Dossier d’œuvre architecture IA13006226 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Batterie de côte de Corbière
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 16e arrondissement
  • Lieu-dit Pointe de Corbière
  • Adresse route du Rove
  • Cadastre 2026 E 22
  • Dénominations
    batterie
  • Précision dénomination
    batterie de côte
  • Appellations
    batterie de Corbière
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

I- Historique, topographie et typologie générale

Le Cap de Corbière est le plus à l’ouest des douze sites littoraux non encore fortifiés de la baie de Marseille choisis en 1694 pour établir des batteries de côte. Ces sites avaient été choisis par une commission de quatre experts, au nombre desquels Le chevalier de Ressons, commissaire général de l'artillerie de la marine du Levant à Toulon, auteur d'un mémoire sur les précautions à prendre contre les menaces de croisière anglaise de l'amiral Russel. Daté du 27 septembre 1694, le rapport des experts, en forme de projet pour assurer la sûreté de Marseille et de sa baie1, justifiait le principe d’une série de batteries de côtes armées de préférence de canons de 24 livres de balles, mais de 11 pieds de long pour chasser plus loin,  ou de 36 livres, certaines à établir dans les forts déjà existants sur les îles (If, Ratonneau, Pomègues), les autres à créer, alors limitée à sept :  "... on ne peut assurer la navigation des galères de sa Majesté, le commerce des marchands et empêcher les ennemis de venir mouiller dans ces rades qu'en établissant quantité de batteries de canons et de mortiers sur toutes les pointes qui les commandent " La dépense assez grande devait être compensée par la suppression du risque de dommage que pourrait subir la ville si on laissait aux ennemis la possibilité de la bombarder.

Les experts estimaient que le cap de la Corbière étant le plus avancé de tous ceux qui se trouvent dans l'Estaque et couvrant en quelque façon le meilleur mouillage, le seul ou les galères des ennemis puissent mouiller en sureté , on ne pouvait se dispenser à cause de son éloignement de la ville, d'y faire un bon ouvrage qui ne puisse être insulté par les ennemis en cas de descente. L’ouvrage proposé sur ce cap était une tour bastie sur le modèle de celle des Vignettes de Toulon dont M. de Vauban a donné le dessein, c'est a dire qu'elle doit avoie une batterie basse ou l'on puisse placer avec le haut de la tour quatre mortiers et huit pièces de canon de 24.

Dans un rapport sur les précautions à prendre contre les attaques de Marseille en équilibrant les bombes et canons de mer aux bombes et canons de terre daté du Havre 6 décembre 16942, Vauban préconisait l’établissement de six batteries extraordinaires les plus nécessaires, formées d’épaulements retranchés à la gorge, en terre, sans ouvrages maçonnés. La Corbière ne figurait pas au nombre des six.

            La réalisation de ce programme de principe, lancée et bientôt amplifié, fut placée sous l’autorité du maréchal de France Anne Hilarion de Tourville, lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant, nommé par Louis XIV le 30 mars 1695 au commandement des côtes de Marseille à Toulon. Plusieurs cartes de la baie datées de cette même année 16953témoignent du déploiement de 16, puis 17  batteries de côte, destinées à inquiéter le bombardement. Celle de la Corbière était armée de huit canons et deux mortiers, dont la répartition sur le site est précisée par la légende des cartes et sur des plans de détail inclus dans deux de ces cartes 4

Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695. Détail : la batterie de Corbière.Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs, 1695. Détail : la batterie de Corbière.

Commandée par deux lieutenants de vaisseau, les sieurs des Goyes et Quesnoy des Vallées, c’était une batterie double composée de deux épaulements sommaires, distincts et très espacés, armés chacun de quatre canons de 24 livres, encadrant la pointe du cap, sur laquelle étaient placés les deux mortiers. Le détail d’une des cartes figure un épaulement en tête des deux mortiers, absent sur l’autre carte.

Le mémoire de Vauban du 11 avril 1701 intitulé Projet de Marseille5, long et détaillé, n’évoque, pour le proposer, qu’un projet de renforcement d’une batterie, située dans l’île de Doume. En revanche son addition à ce mémoire datée du 1er septembre 1701 présente un programme de réfection de cinq des batteries de côte de 1695, dont les dessins et estimations venaient d’être réalisés, à sa demande, par l’ingénieur Antoine Niquet, directeur des fortifications de Provence.  L’intention était de fortifier solidement ces batteries afin que leur  petite garnison avec les canonniers nécessaires puissent s'y soutenir d'eux même sans autre assistance… avec les deux tiers moins de monde qu'il ne leur en faudra si elles ne sont point fortifiées et être bien assurées, ce que celles d'à présent ne sont point du tout. Vauban précisait qu’en plus des 8 à 10 pièces de gros canon proposé pour chacune, on y pourra encore mettre deux mortiers et 200 bombes. (...) un bataillon de 15 ou 16 compagnies pourra suffire en temps de paix à la garde de toutes ces forteresses.

Daté du 21 août 1701, le plan de projet de la batterie du Cap de Corbière, et les coupes associées, comme ceux des quatre autres batteries concernées, superpose au dessin proposé par Niquet des retombes exprimant une variante proposée par Vauban. Occupant la pointe du cap, soit l’emplacement de la batterie de mortiers, un ouvrage unique en pierre retranché d’un fossé, comporte une aire en hémicycle face au large pour la batterie proprement dite, avec banquette de terre pour tir a barbette dans la version Niquet, plate forme et parapet maçonné percé de dix embrasures dans la version Vauban. Cette batterie est complétée d’un front de gorge de plan tenaillé à épi central  dans la version Niquet, encadré de deux demi bastionnets en « corne » dans la proposition de Vauban, avec porte centrée à pont-levis. L’ensemble est à peu près semblable à ce qui est proposé simultanément pour la batterie du cap Niolon. Ce type d’ouvrage compact s’apparente à celui préconisé par les experts de 1694 en référence à la typologie de Vauban, mais la tour-réduit verticale y est remplacée par des locaux casematés occupant tout le front de gorge qualifiés dans le mémoire de : bâtiments voûtés nécessaires aux logements et aux munitions. Le plan indique en place aux abords l’épaulement de la batterie de droite (p, avec embrasures) et de petits bâtiments isolés à l’arrière, le tout sans doute sacrifiés en cas de réalisation du projet, dont le coût était estimé à 45.048 livres. Ce projet ne connaîtra aucun commencement de réalisation.

