Dossier d’œuvre architecture IA13006219 | Réalisé par
Corvisier Christian (Rédacteur)
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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  • enquête thématique régionale, architecture militaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur
Caserne Saint-Charles ou du Muy
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Commune Marseille 3e arrondissement
  • Adresse 21 rue Bugeaud
  • Cadastre 2026 H 54
  • Dénominations
    caserne
  • Appellations
    caserne Saint-Charles, caserne du Muy
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

I- Historique, topographie et typologie générale

Le contexte particulier de la construction de la caserne Saint-Charles, un peu postérieur à celui du premier projet de caserne nouvelle du XIXe siècle à Marseille -la caserne Saint-Victor -, est résumé dans un mémoire monographique publié peu après son achèvement et sa mise en fonction1 : « Les grands travaux entrepris ou projetés à Marseille, pour l'agrandissement du port et l'embellissement de la ville, nécessitant la réorganisation, sur de nouveaux emplacements, de la plupart des établissements militaires, qui étaient généralement d'ailleurs d'anciennes constructions mal appropriées à leur destination, des conférences furent ouvertes dans le courant de 1858, entre les services intéressés du département de la guerre et la ville, dans le but d'aviser aux voies et moyens de reconstruire ceux de ces établissements qui devaient disparaître. C'est à la suite de ces conférences qu'intervint entre la ville et l'État un traité portant la date du 10 octobre 1859, aux termes duquel l'État renonçait à l'usufruit de la caserne des Incurables, dont la nue propriété appartenait à la ville, et faisait abandon à celle-ci de divers immeubles affectés au service militaire, dont la valeur était évaluée à environ 3.140.000 fr2. La ville était en outre exonérée du paiement d'une somme de 35.000 fr. qu'elle dépensait annuellement pour assurer le casernement des troupes ; mais elle s'engageait à mettre à la disposition du département de la guerre un crédit de 4.644.950 fr. pour la construction d'une caserne d'infanterie de 2400 hommes, d'une caserne de cavalerie pour deux escadrons, d'une caserne pour deux batteries d'artillerie, d'un établissement du campement, et enfin pour la réorganisation de l'arsenal d'artillerie. Sans intervenir dans la question des dispositions à adopter pour ces établissements, elle stipula néanmoins que la nouvelle caserne d'infanterie aurait un aspect monumental, afin qu'elle contribuât à l'embellissement de la ville ».

Le projet de construction de la caserne d’infanterie pour 2400 hommes, estimé à 1.820.000fr, faisait l’objet du premier article des bâtiments militaires, prioritaire sur les autres, dans un mémoire spécifique sur les projets de 1860-1861-18623, concernant l’aménagement du quartier Saint-Charles, comportant outre cette caserne le nouvel arsenal d’artillerie, une caserne d’artillerie pour 175 hommes et 62 chevaux, un magasin d’habillement et de campement, et, dans un second temps, une manutention. L’emplacement avait été défini dans un procès verbal de conférences du 20 aout 1858, incluant le service de la voirie représenté par l’architecte de la ville, et approuvé par les comités de l’artillerie et des fortifications. L’arsenal occupait l’emplacement qui le mettait le mieux en rapport avec la gare de chemin de fer. Les travaux objet du traité de1859 devaient être réalisés en trois ans, le financement de la caserne d’infanterie monumentale de Saint Charles étant proposé de 300.000francs  pour 1860, 770.000 pour 1861 et 750.000 pour 1862.

Le projet fut élaboré par le chef de bataillon du génie Charles-Alexandre Guillemaut, officier de la Légion d’honneur, qui avait prit ses fonctions de chef du génie de Marseille en mars 1859, succédant à Alphonse-Louis-Bernard Boubée de Lespin, et rendit son mémoire apostillé le 8 novembre, quelques jours avant d’être promu au grade de lieutenant-colonel le 19 novembre. La caserne Saint-Charles fut l’œuvre majeure de Charles-Alexandre Guillemaut dans l’exercice de ses fonctions au génie de Marseille, avant sa promotion comme directeur des fortifications pour Toulon et Marseille fin 1863. A cet égard, il est intéressant de citer les termes laudatifs sur cette caserne monumentale, employés dans un guide touristique de Marseille publié en 1867 : « la caserne Saint - Charles est sans contredit le plus beau monument de ce genre qui existe en France. Bâtie sur le modèle de la caserne Napoléon à Paris, elle l'emporte sur celle - ci par son air de grandeur et de simplicité. »4 La référence à la caserne Napoléon construite entre 1852 et 1854 près de l’hôtel de Ville de Paris, médiocrement justifiée en termes d’analogie architecturale, s’explique par le fait que son maître d’œuvre était Charles-Alexandre Guillemaut5. La construction de cette caserne parisienne, aux frais de l’Etat mais sur un terrain cédé gratuitement par la ville de Paris, avait été décrétée par Louis-Napoléon Bonaparte. Le projet de la caserne Saint-Charles ayant vu le jour, six ans plus tard, dans le cadre d’un traité entre l’Etat et la ville de Marseille, à l’époque précise ou l’Empereur Napoléon III faisait construire le palais impérial du Pharo, il est possible que la prise de fonction de Guillemaut à la chefferie du génie de Marseille ait été liée à cette intention d’y créer une caserne monumentale d’une architecture plus ambitieuse que celle de la caserne Saint Victor, à hauteur de celle des casernes parisiennes.

Le mémoire rédigé et chiffré de Guillemaut du 8 novembre 1859 expose les principales caractéristiques de son projet pour la caserne Saint-Charles, mais n’est pas explicite sur le fait que l’édifice se compose d’un bâtiment principal en fond de cour –qui est seul décrit- et de deux ailes symétriques en retour d’équerre, avec  cinq pavillons en tout : « …placée sur un point culminant (elle) présente sur les 4 côtés de belles façades…. Sur les deux grandes façades (du bâtiment principal), il y aura 3 pavillons, deux aux angles et un au centre  qui devant avoir plus de valeur sera plus élevé que les deux autres. Le projet de façade a reçu l’approbation du maire de la ville. L’entraxe des croisées des divers corps de bâtiments est de 4,53m ce qui est très favorable à la décoration ; les chambres ont alternativement une et deux croisées, ce qui est un inconvénient car lorsqu’il y a deux croisées dans une chambre elles sont trop rapprochées des murs de refend ; mais le nombre des chambres a deux croisées et destinées à la troupe est très restreint, elles sont presque toutes utilisées pour les escaliers et leurs accessoires. L’entraxe des croisées des pavillons est de 5,50m, mais les trumeaux…plus grands que ceux des parties intermédiaires…. Sont divisées par des chaînes qui forment pilastres et contribuent à la décoration. Le rez-de-chaussée est orné de refends et les fenêtres sont circulaires (cintrées) ce qui donne à la façade un caractère monumental et plus de solidité.

Le rez-de-chaussée du bâtiment est réservé pour les accessoires, un bataillon complet occupe chaque étage. Les chambres de la même compagnie sont réunies entre deux escaliers… Les sous-officiers occupent les petites chambres des paliers. Les mansardes élevées et plafonnées forment des chambres aussi belles et bonnes que celles des étages…chaque chambre ordinaire contient 24 hommes. Hauteur sous plafond 4,50m environ, un peu forte mais nécessaire pour le midi de la France et presqu’indispensable pour donner aux façades une élévation convenable. Le socle du rez-de-chaussée sera tout entier en pierre dure, et les façades en pierres de taille tendres…poutres en sapin suivant l’usage du pays espacées de 1,20m au dessus madriers plafonnés au-dessous en anse de panier, aire en plâtre et bon carrelage

            Les deux pavillons d’entrée (b-c)sont destinés au concierge, au corps de garde, à la salle de rapport, à un adjudant major, un médecin et un garde du génie indispensable pour un casernement aussi considérable. Les cuisines (d-e) et latrines (f-g-h) placées en dehors du bâtiment principal (à l’arrière). Il y a trois latrines. Les magasins aux munitions (i et hangar pour confection des cartouches j) seront placés dans le triangle nord d’une grande parcelle de terrain qu’on sera obligés d’acheter en entier. »

La capacité exacte annoncée de la caserne était de  2368 hommes et 8 chevaux d’officiers supérieurs. L’écurie était logée dans le bâtiment de la cuisine du 3e bataillon, coté e.

