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Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Parc naturel régional des Baronnies Provençales
  • Adresse
    • Commune : Val Buëch-Méouge

DEVELOPPEMENT HISTORIQUE

Période pré- et proto-historique

Une prospection-inventaire archéologique a été effectuée sur le territoire de Ribiers entre 1993 et 1995, aboutissant à l'identification de 64 sites. Le site de Ribiers serait occupé « depuis au moins le néolithique ». Quelques sites de la même époque sont situés sur « de petites terrasses bien exposées sur les piémonts » : Furgette, Planet/Saint-Aubert/Rebinelle, le Territoire, Très-Faves (I. Ganet, 1995). Au bourg de Ribiers, à l'angle de la rue du Barri et de la rue du Château, une pierre installée en chasse-roue est ornée d'un décor en réserve figurant ce qui pourrait être un motif vulvaire encadré par trois chevrons ; d'après J.P. Rouge (communication personnelle), ce bloc pourrait être d'origine néolithique.

Pierre gravée d'origine possiblement néolithique, employée comme chasse-roue à l'angle de la rue du Château et de la rue du Barri.Pierre gravée d'origine possiblement néolithique, employée comme chasse-roue à l'angle de la rue du Château et de la rue du Barri.

La grotte sépulcrale du néolithique final (-5200 à -4300 BP), dite le Trou du Renard est située au pied nord-ouest du Rocher de Saint-Etienne. Elle a été fouillée à partir de 2003 par l'ethnopaléontologue J.-J. Millet, révélant les restes humains d'une vingtaine d'individus, et elle est toujours en cours d'étude archéologique. Par ailleurs, il est probable que le site de Saint-Etienne ait servi d'oppidum dès la période proto-historique.

J. Roman (1888, 1892) signale qu'en 1834, un trésor a été découvert au Freyssinié, comprenant plusieurs centaines d'objets : « une lame d'épée, des haches, des faucilles, une scie, des bracelets, des épingles, des plaques circulaires, des annelets et des pendeloques en grand nombre » (liste complète et détaillée dans son ouvrage de 1888). Ils ont été déposés pour la plupart au musée de Saint-Omer par M. de Laplane. En outre, il signale la découverte en 1875 d'une sépulture en pierre contenant des anneaux en bronze.

Période antique

L'occupation du territoire communal au cours de cette période a été dense et de nombreux établissements humains étaient installés tant en pied de pente que sur les replats qui ponctuent les versants. Certains sites ont fourni un important matériel. Ainsi, J. Roman (1888, 1892) indique qu'« au quartier de Saint-Jean, on a mis à jour de nombreuses substructions romaines », correspondant à une villa située à proximité immédiate des ruines de l'ancien prieuré. Elles comprenaient « des mosaïques grossières, des fragments de grandes tuiles à crochet, une petite voûte d'un appareil très soigné, des tessons de poterie, un petit globe de cristal de roche, et quelques monnaies romaines ».

Lors de l'inventaire archéologique mené dans les années 1990, plus d'une cinquantaine de sites de l'époque romaine ont été répertoriés sur le territoire, généralement implantés non loin de la voie antique qui remontait la vallée du Buëch à partir de Sisteron. Le bourg de Ribiers lui-même pourrait correspondre à « une agglomération secondaire antique ». Plusieurs autres sites de cette époque ont été repérés, livrant divers artefacts notamment céramiques et tessons de tuiles : en contrebas du village et vers la Prairie, aux Autaret, à Bramefan, à Bourerale, à la chapelle de Clarescombe, à Châtillon, aux Charles, à l'Essaillon, à Franchironnette, à la Grande Contine, à la Grèze, à la Madeleine, au Plan, au Planet, au Prieuré (villa avec thermes sur hypocauste), aux Peyrouses, au Rata, à la Rebinnelle, au Riousset, à Saint-Aubert, au Serre (Châtillon), à Très-Faves, au Verger, au Villaret, au Virail. Une tuilerie antique était sans doute installée à Bramefan, où subsistent « de nombreux ratés de cuisson de tegulae » ; cet établissement est sans doute à mettre en relation avec celui de la Tuilière (ancienne commune d'Antonaves) où existe aussi un grand crassier de déchets de cuisson. Un possible atelier métallurgique était installé à la Croix de Saint-Aubert, où l'on trouve de nombreuses scories et autres matériels. Une « nécropole antique à incinérations » semble être située « au quartier de Champ-Beau », une autre vers Rebinelle et d'autres sépultures au Serre (Châtillon). Une nécropole du Bas-Empire se trouve à proximité de la chapelle Saint-Jean (le Prieuré). C'est dans ce même secteur qu'au début du XXe siècle, une statuette de Mercure en bronze a été trouvée au Champ de la Dame. Un autel portant une dédicace au dieu Sylvain se trouvait dans la chapelle des Faysses. (I. Ganet, 1995).

Lors de la mission d'inventaire topographique du patrimoine, quelques autres sites avec tessons de tegulae ont été repérés : en plein champ (près de Clarescombes, au Petit Pré Gris), dans des pierriers (entre les Dades et Sanorgues), ou en remploi dans les maçonneries (hameaux des Dades, de la Combe, Petit Pré Gris). Dans une ferme du quartier des Charles (parcelle 1984 F2 193), l'appui saillant d'une baie de pigeonnier remploie deux fragments de tegulae. Plusieurs tessons ont également été vus au sommet du Rocher de Saint-Etienne. Mais il faut surtout souligner que, de manière inattendue et remarquable, un colombier dominant le cimetière des Faysses conserve de manière exceptionnelle plus de 220 tegulae entières. Celles-ci sont ici utilisées comme pare-feuille, placées sous une couverture en tuile creuse (voir dossier IA05001458).

Fragment de tegulae remployé dans la maçonnerie d'un bassin d'arrosage, au pied oriental du site du Prieuré Saint-Jean.Fragment de tegulae remployé dans la maçonnerie d'un bassin d'arrosage, au pied oriental du site du Prieuré Saint-Jean. Tegulae en sous-toiture dans le colombier des Faysses.Tegulae en sous-toiture dans le colombier des Faysses.

Antiquité tardive et premier moyen âge

« A la limite de Bourerale et du Château, les nombreux pierriers et zones humides semblent liés à du mobilier médiéval ». A la Combe, « une voie sans doute médiévale a été établie sur une terrasse du piémont de l'Ubac pour desservir au moins l'abbaye de Clarescombe ». Du matériel céramique du Ve-VIe siècles a été observé à proximité de la chapelle Saint-Jean (le Prieuré). (I. Ganet, 1995).

Entre le hameau des Chabanons et le quartier de Franchironnette, une éminence marneuse elle appelée « Furgette » sur les documents cadastraux ancien, le « Collet de Mars » par la tradition orale ou le « Champ de Mars » par la carte archéologique (I. Ganet, 1995). Ce site est connu comme étant un site archéologique associant vestiges antiques – concentration de tegulae et imbrice – et céramiques médiévales (I. Ganet, 1995). Cette butte commande à leurs pieds nord deux cols : le Pas de Saint-Pensier (« Pas de Bevons » sur la Carte des frontières de l'Est de 1778) et le Pas de Peynier (« Pas du Capucin » sur le même document). La référence toponymique à Mars pourrait indiquer un éventuel fanum, alors que le nom de Furgette dérive très probablement du provençal furga : fouiller. Il est probable que les hameaux de Franchironnette et des Chabanons, ainsi que la ferme de Chatillon soient issus d'un déperchement de ce possible site castral précoce. On remarque d'ailleurs que, sur le cadastre de 1823, cette colline et le domaine de la ferme de Furgette appartiennent alors au propriétaire de la ferme de Chatillon. Dans ce secteur, la tradition orale rapporte qu'une légende fait remonter la création du hameau des Chabanons à l'époque de Charlemagne : les familles anciennement tenues en servitude dans les fermes installées à la suite des villae romaines auraient chacune reçu un terrain permettant d'y bâtir une maison accompagnée de son jardin. Si le contexte historique proposé par ce récit semble confus, la composition actuelle de ce hameau constitué d'un îlot linéaire de maisons mitoyennes plaide en effet pour une installation concertée et planifiée.