Plan du cap de la Corbière et de la batterie proposée à y faire [projet de Niquet et Vauban], 1701.Plan du cap de la Corbière et de la batterie proposée à y faire [projet de Niquet et Vauban], 1701.

La carte de la rade de Marseille datée de 17466, et celle jointe au projet général de la place de Marseille de 1774 indiquent invariablement 15 batteries de côte sans compter le château d’If, avec une nomenclature constante, aucun article de projet ne proposant une amélioration de ces batteries, restées telles qu’en 1695, mais maintenues gardées et non désarmées.

            La période révolutionnaire favorise un renouvellement d’intérêt du service du génie pour la défense de la baie de Marseille. Un premier état des lieux ciblé7 fait par l'inspecteur général des fortifications le 30 fructidor an 3 fait état de deux batteries neuves, dont une en construction. Parmi celles en place, La Corbière exige plusieurs réparations qui seront proposées. Le mémoire raisonné sur l'état actuel des fortifications8 du 15 frimaire an 9, plus détaillé, précise pour la batterie de La Corbière et  des Bombes (nom donné à la batterie de mortier): que le magasin à poudre est en état, si ce n'est les toitures, de même que le logement du gardien idem. La cheminée des casernes demande quelques réparations, et les parapets des deux batteries sont détruits par les pluies exigent qu'on les relève pour l'an 9.

Sous l’Empire, le 15 décembre 1811, Jean-François Sorbier, colonel directeur des fortifications de Toulon, définit un programme de tours modèles à réaliser dans certaines batteries de côte pour la défense des rades de l'Estaque et d'Endoume. Ces tours-modèles carrées servant de réduit de batterie avaient fait l’objet d’une étude à l’échelle nationale commandée par Napoléon, dans le cadre d’un programme de réorganisation générale des batteries de défense des côtes de la France. En conséquence,  cinq modèles-type adaptés aux capacités individuelles des  batteries, nombre de pièces et nombre d’hommes, avaient été adoptés et validés par l’Empereur en juin 1811, puis diffusés aux différentes chefferies avec une estimation des coûts par type. Cette normalisation, à l’échelle de petits ouvrages, permettait de faire l’économie d’études individuelles. Dans le programme défini pour la baie de Marseille, Sorbier proposa par priorité d'exécution sur le budget de 1812, à la batterie de la Corbière, la tour-modèle n°3, casematée, pour 18 hommes, qui y avait été décidée par la commission mixte9.

La planche de dessin associée de 1812, montre le plan masse de la tour-modèle projetée, avec fossé enveloppé d’un rempart de terre carré assurant le défilement, le tout implanté dans l’axe du cap à 40m d’altitude, soit un peu plus haut et plus en retrait que l’ancienne batterie de mortier, et comportant un nouvel épaulement de batterie en arc de cercle. Les deux épaulements des batteries de canon existantes sont figurés de chaque côté, à 18m d’altitude pour celle de droite, la plus large, qui comporte un bâtiment à sa gorge, à 20m pour celle de gauche, avec  à sa gorge, décalés à droite, deux petits bâtiments.

Plan de la batterie de la Corbière à la rade de l'Estaque ... relatif au budget pour 1812, 1811.Plan de la batterie de la Corbière à la rade de l'Estaque ... relatif au budget pour 1812, 1811.

Le programme annoncé rencontra des difficultés qui fit progressivement renoncer à la construction des tour-modèles de la baie de  Marseille. Une fut amorcée à la batterie de Niolon, une autre plus avancée à l’île Verte, dans la baie de La Ciotat, toute deux du modèle n°2, les autres, dont celle de Corbière, ne furent pas commencées.

Le mémoire sommaire sur la place de Marseille10rédigé le 10 juillet 1814  par Jean-Joseph Amable Tournadre, dit Tournadre aîné, chef de bataillon du génie, sous-directeur des fortifications de Toulon, consacre un chapitre aux batteries de côte. L’état des lieux décrit pour la Corbière st celui hérité de 1695, et Tournadre formule un avis semblable à celui de Vauban en 1701, sans aucune allusion au projet de tour-modèle de 1812, déjà abandonné :  La pointe de la Corbière est occupée par trois batteries, deux de canon séparées part un assez grand intervalle, et une de mortiers qu'on nomme pour cette raison batterie des bombes. Elles ont pour objet de protéger le mouillage important de l'Estaque qui peut offrir un asile à une escadre chassée par des forces supérieures ou battue par des vents contraires. Leur emplacement est mal choisi, il eut mieux valu réunir des trois batteries en une seule qui, plus forte et retranchée à sa gorge aurait rendu de plus grands services que les trois dont il s'agit. Elles ne sont point fermées et contiennent un fourneau à réverbère. Leur épaulement en terre et leurs bâtiments sont en mauvais état. La proposition de principe évoquée dans cet avis est estimée, pour la forme, sans dessin, à 30000 francs de travaux, placés en 3e degré d'urgence.

