Dossier d’œuvre architecture IA13006220 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Caserne d'infanterie dite caserne d'Aurelle ou caserne Saint-Victor
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 7e arrondissement
  • Adresse 36 avenue de la Corse
  • Cadastre 2026 B 199, 220
  • Dénominations
    caserne
  • Précision dénomination
    caserne d'infanterie
  • Appellations
    caserne d'Aurelle, caserne Saint-Victor
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

I- Historique, topographie et typologie générale

En 1856, le ministère de la guerre prend en compte formellement la question non traitée auparavant d’une amélioration indispensable et d’une normalisation des bâtiments militaires de Marseille affectés au  casernement des différents corps d’armée au service de la place. Ceux appartenant en propre à l’Etat, soit les casernements inclus dans les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean, ou dans d’anciens établissements religieux sécularisés et affectés à l’armée après la Révolution, étaient notoirement insuffisants et hors des normes préconisées depuis 1845, les autres appartenant à la ville et mis à disposition étant inégalement adaptés.

La contenance des casernes de Marseille en 1856  était de 1932 hommes et 49 chevaux dans les bâtiments de l'Etat, 3321 hommes et 1083 chevaux dans les bâtiments prêtés par la ville. Dans cette dernière catégorie, les bâtiments de la caserne du Lazaret offrant une capacité de 1100 hommes étaient destinés à court terme à être récupérés et démolis par la ville, ce qui, joint à l’inadaptation d’autres bâtiments, invitait à réduire l'effectif à 3605 hommes et 534 chevaux. La volonté de ne pas réduire l’effectif et d’entrer dans un principe de constructions nouvelles plus normatives avait justifié une première lettre ministérielle du 7 mars 1856, prescrivant la construction d’une caserne pour un bataillon d'infanterie sur un terrain à acquérir de 6000m2. Peu après, une nouvelle lettre ministérielle du 17 mai 1856  prescrivait au chef du génie de Marseille Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin,  de présenter un devis pour construire sur le terrain de l'artillerie –initialement destiné à un nouvel arsenal- sous le fort St Nicolas, une caserne de deux bataillons (dont un avec dépôt) en se réservant la faculté de caserner plus tard un 3e bataillon sur le même terrain. Daté du 28 juillet 1856, l’Etat sommaire des articles d'ouvrages (…)  à porter dans les projets bisannuels pour 1857-18581. Consacrait le premier article  des bâtiments militaires à la  construction d’une  caserne pour trois bataillons et un état major pour un coût estimé de 1.200.000 francs, l’exercice 1857-1858 étant exclusivement consacré à la construction du le logement pour deux bataillons et du dépôt, le logement du troisième bataillon étant remis aux exercices ultérieurs. Le colonel Revel directeur des fortifications à Toulon, était d’avis d’accorder des fonds dès 1857.

Le mémoire sur les projets,  détaillé, rédigé en décembre 1856 et complété de dessins datés du 8 mars 1857, comportait, pour un budget revu de 1.148.000 francs , quatre bâtiments de casernement dont trois organisés, pour les 3 bataillons, autour d’une cour carrée ouvrant sur la rue Saint Victor, le principal, coté a, en fond de cour, au nord, dominé de très près par le fort Saint-Nicolas, était long de 15 travées régulières entre murs de refend, dont deux d’escaliers, avec une fenêtre par travée dans les deux façades opposées. Il était destiné à loger 14 compagnies de 96 hommes et 6 sous-officiers (soit 1350 hommes).  

Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne pour 3 bataillons et un Etat Major], 1857.Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne pour 3 bataillons et un Etat Major], 1857.

Les deux autres b et c formaient des ailes détachées en retour d’équerre longues de 7 travées seulement, d’une capacité de 675 hommes. Le quatrième bâtiment, coté d, destiné au dépôt, plus étroit et avec un rythme de travées plus serré, était prévu à droite, à l’arrière de l’aile Est (b), sur un axe oblique contraint par la limite parcellaire entre le terrain militaire et les parcelles privées. L’élévation proposée, à trois niveaux habitables, était  très simple, avec chaines d'angle en pierre de taille fenêtres identiques à chambranle rectangulaire et d’un toit à deux versants à faible pente. La mise en œuvre devait être en moellons durs et mortier de chaux de Theil, avec soubassement en pierre de taille dure, bandeaux et encadrement en pierre de taille tendre, parements extérieurs à pierre vue non enduits. Les murs de refend devaient monter jusqu'au faîte. Les cuisines, prisons, latrines et écuries, lavoir et abreuvoir, étaient prévues en arrière du bâtiment a, organisées symétriquement en trois corps f-g-k, adossées au socle rocheux du fort, et celui des accessoires côté e, lié au bâtiment d, sur la rue St Victor, sans communication à l'extérieur. Le magasin des poudres régimentaires et le local pour la confection des cartouches  (h-i) étaient placés le plus loin possible des bâtiments d'habitation.

Le chef du génie demandait 220.000francs en 1857 et 145.000 francs en1858, pour construire entièrement le bâtiment principal a, afin qu’il puisse être occupé à la fin de cette seconde année. Pour les ailes semblables b et c, individuellement, 90.000francs étaient demandés en 1857, pour le soubassement et les citernes, et 60.000 en 1858 pour l'achèvement du gros œuvre. Pour le bâtiment d, logement du dépôt et des accessoires, 100.000francs étaient demandés en 1858 pour le gros oeuvre. Le bâtiment e, en simple rez-de-chaussée, incluant salle de police, cellules, latrines pour les femmes et les officiers et la compagnie hors rang, cuisines accessoires pour 5 compagnies, 30.000fr étaient demandés en1858, pour le gros oeuvre. Les bâtiments symétriques en simple rez de chaussée cotés f  (cuisine pour 9 compagnies et leurs accessoires, prisons des sous officiers caporaux et soldats, latrines pour la troupe) et g (cuisines et accessoires pour 10 compagnies, écurie, magasins à fourrages pour 8 chevaux, latrines pour la troupe), justifiaient chacun une demande de 14.000fr en 1857, 8000 en 1858 pour leur achèvement. S’agissant du hangar pour la confection des cartouches, du dépôt des poudres, du lavoir, du mur de clôture, et du nivellement de la cour, la demande était  de 30.000 franc en 1857 et de 42.000  en 1858, étant précisé que le mur de clôture sur la rue St Victor, devait se limiter à un soubassement surmonté d'une grille en fer avec entrée monumentale centrale.

Dans ses apostilles au projet, le directeur des fortifications précisait que le comité des fortifications du 27 avril 1857 avait annoncé que la garnison de Marseille se composerait à l'avenir d'un régiment entier d'infanterie soit 2300 hommes 8 chevaux, de 2 bataillons d'infanterie avec l'Etat major, soit 1510 hommes 6 chevaux, complété d'un escadron détaché de cavalerie, soit 180 hommes 134 chevaux, et d'un détachement d'artillerie de 20 hommes.

