26 à 29m de diamètre hors œuvre, au droit des faces ou des angles) du donjon du château d’If (28m de côté), en passant du plan carré du modèle au plan hexagonal que l’ingénieur expérimentait alors à Ratonneau pour une tour plus compacte sans cour, les trois tours d’angle présentes au château d’If étant réduites à l’échelle de simples tourelles de diamètre égal et régulièrement implantées un angle sur deux.

L’état du château d’If au XVIIe siècle d’après les sources graphiques

L’aspect du château d’If sous Louis XIII est médiocrement documenté par une vue cavalière assez sommaire dûe au cartographe et mathématicien aixois Jacques Maretz, incluse dans une série de vues topographiques des villes et forts des côtes de Provence réalisées en 1631-163317. La vue du château d’If exprime l’irrégularité du circuit de l’enceinte, dont la porte forme un pavillon d’entrée, l’aire intérieure n’accueillant, outre le donjon et  la chapelle, que trois bâtiments militaires modestes de type casernement, parallèles au mur d’enceinte, deux au nord, de part et d’autre de l’entrée, l’autre au sud.

Vue perspective du chasteau d'If, 1631.Vue perspective du chasteau d'If, 1631.

On y remarque aussi un moulin à vent dans l’angle sud-ouest de l’enceinte18, et plusieurs batteries de canons réparties sur les différents fronts et sur les plates-formes du donjon. Ce dernier parait partiellement enveloppé d’un mur de retranchement bas de type fausse-braie, devant le côté de l’entrée et les deux côtés attenants. L’état des pièces d’artillerie, figurées de façon idéale sur la vue cavalière, était en réalité médiocre, à en juger par les lignes qu’y consacre Henri de Séguiran, sieur de Bouc, lieutenant général ès mers du Levant, premier président en la cour des comptes de Provence, dans son le rapport d’inspection des côtes de Provence rendu à Richelieu en 1633. Séguiran décrit au château d’If dix-neuf pièces d’artillerie hétéroclites de calibres divers, « très mal montées » en divers endroits dans l’enceinte, et au donjon, six pièces, bâtardes, couleuvrines et faucons, dont deux sur une tour qui regarde le levant, trois sur une autre tour regardant vers le nord. Il dénombre, dans le donjon 150 boulets à canon, 120 à couleuvrine, 200 à bâtarde, 40 à faucon, 40 hors calibre, 200 à fauconneau, 2500 livre de poudre grosse, 500 de poudre menue, 2000 mèches, 40 quintaux de plomb, 150 mousquets avec bandoulières et fourchettes, 6 arquebuses  à croc, 63 morières, 26 corselets, 60 piques. Séguiran précise en conclusion de son rapport sur l’armement des ouvrages d’If, Ratonneau et Pomègues: « avons fait tirer le plan des susdites îles et forteresses par le sieur Maretz  professeur ès mathématiques et ingénieur de sa majesté, que nous avons mené avec nous, assisté des sieurs Augier et Flour, autres ingénieurs et peintres, pour tirer le plan de la côte de la mer et de toutes les villes, ports et châteaux qui y sont » 19.

Une autre vue cavalière du château datée de 1647, soit de quinze ans postérieure à celle de Maretz, beaucoup plus habile et détaillée, complétée d’un plan, est due au jeune ingénieur  François Blondel20, futur architecte du roi Louis XI.

[Vue cavalière et plan du chateau d'If], 1647[Vue cavalière et plan du chateau d'If], 1647

Sur la vue de Blondel, le mur bas ou fausse braie du donjon apparait flanqué de deux bastionnets d’angle et en mauvais état. Peut-être cet ouvrage remontait-il aux travaux de 1545. Blondel représente aussi sur la contrescarpe du fossé de la courtine d’entrée du donjon un mur d’une hauteur suffisante pour masquer la porte et inclure une avant-porte. Le donjon proprement dit est assez mal rendu par Blondel, qui donne fautivement aux trois tours les mêmes dimensions et hauteur. Il exprime les plates-formes bordées d’un parapet d’artillerie à embrasures à canon, absentes dans l’état dessiné vers 1591, mais apparemment partiellement réalisés lors des travaux de Bonnefons. La vue de Blondel donne à la chapelle l’aspect d’une très courte nef d’une seule travée, et figure nettement à l’opposé le moulin à vent. Onze guérites sont figurées  sur certains des angles saillants de l’enceinte et de ses bastions et pseudo-bastions, selon une répartition assez aléatoire, non systématique ; le cordon est exprimé en place sur l’ensemble du front nord, sur la pointe Est et la partie Est du front sud, surmontée d’un parapet maçonné à embrasures sur la majeure partie du front nord, inachevé ou sans embrasures ailleurs. Le front  ouest et la partie ouest du front sud sont limités  à un mur de très faible élévation, sans ouvrages saillants,  bâti sur le haut du socle rocheux, et figuré ébréché. Les sols dans l’aire intérieure apparaissent irréguliers, bosselés de reliefs, l’intérieur du bastion Est/nord-est est seul terrassé, les autres ouvrages saillants des fronts nord et sud de l’enceinte étant creux, profonds et non comblés de remblais, en sorte que le chemin de ronde y est limité à l’arase des murs. Les bâtiments militaires ou autres aménagements figurés par Blondel se limitent à un corps de bâtiment entre le mur d’enceinte sud et le donjon, correspondant à peu près à l’emplacement du  « magasin » figuré sur la vue cavalière de 1591 et à celui futur logis du gouverneur, voisin d’une citerne qui ne correspond pas exactement à l’emplacement de celle signalée en 1591. Un seul autre bâtiment est figuré au revers du front sud, près de la porte. Les chaînes en pierre de taille figurées par Blondel sur les angles saillants du front nord de l’enceinte semblent n’y avoir jamais existé ; il s’agit peut-être de l’expression d’un projet d’amélioration, l’ingénieur-architecte ayant été missionné pour proposer des perfectionnements aux fortifications qu’il visitait. Il en est vraisemblablement de même de la rampe d’accès de l’appontement à la porte, figurée enveloppée d’un haut mur de défense et logeant les pans du rentrant du revêtement de l’enceinte. Le plan du château complétant la vue cavalière  exprime aussi cette rampe retranchée. En outre, sur ce plan, un nouveau tracé corrigé pour le front ouest de l’enceinte, encadré de deux nouveaux bastions est explicitement proposé, en trait pointillé. Ce même plan n’indique pas en revanche l’enceinte basse autour du donjon, sans doute jugée inutile et à supprimer, mais détaille un dispositif de passage en chicane devant la porte du donjon, dans les murs renfermant le fossé.

Les indications données par François Blondel sur le château d’If, son enceinte et ses bâtiments sont confirmées pour l’essentiel par un plan d’atlas de 167621 et par le plan relief 22 daté de 1681, plus justes géométriquement.

Plan du chasteau d'If, 1676Plan du chasteau d'If, 1676

[Plan-relief du château d'If], 1681[Plan-relief du château d'If], 1681

Sur le front ouest, le tracé bastionné qu’avait proposé Blondel n’a pas été réalisé, mais un nouveau saillant formant épi ou redan est en place dans la partie nord de ce front, à l’arrière de la grosse tour du donjon. A cette époque, le gouverneur et le major du château d’If ne logent plus dans le donjon, évitant la promiscuité avec la garnison et les prisonniers, mais disposent chacun d’un logis indépendant dans l’enceinte.  Outre le moulin à vent (privé de ses ailes), la chapelle (absente du plan-relief23), la citerne et, au sud-est du donjon,  on observe que le bâtiment militaire principal, affecté au logis du gouverneur, en simple rez-de-chaussée, a dès lors son plan définitif, avec corps central et ailes symétriques perpendiculaires adossées aux deux murs-pignon. Il est accompagné, côté enceinte, d’une cour et d’un jardin. A proximité vers l’est, la citerne. Et encore plus à l’est, un magasin à poudre construit après 1650, sont aussi associés à un jardin clos sur le plan-relief. La porte du fort, précédée d’une rampe-escalier de plan très irrégulier, est voisine de deux bâtiments adossés à l’enceinte déjà présents sur la vue cavalière de 1633,  dont un casernement, du côté de l’est, au-dessus de la rampe (casernement et rampe sont absent du plan-relief) et un bâtiment plus compact, vers l’ouest de la porte, identifié sur les plans postérieurs au logement du major. Le plan-relief n’indique que cinq guérites à coupole de pierre sur le pourtour de l’enceinte, et montre que si les sols de l’aire intérieure restent inégalement nivelés, en plusieurs points plus bas que le chemin de ronde d’arase des murailles d’enceinte, l’intérieur des ouvrages et bastions et pseudo bastions les plus saillants sont remblayés et non plus creux.

Datée du 21 octobre 1686, une planche de plan et profil signée Begon24 donne un plan du donjon, au demeurant très inexact dans l’expression des locaux internes.

Plans et profils du château d'If, 1686.Plans et profils du château d'If, 1686.

Elle avait pour objet un projet de réparations urgentes à la suite d’importants dégâts créés par la foudre sur  une partie des superstructures de la grosse tour, en particulier la guérite sommitale de l’escalier en vis mural reliant le second étage à la plate-forme. La coupe montre la présence, dans la cour du donjon, d’un autel (oratoire ?) sous le haut de l’escalier montant à la coursive de distribution des casemates de l’étage. La même planche propose l’amélioration de deux bâtiments militaires dans l’enceinte, le logis du gouverneur, avec ajout d’un étage, et un corps de caserne couvert en appentis, en bordure  de l’enceinte au sud du donjon. Cet étroit corps de caserne en simple rez-de-chaussée, n’existait pas encore sur le plan du château dans l’atlas des places fortes de 1676.

Un plan général du fort, de même facture, contresigné le 3 février 1690 par Jean-Louis Habert, seigneur de Montmort, intendant des galères de France et des fortifications de Provence, témoigne de la mise en place de ce nouveau bâtiment de caserne sud et d’un autre, en bordure du front nord, au revers du mur du second rentrant de l’enceinte, entre le bastion nord-est et le pseudo bastion sud qui fait transition avec le premier rentrant abritant la rampe d’accès à la porte de l’enceinte. La troisième caserne est celle adossée à l’intérieur de ce rentrant de la rampe, en place en 1676. Ces trois casernement (cotés 7 sur ce plan) témoignent d’une capacité d’accueil de garnison hors donjon augmentée à cette époque. La chapelle est légendée « ancienne chapelle » sur le plan de 1690 (désaffectée provisoirement ?)

Plan du château d'If, 1690.Plan du château d'If, 1690.

 

Les projets de Vauban et de Niquet. Des réalisations limitées.

La visite que Vauban avait faite à Marseille en 1679 était exclusivement consacrée à l’examen critique des nouveaux ouvrages de la citadelle Saint Nicolas et du fort Saint Jean. En revanche, les batteries de côte concentrèrent toute son attention en 1694. Daté du Havre le 6 décembre25, son mémoire sur les Précautions à prendre contre les attaques de Marseille passe en revue ces batteries, pour définir leur armement permanent et y proposer des perfectionnements. Le château d’If  ne lui inspire pas de commentaires développés. Il préconise seulement d’y  mettre 8 ou 10 pièces  (…) et y faire le double d'embrasures et platteformes ouvertes de tous costés pour voir tout autour de soi, et 4 mortiers.

L’espacement des embrasures dans les parapets de l’enceinte tels qu’indiqués sur le plan-relief semble avoir été lâche et irrégulier, le front ouest en étant majoritairement dépourvu. Les recommandations de Vauban à cet égard furent probablement suivies d’un début d’exécution sous la direction d’Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence, Dauphiné et Languedoc depuis 1680, comme le suggère un plan  du château d’If signé de sa main et daté du 20 mars 1700 26 (Fig. 8) qui exprime en lavé jaune un projet d’amélioration de l’enceinte, consistant à réformer le parapet sur les quatre cinquièmes du circuit de l’enceinte, en l’épaississant. Le parapet projeté  pour le tir à barbette est sans embrasures, à la différence de celui déjà en place dans le secteur nord-ouest, le plus rapproché du donjon. Ce plan de projet proposait aussi une rectification limitée du tracé du même front ouest, en créant un flanc, donc un demi-bastion au sud ouest.

 Plan du château d'If, 1700.Plan du château d'If, 1700.

Son principal objet était toutefois un projet de construction d’un double magasin à poudre de plan pentagonal régulier évoquant une tour bastionnée, centré à l’intérieur du demi bastion Est du front sud (coté 17), et retranché côté cour par un mur d’isolement. Ce projet ne fut pas réalisé. Le plan indique la présence d’une poterne ou porte de secours avec rampe-escalier (cotée 12) dans le mur d’enceinte du front sud, à l’arrière du logis du gouverneur. On note aussi une nouvelle caserne (cotée 28), la quatrième, au nord de l’enceinte, a proximité immédiate de la porte du fort et de la caserne préexistante en ce point (cotée 24).

Un autre plan contemporain27 donnant l’état des lieux, comporte la même nomenclature, avec une légende qui complète l’information : la porte de secours (12) est dite de Saint-Antoine ; la longue caserne sud (cotée 10) est surmontée d’une salle d’armes (réalisée à la suite du projet de 1686).

Plan du château d'If, c. 1700.Plan du château d'If, c. 1700.

Le logement du major (coté 30) occupe un nouveau bâtiment perpendiculaire au mur d’enceinte au nord-est du donjon, construit en retour d’équerre du bâtiment plus ancien qui lui était antérieurement dévolu, adossé au mur d’enceinte près de la porte du fort, et qui sert désormais de corps de garde (coté 33). A l’ouest, l’ancien moulin à vent (coté 3) est détruit et abandonné, à la pointe est,  la chapelle (cotée 19) intègre le logement de l’aumônier, qui n’apparait pas comme un bâtiment contigu, mais pourrait avoir été aménagé sous la chapelle, le plan indiquant dans le saillant arrondi (coté 18) qui enveloppe une partie du chevet plat de cette chapelle un escalier descendant. Au nord-ouest de la chapelle, près de la gorge du bastion nord-est (20) le plan indique un vieux pigeonnier (coté 32), non porté sur les plans du XVIIe siècle. Hors les murs, une petite plate-forme terrassée (cotée 31) appuyée au pied de l’angle d’épaule droit du bastion nord-est, est qualifiée de batterie inférieure. La nomenclature du plan inclut les autres positions de batterie armées du fort : à l’angle nord-ouest, le demi-bastion et le redan attenant (cotés 6-7) à l’arrière du donjon accueillent les batteries contre Ratonneau ; le saillant de l’angle sud-est (coté 8) porte les batteries contre Pomègues. La légende du plan mentionne, en partant du redan voisin (coté 9), au revers de la grande caserne (cotée 10) depuis 9 passant par 12, 14, 15, 17, 18, 20 jusqu’à 29 : batterie à barbette à faire dans tout  ce circuit.  Le projet de batteries ainsi formulé correspond au projet de réfection des parapets à barbette sur le même circuit, exprimé en lavé jaune sur le plan de 1700 d’Antoine Niquet. Le fossé du donjon n’est plus renfermé dans un mur abritant une entrée en chicane, mais dégagé et franchi par un pont-levis.

Au sein de son très long mémoire du 11 avril 1701 intitulé Projet de Marseille 28, Vauban juge très sévèrement la mise en œuvre de l’enceinte et des bâtiments militaires du château d’If:   « ...sa fortification figure comme le rocher, elle est toute revestue mais fort grossièrement avec beaucoup de négligence et d’imperfection, n’y ayant que fors peu d’endroit de son revestement qui soit bien fini le tout ayant esté basty malproprement et avec peu de soing, de moilon brut mal assis sans cordon ni cimaise ni aucune encoignure de pierre de taille, toutes les embrasures et crénaux sont mal faits sans terreplein ni plateforme ni rien par le dedans qui en ai figure. Tous les bastiments petits écrasés malfaits es bastis très négligement ce qui m’a fait penser malgrè moi  que ceux qui se sont meslé de la conduite de ces ouvrages avoient esté de parfaits ignorans ou des paresseux qui n’y alloient pas pour ne pas dire pis ; car on ne peut pas avoir poussé la négligence plus loin.

Le débarquement est nul, c’est-à-dire qu’il n’y a rien qui puisse aider , et les fermetures de son fort sont peu sures, mal faites et bien au-dessous de celles d’une bonne gentilhommière de campagne. De toutes ces malfaçons et négligences, il faut excepter ce que l’on a fait depuis peu, qui ne va pas à grand-chose, et le château ou vieux donjon, l’un et l’autre etant assez bien faits pour souhaiter que tout le reste fut de même. On a d’autant moins de raisons de laisser ce château dans cet état que de lui-même il serait imprenable à la force ouverte, s’il était passablement accommodé n’étant pas possible de l’aborder d’aucun endroit de pied ferme, et si l’ennemi en était le maître, il le serait de tous les bons mouillages et des abords de Marseille dans laquelle il n’entrerait rien par mer qui ne fut exposé à son canon…

Le mémoire de Vauban propose à la suite différents  travaux qualifiés de réparations, certains plus ambitieux, objet de 21 des articles du projet général (n° 12 à 31):

12° Ajouter une quatrième tour au donjon 31 voûtée à deux étages dont le bas pour un magasin à poudre et le haut pour les  logements ou pour un autre magasin de munitions sèches.

