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Présentation de l'ancienne commune de Ribiers

Dossier IA05001502 réalisé en 2018

Fiche

Á rapprocher de

Œuvres contenues

DEVELOPPEMENT HISTORIQUE

Période pré- et proto-historique

Une prospection-inventaire archéologique a été effectuée sur le territoire de Ribiers entre 1993 et 1995, aboutissant à l'identification de 64 sites. Le site de Ribiers serait occupé « depuis au moins le néolithique ». Quelques sites de la même époque sont situés sur « de petites terrasses bien exposées sur les piémonts » : Furgette, Planet/Saint-Aubert/Rebinelle, le Territoire, Très-Faves (I. Ganet, 1995). Au bourg de Ribiers, à l'angle de la rue du Barri et de la rue du Château, une pierre installée en chasse-roue est ornée d'un décor en réserve figurant ce qui pourrait être un motif vulvaire encadré par trois chevrons ; d'après J.P. Rouge (communication personnelle), ce bloc pourrait être d'origine néolithique.

Pierre gravée d'origine possiblement néolithique, employée comme chasse-roue à l'angle de la rue du Château et de la rue du Barri.Pierre gravée d'origine possiblement néolithique, employée comme chasse-roue à l'angle de la rue du Château et de la rue du Barri.

La grotte sépulcrale du néolithique final (-5200 à -4300 BP), dite le Trou du Renard est située au pied nord-ouest du Rocher de Saint-Etienne. Elle a été fouillée à partir de 2003 par l'ethnopaléontologue J.-J. Millet, révélant les restes humains d'une vingtaine d'individus, et elle est toujours en cours d'étude archéologique. Par ailleurs, il est probable que le site de Saint-Etienne ait servi d'oppidum dès la période proto-historique.

J. Roman (1888, 1892) signale qu'en 1834, un trésor a été découvert au Freyssinié, comprenant plusieurs centaines d'objets : « une lame d'épée, des haches, des faucilles, une scie, des bracelets, des épingles, des plaques circulaires, des annelets et des pendeloques en grand nombre » (liste complète et détaillée dans son ouvrage de 1888). Ils ont été déposés pour la plupart au musée de Saint-Omer par M. de Laplane. En outre, il signale la découverte en 1875 d'une sépulture en pierre contenant des anneaux en bronze.

Période antique

L'occupation du territoire communal au cours de cette période a été dense et de nombreux établissements humains étaient installés tant en pied de pente que sur les replats qui ponctuent les versants. Certains sites ont fourni un important matériel. Ainsi, J. Roman (1888, 1892) indique qu'« au quartier de Saint-Jean, on a mis à jour de nombreuses substructions romaines », correspondant à une villa située à proximité immédiate des ruines de l'ancien prieuré. Elles comprenaient « des mosaïques grossières, des fragments de grandes tuiles à crochet, une petite voûte d'un appareil très soigné, des tessons de poterie, un petit globe de cristal de roche, et quelques monnaies romaines ».

Lors de l'inventaire archéologique mené dans les années 1990, plus d'une cinquantaine de sites de l'époque romaine ont été répertoriés sur le territoire, généralement implantés non loin de la voie antique qui remontait la vallée du Buëch à partir de Sisteron. Le bourg de Ribiers lui-même pourrait correspondre à « une agglomération secondaire antique ». Plusieurs autres sites de cette époque ont été repérés, livrant divers artefacts notamment céramiques et tessons de tuiles : en contrebas du village et vers la Prairie, aux Autaret, à Bramefan, à Bourerale, à la chapelle de Clarescombe, à Châtillon, aux Charles, à l'Essaillon, à Franchironnette, à la Grande Contine, à la Grèze, à la Madeleine, au Plan, au Planet, au Prieuré (villa avec thermes sur hypocauste), aux Peyrouses, au Rata, à la Rebinnelle, au Riousset, à Saint-Aubert, au Serre (Châtillon), à Très-Faves, au Verger, au Villaret, au Virail. Une tuilerie antique était sans doute installée à Bramefan, où subsistent « de nombreux ratés de cuisson de tegulae » ; cet établissement est sans doute à mettre en relation avec celui de la Tuilière (ancienne commune d'Antonaves) où existe aussi un grand crassier de déchets de cuisson. Un possible atelier métallurgique était installé à la Croix de Saint-Aubert, où l'on trouve de nombreuses scories et autres matériels. Une « nécropole antique à incinérations » semble être située « au quartier de Champ-Beau », une autre vers Rebinelle et d'autres sépultures au Serre (Châtillon). Une nécropole du Bas-Empire se trouve à proximité de la chapelle Saint-Jean (le Prieuré). C'est dans ce même secteur qu'au début du XXe siècle, une statuette de Mercure en bronze a été trouvée au Champ de la Dame. Un autel portant une dédicace au dieu Sylvain se trouvait dans la chapelle des Faysses. (I. Ganet, 1995).

