I- Historique, topographie et typologie générale
En septembre 1694 un rapport de quatre experts, en forme de projet pour assurer la sureté de Marseille avait choisi douze points littoraux de la baie de Marseille, principalement des caps, pour y établir une série de batteries de côte1. Ces batteries projetées devaient être armées de préférence de canons de 24 livres de balles, mais de 11 pieds de long pour chasser plus loin, ou de 36 livres, certaines étant à établir dans les forts déjà existants sur les îles (If, Ratonneau, Pomègues), les autres à créer, alors limitée à sept : "... on ne peut assurer la navigation des galères de sa Majesté, le commerce des marchands et empêcher les ennemis de venir mouiller dans ces rades qu'en établissant quantité de batteries de canons et de mortiers sur toutes les pointes qui les commandent ". La dépense assez grande devait être compensée par la suppression du risque de dommage que pourrait subir la ville si on laissait aux ennemis la possibilité de la bombarder.
Le cap de Niolon ne faisait pas partie des sites proposés, à la différence de celui de la Corbière.
La réalisation de ce programme de principe, lancée et bientôt amplifié, fut placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon. Plusieurs cartes de la baie datées de cette même année 1695 témoignent du déploiement de 16, puis 17 batteries de côte, destinées à inquiéter le bombardement. Encore absente sur une carte datée de mai 1695, la batterie de Niolon apparait sur deux autres cartes non précisément datées mais aussi de 1695 dont une incluant des plans de détail sommaires « de chaque batterie en particulier »2. Elle y est figurée comme composée d’un épaulement de plan en fer-à-cheval assez profond fermé à la gorge par un petit front tenaillé ou en couronne, et la légende précise qu’elle est armée de deux canons de 36 (livres), deux de 24 de balle et d’un mortier.
Le mémoire de Vauban du 11 avril 1701 intitulé Projet de Marseille3, long et détaillé, ne s’attarde pas sur la question de la défense des côtes, qui fait l’objet d’une addition à ce mémoire datée du 1er septembre 1701 proposant la réfection de cinq des batteries de côte de 1695, dont les dessins et estimations venaient d’être réalisés par l’ingénieur Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence. L’intention était de fortifier solidement ces batteries afin que leur petite garnison avec les canonniers nécessaires puissent s'y soutenir d'eux même sans autre assistance… avec les deux tiers moins de monde qu'il ne leur en faudra si elles ne sont point fortifiées et être bien assurées, ce que celles d'à présent ne sont point du tout. Vauban précisait qu’en plus des 8 à 10 pièces de gros canon proposé pour chacune, on y pourra encore mettre deux mortiers et 200 bombes. (...) un bataillon de 15 ou 16 compagnies pourra suffire en temps de paix à la garde de toutes ces forteresses. Daté du 21 aout 1701, le plan de la batterie proposée au Cap de Niolon , comme ceux des quatre autres batteries concernées, superpose au dessin proposé par Niquet des retombes exprimant une variante proposée par Vauban.
Plan du cap de Niolon et de la batterie proposée à y faire [projet de Niquet et Vauban], 1701.
Occupant la pointe du cap, en léger contrebas de la batterie existante, c’est un ouvrage en pierre retranché d’un fossé, composé d’une aire en hémicycle face au large pour la batterie proprement dite, avec banquette de terre pour tir a barbette dans la version Niquet, plate forme et parapet maçonné percé de quinze embrasures dans la version Vauban. Cette batterie est complétée d’un front de gorge encadré de deux demi bastionnets en « corne », plus larges dans la proposition de Vauban que dans celle de Niquet, avec porte centrée à pont-levis. L’ensemble, estimé à un coût de 51342 livres, est à peu près semblable à ce qui est proposé simultanément pour la batterie du cap Croisette. Ces projets s’apparentent à d’autres modèles représentés dans la typologie des batteries de côte de Vauban, certains avec tour-réduit verticale (comme le fort des Vignettes à Toulon), d’autres, avec des locaux casematés occupant tout le front de gorge comme ceux proposés pour Marseille (Niolon, Corbière, La Pinède, Maurepiane, Montredon). Le plan du projet figure la batterie existante, beaucoup plus petite, avec 5 embrasures dans son épaulement en arc de cercle, et deux petits bâtiment à distance aux abords. Ce projet ne connaîtra aucun commencement de réalisation.
La carte de la rade de Marseille4 datée de 1746, et celle jointe au projet général de la place de Marseille de 1774 indiquent invariablement 15 batteries de côte sans compter le château d’If, avec une nomenclature constante, aucun article de projet ne proposant une amélioration de ces batteries, restées telles qu’en 1695, mais maintenues gardées et non désarmées.
La période révolutionnaire favorise un renouvellement d’intérêt du service du génie pour la défense de la baie de Marseille, mais les mémoires sur l’état des fortifications du 30 fructidor an 3 et du 15 frimaire an 9 ne donnent pas d’état des lieux de la batterie de Niolon à la différence de la plupart des autres, donc celle de Corbière et deux de création récente ou en construction, ce qui laisse supposer qu’elle avait été désarmée et abandonnée.