Le hameau des Chabanons au pied de l'éminence de Furgette. Vue de situation prise de l'est.Le hameau des Chabanons au pied de l'éminence de Furgette. Vue de situation prise de l'est.

Dans le cadastre de 1823, on relève le toponyme « Pré de la Vière » (parcelles E 1565 à 1574), localisé sur le versant nord de la Montagne de l'Hubac. Placé en face d'une éminence située à mi-versant entre le quartier des Routes et le Rocher du Loup – appelée « Clot des Routes » (F 427 à 437) dans ce document – il pourrait se rapporter à une implantation de l'antiquité tardive sur cette plate-forme.

Il est aussi probable que le site du Rocher de Saint-Etienne ait été (ré-)occupé à cette époque, de même que les sites de Château-Giraud et de Creyssint (voir annexe dédiées aux sites médiévaux).

On notera également qu'un replat dominant au nord le hameau du Verger à la limite de l'ancienne commune d'Antonaves – entre le Rocher d'Allemagne et le Pré de Lafond – où l'on remarque aujourd'hui de nombreux tessons de tegulae, est mentionné par le plan du terrier de 1755 comme « Hic etoit un couvent de religieuses ainsi qu'on l'assure », mention qui paraît toutefois hasardeuse.

Second moyen-âge

La plus ancienne mention d'un habitat sur la commune remonte au XIe siècle : en 1087, le cartulaire de Cluny nomme le castellum de Château-Giraud (M.-P. Estienne, 2008). Au moyen-âge, le terroir de Ribiers – dont le nom viendrait de riperi : rivage – dépendait étroitement de celui de Mison. Cette entité a été cédée ou vendue aux Mévouillon, par les vicomtes de Gap, au début du XIIe siècle. A cette époque, le territoire de Ribiers est « divisé en quatre fiefs ou quatre châteaux » (J. Roman, 1892) : Ribiers et « trois autres castra jouant le rôle de pôle avancé » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999) : Château-Giraud, Creyssint et Saint-Etienne.

Localisation d'une partie des sites médiévaux sur le territoire de Ribiers.Localisation d'une partie des sites médiévaux sur le territoire de Ribiers.

Chacun avait une église propre, hormis Château-Giraud qui était peu éloigné du prieuré de Saint-Jean. « Les castra de Ribiers, de Saint-Etienne et le terroir de Creyssint faisaient partie des biens des Lachau dont le chef-lieu est situé dans la vallée de la Méouge » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999).

Vers 1120, « les fiefs de Mison, de Ribiers, de Châteauneuf-de-Chabre, d'Arzelier, de Saléon, de Serres et bien d'autre encore » sont aux mains de la famille des Mévouillon, « qui était également souveraine maîtresse dans la partie de la Drôme limitrophe des Hautes-Alpes ». C'est également vers 1120 que Raymbaud de Mévouillon et sa femme Oliva fondent la commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem de Saint-Pierre-Avez. Cette fondation est confirmée en 1150 par leur fils Raymond-Cotta, puis en 1177, par leur petit-fils Guillaume de Mévouillon. Ce dernier est sans doute à l'origine de la fondation de l'abbaye de Clarescombes vers 1180 (J. Roman, 1892).

Le 11 mars 1298, Raymbaud de la Chaup rend hommage au dauphin pour ses fiefs de Ribiers, Saint-Etienne, Creyssint et Val-de-Barret. Le 24 mars 1298, c'est sa cousine Galburge de Mévouillon qui rend également hommage au dauphin, pour son fief de Château-Giraud (J. Roman, 1892). « Le 31 décembre 1237, Guillaume de Mévouillon prêtait hommage au dauphin pour le castrum de Ribiers, la bastida Saint-Etienne et les territoires de Creyssint et de Clarescombes » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Enfin, en 1317, Raymond de Mévouillon laisse Ribiers et les terres voisines en héritage au dauphin et, en 1337, celui-ci les uni définitivement au Dauphiné (J. Roman, 1892).

Site castral de Château-Giraud. Vue d'ensemble prise du nord-ouest.Site castral de Château-Giraud. Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Site castral de Creyssint. Vue de situation prise du nord-est.Site castral de Creyssint. Vue de situation prise du nord-est. Site castral de Saint-Etienne. Vue de situation prise du nord.Site castral de Saint-Etienne. Vue de situation prise du nord. Site de l'abbaye de Clarescombes. Bâtiment du milieu.Site de l'abbaye de Clarescombes. Bâtiment du milieu. Site du Prieuré Saint-Jean. Vue d'ensemble prise de l'est.Site du Prieuré Saint-Jean. Vue d'ensemble prise de l'est.

NOTA : voir l'annexe dédiée aux sites médiévaux ruinés : Château-Giraud, Creyssint, Saint-Etienne, Clarescombes, Saint-Jean et Notre-Dame-des-Faysses.

L'utilisation du territoire s'organise dès l'époque médiévale avec la constitution des hameaux comme la Combe, où une porte remploie un linteau sculpté qui pourrait dater du XVe siècle, ou avec les premières mentions d'un canal d'arrosage – servant également de canal pour le moulin – qui remontent au milieu du XVe siècle (1446). (J. Roman, 1892).

Hameau de la Combe. Vue d'ensemble prise du sud.Hameau de la Combe. Vue d'ensemble prise du sud. Porte avec linteau sculpté, au hameau de la Combe.Porte avec linteau sculpté, au hameau de la Combe.

Par ailleurs, il faut noter l'existence de plusieurs toponymes « Chatillon » dans le cadastre de 1823. Outre la ferme éponyme (1823 G 04 à 29), on le retrouve à l'est du hameau de la Flogère, dominant la rive gauche du Riou (1823 C 782 à 795). C'est également le nom d'une grande parcelle de terre labourable mitoyenne du Pré Paradis (1823 E 903).

Ce cadastre nomme un lieu-dit l'« Hopital » (parcelles E 1423 à 1427), situé entre Champlas et Riousset, en contre-haut de l'actuelle route et faisant face à la Flogère, qui pourrait indiquer une hôtellerie médiévale ou une possession de l'Hôpital du bourg.

Implantation médiévale du bourg de Ribiers

Au XIIe siècle, le territoire de Ribiers confronte ceux de Saint-Etienne, Château-Giraud et Creyssint. Une paroisse y existe au moins depuis le XIIIe siècle, à nouveau attestée au XIVe et au XVe siècles. C'est à partir de cette époque que le développement progressif du bourg entraîne l’absorption des trois autres fiefs qui, abandonnés, se ruinent (J. Roman, 1892).

La première mention de Ribiers et de son château remonte à l'année 1241 : Riperii ou Riperios (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). A cette date, une vente est passée dans le château, « dans la chambre voûtée ou fournel de Raybaud de Lachau » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Le bourg médiéval de Ribiers est concentré dans des remparts qui, dans leur état actuel, ne paraissent pas antérieurs au XIVe siècle. La première mention de la communauté de Ribiers représentée par ses syndics date de 1330. En mars 1495, les propriétaires de Ribiers reconnaissent au seigneur, entre autres taxes et devoirs : l'hommage lige, le droit de mutation (1/6 du prix des immeubles vendus, donnés ou hérités), le droit de prélation (acquisition prioritaire des immeubles vendus). Il admettent en outre que le seigneur possède « les régales (places et rues), les terres incultes ou abandonnées, les délaissés de la rivière », et que « les habitants ne pourraient moudre leur blé ailleurs qu'au moulin banal ». En échange, les propriétaires ont le droit de « prendre du bois pour leur usage, mais ailleurs que dans les îles du Buëch ; de faire paître leurs troupeaux dans tout le territoire de Ribiers, mais ailleurs que dans les prés seigneuriaux ; de faire usage des eaux pour arroser leurs héritages, mais avec défense de creuser de nouveaux canaux sans l'autorisation de leur seigneur » (J. Roman, 1892).

NOTA : voir le dossier dédié au bourg de Ribiers, IA05001500.