            Les plans du projet, datés du 8 novembre, signés du capitaine Chaplain, sous la direction de Guillemaut, montrent que l’intérieur des cinq pavillons était prévu décloisonné aux étages avec 4 minces piliers isolés en fonte délestant la portée des poutres ; au RC, du fait de leurs usages accessoires divers, de magasins d’habillement, armurerie, chambres de blessés, prisons et salles de police, ces pavillons sont cloisonnés sauf  le pavillon central, destiné à ce niveau au « grand vestibule et salle d’armes ». Il y a quatre travées d’escalier dans les corps intermédiaires du bâtiment principal, associées aux chambres de sous-officiers aux étages, deux travées d’escalier dans chacune des deux ailes, 16 chambres pour la troupe par étage. L’école est intégrée au casernement du  1er bataillon au 1er étage.

[Place de Marseille. Plans pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles], 1859.[Place de Marseille. Plans pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles], 1859.

            Le dessin en élévation de la façade postérieure montre que le pavillon central était prévu avec un étage carré en pierre au 4e niveau -soit au niveau du 3e étage mansardé du reste de la caserne- amorti d’un grand fronton sculpté en moyen relief de trophées inscrivant une horloge au centre, et sur les rampants du fronton, deux lourds trophées d’armes en ronde bosse sur socle. Aucun toit n’était apparent derrière le fronton.

[Place de Marseille. Elévation de façade pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles], 1859.[Place de Marseille. Elévation de façade pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles], 1859.

Cette partie haute du pavillon central évoque nettement (horloge exceptée) celle de la caserne Napoléon à Paris, laquelle cependant n’est pas traitée en étage de surcroit. Les toits des autres pavillons étaient prévus à la même hauteur que ceux du bâtiment principal, avec la même forme à brisis revêtu d’ardoises et terrasson couvert en tuiles, avec lucarnes de toit en pierre à chaque travée sur le brisis. L’animation ordonnancée  distinguant des façades des pavillons était, sur le projet dessiné, limité à des chaînes formant pilastres à bossages d’ordre colossal pour les deux étages, le troisième étage du pavillon central reprenant les mêmes pilastres. Le rez-de-chaussée  appareillé à refends avec baies cintrées du projet évoque aussi la caserne Napoléon de Paris. Le plan masse général montre que la terrasse relativement étroite sur mur de soutènement surplombant une rue projetée, et définissant le côté nord de la clôture bordant la façade postérieure de la caserne, devait porter les deux bâtiments accessoires en simple rez-de-chaussée des cuisines et écuries, et être recoupée d’un grand escalier droit dans l’axe du pavillon central, descendant dans la rue, qui devait desservir deux autres aménagements projetés du quartier Saint-Charles (caserne d’artillerie et magasin de campement, manutention).

            Le projet dessiné des deux  pavillons symétrique d’entrée (b-c) de la cour, encadrent la grille classiquement placée dans l’axe du pavillon central de la caserne, les figure en simple rez-de-chaussée, avec parements à refends et baise cintrées, mais couverts d’un comble logeable à brisis et terrasson et lucarnes, selon le principe des toits des pavillons de la caserne.

[Place de Marseille. Plans pour construire la caserne St Charles], 1859.[Place de Marseille. Plans pour construire la caserne St Charles], 1859.

Dans ses apostilles au projet datées du 24 novembre 1859, le colonel Gabriel Bichot, directeur des fortifications de Toulon et Marseille, approuvait le principe des trois sections du programme annoncé : nivelement du terrain de la caserne et construction des murs de clôture pour 200.000francs, construction du bâtiment principal de la caserne St Charles pour 1.500.000francs, construction des pavillons d’entrée, cuisines, écuries, latrines et magasins aux munitions : 120.000fr. Il commentait favorablement le principe de l’entrée au sud se reliant facilement avec le point d’intersection du boulevard national et de la rue Guibal, point de jonction des établissements St Charles avec la ville, et le projet du bâtiment principal : combinaison d’un long bâtiment flanqué de 2 autres en aile vers le sud ferme la cour au mistral et se prête bien à une convenable ornementation. L’ensemble est parfaitement dégagé et les 3 façades extérieures verront se développer un vaste et bel horizon . S’agissant des pavillons d’entrée, il formulait une réserve contraignante :  « Le directeur est d’avis qu’il ne faut pas, sous prétexte de mettre les façades des pavillons en harmonie avec celle du bâtiment principal, donner la forme de mansardes à l’étage de ces pavillons. L’effet serait lourd et disgracieux… Il faudrait élever l’étage dans les conditions ordinaires, recouvrir d’une toiture à faible pente qui serait dissimulée par un mur d’attique couronnant la corniche. Proposé pour 1862. »

            Le mémoire sur les projets de 1861-18626 du lieutenant colonel Guillemaut, daté du 10 février 1861, donne quelques précisions sur la première tranche de travaux réalisée en 1860 :  Le terrain est en partie nivelé, les fondations du bâtiment principal sont faites et les murs ne tarderont pas à être élevés à hauteur du 1er étage. Les caves ont été organisées dans le pavillon ouest ; les travaux de ce bâtiment ont coûté 100.000fr sur l’exercice 1860.

Guillemaut  mentionne implicitement une évolution du projet notamment pour les façades de ce bâtiment :  La caserne St Charles est en cours d’exécution, conformément aux croquis 1, 2 et 3 annexés à l’avis du comité des fortifications du 16 mai 1860 et du dessin des façades joint à la dépêche ministérielle du 10 janvier 1861.  Le dessin mentionnés approuvés par le ministre de la guerre ne sont pas joints, et le chef du génie ne précise pas s’il en est l’auteur, ou s’il a intégré des corrections dessinées d’une autre main. La seule précision donnée par le chef du génie sur l’évolution d’aspect du projet est d’ordre économique : la caserne d’infanterie, par suite des améliorations adoptées pour les façades…coutera plutôt 1.990.000fr que 1.850 .000fr . L’apostille au projet rédigée le 23février 1861 par le colonel Le Brettevillois,  nouveau directeur des fortifications, n’en dit guère davantage : « Le comité a augmenté en 1860 l’ornementation du projet primitif du chef du génie, et le ministre, trouvant le projet du comité trop simple, a adopté une façade plus monumentale ». Ces améliorations correspondent à l’état réalisé, avec principalement un changement complet d’ordonnance dans l’élévation des façades du pavillon central au dessus du rez-de-chaussée, avec, côté cour, un fronton en milieu de façade au niveau du troisième étage carré, portant sur des colonnes jumelées d’ordre colossal. Le principe des pilastres à bossage est abandonné pour  les façades de tous les pavillons, remplacés par des pilastres lisses, ceux de la façade postérieure du pavillon central étant jumelés au centre, sans fronton au-dessus.

L’achèvement de la caserne dans son ensemble est chiffré 1.790.000fr, dont 550.000 fr. demandés en 1861. L’achèvement du nivellement du le terrain et de la construction des murs de clôture, est estimé à 100.000fr, la même somme ayant déjà été accordée et dépensée en 1860 pour le ce poste des travaux dans toute la partie ouest. Le chef du génie précise que les murs de soutènement de cette partie au-dessus desquels il y a une belle terrasse formeront le premier socle de la caserne et le mur d’appui qui les surmontera sera tenu partout à la cote 43,30 m. La  construction des pavillons d’entrée, des cuisines, de l’infirmerie régimentaire, des latrines et des magasins aux munitions est estimée à 190.000fr. Le chef du génie a modifié son projet pour les pavillons isolés en se conformant aux indications contenues dans la délibération du comité du 18 mai 1860, ce qui est exprimé sur une nouvelle planche de dessins. L’aspect est qualifié de plus élégant, en simple rez-de-chaussée surmonté d’un attique masquant la couverture en zinc. Chacun aura un porche (à trois arcades) du côté de la porte principale de la caserne.

Une planche de plans de projet du 10 février 1861, montre que ces deux bâtiments sont prévus trois fois plus allongés que dans le projet initial, avec 9 travées de fenêtres en façades, cet agrandissement permettant d’y intégrer, en plus du logement du concierge et d’un garde du génie (pavillon b) et du corps de garde  de police et logement de l’adjudant major de semaine et médecin de service (pavillon c), les cuisines pour 2 bataillons avec cabinets des provisions et des locaux disciplinaires.