Il en résultait que  pour compléter le casernement, il fallait construire des bâtiments pour 2177 hommes et 101 chevaux. La caserne projetée près du fort Saint Nicolas serait donc dévolue au régiment entier d’infanterie, les deux bataillons et le détachement d'artillerie pouvant se logeront dans les casernes existantes.

Le directeur des fortifications n’était plus favorable à accorder des fonds sur 1857 pour l'exécution du projet de caserne pour trois bataillons d’infanterie, qu’il considérait comme un avant-projet à modifier. Il apportait des arguments circonstanciés à l’appui de cet avis, avec des propositions d’améliorations : « Cette caserne que l'on pourrait nommer St Victor se trouvera très rapprochée du palais impérial (palais du Pharo, mis en chantier en 1858). De ce fait, il faut la construire avec luxe (...) il ne semble pas que les élévations dessinées puisent faire espérer cet effet. De très belles casernes ont été construites à Paris et ailleurs. Il serait fort à désirer que l'on pût envoyer en communication quelques uns des projets qui répondent le mieux aux besoins du casernement sous tous les rapports, on y trouverait au moins des indications très précieuses sur le choix des appareils de pierre de taille, sur le mode de construction des planchers, sur l'emploi du fer et de la fonte, le genre de charpente, de couverture, etc.

Le plan d'ensemble du projet remplit assez bien les conditions générales posées par le ministre. En effet le bâtiment a pouvant contenir 1446 sous-officiers et soldats, et le bâtiment d les accessoires du dépôt, on pourrait ajourner la construction des bâtiments b et c. Mais il y aurait inconvénient à remblayer l'emplacement de ces deux bâtiments puisqu'il; est presque certain qu'on devra les construire et d'ailleurs les déblais de leurs fondations doivent servir à niveler les cours.  Par le fait, le projet présenté met à peu près dans l'obligation d'entreprendre à la fois la construction de tous les bâtiments principaux et accessoires. Il serait convenable de réduire à 8m les passages entre les bâtiments b et c et a, afin d'éloigner celui-ci autant que possible des bâtiments f et g renfermant les cuisines et les latrines.

            Le directeur a bien de la peine à croire que l'on exécute le projet tel qu'il est mais on pourrait rédiger d'urgence un nouveau projet pour 1858 sur les bases que proposera le comité, s'il n'est pas admissible d'ajourner la construction de la nouvelle caserne aux exercices 1859-1860. Le chef du génie a déterminé les dimensions principales du bâtiment a d'après celles du type des casernes d'infanterie à l'épreuve de la bombe (1845) et il a donné uniformément 3,80m de hauteur à chaque étage.  Il semble qu'il eut du faire varier cette hauteur en admettent par exemple 4m pour le rez-de-chaussée et diminuant de 0,10m à chaque étage(...) on ne devra employer la pierre de taille tendre d'Arles  que pour les appareils qui son hors de portée de la main des hommes (...) Les pierres d'appareil des angles ne se découpent pas assez. La corniche est plus basse et moins en saillie que celle du type de 1845 (...) Contrairement au chef du génie, le directeur pense qu'il faut recouvrir les parements extérieurs d'un enduit d'autant que ces parements seront en moellons bruts. (...) On voit que l'on a adopté une couverture en tuiles creuses posées sur un plancher brut, on préfère la couverture dite de Marseille ou les tuiles sont posées sur des briques d'un modèle particulier ; avec ce mode de couverture, les greniers sont bien moins chauds et peuvent mieux être utilisés comme magasins et au besoin pour loger des hommes. La manière de terminer la toiture aux extrémités n'est pas admissible, il faut, comme sur le type de 1845 profiler la corniche sur le pignon en forme de fronton et prolonger la couverture dans la partie rampante. (...)

Un nouveau mémoire du chef du génie Boubée de Lespin sur les projets supplémentaires pour 1858, exclusivement consacré à la caserne pour trois bataillons et un état major, accompagné d’un plan signé du capitaine du génie  Marrauld, est présenté le 28 février 1858. Conforme aux prescriptions du comité des fortifications du 3 juin 1857, il est prévu pour une garnison de1300 hommes -soit deux fois moins que dans le projet de 1857, et son coût global estimé est minoré à  934.500 francs.

Le nouveau projet organise toujours trois bâtiments principaux autour d’une cour : mais le bâtiment a en fond de cour est moins long que dans le projet précédent, il ne comporte plus que 10 travées de casernement de même capacité, alternant  avec cinq travées étroites d’escaliers et chambres, le rythme des fenêtre en façade s’en trouvant deux fois plus serré, à raison de 2 par travées de casernement et une par travée d'escalier , soit 25 travées de fenêtres en façades. Les bâtiments b et c sont conçus sur me même principe, alternance de 8 travées de casernement et 4 travées d'escalier, 19 travées de fenêtres en façade.

La construction du bâtiment a, pour un bataillon et la compagnie hors rang plus une partie des accessoires logés au rez-de-chaussée, est chiffrée à 270.000 francs et fait seule l’objet d’une demande de fonds en 1858 pour le gros-œuvre , soit 175.000 francs, les 95.000 francs pour l’achèvement étant demandés sur les exercices ultérieurs.  La construction du bâtiment b, à gauche (ouest) de la cour, est estimée à 240.000 francs, demandés les exercices ultérieurs, en  précisant que les fenêtres sur rue du rez-de-chaussée devront être grillées.

Les autres bâtiments sont tous demandés sur les exercices ultérieurs. Deux d’entre eux, côtés d et e, sont deux pavillons symétriques proposés de part et d’autre de la grille d’entrée sur la rue Saint Victor, l’un incluant le logement du concierge, du médecin de service, d’un adjudant, l’autre le corps de garde et une salle de rapport.

Ce projet fut invalidé dans son principe par l’avis du comité des fortifications du 6 mai 1858, approuvé le 9 juin par le ministre de la  guerre, qui invita le chef du génie à reformuler un nouveau projet de caserne adaptée à deux et non plus trois bataillons, avec état major et dépôt. Le principe de supprimer le bâtiment en fond de cour (a) des projets précédents fut adopté à la suite d’une controverse formulée le 23 aout par l’inspecteur général du génie sur l’implantation de ce bâtiment, qui se trouvant mal aéré, poserait un problème de salubrité en période de chaleurs. Les travaux, qui avaient été lancés, furent donc ajournés le 4 septembre 1858 par dépêche ministérielle invitant à formuler le nouveau projet selon ce principe.

