Dossier d’œuvre architecture IA04002993 | Réalisé par
Mosseron Maxence (Rédacteur)
Mosseron Maxence

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007-2022).

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  • inventaire topographique
ferme dite ferme Simian
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Allos-Colmars
  • Commune Thorame-Basse
  • Lieu-dit Château-Garnier
  • Cadastre 1827 A1 33, 34, 64, 73, 74, 75, 77, 91, 143, 144, 145, 177, 178, 184, 185, 241, 242, 242 bis, 251  ; 2018 A 597, 598, 602, 620
  • Précisions
  • Dénominations
    ferme
  • Appellations
    ferme Simian
  • Parties constituantes non étudiées
    remise agricole, fenil, colombier, entrepôt agricole, hangar agricole, bergerie

I. La propriété en 1827 : composantes et revenus cadastraux estimés.

1. Quelques données contextuelles

En 1827, la propriété appartenait à Blaise Simian, cultivateur, âgé de 66 ans (le recensement de population de 1836 indique qu'à cette date il avait 75 ans). Il était à la tête de cinq parcelles bâties et de 14 parcelles de foncier non bâti. L'ensemble totalisait environ 3,7 hectares. 87% de la propriété étaient dévolus aux terres labourables, 95% si l'on ajoute les prés de fauche. Pour l'ensemble des surfaces considérées, les revenus cadastraux atteignaient 160,62 F, ce qui faisait de l'ensemble une propriété d'importance moyenne, selon les critères établis par le géographe André de Réparaz dans sa thèse La vie rurale dans les Préalpes de Haute Provence.

nature de la parcelle

surface (m2)

nombre de parcelles

revenus estimés (F)

aire

192

1

1,15

bâtiment

140

3

0,84

jardin

171

1

1,71

maison

306

2

17,84

oseraie

255

2

0,05

pré

3 000

2

21,48

réservoir

30

1

0,18

terres labourables

32 310

6

117,32

terres vagues

1 020

1

0,05

TOTAL

37 424

19

160,62

La propriété en 1827 : composantes et revenus cadastraux estimés.

Plan cadastral de la commune de Thorame-Basse, 1827, section A1, parcelles 33, 34, 64, 73, 74, 75, 77, 91, 143, 144, 145, 177, 178, 184, 185, 241, 242, 242 bis, 251.Plan cadastral de la commune de Thorame-Basse, 1827, section A1, parcelles 33, 34, 64, 73, 74, 75, 77, 91, 143, 144, 145, 177, 178, 184, 185, 241, 242, 242 bis, 251.

2. Le foncier non bâti

L'ager (c'est-à-dire le foncier mis en culture) représentait 86,4% des revenus cadastraux de la propriété. Au sein de l'ager, la part du grain (73% des revenus cadastraux totaux) approchait les 85 %. Cela permet de donner une idée du système d'exploitation mis en place par Blaise Simian autour de 1830 : les céréales représentaient l'essentiel de l'agriculture. L'herbage n'était que marginalement complémentaire et l'élevage, donc, une activité très minoritaire. On remarque que le foncier de la propriété s'inscrivait dans une aire restreinte contiguë au hameau de Château-Garnier, ou située à quelques dizaines de mètres de ce dernier. Les terrains bordant l'Issole étaient exploités en oseraie qui permettait de fabriquer des ustensiles en vannerie, à usage domestique et aussi destinés à la vente. Une aire à battre sur les hauteurs du hameau (au nord) offrait la surface disponible au traitement des récoltes. Elle jouxtait un colombier qui jouait aussi le rôle d'entrepôt agricole pour stocker le grain.

3. Le foncier bâti

Blaise Simian disposait de plusieurs bâtiments de deux natures : maison d'habitation et entrepôt agricole.

Les maisons

Il est difficile de déterminer quelle pouvait être a priori la tête d'exploitation. Par ailleurs, les deux bâtiments étaient estimés à l'identique, un peu moins de 9 F.

Maison 1

La maison construite sur l'ancienne parcelle 91 (actuelles parcelles 1008 et 1009) n'a pu être repérée, dans la mesure où les modifications dont elle témoigne empêchent une lecture claire de sa distribution d'origine.