Epoque moderne

Dans la cour du château de Ribiers, le bâtiment à pans de bois montre un assemblage qui « atteste une construction du XVIe-XVIIe siècle » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999) (voir dossier du château et ses sous-dossiers : IA05001459 à IA05001462). Plusieurs autres maisons du bourg datent aussi de cette période et l'urbanisation de la place de la Fontaine remonte à la première moitié du XVIe siècle. D'une manière générale, l'organisation de l'agglomération est déjà largement en place au milieu du XVIIIe siècle, bien représentée sur le plan du terrier de 1755. Dans les campagnes, la plupart des fermes de versant semblent conserver des éléments des XVIe et XVIIe siècles.

Au début du XVIe siècle, il existe de fréquents litiges entre Ribiers et Noyer à propos des pâturage de la haute vallée du Riou de Brison, auparavant situés dans le terroir de Creyssint. En effet, Ribiers considère ce territoire comme le sien, et donc dépendant du Dauphiné, alors que Noyer et Sisteron l'estiment leur, et donc dépendant de la Provence. Se produisent alors des vols de bétail par les gens de Noyer et des combats entre bergers. Ribiers organise une armée de 1200 personnes, « armés de piques, d'arbalètes, et même quatre-vingts portaient des arquebuses et traînaient à leur suite plusieurs petits canons ». Face à cette attaque, « tous les habitants de Noyer se renfermèrent dans l'enceinte de leurs murailles, barricadèrent les portes avec de grosses pièces de bois, après avoir préalablement mis dehors le bétail saisi ; ils ne voulaient pas le rendre, mais consentaient à ce qu'on le leur reprit ». Après cette victoire sans combat, l'armée de Ribiers « planta deux poteaux aux armes delphinales sur les limites du territoire contesté, comme trophée de sa vaillance ». Toutefois, peu à peu, les habitants du Jabron reprirent possession de ces terres (J. Roman, 1892).

Au milieu du XVIe siècle, en vertu d'une transaction entre le seigneur et ses vassaux, ces derniers obtiennent le droit de couper du bois dans les forêts autour du Rocher de Saint-Etienne et de le vendre à Sisteron. Ils ont également l'autorisation de faire des coupes affouagères dans les autres forêts communes, aux lieux indiqués par les agents seigneuriaux, mais assortie d'une interdiction de vente (J. Roman, 1892).

Les liens avec Sisteron sont à nouveau bien visibles quelques années plus tard, vers 1570, quand des moulins sont installés en amont de la confluence entre le Buëch et la Durance et que les consuls de cette ville, avec l'accord du seigneur de Ribiers, aménagent un canal sur le Buëch pour les actionner (J. Roman, 1892).

La fin du XVIe siècle est fortement marquée par les conflits religieux qui éclatent entre catholiques et protestants. Dès 1562, il est fait mention d'un protestant condamné à mort et brûlé à Ribiers et, à l'été de cette même année, le siège de Sisteron par les catholiques, entraîne des pillages dans les localités voisines, occasionnés par les deux partis. En 1580, pendant le siège de Pomet effectué par le protestant Gouvernet, Ribiers doit fournir du pain et de la viande aux assiégeants. Dans les années 1580, Blaise Penchinat, capitaine protestant de Sisteron, s'empare d'Antonaves et garde cette seigneurie pendant de longues années, se faisant appeler « M. d'Antonaves ». Dans le même temps, Pierre-André Chervas, capitaine catholique se faisant appeler « capitaine Marquis », établit son quartier général à l'actuelle ferme de la Marquise, qui tire son nom de ce personnage. Ribiers se trouvant situé entre ces deux partis, les heurts sont fréquents. Durant cette même décennie, de nombreuses troupes et armées font halte à Ribiers, au frais de la communauté et la rançonnant éventuellement. La ville étant largement sortie de ses fortifications, elle ne peut opposer de résistance à ces occupations. Les consuls préfèrent tenter de « faire déloger les soldats au plus vite, gratis si c'est possible, en payant s'il le fallait. Ils sont obséquieux avec les capitaines, leur font des cadeaux d'étoffes, d'argent et de gibier, leur servent des dîners succulents […] du velours cramoisi, des coqs de bruyère, perdrix, chapon, cochons de lait, vins de Châteauneuf... […] On donne, en 1584, deux écus d'or aux fifres et tambourins d'une compagnie, pour les engager à battre le plus tôt possible le rassemblement et le départ. […] En 1588, la commune fournit des mulets pour conduire au château de La Chau une cargaison d'orange (fruit alors très rare) que Gouvernet a eu l'art de se procurer gratis en Provence et qu'il envoie à sa femme [et en 1597], on offrit à Gouvernet un boisseau d'apprune pardigonnes ». La communauté emprunte de l'argent où elle peut, notamment auprès des capitaines qui la rançonnent et qui, après la guerre, revoient leurs créances largement à la baisse. C'est dans ce contexte que le capitaine protestant Lesdiguière séjourna à de multiples reprises à Ribiers. En septembre 1586, il y concentre ses troupes avant la bataille d'Esparron, puis il s'y réinstalle d'avril à août 1589, avec sa compagnie, pour mener des attaques en Provence. En 1591 il y revient quatre fois, dont une pour une conférence avec le capitaine catholique La Valette, qui débouche sur un traité d'alliance, et en 1593, il impose à la communauté d'envoyer des pionniers pour fortifier les cols du Queyras. En 1594, il séjourne un mois à Ribiers pour une négociation, infructueuse, avec le Duc d'Epernon qui occupe Mison et Sisteron, puis, en novembre 1595, il y rassemble à nouveau ses troupes avant d'emporter l'assaut de Sisteron et de la Baume-lès-Sisteron (J. Roman, 1892).

Finalement, en 1616, le synode de Dieulefit ordonne la création d'une église protestante à Laragne, à laquelle Ribiers est rattaché, car « il n'y eut jamais à Ribiers ni temple, ni ministre protestant à poste fixe ». En août 1625, la communauté d'habitants de Ribiers acquiert un jardin, situé au quartier du Ponteilhard, au capitaine Henri Gontin, vice-juge de Ribiers, pour 54 livres (AD Hautes-Alpes, 1 E 5399, f°66v°-68r°, 3 E 6285, notes diverses prises par le curé de Ribiers, milieu du 19e siècle). La communauté protestante subiste officiellement jusqu'à la Révocation de l'Edit de Nantes comme le prouve la série d'abjurations enregistrées dans les registres paroissiaux de Ribiers en septembre-octobre 1685 (AD Hautes-Alpes, 5 Mi 435). Le souvenir de ce cimetière est encore vivace à la fin du 19e siècle, comme l'indique Joseph Roman : "l'emplacement a conservé jusqu'à nos jours le nom de Cimetière des Huguenots ». Le temple de Laragne fut supprimé par un arrêt du conseil du roi du 5 janvier 1692 (J. Roman, 1892).

Au début du XVIIIe siècle, en 1711, Ribiers et Val-de-Barret sont érigés en comté, suite au rachat de la seigneurie en 1680 par le marquis de Marignane, puis par Léon de Valbelle-Rians, grand bailli du Dauphiné, en 1681 (J. Roman, 1892).

Les plans du terrier de 1755 montrent des digues à la confluence du Riou de Clarescombes et du Büech, ainsi que des canaux d'arrosage, témoignant de l'importance déjà prise à cette époque par les efforts d'aménagement des terres de conquêtes sur le Buëch et d'amélioration de l'irrigation. En 1787, la marquise de Créqui, épouse du seigneur de Ribiers, fait prolonger cet ouvrage mais les travaux sont inachevés en 1791 (J. Roman, 1892)1

Le XVIIIe siècle, surtout semble-t-il à partir des années 1740, est une période de forte construction. Ceci tant dans le village où de nombreux bâtiments agricoles et maisons sont bâtis, ou remaniées pour les secondes, que dans les campagne où les aménagements de cette époque sont bien visibles dans les fermes. Il s'agit alors d'un corps de logis sur étable, accompagné d'une grange-étable accolée ; parfois seul ce dernier élément a été ajouté à une construction pré-existante. L'étable est couverte par une voûte d'arêtes, parfois en plusieurs travées sur piliers. Généralement, la ou les portes d'étable possèdent un encadrement en pierre de taille en arc segmentaire, alors que celui de la porte ou baie fenière est en arc plein-cintre. C'est également à cette période qu'apparaissent les cours fermées avec un portail, également en arc plein-cintre. Toutefois, des aménagements de cette nature ont encore été faits tout au long du premier quart du XIXe siècle.