Le chef du génie Boubée de Lespin s’exécuta dans son mémoire sur les projets pour 1859-1860, daté du 14 mars 18592, qui permettait en principe d’ouvrir le chantier à la suite. La construction d’une caserne d'infanterie pour 2 bataillons, objet du second article des bâtiments militaires était désormais chiffrée à 760.000francs, dont 220.500 pour 1859, 120.000 pour 1860. L'emplacement de la nouvelle caserne était agrandi et rendu plus régulier par l’adoption du principe l'acquisition d'une surface triangulaire de terrain privé à l’est ; cette acquisition étant situé intra-muros de l’ancienne enceinte de ville démantelée, occasionna, en la démolition de la courtine d'axe biais qui subsistait à l’extrémité ouest du front sud de l'enceinte joignant le fort St Nicolas. Le chef du génie signale au passage le prix exagéré demandé par le propriétaire : 52.000 francs, à négocier à 26.000fr, l’acquisition étant à faire impérativement en 1859.

La caserne projetée ne comportait plus  que deux bâtiments identiques, a et b, en vis à vis  de chaque côté de la cour, chacun dévolu à un bataillon. Le bâtiment a, à gauche (ouest) de la cour était à construire en premier, sur un soubassement à caves et à citernes de 579 m cubes, moyennant un budget de 320.000fr, dont 200.000 pour 1859, 120.000 pour 1860. Conçu pour contenir 765 hommes dont 49 sous-officiers, trois logements de blanchisseuses, un logement de cantinière, la pension des sergents et des sergents major, ses dimensions étaient de 83,30m de long sur 19,50m de large. La distribution, conforme à l'avis du comité du 6 mars 1858, comportait huit travées de chambres pour 34 hommes aux deux étages, six au rez-de-chaussée, de 18m/6,40m, hautes sous solives de 4m, avec deux fenêtres en façades. Le bâtiment devait comporter en tout 13 travées entre murs de refend, dont trois étroites avec escaliers en charpente de chêne, une fenêtre en façades, et deux travées de culées ou d'extrémités  tripartites à deux fenêtres en façades, avec cage d'escalier centrale, d'où 23 travées de fenêtres en façades.

Les combles, mansardés, étaient organisés pour le logement de la troupe, mais à n’occuper que dans des cas exceptionnels. Les dessins de détail en coupe et élévation du bâtiment a, par le capitaine Marrault, montrent le comble de toit à brisis en ardoises, terrasson en tuiles se retournant  en croupe aux deux extrémités.

Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne d'infanterie pour 2 bataillons],1859.Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne d'infanterie pour 2 bataillons],1859.

La construction du bâtiment b, à reporter sur exercices ultérieurs, était prévue à 100m du bâtiment a, mais un croquis brouillon ajouté au projet proposait une distance de 86m entre les 2 bâtiments, selon l'avis du directeur des fortifications, pour ne pas sortir du périmètre du terrain militaire.

Sur les exercices ultérieurs étaient également reportée la construction de la plupart  autres bâtiments. Ceux côtés c et d, prévus à l’arrière (est) du bâtiment b,  affectés le premier  aux cuisines pour un bataillon, avec 3 fourneaux de fonte système François Vaillant, le second aux  latrines à fosse pour un bataillon, étaient respectivement évalués à 10.000 francs et 10.500 fr sur exercices ultérieurs . Les bâtiment e et f , prévus en symétrie à l’arrière (ouest) du bâtiment a avaient le même usage et le même coût, mais étaient proposés pour 1859. Le directeur des fortifications confirmait que le bâtiment e, contenant les cuisines à affecter au bâtiment a, il était donc à construire immédiatement après.

Les bâtiments g et h, symétriques, de part et d’autre de la grille d’entrée: évalués à 9.000 francs sur exercices ultérieurs. Le premier, à gauche, contenant le logement du concierge, la salle de rapport et un petit magasin du génie, et le second, corps de garde, violon, prison des gradés, salle de police des gradés, étaient à ajourner jusqu’après  achèvement du bâtiment a, de l’avis du directeur des fortifications.

Les bâtiments i et k, magasin aux munitions (avec mur d'isolement), et hangar pour confection des cartouches estimés 5000fr chacun, étaient prévus excentrés au nord-est du site

Le bâtiment j, évalué à 15000 fr à l’arrière et au nord-est du bâtiment b prévu pour une écurie pour les six chevaux des officiers supérieurs et pour les locaux disciplinaires du casernement excepté les gradés, étaient de l’avis du directeur  à ajourner jusqu’après  achèvement du bâtiment a.

Au fond de la cour, et dans l’axe, au pied du fort, le lavoir et l’abreuvoir  k, étaient évalués à 1.000 francs. La construction mur de clôture et le nivellement de la cour étaient évalués à une dépense de 40.000 fr sur exercices ultérieurs. L’implantation de cette clôture était déterminée en fonction de la nouvelle rue du côté du terrain acquis à l’est au delà de l'ancien mur de ville démoli pour élargir le terrain de la caserne. Ce mur de clôture était prévu haut de 3,30m, épais de 0,80m avec chaperon en pierre de taille, deux bastionnets d'angle (sur la rue Saint-Victor) et des créneaux, conformément aux préconisations du service de l'artillerie. Le directeur préconisait d’entreprendre  le mur sur les côtés ouest et sud dans le même exercice ou l’on achèvera le bâtiment a, d’où  une demande de 20.000francs pour 1860.

 

L’année 1859 fut marquée par deux circonstances qui eurent pour effet de modifier certaines caractéristiques architecturales du bâtiment a de la caserne. La première circonstance est le remplacement, dès le mois de mars, de Boubée de Lespin à la chefferie du génie de Marseille, par le chef de bataillon du génie Charles-Alexandre Guillemaut ;  la seconde est la priorité donnée alors dans les projets des bâtiments militaires, à celui, nouveau, de la caserne d’infanterie du quartier Saint Charles, plus prestigieuse et conçue par ce nouveau chef du génie. Les archives n’expliquent pas les principaux changements apportés à l’ordonnance du bâtiment a de la caserne Saint Victor lors de sa mise en chantier, notamment le traitement de ses deux extrémités formant pavillons en très faible saillie, et la limitation du nombre de travées de fenêtres des deux grandes façades à quinze (les chambres pour 32 hommes n’ayant désormais qu’une fenêtre dans les façades, comme les travées plus étroites avec escaliers), dont trois pour chacun des deux pavillons. Ces changements sont sans doute à mettre au crédit du nouveau chef du génie Guillemaut, également auteur de la caserne Saint Charles ; ils avaient été validés par le comité des fortifications dans son avis du 22 juin 18593.