Lors de la mission d'inventaire topographique du patrimoine, quelques autres sites avec tessons de tegulae ont été repérés : en plein champ (près de Clarescombes, au Petit Pré Gris), dans des pierriers (entre les Dades et Sanorgues), ou en remploi dans les maçonneries (hameaux des Dades, de la Combe, Petit Pré Gris). Dans une ferme du quartier des Charles (parcelle 1984 F2 193), l'appui saillant d'une baie de pigeonnier remploie deux fragments de tegulae. Plusieurs tessons ont également été vus au sommet du Rocher de Saint-Etienne. Mais il faut surtout souligner que, de manière inattendue et remarquable, un colombier dominant le cimetière des Faysses conserve de manière exceptionnelle plus de 220 tegulae entières. Celles-ci sont ici utilisées comme pare-feuille, placées sous une couverture en tuile creuse (voir dossier IA05001458).

Fragment de tegulae remployé dans la maçonnerie d'un bassin d'arrosage, au pied oriental du site du Prieuré Saint-Jean.Fragment de tegulae remployé dans la maçonnerie d'un bassin d'arrosage, au pied oriental du site du Prieuré Saint-Jean. Tegulae en sous-toiture dans le colombier des Faysses.Tegulae en sous-toiture dans le colombier des Faysses.

Antiquité tardive et premier moyen âge

« A la limite de Bourerale et du Château, les nombreux pierriers et zones humides semblent liés à du mobilier médiéval ». A la Combe, « une voie sans doute médiévale a été établie sur une terrasse du piémont de l'Ubac pour desservir au moins l'abbaye de Clarescombe ». Du matériel céramique du Ve-VIe siècles a été observé à proximité de la chapelle Saint-Jean (le Prieuré). (I. Ganet, 1995).

Entre le hameau des Chabanons et le quartier de Franchironnette, une éminence marneuse elle appelée « Furgette » sur les documents cadastraux ancien, le « Collet de Mars » par la tradition orale ou le « Champ de Mars » par la carte archéologique (I. Ganet, 1995). Ce site est connu comme étant un site archéologique associant vestiges antiques – concentration de tegulae et imbrice – et céramiques médiévales (I. Ganet, 1995). Cette butte commande à leurs pieds nord deux cols : le Pas de Saint-Pensier (« Pas de Bevons » sur la Carte des frontières de l'Est de 1778) et le Pas de Peynier (« Pas du Capucin » sur le même document). La référence toponymique à Mars pourrait indiquer un éventuel fanum, alors que le nom de Furgette dérive très probablement du provençal furga : fouiller. Il est probable que les hameaux de Franchironnette et des Chabanons, ainsi que la ferme de Chatillon soient issus d'un déperchement de ce possible site castral précoce. On remarque d'ailleurs que, sur le cadastre de 1823, cette colline et le domaine de la ferme de Furgette appartiennent alors au propriétaire de la ferme de Chatillon. Dans ce secteur, la tradition orale rapporte qu'une légende fait remonter la création du hameau des Chabanons à l'époque de Charlemagne : les familles anciennement tenues en servitude dans les fermes installées à la suite des villae romaines auraient chacune reçu un terrain permettant d'y bâtir une maison accompagnée de son jardin. Si le contexte historique proposé par ce récit semble confus, la composition actuelle de ce hameau constitué d'un îlot linéaire de maisons mitoyennes plaide en effet pour une installation concertée et planifiée.

Le hameau des Chabanons au pied de l'éminence de Furgette. Vue de situation prise de l'est.Le hameau des Chabanons au pied de l'éminence de Furgette. Vue de situation prise de l'est.

Dans le cadastre de 1823, on relève le toponyme « Pré de la Vière » (parcelles E 1565 à 1574), localisé sur le versant nord de la Montagne de l'Hubac. Placé en face d'une éminence située à mi-versant entre le quartier des Routes et le Rocher du Loup – appelée « Clot des Routes » (F 427 à 437) dans ce document – il pourrait se rapporter à une implantation de l'antiquité tardive sur cette plate-forme.