[Place de Marseille. Plans pour achever la caserne St Charles. Bâtiments accessoires], 1861.[Place de Marseille. Plans pour achever la caserne St Charles. Bâtiments accessoires], 1861.

L’élévation murale était aussi prévue très différente, avec parements lisses et fenêtres à chambranle rectangulaire, en référence à celle des étages du bâtiment principal de la caserne, et non plus du rez-de-chaussée à refends et baies cintrées. Le modèle d’élévation proposée pour ces deux bâtiments d’entrée  l’est également pour les autres bâtiments annexes de la caserne, dont l’emplacement projeté était reconsidéré, ce qu’exprime aussi le plan masse général du projet : Les cuisines du 3e bataillon sont intégrées dans le bâtiment e, au nord (à droite) et à l’arrière de la caserne, qui contient aussi l’écurie de 8 chevaux pour les gradés. Le mémoire précise à ce sujet : « On évitera ainsi de masquer les pignons de la caserne par les bâtiments des cuisines qui, construits suivant le croquis n°1 au-dessus des murs de clôture feraient peut-être mauvais effet ». Le pavillon des infirmiers (bâtiment d) avec salles des blessés et des convalescents mais aussi, aux extrémités, local de l’adjudant major avec salle de rapport et bureau du trésorier, est proposé désormais  en avant du milieu de l’aile est du bâtiment principal. Les latrines seront organisées aux angles de la cour… » Son élévation à 9 travées sur 3 est très semblable à celle des bâtiments d’entrée b et c.

[Place de Marseille. Plan d'ensemble pour achever la caserne St Charles], 1861.[Place de Marseille. Plan d'ensemble pour achever la caserne St Charles], 1861.

Le plan-masse d’ensemble du projet de 1861 montre que la longueur propre des deux ailes en retour d’équerre avait été réduite par rapport au projet de 1859 : leur saillie sur la façade sud de corps principal nord était passée de 60m à 52m. Ce plan-masse exprime les toits du bâtiment principal et de ses ailes, ce qui montre que les pavillons étaient dès lors tous prévus avec un toit indépendant plus haut que celui des travées intermédiaires, celui du pavillon central étant exprimé avec  un  belvédère carré. Cette indication semble montrer que le projet était désormais conforme à l’état réalisé, avec des combles à brisis surhaussé pour les quatre pavillons d’angle, et un dôme carré à belvédère sur le pavillon central. Ce surhaussement de la forme des combles des pavillons leur donnait un étage supplémentaire.

Dans son apostille au projet amendé, le directeur des fortifications, considérait que la dépense totale réévaluée à 1.990.000fr  n’avait rien d’exagéré…la caserne St Charles sera certainement plus belle et plus grandiose que les casernes du Château d’Eau et de l’Hôtel de Ville à Paris. Il demandait cependant l’ajournement de la construction des deux bâtiments d’entrée, dont la nouvelle forme proposée ne donnait sans doute pas satisfaction.

Daté du 30 aout 1862, l’état sommaire des projets pour 1863-18647, donne la liste des sept établissements militaires de casernement de la place de Marseille avec leur capacité de casernement prévue, les quatre premiers en projet ou en construction. Le second, soit le quartier d’Artillerie de St Charles, pour 2 batteries  300 hommes 100 chevaux, et le troisième : la caserne d’infanterie de St Charles, pour un régiment complet  2400 hommes 8 chevaux, sont ceux du nouveau quartier militaire Saint Charles. Le quatrième était la caserne d’infanterie Saint Victor pour 2000 hommes, et le premier le quartier de cavalerie de Mempenti, pour 2 escadrons , soit 300 hommes et  248 chevaux .

Le chef du génie demandait 390.000fr pour achever la caserne St Charles, en donnant quelques indications sur l’état d’avancement du chantier : Le nivellement des terrains est très avancé, les ¾ des murs de clôture sont faits, la corniche du bâtiment principal est en place, la maçonnerie et la charpente des mansardes de l’aile ouest sont achevées ; les bâtiments accessoires à l’exception de celui des cuisines et locaux de punition sont à moitié faits. A la fin de l’année (1862) le bâtiment principal et les bâtiments accessoires à l’exception peut-être de celui des cuisines, seront couverts. Tous les bâtiments seront entièrement terminés en juillet 1863.

L’achèvement du bâtiment principal, de loin le plus coûteux, représentait à lui seul encore une dépense de 320.000fr. Des adaptations au projet avaient été faites pour réduire à 50.000fr  les coûts sur les bâtiments accessoires restant à construire, soit le bâtiment des cuisines et des locaux de punition. Le bâtiment nord-est (e) du projet de février 1861 accueillait une des trois cuisines et l’écurie, les locaux de punition et les deux autres cuisines étant alors proposés dans l’un des deux bâtiments ou pavillons d’entrée allongés ;  l’infirmerie occupait le bâtiment Est, coté d, en simple rez de chaussée. En aout 1862, le principe de cette organisation avait fait l’objet de propositions alternatives et était largement modifié :  L’infirmerie régimentaire qui devait être placée dans le bâtiment des cuisines et  des locaux de punition (d) entrainait la surélévation du bâtiment d’un étage, d’où 40.000fr d’augmentation. Le chef du génie  propose de la reporter au 1er étage du pavillon sud-ouest de la caserne ; elle y sera dans une position analogue à celle présentée par le comité pour la caserne St Victor. La surélévation donnée aux pavillons d’angle et au dôme est  telle qu’on a été conduit à y établir un étage de plus ce qui permet d’augmenter au besoin de 300 hommes la contenance totale de la caserne (…) De plus le bâtiment des cuisines en simple rez-de-chaussée masquera moins les façades extérieures  du bâtiment principal, vues de très loin en arrivant à Marseille par le chemin de fer.

Dans ce projet pour 1863-1864, aucune section d’article d’ouvrage ni précision ne concerne les deux bâtiments ou pavillons encadrant la grille d’entrée, dont le directeur des fortifications avait demandé l’ajournement en février 1861. Entre-temps, le projet de ces deux bâtiments avait été modifié, ce dont ne reste pas trace dans les plans d’archives du génie, et leur construction avait été entreprise sur cette nouvelle forme en mars 1862, ce dont témoignent  les cahiers d’attachements de l’entrepreneur Antoine Gros ( ou Gres?) chargé des lots maçonnerie taille de pierre des travaux de la caserne.

[Élévations du porche d'un pavillon d'entrée de la caserne Saint Charles], 1863. [Élévations du porche d'un pavillon d'entrée de la caserne Saint Charles], 1863.

 Ils avaient été réalisés à peu près selon le plan primitif de 1859, soit sur un plan carré (justifiant l’appellation de pavillons) de 3 travées de baies, formant porche de 3 arcades sur les deux côtés regardant l’entrée, celui de droite (recoté d dans la nouvelle nomenclature) affecté au logement du concierge , celui de gauche (recoté e) au corps de garde. Leur élévation en simple rez-de-chaussée reste couverte d’un toit de zinc masqué d’un attique, comme décidé en 1860, mais avec des fenêtres cintrées. Le bâtiment des locaux disciplinaires (coté b)  à l’arrière de l’aile Est de la caserne, sur l’emprise exacte du bâtiment de l’infirmerie (coté d) du projet de 1860, fut construit en 1863, avec la même élévation à fenêtres cintrées et attique. Le bâtiment des cuisines et écuries (e recoté c) au nord-est du périmètre clos, adossé au mur de clôture, fut construit aussi en 1863, sur un niveau de soubassement avec caves déjà réalisé en 1862.

 Le mémoire sur les projets pour 1865-1866,  daté du 16 décembre 1864 par le lieutenant colonel Gras, chef du génie, ne comporte plus d’article d’ouvrage sur la caserne Saint Charles, entièrement achevée depuis plusieurs mois, excepté un projet de plantation de deux rangées de platanes ans la cour, au revers du front d’entrée, pour un coût assez élevé (3200fr) ces plantations nécessitant le creusement de  tranchées dans le roc.

