Escalier rampe sur rampe avec balustres en pierre de Rognes dont la rampe d'appui est ornée, au niveaux des paliers, de sculptures en ronde-bosse figurant des lions couchés. Sur le repos entre le premier étage et l'étage en surcroît, la boule d'escalier est, selon la tradition familiale, constitué d'un ancien boulet de canon qui viendrait de l'oppidum romain de Pierredon (Eguilles). L'escalier distribue deux niveaux grâce à quatre volées superposées.
Les décors de gypseries se trouvent essentiellement sur les rampants des dessous d'escalier des seconde, troisième et quatrième volées, mais aussi, dans une moindre mesure cependant, sur les plafonds du vestibule et des paliers, ainsi que sur les encadrement des portes du palier du premier étage.
1. Le contexte de création
Les décors de gypseries sont attribués par prix-fait à Jean Gourret, maître gipier aixois, également auteur des décors d'escaliers d'hôtels particuliers d'Aix-en-Provence, tels que ceux de l'hôtel de Glandèves (1616) ou de Thomassin (1635).
On peut comparer le décor de l'escalier de la Calade à celui de l'hôtel de Valbelle-Tourves (ancienne Sous-Préfecture des Bouches-du-Rhône), réalisé en 1620 par les gipiers Jean et Durand Laugier qui se sont justement inspirés des travaux de Jean Gourret.
Les nouvelles créations tirent ainsi partie des précédentes mais aussi de certains modèles, notamment issus de recueils de gravures comme ceux de Jacques Androuet du Cerceau. Les motifs sont repris mais souvent assemblés de manière originale.
A la Calade, Hiérôme de Duranti demande à Jean Gourret "de faire les fassons de la montée du chasteau dud. St Louis de la Callade, quatre berceaux semblables lesd. Fassons à celles de la maison du feu Sgr Président de St Jean ou du Sr conseiller de Pierrefeu qui sont scises en ceste ville".
Une fois achevé, le décor de l'escalier est représentatif du maniérisme aixois de la première partie du 17e siècle.
2. Armes et chiffre des familles Duranti et d'Escalis
Le décor ornemental semble conçu en grande partie pour mettre en valeur armoiries et chiffre de la famille propriétaire du château.
Il convient de rappeler que la famille Duranti s'allie à la famille d'Escalis en 1627 par le mariage de Hiérome Duranti et de Sybille d'Escallis et, qu'en 1632, la mère de la mariée, Louise de Guiran, veuve de Pierre d'Escalis, vend à son gendre le domaine de La Calade. En juillet 1633, HIérome Duranti fait ériger le domaine en arrière-fief par Monseigneur de Bretel, sous le nom de Saint-Louis de La Calade, avec droits de moyenne et basse justice. Le domaine va rester aux mains de la même famille jusqu'à aujourd'hui.
On trouve ainsi les blasons et chiffres des deux familles, Duranti et d'Esacalis.
Le chiffre présente plusieurs lettres entrelacées : deux D affrontés et un S. Repos entre le rez-de-chaussée et le premier étage, escalier : détail du troisième rampant, partie inférieure et chiffre la famille Duranti et d'Escalis.
Il se trouve à la base du troisième rampant de l'escalier d'honneur mais aussi au-dessus de portes palières ainsi que dans le décor du plafond de la grande salle du rez-de-chaussée, réalisé au même moment et probablement par le même artisan.
Le blason de la famille Duranti La Calade est décrit ainsi dans le Dictionnaire des familles françaises anciennes et notables à la fin du 19e siècle : "D'argent à un cerisier arraché de sinople, fruité de gueules ; au chef de gueules chargé d'une étoile à six raies d'or". Il est figuré sur le second rampant, celui visible depuis le vestibule du château.
Le blason écartelé des familles Duranti et d'Esaclis est lui sculpté sous le troisième rampant. Les armoiries de la famille d'Escalis sont ainsi décrites : D'or au griffon de gueules, au bâton de sable brochant. L'écartelé présente aux 1 et 4 les armes d'Escalis, et au 2 et 3, celles de Duranti. Repos entre le rez-de-chaussée et le premier étage, escalier : détail du troisième rampant, cartouche central portant les armes de la famille Duranti associées à celles de la famille d'Escalis.
3. Le décor dans son ensemble
Le décor de gypseries en relief se trouve essentiellement sur les rampants des dessous d'escalier.
Le premier rampant, non visible, ne porte aucun décor.
Le second rampant, visible dès l'entrée dans le château, porte un décor maniériste s'organisant autour d'un cartouche à cuirs découpés portant les armes de la famille Duranti surmontées d'un heaume à lambrequins avec cimier figurant un phœnix. Le décor est autour de l'écu est foisonnant : en plus du répertoire ornemental usuel d'enroulements de feuilles d'acanthe, volutes, guirlandes et bouquets de fleurs et fruits, on peut observer 6 trophées d'armes ou encore 2 angelots-satyres, 2 sphynges, des mufles de lion, des têtes de dragons, 2 putti vexillifères.
Le décor du troisième rampant est également construit autour d'un cartouche à cuirs découpés, qui porte cette fois les armes d'alliance des familles Duranti et d'Escalis, sommées de même que les précédentes. Les motifs iconographiques sont, dans le même style que le précédent, tout aussi riches et variés. A la base de la composition, deux rinceaux en volutes habitées d'oiseaux et de chimères servent de supports à deux cornes d'abondance en sautoir accueillant en leur centre un mufle de lion. Au dessus du blason, deux angelots buccinateurs encadrent un mascaron. Un soldat romain sur fond de trophée d'armes couronne l'ensemble, entre deux vases fleuris posés sur des volutes habitées.
Avec le décor du quatrième rampant, on quitte le langage de la glorification des armes familiales pour un registre plus léger, pastoral et de divertissements. Il présente trois cartouches historiés superposés. Autour de ces cartouches on observe un décor de trophées de musique, de chutes et paniers de fruits, animé d'angelots s'embrassant ou dansant et d'animaux fantastiques. Le premier cartouche figure un paysage bucolique avec un berger assis, gardant son troupe au son d'une flûte ; le second une scène de genre et le troisième une vue de ville traversée par un cour d'eau.
Sur le noyau ou les rampants laissés nus, un décor gravé ornemental a pu être réalisé.
Le vestibule arbore des plafonds décorés de cartouches en relief avec motifs de feuilles d'acanthe et d’arabesques gravés. On retrouve ces motifs sur les plafonds du repos pour accéder au premier étage et sur ceux du palier de ce même étage. Le palier du premier étage donne accès aux appartements par deux portes latérales avec encadrements en gypseries. Arborant des décors en relief d'arabesques et de motifs floraux, ces encadrements ont cependant été enduits à un moment donné puis sommairement décroûtés et endommagés. On peut supposer que les portes du vestibule avaient bénéficié du même type de décor pour les trois portes latérales.
Conservateur en chef du patrimoine en poste au Service régional de l'Inventaire à la DRAC de Poitiers de 2002 à 2005, puis au Service de l'Inventaire de la DRAC d'Aix-en-Provence. En poste au Service de l'Inventaire et du patrimoine, région Provence-Alpes-Côte d'azur depuis 2008.