Dossier d’œuvre architecture IA05001763 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
Eglise paroissiale Saint-Florent
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de Serre-Ponçon - Chorges
  • Commune Savines-le-Lac
  • Adresse place de l' Eglise
  • Cadastre 2023 AD 74
  • Dénominations
    église
  • Appellations
    Saint-Florent
  • Parties constituantes non étudiées
    presbytère, salles paroissiales

Historique

En 1946, l’Etat lance l’application du projet de nationalisation des sources d’énergie qui avait été élaboré par le Centre National de la Résistance. A peine créé, Electricité De France relance un projet de barrage datant du début du 20e siècle qui avait été abandonné à la suite de la découverte de sources qui auraient pu mettre en péril la construction d’un barrage en briques.

EDF choisit de construire un barrage en terre en suivant l’exemple de l’ouvrage réalisé sur la rivière Tennessee et dépose une demande de concession devant le Comité technique des grands barrages en 1951 : le projet doit engloutir les villages d’Ubaye et de Savines. La même année, un bureau d’études en charge de projeter la transformation des routes et autres réseaux de circulation de la vallée s’installe dans le village. En 1953, une commission d’aménagement de la région Durance dirigée par Georges Meyer-Heine, architecte- urbaniste du MRU de Marseille, est créée. L’architecte Achille de Panaskhet est nommé pour penser et mettre en œuvre la construction d’un nouveau Savines ;  le village naguère agricole et industriel va renaître en village touristique et commercial.

La nécessité de créer un pont gigantesque pour enjamber le futur lac de rétention entraîne le déplacement du village sur la rive sud de la Durance. Savines devient un carrefour entre la route menant à Embrun et Briançon et celle conduisant à Barcelonnette. Le nouveau village est organisé en fonction de ces déplacements routiers : il est structuré par trois routes qui s’embranchent au débouché du pont. En 1955, après plusieurs propositions, l’architecte établit le noyau du village dans l’espace triangulaire situé entre les routes. Le projet est définitivement commandé par la Préfecture des Hautes-Alpes en 1956 et le plan d’urbanisme est approuvé en 1958. Après une année d’étude de conception pour les bâtiments publics (la mairie-salle des fêtes-perception, une maison socio-éducative, la poste, la gendarmerie) et les premiers lotissements, la destruction du vieux Savines et la mise en chantier du nouveau village s’engagent en 1960.

En 1961, le conseil municipal vote le changement de nom du village qui s’appellera dorénavant Savines-le-Lac et le clocher de l’ancienne église Saint-Florent est dynamité.

La conception de l’église apparaît dès les premières réflexions sur la reconstruction du village. Dans les premiers plans, l’église garde une forme classique en croix romaine finissant par une abside. Sa forme triangulaire n’apparaît sur les plans qu’à partir de 1958. Le presbytère est alors isolé et la chapelle d’hiver est placée à l’ouest. Ce n’est qu’en 1961, au moment où le chantier s’engage, que le plan de l’édifice se stabilise avec une chapelle placée à l’est et une galerie qui le relie au presbytère. Paul Languin, architecte associé à Achille de Panaskhet, s’occupe des calculs de pré-dimensionnement du béton. En novembre 1961, Achille de Panaskhet dessine le carton des vitraux et en confie la réalisation à l’atelier verrier Thomas installé à Valence.

La réalisation des bétons est confiée à l’entreprise grenobloise, Berger-Perrin. Le chantier avance vite et l’église est inaugurée en 1962.

En 1981, la toiture originelle – en cuivre oxydé – est remplacée par du bac acier gris.

 

Description

L’église se situe sur la place centrale du village, située en retrait de la route nationale et bordée au nord par le bâtiment linéaire de la mairie, à l’est par l’hôtel des Postes et l’antenne des Ponts et Chaussées. L’édifice s’élève au sud de la place, sur un terrain pentu.

[Plan du groupe paroissial dressé par Achille de Panaskhet et commenté par Thierry Durousseau].[Plan du groupe paroissial dressé par Achille de Panaskhet et commenté par Thierry Durousseau].

 

L'élévation extérieure

L’église a un plan triangulaire. Elle est reliée au presbytère et aux salles paroissiales par une galerie couverte. Ses deux faces principales s’élèvent en diagonales dissymétriques pour rejoindre le clocher. Celui-ci, effilé, rappelle la forme d’un plongeoir avec sa plateforme et son toit fait d’une fine dalle de béton.

Au nord, la façade principale est bâtie en béton à l’exception de la partie basse de son extrémité occidentale, construite en bossage avec une mise en œuvre en opus romain. Elle est percée d’un large portail de forme ovoïde dont l’encadrement en béton est ceint par une archivolte.

