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Présentation de la commune de Beauvezer

Dossier IA04002725 réalisé en 2010

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Panorama historique

L’occupation du territoire de l’actuelle commune de Beauvezer est très ancienne puisque dès l’Antiquité, la haute vallée du Verdon dépend de la civitas et de l’évêché de Thorame. Le commerce et l’élevage ovin constituent la principale ressource de la communauté. Les troupeaux transhumants originaires de basse et de moyenne Provence, ainsi que du delta du Rhône, convergent vers les alpages de la haute vallée du Verdon à partir du mois de juin et y séjournent environ quatre mois, jusqu'à l'arrivée des premiers flocons. S'opère ensuite la transhumance descendante vers le lieu d'origine auquel se joignent les troupeaux locaux des élevages bas alpins, pour hiverner. Au Moyen-Age, les communautés de Beauvezer, de Colmars et des communes limitrophes bénéficient de nombreux avantages en nature et fiscaux dont une exonération de droits de passage pour leurs troupeaux transhumants et les marchandises qu’ils transportent. Ces privilèges qui perdurent durant toute la période Moderne disparaissent peu à peu à partir de la Révolution.

Vue du village de Beauvezer dans son contexte paysager depuis le Planon, de l'autre côté du Verdon (rive gauche).Vue du village de Beauvezer dans son contexte paysager depuis le Planon, de l'autre côté du Verdon (rive gauche).

L’activité économique est redynamisée au début du 19e siècle par l’implantation de petites industries textiles liées au tissage de la laine. En 1813, deux usines emploient 105 ouvriers. Le phénomène s’amplifie à partir du deuxième quart du 19e siècle par la construction de six usines entièrement mécanisées qui prennent en charge toute la chaine de transformation depuis le tissage de la laine jusqu’à la production de draps. Cette activité lucrative entraine un accroissement de la population qui passe de 629 habitants, en 1765, à 906 habitants, en 1861. Ce dernier recensement constitue le pic démographique de la commune. La population décroît lentement au cours du XXe siècle pour arriver à 176 habitants, en 1962, et cela malgré l’inauguration de la ligne de chemin de fer du train des pignes, en 1911, et la construction d’une gare à Thorame-Haute censée désenclaver la vallée. Le classement de la commune en station climatique, en 1925, ne permet pas de renverser le mouvement. Cette décroissance régulière connaît une accélération durant les deux guerres mondiales. Depuis 1962, la tendance s'est inversée avec l'arrivée d'une population nouvelle, essentiellement urbaine, qui y créent leurs résidences secondaires. Ce mouvement est encouragé par le développement des sports d'hiver, puis du tourisme vert. En 2012, la population s’élève à 343 habitants.

Géographie

Le village de Beauvezer est situé dans la vallée du Haut Verdon à une altitude de 1175m. La commune qui dépend du canton d'Allos-Colmars est limitrophe des communes de Colmars, Villars-Colmars, Thorame-Haute et de Thorame-Basse. Son territoire qui compte environ 1141 hectares de bois et forêts s'étant de part et d'autre de la rivière le Verdon qui coule du nord-au sud, au fond d'une vallée étroite bordée de montagnes dont les sommets culminent à 2580 mètres pour le Petit Coyer et 2434 mètres pour le Laupon.

Le relief est constitué de calcaire et de grès avec en certains endroits de longues coulées de marne qui rendent impossible toute tentative de culture. L'eau y est abondante sous la forme de ruisseaux qui s'écoulent par de nombreux ravins vers le fond de la vallée.

Les ressources agricoles et l'évolution du paysage

a) L'agriculture

L'étude comparée entre le cadastre ancien de 1827 et le cadastre de 2015 révèle une profonde mutation du paysage notamment pour ce qui concerne les zone de culture situées en fond de vallée jusqu'à environ 1500 mètres d'altitude voire jusqu'en lisière de l'alpage. On observe même en certains endroits de petites parcelles au tracé régulier incluses dans l'immensité des pâturages, laissant penser à des zones cultivées en des lieux hostiles et reculés.

Alors que la forêt s'étend aujourd'hui sur plus de 70% du territoire, elle ne représentait dans le première moitié du XIXe siècle pas plus de 40% et peut être même moins. L'étude du parcellaire révèle de vastes zones de cultures, continues, sur le versant ouest et également sur le versant est. En fonction de l'exposition, de l'altitude, de la fertilité de la terre et de la présence de l'eau, le parcellaire apparaît plus dense à certains endroits tels qu'en bordure du Verdon, des ravins, ou autour du village et des hameaux. Pour ces derniers il est probable que le choix du lieux de leur implantation ait été conditionné par la capacité d'exploiter les terres environnantes. Les chemins qui desservent les zones de cultures sont rares, étroit et calladés, et le plus souvent bordés de murs. Lorsque les parcelles sont enclavées, un droit de passage permet au paysan de les atteindre.