Un autre état des lieux des batteries de côte rédigé le 20 novembre 1816 par le même Tournadre aîné11, donne quelques précisions complémentaires sur celle de la Corbière, qui était armée dans la dernière guerre de 4 pièces de 24 et d'un mortier de 12 pouces. En 1816 elle était désarmée, son accès n’étant possible depuis le hameau de l'Estaque que par bateau, le sentier terrestre étant presque impraticable. Les établissement des trois sous-ensembles étaient :  à la Corbière (batterie de gauche) un bâtiment composé d'une grande chambre pour caserne, un corps de garde et un logement pour le chef de poste (…)un fourneau à réverbère (…)à l'Eguillon –(batterie de droite) un corps de garde et un magasin d'effets d'artillerie, à celle des Bombes un logement pour le gardien et un petit magasin à poudre attenant.

Cet état des lieux est figuré sur deux planches d’atlas détaillées signée du capitaine du génie Lolier et de Tournadre aîné, et datées du 1er avril 181812.

Plans et profils des batteries de la Corbière et des bombes, 1818.Plans et profils des batteries de la Corbière et des bombes, 1818.

Le fourneau à réverbère de la batterie de droite ( la Corbière) est indiqué en ruines, le commentaire descriptif précisant qu’après le désarmement & l’abandon de la batterie sans gardien, on commençait à le démolir pour en enlever les fers, il a été démonté, les pierres numérotées et renfermées dans le corps de garde pour resservir au besoin. Le commentaire estime que l’épaulement de la batterie de l’Eguillon, fort dégradé, en terre avec plate-forme en pierre de taille, peut recevoir 3 bouches à feu sur affût de côte, celui de la Corbière, en terre y compris sa plate-forme, en partie éboulé, peur recevoir deux pièces de canon sur affût de côte.

            La perspective d’hostilités possibles avec l’Angleterre en 1840 souleva la question de l’intégrité des frontières maritimes de la France. Une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles fut instituée par décret du 11 février 1841 pour étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. Ce dernier fut réduit à trois types de pièces, le  canon de 30 livres mle 1820 à portée utile de 1400m, l’obusier de 22 cm mle 1827 « à la Paixhans » et le mortier de 32cm à plaque portant à 4000m. La commission travailla en particulier, pour les batteries isolée, sur la définition de réduits-type défensifs renouvellant les modèles définis en 1811, ces réduits pouvant être aussi proposés au cas  par cas hors batteries, sous forme de postes. Une première série de réduits comportant des  tours carrées et des corps de garde fut définie et proposé le 13 septembre 1845, avec une diffusion limitée, puis retravaillée par le comité des fortifications, pour aboutir aux modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie. Ces réduits-type 1846 comportaient deux options : tours crénelées à deux niveaux casematés ou corps de garde crénelés à un niveau, aux murs moins épais, les unes comme les autres de plan rectangulaire et déclinées en trois tailles, n° 1 pour batterie de 12 pièces (60 hommes), n° 2 pour 8 pièces (40 hommes) et n° 3 pour 4 pièces (20 hommes).

S’agissant de la chefferie de Marseille, le Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 184613, rédigé par Marie-Tranquille Lebas, chef de bataillon du génie en chef, apostillé par Edouard Picot, directeur des fortifications, est daté du 2 juin 1846, donc antérieur à la fixation des modèles de réduit-type 1846. Objet de l’article 32 du projet, chiffré à 31300fr et illustrée d’un plan, la reconstruction de la batterie de La Corbière est proposée au même emplacement qu’en 1811, soit légèrement au-dessus de l’ancienne batterie des bombes, avec un épaulement adapté à six pièces de canon et tour-réduit carrée type 1845, en abandonnant deux anciennes batteries de La Corbière de l’Eguillon. Le directeur des fortifications contestait l’implantation de la batterie à 69,73m au-dessus de la mer adossée à un escarpement très raide et proposait de la porter 70m en avant, un peu au-delà du chemin de la douane afin de diminuer son commandement de 20m, en plaçant la tour seule sur le terre-plein de l'ancienne batterie des bombes, position dans laquelle elle aura peu à craindre le feu des vaisseaux ennemis.

[Plan de la batterie de la Corbière pour le projet d'organisation des batteries de 1846].[Plan de la batterie de la Corbière pour le projet d'organisation des batteries de 1846].

Le projet de reconstruction de la batterie de la Corbière, entièrement reconsidéré et reporté 70m en avant, selon l’avis du comité des fortifications du 21 janvier 1847, fut représenté pour 1849 sous l’article 17, dans le mémoire sur les travaux pour la défense des côtes rédigé le 19 août 1848 sous l’autorité du chef du Génie Lebas14, sans détails faute d’étude mais avec mention d’une tour-réduit  n°2 (soit adaptée à 40 hommes servant une batterie de 8 pièces). Les détails furent donnés le 17 février 1849 par le plan du projet, pour six pièces, signés du capitaine du génie Auguste Schoennagel, avec estimation de 12.500fr pour l’épaulement et de 43.500 fr pour une tour-réduit type 1846 n° 3 modifiée, soit adaptée à 30 hommes servant six pièces. Le plan montre que l’implantation prévue de la batterie, soit un épaulement à trois pans à droite et contigu à la tour, est très en contrebas de l’ancien corps de garde de la batterie des bombes, au bord même de la côte, en recoupement du chemin littoral dit de la douane.

[Plan de projet de reconstruction de la batterie de Corbière pour 6 pièces], 1849.[Plan de projet de reconstruction de la batterie de Corbière pour 6 pièces], 1849.

Les coupes de la tour-réduit intègrent un traitement de hauteur variable des parapets de la plate-forme supérieure, avec un mur-parados intermédiaire, pour assurer le défilement de cette plate-forme depuis les points hauts du site. Le côté de l’entrée de la tour fait face à la mer et n’y est que partiellement défilé par l’extrémité du parapet à barbette de la batterie.

