I- Historique, topographie et typologie générale
La batterie de Figuerolles fait partie du dispositif de batteries de côte de la nouvelle génération définie dans la décennie 1870, implantées en altitude, pour le bombardement des vaisseaux et armée avec de l’artillerie de marine. Sa création est toutefois assez tardive, postérieure à celle de la batterie la plus voisine, celle de Niolon Haut, construite de 1882 à 1885, composée d’une batterie principale importante et renfermée dans une enceinte, et d’une batterie annexe, conçues pour des canons de gros calibre. L’armement de Niolon Haut étant composé de six pièces de même calibre, 24cm, l’opportunité de compléter ce dispositif par une batterie de mortiers à implanter aux environs se manifesta en 1889 du fait de la création du nouveau mortier lourd de 270mm Mle 1885 de Bange, dans sa version dévolue à la défense côtière, le Mle 1889, monté sur affut G de côte à châssis circulaire permettant un tir horizontal. La construction d’une batterie de trois mortiers de 270mm aux environs du cap Niolon fit l’objet d’un premier procès verbal de conférence le 15 juillet 1889, par Joseph Lucien Cauvin, chef du génie de Marseille et Faure, chef d’escadron commandant l’artillerie de l’arrondissement1. Les conférents avaient choisi le site, un petit promontoire très étroit entre le ravon du Resquadiou et l’anse de Figueroles, qui voit très bien la côte au pied des hauteurs de Niolon, découvre la passe et tout l’intérieur de la rade nord. Compte tenu de l’exiguité de l’espace disponible autour d’un rocher aux formes irrégulière, les conférents proposaient d’étager les trois mortiers, deux cote à cote, un peu espacées, le troisième 20m en arrière et 4m plus haut. Les magasins seraient placés en caverne sous le massif rocheux du mamelon, composés d’un magasin à poudre de 4x6m pour 12.000kg en caisses d’un abri de chargement et abri aux détonateurs à placer dans la galerie du magasin à poudre, galerie mise en communication avec les plates-formes au moyen d’un monte-charges. Un abri pour le télégraphe était proposé en dehors de la batterie et couvert par la crête du mamelon, de même que le hangar pour 400 projectiles avec citerne en dessous, les autres projectiles trouvant place dans des niches auprès de chaque pièce, pour les coups de sûreté. Le pourtour du mamelon serait escarpé pour en défendre l’accès, mais muni d’une simple clôture du type barrière de chemin de fer. Cette dernière idée fut rejetée par le commandant de l’artillerie, qui dabs son avis proposa un mur d’enceinte de 3m de haut dans les parties non protégées par l’escarpement naturel. Le directeur d’artillerie rejeta quand à lui l’échelonnement des pièces incompatible avec un tir simultané, invitant à chercher un emplacement qui permette de placer les trois mortiers sur le même front.
Sur prescriptions d’une dépêche ministérielle du 8 novembre, approbative de l’avis commun des inspecteurs permanents en date du 19 octobre, le chef du génie de Marseille retravailla le projet, objet d’une seconde conférence avec le chef d’escadron Desq, nouveau commandant de l’artillerie de l’arrondissement. Le procès verbal, daté du 23 décembre 1889 illustré d’un plan du projet revu2, donne à la batterie projetée l’appellation de batterie de mortiers de Niolon, qui ne sera remplacée par celle de batterie de Figuerolles qu’après sa réalisation.
[Plan du projet de la batterie de mortier de Niolon (Figuerolles)], 1889. Détail.
Le nouveau projet est plus ambitieux. Les trois plates-formes en hémicycle des mortiers sont juxtaposées, à la même cote 106,50m, séparées par des pare-éclats d’une épaisseur réduite de 5m, les crêtes étant à la cote 108m. Les conférents proposent de délarder le terrain en avant sur une inclinaison de 1/10°. En arrière des pièces, le sommet du mamelon est à déraser sur une hauteur de 3m. D’après le plan, il forme un massif, artificiellement détouré et retranché de l’arête qui le prolonge au nord par une tranchée de communication reliant le chemin d’accès des plates-formes contournant le massif par la gauche (Est) à l’extrémité droite (Ouest) des mêmes plates-formes, l’ensemble formant un chemin de ronde circulaire. Les six niches à munitions pour les coups de sureté sont proposées dans la paroi droite du chemin d’accès et dans la tranchée, et non dans le segment sud desservant les plates-formes. Un hangar locatif est prévu à l’extrême nord, à droite de l’entrée du chemin, niché à l’abri de la paroi du rocher ainsi qu’un abri télégraphique, creusé dans la même paroi.