Le soubassement de la façade orientale est également construit en bossage, tout comme le baptistère de forme circulaire qui s’élève au sud. Le porche qui le relie à l’église forme une entrée secondaire. Sur la partie basse de la façade, la chapelle d’hiver forme un volume rectangulaire barré par un bandeau horizontal de vitrail. La partie haute de la façade est percée par six petites baies et une grande baie à vitrail.

 

L'élévation intérieure

Le portail principal permet d’entrer dans un vestibule. En plus de la nef, celui-ci distribue le clocher et la tribune de la nef par un escalier à vis, ainsi que la salle du trésor où les éléments liturgiques de l’ancienne église sont exposés.

La forme triangulaire de la nef dirige le regard vers sa pointe où est installé le chœur. Sur les murs de celui-ci, des bandes de vitraux sont installées à hauteur d’homme pour créer, selon les mots d’Achille de Panaskhet, « deux bras de lumière » qui représentent le chemin de croix. Le long du mur oriental, une tribune à corniche moulurée est installée. Elle repose sur des colonnes. Le plafond forme une voile inclinée dont les lambris reposent sur des pannes de mélèze. Celles-ci sont soutenues par des corbeaux à profil ondulé. La partie centrale du plafond est occupé par trois voûtes en berceau transversales. 

Vue intérieure de l'église : la nef.Vue intérieure de l'église : la nef.

Le baptistère a une forme cylindrique et son sol est entièrement occupé par un bassin circulaire. Le sol et les murs sont ornés d’un décor en pâte de verre dans les tons bleus et verts. Ceux-ci contrastent avec la lumière rouge-orangée émise par les pavés de verre installés dans sa partie supérieure.

Adossée à la nef, la chapelle d’hiver à un plan barlong. Des arcades permettent une liaison visuelle entre la chapelle et la nef. Un bandeau de vitraux est installé sur le mur extérieur. Les vitraux sont constitués de fragments de dalles de verre par de 2 à 3 cm d’épaisseur, découpés à la scie et polis. Ils représentent la création du monde.

 

Analyse

Par son plan, l’église prend place dans la lignée des constructions religieuses qui suivirent la seconde Guerre Mondiale comme Saint-Agnès à Fontaine-les-Grès édifiée par Michel Marot en 1954. Par son architecture, elle correspond au credo d’Achille de Panaskhet qui refusait le pittoresque et préconisait un usage de la pierre en dialogue avec le béton. Elle reprend également les grandes caractéristiques des édifices de Savines-le-Lac avec ses allusions aux codes de l’architecture balnéaire (porte-à-faux, dalle en béton, clocher effilé en forme de plongeoir). Pour autant, l’église constitue un bâtiment à part : c’est l’unique monument où Achille de Panaskhet a inséré des liens mémoriaux avec le village ancien. Ainsi, le recours à la voûte en berceau, aux corbeaux ondulés et à la corniche moulurée sont autant de rappels des formes de l’ancienne église Saint-Florent dynamitée en 1961.

 

La construction de l'église Saint-Florent est lancée en 1961 selon les plans de l'architecte Achille de Panaskhet. La réalisation du chantier en béton est confiée à l'entreprise grenobloise Berger-Perrin qui applique les calculs de l'architecte associé Paul Languin.

L'église a un plan centré triangulaire. Construite en béton et en bossage, elle est couverte par un toit en appentis massé recouvert de bac acier. Sa nef unique est couverte d'une voile lambrissée dont la partie centrale est occupée par des berceaux transversaux. Un escalier en vis permet d'accéder au clocher.

  • Murs
    • béton
    • pierre bossage
  • Toits
    acier en couverture, béton en couverture
  • Plans
    plan massé
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • lambris de couvrement
    • voûte en berceau
  • Couvertures
    • appentis massé
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour en maçonnerie
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

L'église a obtenu, comme l'ensemble du village, le label patrimoine XXe converti en label Architecture Contemporaine Remarquable : Commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) du 23 juin 2011.

Documents d'archives

  • Permis de construire de l'église de Savines-le-Lac, 1960. Archives communales, Savines-le-Lac : PC 5165.

Bibliographie

  • DESVIGNES, François. Le canton de Savines. Gap : Editions des Hautes-Alpes, 1996, 120 p.

  • DUROUSSEAU, Thierry. Savines-le-Lac, un village du vingtième siècle. Nice : La Manufacture, 2014, 144 p.

  • JACQUES, Louis. Savines et son église. Gap : Société d'études des Hautes-Alpes, 1963, 18 p.

Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
(c) Communauté de communes de Serre-Ponçon
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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