            Le dernier projet documenté concernant la caserne L dite de St Charles  date de 1874 alors que le lieutenant colonel Marchand était commandant du génie8. Il s’agissait d’une simple retouche qualifiée d’amélioration, consistant à fermer par des portes (vantaux) les ouvertures nord du rez-de-chaussée  exposées à l’action du mistral , soit les 8 baies des cages d’escalier du bâtiment central, pour un coût de 1900fr , et à couvrir les deux lavoirs, pour 7000fr. Pour le reste, la caserne monumentale, objet d’admiration et de prestige tant pour l’Etat que pour la ville de Marseille, resta inchangée dans son état achevé de 1863-1864, comme le montrent les photographies éditées en carte postales dans les années 1900, Certaines de ces photographies montrent que le front d’entrée sud de la caserne, bordé d’une rue le séparant du terrain de l’arsenal, n’était clôt sur la rue que d’une grille sommaire régnant de part et d’autre des deux bâtiments d’entrée.

Marseille. La caserne St Charles. [Vue d'ensemble prise du Sud - Sud-Ouest], c. 1900.Marseille. La caserne St Charles. [Vue d'ensemble prise du Sud - Sud-Ouest], c. 1900.

A cette dernière époque, une nouvelle dénomination avait déjà été attribuée à la caserne (avant 1894) mais peinait à s’imposer dans l’usage. Cette appellation, caserne du Muy, fait référence, comme celles attribuées simultanément à la caserne Saint Victor (d’Aurelle) ou aux deux parties du fort Saint-Nicolas (d’Entrecasteaux, Ganteaume), à un général ayant eu un lien avec Marseille, en l’occurrence Jean-Baptiste de Félix du Muy (1751-1820), baron d’Empire.

            Un nouveau bâtiment militaire de 14 travées de baies en façade et deux niveaux fut construit dans la décennie 1910 sur le front d’entrée à l’est du bâtiment de droite (concierge) de l’entrée, son architecture s’inspirant de celle des bâtiments annexes de 1863.

            La caserne a été désaffectée de son usage militaire en 2012 et des travaux de réaménagement intérieurs ont été réalisés à la suite dans l’aile ouest pour une affectation au tribunal d’instance. Pour cette institution, un bâtiment provisoire a été construit dans le quart ouest de la cour en 2022.

II-Description

L’état actuel des élévations extérieures de la caserne du Muy ou Saint-Charles, entièrement et luxueusement parementées en pierre de taille de moyen appareil, est conservé dans l’état réalisé au XIXe siècle sans remaniements postérieurs, ce qui n’est pas le cas des aménagements intérieurs, recoupés de nombreux cloisonnements réalisés pour l’essentiel dans le dernier tiers du XXe siècle pour compartimenter les anciens volumes des locaux casernement et aménager des bureaux. Ces cloisonnements masquent notamment la quasi-totalité des colonnes de fonte porteuses d’origine présentes au différents étages du bâtiment principal. Les menuiseries des portes et fenêtres ont, de même, toutes été refaites et ne présentent pas d’intérêt patrimonial.

Peu après son achèvement, la caserne Saint Charles avait fait l’objet d’une description monographique détaillée et précise9 mais surtout développée pour les aménagements internes, qui reste valide et pertinente aujourd’hui pour présenter l’architecture et son programme. Elle mérite de ce fait d’être largement citée ici comme trame de lecture et d’interprétation de l’état actuel, en introduisant au cas par cas des commentaires actualisés ou complétant l’information sur certains aspects.

Choix de l'emplacement et dispositions d'ensemble.

« On a fait choix, pour établir cette caserne, d'un vaste emplacement situé, sur le mamelon Saint-Charles, en arrière de la gare commune des chemins de fer de Lyon et de Toulon, à l'ouest de l'embranchement du port de la Joliette. Cet emplacement satisfait à toutes les convenances, tant sous le rapport militaire qu'au point de vue de la salubrité et de la facilité des abords. En effet, complètement isolée de toutes parts, et reliée cependant avec la ville par des avenues larges et commodes, la nouvelle caserne domine tous les établissements militaires qui sont groupés autour d'elle, et protège la gare du chemin de fer. D'un autre côté, de la position qu'elle occupe et qui est une des plus salubres de la ville, on découvre une grande partie de la mer, et sa cour principale est abritée par la masse des constructions contre le vent de mistral si fréquent et si redouté à Marseille.

Le site et la forme du terrain, le tracé des communications avoisinantes, enfin l'effectif à loger ont déterminé le plan de masse du nouveau quartier et l'orientation du bâtiment principal. On ne pouvait en effet ouvrir l'entrée de l'établissement qu'au sud, et disposer le corps de logis principal que parallèlement à la clôture nord et à peu de distance de cette dernière. Ce bâtiment (long de 155m), élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et surmonté de mansardes, est destiné au logement de la troupe et à l'installation des principaux accessoires. Il est terminé par deux ailes en retour, ayant sur sa façade sud une saillie de 52,00m. »

 En avant de ces constructions s'étend une cour de 75,00m de profondeur, fermée par une grille, qui ne s'arrête qu'au prolongement des façades extérieures des deux ailes, de manière à démasquer complètement aux vues du dehors les constructions dont il s'agit; dans le même but, on a réduit autant que possible les dimensions des deux pavillons élevés à droite et à gauche de l'entrée, et qui sont affectés au corps de garde de police et au logement du casernier. Les cuisines, les locaux disciplinaires, l'écurie des chevaux des officiers supérieurs, ont trouvé place dans la partie est du quartier, dont la forme, quoique irrégulière, ne gênait cependant pas  leur installation. Ils occupent deux petits pavillons à simple rez-de-chaussée, construits dans le même genre que les pavillons d'entrée. Les latrines sont placées dans les angles de la cour; enfin on a réservé, pour l'installation des magasins aux munitions régimentaires, un petit terrain situé à l'angle nord-est de la cour principale, et dont la forme angulaire résulte du tracé des rues avoisinantes. »

Organisation et détails du bâtiment principal.

            La description de 1864 commence par des considérations générales intéressantes sur la question du rapport pratique et esthétique entre le rythme des travées de fenêtres en façades et les dimensions données aux chambrées entre murs de refend et aux travées de cages d’escaliers les desservant en alternance. On constate par cette description que le nombre de fenêtres ne diffère de ce que prévoyaient les plans du projet initial de 1859 que par la réduction de la longueur des ailes dans l’état réalisé (d’où 7 travées de fenêtres entre pavillons pour chaque aile au lieu des 10 prévues) et un léger allongement du corps principal (11 travées de fenêtres entre pavillons au lieu des 10 prévues), ce changement n’ayant globalement pas eu d’impact sur le rythme de ces fenêtres dans les façades, plus espacé dans les pavillons (3 travées de fenêtres) que dans les façades intermédiaires. En revanche, les chambrées et les travées d’escalier, qui, dans ce même projet de 1859, avaient toutes une largeur de 6 m entre murs de refend et étaient éclairées de une (pour les chambrées)  à deux (pour les escaliers) fenêtres par façade, ont finalement été construites différemment, en réduisant la largeur des travées d’escaliers et en donnant au chambrées le double de la largeur prévue, pour des raisons exposées en 1864 :