Il est aussi probable que le site du Rocher de Saint-Etienne ait été (ré-)occupé à cette époque, de même que les sites de Château-Giraud et de Creyssint (voir annexe dédiées aux sites médiévaux).

On notera également qu'un replat dominant au nord le hameau du Verger à la limite de l'ancienne commune d'Antonaves – entre le Rocher d'Allemagne et le Pré de Lafond – où l'on remarque aujourd'hui de nombreux tessons de tegulae, est mentionné par le plan du terrier de 1755 comme « Hic etoit un couvent de religieuses ainsi qu'on l'assure », mention qui paraît toutefois hasardeuse.

Second moyen-âge

La plus ancienne mention d'un habitat sur la commune remonte au XIe siècle : en 1087, le cartulaire de Cluny nomme le castellum de Château-Giraud (M.-P. Estienne, 2008). Au moyen-âge, le terroir de Ribiers – dont le nom viendrait de riperi : rivage – dépendait étroitement de celui de Mison. Cette entité a été cédée ou vendue aux Mévouillon, par les vicomtes de Gap, au début du XIIe siècle. A cette époque, le territoire de Ribiers est « divisé en quatre fiefs ou quatre châteaux » (J. Roman, 1892) : Ribiers et « trois autres castra jouant le rôle de pôle avancé » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999) : Château-Giraud, Creyssint et Saint-Etienne.

Localisation d'une partie des sites médiévaux sur le territoire de Ribiers.Localisation d'une partie des sites médiévaux sur le territoire de Ribiers.

Chacun avait une église propre, hormis Château-Giraud qui était peu éloigné du prieuré de Saint-Jean. « Les castra de Ribiers, de Saint-Etienne et le terroir de Creyssint faisaient partie des biens des Lachau dont le chef-lieu est situé dans la vallée de la Méouge » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999).

Vers 1120, « les fiefs de Mison, de Ribiers, de Châteauneuf-de-Chabre, d'Arzelier, de Saléon, de Serres et bien d'autre encore » sont aux mains de la famille des Mévouillon, « qui était également souveraine maîtresse dans la partie de la Drôme limitrophe des Hautes-Alpes ». C'est également vers 1120 que Raymbaud de Mévouillon et sa femme Oliva fondent la commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem de Saint-Pierre-Avez. Cette fondation est confirmée en 1150 par leur fils Raymond-Cotta, puis en 1177, par leur petit-fils Guillaume de Mévouillon. Ce dernier est sans doute à l'origine de la fondation de l'abbaye de Clarescombes vers 1180 (J. Roman, 1892).

Le 11 mars 1298, Raymbaud de la Chaup rend hommage au dauphin pour ses fiefs de Ribiers, Saint-Etienne, Creyssint et Val-de-Barret. Le 24 mars 1298, c'est sa cousine Galburge de Mévouillon qui rend également hommage au dauphin, pour son fief de Château-Giraud (J. Roman, 1892). « Le 31 décembre 1237, Guillaume de Mévouillon prêtait hommage au dauphin pour le castrum de Ribiers, la bastida Saint-Etienne et les territoires de Creyssint et de Clarescombes » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Enfin, en 1317, Raymond de Mévouillon laisse Ribiers et les terres voisines en héritage au dauphin et, en 1337, celui-ci les uni définitivement au Dauphiné (J. Roman, 1892).

Site castral de Château-Giraud. Vue d'ensemble prise du nord-ouest.Site castral de Château-Giraud. Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Site castral de Creyssint. Vue de situation prise du nord-est.Site castral de Creyssint. Vue de situation prise du nord-est. Site castral de Saint-Etienne. Vue de situation prise du nord.Site castral de Saint-Etienne. Vue de situation prise du nord. Site de l'abbaye de Clarescombes. Bâtiment du milieu.Site de l'abbaye de Clarescombes. Bâtiment du milieu. Site du Prieuré Saint-Jean. Vue d'ensemble prise de l'est.Site du Prieuré Saint-Jean. Vue d'ensemble prise de l'est.

NOTA : voir l'annexe dédiée aux sites médiévaux ruinés : Château-Giraud, Creyssint, Saint-Etienne, Clarescombes, Saint-Jean et Notre-Dame-des-Faysses.

