Dossier d’œuvre architecture IA05001706 | Réalisé par
Aycard Julie (Contributeur)
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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  • enquête thématique régionale, Patrimoine religieux de Serre-Ponçon Guillestrois-Queyras
Eglise paroissiale Saint-Pelade
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de Serre-Ponçon - Chorges
  • Commune Réallon
  • Lieu-dit l'Eglise
  • Cadastre 1843 C 1516  ; 2023 C 1012
  • Dénominations
    église paroissiale
  • Vocables
    Saint-Pelade
  • Parties constituantes non étudiées
    cimetière

I- Historique

Les archives conservées transmettent peu d’éléments sur l’histoire de l’église de Réallon. Seule a été conservée la mention d’une chapelle Saint-Pierre fondée en 1496 dans l’église par feu Pierre Michel, ancien habitant du village. De cet édifice médiéval, seul le clocher semble avoir subsisté.

La nef et le chœur paraissent avoir été reconstruits au 17e ou au 18e siècle. A la demande du chapitre de la cathédrale d’Embrun, grand décimateur, elle est blanchie en 1765, peut-être par le maître maçon piémontais Thomas Astruna, originaire de Biéla qui fut engagé par les chanoines pour peindre en blanc de nombreuses autres églises dont celles de Guillestre, Puy-Saint-Eusèbe, Savines-le-Lac, etc. Il est vraisemblable que ce travail s’étend au porche et accompagne la création de la niche à statue située au-dessus de la porte

L’église est terminée avant 1843, date de levée du cadastre napoléonien sur lequel l’édifice a sa forme actuelle. En 1856, la commune profite de l'opportunité de devoir refaire le plafond lambrissé de la nef, abîmé par des infiltrations d'eau, pour créer une voûte au même niveau que celle du chœur. Le chantier est confié aux entrepreneurs Jean Froment et Joseph Roux. Des pilastres sont engagés dans les murs pour soutenir cette voûte. Tout d'abord projeté en brique, l'ouvrage est finalement réalisé en tuf sur lattis de bois pour des raisons économiques. Pour réussir à financer ce projet, la commune ouvre des chantiers de charité : les habitants viennent travailler gratuitement ou donnent des matériaux pendant une année. Le chantier se termine en 1859 (A.D. 05, 2 O 757).

A cette date, Michele Ribba crée la porte sud, modifie la porte principale à l'ouest en lui adjoignant une imposte hémicirculaire. Il bâtit également une tribune. En 1860, Jean Peyron, menuisier réalise la porte occidentale en planche de frêne et de noyer. Vers 1870, le décor ornemental peint est rafraîchi (A.D. 05, O 7077). Le cadran solaire peint sur le clocher est restauré en 1985, la flèche, en 2005.

 Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1843 (section C, parcelle 1516). Echelle d'origine 1/1000.Plan de masse et de situation d'après le cadastre de 1843 (section C, parcelle 1516). Echelle d'origine 1/1000.

 

 

II- Description

 L’église Saint-Pelade a été bâtie à l’extrémité orientale du chef-lieu de Réallon. Elle est bordée au sud par le cimetière qui s’échelonne en terrasse vers la vallée.  

 

1- Le plan

Précédée par un clocher-porche de plan carré, l’église se compose d’une nef et d’un chœur, plus large, terminé par une abside hémicirculaire.

Plan de masse et de situation d'après le cadastre rénové de 2023 (section C, parcelle 1012). Echelle 1/2500.Plan de masse et de situation d'après le cadastre rénové de 2023 (section C, parcelle 1012). Echelle 1/2500.

 

2- Les élévations extérieures

L’église Saint-Pelade est construite en moellons de pierre liés au mortier recouvert d'enduit à l'exception du mur nord.

Le clocher-porche

Construit en avant de la nef, le clocher-porche a des angles chaînés en marbre de Guillestre. Son flanc sud a été taluté pour contrebuter l’effet de la pente. Un portail en marbre de Guillestre donne accès au porche. Il est clos par une porte monumentale à trois vantaux. Celle-ci est ornée de caissons et son tympan est occupé par une structure menuisée formée de caissons radiants, autour d’un oculus. Ce dernier a une forme triangulaire avec deux bords courbes.