Les terrains de culture situées sur des pentes douces sont dépourvus de tout aménagements de type terrasses, stabilisées par des murs en pierre sèche, comme c'est le cas quasi généralisé en basse et moyenne Provence. Un des rare exemple observé sur la commue est situé en moyenne altitude autour de la bergerie La Baragna située en bordure du Ravin de Chaussegros (versant ouest). Quelques terrasses de cultures sont aussi encore présentes dans les alentours du hameau de Ganon.

Sur les zones planes et fertiles telles qu'aux lieux-dits Aco de Chalve ou au Planon, sur la rive est, les parcelles sont clôturées par des murs épais en pierre sèche, construits à partir de l'épierrage des champs. Dans d'autre cas, l'épierrage à donné lieu à la création de tumuli ou à la construction d'entrepôts agricoles implantés sur les zones de cultures pour y entreposer du matériel aratoire, y stocker des récoltes ou pour y séjourner temporairement. Le secteur le Planas dans lequel subsistent encore quelques vestiges de cultures de lavande en compte une dizaine dont certains construits sur le même modèle. On observe également d'anciens canaux d'irrigation situés en bordure de parcelles, qui témoignent d'une diversification des cultures.

Autour des agglomérations, de petites parcelles régulières dont la surface exèdre rarement 500 mètres carrés, étaient aménagées en jardins potagers réservés pour l'alimentation des familles autochtones. Quelques unes sont toujours exploitées en 2010.

Les matrices du cadastre ancien mentionnent les parcelles cultivées sous les dénominations: terre labourable, jardin, verger ou pâture, mais il reste très difficile d'identifier avec précision la nature exacte des cultures.

On recense parmi les principales :

Cultures irriguées : légumes

Cultures humides : foin, luzerne, fruitier (prunier, mirabellier, pommier, poirier, cerisier)

Cultures sèches : lentilles, poids chiches, blé, orge, méteil, lavande

L'importance de la surface des terres agricoles sur l'ensemble de la commune, qui n'a cessé de croître entre la période moderne et le milieu du XIXe siècle, a entrainé une déforestation massive que la création de nouvelles pâtures n'a cessé d'accentuer. Pour remédier à ce fléaux entrainant une érosion des terrains de montagne, une politique de reboisement accompagnée d'un durcissement de la législation a été impulsé en 1860 par la loi du 28 juillet entrainant la création d'un corps administratif spécialisé dans la restauration des terrains de montagne (RTM). Dans ce but, est créée vers 1920 la pépinière de Congermon dont il ne reste plus aujourd'hui que les vestiges d'une citerne, une maison et une cabane en bois. Bien que les conflits avec les bergers furent nombreux, cette politique a permis la reconstitution des forêts au détriment des pâture, et donc limité les conséquences de l'érosion. A partir du milieu du XIXe siècle, la déprise agricole puis le dépeuplement des campagnes lié aux guerres, a entraîné un abandon d'un grand nombre de parcelles cultivées. La foret restaurée au début du XXe siècle qui n'a cessée de croître jusqu'en 2015, recouvre aujourd'hui plus de 70% du territoire et a radicalement transformé le paysage agreste d’antan.

En 2010, hormis quelques jardins potagers, l'ensemble de la production agricole semble s’être orientée vers la production de foin et la sylviculture.

B) l'élevage ovin

L'élevage ovin attesté dans la haute vallée du Verdon depuis l'Antiquité pourrait être une pratique encore plus ancienne. Très tôt, l'élevage local composé de petits troupeaux excédant rarement plus d'une cinquantaine de têtes est renforcé par le phénomène de la transhumance issue de basse et de moyenne Provence, ainsi que des plaines du delta du Rhône. L'élevage bovin semble avoir toujours été minoritaire.