Sous l’Empire, un rapport du 29 mars 1811 a pour objet d’approuver une dépense à faire pour réparer les fourneaux à réverbère des batteries de la côte de Marseille5. Peu après, le 18 avril 1811, Geoffroy, sous-directeur des fortifications de Toulon présentait un projet de rétablissement de la batterie de Niolon, qui avait été ordonné par décret impérial du 18 octobre 1810, estimé à une dépense de 17.900 francs. Le plan exprimant ce projet évoque dans son titre le retranchement de la gorge et les bâtiments de la nouvelle batterie, mais ne figure que des ouvrages à faire à neuf (teintés en jaune), y compris l’épaulement en arc de cercle, épais de 5m, ce qui signifie à l’évidence qu’aucun élément de l’ancienne batterie de 1695 ne devait être conservé ou réutilisé. Le plan du projet ressemble très nettement à celui proposé par Vauban en 1701, avec un front de gorge à deux demi-bastionnets, mais dans une version plus légère : ce front de gorge n’est qu’un simple mur crénelé, sans fossé, et les bâtiments internes se limitent à un corps de garde de garnison et logement du chef de troupe non casematé, adossé à la courtine, et à un petit magasin à poudre dans le bastionnet de gauche.
Plan de la batterie de Niollon dont le rétablissement a été ordonné...[projet pour 1812],1811.
On note aussi au centre de la batterie un projet de fourneau à réverbère. Le 15 décembre 1811, le colonel J-F Sorbier, directeur des fortifications de Toulon6définit un programme de tours modèles à réaliser dans certaines batteries de côte pour la défense des rades de l'Estaque et d'Endoume. Ces tours-modèles carrées servant de réduit de batterie avaient fait l’objet d’une étude à l’échelle nationale commandée par Napoléon, dans le cadre d’un programme de réorganisation générale des batteries de défense des côtes de la France. En conséquence, cinq modèles-type adaptés aux capacités individuelles des batteries, nombre de pièces et nombre d’hommes, avaient été adoptés et validés par l’Empereur en juin 1811, puis diffusés aux différentes chefferies avec une estimation des coûts par type. Des tours-modèles furent proposés dans plusieurs batteries des baies de Marseille et de La Ciotat, à commencer par celle de Corbière. La batterie de Niolon dont la reconstruction projetée avait été en partie réalisée, fut concernée aussi trois ans plus tard en modifiant le projet initial, comme on le voit dans le mémoire sommaire sur la place de Marseille7 rédigé le 10 juillet 1814 par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef de bataillon du génie, sous-directeur des fortifications de Toulon. Le chapitre aux batteries de côte en donne l’état des lieux : ...située sur la pointe le plus avancée du continent qui forme la droite de la passe de l'ouest (la batterie de Niolon) est grande et susceptible d'être armée de 8 bouches à feu. Elle renferme un fourneau à réverbère. L'importance de cette batterie avait déterminé à y placer une tour modèle n°2 (pour 30 hommes) mais après en avoir creusé les fossés on en a abandonné la construction et la batterie est restée ouverte à sa gorge. Le revêtement de maçonnerie de l'épaulement parait souffrir de la poussée des terres. Il n'y a d'autre établissement qu'un petit dépôt de poudre. Les canonniers logent dans une maison du petit hameau qui est à côté de cette batterie (...)Il conviendrait d'achever la tour-modèle entreprise à la batterie du Niolon dont il est très important de s'assurer la possession. La proposition évoquée dans cet avis est estimée, sans dessin, à 16.000 francs et placée en 2e degré d'urgence.