XIXe siècle et XXe siècle

Au XIXe siècle, l'intérêt pour l'histoire et les antiquités a débouché sur deux « affaires » propres au territoire de Ribiers.

Tout d'abord, en juillet 1804 (thermidor an XII), des fouilles sont entreprises dans les ruines du Rocher de Saint-Etienne. Sont alors trouvées « des bagues portant le monogramme du Christ, des fers de lances et de flèches ». En outre, les fouilleurs rapportent aussi de « prétendues inscriptions grecques et romaines », déclarées trouvées « dans un petit abri voûté » ou « cave », qui consistent en « quatre inscriptions, trois latines et une grecque, relatives à la victoire de Marius sur les Cimbres ». Depuis leur « découverte », ces inscriptions sont conservées dans le parement d'une dépendance agricole de « maison de campagne du Virail », alors propriété de M. De Laplane (et encore tout à fait visibles en 2018). Toutefois elles sont très rapidement déclarées fausses. D'abord datées du XIVe siècle par Millin et Visconti, J. Roman précise en 1888 qu'elles ont en réalité été « fabriquées par celui qui les avait découvertes ; c'était un faussaire émérite » (J. Roman,1888 ; 1892).

Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail. Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.

Ensuite, à la fin du siècle, le percepteur de Ribiers, M. Mourre, reprend dans son "Histoire de Ribiers" un mythe construit autour du sommet de Pierre Impie, où « les Sarrazins ont été défaits par saint Bevons au Xe siècle ». Pour ce faire, il reprend les arguments que M. De Laplane a développé en 1843 dans son "Histoire de Sisteron" quant à une origine de saint Beuvons à rechercher dans la vallée du Jabron. Estimant que Noyer pourrait être le Nugerii du saint (en fait Nogaret à côté de Fréjus, d'après les Acta Sanctorum des Bollandistes), il s'arrête logiquement sur le hameau éponyme de Bevons. Mais pour J. Roman, le toponyme latin de cette agglomération, Beontium ou Begontium, est bien éloigné de la forme latine du saint, « Bobo ou plutôt Bosonetus, seules formes authentiques du nom de saint Beuvons ». En outre, la toponymie même de Pierre Impie paraît jouer contre cette hypothèse puisque, « bien loin de dériver de Petra Impia ou Petra imporium, montagne des impies ou des infidèles », elle désigne plutôt une « montagne élevée, montagne pointue, Petra in podio » - terme qui se rapproche d'ailleurs des termes poët, puëch ou puy. Enfin, on retiendra qu'« il n'y a jamais eu dans la contrée, avant 1843, ni tradition relative à saint Beuvons, ni oratoire qui lui a été consacré. Après 1843, on a cherché à établir à Bevons un pèlerinage qui n'a pas réussi » (J. Roman, 1892).

Les éminences du Rocher de Pierre Impie (à gauche) et du Roc de l'Aigle (à droite).Les éminences du Rocher de Pierre Impie (à gauche) et du Roc de l'Aigle (à droite).

Pendant, la seconde moitié du XIXe siècle, la transition de l'occupation agricole du territoire s'accélère avec un glissement des activités agricoles qui abandonnent de plus en plus définitivement les versants, au profit de la plaine du Buëch où l'irrigation s'améliore encore et surtout où de nouvelles terres continuent d'être gagnées sur le lit majeur de la rivière. Ainsi, le projet de canal dérivé de la Méouge pour arroser les terres basses jusqu'au sud du village, ébauché en 1787 mais abandonné en 1791, est remis en route dès le milieu des années 1810. Avec l'aide du préfet de l'époque, M. Harmant, il est réalisé et prend d'ailleurs son nom. Son tracé sera ensuite repris et remanié par le Grand Canal de Sisteron, désaffecté à la fin dans les années 1950-1960 lors de la création du réseau d'aspersion et aujourd'hui abandonné.

Dans les années 1820-1830, un pont en pierre est bâti sur le Riou de Clarescombes, à la sortie nord de Ribiers, et des essais infructueux sont tentés pour remettre en service un bac sur le Buëch pour rejoindre Mison. Un demi-siècle plus tard, dans les années 1870-1880, la route de Sisteron à Laragne est rectifiée, lui donnant son parcours actuel, et un pont métallique sera installé sur le Buëch (J. Roman, 1892). Ce dernier a été remplacé par l'actuel pont en béton dans les années 1980-1990.

A la fin du XIXe siècle, une puis deux centrales hydroélectriques sont installés à la Flogère.

La seconde moitié du XIXe siècle voit aussi se multiplier les petits bâtiments agricoles qui sont bâtis au milieu des nouvelles terres gagnées, parfois éloignées du village ou des fermes. Progressivement, l'exode rural conduit à la transformation de hameaux en fermes : le Rata, le Verger...

Dès le début du XXe siècle, mais surtout à partir des années 1950, un logis indépendant est construit à côté de certaines grosses fermes : Chabotte, Châtillon, la Contine, le Grand Pré Gris, Très-Faves, le Verger... Les bâtiments agricoles de l'ancienne ferme continuent à être utilisés, mais sont complétés par des hangars modernes. Les parties logis sont réaménagées en location ou abandonnées.

DEVELOPPEMENTS THEMATIQUES

Hameaux et écarts

Les hameaux des Chabanons et de la Flogère regroupent quelques maisons et une ou deux fermes, alors que les Dades, le Rata, Saint-Aubert – nommé « Saint-Albert » dans le terrier de 1755 (D. Faure-Vincent, 2014) – et Saint-Genis sont presque exclusivement composés de deux ou trois fermes regroupées. A l'Adrech, aux Charles ou à Franchironnette, si un certain regroupement existe, il reste beaucoup plus lâche.

Le hameau des Chabanons et celui de la Flogère sont les seuls où une école primaire était installée. A la Flogère, dans les années 1920 la salle de classe était installée dans une ferme située en contre-haut du hameau. Aux Chabanons, la tradition orale rapporte que la construction du bâtiment de l'école a débuté peu avant 1914 et a utilisé des matériaux provenant d'une ruine agricole qui existait au-dessus de la ferme de la Grange.

Hameau de la Flogère. Vue de situation prise du sud.Hameau de la Flogère. Vue de situation prise du sud. Hameau de la Flogère. Buffet en grand appareil de l'ancienne fontaine.Hameau de la Flogère. Buffet en grand appareil de l'ancienne fontaine. Hameau des Dades. Vue de situation prise du sud.Hameau des Dades. Vue de situation prise du sud. Hameau des Dades. Vue d'ensemble prise du nord-ouest.Hameau des Dades. Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Hameau des Chabanons. Ruelle caladée.Hameau des Chabanons. Ruelle caladée.

Voies de communication

Sur la carte de Cassini (années 1760-1780), aucun axe de communication n'est figuré concernant le territoire de Ribiers, alors que sur la Carte des Frontières de l'est de la France, dite carte de Bourcet et d'Arçon (1778), la plupart des chemins figurés sur le plan cadastral de 1823 existent. En 1789, les routes menant vers la Provence et Marseille sont carrossables et « facilitent l'habitant à se porter de ce côté », alors que pour aller à Grenoble, « on ne peut s'y transporter qu'à dos de mulet, ce qui est très coûteux » (P. Guillaume, 1908). En 1824, quinze chemins sont classés comme vicinaux (J. Roman, 1892).

Le Buëch, malgré son cours changeant et ses crues, a également été une voie de circulation, tout au moins pour le flottage des bois provenant de sa haute vallée (Bôchaine notamment). Des actes attestent de cet usage au moins depuis le XIVe siècle (M.-P. Estienne, 2008 ; M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). En 1824, « on tenta, malgré la largeur et le cours irrégulier de la rivière du Buëch, de rétablir un ancien bac qui conduisait dans les communes de Mison et de Sisteron. Il fut emporté et rétabli, depuis lors, à plusieurs reprises, et après avoir dépensé à ce projet des sommes assez notables, on dut y renoncer ». C'est seulement dans les années 1880 que « l'administration municipale a fait jeter à grands frais un pont métallique sur la rivière du Buëch reliant ainsi les départements des Hautes et Basses-Alpes. Grâce à cette utile création, les chasseurs peuvent, sans être contraints de passer à gué la rivière, aller tuer des grives et des merles le long des haies giboyeuses de la commune de Mison, et les promeneurs peuvent constater de leurs propres yeux la profondeur de l'eau du Buëch sur la rive gauche de ce cours d'eau » (J. Roman, 1892).