Maison 2

En revanche, celle correspondant à l'ancienne parcelle 64 semble répondre à cette fonction : en bordure de hameau, elle était davantage tournée vers les terrains d'exploitation et en lien direct avec des dépendances. La construction, en 1827, disposait d'une cour à l'ouest. Edifiée en moellons de grès et de calcaire liés au mortier de chaux et recouvert d'enduit rustique, elle se développait à l'origine sur trois travées et quatre niveaux : un rez-de-chaussée, deux étages carrés et un étage de comble. Vraisemblablement à la fin du siècle - la date portée (1886) sur le linteau de la porte d'entrée pourrait l'attester - une quatrième travée fut adjointe sur l'espace libre de la cour : l'agrandissement reste visible malgré l'harmonisation apportée à la façade principale sud par une légère cassure correspondant à l'alignement du bâtiment sur la rue. On observe une porte haute sur le mur-pignon ouest, qui désigne le point d'accès au fenil. Il n'y a pas lieu de penser que cet ajout ait modifié le schéma de distribution intérieur. L'entrée s'effectue à l'extrémité droite de la façade : la porte avec imposte vitré s'inscrit entre deux piédroits en pierre de taille et linteau monoxyle calcaire. Elle ouvre sur un couloir très court (deux mètres environ) puis sur un escalier tournant maçonné qui se déploie sur la profondeur du bâtiment. Dès l'entrée, une porte à gauche ménage un accès à un cellier servant aussi de bûcher, voûté en berceau segmentaire et éclairé par une fenêtre grillagée avec arc segmentaire en pierre de taille calcaire. Au rez-de-chaussée, on trouve aussi une porte charretière ouvrant sur une remise agricole. Les deux étages carrés étaient entièrement dévolus aux pièces de logis, soit quatre travées dont les ouvertures reçoivent chacune des persiennes. Le toit à longs pans, légèrement débordant, est couvert en bac acier. En façade, entre la deuxième et la troisième travée et entre les deux étages carrés s'inscrit un cadran solaire daté de 1923. Réalisé sur un support façonné au plâtre, il présente un encadrement avec bords échancrés et des graduations peints à l'ocre rouge. Il ne comporte pas d'inscription en dehors de la date et de deux étoiles stylisées aux deux angles supérieurs.

La tête d'exploitation : vue d'ensemble de la façade principale sur rue, exposée au sud.La tête d'exploitation : vue d'ensemble de la façade principale sur rue, exposée au sud.

Les dépendances agricoles

Les trois dépendances, toutes construites selon les principes et avec les matériaux traditionnels, ont été l'objet de modifications : l'entrepôt agricole correspondant à l'ancienne parcelle 75 (actuelle parcelle 602) est un bâtiment de deux étages (rez-de-chaussée et étage carré), dont le premier niveau sert de remise agricole (aujourd'hui de garage) et le second de logement, mais cette destination découle peut-être d'un changement de fonction, qui le cas échéant serait intervenu anciennement, dans la première moitié du 20e siècle. La pièce de logis dispose d'un point de chauffage (poêle). On y accède par un escalier droit en bois avec terrasse, parallèle au mur-pignon est afin de ne pas empiéter sur la rue. La terrasse est protégée par le débord de l'avant-toit, lui-même soutenu par des aisseliers en bois. Le mur gouttereau est quant à lui traité avec un rang de génoise. Le toit à longs pans et pente faible est couvert en tôle ondulée.

L'entrepôt sur l'ancienne parcelle 77 (actuellement 600), totalement transformé, est désormais une maison.

Vue d'une dépendance, de l'autre côté de la rue (façade nord). Etat restauré en 2018.Vue d'une dépendance, de l'autre côté de la rue (façade nord). Etat restauré en 2018.

L'entrepôt (désigné sous la dénomination "colombier) sur l'état de section de 1827 est implanté sur les hauteurs du hameau, à la frange nord. Il s'agissait en réalité d'un bâtiment en longueur - peut-être une ancienne bergerie aujourd'hui totalement ruinée - accolée à un colombier, c'est-à-dire un pigeonnier en forme de tour - fortement dégradé et qui menace ruine. Ce dernier s'élève sur trois niveaux : un rez-de-chaussée et deux étages carrés, le premier tenant lieu de remise, les deux autres de pigeonnier proprement dit, dont témoignent, bien que lacunaires, les boulins encore en place. L'entrée et les deux ouvertures des étages carrés sont toutes orientées au sud. Seule la plus haute baie conserve quelques carreaux de terre cuite vernissée pour empêcher l'accès du colombier aux rongeurs. L'avant-toit est traité à deux rangs de génoise, et couvert d'un toit à pan unique couvert en tuile creuse. Le bâtiment attenant, espace ménageant une surface intérieure d'environ 60m2 (4 x 15 m), n'est plus visible qu'à l'état de vestiges. Ses dimensions semblent désigner une bergerie, mais une hypothèse laisse penser à une autre destination, vraisemblablement postérieure. La trace d'arrachement du toit sur la façade latérale est du colombier montre qu'un toit à longs pans et forte pente (supérieure à 30°) recouvrait celle-ci. Une aire à battre accompagnait l'édifice, derrière, sur un espace plan. Elle jouxtait la portion de terre labourable la plus étendue de la propriété (un peu moins de 1,5 ha).