Un rapport fait au ministre 31 mai 1815 révisa ce le projet à la baisse : il concerne une dépense de 2400 francs à faire sur la côte de Marseille pour la construction d'un corps de garde crénelé de vingt hommes pour le service de la batterie dite de Niolon8. La réalisation de ce corps de garde, sans doute sur le modèle proposé en 1811, est mentionnée par Tournadre aîné dans son mémoire du 20 novembre 1816 sur l'état de situation de la place de Marseille9 , qui donne quelques détails sur la batterie, élevée à 20m au dessus du niveau de la mer sur le cap du même nom à droite d'une calanque ou peuvent se réfugier des embarcations et de petits bâtiments qui, précise-t-il, était armée dans la dernière guerre de 4 pièces de 36 et 4 de 18 . Placée à 4000 mètres de la batterie de la Corbière la batterie de Niolon avait pour objet de donner protection aux vaisseaux caboteurs (...) de porter des feux sur la grande passe de la rade conjointement avec la batterie de Ratonneau. (...) comme elle était sans établissement on y a construit en 1815 un corps de garde crénelé pour 20 hommes. Pour autant, Tournadre défend encore sa proposition d’achever la tour-modèle. Un atlas des batteries de côte daté du 1er avril 1818 par le capitaine du génie Lolier et de Tournadre aîné10 ne comporte pas de planche de dessin relative à la batterie de Niolon, à la différence de celle de Corbière, mais lui consacre une notice descriptive témoignant de l’imperfection des travaux de 1811 : « La batterie de Niolon, construite en vertu d’un décret spécial du 10 octobre 1810 (…) L’épaulement en partie circulaire est formé d’un coffre de maçonnerie rempli de terre, le mur extérieur ne pouvant résister à la poussée des terres est en surplomb & s’est même écroulé dans une longueur de 5 à 6m. La plate-forme est (…) en terre & pourrait recevoir 8 pièces sur affût de côte (…) La batterie de Niolon est entièrement ouverte à sa gorge, on avait commencé l’excavation des fossés d’une tour-modèle destinée à la défendre, mais le travail en est resté là & la batterie est tout à fait sans défense. La notice précise que les bâtiments en place sont en bon état, mais que les fers extérieurs du fourneau à réverbère, ainsi que ceux de toutes les batteries de la côte, ont été enlevés et rentrés en magasin afin de les empêcher d’être volés, ainsi que cela avait eu lieu lors du précédent désarmement. L’un des avantages majeurs signalés de cette batterie était sa capacité à croiser ses feux avec celle de l’extrémité ouest du fort de Ratonneau, bien que la distance qui les sépare soit d’environ 7500m & qu’ainsi le milieu de cet intervalle ne soit pas en prise à des coups bien assurés…
Le 11 février 1841, une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles fut instituée par décret du pour étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. Ce dernier fut réduit à trois types de pièces, le canon de 30 livres mle 1820 à portée utile de 1400m, l’obusier de 22 cm mle 1827 « à la Paixhans » et le mortier de 32cm à plaque portant à 4000m. La commission travailla en particulier, pour les batteries isolée, sur la définition de réduits-type défensifs renouvellant les modèles définis en 1811. Une première série de réduits comportant des tours carrées et des corps de garde proposé en septembre 1845 fut retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir en juillet 1846 aux réduits-type 1846 : tours crénelées à deux niveaux casematés ou corps de garde crénelés à un niveau, aux murs moins épais, les unes comme les autres de plan rectangulaire et déclinées en trois tailles, n° 1 pour batterie de 12 pièces (60 hommes), n° 2 pour 8 pièces (40 hommes) et n° 3 pour 4 pièces (20 hommes).
Dans la chefferie de Marseille, la réorganisation des batteries de côte avec réduits-type fit l’objet de plusieurs mémoires des chefs du génie successifs, de 1846 à 1860, avec projets alternatifs justifiés par les avis contradictoire des directeurs des fortifications et du comité des fortifications, les réalisations étant dans l’ensemble assez tardives, rarement antérieures à 1860. Dans le cas particulier de la batterie de Niolon, on constate un déficit d’archives, plans et mentions dans les mémoires, dans les fonds du service historique de la défense, ce qui ne nous prive d’information sur l’évolution des projets la concernant durant cette période. Cette circonstance est expliquée par une observation finale du mémoire sur les projets de Marseille pour l’exercice 1860-1861, rédigé le 12 février 1860 par le chef du génie Charles Alexandre Guillemaut et apostillé par le directeur des fortifications Bichot le 3 mars 186011 : « La batterie de Niolon, quoiqu’appartenant à la défense de la rade de Marseille est située sur le territoire de la place de Fort de Bouc, le projet a donc du être compris dans ceux de cette dernière place. »12
La seule information sur la batterie de Niolon est donnée par une note ajoutée au crayon par le chef du génie sur une page du mémoire en marge de l’article consacré à la batterie de Corbière : Cap Niolon : 8 canons, tour n° ½ env. pour 50 hommes. Cette note prouve que le choix définitif de modèle-type de réduit pour cette batterie n’était pas encore arrêté en mars 1860, puisque le parti réalisé en 1861 (millésime sur l’édifice) est un corps de garde crénelé renforcé n° 2 modifié pour 50 hommes. La justification de l’adaptation du modèle-type 1846 n°2 pour un effectif de 50 hommes et non 40 tient au fait que la batterie était armée de deux mortiers en plus des 8 canons annoncés, ce qui est mentionné de façon marginale dans l’état sommaire des projets de la place de Marseille pour 1867-1868, qui ajoute la batterie de Niolon aux 21 batteries de première importance défendant alors la rade de Marseille.
Le tableau de contenance des magasins à poudre de la Place de Marseille et des batteries de côte qui en dépendent daté du 28 novembre 186913 inclut la batterie de Niolon et y mentionne deux magasins de chacun 3150kg, soit 63 barils, qui étaient intégrés selon les plans-type dans deux des trois travées de culée postérieures du corps de garde crénelé.
Le Mémoire sur les projets de Marseille pour 1873-187414, de plus de dix ans postérieur à l’achèvement du programme de réfection des batteries lancé en 1846, fait le constat de l’importance des modifications qu’il faudra apporter au système en place des batteries de côte, y compris celles récemment commencées, conçues pour mieux résister aux obus explosifs. Une note de ce mémoire précise que par décision ministérielle du 7 décembre 1872, la place du Fort de Bouc a été réunie administrativement à Marseille, y compris la batterie de Niolon, définitivement réintégrée.
