Historique
Au XIVe siècle, quantités de fléaux s'abattent sur la Provence et notamment sur la région d'Aix. A cause de conditions atmosphériques médiocres, les récoltes sont mauvaises, créant des famines, des disettes. En 1348, la peste noire ravage la population. Ainsi, en dix ans, Aix perd presque la moitié de ses habitants. En plus de cela, des guerres et émeutes terrorisent le peuple qui préfère abandonner ses terres pour se réfugier en ville, à l'abri des remparts. D’ailleurs, sur 625 villages signalés en 1305 en Provence, 177 sont encore inhabités en 1471 soit environ 28% et la viguerie d’Aix est la plus touchée par cet abandon des terres et villages. C’est le cas du village de Puyricard, au nord d'Aix en Provence, dont l’habitat permanent disparaît à cause de tous ces fléaux pour devenir ensuite l’endroit privilégié pour bâtir des bastides et châteaux de plaisance, très prisés à partir du 17e siècle.
Dans ce contexte, la bastide est à la fois une tour fortifiée contrôlant et protégeant un territoire et une construction permettant aux bergers et laboureurs de trouver un abri pour leurs récoltes et pour eux-mêmes. C'est aussi le bâtiment principal d'un domaine pouvant rassembler caves et pressoirs pour les vignes, écuries pour le bétail, jas et pâtures.
1. Les prémices du domaine de La Calade (1411-1632)
Le domaine de La Calade apparaît au début du 15e siècle, dans une période de calme revenue. Par acte notarié du 3 août 1411, Antoine Isnard, maître rational à la Cour des Comptes, fait construire sur le territoire de Puyricard, une bastide. Cet édifice prend la forme d'une tour rectangulaire de 5 mètres de large pour 10 mètres de long. Haute de 10 mètres, elle dispose d'une base traitée en glacis et s'achève par une couronne crénelée. Un puits d'alimentation en eau est également creusé au même moment.
Le 9 septembre 1454, une convention passée par les Conseillers de Puyricard ordonne la réfection de la route royale (aujourd'hui l'ancienne route d'Avignon), dont une portion est contigüe au domaine de la famille Isnard. Pour parer à la nature marécageuse du lieu, liée à la présence de la Touloubre, fleuve côtier qui déborde régulièrement, on décide alors de construire un pont sur la rivière mais également de "calader", c'est à dire de paver en galets les accès du pont. Le nom de La Calade est ainsi appliqué aux environs et va par la suite qualifier la bastide proche et la famille qui la possédera.
Sans descendants, les Isnard vendent ensuite le domaine à Surléon de Spinola, maître d'Hôtel, échanson (officier d'une cour, dont la fonction est de servir à boire à la table du prince) et panetier (officier chargé du pain) du roi René. De famille génoise, il a pour épouse une dame d'honneur de la reine Isabelle, originaire de Lorraine, Odile de Lemainville. Leur fille, Marguerite de Spinola se marie en 1457 avec Antoine de Blacas. La propriété est alors appelée "Blanche fontaine". En 1539, les Blacas cèdent le domaine à François d'Escalis, docteur en droit et baron de Bras.
Le 23 août 1632, Louise de Guiran, veuve de Pierre d'Escalis (successeur de François d'Escalis) et mère de Sybille, épouse de Hiérôme Duranti depuis 1627, vend à son gendre le domaine au prix de 48 000 livres. Ce dernier est écuyer, avocat en la cour du parlement, nommé conseiller du roi en la cour des Comptes, Aides et Finances de Provence. En juillet 1633, il fait ériger le domaine en arrière-fief par Monseigneur de Bretel, sous le nom de Saint-Louis de La Calade, avec droits de moyenne et basse justice. Le domaine va rester aux mains de la même famille jusqu'à aujourd'hui.