La chambre des cloches a deux niveaux séparés par des cordons moulurés qui ceignent le clocher. Sous le cordon inférieur, un alignement de trous de boulin est visible sur chacune des faces.

Selon l’habitude locale, les niveaux de la chambre des cloches sont percés de baies dont le nombre augmente au fur et à mesure des étages. Au premier niveau de cette chambre, chaque côté reçoit une baie en arc plein cintre ; au second niveau, chacun est pourvu de deux baies géminées dont les retombées médianes reposent sur un linteau soutenu par deux colonnettes.

La flèche octogonale en pierre a, sur ses faces planes, des lucarnes maçonnées et des mitres d’amortissement placées en regard des faces biaises. Des gargouilles sont accrochées à chacune d'elles.

 Vue de situation prise du sud : élévation sud de la nef.Vue de situation prise du sud : élévation sud de la nef.

 

Le mur nord de la nef

Sur le mur nord, trois rangées de trous de boulins espacées d’environ 1, 5 mètres sont encore visibles. Une baie a été mise en place au niveau de l'arase du mur pour éclairer le comble.

 

Vue extérieure de l'élévation nord de la nef.Vue extérieure de l'élévation nord de la nef. 

Le chœur et le chevet

Le mur nord de la travée du chœur prend appui sur celui de la nef qui le domine d’environ 1,5 mètres. Ses assises ne sont pas continues. Le sanctuaire est ensuite prolongé par une abside hémicirculaire dont le mur courbe est percé à mi-hauteur par deux larges baies. Il est recouvert d’enduit.

Une petite sacristie s'appuie sur le mur de la travée droite méridionale. C’est un volume rectangulaire couvert de tôle ondulée. Sa façade est traitée en pignon et percée de deux baies rectangulaires. L’une éclaire la sacristie proprement dite, l’autre permet d’accéder à son comble.

Abside.Abside.

 

Le mur sud de la nef

Bâti en moellons équarris et assisés, le mur sud de la nef est recouvert d’un enduit protecteur. Il est percé de trois registres de baies ainsi que d’une porte rectangulaire dont le linteau repose sur des coussinets. Une niche à statue a été placée au-dessus de cette entrée latérale.

La baie la plus basse, située à l’extrémité ouest, est en plein cintre. Elle a un encadrement rectangulaire chaîné à forts ébrasements. Le second registre de baies, en arc brisé, encadre la porte. Le dernier registre consiste en deux baies en arc plein cintre percées à mi-hauteur du mur. L’une d’elles est obstruée.

 

Conclusion

L'analyse des murs extérieurs atteste de la construction de l'édifice en plusieurs phases : la nef a été appuyée sur un clocher existant, puis le chœur a été greffé sur la nef.

 

 

3- Les élévations intérieures

 Le porche

Aménagé en partie basse du clocher, le porche est un volume rectangulaire auquel on accède en descendant deux marches. Il est dallé de pierres plates. Des banquettes de pierres plates sont maçonnées le long des murs.

Une porte rectangulaire ouvre sur la nef. Son linteau repose sur des coussinets. Elle est surmontée d’une niche à statue en arc brisé autour de laquelle figurent encore les vestiges d’un décor peint.

 Vue du porche.Vue du porche.

 

La nef

La nef a trois travées rythmées par des pilastres engagées sommés de chapiteaux à feuilles plates. Ces supports soutiennent trois voûtes d’arêtes de plan barlong dans lesquelles pénètrent les lunettes des voûtes. Le vaisseau est ceint par un large bandeau mouluré qui épouse les tailloirs des chapiteaux à la manière d’une corniche extérieure.

Au-dessus de la première travée, une tribune en bois a été installée.

 Vue de la nef depuis les voûtes.Vue de la nef depuis les voûtes.

 

Le chœur

Le chœur est plus bas que la nef. Il est constitué de deux travées droites et d’une abside. Les travées droites sont voûtées en berceau plein-cintre. Un faux doubleau se prolonge dans deux fins dosserets ; cet aménagement crée une partition visuelle entre les deux travées droites.

Selon une habitude locale relevée depuis les années 1500, des chapelles sont aménagées dans l’épaisseur des murs de la première travée au moyen d’un arc en plein cintre.