L'élevage ovin local associé à l'élevage exogène transhumant entraine très tôt un développent important des zones de pâtures qui s'effectue au détriment de la forêt, et qui se développent sur l'ensemble des reliefs, depuis le fond de la vallée jusqu'aux crêtes. Des pâtures sont aménagées en partie basse pour accueillir les troupeaux résidents, entre le mois de novembre et le mois d'avril, lorsque l'alpage n'est plus praticable. Profitant de la pratique de l'assolement, c'est derniers séjournent également sur les parcelles de cultures en jachère en apportant la fumure indispensable. Pour protéger les parcelles avoisinantes mises en culture, des haies d'arbustes sont plantées sur leurs pourtours créant en certains endroits un bocage arbustif dont l'origine peut remonter à la période Moderne. Bien que ce type de paysage ait existé sur l'ensemble de la vallée du Verdon avec une persistance visible sur les communes de Thorame-Haute et Thorame-Basse, il n'en subsiste en 2010 que quelques traces à Beauvezer notamment dans le secteur de Ganon ou en direction de la Combe.

Bergerie avec logis dite La Baragna.Bergerie avec logis dite La Baragna.

Pour éviter que les troupeaux transhumants ne se dispersent au milieux des champs cultivés, des axes de circulations appelés "Carreïres ou Drayes" sont constitués en fonds de vallée pour le bétail transhumant et entre les champs pour sécuriser l'ascension en direction des alpages. Ces voies de circulations réservées, mentionnées sur le cadastre ancien, sont pour la plupart toujours en activité et ont conservé sensiblement le même tracé sur le cadastre actuel. L'une des principale permettant l'acheminement des troupeaux depuis l'entrée de la vallée jusqu'à Allos est située au pied du versant est. Dans le même temps, de vastes parcelles appelées "Relarguiers" ont été aménagées pour rassembler les troupeaux transhumants durant la nuit avant la reprise du périple. L'une d'entre elles, de plan rectangulaire avec une surface d'environ deux hectares, était située en contrebas du village, entre la route et le lit du Verdon, au lieu-dit Les Relarguiers. Tombée en désuétude au cours de la seconde moitié du XXe siècle avec l'évolution des pratiques, puis l'apparition de la bétaillère, elle n'est plus aujourd'hui qu'une vaste étendue boisée.

L'élevage ovin local associé aux troupeaux transhumants a entrainé un aménagement des pâtures par la construction de cabanes d'alpages, de parcs et d'abris. Pour certaine d'entre elles, leur présence est attestée dés la seconde moitié du Vivement siècle sur les cartes militaires dressées par Jean Bourcet de la Saigne, mais leur date d'édification peut être plus ancienne. C'est le cas de la cabane de la Sellanche qui y est déjà figurée en 1764.

Le développement urbain de la commune

Jusque dans le seconde moitié du XIXe siècle, le chef lieu ainsi que ses hameaux connaissent une évolution modérée voire très limitée.

1) Le village

L'organisation du village à la fin du XVIe siècle est constituée d'un noyau de maisons mitoyennes desservies par des rues étroites et irrégulières et d'une église isolée. Cette portion d'agglomération que nous pourrions qualifier "d'originelle" est constituée d'une trentaine de maisons implantées entre la voie de circulation en périphérie, côté sud, jusqu'à l'axe central de l'agglomération actuelle marquée par la place centrale et la ruelle équipée d'un lavoir qui y débouche, en incluant les maisons qui bordent la portion sud de l'actuelle rue Capitaine René Bouscary. L'ancienneté des maisons est attestée par deux chronogrammes apposés principalement sur les linteaux et les chaînes d'angles : 1503 et 1546.

La rue du Capitaine Bouscary, dans le village.La rue du Capitaine Bouscary, dans le village.

Au cours de l'époque moderne, d'autres chronogrammes montrent un développement de l'agglomération en direction du nord. La voirie est élargie et prend un tracé régulier avec des façades alignées.

Hormis une division de certaines maisons ou un accroissement par la fusion de plusieurs maisons, le périmètre du village ainsi que la voirie, apparaissent figés dés le 1er quart du XIXe siècle.

2) les hameaux

Le hameau de Villars-Eyssiers présente un chronogramme de 1637 qui atteste de sa constitution partielle dans la première moitié du XVIIe siècle. Au cours du XVIIIe siècle, son évolution s'effectue en direction du sud avec la constitution d'une aire située à l'entrée qui prend la fonction de place. Une maison qui la borde est datée de 1789. Au cours du XIXe siècle, l'évolution se poursuit toujours en direction du sud par l'aménagement d'une école et la construction de remises en brique.

Le hameau de la Combe figuré en 1864 sur la carte militaire dressée par Bourcet de la Saigne n'a pas connu d'évolution significative.