Le caractère seigneurial de La Calade va alors s'afficher délibérément. La nouvelle société, après s'être occupée de faire construire un hôtel en ville (l'hôtel Duranti est construit à Aix en 1628), veut goûter aux plaisirs de la campagne. La construction ou la refonte d'édifices situés en périphérie de la ville occupe alors un bon nombre d'architectes ou maîtres-maçons des alentours d'Aix. Hiérôme Duranti acquiert ainsi une bastide comportant au rez-de-chaussée une pièce rectangulaire voûtée en berceau, avec au dessus un grenier. Ce dernier est accessible au moyen d'une échelle par un trou directement percé dans la voûte de la première pièce. Les deux espaces prennent jour par des archères, petites ouvertures verticales et étroites.
L'édifice apparaît comme vétuste et son propriétaire décide rapidement de le transformer en une agréable demeure à habiter lors des grosses chaleurs estivales, ou pour fuir Aix lors des épidémies.
2. Le château, campagne principale de travaux (1633-1653)
Entre 1633 et 1653, de nombreux "prix faits" nous renseignent sur les travaux effectués pour améliorer l'ensemble. Ils ont permis d'aboutir à la maison actuelle. L'ancienne tour a été englobée dans le bâti final qui adopte volontairement un style architectural plus proche du 16e siècle que du 17e siècle. Ce parti-pris aurait été motivé par le choix du commanditaire d'affirmer une origine plus digne et ancienne. Dès le début de l'année 1633, on fait édifier un mur d'enceinte autour du jardin du futur château, agrémenté d'une fontaine en pierre de taille à mufles de lions et armoiries familiales. Le 30 janvier 1634, alors que la construction des parties basses de l'édifice est sans doutes déjà en cours, les frères Drusian, maîtres maçons d'Aix s'engagent et fournir et mettre en œuvre la pierre de taille nécessaire à la réalisation de la porte d'entrée du château. Le 14 février 1634, le prix-fait de la charpente et des menuiseries est passé aux maîtres charpentiers aixois Julhoux et Bourgarel. Il est suivi, deux jours plus tard d'un prix-fait de Jean Liautard, maître maçon, pour la maçonnerie générale du bâtiment. Le 10 juillet de la même année Hiérôme de Duranti, passe trois nouveaux contrats dont l'un avec le maître gipier Jean Gourret pour la façon des sculptures de plâtre de la cage d'escalier, des planchers et cheminées. Le 10 juin 1645, le gipier aixois Joseph Masse promet de crépir à chaux et sable dans le genre rustique, les façades du château en prenant exemple sur celles du château du Tholonet. Le 15 octobre suivant, il s'engage à construire les deux tours manquantes pour achever l'ensemble.
Une fois achevé, c'est une sorte de quadrilatère austère à deux étages et flanqué aux angles de quatre tours circulaires. Le château présente une marque certaine de son caractère seigneurial : ses tours sont "dominantes", c'est à dire qu'elles dépassent la corniche de la toiture du corps central de bâtiment. De plus, chacune d'entre-elles présente un couronnement dont nous ignorons la forme exacte mais qui pouvait être complètement plat avec une petite bordure en pierre de taille comme on le voit dans certaines propriétés non loin d'Aix (château de l'Arc à Fuveau, château de Velaux...).
Le bâti du corps central était intérieurement et suivant le plan du rez-de-chaussée, divisé dans sa globalité en trois parties inégales par deux murailles maîtresses encadrant l'escalier : la partie nord-est correspondant à la superficie des deux caves, la sud-ouest, à la superficie de la salle-à-manger et de la grande salle réunies. La partie centrale est occupée par l'escalier. L'ensemble occupé par la famille comporte au rez-de-chaussée une cuisine voûtée, une grande salle, une cave. Au premier étage deux immenses espaces qui n'offrent pour autre luxe que leur grandeur et un espace central plus petit (correspondant à la largeur du vestibule du rez-de-chaussée).
Tout le reste du bâtiment (notamment le second étage) est affecté au stockage des produits de la propriété (foin, tabac, blé, élevage de pigeons...). Malgré l'austérité de l'ensemble, le château est aussi une maison soignée, on y trouve nombre de décors de gypseries, aux plafonds des montées d'escaliers, d'entourages de portes, de moulures de cheminées.