[Plan de projet de reconstruction de la batterie de Corbière pour 6 pièces], 1849. Détail.[Plan de projet de reconstruction de la batterie de Corbière pour 6 pièces], 1849. Détail.

Ajourné dix années durant avec celui de diverses autres batteries de côte de la baie de Marseille, le projet d’organiser la batterie de la Corbière pour six bouches à feu fut relancé sous une forme renouvelée dans le Mémoire sur les projets de fortifications pour 1859-186015, rédigé le 14 mars 1859 par le chef du génie Alphonse Louis Bernard Boubée de Lespin (1804- ap. 1860), accompagné d’une planche de  dessins du capitaine du génie C. Hamel.

[Plan de projet d'organisation de la batterie de Corbière pour 6 bouches à feu], 1859.[Plan de projet d'organisation de la batterie de Corbière pour 6 bouches à feu], 1859.

L’emplacement de la batterie est semblable à celui proposé en 1849 mais l’épaulement  et son parapet, estimés à 30.000 fr sont prolongés à gauche pour couvrir et défiler entièrement la tour réduit du côté de la mer. C’est à nouveau une tour-réduit n°2 qui est proposée, pour un coût estimé de  60.000fr. Dans son apostille du 4 avril 1859, le directeur des fortifications Bichot estimait que la tour réduit était mal placée, à gauche mais trop distante des pièces, donc à. Recentrer dans la batterie.

Une décision ministérielle du 28 septembre 1859 prescrivit de porter l’armement de cette batterie à 7 pièces, dont un mortier, ce qui justifia une révision du projet par le nouveau chef du génie Charles Alexandre Guillemaut, dans son mémoire du 12 février 1860 sur les projets pour 1860-186116. Il jugeait indispensable de mettre en place pour les 7 pièces une tour n°2, estimée à  55000fr, au lieu d’un corps de garde (proposé par la commission ?), pour ne pas dévaluer la force du réduit, les déblais de son fossé étant de plus nécessaires pour former la masse des parapets.  L’apostille du directeur des fortifications Bichot, rédigée le 3 mars 1860, faisait suite à une instruction du 2e degré sur conférence du 5 février 1860  prescrivant d’augmenter l’armement de  la batterie de La Corbière de 7 à 12 bouches à feu dont 2 mortiers, justifiant le choix d’une tour-réduit n°1, ce qui porterait la dépense à 150.000fr à répartir en deux exercices annuels.

Le mémoire sur les projets de 1861-186217 consacre son 25° article, chiffré à 50.000 fr. à l’achèvement de la batterie de La Corbière, construite conformément à l’avis du comité des fortifications des 22 juin 1859 et 18 mai 1860. Les travaux étaient en cours d’exécution, les parapets massés, le réduit commencé, les fonds nécessaires pour l’achèvement étant accordés par décision ministérielle du 3 décembre 1860. Aucun commentaire ne justifie le choix final, pour le réduit, d’un corps de garde crénelé n° 2 modifié, avec petit côté de l’entrée    au nord et non face à la mer, plutôt qu’une tour-réduit n° 1 ou n°2, si ce n’est le maintient d’un armement de 7 pièces. D’après l’état sommaire des projets pour 1863-1864, rédigé le 30 août 1862, les plates-formes des mortiers restent à faire dans  la plupart des batteries  de côte, dont les deux de celles de  la Corbière.

Le tableau de contenance des magasins à poudre de la  Place de Marseille et des batteries de côte qui en dépendent daté du  28 novembre 186918 mentionne deux magasins à La Corbière, de chacun 2250kg, soit 45 barils, qui étaient intégrés selon les plans-type dans deux des trois travées de culée postérieures du corps de garde crénelé.

Les importants remaniements apportés à la batterie après 1880 pour l’adapter à l’impact de l’artillerie rayée sont figurés avec précision sur l’état des lieux donné par une planche d’atlas des bâtiments militaires datée du 17 mai 188619.

Batterie de la Corbière [planche de plans et coupes],1886. Détail.Batterie de la Corbière [planche de plans et coupes],1886. Détail.Batterie de la Corbière [planche de plans et coupes], 1886. Détail des bâtiments.Batterie de la Corbière [planche de plans et coupes], 1886. Détail des bâtiments.

L’épaulement de batterie avait été complètement transformé en y ajoutant deux traverses- abris analogues à celles réalisés à la même époque à la batterie du Pharo, l’une à l’extrémité droite, l’autre au centre des quatre sections d’artillerie ou plates-formes de tir. A l’extrémité gauche, la fonction de traverse était assurée par l’enterrement du corps de garde crénelé de 1861, enveloppé sur les deux côtés regardant la mer par un couloir casematé recouvert d’un énorme rempart de terre. Le parapet crénelé à bretèches de la plate-forme du corps de garde avait été surhaussé à la hauteur d’un étage complet, avec cloisonnements et casemates portant banquette de terre sur trois côtés dont deux ouvertes sur un vide resté à ciel ouvert, lui-même rechargé d’une épaisseur de terre, pour mettre les voûtes à l’épreuve des bombes.

En 1896, la batterie, l’une des trois sur dix huit du 16e secteur côtier jugée conformes aux nouveaux besoins tactiques liés à la crise de l’obus torpille, était armée de deux pièces de 19cm, avec un poste de commandement construit sur la traverse-abri centrale. Un projet de désarmement évoqué en 1898 n’ayant pas été confirmé, et un poste photo-électrique ayant été construit en immédiat contrebas dans les années 1900, l’économie de la batterie ne fut modifiée qu’en aout 1929, date du projet d’installation d’une batterie d’artillerie légère de 75mm, mle 1908 réalisée à la suite. Les deux pièces blindées en cuves béton se trouvaient sur le versant de l’ancien parapet, en avant des plates-formes de 1880, le poste de direction de tir, également bétonné, sur la traverse-abri centrale.