3) le développement des usines textiles et la création d'un quartier industriel

Depuis le Moyen Age, la qualité des pâturages en haute vallée du Verdon et le développement de la transhumance, ont entrainé l'apparition d'une activité proto industrielle liée au travail de la laine, exercée essentiellement par des femmes, dans de petits ateliers privés aménagées dans une pièce de la maison. La production de fils ou de draps réalisés à l'aide de métiers à tisser artisanaux assuraient aux familles un revenu complémentaire qui permettait au foyer de s'équiper.

Au XIXe siècle, Le développement de la race Mérinos dont l'élevage intensif devient le fleuron de la production ovine arlésienne, entraine la création d'un quartier industriel en contrebas du village. La zone d'implantation, en fond de vallée, sur en terrain plat situé au pied de la montagne, offre de nombreux avantages : la proximité immédiate du village et de la route qui relie Saint-André-Les-Alpes à Allos, et le relief montagneux permettant d'utiliser la pente pour aménager des conduites hydrauliques pour produire l'énergie nécessaire au fonctionnement des machines. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, cinq usines textiles spécialisées dans la fabrication de draps de laine destinés en partie à l'armée, sont construites : la draperie Roux, vers 1830, puis la grande draperie Trotabas, en 1836, la draperie Engelfred de Blieux, en 1841, la draperie Giraud, en 1842, et la draperie Derbez, puis Trotabas, en 1857. Ces édifices imposants, parfois composés de plusieurs bâtiments, employaient pour certains jusqu'à une soixantaine d'ouvriers. Malgré l'arrivée du train et la création d'une gare à Thorame Haute, l'aventure industrielle à Beauvezer prend fin à partir 4e quart du XIXe siècle, au moment du développement des grands centres textiles du nord de la France.

4) la station climatique

Suite à La fermeture des usines textiles, la commune se lance dans une reconversion économique vers le tourisme en mettant en avant ses attraits : un air sain, des paysages exceptionnels et des lieux d’excursions aménagés. A partir du quatrième quart du XIXe siècle, au moment où l'industrie textile commence à vaciller, plusieurs hôtels sont créés dans le village et en périphérie. Certains sont des constructions à part entière, d'autre des réaménagements de bâtiments anciens. La qualité et la diversité des prestations offertes par les établissements permet de diversifier une clientèle issue principalement des grands centres urbains alentours. L'arrivée du chemin de fer avec la création d'une gare à Thorame-Haute encourage les villégiateurs à séjourner durant l'été dans cette vallée restée jusqu'alors isolée et peu fréquentée par les excursionnistes en quête de pittoresque.

L'Alp Hôtel construit au début du 20e siècle.L'Alp Hôtel construit au début du 20e siècle.

On dénombre parmi les établissements, plusieurs hôtels de première catégorie et quelques établissements plus modestes destinés à un tourisme familial. L'Alp Hôtel, créé en partie sur le réaménagement d'une ancienne usine textile, est situé en bordure de la route menant à Allos. L'établissement créé au début du XXe siècle apparaît par la qualité de ses équipements: son parc, son lac artificiel aménagé pour le canotage, ses équipements sportifs (terrains de law tennis), son garage mécanique indépendant, son service de voiturier, et par la singularité de son architecture et de ses aménagements intérieurs, comme le fleuron du parc hôtelier de Beauvezer. D'autres hôtels de bonne renommée comme l'Hôtel le Belvédère, l'hôtel le Bellevue, l'hôtel Novelty et l'Hôtel du Verdon, agrémentés de jardins d'agréments, accueillent en cœur de village ou dans ses abords, une clientèle moins guindée en quête de tranquillité et d'une gastronomie locale. Plus discret et de faible capacité, le petit hôtel La Clairière construit en bordure de l'ancienne route vers Villars-Colmars se consacre à une clientèle plus familiale.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, le tourisme de masse prend son essor avec l'apparition d'établissements dédiés à l'accueil des colonies de vacances. Cette période est également marquée par le développement de la maison de villégiature. Plusieurs lotissement voient le jour à partir des années 1950 dans la partie nord-ouest de la commune, le long de la route départementale n°2, dans les quartiers des Croués, Sagne, Chaussegros et Rioufleiran. Dans ce dernier, une résidence lacustre est réalisée dans le dernier quart du XXe siècle. Redynamisés par le tourisme vert, les anciens hameaux jusqu'alors délaissés regagnent quelques habitants par la restauration d'anciennes maisons ou fermes d'agriculteurs en résidence de villégiature. C'est le cas de Villars-Heyssier et dans une moindre mesure du Plan et de Ganon. Au tournant du XXIe siècle, un camping est créé en bordure de la route départementale n°908 en direction de Colmars, au lieu-dit Les Relarguiers.