3. Les modifications ultérieures (1690-1789)
A l'aube du 18e siècle, "un besoin d'intimité et d'élégance réclamait autre chose". C'est ainsi que par des cloisons ajoutées on crée des chambres et un salon, pièces ornées de gypseries comportant chacune une cheminée. La première réalisée est la chambre dite "de Thérèse" dans compartiment nord-est, probablement aménagée à l'époque de Jean-Baptiste-Joseph de Duranti la Calade vers 1690-1700. Deux autres espaces sont créés, probablement à l'occasion du mariage de son fils Marc-Antoine en 1723 : une chambre dite "Rouge" avec boudoir et un petit salon, pièces donnant sur la cour d'honneur. Lors de ces aménagements, les fenêtres à meneaux de ces pièces sont cintrées et perdent leurs croisillons en pierre.
Après Marc-Antoine vient Claude-Jean-Baptiste de Duranti la Calade, chevalier, seigneur de Saint-Louis de la Calade, conseiller en la cour des Comptes, Aides et Finances de Provence, devenu président de la dite cour en 1781. Celui-ci a "le goût des bâtiments". En 1774, il agrandit et développe le domaine de La Calade en faisant construire en bordure de la route royale une grande auberge dite "de la Calade" et relais de poste.
4. De la Révolution à nos jours, un château relativement épargné par les outrages du temps (1789-2018)
Comme nous l'avons évoqué plus haut, le château présentait une marque certaine de son caractère seigneurial : ses quatre tours étaient "dominante", c'est à dire qu'elles dépassaient la corniche de la toiture du corps central de bâtiment. Après la chute de la monarchie et la proclamation de la république, un tel élément distinctif apparaissait comme dangereux pour son propriétaire. Ainsi, Claude-Jean-Baptiste choisit dès 1792 de faire démolir les deux tours côté terrasse et de rabaisser à un niveau inférieur à la toiture du corps central, les deux tours sur la cour subsistantes. La destruction des tours aurait ainsi coïncidé avec les travaux de construction de l'aile de la chapelle. Cette aile allait relier le château à la chapelle (déjà existante mais dont on ignore la date de construction exacte). Un ensemble devant comprendre une remise, une cuisine, des chambres. Une fois les travaux achevés, la surface habitable du château s'est significativement étendue. Claude-Jean-Baptiste avait, en cette période tourmentée, des projets coûteux d’embellissement de sa demeure qui, on le comprend au regard du contexte difficile pour la noblesse, n'ont pu être menés à terme. Avait été prévue, une restructuration complète de la façade principale sur la cour. On proposait une façade à cinq travées de fenêtres et à hauteur du premier étage un balcon à balustrade régnant d'une tour à l'autre. Ce balcon, pavé d'un damier noir et blanc devait être soutenu par trois arceaux ponctués de pilastres. Le nombre d'ouvertures prévues était multiplié. L'ensemble aurait entièrement effacé le caractère primitif de la demeure. En ce qui concerne les jardins, un parterre avec fruitier avait été projeté.
Si Claude-Jean-Baptiste de Duranti la Calade est resté à Aix durant la Révolution, a présidé en 1789 des Assemblées de la noblesse aixoise, et est mort naturellement dans cette ville le 15 février 1801, ce n'est pas le cas du reste de la famille de Duranti la Calade qui s'est exilé en Italie durant ces années troublées. De retour d'immigration en 1806, la famille s'installe à Aix puis à Marseille, rue du Tapis vert. En 1808, elle se déplace à La Calade. Cependant, la maison, abandonnée depuis plusieurs années (probablement depuis la mort de Claude-Jean-Baptiste en 1801), a grand besoin d'être remise en état pour être habitable. Les dernières transformations significatives du bâtiment datent de cette époque là et sont ainsi dues à Paulin de Duranti la Calade (1789-1871) et ses frères, successeurs de Claude-Jean-Baptiste. Les restes encore subsistants des deux tours de la terrasse sont abattus en avril 1808. Les tours côté cour, épargnées durant la Révolution mais diminuées d'une bonne partie de leur hauteur, sont ramenées au même niveau que le corps central et couronnées d'une toiture en pavillon sommée d'une boule de pierre. Leurs charpentes respectives sont constituées de roues de charrette. Plusieurs fenêtres du premier étage (anciennement à meneaux) sont cintrées en prenant comme modèle celles déjà modifiées avant la Révolution. Paulin fait recrépir l'ensemble du château, tous les bossages qui ornaient les soubassements des ouvertures sont dissimulés volontairement sous l'enduit. Il seront remis au jour un siècle plus tard, en 1902. Mais ces travaux d'amélioration vont aussi toucher les intérieurs. En 1809, Paulin fait réaliser dans la partie ouest du château, au second niveau, un salon et une chambre qu'il fait décorer dans le style Empire. C'est à ce moment là que ces deux pièces sont divisées, plafonnées, carrelées, agrémentées chacune d'une cheminée, ornées de moulures et pilastres et tapissées.