L'utilisation du territoire s'organise dès l'époque médiévale avec la constitution des hameaux comme la Combe, où une porte remploie un linteau sculpté qui pourrait dater du XVe siècle, ou avec les premières mentions d'un canal d'arrosage – servant également de canal pour le moulin – qui remontent au milieu du XVe siècle (1446). (J. Roman, 1892).

Hameau de la Combe. Vue d'ensemble prise du sud.Hameau de la Combe. Vue d'ensemble prise du sud. Porte avec linteau sculpté, au hameau de la Combe.Porte avec linteau sculpté, au hameau de la Combe.

Par ailleurs, il faut noter l'existence de plusieurs toponymes « Chatillon » dans le cadastre de 1823. Outre la ferme éponyme (1823 G 04 à 29), on le retrouve à l'est du hameau de la Flogère, dominant la rive gauche du Riou (1823 C 782 à 795). C'est également le nom d'une grande parcelle de terre labourable mitoyenne du Pré Paradis (1823 E 903).

Ce cadastre nomme un lieu-dit l'« Hopital » (parcelles E 1423 à 1427), situé entre Champlas et Riousset, en contre-haut de l'actuelle route et faisant face à la Flogère, qui pourrait indiquer une hôtellerie médiévale ou une possession de l'Hôpital du bourg.

Implantation médiévale du bourg de Ribiers

Au XIIe siècle, le territoire de Ribiers confronte ceux de Saint-Etienne, Château-Giraud et Creyssint. Une paroisse y existe au moins depuis le XIIIe siècle, à nouveau attestée au XIVe et au XVe siècles. C'est à partir de cette époque que le développement progressif du bourg entraîne l’absorption des trois autres fiefs qui, abandonnés, se ruinent (J. Roman, 1892).

La première mention de Ribiers et de son château remonte à l'année 1241 : Riperii ou Riperios (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). A cette date, une vente est passée dans le château, « dans la chambre voûtée ou fournel de Raybaud de Lachau » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Le bourg médiéval de Ribiers est concentré dans des remparts qui, dans leur état actuel, ne paraissent pas antérieurs au XIVe siècle. La première mention de la communauté de Ribiers représentée par ses syndics date de 1330. En mars 1495, les propriétaires de Ribiers reconnaissent au seigneur, entre autres taxes et devoirs : l'hommage lige, le droit de mutation (1/6 du prix des immeubles vendus, donnés ou hérités), le droit de prélation (acquisition prioritaire des immeubles vendus). Il admettent en outre que le seigneur possède « les régales (places et rues), les terres incultes ou abandonnées, les délaissés de la rivière », et que « les habitants ne pourraient moudre leur blé ailleurs qu'au moulin banal ». En échange, les propriétaires ont le droit de « prendre du bois pour leur usage, mais ailleurs que dans les îles du Buëch ; de faire paître leurs troupeaux dans tout le territoire de Ribiers, mais ailleurs que dans les prés seigneuriaux ; de faire usage des eaux pour arroser leurs héritages, mais avec défense de creuser de nouveaux canaux sans l'autorisation de leur seigneur » (J. Roman, 1892).

NOTA : voir le dossier dédié au bourg de Ribiers, IA05001500.

Epoque moderne

Dans la cour du château de Ribiers, le bâtiment à pans de bois montre un assemblage qui « atteste une construction du XVIe-XVIIe siècle » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999) (voir dossier du château et ses sous-dossiers : IA05001459 à IA05001462). Plusieurs autres maisons du bourg datent aussi de cette période et l'urbanisation de la place de la Fontaine remonte à la première moitié du XVIe siècle. D'une manière générale, l'organisation de l'agglomération est déjà largement en place au milieu du XVIIIe siècle, bien représentée sur le plan du terrier de 1755. Dans les campagnes, la plupart des fermes de versant semblent conserver des éléments des XVIe et XVIIe siècles.