13° faire les parapets qui environnent la plateforme supérieure de tout le donjon de 4 pieds ½ d’épais et les percer d’embrasures les uns et les autres conditionnés comme les demandés pour la barrière de Dome (art. 5°)

14° Raccommoder tous les défauts de la plate-forme…idem les portes et croisées des bâtiments.

15° donner aussi quatre pieds et demi d’épais au parapet de la grande tour et le percer d’embrasures espacées et conditionnées comme les proposées pour la batterie de Dome hors qu’il faudra leur donner une fois autant de plongée.

16° (réparer les voûtes)

 17° Raccommoder les cheminées et les pavés et ouvrir les embrasures de la seconde voûte de la grande tour de haut en bas les alaiser par les côtés, leur tailler des feuillures et y appliquer des grilles de fer garnies de pentures et ferrures… et voûter son entrée qui est malpropre et sujette à feu en l’état qu’elle est.

18° visiter les autres tours dont je n’ai pu voir les dedans à cause des prisonniers qui y sont, et y faire les réparations necessaires.

19° raccommoder les cheminées, pavés, portes et fenêtres des bâtimens au rez-de-chaussée du donjon qui en ont besoin et remettre le tout en bon état.

20° Nettoyer la citerne dudit donjon qui est très belle, la bien laver, y mettre une pompe et une auge de pierre (…)

21° Faire des guérites de pierre de taille à ce donjon à la place des vieilles qui ne valent rien et sont trop légères.

22° rehausser  tout le revêtement du corps de la place de 15 à 18 pieds réduits au-dessus du rocher plus ou moins selon le plus grand besoin et escarper au pied d’autant, poser un cordon de pierre de taille tout autour, revêtir tous les angles saillants de même par assises retournées de deux et une.

23° Rempiéter les endroits sous lesquels le rocher manque et ou on a trop escarpé et ceux de la muraille qui sont ebréchés ou ecorchés, ajouter des contreforts ou il en sera besoin et y faire un terreplein employant à cela tous les débris de roc des endroits de la place à aplanir qu’il faudra remettre à l’uni et rendre plus praticable et moins rabotteux. 

24° faire les parapets de six pieds d’epais et les percer d’embrasures les uns et les autres conditionnées comme les proposées pour la batterie de Dome, y faire un terre plein de 18 à 20 pieds de large dont la superficie  arasée de menues pierrailles sera fixée par du sable et gravier terreux qu’on fera prendre à la côte (…) on ferait encore mieux si on y pouvait faire une plate-forme continue de pierre de taille qui regnât tout autour coupée d’espace en espace pour des marches à cause des montées et descentes de son circuit.

25° faire des souterrains dans les vides qui y seront propres notamment dans ceux des angles 15 -17 (…) 26° faire aussi des latrines en plusieurs endroits (…)

27° faire jusqu’à dix guérites de pierre de taille sur tous les grands angles saillant du circuit de cette place et du moins deux à son entrée.

28° redresser deux ou trois endroits de la place ou l’on a trop rétréci, comme 32-33-34 et profiter de leur vide pour y faire un souterrain (…)

29° faire deux débarcadères sur les deux avenues de cette place les plus abrités 35-36 (26 ?) (…)

30° faire un deuxième étage de caserne au-dessus du marqué 10, réparer les logements du gouverneur, ajouter un étage et un escalier à celui du major et réparer le corps de garde ; ajouter encore un étage aux casernes 21 si la solidité du bâtiment le peut souffrir, sinon se contenter de les entretenir et bâtir deux corps doubles de nouvelles casernes en 37 (?) à trois étages, le rez-de-chaussée compté pour un et le sous toit pour un autre, les chambres ayant 18 pieds de long sur seize (…) et un pavillon d’officiers 38, tel que nous les faisons ailleurs, on pourra voûter les premiers étages des uns et des autres si l’on veut (…) ils n’en seront que meilleurs (…)

31° Bien réparer les entrées du château en y faisant des marches et escaliers partout ou il en sera besoin et en bien assurer les fermetures qu’il faudra presque toutes renouveler.

32° Faire les piédroits des portes de pierre de taille avec de bonnes pentures et couper la principale entrée par un fossé de 10 pieds de profondeur sur deux toises de large a bords escarpés à plomb ou revêtus traversé d’un pont-levis à bascule avec deux fermetures sur la même entrée. Il ne sera même que bien à propos de faire une petite avancée dans le bas pour y pouvoir tenir du monde au besoin (…)

33°Il est nécessaire d’y ajouter un hangar pour mettre les affuts et plateformes à couvert de même que les ustenciles et armements des pièces on pourra le voûter et ménager une salle d’armes au-dessus, pourvu qu’il ait seize toises de long sur cinq de large, il sera suffisant ; observant aussi qu’il faudra ajouter une citerne pour y attirer les eaux des toits les plus prochains, moyennant ces réparations, ce fort sera en état de contenir 300 hommes de garnison dans les besoins les plus pressants, qu’il faudra munir de toutes choses parce qu’il n’y a point là d’autre ressource que celle qu’on y peut porter, dix pièces de 24 et autant de 18 livres, six de huit et de quatre livres de balle est à peu près toute l’artillerie dont il aura besoin avec quatre mortiers 200 bombes, soixante milliers de poudres, 200 boulets par pièce du plomb et de la mèche à proportion des provisions de bouche toujours pour trois mois, moyennant cela il est sûr qu’il n’y aura point de place dans le monde plus aisée à défendre que celle-la, ni moins en état de pouvoir être forcée.

Un nouveau plan du château (Fig. 10) et une planche de plans et profils de détail signés de Niquet, daté du 28 novembre 1702 29, montrent la non exécution du projet de 1700 du même ingénieur, et aussi de la plupart des propositions de Vauban. La seule différence dans l’état des lieux est l’indication d’un pont-levis franchissant le fossé devant la porte du donjon.

château d'If [plan], 1702.château d'If [plan], 1702.

Le plan propose un projet de prolongement sur le front ouest de l’enceinte du parapet à embrasures déjà en place dans le secteur nord-ouest. Ce projet a été suivi d’exécution les années suivantes. Les relevés du donjon sont fiables et précis, montrant la répartition et le cloisonnement des casemates du corps central carré autour de la cour intérieure, celles de l’étage étant affectées pour trois d’entre elles aux chambres des officiers, pour quatre autres aux chambres des soldats, complétées d’une salle d’armes et d’un petit magasin à poudre. La casemate de cet étage dans la grosse  tour est affectée à un magasin à la farine, celle dans la tour nord-est à un  magasin aux vieilles armes, et celle de la tour sud-est à une prison.

[plans du premier étage et de la plate-forme du donjon du château d'If ], 1702.[plans du premier étage et de la plate-forme du donjon du château d'If ], 1702.

[profils du donjon du château d'If ], 1702.[profils du donjon du château d'If ], 1702.

Les autres prisons occupaient d’une part le rez-de-chaussée des trois tours, aveugles et seulement accessibles depuis l’étage par d’étroits et incommodes escaliers muraux, d’autre part des cellules aménagées en bâti léger à l’intérieur du second étage de la grosse tour, au droit des quatre embrasures, le centre de la salle circulaire étant affecté au corps de garde. On notera que, contrairement à une idée reçue répandue, l’affectation carcérale ne concernait alors qu’une part minoritaire des locaux casematés du donjon. Ces usages des locaux du donjon autour de 1700 montrent que les embrasures à canon des casemates du corps central et des tours, inadaptées à l’artillerie lourde à longue portée, étaient potentiellement utilisables, car non condamnées, mais n’étaient pas armées de façon permanente, les batteries d’artillerie du château d’If étant alors réparties en divers points de l’enceinte et sur les plates-formes du donjon. La plate-forme principale, sur le carré central et les deux tours d’angle du côté de l’entrée, est inchangé depuis l’état donné sur le plan-relief de 1681, soit avec un parapet dépourvu d’embrasures sur la tour sud-est, et interrompu à l’angle sud-ouest, dans l’emprise de la tour manquante (ce qui est toujours le cas dans l’état actuel). Ce parapet incorpore deux guérites non saillantes dans son épaisseur, une galerie desservant des latrines en encorbellement sur le flanc droit de la grosse tour, et la bretèche saillant au-dessus de la porte du donjon. Le mur de gorge plat de la grosse tour est surhaussé pour accueillir une cloche sous arcade, contigüe à la guérite supérieure de l’escalier en vis, restaurée avec sa coupole de pierre après 1686.

Un plan du château contresigné par Montmort le 29 décembre 170630 avait pour objet de présenter le projet d’un nouveau et important bâtiment casematé à deux niveaux dévolu à des prisons. Ce bâtiment rectangulaire proposé au même emplacement que le magasin à poudre pentagonal projeté par Antoine Niquet en 1700  ne sera pas plus réalisé que cet antécédent. On note que ce plan copie celui de Niquet pour 1700, portant fautivement comme état des lieux certaines dispositions alors projetées et non réalisées, au front ouest (demi bastion à l’angle sud-ouest) et près de la porte (plate-forme angulaire).

 Plan du château d'If pour expliquer la place ou on peut construire des prisons, 1706.Plan du château d'If pour expliquer la place ou on peut construire des prisons, 1706.

Projets et états des lieux, des années 1770 au premier Empire

 

Le château d’If ne fit l'objet d'un nouveau projet qu'en 1774, inclus dans le projet général de la place de Marseille alors présenté par Charles François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Provence, et illustré des plans de l'ingénieur en chef Claude-Quentin La Chiche31.

Plan du fort du château d'If pour servir au projet général, 1774.Plan du fort du château d'If pour servir au projet général, 1774.

Dans son principe, le projet général propose dans son article 17 : en réparant le revêtement du corps de la place (…) d’y appuyer des souterrains à casemates pour la sûreté de la garnison en cas d’attaque, ces souterrains casematés sous rempart à l’épreuve des bombes étant proposés sur le plan du projet à l’extrémité Est du fort, dans le bastion nord-est coté 20 et dans le demi-bastion voisin du front sud coté 17. L’article 18 du projet  pourvoit aux réparations des logements actuels et propose d’en augmenter l’étendue par l’établissement d’un nouveau corps de cazernes (projeté sur l’emprise du jardin de la citerne cotée 23), et de quelques chambres détachées a l’instar de celles qui y existent déjà (principalement en rallonge de part et d’autre de la caserne cotée 21 sur le plan). Aucune de ces propositions ne sera réalisée.

L’état des lieux des parapets d’artillerie de l’enceinte est alors stable, conforme pour l’essentiel à l’état actuel : les parapets percés d’embrasures règnent sur la totalité du front ouest, avec les trois saillants cotés 6-7-8, accueillant les batteries contre Pomègues et Ratonneau, et s’étendent sur un segment suivant du front nord, au nord du donjon, jusqu’au logement du major (coté 29); le reste de l’enceinte ne comporte qu’un parapet bas sans embrasures, accueillant des batteries à barbette, au sud sur les saillants terrassés cotés 9, 12, 14 et 15, au nord sur le saillant 22. A l’extrémité Est, Le bastion nord-est coté 20 est utilisé pour une batterie à bombes. La batterie basse (cotée 31) greffée sur l’angle d’épaule droit de ce bastion est alors en ruines, de même que le moulin à vent, à l’ouest (coté 30) objet de l’article 19 du projet signalant qu’il est relatif à la subsistance et par conséquent mérite la plus grande attention. Les poudres à canon sont emmagasinées dans la casemate basse de la grosse tour du donjon (cotée 5) en plus du magasin coté 23. Dans l’état des lieux en 1774, le seul bâtiment militaire antérieurement modifié (après 1734), est la grande caserne sud-ouest cotée 10, intégrant salle d’armes et logement du garde de l’artillerie, à laquelle a été ajouté en saillie sur sa façade, face au donjon, un hangar de l’artillerie (coté 11), satisfaisant à la demande formulée par Vauban dans l’article 33 de son projet de 1701.

Durant la période révolutionnaire, un mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications de la place de Marseille32, rédigé par Boyer, sous-directeur des fortifications, sous l’autorité de P. Sorbier, directeur des fortifications, daté du15 frimaire an 9 (5 décembre 1800) consacre un article sur l’état des batteries, équipements et bâtiments du château d’If.  Les batteries actives sont celles des fronts ouest et sud (cotées 6,7,8,9, 12, 14,15, selon la nomenclature de 1774, toujours en usage en 1800). La caserne nord cotée 21 a été réparée en l'an 7, celle cotée (24) le logement dit du major (29) et le corps de garde (28) demandent quelques urgentes réparations surtout aux couvertures.  S’agissant de l'ancien gouvernement (13) qui fait actuellement le principal corps de casernes : les couvertures et l'intérieur sont dans le plus mauvais état, les bois et les fermetures ont été dévastés en partie. La citerne de ce bâtiment et celle isolée (25) sont en fort mauvais état.

L'ancienne chapelle (19) destinée pour infirmerie a besoin de fortes réparations ainsi que l'étage au dessus. Magasins (16 et 30) en passable état. Le donjon : les tours ont beaucoup d'écorchements, reste en assez bon état.

            Faute de plans du château d’If conservés pour cette période, l’état des lieux n’est documenté que par de rares dessins, dont un de bonne facture, réaliste et précis, réputé dater de 1809, publié sans référence en 192633.

[Vue du château d'If du côté sud], 1809.[Vue du château d'If du côté sud], 1809.

Cette vue partielle du front sud montre, d’ouest en est,  l’angle saillant sud-ouest de l’enceinte avec sa guérite, le donjon, la caserne (cotée 10) au sud du donjon couplée avec son hangar à l’artillerie (11), le logement du major (29) en arrière-plan, et la caserne principale (14) ancien gouvernement. On observe sur ce dessin la présence d’un parapet maçonné bas percé d’une série serrée d’embrasures à canon sur un segment limité su front sud, au sud du donjon et de la caserne (10-11), embrasures qui n’apparaissent pas sur le plan de 1774, et pas non plus sur un plan de 1786. On note aussi sur ce dessin, à l’intérieur de l’angle sud-ouest de l’enceinte, l’émergence d’un toit en appentis couvrant la tour de l’ancien moulin à vent dérasée.

Daté du 10 juillet 1814, un mémoire sommaire sur la place de Marseille 34, rédigé par le chef de bataillon du génie Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, sous-directeur des fortifications de Toulon, passe en revue toutes les batteries de côte, dont celle du « fort du château d’If ». Il y est précisé que les portes du fort ont été refaites en 1813, que le donjon sert de prison d’Etat et a été cédé au ministère de la justice (cession formelle sous l’Empire), à l’exception des étages inférieurs de deux tours servant de magasin à poudre (la grosse tour et une des deux autres tours). Tournadre poursuit sur cette cession du donjon, considérée comme réversible : On suppose qu’en cas d’attaque les prisonniers en seraient retirés et qu’il serait mis en entier à la disposition du ministre de la Guerre. La garnison y trouverait des logements à l’épreuve  de la bombe qui lui seraient fort utiles. Les autres bâtiments de ce fort ont en général besoin de beaucoup de réparations ; ils offrent du casernement pour 228 hommes, un logement pour le commandant et le garde d’artillerie, un magasin pour les effets de cette arme et un corps de garde. Il existe au donjon deux fours pouvant cuire 2800 rations de pain dans 24 heures, et une citerne en bon état. Il y a encore dans le fort deux autres citernes pour l’usage de la garnison. Il n’y a aucun souterrain à l’épreuve de la bombe(…) on a construit sur la place d’armes du fort deux barraques en bois couvertes en tuiles pouvant contenir 160 hommes (…) Un autre mémoire de 1816 reprenant les mêmes termes précise que ces baraques ont été construites en 1811 et qu’elles ne sont plus utiles et peuvent être démontées.  Les mémoires de 1814 et 1816 ne proposent pas de gros travaux de réparation des fortifications de l’enceinte, hors entretien ordinaire, mais suggèrent le répaississement de quelques partie des parapets, et la construction de casemates adossées à ces parties de parapet épaissis.

La batterie de côte du château d’If et la prison au XIXe siècle, cohabitation et projets empêchés.

Il faut attendre 1828 pour voir formuler un nouveau projet ambitieux de réorganisation défensive du château d’If, pour en faire une batterie de côte performante, dessiné par le capitaine du génie Lolier, toujours sous l'autorité du chef du génie Tournadre aîné 35, qui alors achevait la grande réhabilitation du fort Saint Nicolas. Ce projet de 1828, exprimé en lavé jaune sur le plan, est le plus dispendieux qui ait été proposé au château d’If.

[Plans du château d'If pour un projet de réorganisation défensive], 1828.[Plans du château d'If pour un projet de réorganisation défensive], 1828.