Le fils de Paulin de Duranti la Calade, Maurice (1824-1901) qui prend la suite et améliore le parc du domaine qui s'étend alors sur environ 86 hectares. En 1862, il fait réaliser un bosquet, jardin à l'anglaise comportant des essences différentes. Il le complète par un oratoire, érigé en 1879, et deux bassins, un grand rectangulaire et un petit elliptique en 1881.
En 1901, son fils Jérôme de Duranti la Calade (1861-1951) lui succède. Il est avocat à la cour d’appel d’Aix, professeur de langue et littérature hébraïques à la faculté des Lettres d’Aix à partir de 1891, membre de l’Académie d’Aix (1905), officier d’académie, historien et érudit. Domicilié à Aix rue de la Cépède puis au n°11 rue Mignet, il entreprend des recherches pour comprendre l'histoire de la demeure familiale et fait réaliser un certain nombre de travaux. Jusqu'en 1902 et depuis près d'un siècle, les fermiers du domaine avaient accès à plusieurs parties de la maison comme la cave, une moitié du deuxième étage et l'ancienne chapelle pour pouvoir y entreposer leurs récoltes (avoine, tabac...). Il se réapproprie la maison entière. La toiture est remaniée deux fois, en 1902 et en 1910, après le tremblement de terre de Lambesc (1909). Dans l'aile de la chapelle, transformée en grenier à fourrage et poulailler depuis des décennies, Jérôme fait aménager à l'étage une grande bibliothèque.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le château est réquisitionné trois fois : d'abord par l'armée française en 1939, puis par l'armée allemande en avril-octobre 1943 et enfin par l'armée américaine (date ignorée).
En 1951, au décès de Jérôme de Duranti la Calade, c'est sa fille Monique qui reprend le domaine. Son mari Georges Richard, industriel parisien investit pour le redresser, notamment en ce qui concerne la partie agricole. Disposant de moyens suffisants, il remet en état l'intégralité de la maison et la modernise tout en conservant l'esprit d'origine.
Au début des années 1970, la municipalité d'Aix-en-Provence projette pour le quartier de créer une zone commerciale de 5000 emplois, équivalente à celle des Milles. Afin de protéger les abords du domaine, le château de La Calade bénéficie d'une première protection au titre des Monuments historiques en 1975.
Description
1. Les façades du château
Le château de La Calade, tel qu'il se présente actuellement comporte un corps de logis en fond de cour, cantonné de deux tours, elles-mêmes flanquées de deux ailes en retour, plus basses, abritant les anciens communs et la chapelle. L'ensemble est fermé par un mur, ce qui crée une cour intérieure. De manière globale, la maçonnerie des bâtiments est en pierre de taille de Rognes, apparente en certains endroits, l'ensemble est crépi grâce à un enduit à la chaux. Toutes les menuiseries extérieures de la maisons (fenêtres, volets, portes...) sont revêtues d'une couleur unique : un rouge basque, très probablement la couleur employée depuis les origines. Le bâtiment principal est constitué de trois niveaux d’élévation, il comporte sur tout son tour une base traitée en glacis.