En novembre 1830, la commune donne adjudication pour la construction d'un « pont en pierres sur le torrent de Claires-Combes, que, jusqu'alors, on ne passait qu'à l'aide d'un pont volant en bois ». Le dessin de ce dernier est d'ailleurs bien lisible sur le plan cadastral de 1823. Antoine Prario, entrepreneur, est désigné pour un coût de 6214 francs. La réception des travaux a lieu le 22 septembre 1832 (J. Roman, 1892).

Dans les années 1870, la route de Sisteron à Ribiers et Laragne est rectifiée. Suivant anciennement la voie antique depuis le bourg de Ribiers et montant au quartier des Combes avant d'arriver à Sisteron, elle longe désormais la rive droite du Buëch jusqu'à sa confluence avec la Durance, de manière plus plate et rectiligne. Dans les années 1880, sur la route de Ribiers à Laragne, des ponts et ponceaux sont bâtis au passage de chaque torrent et ruisseau (J. Roman, 1892).

Voie ferrée

Les délibérations du conseil général indiquent qu'un projet de « ligne ferrée d'intérêt local » par la vallée de la Méouge a été évoqué en 1910 et en 1911, qui prévoyait un tramway sur le trajet Nyons-Séderon-Ribiers-Sisteron, par la vallée de la Méouge. Cette voie est restée à l'état de projet.

Pratiques agricoles

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné rappelle que « la nature du sol est sèche, pierreuse sur les coteaux, et la plaine est assez altérée, mais de peu de production, n'étant pas arrosée. La principale récolte consiste en grains, froment, seigle, épeautre ; peu de vin ; quelques amandiers, qui est l'arbre fruitier qui prospère le mieux ; peu d'huile de noix ; les autres arbres fruitiers végètent très mal ». Les biens communaux sur les montagnes « donnent des pâturages pour les bêtes à laine et des litières » (P. Guillaume, 1908). En 1886, G. Derennes indique que « Ribiers, arrosé par de petits torrents, affluents du Buëch, est riche en céréales, mûriers, fruits, vignes et pistaches ». En 2018, le paysage agricole des versants est bocager sur la partie inférieure des versants, avec des haies en futaie. La partie supérieure des versants est boisée en feuillus (chêne principalement, hêtre en altitude), ou en pins pour les secteurs plantés. Le versant nord du Roc de Gloritte est pâturé. Au pied des versants, les cultures mono-fruitières (pomme principalement, poire ponctuellement) alternent avec des céréales ou des prés de fauche, occupant des surfaces plus vastes où le bocage est beaucoup moins présent.L'irrigation est faite par aspersion depuis les années 1960.

Les documents cadastraux levés entre 1823 (plan) et 1825 (état des sections) nous renseignent précisément sur l'occupation du territoire à cette époque. Le territoire communal s'étend alors sur 3655 hectares, mais 8 % est occupé par des rivières ou des ruisseaux, ce qui ramène à une surface utilisable de 3365 hectares.

La commune possède 129 ha, soit 4 % du territoire. Hormis plusieurs constructions au village (église, maison commune, cimetière, etc.), il s'agit très majoritairement de secteurs incultes (landes, terres vaines, graviers, rochers, etc.) ou boisés. Plus de la moitié (54,5 %) des 3365 ha utiles est occupée par des terres cultivées. Le reste est occupé par des bois taillis (29,5 %) ou par des landes, terres vaines, friches, zones stériles (ces dernières, le plus souvent des roubines marneuses, sont indiquées comme « ruines ») et rochers, qui couvrent ensemble 15 % du territoire. Les pâtures sont anecdotiques (26 ha, soit 0,8 % de la surface communale) et les surfaces bâties, qui s'étalent sur 9,5 ha, ne représentent que 0,3 % du territoire.

L'existence d'une mixité des occupations du sol, voire des productions sur une même parcelle est bien visible dans ces documents : mélanges entre vigne et terre labourable ou terres labourables plantées en verger comme cela est parfois indiqué sur le plan cadastral (ferme des Autarets, G 155). Au-delà de cette complantation, on trouve également des landes ou des pâtures mêlées à des graviers, des terres vaines ou des rochers. Il faut également souligner que les indications de nature des sols affichées sur le plan ne correspondent pas toujours avec celles données par l'état des sections. D'ailleurs celles indiquées sur les plans – qui pourraient correspondre à ce qui a été observé sur le terrain – sont souvent plus flatteuses que celles déclarées sur le registre, déclassant notamment des « vignes » en « friches », ou parfois des « vergers » ou des « prés » en « terres labourables ». Si cela découle sans doute de la volonté des propriétaires d'alléger l'imposition de leurs terrains, cette négociation a toutefois été possible uniquement parce que ces parcelles étaient peu homogènes ou complantées.

Extrait du plan cadastral de 1823 : assemblage des sections E1, E2 et E3 avec colorisation selon la nature des parcelles.Extrait du plan cadastral de 1823 : assemblage des sections E1, E2 et E3 avec colorisation selon la nature des parcelles. Le versant agricole bocager, à l'est du bourg de Ribiers.Le versant agricole bocager, à l'est du bourg de Ribiers. Variété des cultures au quartier des Autarets : pré de fauche, champ de céréales et verger.Variété des cultures au quartier des Autarets : pré de fauche, champ de céréales et verger. Caisses à pommes dans un verger, quartier du Rata.Caisses à pommes dans un verger, quartier du Rata.

Terres labourables

Sur le cadastre de 1823, les 1840 ha de terres agricoles répertoriées sur la commune sont à 95,5 % occupées par des terres labourables (1731,5 ha).

Cette importance se retrouve dans la toponymie cadastrale où nombre de noms de quartiers y font référence : « Champ d'Ange » (section A), « Champ Beau » (C, F, H), « Champ du Bec » (I), « Champ Bon » (E), « Champ du Borgne » (C), « Champ du Buech » (I), « Champ Carareou » (A), « Champ Chausson » (A), « Champ de Chouvac » (C), « Champ de la Dame » (B, G), « Champ de l'Echelle » (A), « Champ des Gerbes » (G), « Champ des Greses » (I), « Champ Jugnet » (I), « Champ de Latil » (J), « Champ de Rendier » (I), « Champ d'Olimpe » (G), « Champ des Ourmes » (I), « Grands Champs » (D, I), « Grande Pièce » (D, I).

Parfois, le toponyme désigne une ou deux parcelles et fait référence à un détail « Champ de la Grosse Pierre » (J 87-88) ou au temps nécessaire pour mettre en valeur le terrain : « Champ du Jour » (C 586). Plus rarement, le lieu-dit est en rapport avec la bonne qualité de la terre, « la Condamine » (E), ou avec les aménagements agricoles en terrasses de culture, « les Faysses » (I).

Vigne

La culture de la vigne a été historiquement importante et elle est attestée dès 1297 au quartier de Révillan (Rebinnelle) (M.-P. Estienne, 2008).

Les données du cadastre de 1823 montrent qu'à cette époque les vignes couvrent 40 ha (2,2 % des terres agricoles) et en outre certaines terres labourables sont complantées en vignes, situation qui concerne 26,5 ha. Quelques toponymes sont en rapport avec cette culture : « Vigne Bergère » (section B), « Vignes du Chateau » (E) et « Vigne François » (F).

La plupart des fermes mais aussi de nombreuses maisons du bourg conservent encore une « tine » ou cuve à bouillir. Cette cuve vinaire, généralement maçonnée et cylindrique – quelques exemples de cuves rectangulaires ont aussi été observés – dispose d'un parement intérieur en carreaux de terre cuite glaçurés. Une trappe est presque toujours aménagée au-dessus de cette cuve, surtout lorsque le cellier est en sous-sol ou en étage de soubassement, permettant de rentrer la vendange de plain-pied et de la déverser à travers une trémie qui pouvait être équipée d'un égrennoir. En l'absence de cuve, la fermentation avait lieu dans de grands tonneaux en bois. Les plants étaient soit greffés, soit francs.