A nouveau présenté en 1831, il ne fut pas réalisé. Il consistait à retrancher le tiers ouest de l’enceinte -incluant le donjon- du reste de l’aire intérieure du fort, par un front bastionné avec fossé dont les deux demi bastions asymétriques se seraient directement greffés par leur flanc aux deux tours de la façade d’entrée du donjon, le fossé préexistant devant cette façade étant intégré au fossé du retranchement projeté. A l’intérieur de cette partie retranchée, était proposé un nouveau magasin à poudre normatif au sud, entre le donjon et la caserne sud, qui à cette date était aux deux tiers démolie (moitié ouest et hangar de l’artillerie disparus), la tour dérasée du moulin à vent voisin étant figurée couverte. Le parapet à embrasures projeté aurait été desservi par d’importantes banquettes d’artillerie en terre sur infrastructure maçonnée à contreforts intérieurs portant des voûtes pour former des casemates ouvertes desservant des embrasures à percer sous celles du parapet dans le bas du revêtement, pour créer deux niveaux de batterie. Ces banquettes auraient corrigé les défauts des terrassements de l’état existant au revers des parapets, généralement trop bas pour permettre une desserte des embrasures et rehaussés ponctuellement de petites plates formes à canon pour certaines de ces embrasures, notamment dans le pseudo-bastion nord-ouest, dont le projet proposait une reconstruction profonde. Le projet incluait aussi un remaniement du rez-de-chaussée du donjon, dont le retranchement imposait le passage par sa porte et la traversée pour accéder au secteur retranché. Il convenait dont de percer une seconde porte dans le donjon vers l’intérieur du retranchement, prévue dans le mur sud près de l’angle sud-ouest, le seul dépourvu de tour d’angle. Le plan montre une issue déjà en place avant 1828 dans le flanc droit de la grosse tour du donjon, remplaçant une canonnière, et permettant un accès directe à la casemate du rez-de-chaussée de cette tour depuis l’extérieur . Cette issue avait peut-être été percée dès avant 1774, date à laquelle le plan lié au projet d’Aumale signale déjà un magasin à poudre dans cette casemate, usage difficilement compatible avec son accès compliqué par un escalier mural étroit la reliant a l’étage du donjon, et facilité au contraire par la percée d’une issue de plain-pied directement vers l’extérieur. Le projet de 1828 proposait de simplifier l’accès intérieur des casemates du rez-de-chaussée des trois tours du donjon par la percée dans les angles du corps central d’un couloir de plain-pied depuis le rez-de-chaussée de ce corps central, sur le modèle des accès aux tours à l’étage. Le projet comportait aussi la percée de poternes permettant de sortir du rez-de-chaussée des deux tours d’angle du front d’entrée dans le retranchement, à la place de canonnières de flanc (sur le modèle de l’issue déjà en place de la grosse tour). La poterne de la tour nord-est était à percer dans son flanc gauche, celle de la tour sud-est dans son flanc droit, soit les deux vers l’ouest. Cette percée des poternes des deux  tours est la seule part du projet de 1828 qui ait été réalisée, mais il est possible que la poterne de la tour nord-ouest ait été déjà percée dès avant 1814, date à laquelle Tournadre signalait un magasin à poudre dans le rez-de-chaussée de deux des tours. Le projet de 1828 comportait aussi la percée de nouvelles embrasures à canon au rez-de-chaussée du donjon, une au milieu de la face nord du corps central, les cinq autres face à l’Est, pour battre la partie de l’enceinte hors retranchement, à raison d’une dans chacune des deux tours du front d’entrée, les trois autres dans la courtine intermédiaire, dont une au-dessus de la porte. La concrétisation de l’ensemble du projet était sans doute conditionnée par la rétrocession du donjon, a minima de son rez-de-chaussée, du ministère de la justice à celui de la guerre. A défaut, les casemates du rez-de-chaussée des trois tours furent seules exclues de l’usage carcéral et utilisée au service du fort, comme magasins à poudre, grâce à leur accès depuis l’extérieur par les poternes, les escaliers muraux de communication à l’étage étant condamnés pour cloisonner de façon étanche ces casemates du reste des locaux du donjon, réservé à la prison d’Etat.

S’agissant de l’état des lieux à cette époque dans la partie Est de l’enceinte, non concernée par le projet, le plan de 1828 montre en place un petit bâtiment couvert contigu à la chapelle, à l’arrière de son chevet et au sud de la chapelle, occupant le petit saillant à 5 pans que formait l’enceinte en ce point, apparemment en contrebas, desservi par l’escalier descendant déjà porté sur le plan légendé de 1700. Ce petit bâtiment, qui apparait déjà sur un plan de 1786, doit être identifié au logement de l’aumônier.

Un vaste programme général de réorganisation et réarmement des batteries de côte selon de nouvelles normes donne lieu à des projets pour le secteur de Marseille à partir de 1846, rédigés par le chef du génie Marie-Tranquille Le Bas, sous l’autorité du directeur des fortifications de Toulon le colonel Joseph-Alexandre Picot. Estimée à un coût de 15800 francs, par le chef du génie dans son mémoire sur les projets de 184636, à 20000 francs par le directeur des fortifications, l’organisation de la batterie du château d’If est l’une des moins coûteuses du programme sur l’ensemble des 35 batteries concernées. Elle se limite à la mise en place de batteries de 33 canons sur des banquettes d’artillerie à créer en terre de remblai massées au revers du revêtement dans le secteur sud-ouest (pour 11 canons), au sud, dans le demi-bastion sud de l’extrémité Est et ses abords (pour 7 canons), et en deux points du front nord, au nord du donjon (pour 6 canons) l’autre dans l’extrémité Est (pour 11 canons), ce dernière banquette occupant la place d’une des anciennes casernes, alors en ruines, qui devait être sacrifiée, a l’exception d’une travée. Ces projets de banquettes sont conçus systématiquement pour un tir à barbette au-dessus du parapet, ce qui induit la condamnation par murages des embrasures en place dans les parapets du front ouest et de la partie du front nord voisine du donjon.

Ce projet non exécuté à la suite fit l’objet d’une reformulation différente revue à la baisse en 1849, pour 15 pièces de canon et pour un coût de 11000 francs37, donnant lieu à un plan détaillé dessiné le 17 février par le capitaine du génie Marc-Alphonse Pallard-Desportes, toujours sous la direction du chef du génie Le Bas, et du nouveau directeur des fortifications.

[Plans du projet de réorganisation des batteries du Château d'If], 1849.[Plans du projet de réorganisation des batteries du Château d'If], 1849.

Les banquettes alors projetées, qui seront réalisées, sont limitées au redan du front ouest, à l’arrière du donjon (pour 2 canons) et à trois points du front sud, soit, d’est en ouest, le demi-bastion coté 10 (pour 6 canons), le saillant ou pseudo bastion coté 9 (pour 2 canons), et le segment d’enceinte tenaillé coté 7, au revers de la caserne nord (pour 5 canons). On note que la répartition des batteries est différente de celle proposée en 1846, aucune n’étant prévue sur le front nord. Indépendamment du projet des batteries, la légende du plan de 1849 apporte quelques autres informations sur l’économie du fort, pour l’essentiel déjà effectives avant 1828 : Les trois tours du donjon (cotées B-C-D) accueillent toujours des magasins à poudre au rez-de-chaussée. Le principal casernement, pour 84 hommes, est installé dans l’ancien logement du gouverneur (coté L), ce qui reste de l’ancienne caserne sud (cotée P), en grande partie démolie dès avant 1828, étant son magasin d’artillerie. Le moulin à vent, toujours en place et couvert, n’est pas légendé. L’ancien logement du major est devenu celui du commandant de la place (coté E), toujours flanqué du corps de garde (coté F) ; à proximité, la porte haute du fort est surmonté d’un petit pavillon, déjà en place en 1828. Dans le même secteur, hors les murs, une plate forme (cotée S) dominant le débarcadère, contournée par la rampe-escalier d’accès au fort, est assise sur une cave. Une partie au moins des deux anciens corps de caserne jointifs (cotés G) bordant l’enceinte depuis la porte au-dessus de la rampe, est affectée à la cantine. L’ancienne caserne adossée au rentrant du front nord, dans la partie Est (cotée H) est toujours en ruines, sa travée encore couverte pouvant accueillir 16 hommes.  La chapelle (cotée I), couverte mais dite en ruines, est bordée du côté nord d’un petit cimetière (coté  R) aménagé (pour les prisonniers ?) à la gorge du bastion nord-est (coté 12). La porte de secours au sud, son escalier d’accès et son débarcadère, sont bien figurés sur ce plan.

La mise en œuvre des travaux d’aménagement des banquettes d’artillerie ne fut pas immédiate, ayant été reportée, puis ajournée par lettre ministérielle du 12 mars 1853. Les travaux, représentés pour l’exercice 1855-1856 (2e article des fortifications du projet général de Marseille) par le chef du génie Richard, approuvé par le colonel Revel, directeur des fortifications, furent lancés sur un budget initial de 12000 francs. Lors des travaux, la conception des batteries fit l’objet de retouches avant achèvement justifiant un financement supplémentaire, objet d’un projet pour 1857-1858 destiné à terminer les batteries du château d’If, représentant une dépense importante (23800 francs). Les changements, exprimés sur une planche de plans de détail daté de mars 185738 concernent les deux premières batteries du front nord, voisines : la plus importante, dans le demi-bastion coté 10, complétée d’ailes en retour et d’une traverse la défilant vers l’est, la seconde, dans le pseudo bastion 9, comportant une réfection du parapet maçonné.

Place de Marseille. Projets pour 1857-1858. [plans de détail pour] terminer les batteries du Château d'If, 1857.Place de Marseille. Projets pour 1857-1858. [plans de détail pour] terminer les batteries du Château d'If, 1857.

Les finitions des batteries d’If font encore l’objet d’un article dans les projets généraux de Marseille pour 1860-1861 et aussi 1863-1864. Dans le premier exercice, 5500 fr sont demandés et accordés  pour construire les plates-formes en maçonnerie, placer les dés des 13 pièces et les encadrements des 2 mortiers du château d’If ; dans le second, un article général  sur un complément d’armement de 24 mortiers sur l’ensemble des batteries de côte de la place de Marseille, justifiant la construction de nouvelles plates-formes, en demande quatre pour le château d’If.

Le 3e article des projets des fortifications de la place de Marseille pour 1855-1856 concernait aussi, au château d’If, outre les batteries, des ouvrages de moindre coût, illustrés d’une planche de plans, l’un consacré à améliorer la rampe d’accès à la porte, l’autre, pour refaire à neuf le pont dormant de la porte du donjon et en rétablir le pont-levis supprimé depuis longtemps pour vétusté. Le système de pont-levis proposé, assez archaïque, comportait la mise en place d’un nouveau treuil à roues dentées dans la chambre de manœuvre agrandie de la herse, pour combiner le levage de la herse, servant de contrepoids avec celui du tablier du pont-levis, par des chaines en tension. Ce projet approuvé par le directeur des fortifications n’a pas été réalisé, peut-être du fait du maintient de l’usage carcéral du donjon, qui aurait posé problème pour l’accès à la chambre de manœuvre située à l’étage.

Place de Marseille. Projets pour 1855-1856. [plans de détail pour] améliorer les passages du Château d'If.Place de Marseille. Projets pour 1855-1856. [plans de détail pour] améliorer les passages du Château d'If.

L’état des lieux des aménagements du château d’If en 1867 est exprimé sur un plan masse (Fig. 20) daté du 1er juillet, tiré d’un atlas terrier des domaines militaires. On y observe que la batterie la plus importante, celle du demi-bastion coté 10, a été achevée en 1859-1860 sur une plus grande amplitude que prévu : L’aile latérale gauche (est) proposée en 1857 a été prolongée, sans traverse, jusqu’à la pointe Est de l’enceinte, entrainant la démolition de l’ancienne chapelle et du logement de l’aumônier contigu. L’emprise de l’aile droite, plus limitée, a pour sa part entrainé la destruction du magasin à poudre situé dans la place d’armes (coté K).

[Plan terrier militaire de l'île et du château d'If], 1867.[Plan terrier militaire de l'île et du château d'If], 1867.

Ces démolitions répondaient à l’ordre de principe donné au chef du génie dès novembre 1854, par le général Jean-Baptiste Casimir Dalesme, inspecteur général du génie, lors d’une visite d’inspection, de restaurer ou faire disparaitre les ruines que l'on remarque dans le château. De même, la batterie de la branche cotée 7, à l’ouest du front sud, fut élargie lors de son achèvement en 1859 en démolissant le magasin d’artillerie (coté P), vestige de la caserne sud, jugé de nulle valeur, et pouvant être transféré au rez-de-chaussée du donjon (alors récupéré par le génie).  L’exécution de cet ordre du général Dalesme justifia aussi, a contrario,  la restauration de la caserne semi-ruinée située le long du front nord dans le même secteur Est du fort, cette caserne se trouvant à l’arrière de la grande batterie neuve cotée 10-11. A l’extrémité de la caserne qui confinait à la gorge du bastion nord-est, le plan de 1867 indique un nouveau magasin et, à l’intérieur même de la gorge du bastion, un phare en forme de tourelle cylindrique, construit en 1863 pour un coût de 7730 francs. On note aussi sur ce plan, à l’autre extrémité du fort, la persistance de la tour circulaire de l’ancien moulin, alors qualifiée de poudrière.

A cet égard, le tableau de contenance des magasins à poudre de la Place de Marseille et batteries de côte qui en dépendent estimé  par procès verbal de conférence du 28 novembre 1869 par le lieutenant colonel Quiquandon, commandant du génie, et le commandant de l’artillerie, ne considère, pour le fort d’If, que les casemates des deux premiers niveaux de la grosse tour du donjon, avec une capacité qui peut paraitre surestimée : le rez-de-chaussée, pour diamètre de 8,50m pourrait accueillir 12.900kg, soit 258 barils ; le premier étage d’un diamètre 8,75m  17.100kg, soit 342 barils, la capacité de cet étage étant, en l’occurrence, un peu supérieure à celle du magasin à poudre du fort Saint-Nicolas (16.400kg, 328 barils). L’avis du directeur des fortifications  Gallimard , formulé le 1 octobre 1872, qui ne retient que la casemate du rez-de-chaussée, est nettement divergent  : le magasin à poudre du château d’If ne peut recevoir que 3000kg ;  il est dans une des tours du donjon, dans une salle ronde voûtée de 8m de diamètre et 5,20m de hauteur sous clef.  Le directeur évoque les deux étages voûtés de cette tour, en les considérant implicitement comme impropres au même usage, car plus exposés à des tirs venu du large, avec une épaisseur murale moindre.  Il en conclut  qu’on ne doit considérer le magasin à poudre du château d’If que comme un simple magasin de batterie de côte, tout en continuant de l’utiliser en temps de paix. L’avis conjoint du commandant de l’artillerie Geille et du commandant du génie Marchand, le 28 novembre 1872,  considère que le magasin du fort d’If, dans la tour,  sur 4 barils de hauteur, a la même capacité que le magasin de St Nicolas et  doit conserver en temps de paix la poudre destinées aux îles de Pomègues et Ratonneau39. On retiendra de ces informations contradictoires qu’à la différence de la situation en 1849, seule la grosse tour du donjon abritait alors un magasin à poudre, au rez-de-chaussée, l’aménagement d’un second magasin à l’étage de la même tour n’étant pas un état de fait mais une possibilité, écartée sans doute en partie pour incompatibilité avec l’économie de la prison d’Etat.

 

Le château d’If au XXe siècle, batterie sans garnison permanente, prison désaffectée et monument ouvert au public.

 

La prison d’Etat a été fermée en 1880, permettant l’ouverture au public du château d’If, et plus particulièrement du donjon, objet essentiel d’une curiosité moins fondée sur son architecture que sur la mythologie de la prison et de ses hôtes, revue au prisme du génie littéraire d’Alexandre Dumas. La batterie de côte, classée poste de guerre du 15e corps d’armée depuis un décret du 10 aout 1853, était destinée à ne pas être conservée en 1880, mais fut finalement exclue des déclassements massifs des batteries de côte du littoral marseillais arrêtés fin 1887, et demeura donc classée, au même titre que les forts et batteries des îles du Frioul, et que les batteries du Pharo, du Roucas-Blanc, de Montredon et de Mont Rose. Pour autant, les dix pièces d’artillerie en place ont été enlevées en 1882 et la majeure partie  des bâtiments militaires dans l’enceinte,  furent délaissés parce qu’inutilisés, faute de garnison permanente. La caserne au nord de l’extrémité Est du fort était à nouveau en ruines au début du XXe siècle, la grande caserne à l’abandon, tandis que celle, aussi au nord, surplombant la rampe d’accès de l’embarcadère à la porte du fort, était louée à un café-restaurant « Monte-Cristo », doublée côté cour d’une grande salle vitrée en structure métallique.

[Vue du donjon et des casernes ruinées du château d'If], c. 1900.[Vue du donjon et des casernes ruinées du château d'If], c. 1900.

Objet depuis 1890 d’excursions touristiques fréquentes, le château d’If  ne fit l’objet d’aucune remise aux normes défensives affectant son architecture. Son classement au titre des Monument historiques par arrêté du 7 juillet 1926, concerne le château (autrement dit le donjon) et le mur d’escarpe (d’enceinte) entourant l’îlot, ce libellé excluant implicitement les bâtiments militaires internes à l’enceinte, plus ou moins délabrés (constituant la « caserne Kléber » d’après un arrêté de 1890), le phare et les banquettes de batteries, qui demeuraient à la charge exclusive du ministère de la Guerre. Une part limité des batteries des années 1850-1860 avait été réarmée durant la première guerre mondiale en tant que batterie légère de Marine, et celle-ci reprit du service à plus grande échelle durant la seconde guerre, intégrée dans le système défensif allemand du Südwall. L’armement de la batterie française, limité à deux  pièces de 75mm SA modèle 1908 d’une portée de 8km, fut conservé et réutilisé par l’unité allemande occupant le fort à partir de novembre 1942. Ces deux pièces sur plate-forme en cuve bétonnée étaient  implantées dans le secteur sud-ouest de l’enceinte, l’une, au sud, dans l’ancienne banquette de batterie de 5 pièces (cotée 7) de 1857-1860, l’autre à l’ouest près de l’angle saillant de l’enceinte et de l’ancienne tour du moulin à vent, dérasée mais toujours portée sur un plan allemand de mai 1943.