Aires d'étudesPays Asses, Verdon, Vaïre, Var
AdresseCommune : Beauvezer

L’occupation du territoire de l’actuelle commune de Beauvezer est très ancienne puisque dès l’Antiquité, la haute vallée du Verdon dépend de la civitas et de l’évêché de Thorame. Le commerce et l’élevage ovin accentué lors de la période estivale par le phénomène de la transhumance estivale depuis les plaines côtières varoises et des Bouches du Rhône, ou du territoire arlésien, constituent la principale ressource de la communauté. Au Moyen-Age, les communautés de Beauvezer, de Colmars et d’Allos bénéficient de nombreux avantages en nature et fiscaux dont une exonération de droits de passage pour leurs troupeaux transhumants et les marchandises qu’ils transportent. Ces privilèges qui perdurent durant toute la période Moderne disparaissent peu à peu à partir de la Révolution. L’activité économique est redynamisée à partir du début du 19e siècle par l’implantation de petites industries textiles liées au tissage de la laine. En 1813, deux usines emploient 105 ouvriers. Le phénomène s’amplifie à partir du deuxième quart du 19e siècle par la construction de six usines entièrement mécanisées qui prennent en charge toute la chaine de transformation depuis le tissage de la laine jusqu’à la production de draps. Cette activité lucrative entraine un accroissement de la population qui passe de 629 habitants, en 1765, à 906 habitants, en 1861. Ce dernier recensement constitue le pic démographique de la commune. La population décroît lentement pour arriver à 176 habitants, en 1962, et cela malgré l’inauguration de la ligne de chemin de fer du train des pignes, en 1911, et la construction d’une gare à Thorame-Haute. Le classement de la commune en station climatique, en 1925, ne permet pas de renverser le mouvement. Cette décroissance régulière connaît une accélération durant les deux guerres mondiales. Depuis 1962, la tendance a été inversée avec la multiplication des résidences secondaires. En 2012, la population s’élève à 343 habitants.

La commune de Beauvezer est traversée de part en part par une voie de circulation principale, la route départementale n° 908, qui irrigue depuis le village de Saint-André-Les-Alpes l'ensemble des agglomérations situées dans la haute vallée du Verdon. Son tracé attesté à l'époque moderne longe le cours du Verdon jusqu'au village d'Allos qui constitue le point sommital de la vallée. Un réseau de routes secondaires dont l'origine est également ancienne établit la liaison entre le village et les différentes agglomérations voisines (route départementale n°2). La commune qui s'étend sur 26,98km² comprend un chef-lieu établi à 1175m d'altitude et deux hameaux : la Combe, au nord-ouest, et Villars-Eyssier établi sur la rive est du Verdon, à l'entrée des Gorges de Saint-Pierre. Le relief montagneux qui enserre la vallée culmine à 2580m (Le Petit Coyer) avec une pente forte plus accentuée sur la rive est que sur la rive ouest. L'exposition au levant et la présence de zones planes aux lieux-dits : Les Croues, Les Forest, Champautric, La Combe, Chaussegros et Riouleyran , ont favorisé le développement de zones agricoles orientées vers la culture céréalière ou fruitière (amandes, prunes, mirabelles), et l'exploitation du foin. Ces zones agricoles se caractérisent par la présence de vastes parcelles et de fermes isolées constituées de plusieurs corps de bâtiments (ferme de Mansarret, ferme de Champalay). A l'inverse, le versant ouest, plus froid et plus abrupt, s'est orienté vers la sylviculture, à l'exception de la plaine du Plan où l'on observe encore des traces de canaux d'irrigation, de culture de Lavande et la présence de quelques entrepôts. De façon générale, les sommets dépourvus de zones boisées mais riches en herbe ont très tôt accueillis des troupeaux locaux, puis dès le moyen âge, des troupeaux transhumants en nombre exponentiel jusqu'à nos jours. Grâce à l'essor de l'élevage, une industrie lainière se met en place à partir de la première moitié du XIXe siècle sous la forme de petits ateliers artisanaux aménagés dans les maisons du village, puis d'usines textiles implantées en contrebas du village, le long de la route principale (actuelle D908) aux lieux-dits Le Moulin et Le Grand Pré, qui se spécialisent dans la production de draps principalement destinés à l'armée. Au cours du dernier quart du XIXème siècle, la commune érigée en station climatique accueille plusieurs hôtels de voyageurs ainsi que quelques villas concentrés dans le quartier Le Moulin. Le phénomène s'amplifie dans la seconde moitié du XXème siècle avec le développement de lotissements à l'emplacement d'anciennes zones agricoles situées aux lieux-dits Les Croues, Chaussegros, et dans le secteur de Rioufleyran où est réalisé un programme ambitieux associant un lotissement à une cité lacustre composée d'immeubles avec commerces en rez-de-chaussée. A l'inverse des terrains alentours au chef-lieu qui ne cessent de s'urbaniser à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le village et les hameaux conservent leur vocation agricole et n'évoluent guère. Celle-ci disparaissant peu à peu au cours de la seconde moitié du XXe siècle, leur survie est due au rachat des anciennes maisons de cultivateurs par des personnes extérieure à la commune pour les transformer en résidences secondaires. Les recensements de population établis au cours des XXe et XXIe siècles dénombrent 506 habitants, en 1901, puis 181, en 1954, et 338, en 2005.