Le plan propose en tête de l’épaulement de batterie un mur à bahut polygonal à 5 pans sur un escarpement en retaille du roc, avec deux petits saillants et un pseudo fossé. Accessibles par une seconde branche de chemin, en y entrant sous le chemin d’accès aux plates-formes des mortiers, les importants souterrains-caverne proposés se développent sous le mamelon immédiatement à l’arrière des trois plates-formes et plus au Nord. Reliés par une longue galerie, ils comportent un magasin à poudre pour 14.175 kg en caisses, en retrait au nord, suivi d’un atelier de chargement pour les gargousses et, sous le mamelon détouré, deux grands dépôts de projectiles à la mélinite, un dépôt de gargousses, deux petits ateliers d’amorçage, les deux extrémités de cette partie de la galerie étant aménagées chacune pour un monte-charges.
L’avis du général commandant le génie, daté du 5 février 1890, invite à simplifier le projet pour en réduire la dépense à environ 100.000fr, notamment en modifiant le contour du front de tête à escarper sans mur superposé, selon un tracé surligné en rouge sur le plan.
L’avis commun des inspecteurs permanents de l’artillerie (général de Cossigny) et du génie, rendu le 10 avril 1890, signale que le dernier projet fait ressortir une dépense montant à 120.000fr environ, route d’accès comprise, alors que la commission d’études pour la défense du littoral n’a prévu pour l’organisation de la batterie qu’une somme de 30.000fr. Les modifications proposées pour réduire la dépense à ce qui est strictement indispensable concernent d’abord la clôture, qui ne doit pas recevoir d’organisation défensive, le mur en tête qui aurait l’inconvénient de signaler de loin l’emplacement de la batterie est à supprimer. D’autre part les inspecteurs jugent inutile de déraser le mamelon sur une hauteur de 3m, et estiment qu’il suffit de délarder le terrain en arrière des plate-formes suivant un talus à 45°. Ils proposent aussi de simplifier les locaux souterrains, en supprimant l’atelier de chargement et le dépôt de gargousses, le ministre de la guerre venant d’admettre que dorénavant les poudres seront emmagasinées directement en gargousses confectionnées. Le magasin à poudre devant contenir 675 gargousses, il suffira de lui donner des dimensions de 5m x 4m, sans compter le vestibule de 2m. Ce magasin devra être creusé non à l’emplacement proposé, qui obligerait à un grand développement de galeries, mais à peu près à celui proposé pour le dépôt de gargousses ; un seul monte-charge suffira pour 3 pièces. Les inspecteurs considèrent qu’il faut surseoir à tout travail concernant l’emmagasinement des projectiles dans des souterrains en caverne y compris les ateliers d’amorçage, mais que l’on peut construire le hangar à l’arrière du site.
La construction de la batterie fut ordonnée par dépêche ministérielle n° 7072 du 21 février 1890. Le 30 mai 1890, le ministre émit une réserve sur les conclusions des inspecteurs en précisant que le magasin à poudre souterrain comportera un atelier de chargement.
L’état de la batterie de Figuerolles réalisé en 1890 et 1891 est documenté graphiquement par une planche d’atlas des bâtiments militaires dessinée à une date inconnue entre 1891 et 18993.
[Relevés de la Batterie de Figuerolles], c. 1895. Détail du plan.