[Plan allemand des abord du donjon pour localiser les deux canons de 75mm], 1943. [Plan allemand des abord du donjon pour localiser les deux canons de 75mm], 1943.

A cette date, l’occupant avait installé sur la plate-forme de la grosse tour du donjon un poste d’observation pour diriger les tirs des pièces, complété d’un projecteur et d’un télémètre. De plus, un canon supplémentaire de 75mm K.M.08 ( f) fut mis en place à l’extrémité gauche de l’ancienne banquette de batterie cotée 7. En octobre, l’armement de la batterie, complété de 4 mitrailleuses lourdes MG (gewehre), 5 plus légères et deux canons de défense antiaérienne de 2cm Flak 30 installés en cuves béton sur deux saillants distants de l’enceinte, est desservi par un équipage ou garnison de 48 artilleurs. Un important projecteur de 150 cm Siemens pour éclairer les tirs de nuit avait été installé en cuve dans le pseudo-bastion sud (coté 9). En juin 1944, un nouveau canon antiaérien de 2cm Flak 38 fut implanté en cuve au sud du donjon, entre les deux premières pièces de 75mm, l’effectif de la batterie comptant alors 15 sous-officiers et 89 artilleurs. A la suite de la bataille de Marseille en aout 1944, la garnison contrainte à la reddition saborda l’armement de la batterie et détruisit les stocks de munition avant la reprise de possession de l’île par les troupes françaises. Le phare de 1863 ayant été détruit en 1944 fut d’abord remplacé par un fanal provisoire, comme on le voit sur des photographies IGN de 1947, puis reconstruit au même emplacement sous sa forme actuelle, plus robuste, en 1948. En 1947, les ruines du casernement nord-est étaient très diminuées, la caserne principale centrale (ex logement du gouverneur), délabrée, était écornée à un angle mais encore couverte, tandis que l’ancien logement du commandant, perpendiculaire à l’enceinte au nord, entre la porte et le donjon, était découvert ainsi que le corps de garde attenant, ruiné.

[vue aérienne oblique du château d'If prises du nord, 1947.[vue aérienne oblique du château d'If prises du nord, 1947.[vue aérienne oblique du château d'If prises de l'est, 1947.[vue aérienne oblique du château d'If prises de l'est, 1947.

La caserne principale, dite improprement bâtiment Vauban, fut restaurée dans les années 1950-1960, ainsi que les bâtiments nord adossés à l’enceinte, voisins de cette caserne et de la porte, y compris la salle du restaurant ajoutée vers 1900. Les ruines de l’ancien casernement adossé à la partie est de l’enceinte nord furent détruites aussi avant 1960, le logis du commandant et le corps de garde, à l’ouest du même front étant laissés en ruines, comme on le voit sur une photographie aérienne prise vers 1960. Ils furent finalement détruits dans les années 1970, après le transfert définitif de l’ensemble de l’île du ministère de la guerre à celui de la culture, les travaux de restauration étant dès lors réalisés, et ce jusqu’en 1998, sous la maitrise d’œuvre de Jean-Pierre Dufoix, architecte en chef des Monuments Historiques territorialement compétent.

[vue aérienne oblique du château d'If prise du sud], 1960.[vue aérienne oblique du château d'If prise du sud], 1960.

Certains des encuvements des pièces d’artillerie de la seconde guerre mondiale furent détruits sélectivement lors de ces travaux de restauration, d’autres conservés, dont ceux des deux premières pièces de 75mm, de part et d’autre de l’angle sud-ouest de l’enceinte. Une campagne de restauration a maintenu la cuve de la pièce sud, tout en déblayant les terres de la batterie de 1855-1856 (cotée 7) dans laquelle cette cuve s’était insérée, et en restituant sur ce segment d’enceinte très bas, de plan tenaillé, un parapet à embrasures rapprochées d’après des vestiges d’embrasures murées anciennement qui ne figurent qu’en moindre nombre sur certains plan d’archives, mais sont ouvertes sur le dessin de 1809. D’autres embrasures plus sujettes à caution ont été restituées au nord, sur le court segment d’enceinte proche de la porte du fort auquel s’appuyaient le corps de garde et le logis du commandant, détruits.

Une extension de protection à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 6 aout 2021 a formalisé le statut patrimonial jusqu’alors aléatoire des anciens bâtiments militaires subsistants (ancien logement du gouverneur, sa citerne et son jardin clos, anciennes casernes adossées à l’enceinte nord et réaménagées pour l’accueil du public). Cette extension de protection, inclusive, s’étend aux débarcadères, ainsi qu’à « l’ensemble des sols à l’intérieur de l’enceinte, y compris les aménagements des deux guerres mondiales qu’ils supportent ».

II- Description

Le château d’If est un complexe architectural qui occupe la totalité de l’île sur laquelle il est installé, point commun avec la batterie de l’îlôt de Doume, beaucoup plus petit, situé à peu de distance vers l’Est.

Vue générale prise de l'ouest-nord-ouest, à l'arrière, ilot de DoumeVue générale prise de l'ouest-nord-ouest, à l'arrière, ilot de Doume

Le qualificatif de fort, employée à de rares occasions par le génie pour le château d’If, et seulement au XIXe siècle, parait moins approprié dans l’absolu que celui de batterie de côte. Dans l’usage tant militaire que civil, le terme « château » non spécifiquement militaire, et renvoyant à une imagerie d’architecture castrale médiévale, a prévalu au fil des siècles pour désigner un ensemble dont le manque d’unité tient à sa chronologie longue et à l’évolution de son usage défensif et carcéral du XVIe au XIXe siècle. Cet ensemble peut être décrit en le subdivisant en trois sous-ensembles très nettement individualisés, à savoir, dans l’ordre de visite : l’enceinte, le donjon, les bâtiments militaires (non défensifs). La terminologie pouvant prêter à équivoque dans le cas du château d’If, et ayant évolué dans le temps, il convient de préciser que le terme « donjon » demeure le plus pertinent in fine pour designer le petit « château » carré à trois tours d’angle circulaires de 1529-1533, car ce terme est celui employé historiquement à partir du XVIIe siècle (et de l’achèvement de l’enceinte), ce donjon casematé n’étant plus à lui seul depuis cette époque le château d’If , mais étant le réduit de l’ensemble fortifié40.

Pour la facilité de la description, notamment celle de l’enceinte, nous employons la nomenclature chiffrée et lettrée fixée au XIXe siècle, reportée sur une photographie aérienne de l’état actuel.

 Château d'If en vue aérienne verticale avec chiffres et lettres de repérage des sous-ensembles et ouvragesChâteau d'If en vue aérienne verticale avec chiffres et lettres de repérage des sous-ensembles et ouvrages

L’enceinte

 

L’adaptation aux sinuosités des contours  rocheux de l’île d’If  a déterminé le plan très irrégulier de l’enceinte, mise en œuvre sans luxe en blocage de petits moellons de tout-venant, la pierre de taille, rare, y étant réservée aux cordons, culs-de-lampe de guérites et encadrement d’embrasures, sauf exception sans utilisation pour des chaînes d’angle. La moitié ouest de l’île, incluant le donjon, en est la partie la plus large, la plus haute et la moins découpée dans ses contours. L’enceinte n’y est flanquée d’aucun véritable bastion, mais pourvue d’un saillant carré à l’angle nord-ouest (4) flanquant le front nord, d’un redan ou épi voisin (5) sur le front ouest, d’un angle aigu non flanquant au sud-ouest (6). Dans cette moitié ouest de l’enceinte, le front sud adopte un tracé tenaillé irrégulier alternant angles saillants et rentrants très obtus, qui était occupé en partie (7) par une ancienne batterie des années 1850.

La transition entre la moitié ouest et la moitié Est de l’île, plus étroite, plus basse et plus découpée dans ses contours, forme un étranglement qu’épousent les contours de l’enceinte. Au sud, ces contours en rentrant modéré prolongent le tracé tenaillé (7), jusqu’à un retour d’angle droit formant un flanc saillant (8) qui contrôlait la porte de secours, ménagée dans un pan voisin, à l’arrière de la caserne principale (L) porte desservie par une petite rampe piétonne extérieure partant d’un appontement.

Au nord, l’étranglement central de l’île détermine un segment rentrant assez profond de l’enceinte formant trois pans, entre deux saillants, soit : à l’ouest, sur la partie haute du rocher un épi (2), à l’est un demi-bastion en forte saillie (13). Ce rentrant nord accueille la rampe d’accès (1) à la porte d’entrée de l’enceinte (2).

Dans la moitié Est de l’enceinte, le front nord forme aussi un rentrant à trois pans, plus ample, entre le bastion nord (13) et le bastion nord-est (12) occupant la pointe de l’île, seul véritable bastion complet et normatif du château d’If, à la gorge duquel s’élève le phare de 1948.

Vue générale prise du nordVue générale prise du nord

 En élévation, l’enceinte de la moitié Est de l’île se différencie de celle de la moitié ouest par le fait que ses murs et ouvrages sont plus bas fondés sur le socle rocheux, lui-même plus bas, et par ce que les parapets, aussi plus bas qu’à l’ouest au-dessus du niveau de la mer, sont dépourvus d’embrasures à canon. La partie sud-est du front sud, entre le bastion d’angle nord-est (12) et le grand demi-bastion sud-est (10), montre un tracé irrégulier, dans lequel le cordon marquant la base du parapet est discontinu. Ce segment remanié correspond à la partie sur laquelle s’élevaient l’ancienne chapelle et le logement de l’aumônier, contigu et en léger contrebas, édifices dont les restes ont été détruits vers 1859 pour faire place à l’extrémité d’une banquette de batterie (11) prolongeant celles du demi-bastion (10). Deux chaînages de pierre de taille verticaux subsistant dans le parement extérieur actuel peuvent correspondre à la partie inférieure des angles du chevet plat de l’ancienne chapelle détruite. Un arrachement de mur bas accroché au flanc gauche du bastion nord-est témoigne de l’ancienne petite batterie basse saillante en ce point, présente sur les plans depuis 1700, déjà ruinée en 1774.

Vue générale prise de l'EstVue générale prise de l'Est

L’angle saillant de capitale du demi-bastion (10) conserve son cordon et le cul-de-lampe de sa guérite détruite, le tout, haut fondé sur le rocher et peu élevé, remontant à la campagne de construction Raymond de Bonnefons de 1600-1607, mais le parapet actuel qui avait été dérasé au-dessus du cordon (très restauré), est une reconstruction récente.

Front sud de l'enceinte, face droite du demi-bastion 10Front sud de l'enceinte, face droite du demi-bastion 10

A  l’ouest de ce demi-bastion, le tracé de l’enceinte du front sud de la moitié est de l’île devient très irrégulier, avec un rentrant  marquant plusieurs angles, et détachant un ouvrage fortement saillant qualifiable au mieux de pseudo bastion (9), de plan polygonal irrégulier. Ce pseudo bastion, également attribuable à la campagne de 1600-1607, n’a pas conservé trace de ses guérites, son parapet, au-dessus du cordon d’origine en pierre de la Couronne de teinte rosée, ayant été reconstruit en brique et pierres d’encoignure, avec embrasures, lors d’une campagne postérieure.

Front sud de l'enceinte, flanc droit du pseudo bastion 9Front sud de l'enceinte, flanc droit du pseudo bastion 9

Les élévations des revêtements du front nord de cette moitié Est de l’enceinte, plus hautes que celles du sud parce que fondées plus bas sur le rocher escarpé moins raide, jusqu’au raz de la mer pour le bastion nord-est (12), conservent les traces lisibles de la chronologie des deux campagnes de construction qui les ont réalisées. Le bastion nord-est (12), dont l’angle de capitale est arrondi et le revêtement profilé en fruit, parait a priori de construction homogène, mais l’élévation de son parement de blocage montre une discontinuité horizontale entre la moitié inférieure, vraisemblablement réalisée lors de la campagne florentine de 1591-1597, et la moitié supérieure, attribuable à Bonnefons, caractérisée par son cordon, le cul-de-lampe à 4 ressauts (restauré) de la guérite semi-circulaire sur l’angle de capitale aigu arrondi, et, en dessous, un monolithe sculpté d’un cartouche héraldique, très dégradé mais reconnaissable, aux armes de France, (3 fleurs de lys, écu surmonté d’une couronne).

Front nord de l'enceinte, bastion d'angle nord-est (12)Front nord de l'enceinte, bastion d'angle nord-est (12)

Bastion nord-est (12), détail cul-de-lampe de guérite et cartouche blasonnéBastion nord-est (12), détail cul-de-lampe de guérite et cartouche blasonné

Sur le revêtement de La muraille rentrante à trois pans rentrant régnant entre le bastion nord-est (12) et le bastion nord (13), plus haut fondée sur l’escarpement rocheux, les deux campagnes superposées sont très lisibles et permettent de reconnaitre l’élévation primitive du mur florentin, limité à un parapet maçonné très peu élevé et non arasé à l’horizontale, qui était jalonné d’embrasures dont restent les pierres taillées plates posées verticalement qui formaient les deux côtés de leur bouche extérieure, ces embrasures ayant été condamnées lors de la surélévation Bonnefons de 1600-1607 , limitée en hauteur et caractérisée par son cordon en pierre de la Couronne surmonté d’un parapet sans embrasures.

Front nord vu du nord-est, muraille, bastion 13, donjon et saillant 4Front nord vu du nord-est, muraille, bastion 13, donjon et saillant 4

L’élévation du bastion nord (13) montre la même chronologie des deux campagnes lisible dans ses parements, avec les restes du parapet caractéristique de l’état florentin, a arase rampante dans son long flanc droit, horizontale sur les deux faces et dans le flanc gauche.

Front nord, muraille et flanc droit du bastion 13Front nord, muraille et flanc droit du bastion 13Bastion 13, face et flanc droit, muraille attenanteBastion 13, face et flanc droit, muraille attenante

Ce bastion de plan très imparfait, aux angles arrondis et obtus, évoquant plutôt une grosse tour d’artillerie en forte saillie, présente la particularité d’être percé de deux embrasures à canon à bouche voûtée couverte en arc segmentaire dans la partie inférieure de son élévation, l’une vers l’est, l’autre, entièrement murée, vers l’ouest/nord-ouest. Ces deux canonnières à ébrasement extérieur « à la  française », comparables à celles des niveaux casematés du donjon, sont ménagées dans la partie florentine de l’élévation. Pour autant, il est probable qu’elles n’y ont été percées que lors de la campagne Bonnefons, en phase avec la surélévation, pour aménager à l’intérieur de ce bastion ou tour bastionnaire, surhaussé et creux, un niveau de défense bas, casematé ou non. Ce niveau de tir bas et ses canonnières semblent avoir été condamnés et rendus inaccessible lorsque ce bastion (13) a été complètement terrassé, donc remblayé, avant 1680. On retrouve sur sa face droite droite le même cul-de-lampe de guérite (en pierre de la Couronne, dégradée) que sur l’angle du bastion nord-est (12), avec en dessous un cartouche héraldique. Dans ce dernier, le blason, illisible, mutilé et dégradé  est d’une forme différente, ovale ; son emblématique n’est plus identifiable.

Front nord, bastion 13, débarcadère et départ de la rampe (1)Front nord, bastion 13, débarcadère et départ de la rampe (1)Bastion 13, détail cul de lampe et cartouche blasonnéBastion 13, détail cul de lampe et cartouche blasonné

Dans la moitié ouest de l’île, autour du donjon, les revêtements de l’enceinte ne conservent aucun vestige d’élévation pouvant remonter à la période florentine. L’escarpement du socle rocheux, plus haut et plus abrupt dans cette partie, présentait un obstacle naturel à des tentatives d’incursion, qui a pu justifier une réalisation tardive et seulement ébauchée d’un mur d’enceinte.  Quoiqu’il en soit, la seule chronologie lisible actuellement dans l’élévation du front ouest, est celle qui distingue les parties construites sous Henri IV entre 1600 et 1607 de celles complétées plus tard en plusieurs étapes, entre la seconde moitié du XVIIe siècle et les travaux d’Antoine Niquet, sous l’autorité de Vauban, de la décennie 1690 aux années 1710.

Vue générale du côté de l'ouest- nord-ouestVue générale du côté de l'ouest- nord-ouest

L’ensemble des parapets d’artillerie maçonnés à embrasures qui caractérisent l’aspect de ce front ouest date exclusivement de cette dernière période. Le saillant carré (4) marquant l’angle nord-ouest de l’enceinte, flanquant à droite le front nord, témoigne de la campagne de construction de 1600-1607 dans les deux tiers inférieurs de son élévation, avec son cordon en pierre de la couronne et son parapet jadis percé d’embrasures reconnaissables du côté ouest à leurs pierres de taille d’encadrement.