Sa façade principale (au sud-ouest) apparaît comme très austère. Elle est divisée en trois travées et trois niveaux d'élévation (le troisième ayant été rabaissé au 19e siècle). Uniquement crépie à la chaux, elle n'arbore pour seuls éléments de décors qu'une porte d'entrée sculptée ainsi que des bossages autour de ses ouvertures. L'encadrement de la porte d'entrée principale est réalisée en pierre de Rognes, il est traité en bossages en tables surmontés de bossages à têtes de diamants à facette. Le tout se termine par un fronton brisé sculpté avec trois boules en guise de couronnement. Un cartouche central accueille les armoiries sculptées de la famille de Duranti la Calade. Ces dernières ont été apposées là au 19e siècle. La porte d'entrée est reliée par des bossages en tables à la fenêtre qui la surmonte. Les trois baies de l'étage carré sont cintrées et décorées en partie inférieure par des bossages en tables. Ces ouvertures remplacent depuis le 18e siècle les anciennes fenêtres à meneaux. A l'étage en surcroît, ont trouve de plus petites baies fenêtres jumelées. Cette façade est protégée par un avant-toit qui se termine par des génoises au niveau des tours.
Les trois autres façades du corps central apparaissent comme moins unifiées, plus hétéroclites que celle de la cour. En effet, cohabitent fenêtres à meneaux datant de l'époque de la première campagne de construction, entièrement ou partiellement bouchées avec des baies cintrées issues des remaniements du 18e siècle. Le seul élément décoratif retrouvé, et particulièrement en dessous de nombreuses ouvertures, est le bossage traité en tables. La façade nord sur la terrasse dispose d'une modeste porte d'entrée, réalisée lors des travaux initiaux, en bossages en pierre de taille avec petite corniche et armoiries familiales. Autour, on remarque trois travées de fenêtres de tailles différentes et ne respectant que partiellement un certain alignement. Aux angles où autrefois s'élevaient les tours, des tirants métalliques de renfort ont été placés suite au tremblement de terre de 1909.
La toiture est faite de tuiles provençales traditionnelles, elle est à quatre pentes sur le corps central. Les tours latérales ont un toit conique sommé de boules en pierre de taille.
Au château se rattache l'aile de la chapelle et l'aile de la ferme, deux extensions à l'architecture simple, comportant pour chacune une toiture à double pente soutenue par trois rangées de génoises. L'aile de la chapelle, construite à la fin du 18e siècle, relie le château à l'ancienne chapelle dont l'époque de construction nous échappe. Le bâtiment de ferme est nommé par le terme de « ménagerie » dans les textes et destiné à abriter les fermiers ou « rentiers ». Il comportait deux écuries. Il est aujourd'hui reconverti en un appartement loué.
Le château a globalement gardé son aspect d'Ancien Régime, finalement assez peu modifié dans ses structures globales depuis et ce contrairement à nombre de châteaux des alentours dont les propriétaires ont sacrifié à la mode de leur temps les traces du passé.
2. Les décors intérieurs de la première campagne de travaux
Après avoir traversé la cour d'honneur, le visiteur peut pénétrer dans la château par l'imposante porte principale qui s'ouvre sur le vestibule d'entrée. Ce dernier distribue, en partie gauche, une salle voûtée ainsi qu'une grande salle, pièces datées de la première campagne de travaux du 17e siècle et en partie droite, la cave voûtée en berceau plein cintre dont l'origine est antérieure. Le vestibule s'ouvre ainsi sur une cage d'escalier.
L'escalier [Référence IM13000507] est l'une des créations majeures de l'architecture aixoise du milieu du 16e siècle. La cage d'escalier présente un décor de gypserie dans un excellent état de conservation ; ce décor a été exécuté en 1634 par Jean Gourret père, maître-gipier aixois. Sur le palier du premier étage, on trouve deux portes latérales avec encadrements en gypseries réalisés au même moment que les plafonds. Arborant des décors en relief d'arabesques et de motifs floraux, ces encadrements ont cependant été enduits à un moment donné puis sommairement décroûtés et endommagés. Ils devait y avoir des encadrements identiques dans le vestibule du rez-de-chaussée pour les trois portes latérales.