L’abside est couverte d’une voûte en cul de four.

Comme la nef, le volume est ceint d’un bandeau mouluré mais celui-ci est différent du premier : un peu moins large, ce bandeau est fait de méplats et de baguettes au lieu de moulures toriques.

 Détail du cul-de-four de l'abside.Détail du cul-de-four de l'abside.

 

 

 

 

 

 

 

Le clocher a probablement été érigé durant la seconde partie du 15e siècle. La nef et le chœur ont été érigés en deux phases distinctes à l'époque moderne. La nef a ensuite été transformée entre 1856 et 1859 par les entrepreneurs Jean Froment et Joseph Roux. En 1859, Michele Ribba crée la porte sud, modifie la porte principale à l'ouest en lui adjoignant une imposte hémicirculaire et réalise la tribune. Le décor peint a peut-être été réalisé par l'atelier Scala.

Construite en moellons de pierres équarris et enduite, l’église a un plan allongé. La nef et le chœur ont des toits à longs pans couverts en tôle ondulée, l'abside est, quant à elle, couverte d'une croupe ronde.

La nef a reçu trois voûtes d'arêtes tandis que le chœur est voûté en berceau plein cintre et l'abside, en cul-de-four.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
  • Toits
    tôle ondulée
  • Plans
    plan allongé
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • voûte d'arêtes
    • voûte en berceau plein-cintre
    • cul-de-four
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe ronde
  • Techniques
    • peinture
  • Précision représentations

    Outre les scènes figurées peintes dans le porche, la nef et le chœur de l'église ont reçu un décor peint. Dans la nef, ce décor se concentre sur les pilastres engagés où il imite des marbres rouge et noir veinés. La corniche moulurée qui ceint l'église est également ornée d'un décor de marbre blanc veiné de gris. Les arêtes des voûtes ont été soulignée par un décor de faux marbre.

    Dans le choeur, le bandeau mouluré est également traité en faux marbre blanc veiné de gris rehaussé de guirlandes florales, des guirlandes imitant un tissu rouge courent sous ces moulures et la voûte en cul-de-four est ornée de caissons rouges à motifs floraux blancs. L'arc doubleau factice et l'arc diaphragme de l'abside ont été ornés de cartouches à motifs floraux bleus sur fond bleu.

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    classé MH partiellement, 1948/11/06
  • Précisions sur la protection

    Clocher : classement par arrêté du 6 novembre 1948

  • Référence MH

Documents d'archives

  • Titres de la chapelle Saint-Pierre fondée dans l'église Saint-Pelade en 1496. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap: G 2767

  • Comptes du trésorier de l'entretien des églises pour le chapitre de la cathédrale d'Embrun, 1763-1765. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : G 708.

  • Délibération communale portant sur l'état de l'église, 1812. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7077.

  • Etat de situation des travaux exécutés à l'église et au clocher par le sieur Allara Pierre, 1839. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 O 757

  • Compte général des travaux exécutés pour la construction d'une voûte et la reconstruction d'une partie de la toiture par Les sieurs Joseph Froment et Joseph Roux, 1858. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 O 757

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 2 O 757
  • Etat des journées employées pour la porte d'entrée principale, 1860. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7077.

    Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : O 7077

Bibliographie

  • DARTEVELLE, Guylaine. Églises médiévales des Hautes-Alpes. Taulignan : Plein Cintre éditions, 1990. 119 p.

  • GIORDANENGO, Gérard. La reconstruction des églises paroissiales dans le diocèse d'Embrun (XVe siècle - milieu du XVIe siècle). Dans : Congrès archéologique de France, Dauphiné, 1972. Paris : Société française d'archéologie, 1974, p. 162-181.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Réallon, 1843. / Dessin à l'encre et lavis. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1134

    section C, 7e feuille, parcelle 1516
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Aycard Julie
Aycard Julie

Docteure en archéologie des mondes anciens (université de Picardie-Jules Verne), historienne de l’architecture, directrice de l'agence Memoriae. Chargée de l'inventaire du bâti religieux de la communauté de communes de Serre-Ponçon (05) entre 2022 et 2025.

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