Saillant d'angle nord-ouest (4) de l'enceinte et segments attenants du front ouestSaillant d'angle nord-ouest (4) de l'enceinte et segments attenants du front ouest

On note la présence d’un chainage en pierre de taille blanche à l’angle nord-ouest du saillant, absent des autres angles de l’enceinte. Les embrasures ont été condamnées et murées au nu du parement lors du surhaussement du revêtement pourvu, 2m plus haut, d’un nouveau cordon41 et un nouveau parapet à embrasures. Cette réfection était conforme aux préconisations de Vauban, qui recommandait de donner à l’ensemble des revêtements de l’enceinte une hauteur moyenne minimale de 15 à 18 pieds, ce qui fut réalisé en ce point précis par le surhaussement du saillant de 1600-1607 et de la partie attenante du front ouest. Dans cette partie, l’épi triangulaire (5) ajouté au revêtement à une date inconnue entre 1647 et 1674, et lui aussi surhaussé peu avant 1700 avec parapet sur cordon continuant à l’horizontale celui du saillant (4), ne conserve pas trace de son état intermédiaire dans ses parements. La suite du revêtement du front ouest, réalisée à partir de 1702, prolonge le même parapet et ne conserve pas davantage trace de la chronologie de sa construction. L’adaptation de cette partie du front à la déclivité progressive du socle rocheux jusqu’à l’angle aigu sud-ouest (6) de l’enceinte, pourvu d’un cul-de-lampe de guérite, a donné lieu à un traitement particulier du parapet, destiné à ne pas donner trop d’élévation au revêtement, ce qu’aurait entrainé le maintient d’un nivellement des arases à l’horizontale. Le choix fait n’est pas celui d’une arase rampante, mais de deux décrochements de niveau du cordon, ici en pierre blanche dure, et du parapet, ces  décrochements formant un ressaut adouci en courbe plongeante saillante et amorti en contre-courbe rentrante.

Partie sud du revêtement du front ouest, parapet à ressautsPartie sud du revêtement du front ouest, parapet à ressauts

Ce traitement spécifique du décrochement de niveau du parapet, qui reprend un modèle inauguré de façon plus ostensible à la citadelle Saint Nicolas de Marseille en 1660-1665, se répète dans le front sud de l’enceinte d’If, au raccord du saillant aigu que forme l’angle sud-ouest (6) et du revêtement tenaillé plus bas qui fait suite (7), le ressaut y inversant courbe rentrante et contrecourbe saillante.

Front sud, détail du ressaut du parapet à embrasures près de l'angle sud-ouest (6)Front sud, détail du ressaut du parapet à embrasures près de l'angle sud-ouest (6)

Les merlons et les embrasures des parapets d’artillerie du front ouest et de la partie ouest du front nord réalisés en plusieurs phases échelonnées sur deux décennies, sous la responsabilité d’Antoine Niquet, ne sont pas conformes à un modèle unique. La mise en œuvre du parement ordinaire des merlons emploie tantôt une maçonnerie de blocage, tantôt de la brique, sous tablette de couvrement en pierres de taille profilée en pente vers l’extérieur. Les angles de certains des merlons au droit des embrasures sont vifs, mais la plupart sont arrondis.

Front ouest, chemin de ronde et parapet à embrasures entre le saillant 4 et l'épi 5Front ouest, chemin de ronde et parapet à embrasures entre le saillant 4 et l'épi 5

Front nord, parapet a embrasures du secteur 3, avec logette de latrinesFront nord, parapet a embrasures du secteur 3, avec logette de latrines

Plusieurs logettes de latrines étaient intégrées au parapets, en divers points de l’enceinte ; une subsiste dans le segment ouest du front nord (3), non loin de la porte de l’enceinte (2). Dans la partie ouest du front sud (7) un pavement en pierre de taille du chemin de ronde a été dégagé lors d’une restauration du parapet, aux dépens des aménagements terrassés d’une des batteries des années 1850. Dans ce segment subsiste la cuve bétonnée d’une des deux pièces française de 75mm de la première guerre mondiale, cuve réformée par les allemands en 1942. La cuve de la seconde pièce de 75mm est aussi encore en place contre le parapet du front ouest, au nord de l’angle sud-ouest (6).

Font sud, segment ouest (7), chemin de ronde, parapet restauré et cuve béton d'une pièce de 75mmFont sud, segment ouest (7), chemin de ronde, parapet restauré et cuve béton d'une pièce de 75mm

La rampe d’accès (1) montant du débarcadère à la porte de l’enceinte (2), compense un dénivelé important (17m), la porte étant implantée sur la partie haute des sols de la moitié ouest de l’île, en contrebas de 5m du pied du donjon. Cette rampe nichée dans le rentrant à trois pans de l’enceinte nord se décompose en cinq segments inégaux en retour d’angle l’un de l’autre, le premier, partant du débarcadère, et le dernier en pente très douce, le second en escalier, le troisième et le quatrième (le plus long et large), en pas-d’âne.

Vue extérieure nord de la rampe d'accès (1) à la porte (2), à gauche le bastion 13Vue extérieure nord de la rampe d'accès (1) à la porte (2), à gauche le bastion 13

Du second segment à la porte, cette rampe est enveloppée d’un mur de défense formant parapet crénelé à partir du troisième segment, plus ou moins rampant et plus ou moins bas fondé sur les irrégularités du rocher. Le premier segment partant du débarcadère était aussi bordé d’un mur parapet crénelé, détruit vers la fin du XIXe siècle. Le second segment en escalier, le plus raide et le plus court, bute contre une terrasse  quadrangulaire close de murs portant sur la voûte d’une cave (S) ouvrant côté mer, qui devait servir de garage pour embarcations. Chaque segment est cloisonné du suivant par le prolongement intérieur du mur-parapet qui le borde, percé d’une porte intermédiaire.

La rampe d'accès à la porte de l'enceinte, vue plongeante depuis l'intérieur de l'enceinteLa rampe d'accès à la porte de l'enceinte, vue plongeante depuis l'intérieur de l'enceinte

Les trois avant-portes qu’il fallait franchir successivement en montant avant d’aborder la porte de l’enceinte, sont toujours en place avec leur encadrement en pierre de taille pourvu d’une feuillure pour des  vantaux ce qui permettait de les fermer pour filtrer les entrées.  La seconde porte, couverte d’une plate-bande appareillée, est plus étroite que les deux autres, couvertes d’un arc segmentaire.

Segments supérieurs de la rampe d'accès avec leurs murs crénelés et porte de l'enceinteSegments supérieurs de la rampe d'accès avec leurs murs crénelés et porte de l'enceinte

La porte d’entrée de l’enceinte s’ouvre par une large arcade  encadrée en pierre de taille blanche, munie d’une paire de vantaux , couverte d’un arc plein-cintre non extradossé, dont la clef porte un millésime en relief dont les deux premiers chiffres sont trop dégradés pour assurer la date, lue 1596 par certains auteurs42, mais dont la graphie et la mise en œuvre de l’arc porterait à lire plutôt 1696. Quoiqu’il en soit, cette porte est surmontée d’un petit local d’étage de type corps de garde, couvert d’un toit à deux versant, percé de deux créneaux encadrant un jour et communiquant par une petite porte au chemin de ronde  du mur d’enceinte, côté est (partie du chemin de ronde formant coursive au revers d’une caserne adossée, et non adaptée au canon).

 

Le donjon

 

Dominant de sa masse compacte flanquée de trois tours circulaires l’ensemble de l’île et la rampe d’accès à la porte de l’enceinte, le donjon du château d’If  présente aujourd’hui un aspect assez peu remanié depuis le XVIe siècle. Son état final résulte, comme on l’a vu dans les développements historiques, de deux phases bien distinctes de la construction initiale. La première phase correspond à la « tour d’If », bloc carré casematé de 28m de côté et 14m de hauteur sur cour intérieure également carrée, de 9m de côté, parfaitement centrée, construite en 1529 et 1530. La seconde phase, non prévue à l’origine, réalisée de 1531 à 1533, consistait  à ajouter une tour circulaire à chaque angle de la grande tour carrée, dont une «grosse tour » de 16,50m de diamètre plus haute d’un étage complet (soit 23m de haut), l’une des trois tours ordinaires prévues, de 12,50m de diamètre,  n’ayant pas été construite.

Le donjon vu du nord, surplombant le front nord de l'enceinte la porte et la rampeLe donjon vu du nord, surplombant le front nord de l'enceinte la porte et la rampe

La succession des deux phases de construction est peu perceptible dans les élévations extérieures, d’aspect homogène du fait de leur mise en œuvre unitaire. Elle est révélée par certains détails explicites, visibles surtout de l’intérieur, et parfaitement lisibles sur un plan des deux premiers niveaux issu de compléments de relevés et exprimant la chronologie.

Plans chronologiques du donjon du château d'If . Dessin C. CorvisierPlans chronologiques du donjon du château d'If . Dessin C. Corvisier

Fondé sur le socle rocheux formant plateau  au point culminant de l’île, le donjon n’est retranché des abords que du côté de l’entrée, face à l’est, par un fossé taillé grossièrement et peu profondément  dans le roc.

Donjon, vue générale est - nord-est, facade d'entréeDonjon, vue générale est - nord-est, facade d'entrée

Refermé au droit des deux tours qui encadrent symétriquement ce côté du donjon, le fossé se justifiait pour la protection de l’accès à la porte, sa traversée passant par un pont dormant en charpente appuyé sur une pile de pierre isolée qui recevait le tablier mobile d’un pont-levis dont était équipée la porte. La défense de cette porte était complétée en haut du mur, au niveau des plates-formes, par une bretèche en encorbellement sur quatre consoles de pierre à deux ressauts (seules conservées), ménagée dans le parapet à embrasures. Le pont-levis supprimé depuis le début du XIXe siècle n’a pas été restitué, comme il était projeté en 1855, mais l’état actuel du pont pérennise les dispositions d’état des lieux exprimés à cette date sur les dessins du projet, avec trois  marches montantes et deux piliers carrés à l’entrée du pont, garde-corps en fer fixé sur ces piliers et sur ceux, plus bas, portant sur la pile, suivi du tablier fixe remplaçant celui de l’ancien pont-levis également pourvu d’un garde-corps en fer scellé à l’encadrement de la porte.

Donjon, entrée du pont d'accès et porteDonjon, entrée du pont d'accès et porte

L’encadrement en pierre de taille de l’arcade d’entrée de la porte, couverte d’un arc plein-cintre, inscrit cette arcade dans une réservation verticale de la partie inférieure du mur, profilée en fruit. Cette réservation constituait le cadre de rabattement du tablier du pont-levis en position fermée ; le système de levage était rudimentaire, apparemment limité à une chaîne unique fixée à un treuil installé dans  un réduit ménagé dans l’épaisseur du mur, au-dessus du passage d’entrée, au niveau de l’étage du donjon, la chaine passant par une petite baie toujours en place au-dessus de la porte. La défense de l’entrée était complétée par les canonnières flanquantes des deux tours d’angle, dont la bouche extérieure voûtée en berceau, surbaissé avec appui taluté, permettait un tir fichant à courte portée autant qu’un tir tendu à plus longue portée.

Donjon. canonnières du flanc gauche de la tour sud-estDonjon. canonnières du flanc gauche de la tour sud-est

Passé le pont levis et la paire de vantaux en bois jouant dans la feuillure intérieure de l’arcade d’entrée, le passage d’entrée voûté de la porte du donjon était pourvu d’un élément de barrage défensif supplémentaire, à savoir une herse, reconstituée de façon évocatrice et non fonctionnelle dans l’état actuel. Jouant dans des coulisses latérales et dans un avaloir de la voûte en berceau, cette herse était levée par un treuil, placé dans la chambre de manœuvre murale de l’étage qui abritait aussi, indépendament, le treuil du pont-levis.

Donjon, détail du voûtement du passage d'entrée, herse et vantauxDonjon, détail du voûtement du passage d'entrée, herse et vantaux

Le passage d’entrée débouche sur la cour centrale après avoir traversé les casemates du rez-de-chaussée du corps principal carré du donjon.

La conception de ces casemates de ce corps carré, ancienne « tour d’If », est particulière. Tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage, la structure première est celle d’une galerie continue sur les quatre côtés, large d’un peu plus de 4m, voûtée en berceau, ne prenant jour que sur la cour centrale, à la manière d’une galerie de cloître. La galerie de l’étage ne se différencie que parce qu’elle est voûté en berceau brisé, et un peu plus haute à l’intrados. Dans cette structure de base décloisonnée, la mise en place de murs de refend, non porteurs, relève d’une logique d’aménagement secondaire, liée à la répartition, à la fonction et au statut des différentes casemates individualisées. Elle est donc potentiellement modulable. On constate à cet égard que dans l’état actuel, la galerie du rez-de-chaussée est décloisonnée dans toute sa moitié nord, que les cloisons de la moitié sud, de faible épaisseur, sont toutes postérieures au XVIe siècle, et que leur répartition est en partie dissemblable de celle indiquée sur les plans de 1702.

Donjon, galerie casematée du rez-de-chaussée du corps central, partie nord-ouest décloisonnée.Donjon, galerie casematée du rez-de-chaussée du corps central, partie nord-ouest décloisonnée.

Au demeurant, la répartition des baies sur cour est répétée d’un côté à l’autre et ne témoigne d’aucune hiérarchisation d’une branche de galerie : un porte couverte d’un arc en anse de panier  au milieu de chaque côté (dont la porte d’entrée, plus large) encadrée symétriquement de deux fenêtres hautes carrées à double ébrasement, dont le voûtement en berceau intérieur pénètre en lunette dans celui de la galerie. De plus, les murs de l’enveloppe extérieure son totalement aveugles, sans autre percement que le passage d’entrée de la porte du donjon. La galerie du rez-de-chaussée n’a donc aucune communication avec les trois tours d’angle, elle est demeurée telle qu’elle a été conçue en 1529-1530, avant l’adjonction des tours. On peut donc admettre une logique de programme dans laquelle les espaces de la galerie casematée du rez-de-chaussée, cloisonnés ou non, avaient dans leur conception initiale un statut inférieur à celui des locaux de l’étage du point de vue de la qualité de leurs aménagements, qui pouvaient être limités à des magasins ou des dortoirs de garnison. Dans l’actuel, les casemates sud cloisonnées aux XVIIIe et XIXe siècle sont appropriées à des cachots et à une boulangerie avec four.

L’organisation de l’étage est plus complexe et plus hiérarchisée que celle du rez-de-chaussée, ce qui se traduit dans les façades sur cour.

Malgré sa relative étroitesse, la cour intérieure, pavée avec soin et centrée sur le puits de la citerne est traitée avec un certain luxe et une certaine ostentation architecturale.

Donjon, cour intérieure, puits et grand escalier du côté ouestDonjon, cour intérieure, puits et grand escalier du côté ouest

Les façades sont entièrement parementées en moyen appareil de pierre de taille, à la différence des façades extérieures du donjon, en blocage enduit. Dans cette cour, l’accès à l’étage est assuré par un escalier extérieur à deux volées en retour dont une volée principale en fond de cour (vue de l’entrée), portée sur des voûtes rampantes en arc-boutant avec pile intermédiaire, d’aspect monumental, qui masque en partie le mur du rez-de-chaussée en attirant le regard sur les façades de l’étage. Des dispositions rarissimes, sinon uniques, caractérisent la réalisation du schéma distributif de l’étage : les casemates de la galerie y sont desservies par une coursive en encorbellement sur cour, portant sur consoles de pierre. L’état actuel avec dalles de sol monolithes et potences de fer liées au garde-corps, résultant probablement d’une réfection XVIIIe ou XIXe siècle, pérennise le parti de principe de cette coursive mis en œuvre sous François Ier. Le point le plus particulier concerne le traitement de la distribution verticale : le « grand degré » découvert qui dessert les coursives à l’étage y débouche face à une tourelle d’escalier en vis saillant dans l’angle sud-ouest des façades sur  cour et montant aux plates-formes.

Donjon, cour intérieure, façades, grand escalier et tourelle de la vis d'angleDonjon, cour intérieure, façades, grand escalier et tourelle de la vis d'angle

Le corps cylindrique de cette tourelle ne part pas du sol de la cour, il est supporté en sous-œuvre, sous le palier haut du grand degré qui la contourne, par un arc diaphragme diagonal tendu entre les deux façades du rez-de-chaussée. Cet arc-diaphagme est niché en arrière-plan de l’arc-boutant ou voûte rampante qui porte les dernières marches du grand degré et le palier oblique contournant la tourelle pour assurer la continuité des coursives de l’étage. La mise en scène élaborée de ces éléments d’architecture est complétée par une colonne à chapiteau a modénature renaissance non sculpté qui déleste la portée de l’arc-boutant et s’appuie sur un mur-bahut qui isole au rez-de-chaussée cette partie couverte de l’angle sud-ouest de la cour. Ces ouvrages de facture soignée font manifestement référence aux formes de l’architecture de châteaux gothiques de la fin du moyen-âge, combinées à un programme beaucoup plus austère de logement de garnison, qui exclut la présence de fenêtres à croisée de pierre dans les façades.