« Dans la plupart des quartiers d'infanterie construits en France depuis le commencement de ce siècle, on a adopté pour les chambres de soldats une largeur de 6,00m à 7,00m, de manière à y disposer deux rangs de lits adossés contre les murs latéraux et laissant entre eux un intervalle de 2,50m à 3,00m, et on a éclairé ces chambres, sur chacune des façades, par une ou deux fenêtres. Dans le premier cas, les lits sont, il est vrai, bien abrités contre les courants d'air qui tendent à se produire d'une façade à l'autre ; mais l'entre-axe étant nécessairement considérable, il en résulte que la construction est généralement d'un aspect lourd et disgracieux. En outre, il arrive fréquemment, surtout avec des bâtiments d'une grande largeur, que les chambres sont insuffisamment éclairées en leur milieu. Enfin, si, dans le but d'avoir un entre-axe égal dans toute la longueur des bâtiments, on s'astreint à conserver aux cages des escaliers la même largeur qu'aux travées adjacentes, on a pour ces cages une largeur exagérée eu égard au nombre d'hommes qui doivent les parcourir, ce qui fait perdre un espace souvent précieux et occasionne des dépenses considérables : aussi, pour éviter ces inconvénients, réduit-on souvent le nombre des escaliers au détriment de la facilité des communications. Lorsque l'on éclaire les chambres par deux fenêtres sur chacune des façades, il est difficile d'approcher de ces fenêtres, dont les embrasures sont obstruées par les lits. En même temps, la région occupée par ceux-ci se trouve exposée aux courants d'air directs, et les ouvertures extérieures sont en général trop multipliées pour des bâtiments du genre de ceux dont il s'agit. Ces considérations, qui avaient déjà conduit à adopter partiellement, pour la caserne du Prince-Eugène à Paris, des chambres éclairées sur chacune des deux façades par trois fenêtres et disposées pour recevoir quatre rangs de lits, ont déterminé à admettre ces dispositions d'une manière générale pour la caserne Saint-Charles à Marseille. Ces chambres, dont la largeur est de 13,00 m sont divisées dans le milieu par une cloison transversale de 2,00m à 3,00m de hauteur, que l'on arrête à 1,10m de chacune des façades, de manière à réserver un passage le long de ces façades. Des quatre rangs de lits qu'elles contiennent, deux sont adossés à la cloison transversale du milieu, et sont garantis par des demi-stalles contre les courants d'air provenant des fenêtres. Quant aux deux autres rangs, qui sont appuyés contre les murs transversaux et qui sont abrités par le plein des trumeaux, on n'a pas eu à prendre des précautions analogues, si ce n'est à droite et à gauche des portes d'entrée, lesquelles sont placées d'ailleurs sur l'axe longitudinal du bâtiment. On attribue à ces dispositions l'avantage : de bien soustraire les rangées de lits aux courants d'air directs qui se produisent entre les deux façades ; de rendre facile l'accès des embrasures des fenêtres ; de conduire à adopter un entre-axe qui est d'un bon effet architectonique pour les bâtiments destinés au casernement; enfin de donner aux cages des escaliers une largeur convenable eu égard à la contenance des chambres qu'elles desservent, ce qui permet d'en multiplier assez le nombre pour rendre les communications des plus commodes. Les dispositions qui viennent d'être décrites ont été adoptées, pour l'organisation des chambres de la troupe, dans tout le corps de logis principal de la caserne Saint-Charles. Sans admettre, comme on l'a fait depuis dans quelques établissements de création plus récente, qu'un escalier serait accolé à chacun des murs de refend qui limitent les chambres de soldats, on a tenu cependant à ce qu'une chambre ne fût séparée de l'escalier le plus voisin qu'au plus par une travée de peu de largeur, occupée par des chambres de sous-officiers. En donnant aux chambres de la troupe une longueur de 15,00m avec des hauteurs sous plafond de 5,90m au rez-de-chaussée, de 4,30m au premier étage, 4,63m au deuxième étage, et 3,83m dans l'étage mansardé, on peut y placer 54 lits (…)

Le bâtiment du fond du corps de logis principal comporte en son milieu un pavillon monumental avec dôme et fronton, et à sa jonction avec les deux ailes, deux pavillons d'angle, qui se répètent aux extrémités de ces ailes.

Le pavillon central, dont la largeur est de 20,00m et l'entre-axe de 6,50m, est traversé au rez-de chaussée par un passage de 4,50m, qui sépare deux travées, auxquelles on adonné une largeur suffisante pour pouvoir y placer deux rangées de lits. Les pavillons des angles, de même que ceux des extrémités des ailes, quoique ayant une moindre largeur que le pavillon du centre, sont divisés d'une manière à peu près semblable. Néanmoins, dans les pavillons des extrémités des ailes, les chambres réservées au casernement de la troupe sont accolées, et la travée la plus étroite est adjacente au pignon, contre lequel on a disposé l'escalier qui doit les desservir (…)

Bâtiment principal, façade Sud et pavillon central.Bâtiment principal, façade Sud et pavillon central.

Une galerie à arcades de 3,00m de profondeur règne au rez-de-chaussée, sur le pourtour de la façade de la cour, et ne s'arrête qu'aux pavillons des extrémités des ailes. La largeur des arcades est de 2,68m et leur hauteur de 4,86m seulement, c'est-à-dire moins de deux fois leur largeur, ce qui n'ôte cependant rien à leur élégance (…)

Bâtiment principal, galerie à arcades du rez-de-chaussée.Bâtiment principal, galerie à arcades du rez-de-chaussée.Bâtiment principal, vue Sud-Est des toits et de la façade  de l'aile Ouest.Bâtiment principal, vue Sud-Est des toits et de la façade de l'aile Ouest.

 On a donné aux fenêtres du rez-de-chaussée 1,50m de largeur et 3,48m de hauteur, c'est-à-dire sensiblement plus du double de la largeur ; elles ne paraissent cependant pas trop élancées, et cet effet est dû, sans doute, à la moulure en creux, de 0,30m de largeur, qui les entoure. Leur appui a été tenu à 1,10m au-dessus du sol des chambres. Les fenêtres du premier étage ont 1m,40m de largeur sur 2,89m de hauteur ; elles sont entourées d'un chambranle avec moulures, et sont surmontées d'une corniche avec frise. Quant à celles du deuxième étage, elles ont la même largeur que celles du premier, avec une hauteur de 2,50m seulement ; mais, comme elles sont très-rapprochées des précédentes, dont elles forment pour ainsi dire le prolongement, leur hauteur réduite ne leur donne rien de disgracieux. On a orné tout le rez-de-chaussée de refends, et on l'a surmonté d'une corniche du modèle réduit de celle du Garde-Meuble à Paris. On a décoré de pilastres de l'ordre dorique les pavillons des ailes, de même que le pavillon central, et l'on a déterminé la saillie de ce dernier, de manière à avoir sur le retour un pilastre complet exactement semblable à celui des façades. Quant à l'entablement qui couronne le bâtiment, il est imité d'une des corniches de l'École militaire faite par l'architecte Gabriel. »

Bâtiment principal, vue partielle Nord-Ouest de la façade Nord du corps principal.Bâtiment principal, vue partielle Nord-Ouest de la façade Nord du corps principal.Bâtiment principal, vue Sud-Est du pavillon sud de l'aile Est.Bâtiment principal, vue Sud-Est du pavillon sud de l'aile Est.

L’ordonnance des façades des cinq pavillons n’est pas davantage décrite dans la monographie de 1864, qui n’évoque pas non plus le décor sculpté, concentré sur ces pavillons, et tout particulièrement sur le pavillon central.

Les pilastres doriques d’ordre colossal embrassant les façades des deux étages carrés des quatre pavillons d’angle sont doublés de part et d’autre de la travée centrale. Ceux des pavillons d’extrémité des ailes sont lisses, tandis que, dans deux pavillons des angles entre corps principal et ailes, les pilastres de la façade nord sont cannelés.Bâtiment principal, vue Nord - Nord-Est du pavillon d'angle  Nord-Est.Bâtiment principal, vue Nord - Nord-Est du pavillon d'angle Nord-Est.

Le troisième étage au-dessus de la corniche ou premier étage de comble dans le brisis surhaussé de ces quatre pavillons se distingue par sa travée centrale, dans laquelle la lucarne de pierre qui fait saillie dans les travées latérales est remplacée par un segment de façade en pierre dont les tranches latérales ou ailerons partent d’une volute.

Bâtiment principal, vue de la façade sur cour de l'aile Est et pavillon Sud-Est.Bâtiment principal, vue de la façade sur cour de l'aile Est et pavillon Sud-Est.

La fenêtre, reproduisant l’encadrement des lucarnes voisines, couvert en chapeau de gendarme, y est encadrée de deux petits pilastres portant un fronton curviligne. Le décor sculpté des quatre pavillons se limite à celui de ces dix frontons, soit à un motif de trophées d’armes en moyen relief, avec les attributs classiques ; écus à symbolique guerrière, fasces, cimier, carquois, bélier, etc.

Bâtiment principal, détail du fronton de la façade sur cour du pavillon Sud-Est.Bâtiment principal, détail du fronton de la façade sur cour du pavillon Sud-Est.

L’ordonnance et le décor sculpté des deux façades du pavillon central sont plus élaborés et variés, en dépit de la déclinaison répétitive du motif des trophées d’armes.