[Plan de la batterie de Corbière, état des lieux en 1929]. Détail.[Plan de la batterie de Corbière, état des lieux en 1929]. Détail.

En 1915, Le prolongement jusqu’à l’Estaque de la ligne de chemin de fer de Miramas à Port de Bouc, suivant et rectifiant le tracé de la route de grande communication 30 établie peu d’années avant, avait achevé de rompre l’isolement de la batterie de la Corbière, les voies passant à peu de distance à l’arrière de sa gorge, avec mur de soutènement.

Pendant l’occupation allemande, la batterie est prise en charge provisoirement le 3 décembre 1942 par le 685e régiment d’artillerie de Marine , confiée à partir du 15 janvier 1943 au 611e régiment, et désignée à partir de novembre sous le nom de code Stp Mar 17 M, 2./M.A.A 611  signifiant  Stützpunkt (point d’appui lourd) de Marine du secteur de Marseille, n° 17, 2° batterie occupée par le 611e régiment de Marine Artillerie Abteilung, soit 1 officier, 11 sous-officiers et 52 artilleurs marins20.  Une troisième pièce de 75 avait été ajoutée  aux deux pièces françaises. Des travaux importants sont alors entrepris pour mettre la batterie aux normes des ouvrages du Sudwall : au printemps 1944, trois casemates bétonnées type R671, sommairement camouflées, sont construites pour abriter les pièces de 75mm, ainsi qu’un Leistand (poste de direction de tir) type M262, qui remplace le poste de direction de tir (PDT) français de 1929. Comme le montre un plan allemand daté du 5 mai 1944, deux des casemates sont implantées à l’emplacement des cuves françaises, la troisième hors de l’emprise de la batterie de 1861 remaniée en 1880, à droite (ouest), à l’emplacement de l’ancienne batterie de l’Eguillon disparue. Le leistand n’est pas placé sur le PDT de 1929 toujours en place (soit sur la traverse-abri centrale de 1880), mais à l’ouest de la casemate R671 médiane, en contrebas de l’emplacement de traverse-abri droite de 1880, détruite. Le corps de garde crénelé de 1861 remanié 1880 est utilisé comme casernement, complété de six abris léger. L’armement de la batterie est complété l’été 1944 d’un nouveau canon de 75mm Pak, d’un mortier de 6cm et deux pièces de 2cm Flak (antiaérienne), et sécurisée à l’arrière et sur les côtés par trois ringstande, ou tobrouks.

[Plan allemand de la batterie de Corbière], 1944.[Plan allemand de la batterie de Corbière], 1944.

            Une photographie aérienne de 1947 montre l’état des lieux après la libération : l’épaulement de la batterie de 1861-1880 n’est plus reconnaissable, déstructuré par les aménagements allemands.

[Vue aérienne de la batterie de Corbière], 1947.[Vue aérienne de la batterie de Corbière], 1947.

Laissé à l’abandon dans la seconde moitié du XXe siècle, le site a été vendu et divisé en deux parcelles privées à la fin du siècle, l’une incluant l’ancien corps de garde crénelé et une partie de l’emplacement de l’épaulement, l’autre les trois casemates allemandes et le leistand. Sur cette seconde parcelle, la construction d’une vaste villa et l’aménagement de ses jardins ont entraîné l’ensevelissement partiel des trois casemates. Le leistand, laissé d’abord émergeant et visible, a été progressivement masqué par des aménagements végétaux. Dans l’autre propriété, l’ancien corps de garde a été entièrement dégagé du rempart de 1880 qui l’enveloppait et le couvrait en partie, puis restauré en 2010 pour son utilisation contemporaine en espace d’exposition de la fondation Monticelli.

 [Vue du poste de direction de tir allemand de la batterie de Corbière],  c. 1990.[Vue du poste de direction de tir allemand de la batterie de Corbière], c. 1990.

II- Description

L'état actuel des restes de l’ancienne batterie, très transformés et très partiellement accessibles, ne sont plus représentatifs que de séquences limitées de la longue histoire du site fortifié. Ces vestiges sont de deux catégories ; d’une part, les casemates en partie ensevelies et le Leistand  de la batterie allemande de 1944, dont les propriétaires interdisent strictement accès et visibilité, d’autre part le corps de garde défensif de 1861 remanié en 1880, restauré et transformé en 2010, visitable. L’emplacement de l’épaulement de batterie contemporain du corps de garde a été nivelé et réaménagé sans laisser de traces de ses anciens aménagements de 1880 et de 1929, en sorte que cet épaulement n’est plus exprimé dans l’état actuel du site, du côté de la mer, en avant du corps de garde, que par les remblais profilés en glacis qui formaient son soubassement, ancré sur l’escarpement rocheux naturel de la côte;

Vue générale du fort depuis la mer.Vue générale du fort depuis la mer.

Le corps de garde, restauré, est assez bien conservé dans ses structures de 1861, dégagées des remparts sur couloir casematé qui avaient été adossés vers 1880 à ses côtés sud et ouest et qui, après leur suppression, n’y ont pas laissé de traces d’appui.

Le corps de garde de 1861, face Est.Le corps de garde de 1861, face Est.

Le fossé périphérique de 1861, comblé lors de ce remaniement de 1880, avait été maintenu uniquement devant la porte d’entrée à pont-levis jusqu’après 1929; il demeure entièrement comblé dans l’état actuel. Ce corps de garde crénelé est conforme au modèle-type 1846 n°2, pour 40 hommes, qui n’est modifié que par une très faible augmentation de ses dimensions hors-œuvre : 20,80m x 13,20m (au lieu de 19,90mx12,40m). Il est entièrement bâti en pierre calcaire blanche dure de Cassis, les parements courants en appareil régulier de moellons équarris à joints tirés au fer, la pierre de taille étant réservée aux chaines d’angles harpées en besace (une assise pour deux de parement courant) aux encadrements des baies et créneaux et aux bretèches.