L’achèvement de la caserne Saint Victor pour 2 bataillons fit l’objet du premier article des bâtiments militaires dans le mémoire sur les projets de 1861-18624 signé du chef du Génie Guillemaut, pour un financement de 730.000 francs. Les travaux étaient en cours d’exécution fin 1860. Le mémoire, complété d’une planche de plans datée du 10 février 1861, donnait quelques précisions : « Le bâtiment a ne tardera pas à être entièrement couvert, et le bâtiment b sera exactement semblable. D’après les projets de la ville, il doit y avoir une rue à 25m environ du bâtiment b, parallèle à ce dernier, qui occupera deux triangles k-l-m et o-p-q des terrains militaires en échange desquels on pourra demander à l’administration municipale le triangle m-n-o qui appartient au sieur Sciama et qui devra être acquis par l’Etat si le projet de la ville n’est pas  mis a exécution lorsque tous les bâtiments de la caserne seront sur le point d’être terminés. En attendant il est indispensable de placer les bâtiments accessoires en harmonie avec le projet de la nouvelle rue St Victor. Dans les 2 bâtiments a et b on pourra loger 1800 hommes en faisant occuper les mansardes dont les chambres seront aussi belles et bonnes que celles des étages ». La planche de plans exprime en plan-masse le toit du bâtiment a comme s’il était fini, ce qui n’était pas le cas ; ce dessin exprime un grand comble à croupe d’un seul tenant, comme dans le projet de 1859-1860, sans tenir compte de la forme de toit spécifique des deux pavillons d’extrémité. Le mémoire précise que la dépense estimée de la construction à venir des deux bâtiments a et b et leurs accessoires était passée de 774.800fr, à 950.000fr, l’entrepreneur étant passé d’un rabais de 27,5%  à une surenchère de 7%. Le chef du génie demandait 160.000 francs pour achever le bâtiment a, pour lequel les dépenses s’étaient élevées à 80.000 francs en 1859 et 135.000 en 1860. L’achèvement de ce bâtiment en 1861 permettait de résilier le bail de la caserne Bonaparte appartenant à la ville.

Le bâtiment b était à construire en 1862-1863  pour 380.000 francs ; dont 240.000 demandés en 1862. S’agissant des murs de clôture, pour lesquels la demande de fonds s’élevait à 190.000fr, avec les accessoires, le mémoire précise qu’ils sont établis selon la direction des rues et avec de petits bastions aux angles pour leur donner une apparence de fortification.

Les accessoires étaient à compléter par la construction d’une infirmerie régimentaire (g) qui placée au nord-est du bâtiment b. Les pavillons d’entrée (c et d) sont prévus avec les mêmes affectations qu’en 1858 ; la planche de plans montre qu’ils sont proposés en simple rez-de-chaussée, plus allongés que dans le projet précédent (7 travées de baies rectangulaires en façades) et couverts d’un toit-terrasse. Le mémoire précise que l’écurie des officiers supérieurs sera  adossée à la cuisine du bâtiment b, le petit bastion en avant servira de cour au fumier…on placera une fontaine au fond de la cour dans l’axe de la porte d’entrée…on demande pour 1861 les fonds nécessaires pour construire les latrines et cuisines ouest et commencer les murs de clôture….

Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons], 1861.Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons], 1861.

Daté du 30 aout 1862, l’état sommaire des projets pour 1863-18645, donne la liste des sept lieux de casernement de la ville avec leur capacité prévue, et montre que l’achèvement de la caserne St Victor , destinée à 2000 hommes, n’avait guère avancé, l’effort ayant été porté en priorité sur la caserne Saint Charles, destinée à un régiment complet  de 2400 hommes.

Le total des dépenses à faire, à partir  de 1863 pour les bâtiments neufs en cours d’exécution ou en projet s’élevait à 2.989.000fr. Le produit non encore réalisé de la vente des terrains de la Joliette et d’Arenc était de 1.312.700fr.  Le reste à fournir par le département de la guerre s’élevait à 1.371.850 francs, dont 509.000 francs pour achever la caserne St Victor, ameublement compris.  Le bâtiment principal a était complètement achevé de même des cuisines f, à l’arrière (ouest) de ce bâtiment, en position centrée, et des latrines k, à l’angle nord-ouest du périmètre clos. Les fonds alloués pour 1862  pouvaient être employés à commencer le pavillon gauche de l’entrée coté c, et à l’achèvement des murs de clôture ouest et sud jusqu’à ce bâtiment. Une diminution de la dépense avait été obtenue en confiant une partie des travaux de 1861 à des militaires et surtout en renonçant à construire un bâtiment spécial pour l’infirmerie, désormais à intégrer dans le pavillon nord du futur bâtiment b dont la capacité de casernement était du fait de cette intégration, réduite de 1000 à 922 hommes.

La construction de l’écurie e pour 6 chevaux d’officiers était à présenter de suite, mais les magasins aux munitions i et j, jugés non indispensables, étaient  à ajourner.  

Une planche de plans datée par le chef du génie Guillemaut du 20 janvier 1863, donnant notamment le détail de l’organisation interne du bâtiment b projeté, documente, par le plan-masse, l’avancement des travaux à cette date : le pavillon gauche de l’entrée (c) et la moitié ouest du mur d’enceinte, avec bastionnets sud-ouest et nord-ouest, sont exprimés comme réalisés, alors qu’ils ne sont pas encore achevés. L’aspect extérieur des pavillons encadrant la grille, dont celui construit, diffère un peu de celui donné sur les plans de projet pour 1861-1862, par leurs baies cintrées et leur toit à deux versants et croupes.

Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons],1863.Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons],1863.

Les difficultés rencontrées pour réaliser l’achèvement de cette caserne, toujours d’actualité pour 490.000francs  en 1865, sont sommairement évoquées le 16 décembre 1864 par le lieutenant colonel Gras, nouveau chef du génie dans son  mémoire sur les projets pour 1865-1866, apostillé par Guillemaut, devenu directeur des fortifications : « les 70.600 fr. votés par le comité le17 mars 1863 pour la continuation des travaux en 1864 ont été supprimés par décision ministérielle du 24 novembre 1863, en sorte que seule la toiture d’un des pavillons d’entrée a été achevée, pour 4000fr. Ce quartier est à moitié élevé et sans clôture, ses abords encombrés par les matériaux préparés  pour sa construction et présentent un aspect de ruines qu’il conviendrait de faire disparaitre le plus tôt possible. En conséquence, le chef du génie demandait d’appliquer à cet achèvement les fonds qui pourront être versés par la ville de Marseille pour prix de la caserne de la corderie. L’apostille du directeur précisait que cette caserne de la  corderie, d’une contenance de 387 hommes, devait être cédée à la ville au profit du budget de la guerre pour un prix de 500.000fr, la condition posée par la ville étant que cette somme soit employée à la construction de la caserne St Victor, ce qui augmenterait le casernement au lieu de le diminuer. Cependant, le ministre de la guerre s’étant réservé par dépêche du 13 septembre 1864 de déterminer l’affectation du produit de cette vente selon le degré d’urgence, l’issue des négociations avec la ville s’en trouvait compromise, d’où un ajournement pur et simple des travaux.