Au rez-de-chaussée, par le vestibule, on accède à deux pièces réalisées lors des travaux entrepris par Hiérôme : une grande salle et une salle salle voûtée. La grande salle est la pièce la plus imposante du château. Décorée au même moment que les escaliers, vers 1635, ses plafonds arborent des gypseries travaillées qui se composent d'arabesques gravées ainsi que en plusieurs endroits des chiffres entrelacés des familles Duranti et d'Escalis. La pièce prend aujourd'hui jour par deux portes-fenêtres cintrées donnant directement sur la terrasse. Ces ouvertures remplacent au 18e siècle des ouvertures primitives plus modestes.
La salle voûtée comporte des voûtes d'arêtes retombant sur des culots. Elle est éclairées par deux petites baies. Il s'agit originellement d'une cuisine pour le château, transformée au 19e siècle en salle à manger.
3. Les nouvelles pièces du début du 18e siècle
A l'aube du 18e siècle, un besoin nouveau d'intimité conduit la famille Duranti La Calade à subdiviser les vastes pièces. On fait réaliser de nouveaux espaces plus modestes. Les chambres sont conçues avec des alcôves, élément caractéristique de l'aménagement intérieur au 18e siècle, et comportent des décors sculptés de gypseries.
La première pièce à être conçue est, dans la partie nord-est du château, la chambre dite "de Thérèse". L'espace a très probablement été aménagé à l'époque de Jean-Baptiste-Joseph de Duranti La Calade vers 1690-1700. Accessible par le palier du premier étage, la chambre se compose d'une grande pièce à alcôve comportant d'une part un cabinet de toilette et de l'autre un cabinet aveugle qui permettait l'accès à l'une des tours de la terrasse aujourd'hui détruite. Concernant le décor, on retrouve quelque chose de sobre, des gypseries évoluant vers le style "rocaille" présentant un style Transition. Au niveau de l'alcôve se déploie un ensemble de dessus de portes et cartouches en plâtre reprenant des formes chantournées, végétales, avec coquillages. Ils étaient probablement destinés à recevoir de petites compositions peintes comme des scènes de genre, très en vogue en cette période.
Vers 1723, d'autres pièces sont ajoutées, probablement faites à l'occasion du mariage de Marc-Antoine de Duranti la Calade avec Madeleine Le Blanc.
La "chambre rouge" est une pièce de taille moyenne comportant une alcôve. Les décors de gypseries sont ici simples mais raffinés, notamment au niveau de l'alcôve, des dessus de portes (mascarons, fleurs...), des plafonds (moulures, rosaces...). La cheminée en noyer est contemporaine de l'aménagement de la pièce. La chambre se prolonge par un boudoir dans la tour, pièce circulaire qui comporte notamment un meuble en bois de la même période, qui épouse la forme arrondie de la tour, avec armoiries familiales sculptées.
A côté, le petit salon, également décoré avec soin, notamment en ce qui concerne ses gypseries et particulièrement celles du trumeau de sa cheminée comportant un médaillon en relief sculpté aux armes de la famille. Les dessus de portes sont sculptés en médaillons. Les plafonds de ces pièces sont décorés de moulures en plâtre.
4. Les aménagements du 19e siècle
Les principaux aménagements intérieurs réalisés dans la maison après la Révolution ont été effectués de retour d'immigration en 1806. Deux nouvelles pièces sont créées en 1809, dans la partie ouest du premier étage du château : un salon et une chambre. Deux espaces réalisés dans un style Empire avec moulures en plâtre : frises, pilastres cannelés... et surtout comportant d'imposants et rares papiers peints [Référence IM13000508].
Le salon des Tapisseries est une pièce rectangulaire s'éclairant par deux fenêtres, l'une donnant sur la cour d'honneur et l'autre sur la terrasse. Il renferme des papiers peints identifiés. Intitulés "Jardins de Bagatelle", ils ont été produits entre 1800 et 1804 par la manufacture Joseph Dufour à Mâcon.