Bâtiment principal, façade Sud et dôme du pavillon central.Bâtiment principal, façade Sud et dôme du pavillon central.

La façade sud, la plus exposée, se distingue -comme on l’a vu dans la partie historique- par le fait que les pilastres jumelés encadrant la travée centrale y sont remplacés par des colonnes cannelées portant au-dessus de l’entablement un fronton triangulaire –limité à cette travée centrale- qui se détache en relief sur l’élévation du troisième étage carré en pierre dont seul ce pavillon est pourvu, au-dessus de la corniche qui court sur l’ensemble des façades. La hauteur du fronton occupe largement la travée centrale de ce troisième étage, interdisant d’y ménager une fenêtre, ce qui est compensé par un traitement décoratif : Dans le fronton, deux cuirasses couchées de profil encadrent un lion debout présentant un écu hexagonal, au-dessus, au centre, règne une guirlande, et sur les côtés deux cuirasses debout sont encadrées de drapeaux, le tout sculpté en moyen à haut relief. Au dessus de la corniche de ce troisième étage, la travée centrale est surmontée d’une fausse lucarne monumentale en pierre inscrivant le cadran circulaire d’une horloge (millésimé 1863) sous un motif sculpté de masque léonin grimaçant, le tout se détachant sur la couverture en écailles de zinc losangées en réseau du dôme carré.

Bâtiment principal, détail du fronton, décor et horloge des 3e et 4e étages de la façade Sud du pavillon central.Bâtiment principal, détail du fronton, décor et horloge des 3e et 4e étages de la façade Sud du pavillon central.

Les motifs de cuirasses debout du troisième étage carré sont reproduits, sans le fronton central (remplacé par une fenêtre)  sur la façade nord du pavillon, de même que la fausse lucarne et son horloge.

Bâtiment principal, détail du décor et horloge des 3e et 4e étages de la façade Nord du pavillon central.Bâtiment principal, détail du décor et horloge des 3e et 4e étages de la façade Nord du pavillon central.

Cette fausse lucarne à horloge, motif architectural typiquement XIXe siècle propre aux bâtiments publics monumentaux et étranger aux canons néo-classiques, est visible aussi de l’intérieur du comble, dans une travée centrale encadrée de deux murs de refend.

Bâtiment principal, détail de la lucarne de l'horloge Nord du pavillon central vue du comble sous dôme.Bâtiment principal, détail de la lucarne de l'horloge Nord du pavillon central vue du comble sous dôme.

 A l’extérieur, les quatre angles du pavillon sont amortis, au-dessus de la corniche, d’aigles impériaux sculptés en ronde-bosse, debout sur des motifs de canon et de boulets.

Bâtiment principal, détail d'un aigle impérial sculpté à un angle du dôme du pavillon central.Bâtiment principal, détail d'un aigle impérial sculpté à un angle du dôme du pavillon central.

Dans l’état actuel, les terrassons des toits du corps principal, des ailes et des quatre pavillons d’angle sont couverts en tuile creuse ; les souches des cheminées des locaux émergent toutes exclusivement dans ces terrassons ; les brisis ordinaires des ailes et du corps central sont revêtus de plaques de zinc à tasseaux et les brisis surhaussés des pavillons sont revêtus d’écailles de zinc losangées en réseau, avec au quatrième étage ou second étage de comble, de petites lucarnes œil de bœuf en zinc, au-dessus des lucarnes de pierre du premier étage de comble. La couverture du dôme carré du pavillon central offre le même revêtement d’écailles de zinc losangées, avec sur ses quatre côtés deux lucarnes œil de bœuf en zinc au quatrième étage, premier étage du dôme, au niveau de l’horloge, et trois jours circulaires en œil de bœuf simple au-dessus. Ce dôme est amorti d’un belvédère à ciel ouvert bordé d’un garde-corps à balustrade revêtu de plomb, selon le modèle source du pavillon de l’horloge du Louvre.

            La monographie de 1864 ne donne pas d’information sur les escaliers desservant les étages, et alternant avec les travées de chambres du casernement. Leur conception et leur réalisation diffère de ce que proposait le projet initial de 1859, qui donnait aux travées accueillant de ces cages d’escalier une largeur semblable à celle des chambres, et une prise de jour par deux fenêtres par façade. Dans l’état réalisé et actuel, les travées d’escalier entre murs de refend sont plus étroites que dans le projet, correspondant à une travée de fenêtres, et les volées droites parallèles, traitées sans luxe, se retournent en passant par un simple repos, sans volée intermédiaire ni vide central. De plus, la structure porteuse des volées, sous-marches et limons, n’est pas en bois mais en métal boulonné et soudé, portant des marches en pierre et contremarches en bois, avec rampe garde-corps en fonte.

Bâtiment principal, détail d'une des travées d'escaliers.Bâtiment principal, détail d'une des travées d'escaliers.

            La structure des charpentes des étages et des toits, aujourd’hui inégalement visible, est décrite avec précision en 1864 : « La charpente des planchers est en sapin; elle se compose simplement de solives dans les chambres de moins de 5,00m de largeur, tandis que dans les autres elle comprend des solives et des poutres. Ces poutres se composent de deux pièces jumelées, d'une hauteur de 0,34m, et d'une largeur ensemble de 0,34m à la partie supérieure et de 0,46m à la partie inférieure. Les faces latérales sont ainsi inclinées sur la verticale, ce qui facilite l'assemblage avec les solives. Dans les grandes chambres de la troupe, les poutres s'appuient, par leurs extrémités, sur les murs de refend transversaux, et, en deux autres points, sur des colonnes pleines en fonte, de 0,155m de diamètre. Les colonnes des étages, placées directement au-dessus de celles du rez-de-chaussée, reposent par leur base sur les poutres, et elles s'appuient en même temps sur le chapiteau des colonnes de l'étage immédiatement inférieur par un tenon de forme cylindrique de 0,10m de diamètre, qui s'engage dans le chapiteau de ces dernières colonnes. Cette disposition a eu pour effet de rendre solidaires toutes les parties de la charpente du bâtiment. La couverture de l'édifice (terrassons), dont l'inclinaison est de vingt degrés environ, est supportée par des fermes, dont les tirants ont 0,34m de hauteur et servent de poutres pour le plancher du grenier. Ces tirants reposent par leurs extrémités sur des chaînes en pierre engagées dans l'épaisseur du brisis, et ils sont soutenus par les colonnes de l'étage mansardé. A l'aplomb de ces colonnes, et dans les greniers, s'élèvent des poteaux verticaux qui soutiennent les arbalétriers.  Les pavillons des angles et ceux des extrémités des ailes, dont la hauteur du brisis est beaucoup plus grande que celle des corps de bâtiment, ont leur couverture soutenue à l'aide d'une charpente composée de huit poteaux couronnés par une sablière, qui règne sur les quatre faces des pavillons, et sert de base à la partie supérieure du toit, dont la forme est celle d'une pyramide à quatre pans. Quant à la charpente du dôme, dont la partie basse est verticale sur 2,00m de hauteur, tandis que la partie supérieure est en plein cintre, c'est une charpente ordinaire à la Philibert Delorme.

Bâtiment principal, détail de la charpente à la Philibert Delorme du dôme du pavillon central.Bâtiment principal, détail de la charpente à la Philibert Delorme du dôme du pavillon central.

Les fermes sont composées de deux cours de planches de champ, en sapin, de 0,04m d'épaisseur sur 0,22m de largeur, superposées, à joints recroisés, et chevillées entre elles. Elles sont reliées les unes avec les autres par des liernes en chêne. Les arêtiers sont également en chêne; ils se composent de trois cours de planches. Ils servent, ainsi que les deux murs de refend, à supporter un cadre en bois, qui forme la partie supérieure du dôme. Au-dessus de la corniche, les fermes et les arêtiers sont noyés dans la maçonnerie jusqu'à la hauteur du plafond du quatrième étage, et sont reliés, sous le plancher du cinquième étage, par quatre chaînes en fer posées en croix. Grâce à ces dispositions, le dôme a pu supporter déjà l'épreuve de très violents coups de vent, sans avoir subi la moindre avarie. On a pris, du reste, la précaution de consolider tout le bâtiment par des chaînes en fer placées à la hauteur des planchers du premier et du troisième étage, et reliées entre elles en différents points par des tirants appliqués contre les murs de refend. »

Pavillons d'entrée.