En 1881, la batterie basse de Niolon (ainsi nommée désormais pour la différencier de la batterie haute alors créée) fit l’objet d’un projet de réorganisation pour l’adapter à l’impact de l’artillerie rayée, en appliquant les principes définis à l’échelle nationale en 1874 par le Comité de défense et son secrétaire le général Séré de Rivières, directeur du service du génie.
Par décision ministérielle du 31 janvier 1880, à la suite de l’avis de la commission de défense des côtes du 1er décembre 1879, l’armement de la batterie avait été arrêté à deux pièces de 24cm à placer aux deux extrémités, et deux pièces de 19cm au centre15.
La planche de plans datée de décembre 1880, dessinée sous la direction du chef du génie Jules Chéry et sous l’autorité du colonel Victor Marchand, directeur du génie de Marseille, figure à la fois l’état des lieux et l’état projeté.
Projets pour 1881, fortifications. Réorganiser la batterie de Niolon [plans], 1880. Détail, état des lieux.
Projets pour 1881, fortifications. Réorganiser la batterie de Niolon [plans], 1880. Détail, 1er projet.
L’état des lieux témoigne des dispositions de la batterie de 1861. L’épaulement, polygonal, formant trois pans principaux accueillant les pièces, n’avait rien conservé de celui, en arc de cercle, de la batterie de 1811. Les trois sections d’artillerie, séparées par deux traverses simples étaient réparties à raison de quatre canons dans la section la plus à droite (ouest), dont deux sur le premier pan court face au sud, deux sur le pan principal face au sud-est, quatre canons dans la section médiane, toujours sur le pan principal face au sud-est, la troisième section, à l’extrême gauche de la batterie (est/nord-est), étant réservée au mortier. A la différence de celle de Corbière, la batterie de côte de Niolon était conçue comme une batterie fermée à la gorge et retranché d’un fossé continu conçu comme une fausse braie, notamment au pied de l’épaulement, ce qui avait nécessité la mise en place d’un talus ou rempart profilé en glacis pour former la contrescarpe ou parapet de ce fossé. La banquette et le parapet profilé en glacis de l’épaulement de batterie se prolongeait en retour d’angle sur la droite de la batterie, formant un front ouest, jusqu’au corps de garde crénelé, au nord-ouest, isolé dans son fossé particulier et participant du front de gorge nord. Ce front de gorge de plan tenaillé et l’ensemble de l’épaulement et du front ouest avaient été construits avec un revêtement maçonné continu, uniquement recoupé par le fossé du corps de garde, excepté du côté de la porte d’entrée (nord-ouest), ou le revêtement se raccorde directement au corps de garde.
Le projet de 1881, réalisé sans délai, conservait l’essentiel des infrastructures de la batterie existante, en apportant des modifications assez importantes à l’organisation de l’épaulement, pour l’adapter à son nouvel armement, et au corps de garde crénelé, pour renforcer sa résistance aux tirs ennemis. Ce corps de garde, comme celui de la plupart des autres batteries de côte de la place de Marseille (Corbière, Le Pharo, Endoume, Mangue, Cap de Croix) fut enveloppé sur les deux côtés regardant la mer (sud-ouest et sud-est) par un couloir casematé recouvert d’un fort rempart de terre profilé en glacis et débordant la hauteur du parapet crénelé. Pour appliquer l’organisation définie dans la décision ministérielle du 31 janvier 1880, les quatre nouvelles pièces d’artillerie de la batterie furent organisées sur l’épaulement à la place des huit de 1861, en décalant l’emplacement des traverses, reconstruites sous forme de grosses traverses-abri adaptées à l’emmagasinement des poudres et des munitions confectionnées pour les pièces. Au centre, entre les deux traverses-abri, étaient disposés les deux canons de 19cm, les deux canons de 24cm, sur pivot, étant placés latéralement à gauche (est) et à droite (ouest), au-delà des deux traverses, en position de bénéficier d’un angle de rotation et de tir de 120° et 135°. L’emplacement de l’ancienne plate-forme de mortier, à l’extrémité est/nord-est, était maintenu et réorganisé pour recevoir une pièce légère pour battre le petit port de Niolon.
Le 4 mars 1889, une conférence tenue sur prescription ministérielle par Joseph Lucien Cauvin, chef du génie de Marseille et Faure, chef d’escadron commandant l’artillerie de l’arrondissement, avait pour objet les dispositions à prendre en vue d’installer dans la batterie de Niolon Bas le nouvel armement fixé par la commission de défense du littoral, soit 4 canons de 19cm et 2 canons de 240mm16. Le déploiement de cette artillerie comportant deux pièces supplémentaires ne pouvant se faire que dans les limites de l’épaulement existant, entraînait théoriquement la suppression des traverses-abri de 1881, les deux pièces centrales de 19cm pouvant seules rester au même emplacement. Deux canons à tir rapide de 80 (projectiles à mélinite) complétant cet armement étaient proposés l’un à l’emplacement de la pièce légère de 1881, l’autre sur le réduit de batterie (corps de garde). Une feuille de plan jointe au procès verbal d’une seconde conférence, le 15 janvier 1890 exprime le plan d’état des lieux et le plan projeté.