D'après la tradition orale, les dernières vinifications datent des années 1930 à la Grange, 1960 à la Contine, 1990 aux Eymarrons , au Grand Pré Gris et à Très Faves. En 2018, quelques petites parcelles de vigne subsistent, par exemple au-dessus du hameau de la Flogère ou en contre-bas de la Guillone.

Vigne et verger, au quartier des Peyrouses.Vigne et verger, au quartier des Peyrouses. Cuve vinaire dans le cellier d'une maison du bourg de Ribiers.Cuve vinaire dans le cellier d'une maison du bourg de Ribiers.

Prés de fauche

D'après le cadastre de 1823, les surfaces occupées par des prés de fauche occupent 39 ha. Deux d'entre eux, situés au Pré Neuf, sont mentionnés comme « pré marais » (parcelles 1823 B 237 et 247).

Les toponymes qui y font référence sont nombreux : « la Prairie » et « les Prés » (section E), « Pré d'Ange » (C), « Pré Batard » (I), « Pré de la Couline » (E), « Pré de la Cour » (E), « Pré Cheuille » (D), « Pré de la Font » (G), « Pré Gris » (E, H), « Pré de la Luzerne » (A), « Pré du Moulin » (E), « Pré Neuf » (B), « Pré Paradis » (E), « Pré Pouson » (J), « Pré Rousset » (C), « Pré de la Vière » (E), etc.

Jardins

Ils permettent une micro-production légumière et potagère familiale fondamentale dans l'économie agro-pastorale locale.

Dans le cadastre de 1823, les jardins couvrent 2,5 ha, soit 0,1 % des terres agricoles. Les seuls à avoir donné lieu à un toponyme sont les « Jardins du Chateau », au pied sud du village, qui existent toujours aujourd'hui.

Chanvre

Cette culture est attestée en 1297 à Saint-Aubert et Révillan (Rebinnelle) (M.-P. Estienne, 2008).

Sur le cadastre de 1823, un « routoir » est mentionné au quartier du Pré Neuf, quelques dizaines de mètres en contrebas de l'actuelle monument à la Vierge (parcelle 1823 B1 267). Alimenté en eau par le canal Harmand dérivé du Buëch, ce bassin servait à rouir le chanvre.

Lavandes et plantes de distillation

Une distillerie de lavande se trouve encore au village, installée dans une ancienne scierie au bord du Riou de Clarescombes, et une autre est située à proximité de la ferme de Très-Faves. A la ferme du Grand Pré Gris, les lavandes étaient ramassées « au sauvage », dans des forêts de chênes épars ou dans les gravières bordant le Buëch.

Ancienne distillerie de lavande et grand tilleul, à la ferme de Très Faves.Ancienne distillerie de lavande et grand tilleul, à la ferme de Très Faves.

Amandiers, noyers et autres arbres fruitiers

En 1789, les amandes constituent la seule production susceptible d'être vendue hors de la commune. Elles sont principalement exportées vers Marseille (P. Guillaume, 1908).

Lors du partage des terres des Bas Prés en 1793, la plupart des parcelles sont complantées, notamment en noyers, mûriers et autres fruitiers parfois palissés (extraits du registre de la vente des biens nationaux provenant d'émigrés, archives privées du Domaine des Îles).

Le cadastre de 1823 fait mention de divers arbres fruitiers, isolés ou rassemblés. On note ainsi l'appellation « le Verger » (sections A, E) ou les toponymes « les Amouriers » (mûriers) (section C), « Champ des Noyers » (J) et « Clos du Noyer » (E), « le Poirier Rouge » (A), « Clos du Poirier » (D), « Champ du Poirier » ou « le Champ de Perier » (D), « Champ Perier » (I), « Perieo Amao » (F), « le Serisier » (A), « la Pistole » (prunier) (D), etc.

A la fin du XIXe siècle, « les arbres fruitiers proprement dits n'y sont pas très nombreux, mais les champs sont complantés de beaucoup d'amandiers et de mûriers ». La culture des pruniers était largement répandue et les fruits étaient récoltés pour être conservés séchés. Cette tradition remonte au moins au XVIe siècle, puisque en 1597 la communauté offrit au capitaine protestant Gouvernet, qui occupait la ville « un boisseau d'apprune pardigonnes ». (J. Roman, 1892).

Les noyers servaient surtout pour produire de l'huile. En 1882, au quartier du « Barlandier » du bourg, une maison abritait un « moulin à huile » (voir annexe dédiée aux moulins et activités artisanales).

Grand amandier, au quartier du Verger.Grand amandier, au quartier du Verger. Noyer isolé dans un champ de céréales, au quartier de la Prairie.Noyer isolé dans un champ de céréales, au quartier de la Prairie.

Tilleuls

La culture du tilleul était traditionnellement pratiquée et aujourd'hui encore ces arbres sont nombreux autour des fermes : isolés, en allées ou en haie, ou en plein champs. A la ferme du Grand Pré Gris, la récolte est labellisée « culture biologique » et se fait sur des variétés « Bénivet » ou locales non greffées. Auparavant vendue sur le marché spécialisé de Buis-les-Baronnies (Drôme), elle est désormais achetée à Die (Drôme).

Tilleul récolté annuellement, à la ferme du Grand Pré Gris.Tilleul récolté annuellement, à la ferme du Grand Pré Gris.

Soie et mûriers

La sériciculture a été largement développée sur la commune de Ribiers, peut-être dès le 17e siècle. La transformation des graines en cocons nécessitait de très importants volumes de feuilles, ce qui explique le grand nombre d'arbres qui étaient plantés sur la commune, tant à côté des fermes qu'en haies ou en plein champs.

Lors du partage des terres des Bas Prés en 1793, la plupart des parcelles sont complantées, notamment en noyers et mûriers. L'une est même « traversée par un mur de soutènement d'environ 12 toises de longueur sur une de hauteur pour soutenir plusieurs arbres qui sont des muriers et deux amandiers ». (extraits du registre de la vente des biens nationaux provenant d'émigrés, archives privées du Domaine des Îles).

Cette situation reste valable un siècle plus tard, époque à laquelle « les champs sont complantés de beaucoup d'amandiers et de mûriers dont les feuilles sont utilisées pour de nombreuses éducations de vers à soie » (J. Roman, 1892).

La tradition locale rapporte qu'au début du XXe siècle, la grande salle du château de Ribiers était reconvertie en magnanerie. A la ferme de la Grange (hameau des Chabanons), cette activité a perduré jusque vers 1914, avec une production d'environ 400 kg de vers à soie par an, dont la vente permettait de payer un an de salaire à un berger. A la ferme du Grand Pré Gris, jusqu'au début des années 1950 la production était vendue à un négociant spécialisé du bourg, sans doute les établissements Massot qui avaient un atelier de décoconnage sur la place de la Fontaine (voir dossier IA05001439). La mémoire orale rapporte également que jusqu'au milieu du XXe siècle les rives du grand canal de Sisteron étaient plantées de deux rangées de mûriers et celles du canal Armand d'une seule rangée.

Les collectes orales enregistrées par Brigitte Laugier dans les années 2000 auprès des anciens de Ribiers abondent de détails concernant cette activité.

Allée de tilleuls et mûriers, à la ferme de Très Faves.Allée de tilleuls et mûriers, à la ferme de Très Faves. Allée de mûriers, à la ferme de la Grange (les Chabanons).Allée de mûriers, à la ferme de la Grange (les Chabanons).

Bois

En 1789, « l'état des bois est déplorable ; il n'y en a point de haute futaie, mais seulement des taillis qui ne sont pas suffisants pour les besoins des habitants (…) ceux qui font le plus de dégâts aux bois communaux sont ordinairement certains paysans qui vont ensuite le revendre » (P. Guillaume, 1908).

D'après les données du cadastre de 1823, les bois taillis couvrent 29,5 % du territoire communal utile. On les retrouve dans la toponymie cadastrale : « Blache de Megret » (section I), « Blache de Robert » (C), « Champ Blache » (D), « la Grand Blache » (G), « la Boissette » (C), etc.