            De ce fait, l’achèvement de la caserne St Victor, sur un budget réduit à 76.000francs, ne fut représenté que dans le cadre des projets pour 1867-1868, dont le mémoire fut rédigé  le 22 janvier 1867 par le lieutenant colonel Alfred-Jules Maritz, nouveau chef du génie.

Le mémoire fait un état de situation circonstancié : « Le casernement de St Victor est composé d’un grand bâtiment pouvant contenir 915 hommes et de trois bâtiments pour les accessoires, salles de punition, latrines et cuisines. Il était admis en principe qu’il serait construit un bâtiment pareil au bâtiment principal ce qui aurait porté la contenance de la caserne à 1920 hommes, ainsi que plusieurs autres petits bâtiments accessoires, écuries, magasin aux munitions, atelier de cartouches de nouvelles cuisines et latrines.

Du fait de l’effectif normal des troupes d’infanterie n’est que de 4510, tandis que la contenance des casernes d’infanterie de la place est de 4489 hommes, il ne manque en définitive que 21 places pour loger toute l’infanterie. De ce fait la construction du 2e  grand bâtiment serait peu opportune ; dans le fort St Nicolas, il y a un magasin à munitions et un hangar pour la confection des cartouches à l’usage du régiment qui occupe la caserne St Victor. Il suffirait par conséquent  de construire des écuries, de compléter les locaux de punition et de créer quelques autres accessoires.

Le nouveau projet présenté sur ces bases précisées par le commandant du génie, à la demande de l’inspecteur général, intégrait le principe de la percée d’une rue entre la caserne et le fort Saint Nicolas, entrainant la démolition de la demi-lune sud du haut fort et la retaille du socle rocheux en dessous pour lui faire place, ce qui isolerait complètement la caserne sur quatre côtés dans son mur d’enceinte.

Le projet, illustré d’un plan-masse, proposait de transférer la porte d’entrée de la caserne donnant sur le boulevard de la corderie (ex rue St Victor) au milieu du côté Est de l’enceinte, encore à construire, en dégageant une place entre le mur et la rue  projetée de ce côté, ce qui permettrait de défendre cette entrée depuis le redan Est (coté 20) du haut fort St Nicolas.

Rectification des limites des zones des fortifications des forts St Nicolas et St Jean. [Plan des abords du fort St Nicolas et d'un projet d'achèvement la caserne St Victor], 1867.Rectification des limites des zones des fortifications des forts St Nicolas et St Jean. [Plan des abords du fort St Nicolas et d'un projet d'achèvement la caserne St Victor], 1867.

Le bâtiment c existant, à gauche de la porte sud en place, contenant le corps de garde, une salle de rapport et 3 salles de punition, et conçu pour contenir plus tard toutes les salles de punition, pourra être réorganisé de manière a renfermer une prison et une salle de police pour les sous-officiers, une prison et une salle de police pour les soldats et 5 cellules ; le péristyle du corps de garde en place serait utilisé en magasin aux légumes. Le projet propose un nouveau bâtiment semblable à ce bâtiment c et lui faisant pendant, non plus à droite de la porte sud, mais au nord de l’enclos, selon la nouvelle symétrie de la cour autour de l’axe de la porte Est projetée. Coté b, ce nouveau bâtiment nord accueillerait  une écurie pour les chevaux d’un régiment et de l’état major, avec magasin aux fourrages et sellerie. La nouvelle porte Est projetée serait elle-même encadrée de deux nouveaux bâtiments symétriques semblables au bâtiment c existant : à gauche (d) pour le logement du casernier, la salle de rapport et la salle d’escrime ; à droite (e)  pour le corps de garde et 2 pièces pour l’école régimentaire. Ce projet avait été accepté dans son principe par le maire de Marseille, Bernex,  le 22 décembre 1866, ce qui l’engageait à acheter une partie (limitée) de terrain privé pour la rue et la place à créer à l’Est, devant la nouvelle porte, en régularisant la limite de la zone de fortification du fort St Nicolas. On note sur le plan du projet que le bastionnet en place à l’angle sud-ouest du mur de clôture crénelé, est beaucoup plus large qu’il n’apparaissait sur le plan du projet pour 1864-1865.

Dans les faits, le projet de 1867-1868, ajourné en principe en attente de la vente de la caserne de la corderie, sera définitivement abandonné, en maintenant la porte au sud.  La percée par la ville de la rue projetée au nord en rognant le socle sud du fort ne sera pas réalisée, seule la rue Est, dite Saint-Maurice, étant aménagée, mais sur une largeur ordinaire. L’écurie, pour 16 chevaux, sera construite vers 1870, non à l’emplacement proposé, mais à l’intérieur du bastionnet sud-ouest, adossée à sa face ouest, et complétée d’un petit magasin à fourrages.

Le dernier projet général documenté en archives comportant un article pour cette caserne est celui  de 1873-1874, rédigé par le lieutenant colonel Marchand, commandant du génie, et par le capitaine Bailly-Maître6. Il y est mentionné que  La caserne St Victor n’est construite qu’à moitié et celle de l’artillerie a besoin d’être complétée. La garnison de Marseille a été momentanément renforcée par une brigade active. On est obligé d’occuper l’ancienne et la nouvelle préfecture et de mettre des troupes dans deux vieilles casernes appartenant à la ville  dans les quartiers de la ville les plus défavorables (…) la meilleure solution consisterait dans le prompt achèvement du quartier St Victor . Pour autant, les articles d’ouvrage  ne proposaient en rien l’achèvement selon les principes des projets antérieurs, mais seulement la reconstruction du lavoir et la construction de lavabos contigus, adossés à la moitié nord du mur de clôture ouest, derrière le bâtiment a (dont la capacité d’accueil était alors évaluée à 1020 hommes), au nord du bâtiment de la cuisine f. On note qu’à cette date, tous les bâtiments accessoires étaient disposés au revers du côté ouest du mur de clôture,  excepté le bâtiment ou pavillon du corps de garde c, existant depuis 1864 sur le mur sud à gauche de la grille d’entrée.