Les bretèches de l’ancienne plate-forme crénelée avaient été condamnées, masquées et en partie détruites en 1880 sur les deux côtés sud et est du fait de l’adossement du couloir casematé et du rempart, celles des autres côté conservées complètes mais surmontées d’un arc plein-cintre dans la partie alors surélevée du mur-parapet. Dans l’état actuel restauré, il ne reste de  toutes les bretèches que leurs corbeaux portant l’assise d’appui de leur mur crénelé disparu, surmontés d’une baie couverte d’un arc plein-cintre. Les arcs des baies actuelles des côtés sud et ouest sont dues à la restauration récente, faites sur le modèle de celles des faces non masquées en 1880. Sur le côté est, la partie centrale entre bretèches du mur-parapet de l’ancienne plate-forme n’existait plus, elle a été remplacée lors de la restauration par un mur en retrait de nu ajouré de deux arcades, portant un toit plat en dalle béton au-dessus de la partie de l’étage laissée découverte en 1880 ; dans l’état en 1944, un toit avait déjà été placé sur cette  partie antérieurement à ciel ouvert.

Le côté sud a été restauré dans un parti semi-restitutif, avec tous les créneaux des deux niveaux et une embrasure au centre du parapet à l’étage ; en ce même point, au rez-de-chaussée, la porte qui avait été percée en 1880 entre deux créneaux-évents pour mettre en communication la casemate de culée centrale, soit le magasin d’artillerie, avec le couloir adossé, a été maintenue et restaurée, tout en rétablissant, dans l’axe, à l’intérieur, la porte entre ce magasin et la 2e grande casemate de casernement, porte qui avait été murée en 1880.

Le corps de garde de 1861, face Sud.Le corps de garde de 1861, face Sud.

Le coté nord ou façade d’entrée a conservé les 5 créneaux d’origine de son parapet21, au-dessus desquels la surélévation murale de 1880 est bien visible, terminée par un chaperon en dalles traité en bossage rustique. Au rez-de-chaussée, les 4 créneaux des petites casemates de culées réservées au gardien de batterie et du chef de poste, de part et d’autre de la porte, ont été supprimés probablement en 1944, pour agrandir la baie cintrée en demi-cercle qui les surmontait en descendant son appui de l’équivalent de la hauteur desdits créneaux.

Le corps de garde de 1861, face Nord.Le corps de garde de 1861, face Nord.

L’encadrement de la porte est bien conservé dans son état de 1861, millésime sculpté en relief au centre de la plate-bande de couvrement.

Porte coté Nord avec millésime sculpté.Porte coté Nord avec millésime sculpté.

Le tableau en retrait de nu qui recevait le tablier du pont-levis, dans lequel s’inscrit l’arcade d’entrée couverte en plein-cintre, est aujourd’hui occupé par deux vantaux de porte métallique. Les réservations du passage des chaînes de levage du tablier sont intactes, avec leurs poulies saillant dans le sas étroit entre première et seconde arcade d’entrée, sas défendu par un assommoir ménagé dans la voûte.

Vue du dispositif de levage du tablier du pont-levis et de l'assommoir. Vue du dispositif de levage du tablier du pont-levis et de l'assommoir.

La première des deux grandes casemates transversales du casernement a perdu le cloisonnement de sa moitié ouest qui réservait deux pièces, pour la cuisine et pour le magasin aux vivres, du côté droit du corridor central lui-même décloisonné, qui desservait dans l’axe de l’entrée les portes réservées au centre des murs de refend.

Vue intérieure d'une des casemates transversales.Vue intérieure d'une des casemates transversales.

La volée droite de l’escalier en bois qui donnait accès à la plate-forme ou étage, en partant du magasin aux vivres, a disparu aussi, mais son prolongement supérieur en pierre traversant la voûte de la casemate et couvert en berceau rampant, est parfaitement conservé dans l’état actuel. Une travée latérale a été adossée au côté Est du corps de garde en 2010 pour y placer un nouvel escalier. Le second niveau actuel du corps de garde, résulte de la transformation en 1880 de l’ancienne plate-forme à parapet crénelé et bretèche en étage partiellement casematé. La partie de l’ancienne plate-forme alors laissée à ciel ouvert, aujourd’hui couverte, dessert deux larges casemates ouvertes de 1880, voûtées en berceau surbaissé, superposées au tiers ouest des deux grandes casemates du rez-de-chaussée, desservant les créneaux et les bretèches du mur ouest (l’une d’elles devenue porte de l’actuel escalier), et les trois casemates de culées de chacun des deux petits côtés, également créées en 1880.

Casemates des années 1880.Casemates des années 1880.