[Plans du projet de réorganisation de la batterie de Niolon Bas pour son nouvel armement], 1890.
Les deux pièces de 240mm sont proposées à l’ouest, à l’emplacement de celle de droite de 1881, de manière à battre en avant de la passe et à flanquer l’angle mort de la batterie de Niolon-Haut. Toutes les pièces sont réunies par groupe de deux, sur une plate-forme bordée d’un mur de genouillère formant deux hémicycles, deux nouvelles traverses en sable massé bétonné étant proposées entre les trois groupes de deux pièces, intégrant un couloir central avec niches et monte-charge relié à deux magasins souterrains, pour les projectiles de 240mm et de 19 cm, un autre magasin souterrain étant proposé sous le groupe central pour les gargousses. Un nouveau magasin à poudres de 22400kg creusé en caverne est proposé à l’arrière des pièces, sous la cour de la batterie, desservie par un escalier et des galeries le reliant aux autres souterrains. Une poterne de sortie était proposée à l’est de l’enceinte, dans l’angle rentrant. L’avis commun des inspecteurs permanents de l’artillerie et du génie daté du 10 avril 1890 souligna le coût trop élevé du projet qui, comprenant une route d’accès, montait à 120.000 fr, la commission de défense du littoral n’ayant prévu que 30.000 fr pour la réorganisation de la batterie. Il en résulta une demande de simplification du projet pour réduire les travaux à ce qui était strictement indispensable, notamment pour les souterrains. Ce projet a donc été réalisé à l’économie, non conformément au dessin, en intégrant des deux pièces supplémentaires sans supprimer les traverses-abri, et en ne réalisant qu’un magasin caverne.
Un poste photo-électrique fut construit en 1900 à 1200m à l’ouest de la batterie (près de la calanque du Jonquier) sur un terrain privé acquis par l’Etat le 22 décembre 1899, et deux postes téléphoniques furent construits intra-muros en octobre 1904, un pour la batterie de 240mm, l’autre pour celle de 19cm.
L’économie de la batterie fut modifiée en 1924, date d’installation d’une batterie d’artillerie légère de 4 pièces de 120mm, mle 1878 sur affût de marine. Les pièces blindées placées en cuves béton circulaires avec soutes à munitions furent réparties sur l’épaulement, trois d’entre elles séparées par les deux traverses-abri restées en place, la quatrième à l’extrême Est, à l’emplacement des pièces à tir rapide. Un important poste de direction de tir à télémètre, en béton et blindage alors projeté ne semble pas avoir été réalisé. La batterie disposait alors d’un bâtiment de logement hors enceinte, bâti dans l’angle rentrant du front nord-est.
Pendant l’occupation allemande, la batterie est prise en charge provisoirement le 3 décembre 1942 par le 682e régiment d’artillerie de Marine , confiée à partir du 15 janvier 1943 au 611e régiment, et désignée à partir de novembre sous le nom de code Stp Mar 9 M, 1./M.A.A 611 signifiant Stützpunkt (point d’appui lourd) de Marine du secteur de Marseille, n° 9, 1° batterie occupée par le 611e régiment de Marine Artillerie Abteilung, composé d’un officier, 24 sous-officiers et 130 artilleurs marins17. L’armement se composait des 4 pièces françaises de 120mm, révisées, 2 mortiers de 8,14Gr.W, un mortier de 5cm, une pièce de 2cm Flak (antiaérienne), augmenté en 1944 de 2 mortiers de 8,14 cm dont un sur l’ancien corps de garde et deux autres pièces de 2cm Flak. Le tir de nuit était assuré par trois projecteurs distants, dont un de 150cm placé dans le poste optique de 1900. Des travaux importants sont alors entrepris pour mettre la batterie aux normes des ouvrages du Sudwall : à partir de février 1944, quatre casemates bétonnées type M272, sont construites non pour abriter les pièces de 120mm (qui restent dans leurs cuves), mais pour y placer 4 canons de 9cm Flak avec masque de blindage (Fig. 7) récupérés à Toulon, et utilisées comme artillerie de marine, ces constructions étant complétées par celle d’un Leistand (poste de direction de tir) type M262 à deux niveaux.
[Vues d'un canon de 12cm en cuve et d'une casemate M272 avec canon de 9cm flak à Niolon Bas], 1944.
Un plan allemand daté du 4 mai 1944, montre que trois des casemates sont implantées immédiatement en avant du fossé de l’épaulement de la batterie de 1861 remaniée en 1881 et 1924, la quatrième, plus distante des trois autres, étant sur la pointe est du cap. Le leistand occupe un petit surplomb rocheux à un emplacement déconnecté de l’enceinte de la batterie de 1861, et intermédiaire entre la 4eme casemate isolée et la troisième des casemates implantée en avant de ladite batterie. Le corps de garde crénelé de 1861 remanié 1880 est utilisé comme casernement, complété de plusieurs baraquements. La défense rapprochée de la batterie est assurée par cinq ringstande, ou tobrouks pour mitrailleuses répartis en périphérie du cap.