Le bâtiment projeté depuis 1861 à droite de la grille en symétrie du bâtiment c, n’était pas réalisé en 1874. Il le sera plusieurs années plus tard, à une date non documentée faute d’archives7, mais que l’on peut situer entre 1891 et 1894, à en juger par la comparaison des deux éditions, à ces dates respectives du Nouveau plan de la ville de Marseille établi et gravé par Henri Leleu et P. Laffitte. Sur la première, les bâtiments de la caserne St Victor  se limitent à ceux en place en 1874, et sur la seconde, en 1894, le bâtiment à droite de l’entrée est en place, de même qu’un autre bâtiment plus important, un peu plus à l’est et plus engagé dans la cour, adossé au mur de cloture Est sur la rue Saint-Maurice. L’état final de ce mur de clôture Est était contemporain pour l’essentiel de cette campagne de construction de 1892 environ, excepté le bastionnet sud-est.  On note sur le plan de 1894 l’appellation nouvelle « caserne d'Aurelle » attribuée en référence au général de division d’infanterie Louis d’Aurelle de Paladines (1824-1872). Les plus anciennes photographies éditées de la caserne, de peu postérieures à 1894, montrent ces nouveaux bâtiments, et notamment les deux encadrant la grille d’entrée, pourvus d’un étage complet, ce qui porte à conclure que cet étage avait été ajouté au bâtiment c de 1863 qui n’était qu’en simple rez-de-chaussée, soit avant, soit lors de la construction de son pendant vers 1892, lui-même conçu et réalisé avec ces deux niveaux.

Marseille. Caserne d'Aurelle de Paladines. [Vue d'ensemble de la caserne d'Aurelle, cour et bâtiments, prise de l'Est], c. 1900.Marseille. Caserne d'Aurelle de Paladines. [Vue d'ensemble de la caserne d'Aurelle, cour et bâtiments, prise de l'Est], c. 1900.Marseille. La caserne St Victor. [Vue de l'entrée de la caserne d'Aurelle grille et pavillons], c. 1900.Marseille. La caserne St Victor. [Vue de l'entrée de la caserne d'Aurelle grille et pavillons], c. 1900.

Désaffectée dans son usage initial à la fin des années 1990, la caserne Saint Victor a été acquise de l’Etat en 2009 par la ville de Marseille  pour y mettre en œuvre un  programme de réutilisation pour y installer le collège Gaston Deferre demandé par le Conseil Général, en partie à construire à neuf dans la cour, programme complété à l’initiative de la ville par la construction d’immeubles d’habitation privée sur le côté Est du périmètre, soit sur la rue Saint-Maurice. Ce programme a entrainé, en janvier 2022, la démolition du mur de clôture ouest, y compris le bastionnet sud-est, et du bâtiment sud-ouest construit vers 1892, remplacés par les immeubles d’habitation.

II- Description

Dans l’état actuel, l’ensemble architectural conservé de la caserne se compose du bâtiment principal (a), en bon état sanitaire, des côtés ouest et sud du mur de clôture crénelé, avec les bastionnets sud-ouest et nord-ouest, et des deux bâtiments encadrant la grille d’entrée, au centre du mur sud. Les bâtiments annexes qui étaient adossés au mur de clôture ouest, à l’arrière du bâtiment principal a, ont complètement disparu, détruits en 1969 pour aménager un parking. Le mur de clôture Est, a cédé place en 2022 à la série d’immeubles d’habitation actuels donnant sur la rue Saint-Maurice.

            Le bâtiment principal, de grand axe Nord-Sud, n’est distant que de quelques mètres, à son extrémité nord, de l’escarpement rocheux portant le front sud du haut fort Saint Nicolas. 

Bâtiment principal vu du Nord-Ouest.Bâtiment principal vu du Nord-Ouest.

Les dimensions hors œuvre en plan de ce bâtiment, 83m de long sur 20m de large, sont à peu près conformes à celles prévues au projet de 1859-1860, mais les deux pavillons d’extrémités ont une saillie sur les deux grandes façades, qui porte leur largeur propre à 21m, pour une profondeur (Nord-Sud) de 15m. En élévation, les quatre angles des pavillons sont soulignés d’une chaîne verticale en pierre de taille blanche à bossages plats (joints refendus) non harpée, qui tranche sur le parement ordinaire revêtu d’un enduit couvrant ocre. La partie centrale des deux grandes façades, accueillant trois des quinze travées de fenêtres, est aussi en saillie, mais très faible (c. 0,15m) et encadrée de chaînes semblables, en sorte que les deux façades sont divisées en cinq segments de chacun trois travées de fenêtres, ce qui crée une animation et une symétrie de composition, peu hiérarchisées,  qui n’existaient pas dans le projet dessiné.

Bâtiment principal vu du Sud-Ouest.Bâtiment principal vu du Sud-Ouest.

Les petits côtés du bâtiment, au nord et au sud, autrement dit le grand côté des pavillons, est également percé de trois travées de baies. Le segment central des deux grandes façades est trop peu affirmé pour être qualifié d’avant-corps. A peine saillant, il ne comporte pas de fronton, mais il se distingue par le traitement de ses trois fenêtres du premier étage, sur les deux façades, dont le chambranle rectangulaire de pierre de taille mouluré –identique à celui des autres fenêtres- est surmonté d’un entablement à corniche saillante. La porte principale du bâtiment, au centre de la façade sur cour, au rez-de-chaussée de ce segment médian, est également surmontée d’un entablement analogue, dont la corniche est soutenue de deux consoles. Ce traitement ornemental particulier est reproduit au-dessus de la porte sud du bâtiment, au rez-de-chaussée de la travée centrale du pavillon sud. Le soubassement est en pierre de taille dure sur trois assises apparentes, et percé de soupiraux discrets au ras du sol extérieur, sous les travées de fenêtres des deux tiers sud des grandes façades, correspondant aux caves et aux citernes voûtées existant en soubassement sous huit des quinze travées.

La transition des étages est soulignée d’un bandeau horizontal continu, formant l’appui des fenêtres, et l’arase des murs couronné d’une corniche également continue. Au-dessus, l’étage de comble est pourvu d’une lucarne en pierre de taille saillant sur le brisis à chaque travée de fenêtre, sur les quatre côtés. D’un modèle classique à couvrement cintré segmentaire « en chapeau de gendarme », analogues à celles de la caserne Saint-Charles, ces lucarnes sont plus grandes que celles dessinées dans le projet de 1859, qui étaient prévues en zinguerie. Le terrasson est couvert en tuiles-canal et le brisis en zinc à tasseaux.  Le toit des pavillons, en continuité de niveau de celui du reste du bâtiment, ne s’en distingue que par la présence d’arêtiers liés à la saillie en façade des pavillons.

L’organisation intérieure8 comportait à  chaque niveau, dans le corps médian, hors pavillons, six travées de chambrées décloisonnées de 6,25m sur 17,90m, desservies par trois travées d'escaliers intermédiaires larges de 3,50m, une centrale, les deux latérales faisant suite à deux travées de chambre et précédant une travée contigüe aux pavillons. Les murs de refend entre chaque travée sont percés d’une porte centrale assurant une communication continue longitudinale. Les travées d’escalier incluaient dans leur tiers postérieur, aux différents niveaux, une chambre de sous-officier. L’intérieur des pavillons, beaucoup plus cloisonné, est recoupé en deux moitiés égales de chacune trois travées entre murs de refend par un couloir longitudinal axial entre murs, prolongeant la circulation qui traverse les chambrées. La travée intérieure attenante aux chambrées, plus large entre murs que les deux suivantes, était dévolue au logement de 18 hommes à chaque niveau, 9 de chaque côté du couloir, les deux travées extérieurs, compartimentées en quatre par le couloir, étaient dévolues pour trois d’entre elle à des chambres de sous-officiers, la quatrième, à un angle extérieur du pavillon, accueillant une cage d’escalier.