1MM de Viviers, de Ressons, Saint Louis et Cleron de Querdren, Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades, 27 septembre 1694. Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 142Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 163Carte de la côte des rades de Marseille ou sont marquées les batteries pour inquiéter le bombardement, à Marseille, le 16 may 1695 Vincennes, SHD, Bibliothèque (ancien fonds Marine), fonds Nivard, Ms. 144 , n°414La Rade de Marseille avec les batteries de canons et mortiers pour inquiéter le bombardement, avec un plan de chaque batterie particulière avec dénombrement des canons et mortiers, Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 21.5Vincennes, SHD, 1VH1076, n° 336 Vincennes, SHD, 1VH1077, n° 307 SHD Vincennes 1VH1079 n°18 SHD Vincennes 1VH1079 n°59 SHD Vincennes 1VH1079 n°1110Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1411Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille , Vincennes SHD, 1VH 1079, n° 1412Atlas des batteries de côte de 1818, plans et profils de la batterie des l’Eguillon, pl. n° 11, des batteries de la Corbière et des bombes, pl. n°12. Archives des Bouches du Rhône, 2 J 4.13Vincennes SHD, 1VH 1084, n° 114 Vincennes SHD, 1VH 108515Vincennes SHD, 1VH 108816Article d’ouvrage n°36. Vincennes SHD, 1VH 108817Vincennes SHD, 1VH 108918Vincennes SHD, 1VH 109119Toulon SHD 2K2 23720Alain Chazette, Pierre Gimenez, Südwall : batteries côtières de Marine. Port-Vendres-Sète-Fos-Marseille-Toulon,  Vertou, 2009, p 96-98.21L’élévation dessinée en 1886 indique à la place du créneau central une baie cintrée dont il ne reste nulle trace dans l’état actuel, le créneau paraissant bien en place et non restitué.

Le Cap de Corbière est l’un des douze  sites littoraux non encore fortifiés de la baie de Marseille choisis en 1694 pour établir des batteries de côte, et jugé le mieux placé pour contrôler le mouillage de l’Estaque. La batterie de Corbière fut réalisée en 1695, en phase avec quinze autres, sous l’autorité du Maréchal de Tourville lieutenant-général des armées navales, vice-amiral du Levant. Elle se composait de deux épaulements de batteries sommaires espacés l’un de l’autre, non retranchés à la gorge, armés chacun de 4 canons de 24 livres, encadrant la pointe du cap, sur laquelle étaient placés deux mortiers. Le tout desservi par de petits bâtiments (corps de garde, petite caserne, magasins).

En 1701, Vauban et son directeur des fortifications de Provence Antoine Niquet, jugeant que  les batteries de 1695, ouvertes et sommaires, étaient incapables d’auto-défense, proposèrent la réfection de cinq d’entre elles, sous la forme d’un petit fortin retranché intégrant des locaux casematés au revers d’un front de gorge solidement fortifié. Le projet de celle de Corbière occupait l’emplacement central de la batterie de mortiers. Faute d’exécution de ce projet, la batterie tripartite demeura inchangée jusqu’au premier Empire. En 1811, le directeur des fortifications proposa d’y faire construire une des tours-modèles casematées dont Napoléon avait programmé la mise en place en divers points du littoral de la France, en l’occurrence une tour n°3 pour 18 hommes. Ce projet ne fut pas réalisé, la batterie était désarmée en 1818 et devait être réparée, sans changements.

Une commission mixte d’armement des côtes, de la Corse et des îles fut instituée à l’échelle nationale  par décret du 11 février 1841 pour étudier la réorganisation générale des batteries de côte et la modernisation de leur armement. Il en résulta la définition de réduits-type défensifs renouvelant les modèles de 1811. Les modèles-type fixés le 31 juillet 1846 et diffusé dans les différentes chefferies du génie se déclinaient en tours crénelées à deux niveaux casematés et corps de garde crénelés à un niveau. Plusieurs projets alternatifs sur les bases définies en 1846 furent proposés pour réformer la batterie de Corbière et construire son réduit, par trois chefs du génie successifs jusqu’en 1859. Le dernier en date, dû à Charles-Alexandre Guillemaut, fut réalisé en 1860-1861, avec un corps de garde crénelé n° 2 modifié pour une garnison de 40 hommes servant une batterie de 7 pièces, dont un mortier.

D’importants remaniements furent apportés à la batterie après 1880 pour l’adapter à l’impact de l’artillerie rayée : l’épaulement de batterie fut complètement transformé en y ajoutant deux abris-traverse analogues à ceux réalisés à la même époque à la batterie du Pharo. Le corps de garde crénelé de 1861, fut surhaussé à la hauteur d’un étage complet et enveloppé sur les deux côtés regardant la mer par un couloir casematé recouvert d’un énorme rempart de terre. En 1896, la batterie était armée de deux pièces de 19cm, avec un poste de commandement construit sur la traverse-abri centrale, ce qui ne fut modifiée qu’en 1929, l’installation d’une batterie d’artillerie légère de 75mm, avec deux pièces blindées en cuves béton en avant des plates-formes de 1880, et un poste de direction de tir bétonné.

Pendant l’occupation allemande, en 1943-1944, la batterie, occupée par le 611e régiment de Marine Artillerie Abteilung, fut armée d’une troisième pièce de 75mm et entièrement refondue selon les normes des ouvrages du Sudwall. Trois casemates bétonnées type R671, furent déployées sur une aire plus étendue que l’épaulement dégradé de 1880, pour abriter les pièces de 75mm, servies par un poste de direction de tir (Leistand ) type M262, construit à un emplacement différent de celui de 1929. Laissé à l’abandon dans la seconde moitié du XXe siècle, le site a été divisé en deux parcelles privées, l’une incluant l’ancien corps de garde crénelé, l’autre les trois casemates allemandes et le leistand.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 17e siècle , daté par source , (détruit)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , porte la date, daté par source
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle , daté par source , (détruit)
    • Secondaire : 2e quart 20e siècle , daté par travaux historiques
  • Dates
    • 1695, daté par source
    • 1861, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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      ingénieur militaire attribution par source

            L'état actuel des restes de l’ancienne batterie, très transformés et très partiellement accessibles, ne sont plus représentatifs que de séquences limitées de la longue histoire du site fortifié. Ces vestiges sont, d’une part, les casemates en partie ensevelies et le Leistand  de la batterie allemande de 1944, strictement interdits d’accès et de visibilité, d’autre part le corps de garde défensif de 1861 remanié en 1880, restauré et transformé en 2010, seul visitable. L’épaulement de la batterie contemporaine du corps de garde n’est plus exprimé dans l’état actuel du site, du côté de la mer, en avant du corps de garde, que par les remblais profilés en glacis qui formaient son soubassement, ancré sur l’escarpement rocheux naturel de la côte.