[Plan allemand de la batterie de Niolon Bas], 1944.
Après la guerre, jusque dans les années 1960, la batterie semi-abandonnée demeura complète en dépit du lotissement de ses abords du côté de l’accès comme on le voit sur les photographies aériennes, mais depuis la décennie 1970, l’affectation du site à l’association sportive UCPA a entraîné l’occupation de l’ancienne batterie par un réseau dense de bungalows pérennes, les casemates allemandes étant elles mêmes aménagées en unité de séjour. Ces aménagements ont altéré la lisibilité des structures défensives et entraîné la destruction de certaines d’entre elles (cuves des pièces de 120mm de 1924).
[Vue aérienne verticale de la batterie basse de Niolon], 1952.
II - Description
Dans son état actuel, l’ancienne batterie de Niolon est assez largement conservée, bien que colonisée par de nombreux aménagements locatifs liés à la base de loisirs de l’association UCPA, qui ont masqué ou remplacé certaines de ses infrastructures. L’épaulement de la batterie de 1861 remanié en 1881 et 1924, en particulier, n’est plus reconnaissable aujourd’hui du fait du bâti qui s’y est superposé, en comblant la majeure partie de son ancien fossé et recoupant son revêtement, mais le reste de ce revêtement d’enceinte demeure en place et le corps de garde crénelé est en bon état de conservation, bien que remanié intérieurement18. Les casemates et le Leistand de la batterie allemande de 1944 sont intégralement conservés dans un état partiellement remanié.
Vue générale de la batterie basse de Niolon.
Le plan polygonal de la batterie de 1861, délimité par un mur d’enceinte formant presque partout, et non seulement sur l’épaulement, revêtement des remparts de terre intérieurs, a été décrit dans le chapitre historique ci-dessus. Il est composé schématiquement de deux sous ensembles : d’une part, au sud/sud-est, étirée sur un grand axe Est-Ouest , la batterie proprement dite, dont le front d’attaque formait trois pans rectilignes reliés en angle obtus, qui portaient les banquettes et parapets des sections d’artillerie, et qui se termine à l’est par un saillant carré aux angles arrondis qui portait les pièces légères. La moitié Est de cette batterie est refermée directement à la gorge, très peu en arrière des anciennes banquettes d’artillerie, face au nord, par le mur de revêtement d’enceinte, qui forme un retour d’angle rentrant presque droit, marquant la transition avec le second sous-ensemble. Ce dernier, à l’ouest/nord-ouest, fermant la gorge de la moitié ouest de la batterie, délimite une aire de plan trapézoïdal doublant la profondeur du périmètre clos, incluant une cour ou place d’armes et le corps de garde crénelé, le tout compris entre les deux murs du revêtement parallèles Est et ouest, et un front d’entrée nord/nord-ouest recoupé par le grand côté nord-ouest du corps de garde.
Dans l’état actuel, le saillant carré à deux angles arrondis formant l’extrémité Est de la batterie a conservé son revêtement de 1861 parementé en appareil polygonal de facture assez grossière, couronné d’une tablette de pierre de taille suivant la pente du versant extérieur du rempart. Le débouché Est du fossé qui bordait le front d’attaque sud, existe toujours avec son revêtement de contrescarpe au devant du côté sud et de l’angle arrondi sud-est du saillant ; un escalier de pierre a été aménagé dans cette partie du fossé.
A l’opposé, le revêtement du front Ouest de l’enceinte, émergeant du remblai comblant le fossé et aménagé en aire de stationnement, présente les mêmes caractéristiques de mise en œuvre, avec des parties limitées de parement comportant des joints ruban d’origine en ciment, le reste étant rejointoyé grossièrement à une époque récente. L’extrémité Nord du revêtement s’arrondit en formant une sorte d’orillon, qui faisait transition entre le fossé de l’enceinte et celui qui enveloppait le corps de garde.
Front Ouest de l’enceinte avec orillon.
En ce seul point, l’enceinte comportait une discontinuité qui aurait pu permettre d’entrer dans la batterie en passant par le fossé du corps de garde. Ce fossé a été comblé dès 1881 autour des faces sud-ouest et sud-est du corps de garde et remplacé par un couloir casematé couvert d’un rempart, en sorte que dans l’état actuel, le pseudo orillon terminant le front Est se raccorde au corps de garde par un pan de mur fermant le couloir casematé au nord. Parementé aussi en appareil polygonal, ce pan de mur est percé d’une baie encadrée en pierre de taille et couverte d’un arc segmentaire par lequel le couloir de 1881 prenait jour, baie transformée en porte dans l’état actuel à la fin du XXe par abaissement de l’appui. Le fossé commun à l’enceinte maintenu dégagé jusque vers 1970 devant ce pan de mur et devant le long côté nord-ouest du corps de garde est aujourd’hui comblé d’un remblai revêtu d’une dalle de ciment.