            Les deux bâtiments sur cour encadrant la grille d’entrée de la caserne, adossés au mur de clôture sud donnant sur l’avenue de la Corse (ex boulevard de la corderie, ex rue Saint Victor), sont semblables, bien que non contemporains.

Les deux bâtiments encadrant la grille d'entrée, vus de la cour.Les deux bâtiments encadrant la grille d'entrée, vus de la cour.

Ils comportent sept travées de baies sur leurs grands côtés, trois sur les petits côtés portes ou fenêtres ou couvertes  d’un arc plein cintre mouluré au rez-de-chaussée, fenêtres (ou fausses fenêtres) rectangulaires à chambranle plat à l’étage.

Grille d'entrée de la caserne et petit côté du bâtiment d'entrée Est.Grille d'entrée de la caserne et petit côté du bâtiment d'entrée Est.

Leur fonction initiale a été précisée dans l’historique ci-dessus ; les trois baies du rez-de-chaussée du bâtiment ouest regardant l’entrée étaient des portes ouvertes desservant le vestibule du corps de garde. Ce bâtiment (à droite, vu de la cour), construit en 1863 se limitait à l’origine, on l’a vu, à son rez-de-chaussée recoupé en quatre pièces inégales par trois murs de refend. Côté cour, cette différence initiale entre les deux bâtiments est imperceptible, mais, côté rue, la surélévation est parfaitement visible : le rez-de-chaussée de cette façade se confond avec l’élévation du mur de clôture, parementé en appareil régulier de petits moellons équarris, qui se termine par une corniche qui supportait l’égout du toit du premier état du bâtiment. 

Segment ouest du mur de clôture crénelé sud formant façade extérieure du bâtiment d'entrée ouest.Segment ouest du mur de clôture crénelé sud formant façade extérieure du bâtiment d'entrée ouest.

Au-dessus de cette corniche, le mur de l’étage, entièrement revêtu d’un enduit couvrant, a été construit en surélévation après suppression du toit de l’état primitif en simple rez-de-chaussée. Les baies de cette partie du mur de clôture formant façade postérieure du bâtiment ont été en partie modifiées : dans l’état initial chaque travée était percée d’un créneau surmonté d’une fenêtre de jour cintrée demi-circulaire. Trois de ces baies sont inchangées, les quatre autres ont été transformées en fenêtres complètes par abaissement de l’appui jusqu’au niveau de celui du créneau, supprimé. Au-delà de l’emprise du bâtiment, le mur de clôture, percé de simple créneaux se retourne pour former le flanc gauche du bastionnet sud-ouest, percé de deux créneaux qui flanquaient l’entrée de la caserne dans une logique de défense rapprochée par la fusillade. La hauteur du mur de clôture, arasée à l’horizontale, s’accroissait vers l’ouest du fait de la déclivité du sol de l’avenue d’est en ouest ; de ce fait, les faces du bastionnet atteignaient une hauteur de 4m et plus autour de l’angle sud-ouest. Elles sont aujourd’hui rabaissées du fait d’un dérasement réalisé à une date inconnue du XXe siècle, excepté un court segment de la face gauche, regardant l’avenue, directement attenant au flanc gauche. Ce segment  resté sur toute sa hauteur présente la particularité d’accueillir une grande porte aujourd’hui condamnée par murage, de facture soignée : l’encadrement de l’arcade d’entrée, couverte d’un arc plein-cintre à claveaux à crossettes, est entièrement en pierre de taille de moyen appareil tranchant sur le parement ordinaire du mur, et surmonté d’un entablement dont la corniche saillante présente un corps de moulures complexe. Cette porte qui ne figure sur aucun plan, de projet ou d’état des lieux postérieurs à la construction des murs sud et ouest et du bastionnet, n’en est pas moins contemporaine de cette construction. Implantée en vis-à-vis de la porte sud du bâtiment principal, elle procurait une issue secondaire mais directe à ce bâtiment sur le boulevard de la corderie, sans devoir passer par la grille d’entrée principale.

            Cette grille d’entrée est conservée dans son état d’origine. Les deux piliers de fonte encadrant la partie centrale ouvrante à deux vantaux et faisant transition avec les deux parties latérales fixe de la grille se distinguent par leur forme cylindrique fasciculée simulant un faisceau de lances; ce type de pilier en faisceau faisait partie des productions de fonderies françaises à la fin du XIXe siècle et figurait dans certains catalogues de vente.

Détail de la grille d'entrée, pilier de fonte en fasce de lances.Détail de la grille d'entrée, pilier de fonte en fasce de lances.

1SHD Vincennes, 1VH 10872SHD Vincennes, 1VH 10883Avis mentionné avec mention de croquis points dans le mémoire sur les projets de 1860-1861 mais non conservé dans les archives du génie, série 1VH4SHD Vincennes, 1VH 10895SHD Vincennes, 1VH 10906SHD Vincennes, 1VH10917Les fonds de la série 1VH au SHD de Vincennes s’arrêtent en 1875. Les archives des travaux postérieurs ne sont pas localisées.8L’intérieur des bâtiments n’a pu être visité, nous le décrivons dans sa forme première, hors remaniements postérieurs, d’après plan et, pour le bâtiment a, d’après un descriptif sommaire de 1874 : M. Grillon (capitaine du génie) étude sur le casernement de l’infanterie en France, dans : Mémorial de l'officier du genie: ou, Recueil de memoires (…)propres a perfectionner la fortification et les bâtiments militaires , rédigé par les soins du comité des fortifications,  n° 23, Paris Gauthier-Villars, 1874, p. 105.

En mai 1856, une lettre ministérielle prescrivait au chef du génie de Marseille Boubée de Lespin,  de présenter un devis pour construire sur le terrain de l'artillerie –initialement destiné à un nouvel arsenal- sous le fort St Nicolas, une caserne d’infanterie de deux à trois bataillons. Cette demande répondait à un double objectif : compenser la démolition annoncée de la caserne du Lazaret, propriété de la ville de Marseille mise à disposition de l’armée, et améliorer, en les normalisant, les bâtiments militaires de Marseille affectés au  casernement des différents corps d’armée au service de la place, autant que possible en bien propre de l’etat.