Au nombre des différences entre le plan général donné par cette planche et celui du projet de décembre 1889, on note celles liées à l’économie et prenant en compte l’avis des inspecteurs, à savoir l’absence de mur d’enceinte en tête, la réduction des souterrains, sous le mamelon au revers des plates formes, au magasin à poudre, à son atelier de chargement et à sa galerie d’accès, celle-ci partant du point ou le projet avait prévu une tranchée de communication vers l’extrémité droite des plates-formes. Une autre différence montre à quel point le projet avait négligé de traiter la question des bâtiments militaires autres que souterrains, notamment pour la garnison, se limitant à proposer un hangar polyvalent. A contrario, l’état réalisé comporte cinq bâtiments couverts d’un toit : à l’intérieur et de part et d’autre d’une petite cour close de murs aménagée devant le départ du chemin d’accès aux plates-formes de la batterie et devant l’entrée des souterrains : à gauche, le logement du gardien de batterie (bâtiment a), avec une citerne de 34m3 en sous-sol, à droite, adossé au rocher sous toit en appentis, le magasin aux munitions du temps de paix (bâtiment b). A l’extérieur de la cour close, au nord, une cuisine (bâtiment l) s’appuyait au mur de clôture à droite du portail d’entrée, et, un peu plus en avant au nord / nord est, deux autres bâtiments parallèles encadrant une avant-cour étaient des baraques de logement (en matériaux légers) : côté est, pour 50 hommes de troupe (bâtiment j), côté ouest pour un officier, deux sous-officiers et 10 hommes de troupe ; cet ensemble était complété par deux cabinets de latrines, un par sous –ensemble, et par une grande citerne adossée à l’est au mur de soutènement du départ du chemin d’accès aux plates-formes formant mur d’enceinte. La planche d’atlas donne en plan et coupe ou élévation le détail de ces bâtiments, mais aussi du magasin à poudre en caverne (coté c) et de son monte-charge (coté d), sans oublier les quatre niches à munitions de la batterie (cotées e-f-g-h) ménagées à la queue des pare-éclats séparant les plates-formes de mortier, et a l’extrémité en cul de sac du chemin de ronde desservant ces plates-formes ; les deux premières niches étaient formatées pour 20 projectiles et une caisse à gargousse, les suivantes, l’une (g) pour 20 projectiles, l’autre (h) pour une caisse.
[Relevés de la Batterie de Figuerolles], c. 1895. Détail des bâtiments militaires.
En 1898, est mentionné le projet de construction d’une baraque pour 25 hommes dans la batterie de Figuerolles à un emplacement défilé des coups du large, projet reformulé faute d’exécution, dans le programme de la commission mixte de défense formulé en exécution de la dépèche ministérielle de du 13 août 19134. A cette dernière époque sont mentionnés comme existant à Figuerolles, un casernement pour 1 officier et 4 hommes de troupe, une barraque pour 1 officier et 62 hommes, deux fourneaux de cuisine, 2 latrines, 2 citernes, une de 34977 litres dans la batterie, une de 100.000 litres pour la baraque. A l’aube de la première guerre mondiale, en avril 1914, le magasin à poudre de la batterie de Figuerolles, d’une contenance de 11.000 à 15.000 kg, ne contenait pas de poudre, mais 675 projectiles.
Au début et dans le premier tiers du XXe siècle la batterie fit l’objet de remaniements limités non documentés, dont l’adjonction d’un poste de commandement à droite des plates-formes.
En 1932, la Défense Aérienne du Territoire (DAT) définit un programme reposant sur définit différents groupes de batteries de DCA (défense contre aéronefs). Dans le secteur de Marseille, à la déclaration de guerre, la DCA, dont le poste de commandement est dans la batterie du Pharo, s’appuie sur huit batteries de 75, une batterie de 100mm de marine en cours de construction dans la batterie haute de Niolon, qui ne sera pas mise en service, et cinq sections de 13,2mm. En novembre 1939, elle est organisée en deux groupes, Nord, n° 56 et Sud, n°57. Dans ce cadre, une batterie de DCA, 178eme de la DAT, participant du groupe nord de Marseille, avait été implantée à Figuerolles, pour des pièces de 75 semi-fixes mle 1915-34, sur un éperon au dessus et en arrière de la batterie de mortiers de 1890. Une série de baraquements avaient été construits, mais cette batterie de DCA n° 178 fut désarmée, et non réutilisée par l’occupant allemand en 1943.
[Vue aérienne verticale de la batterie de Figuerolles et de la batterie de DCA], 1952. Détail.
Une photographie aérienne de 1960 montre que les bâtiments de la batterie de mortiers étaient découverts et semi ruinés – ce qui n’était pas encore le cas dix ans plus tôt- mais tous encore en place, y compris les deux baraques et la cuisine portées sur le plan d’atlas postérieur à 1890.
[Vue aérienne verticale de la batterie de Figuerolles], 1960. Détail.
