Le salon des Tapisseries ou Salon Empire est une pièce rectangulaire éclairée par deux baies, dont l'une donne sur la cour d'honneur. Il est orné d'un ensemble de papiers peints, bien identifié, nommé "Jardins de Bagatelle", produits entre 1800 et 1804 par la manufacture Joseph Dufour à Mâcon. Il s'agit de l'un des premiers exemples de papiers peints panoramiques réalisés en France et également une première tentative d'impression de ce type de papiers peints par la manufacture Dufour, avec une gamme réduite de 15 couleurs.
A l'origine, ces papiers peints ont été commandés par la famille Duranti la Calade, de retour d'Immigration après la Révolution, pour un appartement marseillais. Cependant, ayant renoncé à y vivre, les papiers peints ont été posés vers 1810 dans une pièce créée au premier étage du château de la Calade. Au moment de la pose, pour adapter le papier peint à la dimension du salon, « une combinaison de frises, de cimaises, de pilastres et de papier bleu ciel » a été rajoutée. [Salon Empire du château de la Calade à Aix-en-Provence. Vue rapprochée de deux panneaux de papier peint.], début 20e siècle.
Ces encadrements ont été supprimés au 20e siècle au profit d’une bordure minimaliste qui réduit sa présentation actuelle à de simples tableaux sur fonds de murs peints en bleu ciel.
Les dessus de porte et le trumeau de cheminée présentaient également autrefois des décors, dessinés au pastel au début du 19e siècle par Paulin de Duranti la Calade. Ces espaces sont désormais vides mais les compositions primitives, déposées et encadrées subsistent. Premier étage, salon des Tapisseries : décor du trumeau de la cheminée, composition réalisée sur papier au pastel par Paulin de Duranti la Calade, oeuvre déposée, début du 19e siècle.
Le dessin de l'ensemble est attribué à Pierre-Antoine Mongin, spécialiste des paysages poétiques qui rejoindra ensuite la manufacture Zuber où il se spécialise dans les panoramiques. La commande, initialement prévue pour un plus petit espace, étant insuffisante pour habiller l'ensemble des murs de la pièce, le poseur a été contraint de répéter certaines scènes. On compte six panneaux distincts.
Premier étage, salon des Tapisseries ou salon Empire : vue générale.
Les scènes qui composent le panoramique peuvent être figurées séparément ou en continu, sans qu'il n'existe d'ordre de lecture particulier. Certains éléments sont empruntés en effet au Jardin de Bagatelle ("folie" situé dans le Bois de Boulogne, créée sur demande du Comte d'Artois, frère cadet de Louis XVI, en 1775), d'autres sont empruntés à des parcs et jardins parisiens ou encore à celui de Versailles : diverses statues et fabriques de jardin prennent ainsi place sur fond paysager dans le style d'un jardin à l'anglaise. Les scènes sont animées de personnages vêtus à la mode du Premier Empire.
On peut observer successivement : une statue de Diane chasseresse (il s'agit de la Diane de Versailles, du musée du Louvre dont on peut voir une réplique au jardin du Luxembourg par exemple), le Temple de l'Amour (fabrique érigée en 1777-1778 par Richard Mique dans le jardin anglais du Petit Trianon à Versailles), l'orangerie de Bagatelle ou le Grand Trianon (Versailles), la pagode du Jardin de Bagatelle, une colonne surmontée du Mercure de Jean de Bologne (musée du Louvre). A la suite, sur fond d'arcatures à l'antique, des femmes vêtues à l’antique se baignent dans un bassin alimenté par une fontaine qui reproduit la Fontaine de la Régénération (monument figurant Isis, flanquée de deux lions, de l'eau jaillissant de ses seins : cette fontaine est construite sur les ruines de la Bastille pour la fête de l'Unité et de l'indivisibilité du 10 août 1793). Cette référence à l'Egypte se retrouve également dans le traitement du bâtiment situé à droite des baigneuses ou encore avec les sphinges placées sur la balustrade en contrebas. Elle traduit l'égyptomanie ambiante de ce début du 19ème siècle, conséquence directe de la campagne d'Égypte de Bonaparte et du succès de l'ouvrage de Vivant Denon.
Posés sur les murs de la pièce depuis près de deux siècles, ces papiers peints ont notamment souffert de l'humidité et nécessiteraient une restauration.
Conservateur en chef du patrimoine en poste au Service régional de l'Inventaire à la DRAC de Poitiers de 2002 à 2005, puis au Service de l'Inventaire de la DRAC d'Aix-en-Provence. En poste au Service de l'Inventaire et du patrimoine, région Provence-Alpes-Côte d'azur depuis 2008.