Le corps de garde crénelé est assez bien conservé dans ses structures de 1861, dégagées des remparts sur couloir casematé qui avaient été adossés vers 1880 à deux de ses quatre côtés. Il est conforme au modèle-type 1846 n°2, pour 40 hommes, modifié que par une très faible augmentation de ses dimensions hors-œuvre (20,80m x 13,20m). Il ne reste des bretèches du parapet crénelé de l’ancienne plate-forme, surhaussé en 1880, que leurs corbeaux d’appui, surmontés d’une baie couverte d’un arc plein-cintre. Sur le côté est, face à la mer, la partie centrale entre bretèches du mur-parapet n’existe plus, remplacée lors de la restauration par un mur en retrait de nu ajouré de deux arcades. Sur le côté nord formant façade d’entrée, la porte, avec ses deux arcades d’entrée successives inscrites en retrait dans le tableau rectangulaire qui recevait le tablier du pont-levis est bien conservée dans son état d’origine, avec au-dessus le millésime 1861 sculpté en relief. Encadrée des 4 créneaux des petites casemates de culées réservées au gardien de batterie et du chef de poste, cette porte conserve en haut de son sas d’entrée les deux poulies des chaînes du pont-levis. La première des deux grandes casemates transversales du casernement conserve, traversant sa voûte, la partie haute de l’escalier qui montait au second niveau, ancienne plate-forme transformée en 1880 en y construisant des casemates sur trois côtés. Les deux plus grandes de ces casemates, voûtées en berceau surbaissé, superposées au tiers ouest des deux casemates de casernement du rez-de-chaussée, sont ouvertes sur le reste de la plate-forme laissé découvert en 1880, aujourd’hui couvert d’une dalle de béton formant toit.   

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    pierre en couverture
  • Couvrements
    • voûte en berceau segmentaire
  • Couvertures
    • terrasse
  • Typologies
    batterie ouverte
  • État de conservation
    remanié
  • Statut de la propriété
    propriété d'une société privée
    propriété d'une personne privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Projet des ouvrages que l'on a jugé nécessaires pour la seureté tant de la ville de Marseille que de ses rades, 27 septembre 1694. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH1076, n° 14.

  • Précautions à prendre contre les attaques de Marseille [Mémoire de Vauban], 6 décembre 1694. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 16.

  • Projet de Marseille, [mémoire de Vauban sur les fortifications], 11 avril 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076, n° 33.

  • Mémoire sommaire sur la place de Marseille par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 10 juillet 1814. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 14.

  • Mémoire sur l'état de situation de la place de Marseille et de ses dépendances par Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné), 20 novembre 1816. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1079, n° 16.

  • Mémoire sur les projets d'organisation des batteries de côtes pour 1846 par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1084, n°1.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1860-1861, par Charles Alexandre Guillemaut, 12 février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1088

  • Pré-inventaire du patrimoine militaire de la rade de Marseille, XIXe-XXe siècles, par Marina Sanchez. Université d'Aix-Marseille, rapport de mission de décembre 2017.

  • Plan des batteries de canons & de mortiers faites le long des costes de Marseille & des Isles [...] pour la deffense de la Ville & de ses environs. / Dessin aquarellé, 1695. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076 n°21.

  • Plan du cap de la Corbière et de la batterie proposée à y faire [projet de Niquet et Vauban]. / Dessin aquarellé, 21 août 1701. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1076.

  • Plan de la batterie de la Corbière à la rade de l'Estaque ... relatif au budget pour 1812. / Dessin aquarellé de Jean-François Sorbier, 15 décembre 1811. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH1079 n°5.

  • Plans et profils des batteries de la Corbière et des bombes. / Dessin aquarellé par Lolier et Jean-Joseph-Amable Tournadre (aîné). Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : Atlas des batteries de côte de 1818, pl. N°122, J 4.

  • [Plan de la batterie de la Corbière pour le projet d'organisation des batteries de 1846]. / Dessin aquarellé par Marie-Tranquille Lebas, 2 juin 1846. Service Historique de la Défense, Vincennes: 1VH 1084, n° 1

  • [Plan de projet de reconstruction de la batterie de Corbière pour 6 pièces]. / Dessin aquarellé par Auguste. Schoennagel, Marie-Tranquille Lebas, 17 février 1849. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1085

  • [Plan de projet d'organisation de la batterie de Corbière pour 6 bouches à feu]. / Dessin aquarellé par Charles Hamel, dirigé par le chef du génie Alphonse Louis Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088.

  • Batterie de la Corbière [planche de plans et coupes]. / Dessin aquarellé, 17 mai 1886. Service Historique de la Défense, Toulon : Atlas des bâtiments militaires, 2K2 237

  • [Plan de la batterie de Corbière, état des lieux en 1929]. / Tirage. Service Historique de la Défense, Vincennes : GR V 106

  • [Plan allemand de la batterie de Corbière]. / Tirage, 5 mai 1944. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 96.

  • [Vue aérienne de la batterie de Corbière]. / Photographie, 1947. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 98.

  • [Vue du poste de direction de tir allemand de la batterie de Corbière]./ Photographie de Jacky Laurent, [vers 1990]. Dans : "Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon". / CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009, p. 97.

  • CHAZETTE, Alain, GIMENEZ, Pierre. Südwall, batteries côtières de marine, Port-Vendres, Sète, Fos, Marseille, Toulon. Vertou : Editions Histoire & fortifications, 2009.

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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