II- Description
Implantée à une altitude de100 à 105 m sur un site rocheux tourmenté et isolé, accessible par des chemins non revêtus, la batterie de mortiers de Figuerolles est aujourd’hui dans un état de ruine et d’envahissement végétal dû à l’abandon, mais conserve la majeure partie de ses aménagements d’origine. Ceux-ci se composent de deux sous-ensembles séparés, sans co-visibilité, par un bloc de rocher compact et tabulaire (qualifié de mamelon en 1890) : au sud de ce bloc rocheux qui leur tenait lieu de parados naturel, les trois plates-formes de mortier regardant la mer, juxtaposées dans un axe Est-Ouest à la cote d’altitude 105m, sont engagées dans un épaulement formé de déblais profilé en glacis. Au nord du même bloc rocheux, 5m en contrebas des plates-formes, et reliées à elle par un chemin en rampe qui contourne e rocher par l’est, les bâtiments militaires s’organisaient dans un axe Nord-Sud. Immédiatement au nord du rocher, deux bâtiments maçonnés pérennes (a et b) s’organisent parallèlement sur les côtés est et ouest d’une une aire de plan orthogonal à peu près rectangulaire close de murs définissant une cour intérieure entre ces bâtiments et au-devant. A l’extérieur et au nord/nord-est de cette cour close, une cour extérieure était encadrée par les baraques en matériaux légers. La cuisine, bâtiment maçonné, s’élevait aussi à l’extérieur de la partie close, immédiatement à droite du portail d’entrée de la cour intérieure, adossée par son petit côté sud au mur de clôture. Le chemin d’accès à la batterie, venant du nord, traversait successivement ces deux cours, aménagées artificiellement par une recharge en terrasse sur le versant est de l’éperon rocheux qui les surplombe. La cour intérieure et ses deux bâtiments occupent le point le plus étranglé et escarpé du site, entre un ravin à l’est et la paroi verticale d’un rocher élancé et étroit à l’ouest, attenant au bloc rocheux beaucoup moins haut qui sépare les plates formes de mortiers du quartier des bâtiments militaires.
Tout le côté Est de la partie close de la batterie est bordé d’un mur de clôture formant mur de soutènement dans la partie basse de son élévation ; ce mur forme la bordure du chemin en rampe montant aux plates-formes de mortiers, et reprend sur le flanc Est de l’épaulement sous forme de mur de terrassement rectiligne terminé au nord, au-dessus du ravin Est, par un demi-bastionnet5.
Dans l’état actuel, les bâtiments extérieurs, soit la cuisine et les deux baraques de casernement qui encadraient la cour extérieure, sont complètement détruits. Le portail d’entrée et la majeure partie du mur qui fermait le côté de l’entrée ont également disparu. La paroi verticale du haut rocher qui surplombe à l’ouest la cour intérieure conserve des traces de solin d’un bâtiment détruit qui y avait été directement adossé à une date inconnue (après 1900), au dessus et en retrait du bâtiment b sur cour.
Les murs de ce bâtiment b, ancien magasin à munitions, adossé à la base de la paroi rocheuse escarpée délimitant la cours à l’ouest, sont bien conservés en dépit de la disparition du toit en appentis à faible pente qui les couvrait, l’arase de ces murs en maçonnerie de moellons ayant été consolidée en béton au-dessus d’une assise de briques formant corniche. Le mur de façade sur cour de cet ancien magasin, long de 15m (pour une largeur maximum de 7,50m) actuellement masqué par la végétation, est percé de deux portes et de deux fenêtres hautes, alternées, encadrées en briques, sous arc surbaissé ; ses parements son revêtus d’un enduit couvrant, à la chaux au-dedans, ciment au dehors.
Bâtiments militaires a et b sur cour intérieure vus en plongée du nord-ouest.
Le bâtiment A, ancien logement du gardien de batterie et magasin de l’artillerie, de plan rectangulaire allongé (11,70m x 5,40m), en simple rez-de-chaussée, jadis couvert d’un toit à deux versants, est divisé intérieurement par un mur de refend en deux salles d’inégale longueur. Son mur gouttereau Est participe du mur de clôture renfermant ce côté de la cour et le départ de la rampe.
Mur de clôture Est de la cour et bâtiment militaire a vus su sud-est.
Bien qu’aligné, il s’en différencie nettement par sa hauteur, un peu supérieure à celle de l’arase du mur de clôture, mais surtout pas la mise en œuvre : Le parement du mur de clôture aveugle est en appareil polygonal à joints ruban au ciment, caractéristiques des ouvrages militaires des décennies 1880-1890, couronné d’une tablette en brique, tandis que le mur du bâtiment, percé de trois créneaux de jour encadrés en brique est revêtu d’un enduit couvrant à la chaux, et encadré de deux chaînes d’angle en brique simulant les assises saillant une sur deux des chaînes de pierre harpées, le tout reposant sur un soubassement en pierre de taille blanche dure. Cette mise en œuvre homogène sur les quatre murs du bâtiment indique que sa construction, en phases de chantier, a précédé celle du mur de clôture.