En 1892, J. Roman précise que « les pentes des montagnes sont couvertes de bois de chênes qui, malheureusement, tendent à s'éclaircir et à disparaître de plus en plus ». En effet, lorsque les vieux arbres meurent ou sont abattus, ils ne sont plus remplacés, ce qui entraîne des problèmes de ravinement : « des terres autrefois fertiles sont aujourd’hui recouvertes d'une épaisse couche de blocs et de graviers » (J. Roman, 1892).

La tradition orale rapporte que jusqu'au milieu du XXe siècle, des charbonnières étaient installées en contrebas des falaises de Gloritte et de Pierre Impie, ainsi qu'aux quartiers de Grouvac, de Pierre Ravel et de Graillouse.

Aménagements agricoles en pierre sèche : murs, digues et pierriers

Les anciens usages agricoles des versants se reconnaissent aujourd'hui à la présence de quelques murs de soutènement en pierre sèche de terrasses de cultures. Les cours des fermes sont très souvent soutenues par des murs en pierre sèche et elles sont éventuellement fermées par un muret de même nature. Ces murs se retrouvent également pour conforter les anciens chemins muletiers, avec un appareillage soigné voire presque cyclopéen à Sanorgues. Parfois, ces chemins sont bordés d'un muret comme au quartier de Champ Beau ou au Dades. Au quartier de Barbelle, quelques chemins sont aménagés au sommet de pierriers.

Chemin sur mur de soutènement, bordé par un pierrier bâti. Quartier de Barbelle.Chemin sur mur de soutènement, bordé par un pierrier bâti. Quartier de Barbelle. Mur de soutènement de l'ancien chemin de Ribiers à Rougnouse.Mur de soutènement de l'ancien chemin de Ribiers à Rougnouse.

Certains ravins importants, par exemple celui de Saint-Aubert ou celui de Barbelle, bénéficient dans la partie inférieure de leur cours, là où le relief est moins marqué, de digues en pierre sèche talutées et parementées. Au quartier de Belair, on remarque quelques petits ruisseaux canalisés par des bordures en lauzes dressées sur chant et, dans ce même quartier ainsi qu'à Mauregard, des gués empierrés ont été observés sur des petits cours d'eau.

Toutefois, les constructions en pierre sèche les plus remarquables sur le territoire de Ribiers sont les pierriers, résultats de l’épierrage des champs. Témoignant de leur importance physique, certains sont enregistrés sous le terme de « clapier » dans le cadastre de 1823. Ils sont souvent intégrés dans une parcelle de lande ou de friche, autre exemple de la mixité d'occupation des sols. D'autres, non moins remarquables, n'apparaissent toutefois pas car ils servent de limites parcellaires mais ils ont ponctuellement donné un toponyme : « Clapier de la Touyère » (parcelle C 421). Les pierriers les plus simples sont des tas de pierrailles, mais certains sont véritablement bâtis et présentent un parement taluté sur un ou plusieurs côtés. Quelques-uns sont même spectaculaires, comme au quartier du Rata ou à celui des Charles, où de très grands pierriers (près d'une centaine de mètre de long) sont installés en longues bandes parallèles au sens de la pente, bordant parfois un chemin. Celui des Charles est mentionné comme « muraille » sur le cadastre de 1823 (parcelle 1823 F 316), couvrant 290 m². En contrebas du hameau des Dades, on remarque un ensemble de pierriers bâtis hauts de 2 à 3 mètres, là encore installés parallèlement au sens de la pente.

Grand pierrier bâti, au quartier du Rata.Grand pierrier bâti, au quartier du Rata. Grand pierrier bâti, au quartier du Rata.Grand pierrier bâti, au quartier du Rata. Grand pierrier bâti, en contrebas du quartier des Dades.Grand pierrier bâti, en contrebas du quartier des Dades.

Les constructions agricoles et domestiques au XIXe siècle

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné indique que « les habitations sont construites en pierres, chaux et sable, et couvertes en tuiles ; aucune en paille. Il n'y a ni carrière d'ardoise, ni de lauses » (P. Guillaume, 1908).

Le cadastre de 1823 dénombre 294 maisons sur l'ensemble des sections communales – sont normalement considérés comme maisons tous les bâtiments ayant une partie destinée à l'habitation, tant en village qu'en zone dispersée. Naturellement, c'est la section E – qui comprend le bourg de Ribiers – qui en compte le plus, rassemblant 70 % d'entre elles. La pauvreté des habitats transparaît très nettement à travers les classes d'imposition foncière attribuées à ces maisons. En effet, les cinq classes les plus basses (classes 6 à 10) regroupent 78 % de toutes les maisons. A l'inverse, seules quatre maisons sont considérées comme de 1ère classe ; les trois premières classes comprenant moins de 9 % des maisons.

En 1882, la mise à jour des propriétés bâties montre que la situation a peu changé. Les trois-quarts des maisons sont toujours inscrites dans les cinq catégories fiscales les plus basses ; les trois premières classes regroupant un peu moins de 10% de l'ensemble. Illustration de l'exode rural et d'une baisse de la pression démographique, nombre de maisons sont déclassées, passant d'un statut d'habitation à celui de bâtiment agricole, avec au moins une dizaine d'exemples au bourg de Ribiers (mutations effectuées entre 1855 et 1882) et d'autres dans les écarts. Quelques nouvelles constructions sont toutefois réalisées : de rares maisons et des hangars ou bâtiments agricoles.

La cadastre de 1823 indique plusieurs constructions en relation avec l'eau. Les « réservoirs », qui correspondent à des bassins d'arrosage, sont au nombre de quinze. D'une surface moyenne de 80 m², les deux-tiers d'entre eux servent à l'irrigation d'un pré de fauche ou d'un jardin. La ferme de Saint-Genix est la seule où un « puy » est indiqué (1823 I 144, 04 m² ). On note également l'existence d'un « routoir », bassin de 30 m² destiné à rouir le chanvre, installé au bord du canal au quartier du Pré Neuf (parcelle 1823 B 267).

La toponymie, quant à elle, indique de nombreuses sources : « les Fouents » (section C), « Font du Bachas » (F), « Font Belle » et « Font Bellemeo » (C), « Font Bertrand » (C), « Font Chaude » (C), « Fouent du Faou » ou « Fouent du Fayard » (A, C), « Fouent Faraye » ou « Fouent Faray » (A, C), « Font Grégoire » (A), etc.

Source aménagée dans un mur de soutènement en pierre sèche, au quartier des Faysses.Source aménagée dans un mur de soutènement en pierre sèche, au quartier des Faysses. Bassin d'arrosage sur une source, au quartier du Prieuré.Bassin d'arrosage sur une source, au quartier du Prieuré.

Pas moins d'une vingtaine de « cabanes » ou « cabanons » sont cadastrés en 1823. Ayant une superficie au sol moyenne de 25,5 m², plus de la moitié d'entre eux sont installés dans une parcelle de vigne, les autres étant associés à des terres labourables ou plus rarement des prés. On remarquera que le hameau des Chabanons tire son nom de ce genre de construction minimale. D'autres petits bâtiments sont aussi indiqués : un « forest », construction agricole installée à proximité de l'ancienne tuilière du château de Ribiers (1823 E 794), et deux « pavillons », un au village (1823 E 680) et un aux Autarets (1823 G 660). Cette ferme possède également deux « allées » (1823 G 154 et 156).

Pour la période 1882-1911, la matrice des propriétés bâties dénombre 30 « pavillons », dont deux seulement existaient sur le cadastre de 1823 en tant que « cabanon ». Plus de la moitié de ces bâtiments ont été construits entre 1878 et 1901, les autres étant plus anciens. Les trois-quarts ont été bâtis sur des terres labourables ou des vignes, les autres dans d'anciennes terres incultes – landes, graviers ou bois – défrichées ou gagnées à la culture grâce à l'endiguement.

En 1823, cinq « colombiers » et un « pigeonnier » sont mentionnés. Installés à proximité d'une ferme (l'Adrech 1823 C 359, les Charles 1823 G 285, le Virail 1823 J 22) ou isolés (Franchironnette 1823 G 51, Notre-Dame-des-Faysses 1823 E 856, Pré Neuf 1823 B 209), leur surface au sol est comprise entre 20 et 30 m². On retrouve d'ailleurs un quartier nommé « le Pigeonnier », à proximité de Notre-Dame.