Une remise d'aire à fouler ?

Or, la présence de cette aire, mais surtout la morphologie du bâtiment jouxtant le colombier, font penser à une autre fonction pour celui-ci. En effet, il n'est pas aligné sur le colombier puisque les deux murs-pignons débordent en façade sur une profondeur d'un mètre environ. La mise en oeuvre, en outre, montre que ces deux avancées ont été ajoutées à une période postérieure à la levée du cadastre de 1827, vraisemblablement pas avant le fin du 19e siècle sans datation précise possible. On remarque également que la dépendance dessine un quadrilatère ouvert sur l'aire à battre, qu'elle prolongeait à couvert. Cette disposition désigne, avec un degré de probabilité très élevée, un type de bâtiment identifié dans la vallée du Coulomp et dans le haut-Verdon - le hameau de la Bâtie tout proche, sur le territoire communal, en conserve d'ailleurs un exemplaire (référence : IA04003011) - : la remise d'aire à fouler ou aire à battre semi-couverte, avec aire de foulage abritée au premier niveau et fenil à l'étage de comble. Malheureusement, la déprise généralisée et les modifications apportées au bâti ont fait disparaître la plupart de ces traces marquantes de l'activité agricole en zone alpine de moyenne altitude, qui permettaient de continuer le foulage à couvert en cas d'intempérie. Dans un tel contexte, les variations météorologiques étaient si rapides en effet qu'elles imposaient la mise en place de structures adaptées dont les remises d'aires à fouler constituent un témoignage significatif certainement plus étendu que ce que les ultimes exemples, toujours moins nombreux, le laissent appréhender aujourd'hui.

Le colombier avec les ruines de l'entrepôt agricole accolé (une remise d'aire à fouler ?), sur les hauteurs du hameau : vue générale depuis le sud-est.Le colombier avec les ruines de l'entrepôt agricole accolé (une remise d'aire à fouler ?), sur les hauteurs du hameau : vue générale depuis le sud-est.

II. La propriété depuis l'après Seconde Guerre mondiale puis les années 1970 : une exploitation spécialisée dans l'élevage ovin

L'exploitation témoigne de l'évolution de l'agriculture au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec le renouveau agricole, qui s'est accéléré dans les années 1970. A partir des années 1950, la ferme s'est déplacée vers le sud, utilisant les anciennes parcelles 33 et 34 (actuelles parcelles 597 et 598), c'est-à-dire une zone de prés et de labours, pour accroître l'exploitation dans le sens d'une spécialisation vers l'élevage ovin. Ce déplacement fonctionnel a entraîné la mise en place d'installations dédiées standardisées observables pour l'essentiel des exploitations qui se sont développées dans le dernier tiers du 20e siècle : bergeries de forme hangar, bergeries-tunnels, entrepôts agricoles de forme hangar sur piliers pour le stockage du fourrage nécessaire au cheptel, et dépendances liées. Les matériaux et la mise en oeuvre traditionnels ont ainsi laissé place aux structures métalliques et au parpaing de béton. Le bac acier et la tôle ondulée moderne sont systématiques en couverture pour les bâtiments construits à partir des années 1970.

La cour de l'exploitation avec les bâtiments de stockage depuis l'entrée principale à l'est.La cour de l'exploitation avec les bâtiments de stockage depuis l'entrée principale à l'est.

La partie contemporaine de l'exploitation : machinisme et bergeries-tunnels.La partie contemporaine de l'exploitation : machinisme et bergeries-tunnels.