Cette nouvelle caserne Saint Victor fit l’objet de trois projets successifs entre 1856 et 1859, revus à la baisse. Le premier, pour trois bataillons (2700 hommes), comportait autour d’une cour carrée trois bâtiments de casernement, le principal en fond de cour adossé au socle rocheux du haut fort St Nicolas, complétés d’un bâtiment de dépôt. Le troisième projet, pour deux bataillons d’infanterie (1530 hommes), adopté pour réalisation en 1859-1860, se composait de deux bâtiments principaux identiques, encadrant la cour dont l’entrée s’ouvrait au sud sur la rue Saint-Victor (actuelle avenue de la Corse) à l’opposé du fort. Ce projet comportait un mur de clôture crénelé à bastionnets aux angles et divers petits bâtiments accessoires dont deux encadrant la grille d’entrée.

La réalisation se limita  au bâtiment ouest, à gauche de la cour, avec une ordonnance architecturale retouchée par le nouveau chef du génie Guillemaut pour donner aux façades un aspect plus composé, avec pavillons d’extrémités. La réalisation contemporaine de la caserne Saint Charles, plus prestigieuse, contribua à empêcher l’achèvement de la caserne Saint Victor. Reporté d’année en année sur les exercices ultérieurs, le second bâtiment symétrique ne fut jamais construit, et les annexes limitées au minimum, à l’arrière du bâtiment existant. Les côtés ouest et sud du mur de clôture crénelé et le bâtiment à gauche de la grille d’entrée, abritant notamment le corps de garde, furent construits en 1863. En 1867, un nouveau projet d’achèvement abandonnant définitivement la construction du second bâtiment de casernement, jugé inutile, pour proposer une nouvelle organisation avec entrée principale de la caserne reportée à l’ouest, sur la nouvelle rue St Maurice, ne fut pas suivi d’effet. Le second bâtiment d’entrée sud, à droite de la grille ne fut construit en pendant du premier que vers 1892, en même temps que l’achèvement du mur de clôture à l’ouest. La caserne prit alors le nom du général d’Aurelle de Paladines.

Le mur de clôture ouest a été démoli en janvier 2022 pour faire place à des immeubles d’habitation, la caserne désaffectée étant réhabilitée pour accueillir un collège.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1860, daté par source
  • Auteur(s)

Le bâtiment principal de la caserne, de grand axe nord-sud, long de 83m élevé de deux étages complets sur rez-de-chaussée et d’un étage sous comble à brisis (en zinc) et terrasson (en tuiles creuses), est terminé par deux pavillons en faible saillie sur les deux grandes façades. Celles-ci comportent 15 travées régulières de fenêtre, dont 3 pour chaque pavillon, ces fenêtres éclairant à l’intérieur 6 travées de chambrées transversales alternant avec trois travées d’escalier, et, dans les pavillons, 6 travées des chambres compartimentées recoupées par un couloir axial. Les petits côtés sud et nord comptent trois travées de fenêtres, et toutes les travées sont surmontées de lucarnes de pierre dans le brisis du toit. Les murs extérieurs sont revêtus d’un enduit couvrant, avec chaînes verticale en pierre de taille blanche à bossages plats aux angles des pavillons et autour des trois travées centrales des grandes  façades.

L’ordonnance générale est très sobre, sans décor, un entablement à corniche distinguant seulement des fenêtres du 1er étage des 3 travées médianes des grandes façades et les portes ouest et sud, du bâtiment, centrées.

Les deux bâtiments sur cour encadrant la grille d’entrée de la caserne, adossés au mur de clôture sud donnant sur l’avenue de la Corse, sont semblables, bien que non contemporains. Ils comportent sept travées de baies sur leurs grands côtés, trois sur les petits côtés et deux niveaux. Le bâtiment ouest construit en 1863 se limitait à l’origine à son rez-de-chaussée directement couvert d’un toit. Sa façade extérieure se confond avec l’élévation du mur de clôture crénelé, parementé en appareil régulier de petits moellons équarris.  Au-dessus, le mur de l’étage a été construit en surélévation. Les créneaux de cette partie du mur de clôture formant façade postérieure du bâtiment, sont surmontés d’un jour cintré demi-circulaire, quatre sur sept ont été transformées en fenêtres complètes. Au-delà de l’emprise du bâtiment, à l’ouest le mur de clôture, percé de simple créneaux se retourne pour former le flanc gauche du bastionnet sud-ouest. La face gauche (sud) de ce bastionnet, en partie dérasée, conserve une porte murée à encadrement en pierre de taille qui procurait une issue secondaire mais directe  hors clôture à la porte sud du bâtiment principal, sans devoir passer par la grille d’entrée principale. Les deux piliers de fonte encadrant la partie centrale de cette grille, ouvrante à deux vantaux, se distinguent par leur forme cylindrique fasciculée simulant un faisceau de lances.

 

  • Toits
    tuile creuse, zinc en couverture
  • Plans
    plan régulier en U
  • Étages
    2 étages carrés
  • Couvrements
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : en charpente
  • Typologies
  • État de conservation
    restauré
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
    propriété d'un établissement public départemental, affectée par la ville de Marseille au conseil départemental pour le collège Gaston Deferre
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1857-1858 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, décembre 1856. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1087.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets pour 1859-1860 par Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes 1VH 1088.

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1860-1861, par Charles Alexandre Guillemaut, 12 février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1088

  • Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne pour 3 bataillons et un Etat Major]. / Dessin aquarellé, par Alphonse Boubée de Lespin, 8 mars 1857. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1087

  • Place de Marseille. [Plans pour] Construire une caserne d'infanterie pour 2 bataillons]. / Dessin aquarellé, par Alphonse Boubée de Lespin, 14 mars 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088

  • Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons]. / Dessin aquarellé, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089

  • Place de Marseille. [Plans pour] Achever la caserne St Victor pour 2 bataillons]. / Dessin aquarellé, par Charles Alexandre Guillemaut, 20 janvier 1863. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089

  • Rectification des limites des zones des fortifications des forts St Nicolas et St Jean. [Plan des abords du fort St Nicolas et d'un projet d'achèvement la caserne St Victor]. / Dessin aquarellé, par Alfred-Jules Maritz, 22 janvier 1867. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1090

  • Marseille. Caserne d'Aurelle de Paladines. [Vue d'ensemble de la caserne d'Aurelle, cour et bâtiments, prise de l'Est]. / Carte postale c. 1900.

  • Marseille. La caserne St Victor. [Vue de l'entrée de la caserne d'Aurelle grille et pavillons]. / Carte postale colorisée, c. 1900 .

  • GRILLON Victor. Etude sur le casernement de l’infanterie en France. Dans : Mémorial de l'officier du génie ou, Recueil de mémoires (…) propres à perfectionner la fortification et les bâtiments militaires , rédigé par les soins du comité des fortifications,  n° 23. Paris : Gauthier-Villars, 1874.

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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