« Les deux pavillons placés vis-à-vis l'un de l'autre, à droite et à gauche de l'entrée, ont été, ainsi qu'on l'a dit précédemment, réduits autant que possible dans leurs dimensions, de manière à ne pas masquer le corps de logis principal. Ils sont séparés par un intervalle de 20,00m précisément égal à la largeur du pavillon central (du bâtiment principal de la caserne), et sont précédés, sur la façade qui regarde l'entrée, par une galerie (porche de 3 arcades) de 3,90m de profondeur, dont les arceaux ont 2,55m de largeur sur 4,00m de hauteur, et les piliers 0,65m sur 0,80m. Des pilastres en décorent les angles, et un attique masque, des vues du dehors, leur couverture qui est en zinc.»

Vue plongeante sur le cour et les deux pavillons d'entrée, prise du haut du dôme du pavillon central du bâtiment principal.Vue plongeante sur le cour et les deux pavillons d'entrée, prise du haut du dôme du pavillon central du bâtiment principal.

Dans l’état actuel, cette description de 1864 doit être complétée en précisant que les trois arcades plein-cintre néoclassiques des anciens porches des deux pavillons ont été refermées par un mur de remplage avec une porte (arcade centrale) et deux fenêtres. Les murs en pierre de taille sont revêtus d’un badigeon blanc et crème couvrant, et deux médaillons avec motifs emblématiques ont été ajoutés à l’écoinçon des arcs.

Vue nord-ouest du pavillon Est de l'entrée de la cour.Vue nord-ouest du pavillon Est de l'entrée de la cour.

A l’est du pavillon Est de l’entrée, et séparé de lui par un espace d’une dizaine de mètres, le bâtiment à deux niveaux de logements construit dans la décennie 1910, percé de d 14 travées de baies dans ses grandes façades nord et sud, trois sur ses petits côtés, ne présente pas d’autre particularité que d’imiter, au rez-de-chaussée, le principe des baies cintrées sur parement lisse appliqué à tous les bâtiments accessoires de  la caserne, dont les pavillons d’entrée (mais sans en reproduire les moulurations d’encadrement), en surmontant ce rez-de-chaussée d’un étage à fenêtres rectangulaires, terminé par une corniche et un attique cachant le toit-terrasse. Ce bâtiment n’est pas sans analogie avec le second état fin XIXe siècle des pavillons d’entrée de la caserne Saint Victor.

 Pavillons des accessoires.

La description de 1864 ne s’attache pas à l’architecture de ces deux bâtiments de 1863, dont les façades sont sur le même modèle que celles des deux pavillons d’entrée, appliquée à un plan rectangulaire allongé. Dans l’état actuel, le bâtiment c, des cuisines et écuries, est remanié, revêtu d’un enduit couvrant cimenté. Le bâtiment b, des locaux disciplinaires, est mieux conservé, bien que délabré.  Ses façades en pierre de taille calcaire tendre de moyen appareil sont animées de sept travées de fenêtres cintrées sur les grands côtés, trois sur les petits côtés, avec encadrement mouluré et arcs plein-cintre à claveaux à crossettes. Le parement du soubassement formant plinthe est en pierres de taille dures de grand appareil. Le descripteur de 1864 donne quelques précisions sur l’économie de ce bâtiment, et sur les latrines, aujourd’hui disparues : « …Quant aux locaux disciplinaires, ils sont tous réunis dans le batiment b. Munis chacun d'un cabinet renfermant les baquets de propreté, ils sont indépendants les uns des autres. Pour qu'ils fussent bien aérés et éclairés, on a disposé des châssis à tabatière et des évents dans la couverture en outre des baies demi-circulaires qui sont pratiquées dans les façades. Les latrines sont établies dans les angles de la cour, dans de petits bâtiments doubles, contenant deux rangées de sièges ainsi que des cabinets particuliers pour les officiers et les femmes logées au quartier. Leur sol se trouvant à 4m ou 5,00m au-dessus de celui des rues avoisinantes, on a profité de cette circonstance pour organiser une fosse double dans le sens vertical. La fosse inférieure, qui est seule destinée à contenir les matières, se trouve au-dessous du sol des rues ; la fosse supérieure permet de faire la vidange sans avoir à entrer dans la cour, et au besoin d'y disposer un système de tinettes mobiles »

 Façade principale de l'ancien bâtiment des locaux disciplinaires.Façade principale de l'ancien bâtiment des locaux disciplinaires.

 

1Quartier d'infanterie l, de Saint-Charles, à Marseille (6 pages), dans :  Recueil d'établissements et d'édifices dépendant du département de guerre, 1ere livraison, Paris, librairie J. Dumaine, 1864.2D’après les considérations générales formulées en novembre 1859 dans l’introduction du chapitre des bâtiments militaires des projets de Marseille  pour 1860-1861-1862, la valeur des immeubles abandonnés par l’Etat ( arsenal du cours Bonaparte, ilôt 16 des terrains de l’ancien Lazaret, caserne des Présentines…) était estimée à 4.419.060 fr, la ville s’engageant à contribuer en retour de cet abandon jusqu’à concurrence de 4.644.950fr.3SHD Vincennes, 1VH 10884F. Peise, guide universel de l’étranger dans Marseille, paris, Garnier, 1867, p. 1835Félix Lazare, Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, 2e édition, Paris, 1855, p. 577 (article Caserne Napoléon) : « …1852. Les travaux commencèrent immédiatement sous la direction de M. Guillemaut, capitaine du génie, et la caserne fut occupée en 1854.»6 SHD Vincennes, 1VH 10897SHD Vincennes, 1VH 10908SHD Vincennes, 1VH 10919Voir référence ci-dessus note 1

Des conférences ouvertes en 1858 entre les services du département de la guerre et la ville de Marseille avaient pour objet, la réorganisation, sur de nouveaux emplacements, de la plupart des établissements militaires en ville, en particulier les casernes, devenues inadaptées ou promises à la démolition. Par un projet de traité validé le 10 octobre 1859, l’état abandonnait divers immeubles à la ville en échange du financement par celle-ci de l’aménagement d’un nouveau quartier militaire sur le plateau de Saint Charles, près de la gare, comportant principalement une caserne d'infanterie de 2400 hommes (d’un coût estimé de 1.820.000fr), une caserne pour deux batteries d'artillerie, et un nouvel arsenal d’artillerie. Les édiles marseillais posaient comme condition que la nouvelle caserne d'infanterie aurait un aspect monumental pour contribuer à l'embellissement de la ville. Ce projet de caserne monumentale Saint Charles fut confié au nouveau chef du génie Charles-Alexandre Guillemaut, qui avait été le maître d’œuvre de la caserne Napoléon construite à Paris en 1852 -1854 près de l’hôtel de Ville, à l’initiative de Louis-Napoléon Bonaparte. Les liens privilégiés de Napoléon III avec Marseille, concrétisés en 1858 par le début de la construction du palais impérial du Pharo, pourraient avoir favorisé la promotion de Guillemaut à la chefferie du génie de Marseille. Un  premier projet détaillé daté du 8 novembre 1859, avec plans et élévation du bâtiment principal monumental avec toits à brisis et terrasson, composé d’un corps à trois pavillons, dont un central plus haut à fronton, et de deux ailes symétriques terminées par deux pavillons, fut approuvé par la ville et par le directeur des fortifications sous réserves de modifications concernant les petits pavillons encadrant la grille d’entrée. Les travaux furent lancés au début de 1860, l'entrepreneur Antoine Gros ( ou Gres ?) étant chargé des lots maçonnerie taille de pierre. Mais un avis du comité des fortifications du 16 mai et une dépêche ministérielle du 10 janvier 1861 demandèrent au chef du génie de donner aux pavillons du bâtiment principal, jugés trop sobres, un surcroît de monumentalité ostentatoire. Cette évolution du projet en cours de construction ajouta au pavillon central un dôme carré à belvédère et un décor sculpté abondant, et donna un surcroît d’élévation et de décor aux quatre pavillons d’angles. La construction du bâtiment principal monumental était très avancée en août 1862, les combles restant en grande partie à réaliser. L’aspect et l’emprise au sol des bâtiments annexes tous en simple rez-de-chaussée, dont les deux pavillons de la grille d’entrée, avaient fait l’objet de deux états de projets successifs dissemblables entre 1859 et leur réalisation en 1863. L’ensemble était achevé à la fin de l’année 1863, lors de la promotion du lieutenant-colonel Guillemaut aux fonctions de directeur des fortifications pour Toulon et Marseille.