La galerie voûtée continue formant la structure de l’étage du corps carré du donjon est recoupée d’un nombre important de cloisons, dont certaines sont manifestement mises en place depuis la construction d’origine. On note à cet égard que si les façades sur cour sont percées du même nombre de fenêtres (et de dimensions semblables) qu’au rez-de-chaussée, soit deux par côté, le nombre de portes en revanche est plus que doublé (10 portes en tout dont une dans la tourelle et deux autres dans les angles), ce qui témoigne d’une intégration de cloisons au programme, à des emplacements déterminés. Sur les côtés nord et ouest, deux portes sont jumelées en milieu de façade, le trumeau intermédiaire correspondant à l’intérieur à une cloison de refend d’origine divisant le volume en deux pièces ou casemates, chacune pourvue d’une porte et d’une fenêtre, voire d’une cheminée dans le mur de fond.

Donjon, grand escalier, coursives et façades sur cour ouest et nordDonjon, grand escalier, coursives et façades sur cour ouest et nord

Donjon, casemate d'étage du corps central, côté ouest, porte, fenêtre et a gauche cloison d_origineDonjon, casemate d'étage du corps central, côté ouest, porte, fenêtre et a gauche cloison d_origineDonjon, casemate d'étage du corps central, côté nord, cheminéeDonjon, casemate d'étage du corps central, côté nord, cheminée

La façade du côté sud a également deux portes semblables mais non contiguës, ce qui correspond à la même partition intérieure qu’au nord et à l’ouest par une cloison médiane d’origine. Les deux casemates de ce côté sud, de part et d’autre du mur de refend, ont chacune une cheminée d’origine dans le mur de fond, l’une d’elles ayant en outre dans ce même mur une large niche couverte en berceau très surbaissé, avec tables latérales.

Donjon, casemate d'étage du corps central, côté sud, cheminée et niche muraleDonjon, casemate d'étage du corps central, côté sud, cheminée et niche murale

La fonction de cette niche reste incertaine, mais on observe qu’elle desservait une des canonnières de l’étage, murée depuis le XIXe siècle.

L’étage de la façade sur cour du côté Est a, entre les deux fenêtres (remaniées au XVIIIe siècle), une porte unique centrée dont les modénatures élaborées de l’arc en anse de panier d’origine témoignent d’un statut plus relevé que celui des autres portes d’entrée des casemates.

Donjon, façade sur cour du côté est, étage, coursive, fenêtres et porte centrée mouluréeDonjon, façade sur cour du côté est, étage, coursive, fenêtres et porte centrée moulurée

La porte soignée donne accès à la plus longue casemate de l’étage dans l’état actuel des cloisonnements; cette casemate était pourvue dans le mur de refend d’une belle cheminée à hotte pyramidale, dont ne restent que les piédroits moulurés.

Donjon, grande casemate d'étage du corps central, côté est, cheminée, ouverture sur loge murale, niche remaniéeDonjon, grande casemate d'étage du corps central, côté est, cheminée, ouverture sur loge murale, niche remaniée

A proximité de cette cheminée subsiste la porte en partie condamnée donnant accès au réduit logé dans l’épaisseur du mur Est au-dessus de la porte, qui servait de chambre de manœuvre de la herse et du pont-levis. Dans le même mur, une niche remaniée  correspond à l’emplacement d’une canonnière qui avait été transformée et jour, aujourd’hui muré. A la suite de cette niche, le mur comporte une partie de parement soignée en pierre de taille appareillée et en légère saillie, dont on ne trouve pas l’explication43. De l’autre côté du mur de refend, la seconde casemate du côté Est, un peu moins longue, accessible par une porte plus simple calée dans l’angle de la façade sur cour, est pourvue aussi d’une belle cheminée du XVIe siècle à hotte pyramidale, piédroit et manteau moulurés, adossée au mur de refend, bien conservée dans l’état actuel.

Donjon, casemate d'étage du corps central, côté est, cheminéeDonjon, casemate d'étage du corps central, côté est, cheminée

Il est possible que ces deux grandes casemates d’étage du côté Est du corps central, qui se distinguent par la qualité de leurs cheminées, aient été réservées à l’usage du  capitaine ou gouverneur du château d’If. Quoiqu’il en soit, on observe que la conception initiale des casemates habitables de l’étage s’accommodait la servitude défensive occasionnée par la présence de canonnières qui s’y ouvraient, à raison de deux par côté du carré. Pour autant, ces canonnières de l’étage, non indispensables dans l’état final du donjon avec ses trois tours, n’étaient pas armées en temps ordinaire comme le montre l’inventaire de 1552 attestant que l’artillerie était à cette date concentrée sur les plates-formes à ciel ouvert. Pour autant, ces huit canonnières de l’étage du corps central du donjon sont demeurées ouvertes jusqu’au XVIIIe siècle, voire jusqu’aux années 1820. Dans l’état actuel, toutes sont condamnées, et, à l’exception de deux (côtés Est et ouest) complètement murées, à la période ou l’étage du donjon était exclusivement réservé à l’usage de la prison d’Etat. Un examen de la bouche extérieure murée des canonnières du corps central montre qu’elles ont connu deux états successifs, au même emplacement, mais avec une différence de hauteur dans le mur d’environ 30 à 40 cm. L’époque et la raison de ce remaniement ancien ne sont pas documentés.

Fig. 65- donjon , vue extérieure sud-sud-est, canonnières muréesFig. 65- donjon , vue extérieure sud-sud-est, canonnières murées

Lors de la construction des tours d’angle, les casemates de l’étage du corps central (à la différence de celles du rez-de-chaussée) ont été mises en communication directe avec les casemates d’étage des tours par la percée d’un couloir dans l’épaisseur du mur, au droit des angles du corps carré.

Donjon, grande casemate d'étage du corps central, côté est, angle sud-est avec porte d_accès à la tour d_angleDonjon, grande casemate d'étage du corps central, côté est, angle sud-est avec porte d_accès à la tour d_angle

La percée de ce couloir a été aussi commencée dans l’angle sud-ouest, et laissé inabouti, lorsqu’on a renoncé à la construction de la quatrième tour ; cette amorce de couloir est au demeurant la preuve que cette tour était projetée. L’angle sud-ouest du donjon témoigne de l’aspect d’origine des angles de la « tour d’If » de 1529-1530, avec son chaînage en pierre de taille.

Donjon, vue extérieure sud-ouest, grosse tour, angle sans tour et tour sud-estDonjon, vue extérieure sud-ouest, grosse tour, angle sans tour et tour sud-estOn retrouve cet angle droit saillant à l’intérieur des casemates des tours d’angle, avec dans les casemates de l’étage, le débouché du couloir percé avec plus ou moins de soin dans le côté droit de cet angle. Dans les casemates des tours d’angle nord-est et sud-est, cet angle est dégagé de part et d’autre par les niches desservant les canonnières des flancs. Donjon, casemate d'étage de la tour sud-est, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant et canonnièresDonjon, casemate d'étage de la tour sud-est, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant et canonnières

Donjon, casemate d'étage de la tour nord-est, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant et canonnièreDonjon, casemate d'étage de la tour nord-est, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant et canonnière

Dans la casemate de la grosse tour nord-ouest, l’angle du carré central fait saillie dans une haute et large niche couverte d’une voûte en panache.

Donjon, casemate d'étage de la grosse tour nord-ouest, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant sous voûteDonjon, casemate d'étage de la grosse tour nord-ouest, porte au débouché du couloir d'accès dans l'angle saillant sous voûte

Les casemates d’étages des deux tours d’angle du côté Est, couvertes d’une voûte en coupole appareillée comportent quatre canonnières (certaines murées) ouvrant dans des niches voûtées.

Donjon, casemate d'étage de la tour nord-est, voûte en coupoleDonjon, casemate d'étage de la tour nord-est, voûte en coupole

La casemate de la grosse tour, plus spacieuse et plus haute, est équipée de cinq canonnières à niches voûtées, certaines équipées d’un évent pour l’évacuation des gaz toxiques.

Donjon, casemate d'étage de la grosse tour nord-ouest, niche d'entrée et niches de canonnièresDonjon, casemate d'étage de la grosse tour nord-ouest, niche d'entrée et niches de canonnières

La coupole de cette casemate est percée d’une ouverture zénithale communiquant à la casemate du second étage de la tour.

Donjon, casemate d_étage de la grosse tour nord-ouest, voûte en coupole et niches de canonnièresDonjon, casemate d_étage de la grosse tour nord-ouest, voûte en coupole et niches de canonnières

L’accès à cet étage supplémentaire de la grosse tour nord-ouest se fait par la plate-forme supérieure du corps carré central du donjon, pavée en pierre de taille, desservant les parapets d’artillerie.

Donjon, plate-forme dallée du corps central et étage supérieur de la grosse tour nord-ouestDonjon, plate-forme dallée du corps central et étage supérieur de la grosse tour nord-ouest

L’élévation supérieure de cette grosse tour, entièrement dégagée du corps central, adopte un plan en fer-à-cheval  avec mur de gorge plat formant pan coupé, dans lequel s’ouvre la porte d’entrée de la casemate du second étage. La plate-forme sommitale dallée de la grosse tour, desservie par un petit escalier en vis mural terminé en guérite à coupole, collecte ses eaux pluviales dans une descente de gouttière en pierre qui fait saillie sur le mur de gorge et se prolonge dans la masse murale jusqu’à la citerne de la cour. En haut du mur de gorge, une petite baie couverte d’un arc en plein-cintre ouvrant sur la plate-forme de la tour, accueillait une cloche dans l’état des lieux donné par les relevés du château en 1702.

Donjon, plate-forme sommitale de la grosse tour nord-ouest, guérite de l'escalier et baie campanaireDonjon, plate-forme sommitale de la grosse tour nord-ouest, guérite de l'escalier et baie campanaire

A l’intérieur du second étage de la grosse tour, équipé de quatre grosses canonnières à niche, la porte d’entrée s’ouvre sous une arcade couverte en plein-cintre, dans une niche largement ébrasée couverte d’une ample voûte en panache en pénétration dans la coupole qui couvre la casemate.

Donjon, casemate du second étage de la grosse tour nord-ouest, voûte en coupole et niche d'entrée voûtée en panacheDonjon, casemate du second étage de la grosse tour nord-ouest, voûte en coupole et niche d'entrée voûtée en panache

La porte du petit escalier en vis mural montant à la plate-forme sommitale est ménagée dans un côté de l’ébrasement de la niche d’entrée. Dans l’autre côté de l’ébrasement subsistent les restes de deux petites portes jumelles murées qui donnaient accès à des cabinets de latrines qui s’appuyaient en encorbellement sur consoles au flanc gauche de la grosse tour.

Donjon, casemate du second étage de la grosse tour nord-ouest ,niche d'entrée avec portes murées, canonnièreDonjon, casemate du second étage de la grosse tour nord-ouest ,niche d'entrée avec portes murées, canonnière

Ces latrines n’étaient plus desservies depuis l’intérieur de la casemate dès 1702, d’après les plans de Niquet, mais depuis la plate-forme du corps carré ; elles ont été détruites au XVIIIe siècle, mais l’état actuel du flanc gauche de la grosse tour conserve les restes des consoles qui les portaient, cassées au nu du parement.

Dans l’état actuel, le couloir d’accès à la casemate du premier étage de la grosse tour est le seul qui ne s’ouvre plus directement dans une casemate de l’étage du corps carré central. Il a été prolongé au XVIIIe siècle par un couloir casematé diagonal deux fois plus large, voûté en berceau, jusqu’à la porte ouverte dans l’angle nord-ouest des façades sur cour et donnant sur la coursive.

Donjon, couloir casematé au premier étage entre la coursive sur cour et la porte de la casemate de la grosse tourDonjon, couloir casematé au premier étage entre la coursive sur cour et la porte de la casemate de la grosse tour

On a vu que les casemates du rez-de-chaussée des trois tours, sans accès depuis le rez-de-chaussée du corps carré central, n’étaient accessibles du XVIe s au XIXe siècle que depuis l’étage des mêmes tours, par un étroit escalier rampant en arc de cercle dans l’épaisseur du  mur, porté sur les plans de 1702. Dans l’état actuel, seule la grosse tour conserve son escalier  mural ouvert et praticable. Voûté en berceau rampant, il part du couloir d’accès à la casemate d’étage et débouche dans la casemate du rez-de-chaussée,  plus de 1m au-dessus du sol.

Donjon, casemate du rez-de-chaussée de la grosse tour nord-ouest, débouché de l'escalier mural du premier étageDonjon, casemate du rez-de-chaussée de la grosse tour nord-ouest, débouché de l'escalier mural du premier étage

Sa voûte y forme une pénétration traitée avec soin en pierre de taille dans la coupole qui couvre la casemate. Cette casemate basse de la grosse tour, comme celles des deux autres tours du donjon, n’était équipée que de deux canonnières de flanc, pour des tirs à courte portée. Celle du flanc droit a été transformée en poterne (peut-être dès avant 1774) pour permettre l’accès indépendant depuis l’extérieur au magasin à poudre aménagé dans cette casemate. La canonnière du flanc gauche a été simplement condamnée par murage de sa bouche extérieure ; ce murage a permis la conservation, dans la niche intérieure, de l’orifice circulaire adapté aux pièces d’artillerie du XVIe siècle, muré dans l’état actuel mais non remanié. 

Donjon, casemate du rez-de-chaussée de la grosse tour nord-ouest, niche de la canonnière du flanc gaucheDonjon, casemate du rez-de-chaussée de la grosse tour nord-ouest, niche de la canonnière du flanc gauche

L’escalier mural qui communiquait des casemates d’étage aux casemates basses des deux autres tours a été condamné, probablement vers 1828, pour dissocier l’usage prison d’Etat des premières de l’usage magasin de batterie de côte des secondes. Le départ de cet escalier n’est plus reconnaissable dans l’état actuel des casemates d’étage, à la différence de son débouché dans la voûte des casemates basses. Les poternes percées vers l’extérieur dans ces casemates basses à la place d’une des deux canonnières de flanc en était dès l828, et en reste aujourd’hui, l’unique accès.

Donjon, vue extérieure du flanc gauche de la tour nord-est et de sa poterneDonjon, vue extérieure du flanc gauche de la tour nord-est et de sa poterne

Dans la casemate de la tour sud-est, la poterne percée au fond de la niche de l’ancienne canonnière du flanc droit voisine avec l’ancien débouché condamné (étroit, sous linteau) de l’escalier mural d’origine, à 1,50m de hauteur, dans l’intrados de la voûte en coupole.

Donjon, casemate basse de la tour sud-est, ancien débouché muré de l'escalier et poterneDonjon, casemate basse de la tour sud-est, ancien débouché muré de l'escalier et poterne

 Dans la casemate basse de la tour nord-est, le débouché condamné de l’escalier est encore plus haut placé dans la voûte en coupole.

Donjon, casemate basse de la tour sud-est, voûte en coupole et ancien débouché muré de l'escalierDonjon, casemate basse de la tour sud-est, voûte en coupole et ancien débouché muré de l'escalier

Cette casemate basse, comme dans celle des deux autres tours, présente une disposition analogue à celle des casemates de l’étage, concernant la pénétration de l’ancien angle saillant du corps carré central du donjon, chainé en pierre de taille et légèrement taluté à ce niveau, encadré par les niches des deux canonnières de flanc, l’une transformée en poterne.

 Donjon, casemate basse de la tour sud-est, angle saillant du corps carré, niches des canonnières de flanc, celle de droite devenue poterneDonjon, casemate basse de la tour sud-est, angle saillant du corps carré, niches des canonnières de flanc, celle de droite devenue poterne

Les bâtiments militaires

 

La comparaison du plan masse d’état des lieux du château d’If  en 1867 avec la photographie aérienne verticale de l’état actuel (voir ci-dessus, chapitre historique et début du chapitre descriptif)  permet de faire un bilan des aménagements les plus touchés dans l’intervalle par les démolitions. Il s’agit, d’une part, des banquettes d’artillerie des quatre positions de batterie mises en place dans la décennie 1850 (aux points cotés 5, 7, 9, 10-11 de l’enceinte) dont ne restent au mieux que les vestiges de murs de genouillère, et d’autre part des bâtiments de logement et casernement militaires.

Trois sur les cinq bâtiments encore en place en 1867, après les destructions des années 185044, ont été démolis au cours du 20e siècle, la plupart après le classement Monument Historique de 1926  : les restes de la caserne adossée au front nord entre les bastions 12 et 13, le corps de garde et l’ancien logement du commandant, à l’ouest de la porte d’entrée de l’enceinte (2). Hors bâtiment, subsistent deux équipements souterrains anciens, la « cave » (s) hors les murs, proche du débarcadère, et la citerne centrale (n).

Les deux anciens bâtiments de casernement aujourd’hui conservés, réaménagés et utilisés par le centre des Monuments Nationaux, sont d’une part la caserne principale (L), pour 80 hommes en 1849, ancien logis du gouverneur plusieurs fois remanié, d’autre part les casernes et cantine en simple rez-de-chaussée (g) couvertes en appentis, adossées au rentrant nord de l’enceinte, au-dessus de la rampe (1) et joignant la porte (2). Ce dernier bâtiment (g) composé de deux ailes en retour d’équerre l’une de l’autre a subi au XXe siècle des remaniements très importants, notamment l’adjonction d’une salle de restaurant très ajourée contre l’aile est déjà en place au XVIIe siècle.