La façade d’entrée du bâtiment, dans son mur-pignon nord, est percé de deux portes identiques à encadrement de brique couvert d’un arc segmentaire sur soubassement en pierre de taille dure comportant un perron de deux marches.
Mur-pignon nord sur cour du bâtiment militaire a.
Au centre du mur pignon, un cartouche de calcaire marbrier blanc est gravé du millésime 1891. La menuiserie disparue de ces portes comportait des contrevents et des ouvrants vitrés. La présence de deux portes se justifie parce que la première travée du bâtiment, d’un tiers de sa longueur complète, était divisée par une cloison disparue en deux pièces, cuisine à gauche, et salle à manger à droite avec fenêtre dans le mur gouttereau sur cour. Cette travée et le tiers central du bâtiment sont superposés à une citerne voûtée cloisonnée en trois par le soubassement des murs de refend et cloison. Au sol de l’ancienne salle à manger, jadis revêtu de carreaux de terre cuite (arrachés), est ménagée une ouverture carrée ou regard encadré en brique qui permettait d’accéder au plus petit compartiment de la citerne.
Première travée du bâtiment militaire a, ancienne salle à manger, avec regard de citerne au sol.
Une ouverture semblable existe dans l’ancienne cuisine et dans la travée centrale, qui était séparée de la troisième travée sud par une cloison aujourd’hui disparue. Cette travée centrale, communiquant à la salle à manger, avec fenêtre sur cour à l’ouest, créneau de jour à l’est et cheminée dans le mur de refend, était la chambre du gardien de batterie. La travée de pièce qui occupait le dernier tiers du bâtiment communiquait à la chambre mais avait son accès propre par une porte ménagée au centre du mur-pignon sud, au-dessus de laquelle un cartouche de calcaire marbrier blanc est gravé de la mention « BAT. A ».
Mur-pignon sud du bâtiment militaire a.
La pièce dans laquelle s’ouvrait cette porte, éclairée des mêmes fenêtre et jour de gouttereaux que dans les autres travées, est qualifiée de magasin d’artillerie sur les plans d’atlas de la fin du XIXe siècle. Devant cette façade, au départ de la rampe d’accès aux plates-formes de mortiers, un lavoir en brique creuse et ciment, de construction plus récente est adossé au mur de clôture. Ce lavoir était alimenté par la grande citerne adossée à l’extérieur et en contrebas de ce segment du mur de clôture Est faisant transition entre la cour et le départ de la rampe. Portée sur le plan de la feuille d’atlas fin XIXe siècle, cette citerne non enterrée semble avoir été construite initialement avec des murs en maçonnerie de brique, mais l’état actuel de ses parements extérieurs témoigne d’une reprise en recharge de béton banché.
Citerne extérieure adossée au mur de clôture Est.
Au fond de la cour, à gauche du départ de la rampe, la partie basse du front nord du bloc rocheux est percée d’une tranchée rectiligne brute de déroquetage qui dessert l’entrée de la galerie en caverne creusée dans le même axe sous la partie haute pour desservir, après un coude à gauche, le magasin à poudre caverne. La porte d’entrée, sous arc plein-cintre, est encadrée en brique, mais la galerie est laissée brute de déroquetage, comme celle du magasin caverne de la batterie annexe de Niolon Haut. Il en est de même du magasin à poudre, obscur, seulement traversé par deux murs de refend maçonné isolant un sas ou vestibule entre la galerie et la salle des poudres, de dimensions modestes (5m x 4, 25m) conformes aux recommandations des inspecteurs permanents de 1890.
Porte de la galerie caverne du magasin à poudre, vue de la tranchée d'accès.
Galerie caverne d'accès au magasin à poudre, vue vers l'entrée.
Après avoir desservi le magasin à poudre, la galerie se prolonge vers l’est et se termine en cul-de-sac par le puits de monte-charge dont le débouché supérieur est abrité sous une large niche voutée en berceau surbaissé ménagée dans le revêtement du bloc rocheux, à droite de l’extrémité supérieure de la rampe d’accès aux plates-formes.