Au début du XVIe siècle, il existe de fréquents litiges entre Ribiers et Noyer à propos des pâturage de la haute vallée du Riou de Brison, auparavant situés dans le terroir de Creyssint. En effet, Ribiers considère ce territoire comme le sien, et donc dépendant du Dauphiné, alors que Noyer et Sisteron l'estiment leur, et donc dépendant de la Provence. Se produisent alors des vols de bétail par les gens de Noyer et des combats entre bergers. Ribiers organise une armée de 1200 personnes, « armés de piques, d'arbalètes, et même quatre-vingts portaient des arquebuses et traînaient à leur suite plusieurs petits canons ». Face à cette attaque, « tous les habitants de Noyer se renfermèrent dans l'enceinte de leurs murailles, barricadèrent les portes avec de grosses pièces de bois, après avoir préalablement mis dehors le bétail saisi ; ils ne voulaient pas le rendre, mais consentaient à ce qu'on le leur reprit ». Après cette victoire sans combat, l'armée de Ribiers « planta deux poteaux aux armes delphinales sur les limites du territoire contesté, comme trophée de sa vaillance ». Toutefois, peu à peu, les habitants du Jabron reprirent possession de ces terres (J. Roman, 1892).

Au milieu du XVIe siècle, en vertu d'une transaction entre le seigneur et ses vassaux, ces derniers obtiennent le droit de couper du bois dans les forêts autour du Rocher de Saint-Etienne et de le vendre à Sisteron. Ils ont également l'autorisation de faire des coupes affouagères dans les autres forêts communes, aux lieux indiqués par les agents seigneuriaux, mais assortie d'une interdiction de vente (J. Roman, 1892).

Les liens avec Sisteron sont à nouveau bien visibles quelques années plus tard, vers 1570, quand des moulins sont installés en amont de la confluence entre le Buëch et la Durance et que les consuls de cette ville, avec l'accord du seigneur de Ribiers, aménagent un canal sur le Buëch pour les actionner (J. Roman, 1892).

La fin du XVIe siècle est fortement marquée par les conflits religieux qui éclatent entre catholiques et protestants. Dès 1562, il est fait mention d'un protestant condamné à mort et brûlé à Ribiers et, à l'été de cette même année, le siège de Sisteron par les catholiques, entraîne des pillages dans les localités voisines, occasionnés par les deux partis. En 1580, pendant le siège de Pomet effectué par le protestant Gouvernet, Ribiers doit fournir du pain et de la viande aux assiégeants. Dans les années 1580, Blaise Penchinat, capitaine protestant de Sisteron, s'empare d'Antonaves et garde cette seigneurie pendant de longues années, se faisant appeler « M. d'Antonaves ». Dans le même temps, Pierre-André Chervas, capitaine catholique se faisant appeler « capitaine Marquis », établit son quartier général à l'actuelle ferme de la Marquise, qui tire son nom de ce personnage. Ribiers se trouvant situé entre ces deux partis, les heurts sont fréquents. Durant cette même décennie, de nombreuses troupes et armées font halte à Ribiers, au frais de la communauté et la rançonnant éventuellement. La ville étant largement sortie de ses fortifications, elle ne peut opposer de résistance à ces occupations. Les consuls préfèrent tenter de « faire déloger les soldats au plus vite, gratis si c'est possible, en payant s'il le fallait. Ils sont obséquieux avec les capitaines, leur font des cadeaux d'étoffes, d'argent et de gibier, leur servent des dîners succulents […] du velours cramoisi, des coqs de bruyère, perdrix, chapon, cochons de lait, vins de Châteauneuf... […] On donne, en 1584, deux écus d'or aux fifres et tambourins d'une compagnie, pour les engager à battre le plus tôt possible le rassemblement et le départ. […] En 1588, la commune fournit des mulets pour conduire au château de La Chau une cargaison d'orange (fruit alors très rare) que Gouvernet a eu l'art de se procurer gratis en Provence et qu'il envoie à sa femme [et en 1597], on offrit à Gouvernet un boisseau d'apprune pardigonnes ». La communauté emprunte de l'argent où elle peut, notamment auprès des capitaines qui la rançonnent et qui, après la guerre, revoient leurs créances largement à la baisse. C'est dans ce contexte que le capitaine protestant Lesdiguière séjourna à de multiples reprises à Ribiers. En septembre 1586, il y concentre ses troupes avant la bataille d'Esparron, puis il s'y réinstalle d'avril à août 1589, avec sa compagnie, pour mener des attaques en Provence. En 1591 il y revient quatre fois, dont une pour une conférence avec le capitaine catholique La Valette, qui débouche sur un traité d'alliance, et en 1593, il impose à la communauté d'envoyer des pionniers pour fortifier les cols du Queyras. En 1594, il séjourne un mois à Ribiers pour une négociation, infructueuse, avec le Duc d'Epernon qui occupe Mison et Sisteron, puis, en novembre 1595, il y rassemble à nouveau ses troupes avant d'emporter l'assaut de Sisteron et de la Baume-lès-Sisteron (J. Roman, 1892).