Vue générale sud de la partie centrale de l'îlle et du château d'If.  Donjon, caserne principale (L) et caserne secondaire nord (g)Vue générale sud de la partie centrale de l'îlle et du château d'If. Donjon, caserne principale (L) et caserne secondaire nord (g)

Ces profondes transformations ont fait perdre à ces deux ailes l’essentiel de leur caractère patrimonial de bâtiment militaire, y compris l’aile ouest, contigüe à la porte de l’enceinte moins dénaturée dans ses murs enduits, percements et couverture en tuile canal (Fig. 86).

Bâtiments militaires, aile ouest de la caserne secondaire nord (g) et porte de l'enceinteBâtiments militaires, aile ouest de la caserne secondaire nord (g) et porte de l'enceinte

L’ancienne caserne principale (L) dont le plan de base remonte au XVIIe siècle a conservé en élévation ses volumes extérieurs et la clôture de son jardin clos conformes à  leur état fixé au XVIIIe siècle.

Bâtiment militaire, caserne principale (L) et mur de son jardin clos, vus du nord-nord-ouest_GAR4856Bâtiment militaire, caserne principale (L) et mur de son jardin clos, vus du nord-nord-ouest_GAR4856

Elevée de deux niveaux, sans comble, couverte d’un toit d’un seul tenant à deux versants très peu pentu couvert en tuiles-canal, elle se compose d’un corps principal de cinq travées de baies régulièrement espacées en façades nord et sud, avec porte en travée centrale, ce corps étant rallongé symétriquement, à l’est et à l’ouest, de deux ailes latérales non dissociées, en légère saillie sur les façades, larges de l’équivalent d’une travée. Ces deux ailes (qui existaient déjà en simple rez-de-chaussée couvert en appentis au  XVIIe siècle) ne sont percées que dans les murs-pignons est et ouest, qui constituent deux façades latérales à part entière, elles aussi percées de cinq travées de baies, dont une porte centrale. Ces portes latérales desservent  à l’intérieur un corridor centré d’axe est-ouest qui distribuait les chambrées réparties en double profondeur au nord et au sud, chacune correspondant à une travée de baie du corps central, les chambrées des ailes latérales prenant jour dans les murs-pignons. A l’étage, ce principe distributif est repris, le corridor central aboutissant à chaque extrémité Est et ouest à une fenêtre plus haute que celles des chambrées, dépassant sur le pignon. Dans la façade latérale Est, prééminente en terme d’accès, les travées de baies sont régulièrement espacées selon une composition symétrique, tandis que dans la façade ouest, face au jardin clos, les fenêtres sont réparties différemment, échelonnées, groupant deux fenêtres inégales très rapprochées sur les côtés, et espacées de part et d’autre de la travée centrale. Toutes les baies sont encadrées d’un chambranle saillant en bandeau plat, couvert en arc segmentaire.

Bâtiments militaires, caserne principale (L) façade EstBâtiments militaires, caserne principale (L) façade Est

 

1Antoine de Ruffi, Histoire de la ville de Marseille, 2e ed. Marseille, 1696, t I, p. 19-202Valbelle (Honorat de) Histoire journalière (1498-1539), journal d’un bourgeois de Marseille au temps de Louis XII et de François Ier, ed. V-L Bourilly et L. Gaillard, Aix en Provence, 1985, t. I, p. 199-200.3Chantilly, musée Condé, archives, série L, t. X, f° 69, cité par Thierry Rentet, Louis de Fourmillon, premier capitaine du château d’If, Annales du Midi, 2004, p. 527-5344Chantilly, musée Condé, archives, série L, t. IX, f° 1965Lettre de Pontgibault à Montmorency, 29 septembre 1529. Chantilly, musée Condé, archives, série L, t. XII, f° 966Chantilly, musée Condé, archives, série L, t. VIII, f° 3117Chantilly, musée Condé, archives, série L, t. IX, f° 328On peut aussi mentionner la grosse tour royale construite de 1518 à 1520 sur ordre de François Ier pour contrôler l’entrée du port du Hâvre alors créé, de plan circulaire, plus large que haute, de 26m de diamètre (détruite en 1861).9Catalogue des Actes de François Ier, t. II, actes 4154, 5993-5994.10Archives des Bouches du Rhône, B 2547, cité par Nicolas Faucherre, Le fort oublié sous la basilique, une architecture de déclamation, revue Marseille, n° 278, avril 2024, p. 14-21.11Voir à ce sujet Château d’If, Etude documentaire sur l’évolution des ouvrages défensifs et l’ensemble du bâti et du site, par P. Allée, F. Valette, I. Castaldo, P. Rigaud, N. Faucherre, Paris. Centre des monuments nationaux, 201412Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B 246 (Comes Provinciae, Inventaire des meubles, artillerie et munitions et état des garnisons des forteresses royales). Cité par Paul Gaffarel, Le château d’If, Annales de la faculté des lettres d’Aix, t. V, 1912, p. 8.13Antoine de Ruffi, Histoire de la ville de Marseille, 2e ed. Marseille, 1696, t. I, p. 392-393 14Turin, archivio di stato, Biblioteca antica, Architettura militare, disegni di piazze et fortificazioni, vol. III, f° 22.15Cité par Paul Gaffarel, Le château d’If, Annales de la faculté des lettres d’Aix, t. V, 1912, p. 18-19.16David Buisseret, Ingénieurs et fortifications avant Vauban. L’organisation d’un service royal aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, CTHS, 2000, p.62.17Planche de huit vues cavaliers de places de Provence. BnF,Cartes et Plans, GE SH 18E PF 71 DIV 3 P2/1 Res.18Un moulin à vent est déjà mentionné dans l’inventaire de l’armement et munitions de 1552, mais il ne figure pas sur la vue cavalière de 1591, peut-être parce que celle-ci donne pour l’enceinte un état de projet, dans lequel le moulin ne comptait pas.19Eugène Sue (ed.), Correspondance de Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef des conseils du roi en l’armée navale (...), Paris 1839, t. III, (voyage et inspection de Henri de Séguiran, p. 223-317), p. 232-234. Cité par Paul Gaffarel, Le château d’If, Annales de la faculté des lettres d’Aix, t. V, 1912, p. 22-23.20https://www.youtube.com/watch?v=xXMT5IfEFAg21BnF, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms. 4419 : Recueil des plans des places-fortes (de France) en l'état qu'elles sont présentement, 1676, t. III, pl. 17.22Paris, Musée des Plans-Reliefs.23Les restaurations postérieures du plan-relief ont pu faire disparaitre certains éléments.24Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 525Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 1626Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 2927Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°2728Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 3329Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 3530Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°2231Vincennes SHD, 1VH 1077, n° 5532Vincennes SHD 1VH1079 n°533Dans la plaquette de Jean Aicardi, Le château d’If, son histoire, son donjon, ses prisonniers, Marseille, 1926, p. 2134Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1435Vincennes SHD, 1VH 108136Vincennes SHD, 1VH 1084, n° 137Vincennes SHD, 1VH 108538Vincennes SHD, 1VH 108739Vincennes SHD, 1VH 108740Dans le cas de la citadelle Saint-Nicolas de Marseille, ce même terme « donjon » est employé pour désigner le réduit casematé sur cour intérieure à quatre bastions qui occupe le point haut, enveloppé de deux enceintes extérieures. Dans le cas du château d’If, pour éviter toute ambiguité, le terme « château » doit être réservé à l’ensemble, et ne doit pas être employé simultanément pour designer le donjon, qu’il désignait au XVIe siècle, avant l’achèvement de l’enceinte. De la meme manière, il convient de ne pas nommer “donjon” la plus grosse des trois tours circulaires du donjon, comme on le trouve dans certaines publications. Ce qualificatif en l’ocurrence impropre n’est jamais employé historiquement pour la designer.41Le cordon de la surélévation fin XVIIe deb. XVIIIe siècle ne se différencie pas en ce point de celui de la partie d’élévation antérieure d’un siècle, ni par le matériau (pierre rosée de la Couronne) ni par la moulure ou le gabarit.42D’où une appellation anecdotique parfois proposée de « porte florentine »43Si ce parement en pierre de taille habille un vide intérieur, il pourrait correspondre à l’habillage du conduit d’une éventuelle cheminée de cuisine qui aurait existé au XVIe siècle en-dessous dans la galerie du rez-de-chaussée, et aurait été supprimée au XVIIe siècle.44Chapelle, reste de la caserne sud-ouest

Le siège de Marseille en aout et septembre 1524 par une armée impériale de Charles Quint, serait à l'origine du projet de François Ier de faire construire deux petites forteresses royales hors les murs de la ville, l'une au large dans l'île d'If, l'autre sur la colline de la Garde.

Sur l’île d’If, les travaux de construction, financés à partir de 1527, n’ont commencé qu’en avril 1529, pour s’achever en 1533, après deux phases de construction distinctes.

La première phase, achevée en 1530, consista en la construction, en partie avec des matériaux provenant de la destruction d’un couvent marseillais, de la « Tour d’If », ouvrage d’artillerie casematé de plan carré de 28m de côté, plus large que haut, avec cour intérieure, pourvu de deux niveaux de batterie, dont un dans les casemates d’étage, de huit bouches à feu, l’autre sur la plate-forme.

La seconde phase, réalisée entre 1531 et 1533, non prévue au programme initial, consista à ajouter des tours cylindriques casematées et percées de canonnières aux angles de la tour carrée, l’une étant une grosse tour plus haute que les autres d’un étage. Ce programme resté inabouti -la quatrième tour prévue n’ayant pas été construite- augmentait la capacité locative et défensive (15 canonnières de casemates en plus) de la Tour d’If, désormais qualifiée de château d’If, son aspect évoquant celui de châteaux forts médiévaux.

En 1552, le château était armé de neuf pièces d’artillerie en fonction, concentrées sur les plates-formes, et de quatre non montées, correspondant à peu près aux douze pièces livrées dès juillet 1529.

L’impopularité du château d’If pour les marseillais, symbolisant le contrôle du pouvoir royal sur l’entrée maritime, au détriment de l’indépendance de la ville, ne fit que se confirmer, du fait de l’usage carcéral attribué à certaines casemates dès la fin du XVIe siècle.

En 1591, pour faire pièce à la prise de position d’un contingent du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier au fort Notre-Dame de La Garde, le gouverneur du château d’If, Nicolas de Beausset , sollicita une puissance alliée également venue d’Italie, celle du prince florentin Ferdinand Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, pour renforcer les défenses de l’île et du château. Des travaux de construction d’une enceinte suivant les contours de l’île furent alors entrepris par un contingent de 100 florentins, en commençant par la partie est, à l’opposé du château, tenu par la garnison française. Un dessin contemporain en vue cavalière montre l’état projeté d’une enceinte ceignant complètement l’île, flanquée de plusieurs bastions, qui ne correspond que très imparfaitement aux ouvrages réalisés par les florentins, plus irréguliers et moins aboutis. En 1596, le contexte politique local ayant évolué en faveur de l’allégeance à Henri IV, l’occupation florentine des îles du Frioul était devenue indésirable et subie, tant pour les marseillais que pour les représentants du roi, dont Nicolas de Beausset, circonvenu en son absence par un coup de force des troupes d’occupation du château d’If, qui en avril 1597, chassèrent la garnison française. L’évacuation des îles par les troupes du Grand duc de Toscane Ferdinand de Médicis fut négociée en 1598 par la diplomatie, au prix de deux cents mille écus d’or accordé aux Florentins en dédommagement de leurs dépenses engagées dans les fortifications et l’entretien des garnisons.

L’achèvement et l’amélioration des ouvrages de fortification réalisés par les florentins fut confiée à Raymond de Bonnefons, ingénieur pour le Roy en Provence, Dauphiné et Bresse en 1600. Son apport au château d’If, non documenté, ne concerne que l’enceinte, dont il améliora jusqu’en 1607 les élévations murales par surhaussement pour faire régner les parapets, complété de guérites, à un niveau à peu près constant. Depuis  cette époque, l’appellation château d’If s’applique à l’ensemble, le château achevé en 1533 étant désormais qualifié de donjon.

Dans le  rapport d’inspection des côtes de Provence rendu à Richelieu en 1633  par Henri de Séguiran, lieutenant général ès mers du Levant, l’armement du château d’If est décrit comme composé de dix-neuf pièces d’artillerie hétéroclites de calibres divers, « très mal montées » en divers points de l’enceinte, et de six pièces au donjon. Deux vues cavalières du château dessinées dans le second quart du XVIIe siècle (Jacques de Maretz, 1633, François Blondel, 1647) montrent dans l’enceinte un unique bâtiment de casernement, le reste des bâtiments militaires et aménagements hors donjon se limitant à une chapelle, à l’extrême est (déjà en construite en 1591), à un moulin à vent, à l’opposé, à un corps de garde près de la porte et à une citerne au centre. La rampe d’accès à la porte de l’enceinte, bordée de murs de défense, est figurée en place au nord. Ces aménagements sont confirmés par un plan de 1676 qui indique en outre un casernement au nord du mur d’enceinte, au-dessus de la rampe d’entrée, et un magasin à poudres. Le corps de caserne central plus ancien a été agrandi, complété d’un jardin et affecté au logement du gouverneur. Dix ans plus tard, deux nouveaux casernements avaient été ajoutés en bordure du chemin de ronde du mur d’enceinte, l’un  à l’ouest du front sud, l’autre à l’est du front nord. La porte de secours, au sud de l’enceinte, et le logement du major au nord, n’apparaissent sur les plans que vers 1700, date à laquelle Antoine Niquet directeur des fortifications de Provence, Dauphiné et Languedoc, avait entrepris des améliorations défensives à l’enceinte, en rehaussant le revêtement du front ouest, avec un nouveau parapet à embrasures. Niquet agissait sous l’autorité de Vauban, qui avait donné des préconisations sommaires dans un mémoire de 1694 sur les batteries de côte de Marseille. En 1701, un nouveau mémoire beaucoup plus détaillé de Vauban sur les projets de Marseille juge très sévèrement la mise en œuvre négligée de l’enceinte et des bâtiments militaires du château d’If, estimant que les seuls ouvrages assez bien faits sont le vieux donjon et ce que l’on a fait depuis peu. Les améliorations proposées font l’objet de 21 articles du mémoire ; elles comportent entre autres la construction d’une quatrième tour au donjon, la réforme de ses parapets, le rehaussement de tout le revêtement du corps de place (enceinte) de 15 à 18 pieds au-dessus du rocher avec cordon , parapets épais à embrasures et guérites, l’amélioration des bâtiments militaires, des portes et de la rampes, la mise en place d’un débarcadère aux deux portes. Ces projets n’ont pas été réalisés, à l’exception des travaux déjà commencés de refonte du front ouest de l’enceinte avec ses nouveaux parapets d’artillerie à embrasures pour les tirs de batterie contre Pomègues et Ratonneau. A cette époque, l’usage carcéral du donjon était limité aux casemates basses des trois tours, à celle d’étage d’une des tours et à une partie du second étage de la grosse tour, les autres casemates d’étage étant des chambres de soldats et d’officiers, et des magasins (dans les tours). Un projet de prison dans un bâtiment indépendant, dans la partie est de l’enceinte, est présenté en 1706 et non réalisé.

Le château d’If ne fait l’objet d’aucun nouveau projet jusqu’en 1774, date à laquelle le seul bâtiment militaire déjà  modifié  est la caserne sud-ouest, intégrant salle d’armes et logement du garde de l’artillerie, complété d’un hangar de l’artillerie. Présenté par Charles François Marie d'Aumale, directeur des fortifications de Provence, et non suivi d’exécution, le projet se limitait à l’agrandissement des casernes nord-est, à la création d’un nouveau corps de caserne plus important près de la citerne, et à celle de souterrains casematés dans les deux bastions nord-est et sud de l’extrémité est de l’enceinte.

Sous l’Empire, l’usage constant et réaffirmé de casemates du donjon comme cellules de sûreté aboutit à donner audit donjon le statut de prison d’Etat, avec cession au ministère de la justice, à l’exception des casemates basses de deux tours, servant de magasins à poudre, les plates-formes étant désarmées.

En 1828, le chef du génie Jean-Joseph Amable Tournadre proposa  un projet ambitieux consistant à inclure le donjon dans un retranchement bastionné interne isolant du reste de l’enceinte la partie ouest de l’île et ses positions de batteries, en renforçant ces dernières. Ce projet, qui n’était possible que sous condition de récupération du donjon par le ministère de la guerre, ne fut pas plus exécuté que ceux de 1706 et 1774. En 1828, l’ancien logis du gouverneur avait été converti en caserne, et celui du major, près de la porte, en logis du commandant.

Le seul projet du génie réalisé au XIXe siècle pour le château d’If concernait la réorganisation des positions de batterie sur quatre banquettes distinctes au pourtour de l’enceinte. Proposé en 1846 pour 33 canons répartis sur les fronts sud et nord, il fut reformulé différemment en 1849 pour 15 canons dont 2 mortiers, répartis en trois points du front sud et un point du front ouest. C’est cette dernière organisation qui fut mise en œuvre entre 1855 et 1863, après un long ajournement. Augmentée de 4 mortiers, elle entraina la démolition de l’ancienne chapelle, à l’extrémité est de l’île, d’un magasin à poudre et du hangar de l’artillerie qui seul subsistait de la caserne sud-ouest. Un phare fut construit à la pointe est en 1863.