Organisation du bâti

Le village tel qu'il apparaît sur le cadastre ancien de 1827 présente un tracé en forme d'écusson qui a peu évolué jusqu'à nos jours. La limite de l'agglomération est matérialisée côté est, par la déclivité du relief, et des côté sud et nord, par deux voies de circulations qui convergent à l'ouest, en direction de la Chapelle Notre-Dame, puis du hameau de la Combe.

Pour ce qui concerne la période moderne, les dates portées sur les linteaux ou les chaînages ne permettent pas d'identifier de maisons antérieures au XVIIe siècle d'autant que la plupart ont été détruites dans un incendie, en 1690, qui a ravagé l'ensemble de l'agglomération. Les maisons les plus anciennes localisées principalement dans la partie sud laissent penser à un développement progressif, du sud vers le nord, en direction de l'église située hors les murs. Dans l'ensemble de l'agglomération les rues sont étroites et irrégulières avec une phénomène plus marqué pour celles orientées est-ouest. Seule la rue centrale qui traverse la place principale présente un semblant de régularité et une largeur supérieure aux autres. L'agglomération est organisée autour de trois places quadrangulaires dont une agrémentée d'une fontaine, et une autre, au centre de l'agglomération, d'un lavoir avec fontaine.

Le parcellaire en lanières, avec une orientation prédominante est-ouest, présente un grand nombre de maisons adossées formant des ilots longitudinaux bordés de rues. Certaines d'entre elles, en rupture d'alignement sur la rue, ouvrent sur une cour commune. On distingue parmi les édifices constitutifs du village : des maisons, des fermes et de petits bâtiments à fonction de remise.

En 1827, le cadastre présente une organisation urbaine hiérarchisée avec des maisons implantées en cœur de village, quelques fermes dispersées sur les bords et orientées sur des cours intérieures, et des remises à charrettes mitoyennes, alignées sur les franges sud et nord, tournés vers l'extérieur sur les voies de circulation périphériques.

Les maisons et fermes implantées en bordure de l'agglomération simulaient une sorte de rempart par leurs façades opaques tournées vers l'extérieur.

L'ancienne église paroissiale, Notre-Dame-de-Nazareth, dont la présence est attestée au XVIIe siècle mais qui peut être antérieure, est construite à l'extérieur de l'agglomération, à environ une centaine de mètres de la place principale du village. Cette disposition particulière par la dissociation de l'église de l'urbanisme villageois, que l'on retrouve dans quelques villages de Haute Provence, pourrait laisser penser qu'une église plus ancienne, détruite au cours de l'incendie de 1690, ait été située à l'intérieur du village, ou constitue un particularisme local réel dont l'explication reste à découvrir.

Les hameaux répartis sur le territoire communal ont des tailles variables. Villars-Heyssier implanté à flanc de relief, à l'Est du Verdon apparaît comme le plus important en nombre de maisons. La Combe, Ganon et Le Plan, plus petits, comptent tout au plus, en 1827, une quinzaine de bâtiments alignés le longs de la route.

Références documentaires

Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

  • Plan cadastral de la commune de Beauvezer, 1827 / Dessin à l'encre par Forboul et Bonnet. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 105Fi_025 /001 à 011.

Bibliographie
  • ACHARD, Claude-François. Les communes de Haute-Provence (Extrait du dictionnaire de Claude Achard, 1787). Dans : Annales de Haute-Provence, tome 41, n° 263, 1971, p. 279-281.

  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes. Digne : Vial, 1861, 744 p.

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