Objet d’admiration et de prestige tant pour l’Etat que pour la ville de Marseille, la caserne monumentale Saint-Charles, renommée caserne du Muy (du nom d’un général d’Empire) avant 1900, resta inchangée par la suite, un seul bâtiment accessoire ayant été ajouté dans la décennie 1910 sur un côté du front d’entrée de la cour.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1863, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Guillemaut Charles Alexandre
      Guillemaut Charles Alexandre

      Lieutenant colonel et chef du génie à Marseille à partir de 1859, puis directeur des fortifications à partir de 1863, actif à Marseille jusqu'en 1865, date de sa mutation au Havre. Il est l'auteur en particulier du projet et de la réalisation de la caserne monumentale Saint Charles de Marseille, et a participé à la réorganisation des batteries de côte réalisée en 1860-1861.

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      ingénieur militaire attribution par source
    • Auteur :
      Gros (?) Antoine
      Gros (?) Antoine

      Entrepreneur de maçonnerie et taille de pierre chargé des travaux de construction de la caserne Saint Charles de Marseille en 1860-1863

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      entrepreneur de maçonnerie attribution par source

L’état actuel des élévations extérieures de la caserne du Muy ou Saint-Charles, entièrement et luxueusement parementées en pierre de taille de moyen appareil, est conservé dans l’état réalisé au XIXe siècle sans remaniements postérieurs, à la différence des volumes intérieurs, remaniés et recloisonnés. L’aire close quadrangulaire accueillant la caserne, fermée d’une simple grille au sud, du côté de l’entrée, s’élève du côté opposé en terrasse surplombant la partie nord de l’ancien quartier militaire Saint Charles, sur un mur de soutènement.

Le bâtiment monumental de la caserne, conçu pour loger 2400 hommes,  se compose d’un corps principal de grand axe est-ouest, d’une longueur totale de 155m complété de deux ailes en retour d’équerre sur cour au sud, en saillie de 52m sur la façade du corps principal. Les quatre angles, sont occupés par un pavillon carré en faible saillie sur les façades intermédiaires, dont deux à l’extrémité des ailes, un cinquième pavillon de même volume s’élevant au centre du corps principal, dans l’axe de l’entrée de la cour, au sud. Les façades des deux moitiés du corps principal entre les pavillons comportent chacune 11 travées de baies, les ailes ayant 7 travées entre pavillons. Les façades de ces derniers ont trois travées de baies, plus espacées.

Le corps principal et les ailes sont élevés de deux étages complets à fenêtres à chambranle rectangulaires sur un rez-de-chaussée percé de baies cintré et appareillé à refends. Les étages sont desservis par des escaliers à retours avec jour. Le rez-de-chaussée des façades sur cour est traité en galerie à arcades ouvertes sur les trois côtés, excepté les pavillons d’extrémité des ailes. Un troisième étage à lucarnes de pierre au-dessus de la corniche est aménagé dans le comble à brisis en zinc et terrasson en tuiles au-dessus des 22 travées courantes du corps principal et des 14 travées des deux ailes, les pavillons étant plus hauts, avec un traitement différent du troisième étage. Dans les quatre pavillons d’angle, le brisis du toit, revêtu d’écailles de zinc losangiques, est surhaussé pour abriter un étage de comble supplémentaire, et pourvu au troisième étage de la travée centrale de chaque façade, d’un segment de façade en pierre sur le brisis, avec fronton curviligne orné de trophées d’armes sculptés. L’ordonnance murale des façades de ces quatre pavillons se compose aux deux premiers étages, de quatre pilastres doriques d’ordre colossal dont deux jumelés autour de la travée centrale. Le pavillon central se distingue par son troisième étage carré complet en pierre de taille au-dessus de la corniche courant sur les façades, et par le dôme carré qui surmonte cet étage, revêtu d’écailles de zinc losangiques sommé d’un belvédère, et porté par une charpente à petits bois « à la Philibert Delorme ». Ce dôme intègre deux étages, le premier pourvu sur ses deux façades d’une fausse lucarne en pierre accueillant un cadran d’horloge. Le décor architectural et sculpté de ce pavillon est plus ostentatoire, notamment dans la façade sud, ou les pilastres jumelés sont remplacés par des colonnes portant un fronton triangulaire au troisième étage. Le décor de ce fronton et celui du registre au-dessus décline le motif des trophées d’armes, avec notamment des cuirasses. Les quatre angles de de pavillon, au-dessus du troisième étage, sont surmontés d’aigles impériaux sculptés en ronde-bosse, debout sur des canons et des boulets.

            Les bâtiments accessoires d’origine, très sobres, en simple rez-de-chaussée et couverts d’un toit plat caché par un mur d’attique, sont les deux pavillons symétriques de plan carré encadrant la grille d’entrée au sud, et deux corps rectangulaires à l’arrière de l’aile Est du bâtiment principal, le premier anciennement consacré aux locaux disciplinaires, le second, sur le mur nord de la clôture de la caserne, portant terrasse, anciennement dévolu aux cuisines et à une écurie. Ces quatre bâtiments ont le même traitement de façades, avec travées de baies couvertes d’un arc plein-cintre. Les trois travées de la face des deux pavillons d’entrée regardant le passage étaient traitées en porche ouvert, aujourd’hui refermé. Un cinquième bâtiment, à l’est du pavillon à droite de l’entrée, construit dans les années 1910, imite le traitement de façades des quatre autres au rez-de-chaussée, en y ajoutant un étage à fenêtres rectangulaires, surmonté d’un toit plat.

  • Murs
    • calcaire moyen appareil
  • Toits
    tuile creuse, zinc en couverture
  • Plans
    plan régulier en U
  • Étages
    2 étages de comble, 3 étages carrés
  • Couvrements
    • charpente en bois apparente
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • dôme carré
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour
  • Typologies
  • État de conservation
    désaffecté
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • trophée
  • Statut de la propriété
    propriété de l'Etat
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1860-1861, par Charles Alexandre Guillemaut, 12 février 1860. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1088

  • Place de Marseille. Mémoire sur les projets de 1861-1862, par Charles Alexandre Guillemaut, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089.

  • [Place de Marseille. Plans pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles]./ Dessin aquarellé, 8 novembre 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088

  • [Place de Marseille. Elévation de façade pour construire le bâtiment principal de la caserne St Charles]./ Dessin aquarellé, 8 novembre 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088

  • [Place de Marseille. Plans pour construire la caserne St Charles]./ Dessin aquarellé, 8 novembre 1859. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1088

  • [Place de Marseille. Plans pour achever la caserne St Charles. Bâtiments accessoires]./ Dessin aquarellé, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089

  • [Place de Marseille. Plan d'ensemble pour achever la caserne St Charles]./ Dessin aquarellé, 10 février 1861. Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089

  • [Élévations du porche d'un pavillon d'entrée de la caserne Saint Charles]. / Dessin, 1863. Registres d'attachements de l'entrepreneur Antoine Gros. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2J18.

  • Marseille. La caserne St Charles. [Vue d'ensemble prise du Sud - Sud-Ouest]. / Carte postale, c. 1900.

  • Quartier d'infanterie l, de Saint-Charles, à Marseille. Dans :  Recueil d'établissements et d'édifices dépendant du département de guerre, 1ere livraison, Paris, librairie J. Dumaine, 1864.

Documents d'archives

  • Place de Marseille. Etat sommaire des projets de 1862-1863, par Charles Alexandre Guillemaut, 30 aout 1862. Service Historique de la Défense, Vincennes, 1VH 1089

    Service Historique de la Défense, Vincennes : 1VH 1089
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Corvisier Christian
Corvisier Christian

Docteur en archéologie médiévale, historien de l'architecture et de la fortification, spécialiste de castellologie médiévale. Chargé de l'étude du patrimoine fortifié pour l'Inventaire général du patrimoine culturel de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 2003 à 2026.

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