Le portail d’entrée de la batterie est ménagé en retrait d’alignement dans le segment de mur du front d’entrée qui se raccorde au petit côté nord-est du corps de garde près de son angle nord. Parementé en appareil polygonal à joints ruban et couvert d’une tablette en pierre de taille, ce mur s’infléchit en angle arrondi de chaque côté de la porte, en formant deux demi tourelles.
Portail d’entrée de la batterie.
Cette partie arrondie comporte un petit surcroît d’élévation pour régner au niveau d’arase du portail ; évoquant un garde-corps, ce surcroît également couvert d’une tablette s’amortit de chaque côté par une pierre de taille sculptée d’un motif de volute. Le mur proprement dit, non adossé d’un rempart entre le portail et le corps de garde, est percé à mi-hauteur dans cette partie, hors emprise de l’ancien fossé comblé du corps de garde, de quatre créneaux de fusillade encadrés en pierre de taille défendant les abords du portail dont deux dans la partie arrondie, qui ont leur pendant dans l’arrondi symétrique de l’autre côté du portail. Ces créneaux étaient desservis depuis une petite terrasse revêtue au revers du mur.
La chaussée d’accès régnait à un niveau proche de celui du fond du fossé, en sorte que le portail n’a jamais comporté de pont-levis, mais était fermé d’une paire de vantaux accroché à des gonds encore en place dans l’embrasure intérieure. D’aspect peu défensif, ce portail est constituée d’une grande arche de gabarit charretier dont l’encadrement, presque intégralement en pierre de taille calcaire blanche de moyen appareil est couvert d’un arc surbaissé partiellement extradossé.
Portail d'entrée vue de l'intérieur.
Le corps de garde crénelé est pour l’essentiel conforme au modèle-type 1846 n°2, pour 40 hommes, mais modifié pour 50 hommes par une augmentation de ses dimensions hors-œuvre : 21,80m x 14,80m (au lieu de 19,90m x 12,40m) sa largeur atteignant celle du modèle-type 1846 n° 1 pour 60 hommes. Il est entièrement bâti en pierre calcaire blanche dure de Cassis, les parements courants en appareil polygonal, la pierre de taille étant réservée aux chaines d’angles harpées en besace, aux encadrements des baies et créneaux et aux bretèches (consoles d’appui, encoignures, créneaux). Il existe d’autres différences avec le modèle-type 1846 : la première est la forme de l’escalier montant du niveau casematé unique à la plate-forme, qui n’est pas une simple volée en bois placée dans la première des deux grandes casemates de casernement et traversant sa voûte (comme à la batterie de Corbière), mais un escalier en pierre a quart tournant logé dans la casemate de culée de l’angle nord (en principe réservée à la loge du chef de poste), à droite de la porte d’entrée, comme dans les tours-type 1846.
D’autres différences concernent le mur-parapet crénelé à bretèches bordant la plate-forme : sa hauteur à l’arase, couronnée d’une tablette en pierre dure à bossage rustique, n’est pas alignée à celle des huit bretèches, mais la dépasse légèrement, ce qui permet à l’entrée des bretèches de ne pas recouper le mur-parapet, cette entrée étant couverte côté plate-forme d’un arc en plein-cintre en pierre de taille. D’autre part, le créneau médian du groupe de trois créneaux régnant entre les deux bretèches de chaque côté, grand et petit, est remplacé par une embrasure pour une pièce de canon légère, bas percée dans le mur-parapet, avec ébrasement extérieur large couvert d’un arc segmentaire. On note que les créneaux du mur-parapet ont un appui fortement plongeant, pour le tir fichant, d’où un ébrasement rectangulaire plus large que haut côté plate-forme, desservant une fente de tir extérieure allongée, celles du grand côté ayant un encadrement chanfreiné.
Mur-parapet à bretèches.
Entrée des bretèches couverte d’un arc en plein-cintre.
Le petit côté nord-est ou côté de l’entrée du corps de garde est assez bien conservé, mais l’une de ses deux bretèches a été en partie dérasée, et les deux fenêtres en arc de cercle du niveau 1, superposées chacune à deux créneaux, donnant sur les deux petites casemates encadrant la porte, ont été agrandies en rabaissant leur appui au prix de la suppression des créneaux.
Ce remaniement du XXe siècle a aussi touché les baies et créneaux du grand côté nord-ouest, dont les baies agrandies sont devenues des portes, sans détruire les fentes des créneaux. La porte du corps de garde est conforme à celles du modèle-type, avec sas et conçue pour intégrer un pont-levis qui se rabattait dans le tableau en creux formant l’encadrement extérieur de la première arcade d’entrée. Le millésime 1861 est sculpté en relief au centre de la plate-bande de couvrement, comme au corps de garde de la batterie de Corbière. A gauche de cette façade d’entrée du corps de garde, un mur de même alignement, parementé en appareil polygonal bouchardé de plus grand gabarit que celui du corps de garde, est appuyé contre la chaîne d’angle en pierre de taille. Il ferme l’extrémité Est du couloir casematé ajouté contre les côtés sud-est et sud-ouest du corps de garde. La porte d’entrée piétonne du couloir, ménagée dans ce mur, encadrée en pierre de taille avec arc très surbaissé non extradossé, est surmonté d’une pierre au-dessus de la clef de l’arc, sculptée du millésime 1881.