La pièce qui se trouve à côté est une grande chambre. Elle dispose d'une alcôve, d'un cabinet de toilette et s'éclaire par une fenêtre sur la terrasse. Elle comporte des papiers peints encadrés par des moulures en plâtre (frises, pilastres cannelés...). Dans la pièce se déploie sur les murs un motif polychrome de draperies en trompe l’œil avec contre-fond d'hermine héraldique dont la provenance est inconnue. Certaines parties sont traitées en tontisse et imitent dans leur texture un velours noir. Ces motifs sont très en vogue dans la première partie du 19e siècle où ils apparaissent et se développent, d'abord en tant que bordures de compositions avant de devenir un motif à part entière. Les draperies de La Calade n'ont pu être clairement identifiées à ce jour. Les dessus de portes (entrée et cabinet de toilette) comportent des motifs imprimés de vases de fleurs identifiés comme provenant de la manufacture de papiers peints Zuber de Rixheim, fabriqués vers 1805. Une frise en papier peint surmonte l'ouverture de l'alcôve, elle présente un motif de succession de personnages antiques inspiré des production d'une autre manufacture, Jacquemard et Bénard. Enfin, la pièce comporte sur son mur sud, un majestueux portrait en pied de Claude-Jean-Baptiste de Duranti la Calade représenté en président de la cour des Comptes, Aides et Finances de Provence. L’œuvre non signée a été réalisée après 1781 - année de sa nomination - et installée lors de l'aménagement de la pièce.
5. Le domaine et ses jardins
La superficie totale du domaine de La Calade équivaut aujourd’hui à environ 64 hectares. Cela comprend le château et son parc mais également une exploitation agricole. Nous ignorons à ce jour quel était l'état premier du parc du château.
Le parc du château, tel qu'il se présente actuellement est essentiellement constitué des aménagements réalisés dans la deuxième moitié du 19e siècle. Il comporte notamment, aux abords directes de la maison, une prairie encadrée de platanes et marronniers, probablement plantés vers 1860. On suppose que les jardins primitifs étaient constitués de parterres de fruitiers. Nous savons que dans un des prés situé entre la maison et la route nationale 7 actuelle, se trouvait une glacière probablement maçonnée ; elle servait à conserver au frais les aliments. Les documents attestent également de la présence d’une fontaine dans un pré situé plus à l’est que celui de la glacière. Un acte notarié de 1633 mentionne la promesse faite par Jean Laugier, maçon d’Aix, à Hiérôme de Duranti, de réaliser des mufles de lion en pierre pour orner une fontaine et par lesquels l’eau devait s’écouler. L'artisan devait aussi réaliser des corniches, des cadres pour les armoiries et surmonter le tout d’un vase de fruits. Cette fontaine a depuis disparu.
A l'angle nord-ouest de la terrasse , on trouve un oratoire en pierre, réalisé en 1879. Déplacé dans les années 1950, il se trouvait initialement dans le bosquet aménagé en 1862. Des banquettes en pierre contemporaines de ces aménagements délimitent l'espace. Face à la façade principale de la terrasse se trouve un grand bassin rectangulaire, il a été réalisé en 1881. A l'origine, c'est une retenue d'eau utilitaire, transformée depuis en bassin de plaisance.
Le bosquet, dont il ne reste que peu d'éléments aujourd'hui a été aménagé au nord-est de la terrasse en 1862. Accessible par un escalier de pierre en demi-lune, il prenait la forme d'un jardin à l'anglaise avec essences différentes, un chemin aménagé en faisait le tour. Au cœur de l'ensemble se trouvait un bassin elliptique. Tables et banquettes et pierre étaient répartis dans le bosquet, ils ont depuis été déplacés sur la terrasse principale. Depuis plusieurs décennies, le bosquet n'a plus été entretenu. De ses installations primitives, il reste l'escalier d'accès et les murets en pierre, le bassin elliptique enterré et quelques arbres.
Deux puits alimentent le domaine en eau : le plus remarquable se situe au sud-est de la terrasse, à l'angle de l'ancienne tour détruite. Il daterait de la construction de la maison et a été utilisé à des fins domestiques jusqu'au XXe siècle.
Conservateur en chef du patrimoine en poste au Service régional de l'Inventaire à la DRAC de Poitiers de 2002 à 2005, puis au Service de l'Inventaire de la DRAC d'Aix-en-Provence. En poste au Service de l'Inventaire et du patrimoine, région Provence-Alpes-Côte d'azur depuis 2008.