Petit pavillon de jardin, au quartier du Pré Neuf.Petit pavillon de jardin, au quartier du Pré Neuf. Colombier, au quartier des Faysses.Colombier, au quartier des Faysses.

Les fours à pain aux XVIIIe et XIXe siècles

Pour le bourg de Ribiers, le terrier de 1755 mentionne les « deux fours à la Communauté », qui sont situés dans la partie basse de la « maison de ville » (plan 7, parcelle 1016 ; voir dossier IA05001463).

Dans le cadastre de 1823, sept fours à pain privés sont mentionnés. Installés dans des fermes (Chabotes : 1823 C 708, les Routes : 1823 F 397) ou dans des hameaux (la Combe : 1823 E 1357, les Dados : 1823 C 538, les Eymarrons : 1823 J 102, la Flaugère : 1823 C 753, Franchironnette : 1823 G 67) leur surface au sol moyenne est de 17 m². Il faut cependant préciser que tous les fours à pain intégrés directement dans le bâti des fermes, et non disjoints, n'apparaissent naturellement pas dans le parcellaire, minorant de fait leur présence. En outre, trois fours à pains publics existent. Celui du village, installé dans la maison commune (1823 E 513, 116 m²) est en propriété communale. Celui des Chabanons (1823 I 99, 15 m²) et celui du Rata (1823 E 1256, 30 m²) appartiennent chacun aux habitants du hameau. Ces trois édifices existent toujours dans la matrice des propriétés bâties de 1882-1911, le four du Rata n'étant plus mentionné comme ruiné.

Population

D'après J. Roman (1892, p 6), à la fin du Moyen-Age, la population de Ribiers était d'environ 300 à 350 personnes (en 1474). Deux siècles et demi plus tard, elle était cinq fois plus importante, puisqu'il l'estime à environ 1500 habitants en 1727.

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné indique que « la population consiste à environ 300 habitants, qui peuvent donner 1 700 âmes, dont le tiers tout au plus peut s'occuper des travaux utiles et si nécessaires à l'agriculture » (P. Guillaume, 1908). Ce chiffre ne sera jamais dépassé et le maximum démographique du XIXe siècle est atteint en 1846, avec 1455 habitants. Ensuite, la population décline régulièrement et elle ne compte plus que 844 habitants en 1911. Le minimum démographique est atteint en 1968, avec 481 habitants.

A partir des années 1970, une reprise démographique s'effectue : 592 habitants en 1982, 677 en 1999. La première décennie du XXIe siècle retrouve une population proche de celle des années 1910, avec 811 habitants en 2013.

1Voir l'annexe dédiée aux canaux et aux digues.

Depuis le 1er janvier 2016, Ribiers fait partie de la nouvelle commune de Val-Buëch Méouge, avec Châteauneuf-de-Chabre et Antonaves.

Des sites datant du néolithique et des périodes proto-historiques sont attestés sur le territoire de l'ancienne commune. Au cours de l'antiquité romaine, une dense occupation (villa, nécropoles) a laissé de nombreux vestiges, tant dans la plaine que sur les divers replats du piémont ou des versants. Le site du Roc de Saint-Etienne, d'occupation probablement précoce (protohistorique), pourrait avoir été réoccupé au cours de l'antiquité tardive.

Au XIe siècle, le castrum de Château-Giraud est le premier à être mentionné. Il occupait alors la partie nord du territoire, le castrum de Creyssint étant à l'ouest et celui de Saint-Etienne au sud. Si une communauté est signalée à Ribiers à partir du XIIIe siècle, les trois sites castraux sont désertés et abandonnés au XVe siècle. Deux autres sites ruinés, religieux, datent de l'époque médiévale : l'abbaye de Clarescombes et le prieuré Saint-Jean.

Au cours des deux dernières décennies du XVIe siècle, Ribiers est fortement marqué par les guerres de religion. Mal fortifiée et de toute façon développée hors rempart, la ville doit régulièrement accueillir des troupes de l'un ou l'autre parti, et elle se retrouve fréquemment entre deux feux, un capitaine protestant ayant enlevé Antonaves et un capitaine catholique s'étant installé à la ferme de la Marquise. Toutefois, la richesse de son terroir, bien arrosé et mis à l'irrigation au moins dès le XIVe siècle, lui permet de continuer à se développer. La place de la Fontaine est aménagée dès la première moitié du XVIe siècle.

Un large mouvement de constructions ou reconstruction débute à partir du milieu du XVIIIe siècle. Le maillage déjà existant des fermes dispersées est étoffé, et elles sont augmentées de bâtiments ou équipements assez spécifiques : grange-étable, cour fermée... A Ribiers, on assiste notamment à une modernisation des façades de la place de la Fontaine. En même temps, les travaux de construction de digues, permettant de gagner des terres sur le Buëch, et de canaux pour l'arrosage permettent aux cultures de s'étendre vers la rivière.

Progressivement se met en place une dynamique de déperchement agricole qui s'amplifie avec les progrès de l'outillage et des moyens techniques au cours du XIXe siècle. Les fermes les plus hautes sont progressivement délaissées puis abandonnées, alors que dans les autres, un logis séparé est ajouté, dès le début du XXe siècle et surtout à partir des années 1950. La transformation des techniques d'irrigation, anciennement obtenue par gravité, au profit d'un système d'aspersion a permis le développement des cultures arboricoles, de pommiers très majoritairement. Des bâtiments agricoles modernes, hangars ou chambres froides, ont été ajoutés à proximité des fermes ou directement dans les vergers. Parallèlement, des lotissements accompagnés d'une zone de loisir se sont développé dans toute la périphérie sud du bourg de Ribiers.

Le territoire de l'ancienne commune de Ribiers se situe en rive droite du Büech, entre les confluences de la Méouge et la Durance dont il n'est toutefois pas riverain. Il est centré sur le torrent de Clarescombe et le village de Ribiers domine sa confluence avec le Buëch. Le territoire est limité au nord par le Mont Ourouze et l'ancienne commune d'Antonaves, à l'ouest par le sommet de la Platte et le Roc de Gloritte qui marquent la limite avec la commune d'Eourres, au sud par la Montagne de l'Ubac et à l'est par la commune de Sisteron (Alpes-de-Hautes-Provence). En rive droite du Buëch, face au territoire de Ribiers, s'étend la commune de Mison (Alpes-de-Hautes-Provence).

Cette commune est la moins élevée du département des Hautes-Alpes. L'altitude minimale est d'environ 460 mètres, au bord du Buëch en limite de la commune de Sisteron. Les altitudes maximales sont de 1483 mètres au sommet de la Platte et de 1367 au Roc de Gloritte. La crête de la Montagne de l'Ubac se développe à une altitude moyenne de 1200 mètres. Le village de Ribiers est à environ 610 mètres, le hameau des Chabanons à environ 510 mètres, ceux de Saint-Aubert et de la Combe à 570 mètres, et celui de la Flogère à 640 mètres.

Le substrat est calcaire (séquence tithonique entre le hameau de l'Adrech et le sommet de la Platte) ou marneux (terres noires partout ailleurs), avec la présence fréquente de roubines, par exemple aux quartiers de Baudinard, de Saint-Aubert, etc. Ponctuellement, des concrétions de tuf peuvent se former, comme à la ferme de la Marquise. La partie basse du territoire correspond au paléo-chenal du Buëch, qui est formé de galets agglomérés en poudingue. Le site de Ribiers est installé sur un ressaut de ce poudingue dominant le lit majeur du Buëch.

Le lit de cet affluent de la Durance est organisé en tresses et bras morts, laissant de petites îles de graviers, et il est bordé d'une ripisylve plus ou moins continue.

La commune de Ribiers, vue prise du sud.La commune de Ribiers, vue prise du sud. Ravines marneuses, quartier du Verger.Ravines marneuses, quartier du Verger. La confluence entre le Riou de Clarescombe et le Béal de Saint-Bertrand.La confluence entre le Riou de Clarescombe et le Béal de Saint-Bertrand.