La prison d’Etat a été fermée en 1880, permettant l’ouverture au public du château d’If, et plus particulièrement du donjon, objet essentiel d’une curiosité moins fondée sur son architecture que sur la mythologie de la prison et de ses hôtes, revue au prisme du génie littéraire d’Alexandre Dumas.  Les anciennes casernes furent laissées sans entretien (l’une concédée à un restaurant) après le désarmement de la batterie de côte en 1882.  Réarmée de deux  pièces de 75mm, face au sud-ouest  durant la première guerre mondiale en tant que batterie légère de Marine, elle reprit du service à plus grande échelle durant la seconde guerre, intégrée dans le système défensif allemand du Südwall, l’armement étant complété notamment de 4 mitrailleuses lourdes et deux canons de défense antiaérienne.

Après la guerre, le phare détruit fut reconstruit, et certains  anciens bâtiments militaires, plus ou moins ruinés furent supprimés dans les années 1970 après le transfert définitif de l’ensemble de l’île du ministère de la guerre à celui de la culture, la caserne principale étant restaurée et réaffectée.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 16e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 4e quart 16e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : 1er quart 17e siècle , daté par travaux historiques
    • Secondaire : limite 17e siècle 18e siècle , daté par source
    • Secondaire : 3e quart 19e siècle , daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Bonnefons Raymond de
      Bonnefons Raymond de

      Ingénieur pour le roi en 1600 en Provence et Dauphiné. Il travaille notamment en Provence aux fortifications d'Antibes, de Saint-Tropez, de Toulon, de Marseille (Iles du Frioul) et du fort de Bouc, et en Dauphiné à Fort Barraux et Exilles. Mort accidentellement avec le fils de Jean Errard. Il avait pour apprentis et assistants son fils Jean de Bonnefons, qui lui succèdera en Provence, et Jean de Beins, qui lui succédera en Dauphiné.

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    • Auteur :
      Niquet Antoine
      Niquet Antoine

      Ingénieur général des fortifications de Provence, de Dauphiné, de Languedoc en 1680. En 1700, il est à Toulon où il travaille avec Vauban sur un nouveau projet d'aménagement du site : retranchement de la ville, aménagement du port et de la darse, défense de la ville avec des forts et des tours. Auteur des projets de fortification de la place de Seyne (Alpes-de-Haute-Provence) en 1690.

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L’ensemble architectural du château d’If occupe la totalité de l’île sur laquelle il est installé. L’appellation « château » qui lui est associée historiquement, n’est pas le qualificatif le plus approprié pour cet ensemble qui s’apparente  davantage une batterie de côte qu’à un fort. Cet ensemble dont le manque d’unité tient à sa chronologie longue et à l’évolution de son usage défensif et carcéral du XVIe au XIXe siècle, peut être décrit en le subdivisant en trois sous-ensembles très nettement individualisés : l’enceinte, le donjon, les bâtiments militaires non défensifs.

Mise en œuvre sans luxe en blocage de petits moellons de tout-venant, l’enceinte adopte un plan très irrégulier adapté aux contours sinueux du socle rocheux. La moitié ouest de l’île, incluant le donjon, en est la partie la plus large, la plus haute et la moins découpée dans ses contours. L’enceinte, au tracé tenaillé côté sud, n’y est flanquée d’aucun véritable bastion, mais pourvue d’un saillant carré à l’angle nord-ouest.  A la transition avec la moitié Est de l’île, plus étroite, plus basse et plus découpée dans ses contours, un étranglement donne lieu, côté nord, à un segment rentrant de l’enceinte qui accueille la rampe d’accès à la porte d’entrée. Cette dernière se limite à une simple arcade à vantaux surmonté d’un petit pavillon couvert d’un toit à deux pentes. Partant du débarcadère, la rampe comporte quatre segments en retour l’un de l’autre, bordés d’un mur de défense crénelé qui les cloisonne, avec trois avant-portes. Dans la moitié Est de l’enceinte, le front nord forme un rentrant plus ample que celui de la rampe, entre deux bastions bas fondés sur le rocher, étroits et fortement saillants, arrondis aux angles, celui du nord-est occupant la pointe de l’île, étant le seul à peu près normatif en plan. L’élévation extérieure de ces deux bastions et des segments attenants de l’enceinte nord témoignent de la chronologie de deux campagnes de construction de l’enceinte : en partie basse, les maçonneries sont celles de la période florentine 1591-1597, avec traces d’embrasures à canon sommaires, surmontées par la surélévation Bonnefons de 1600-1607. Celle-ci comporte un cordon portant un parapet sans embrasures, avec, sur le front de chaque bastion, le cul-de-lampe d’une ancienne guérite surmontant un cartouche héraldique, celui du bastion, nord-est aux armes de France. Le front sud de cette moitié Est de l’enceinte est flanquée d’un large demi-bastion haut fondé sur le rocher, et d’un pseudo-bastion étroit et irrégulier, en forte saillie, sur lesquels se continue le cordon du début du XVIIe siècle. Le front ouest de l’enceinte, comportant un épi vers le nord et formant un angle aigu non flanquant au sud-ouest, est pourvu d’un parapet d’artillerie à embrasures qui s’étend à la partie ouest du front nord, jusqu’à la porte d’entrée, ce parapet sur cordon étant dû à la campagne d’amélioration défensive réalisée entre 1695 et 1710 sous l’autorité de Niquet et de Vauban. L’élévation du saillant carré de l’angle nord-ouest témoigne de la chronologie entre la campagne de 1600-1607, dont le revêtement, le cordon et le parapet à embrasures (murées) sont conservés sous la surélévation de 1695-1700.

Le secteur sud-ouest de l’enceinte conserve, en bordure du chemin de ronde desservant les parapets, les cuves en béton des deux pièces de 75mm, témoins de la remise en état de défense de la batterie durant les deux guerres mondiales.

Le donjon présente aujourd’hui un aspect assez peu remanié depuis le XVIe siècle. Il se compose d’un corps principal carré casematé de 28m de côté et 14m de hauteur avec cour intérieure également carrée, de 9m de côté, parfaitement centrée, qui correspond à la « tour d’If » construite en 1529 et 1530, flanqué de trois tours d’angle circulaires dont une «grosse tour » de 16,50m de diamètre plus haute que l’ensemble d’un étage complet (soit 23m de haut). Cette tour, à l’angle nord-ouest et les deux autres tours, de 12,50m de diamètre, encadrant le côté de l’entrée (Est), de même hauteur que le corps principal carré, ont été ajoutées en 1531-1533. Les angles droits « finis » et chainés de la tour carrée de l’état initial restent bien visibles, à l’extérieur pour l’angle sud-ouest, la quatrième tour d’angle n’ayant pas été construite, et pour les trois autres angles, à l’intérieur des casemates des trois tours circulaires réalisées. Seul le côté de l’entrée est retranché par un fossé sec peu profond, traversé par un pont en charpente avec pile maçonnée.

La conception des casemates du corps carré est particulière. Tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage, la structure première est celle d’une galerie continue sur les quatre côtés, large d’un peu plus de 4m, voûtée en berceau, ne prenant jour que sur la cour centrale, à la manière d’une galerie de cloître. Dans cette structure de base décloisonnée, les murs de refend, non porteurs, sont un aménagement secondaire, liée à la répartition, à la fonction et au statut des différentes casemates individualisées. Dans l’état actuel, la galerie du rez-de-chaussée est décloisonnée dans toute sa moitié nord et les cloisons de la moitié sud sont postérieures au XVIe siècle, et liées à l’usage carcéral. La répartition des baies sur cour, répétée d’un côté à l’autre, ne témoigne d’aucune hiérarchisation, et les gros murs de l’enveloppe extérieure son totalement aveugles, sans autre percement que la porte du donjon, pourvue d’une herse (restituée dans l’état actuel) et d’un pont-levis à chaîne, supprimé depuis le début du XIXe siècle, jadis levés par un treuil dans un réduit mural à l’étage. La galerie casematée du rez-de-chaussée n’a aucune communication avec les trois tours d’angle, comme dans l’état conçu en 1529-1530, avant l’adjonction des tours. L’organisation de l’étage est plus complexe et plus hiérarchisée que celle du rez-de-chaussée, ce qui se traduit dans les façades sur cour, parementées en moyen appareil de pierre de taille, à la différence des façades extérieures du donjon, en blocage enduit. Les casemates de l’étage sont desservies par une coursive en encorbellement sur cour, portant sur consoles de pierre, accessible par un escalier droit monumental dont la volée principale, en fond de cour, portée sur des voûtes rampantes en arc-boutant avec pile intermédiaire, masque en partie le mur du rez-de-chaussée. En haut de ce degré, une tourelle d’escalier saillant dans l’angle sud-ouest des façades sur  cour de l’étage porte à faux au rez-de-chaussée sur un arc diaphragme. Les quatre façades de l’étage comportent chacune deux fenêtres et au moins deux portes, certaines jumelées, conçues dès l’origine pour desservir deux casemates par côté, pourvues de cheminées. Les murs de refend médians sont en place depuis la construction initiale. Celui séparant les deux grandes casemates du coté Est porte deux grandes cheminées à hotte pyramidale, dont une bien conservée. Ces deux casemates, dont une avec porte d’entrée plus soignée, semblent correspondre au logement réservé au XVIe siècle au capitaine du château. Les casemates de l’étage desservait les huit canonnières du corps principal aujourd’hui murées, le mur d’enveloppe étant percé en outre dans les angles du couloir percé lors de la seconde phase de construction pour communiquer aux casemates d’étage des tours d’angle. Ces casemates, réparties sur deux niveaux, trois pour la grosse tour, sont couvertes d’une voûte en coupole en pierre de taille appareillée, et desservent des canonnières à niches, aux étages 4 dans les deux tours nord-est et sud-est, 5 dans la grosse tour, au rez-de-chaussée deux dans les flancs de chaque tour. Les casemates du rez-de-chaussée des tours ont toutes une issue en poterne vers l’extérieur, qui a remplacé une des deux canonnières de flanc. Dans la grosse tour, l’accès d’origine de la casemate basse depuis l’étage par un escalier rampant dans le mur existe encore, mais dans les deux autres tours il est condamné par murage. Au dessus des casemates d’étage du corps principal carré et des tours, les plates-formes dallées qui portaient l’artillerie du donjon aux XVIe et XVIIe siècles sont en majeure bordées d’un parapet à embrasures, avec une lacune au droit de la tour manquante. Au-dessus de la porte, une bretèche qui s’ouvrait dans le parapet a disparu, à l’exception des consoles qui la portaient . La plate-forme de la grosse tour est accessible par un escalier en vis logé dans l’épaisseur du mur du second étage, terminé en guérite.

Les anciens bâtiments militaires encore en place aujourd’hui dans l’enceinte se limitent au casernement nord, joignant la porte, adossé au revêtement au-dessus de la rampe, et à la caserne principale centrale, ancien logis du gouverneur. Le casernement nord, en simple rez-de-chaussée, couvert en appentis est dénaturé par les remaniements qu’il a subi au XXe siècle. La caserne principale, à deux niveaux sous toit à deux versants peu pentus, a conservé ses dispositions fixées au XVIIIe siècle. De plan rectangulaire terminé sur les petits côtés en forme d’ailes étroites en légère saillie, elle présente quatre façades de cinq travées de baies chacune, fenêtres et porte centrée au rez-de-chaussée : deux façades nord et sud dans les murs gouttereaux, deux autres dans les murs-pignons élargis formés par les pseudo ailes latérales.

 

  • Murs
    • calcaire moellon enduit partiel
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture, tuile creuse
  • Plans
    système bastionné
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • terrasse
  • Escaliers
    • escalier hors-oeuvre : escalier droit, escalier en vis avec jour suspendu
  • Typologies
    batterie fermée ;
  • État de conservation
    bon état
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat, géré par le Centre des Monuments nationaux
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    château fort, donjon, enceinte, batterie, prison
  • Protections
    classé MH partiellement, 1926/07/07
    inscrit MH partiellement, 2021/08/06
  • Précisions sur la protection

    Le classement concerne le château (autrement dit le donjon) et le mur d’escarpe (d’enceinte) entourant l’îlot, ce libellé excluant implicitement les bâtiments militaires internes à l’enceinte.

    L'inscription concerne les anciens bâtiments militaires subsistants (ancien logement du gouverneur, sa citerne et son jardin clos, anciennes casernes adossées à l’enceinte nord et réaménagées pour l’accueil du public). Cette extension de protection, inclusive, s’étend aux débarcadères, ainsi qu’à « l’ensemble des sols à l’intérieur de l’enceinte, y compris les aménagements des deux guerres mondiales qu’ils supportent ».

  • Référence MH
  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications de la place de Marseille par Boyer, 5 décembre 1800. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1079 n°5.

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • [Vue cavalière du château d'If]. / Dessin, c. 1591. Archivio di Stato, Biblioteca Antica, Turin : Architettura militare, disegni di piazze et fortificazioni, vol. III, f° 22

  • [Vue cavalière du château d'If]./ dessin par Jacques Maretz, détail d'une planche de huit vues de places de Provence, 1631. Bibliothèque nationale de France, Paris, Cartes et Plans, GE SH 18E PF 71 DIV 3 P2/1 Res.

  • [Vue cavalière et plan du chateau d'If]. / dessin par François Blondel, 1647, Bibliothèque nationale de France, Paris, Estampes, coll. Gaignières, VA 13 (8)

  • Plan du chasteau d'If./ Dessin aquarellé, 1676. Dans : Recueil des plans des places fortes (de France), t. III, pl. 17. Bibliothèque de l'Arsenal, Paris : Ms. 4419.

  • [Plan-relief du château d'If]. / Plan-relief, 1681. Musée des Plans-reliefs Paris : non coté.

  • Plans et profils du château d'If. / dessin aquarellé par Begon, 21 octobre 1686. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°5

  • Plan du château d'If. / dessin aquarellé contresigné Montmort, 3 février 1690. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°8

  • Plan du château d'If. / dessin aquarellé par Antoine Niquet, 20 mars 1700. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°29

  • Plan du château d'If. / dessin aquarellé c. 1700. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°27

  • château d'If [plan]. / dessin aquarellé par Antoine Niquet, 28 novembre 1702. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°35

  • [plans du premier étage et de la plate-forme du donjon du château d'If ]. / dessin aquarellé par Antoine Niquet, 28 novembre 1702. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°35

  • [profils du donjon du château d'If ]. / dessin aquarellé par Antoine Niquet, 28 novembre 1702. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1076 n°35

  • Plan du château d'If pour expliquer la place ou on peut construire des prisons. / dessin aquarellé contresigné Montmort, 29 décembre 1706. Service Historique de la Défense, Vincennes : Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°22

  • Plan du fort du château d'If pour servir au projet général. / dessin aquarellé par La Chiche, 1774. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1077

  • [Vue du château d'If du côté sud]. / dessin, 1809. Dans : "Le château d'If, son histoire, son donjon, ses prisonniers". / Jean Aicardi, Marseille, 1926.

  • [Plans du château d'If pour un projet de réorganisation défensive]. / dessin aquarellé par Tournadre Aîné, 20 mars 1828. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1081

  • [Plans du projet de réorganisation des batteries du Château d'If]. / dessin aquarellé par Pallard-Desportes, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085

  • Place de Marseille. Projets pour 1857-1858. [plans de détail pour] terminer les batteries du Château d'If. / dessin aquarellé par Marrault, capitaine du génie, 10 mars 1857. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1087

  • Place de Marseille. Projets pour 1855-1856. [plans de détail pour] améliorer les passages du Château d'If. / dessin aquarellé contresigné par Richard, chef du génie, 14 décembre 1854. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1087

  • [Plan terrier militaire de l'île et du château d'If]./ dessin aquarellé, 1 juillet 1867.Service Historique de la Défense, Toulon : 2K² 237

  • [Vue du donjon et des casernes abandonnées et ruinées du château d'If]. / photographie éditée en carte postale, c. 1900. Collection particulière.

  • [Plan allemand des abord du donjon pour localiser les deux canons de 75mm]. / Tirage de calque, mai 1943. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre, Vertou, Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 104.

  • [Deux vues aériennes obliques du château d'If prises du nord et de l'Est]. / Photographies, 1947. Institut Géographique National, Saint-Mandé.

  • [Vue aérienne oblique du château d'If prise du sud]. / Photographie par Roger Henrard, 1960. Editée en carte postale.

  • FAUCHERRE Nicolas et BRIGHELLI Jean-Paul, Le château d'If et les forts de Marseille, Paris, coll. Itinéraires du Patrimoine, Editions du Patrimoine, 1999.

  • GAFFAREL, Paul - Le château d'If. Annales de la Faculté des lettres d'Aix, V, 1912, p. 1-175

  • DE RUFFI Antoine et DE RUFFI Louis-Antoine. Histoire de la ville de Marseille (...), seconde édition, Marseille, chez Henri Martel, 1696.

  • VALBELLE, Honorat de, Histoire journalière (1498-1539), journal d’un bourgeois de Marseille au temps de Louis XII et de François Ier, ed. V-L Bourilly et L. Gaillard, Université de Provence, Aix en Provence, 1985, t. I

Bibliographie

  • BUISSERET, David, Ingénieurs et fortifications avant Vauban, l’organisation d’un service royal aux XVIe-XVIIe siècles. – Paris : Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, 2002.

Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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