Porte d’entrée piétonne du corps de garde.
Des aménagements de la batterie proprement dite, ne restent que le volume de base des deux traverses-abri de 1881, complètement transformées au XXe siècle en supprimant leur remparement en terre pour le remplacer par une maison à étage utilisant à l’usage de caves les anciennes casemates et soute à munition. Seul l’ancien mur de façade de l’une d’elles, qui donnait sur l’ancienne cour ou place d’armes a conservé dans sa partie inférieure la porte d’entrée de la casemate axiale qui devait desservir un monte-charge vers un magasin souterrain, et, à sa droite, une niche à munitions. Flanqué de deux créneaux de ventilation, l’encadrement de la porte de la casemate est couvert d’un arc surbaissé non extradossé ; celui couvrant l’entrée de la niche soute à munition est extradossé. Le reste de la façade, revêtu d’un crépi en ciment, est méconnaissable.
Les quatre casemates allemandes du modèle M 272 sont remaniées et non visitables, car toutes occupées par une unité d’habitation qui a supprimé le pivot circulaire du canon, et remplacé l’embrasure de tir par une baie vitrée. De plus, le tiers inférieur de leur élévation est enterré dans le remblai d’une terrasse nivelée à l’horizontale. Les trois premières (en partant de l’ouest) sont surmontées de petits bungalows cubiques. Les quatre casemates sont semblables, et conformes pour l’essentiel au modèle-type. Soit un plan compact qui s'inscrit en soubassement dans un rectangle tendant au carré avec deux larges pans coupés aux angles de la façade active. Cette façade forme deux pans réunis en angle rentrant constituant l'embrasure, la partie centrale étant réservée à l'ouverture de tir, très large et partant du sol, encadrée de deux ébrasements à trois ressauts propres à faire ricocher les projectiles adverses. Une saignée horizontale réservée dans ces ressauts aux deux tiers de la hauteur de l’ouverture correspond au logement du tube dans les deux positions extrêmes de l’angle d’ouverture de tir à 135° prévu pour ce type de casemate. Le couvrement de l’ouverture proprement dit est une large visière à deux pans saillant sur un encorbellement de trois ressauts et cinq pans, dispositif également destiné à faire ricocher les projectiles. Dans le cas des quatre casemates, la visière proprement dite n’est pas aujourd’hui dans son état documenté par une photographie d’une d’elles en 1944 ; elle a subi une reprise tendant à l’élargir, qui semble pouvoir être aussi attribuée à la maîtrise d’ouvrage allemande, avant l’évacuation de la batterie.
Casemates allemande du modèle M 272, n° 1.
Casemates allemande du modèle M 272, n° 2.
Casemates allemande du modèle M 272, n° 3.
Casemates allemande du modèle M 272, n° 4.
La construction est réalisée en béton banché de très bonne qualité avec sur la façade active un piquage assez régulier du parement supprimant l’aspect lisse et net des volumes géométriques au profit d’un aspect plus rustique, dans une intention de camouflage, qui était complété par une mise en peinture.
Le Leitstand M 262, parfaitement conforme au modèle-type, est conservé sans remaniements, étant moins adapté à une transgression d’usage..
Son volume de base est un bloc carré aux murs épais de 2m contenant la chambre principale et des réduits techniques, complété en tête -soit du côté de la mer- d’un avant-corps à trois pans en trapèze qui abritait l’observatoire. La dalle de couvrement de celui-ci, très épaisse, portait à faux sur l’ouverture horizontale panoramique régnant sur les trois côtés ; cette ouverture est aujourd’hui murée. Le second niveau du Leitstand est limité à la partie carrée et ne s'étend pas au-dessus de la dalle de couvrement de l'observatoire. Il se compose d'un local de plan octogonal destiné au télémètre également équipé d'une fenêtre panoramique horizontale continue sur ses quatre côtés, sous une dalle épaisse en béton armé, fenêtre elle aussi murée dans l’état actuel.
Vue du second niveau du Leitstand.
L'accès aux locaux se fait à la gorge du bloc carré, par une échelle à marches de fer scellées (supprimées) pour le local supérieur, et par un escalier descendant à la chambre de soubassement et à l’observatoire, en passant par un couloir en chicane formant sas desservant les petits locaux annexes, couvert de linteaux métalliques et anciennement cloisonné de portes blindées (disparues).
Trace de l'escalier menant à l'espace supérieur du Leitstand.
Escalier descendant à la chambre de soubassement du Leitstand.
Couloir en chicane menant à la chambre de soubassement du Leitstand.
Aux abords immédiats de la batterie, les tobrouks de 1944 sont conservés en place, également conformes aux modèles-type, et à 1200m à l’ouest, peu avant la calanque du Jonquet franchi par un viaduc ferroviaire, subsistent les restes du poste optique de 1900, avec abri de combat en béton de médiocre qualité, très dégradé.
Tobrouk de 1944.
Poste optique 1900 avec abri de combat.
Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.