L’encadrement en brique de l’entrée de cette niche comporte une feuillure pour deux vantaux d’une porte ou d’une grille qui s’ouvraient vers l’extérieur. Le mur garde-corps du côté gauche de la rampe, formant continuité du mur de clôture Est, se prolonge dans le côté gauche du mur de genouillère de plan en fer-à-cheval de la première plate-forme de mortier, dans une mise en œuvre commune en appareil polygonal à joints ruban.
Première plate forme de mortier (Est) et débouché de la rampe d'accès.
Dans l’état actuel, la transition entre mur garde-corps et genouillère est occupée par un renfoncement desservant un petit escalier montant sur la crête de l’épaulement, et dans lequel se branche le couloir d’accès à un saillant carré à ciel ouvert sur le versant Est de l’épaulement, évoquant un poste de commandement de tir.
Première plate forme de mortier (Est) et saillant latéral.
Ces aménagements secondaires n’existent pas encore sur le plan de la feuille d’atlas des bâtiments militaires fin XIXe siècle, mais le petit escalier, qui se retrouve dans les deux autres plates-formes, est un aménagement d’origine. Le sol des plates-formes, surhaussé d’environ 0, 65m de celui du chemin de ronde qui les dessert –sur lequel il déborde en segment de cercle- est coulé en béton avec enduit de ciment, et creusé d’une série de grandes engravures transversales rectilignes d’inégale longueur correspondant apparemment à une armature de poutres de bois qui y étaient scellées et se sont décomposées, sur lesquelles étaient fixées les sous-sellettes des affûts des mortiers de 270mm.
Ces trois plates-formes d’artillerie, toutes semblables, d’un diamètre intérieur de 6m sont séparées par deux traverses pare-éclat épaisses d’un peu plus de 5m, dont le mur donnant sur le chemin de ronde est évidé de larges niches à munitions.
Première plate forme de mortier (Est), chemin de ronde et taverse avec niche à munition.
L’aspect de ces deux niches, qui étaient destinées à abriter chacune 20 projectiles et une caisse à gargousses de poudre, est en tout point semblable à celui de la niche du monte-charge, sur des dimensions un peu inférieures. Les deux vantaux qui les refermaient ont disparu aussi, mais on observe que la partie de leur feuillure intaillée dans l’intrados de l’arc en brique est souligné d’un solin de ciment, destiné à protéger ces vantaux des eaux pluviales, ce qui indique qu’ils étaient en bois.
Le chemin de ronde se prolonge en cul de sac d’environ 4m au-delà de la troisième plate-forme. La configuration de cette extrémité, avec une troisième traverse pare-éclat logeant une troisième niche semblable aux deux premières, diffère de celle indiquée sur le plan de la feuille d’atlas, ce qui ne résulte qu’en partie d’un remaniement postérieur et pose la question d’un état potentiellement inachevé de la batterie lors du dessin de ce plan, qui aurait été terminé un peu différemment.
Entrée de la troisième plate-forme et extrémité ouest du chemin de ronde.
Quoiqu’il en soit, la quatrième niche, ménagée dans le mur de fond du chemin de ronde, en retour d’angle de la troisième, a été modifiée a posteriori en remplaçant sa voûte par une dalle de ciment armé plus basse formant palier d’un petit escalier à sa droite qui dessert au passage un réduit carré couvert d’une dalle de ciment et aboutit à l’entrée d’un poste de commandement de tir saillant inscrit à la crête de l’épaulement, en tête du versant droit.
Poste de commandement de tir à l'extrémité ouest du chemin de ronde.
Ce poste de commandement est semblable à celui de la batterie annexe de Niolon Haut et conforme au modèle usuel à la fin du XIXe siècle, non couvert et constitué d’un simple mur garde corps formant une exèdre saillante en tête. Il avait été modifié après coup pour être couvert d’une guérite en brique creuse et ciment, aujourd’hui détruite.
Ce flanc ouest de l’épaulement verse en glacis jusqu’au terrain naturel en contrebas, à la différence du flanc opposé, à l’est / sud-est, dont on a précisé qu’il était bordé et contenu, sur une longueur d’environ 25m, d’un mur de soutènement maçonné formant revêtement parementé en appareil polygonal, sans tablette de couvrement, mur terminé au nord par un demi bastionnet.
Mur de soutènement du flanc Est de l'épaulement de la batterie de mortiers.
Les installations éphémères de la batterie de DCA de 1939, à plus de 100m au nord et en amont de la batterie de mortiers, sont entièrement détruites et n’ont laissé que des vestiges insignifiants.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.