La maison située sur la parcelle 620 (anciennement 64) correspond toujours à la tête d'exploitation. L'entrepôt agricole qui lui fait face (ancienne parcelle 75) lui est directement associé par l'harmonisation des huisseries sur chacun des bâtiments : un bleu lavande. L'ancien jardin et le réservoir (respectivement parcelles 1827 F 73 et 74) ont été remplacés par des adjonctions - des entrepôts de type remise agricole et fenil sur remise agricole - pour les besoins de l'exploitation, qui est toujours en activité aujourd'hui. Les prés de fauche qui bordent les bâtiments (notamment les parcelles 586 de l'autre côté de la route départementale 2), font partie de cette propriété.

Vue d'ensemble et de situation des bâtiments composant la propriété actuelle, depuis l'ouest.Vue d'ensemble et de situation des bâtiments composant la propriété actuelle, depuis l'ouest.

L'exploitation, avec la ferme qui l'accompagnait, était en 1827 la propriété de Blaise Simian, cultivateur qui possédait en outre plusieurs autres bâtiments ainsi que du foncier cultivable dans et autour de Château-Garnier à cette date. La maison proprement dite a été agrandie, vraisemblablement dans la décennie 1880 (le linteau au-dessus de la porte d'entrée porte une inscription avec la date portée 1886), même si le registre des augmentations et diminutions n'indique alors aucune modification, ni jusqu'à la Première Guerre mondiale (mais le document est lacunaire). La datation du cadran solaire (1923) correspond sûrement à la réalisation ou la réfection de cet instrument décoratif : on en trouve un autre, similaire, sur un bâtiment de la même rue à la sortie ouest du hameau, daté de 1934. L'exploitation s'est considérablement développée de l'autre côté de la rue, à partir des années 1970 : de nombreux bâtiments liés à l'élevage et au stockage se sont progressivement agglomérés pour lui donner son aspect actuel. Il s'agit d'une des dernières exploitations encore en activité sur la commune.

  • Période(s)
    • Principale : 1ère moitié 19e siècle
    • Principale : 4e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1886, porte la date
    • 1923, porte la date

La maison proprement dite ne constitue qu'une partie de l'exploitation. Construite en maçonnerie de moellons de grès et calcaire liés au mortier de chaux et couverte d'un enduit rustique, elle se déploie sur quatre niveaux dont deux étages carrés d'habitation et un étage de comble desservis par un escalier tournant dans-oeuvre. Le toit à longs pans est couvert en bac acier.

L'exploitation comprend plusieurs dépendances dissociées : remises agricoles, fenils, entrepôts agricoles, hangars agricoles, bergeries, ainsi qu'un colombier aujourd'hui désaffecté. La partie principale en activité désigne une exploitation moderne centrée sur l'élevage ovin rassemblant des installations afférentes notamment sous la forme de bergeries-tunnels, de vastes fenils et des remises agricoles destinées à entreposer le gros matériel.

  • Murs
    • grès moellon enduit
    • calcaire moellon enduit
  • Toits
    acier en couverture
  • Étages
    rez-de-chaussée, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant en maçonnerie
  • Typologies
    F3 : ferme à bâtiments accolés et/ou disjoints
  • Techniques
    • peinture
  • Représentations
    • représentation non figurative
  • Précision représentations

    Cadran solaire façonné au plâtre et peint à l'ocre brun pour le cadre feint et les gradations ainsi que les indications chiffrées. La date (1923) apparaît dans la partie haute au centre ; elle est encadrée par deux figurations d'étoiles stylisées à six branches.

  • Précision dimensions

    Dimensions non prises.

  • Statut de la propriété
    propriété d'une personne privée

Bibliographie

  • BRUNET, Marceline, DEL ROSSO, Laurent, LAURENT, Alexeï et MOSSERON, Maxence. La ferme et le territoire en haute Provence, dir. Marceline Brunet. Collection Cahiers du Patrimoine, n° 119. Lyon : Lieux Dits, 2019, 408 p.

    p. 365-366
  • REPARAZ, André de. La vie rurale dans les Préalpes de Haute Provence. Thèse de l'université d'Aix-Marseille II, 3 tomes. Lille : Atelier national de reproduction des thèses, 1978, 1 230 p.

Documents figurés

  • Plan cadastral de la commune de Thorame-Basse / Dessin à l'encre sur papier par Beaudun, Corriol et Ricard, 1827. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 105 Fi 218 / 001 à 022.

    105 Fi 218 / 002. Feuille levée par Corriol en 1827
Date(s) d'enquête : 2011; Date(s) de rédaction : 2018
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Mosseron Maxence
Mosseron Maxence

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007-2022).

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