Finalement, en 1616, le synode de Dieulefit ordonne la création d'une église protestante à Laragne, à laquelle Ribiers est rattaché, car « il n'y eut jamais à Ribiers ni temple, ni ministre protestant à poste fixe ». En août 1625, la communauté d'habitants de Ribiers acquiert un jardin, situé au quartier du Ponteilhard, au capitaine Henri Gontin, vice-juge de Ribiers, pour 54 livres (AD Hautes-Alpes, 1 E 5399, f°66v°-68r°, 3 E 6285, notes diverses prises par le curé de Ribiers, milieu du 19e siècle). La communauté protestante subiste officiellement jusqu'à la Révocation de l'Edit de Nantes comme le prouve la série d'abjurations enregistrées dans les registres paroissiaux de Ribiers en septembre-octobre 1685 (AD Hautes-Alpes, 5 Mi 435). Le souvenir de ce cimetière est encore vivace à la fin du 19e siècle, comme l'indique Joseph Roman : "l'emplacement a conservé jusqu'à nos jours le nom de Cimetière des Huguenots ». Le temple de Laragne fut supprimé par un arrêt du conseil du roi du 5 janvier 1692 (J. Roman, 1892).

Au début du XVIIIe siècle, en 1711, Ribiers et Val-de-Barret sont érigés en comté, suite au rachat de la seigneurie en 1680 par le marquis de Marignane, puis par Léon de Valbelle-Rians, grand bailli du Dauphiné, en 1681 (J. Roman, 1892).

Les plans du terrier de 1755 montrent des digues à la confluence du Riou de Clarescombes et du Büech, ainsi que des canaux d'arrosage, témoignant de l'importance déjà prise à cette époque par les efforts d'aménagement des terres de conquêtes sur le Buëch et d'amélioration de l'irrigation. En 1787, la marquise de Créqui, épouse du seigneur de Ribiers, fait prolonger cet ouvrage mais les travaux sont inachevés en 1791 (J. Roman, 1892)1

Le XVIIIe siècle, surtout semble-t-il à partir des années 1740, est une période de forte construction. Ceci tant dans le village où de nombreux bâtiments agricoles et maisons sont bâtis, ou remaniées pour les secondes, que dans les campagne où les aménagements de cette époque sont bien visibles dans les fermes. Il s'agit alors d'un corps de logis sur étable, accompagné d'une grange-étable accolée ; parfois seul ce dernier élément a été ajouté à une construction pré-existante. L'étable est couverte par une voûte d'arêtes, parfois en plusieurs travées sur piliers. Généralement, la ou les portes d'étable possèdent un encadrement en pierre de taille en arc segmentaire, alors que celui de la porte ou baie fenière est en arc plein-cintre. C'est également à cette période qu'apparaissent les cours fermées avec un portail, également en arc plein-cintre. Toutefois, des aménagements de cette nature ont encore été faits tout au long du premier quart du XIXe siècle.

XIXe siècle et XXe siècle

Au XIXe siècle, l'intérêt pour l'histoire et les antiquités a débouché sur deux « affaires » propres au territoire de Ribiers.

Tout d'abord, en juillet 1804 (thermidor an XII), des fouilles sont entreprises dans les ruines du Rocher de Saint-Etienne. Sont alors trouvées « des bagues portant le monogramme du Christ, des fers de lances et de flèches ». En outre, les fouilleurs rapportent aussi de « prétendues inscriptions grecques et romaines », déclarées trouvées « dans un petit abri voûté » ou « cave », qui consistent en « quatre inscriptions, trois latines et une grecque, relatives à la victoire de Marius sur les Cimbres ». Depuis leur « découverte », ces inscriptions sont conservées dans le parement d'une dépendance agricole de « maison de campagne du Virail », alors propriété de M. De Laplane (et encore tout à fait visibles en 2018). Toutefois elles sont très rapidement déclarées fausses. D'abord datées du XIVe siècle par Millin et Visconti, J. Roman précise en 1888 qu'elles ont en réalité été « fabriquées par celui qui les avait découvertes ; c'était un faussaire émérite » (J. Roman,1888 ; 1892).

Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail. Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.Fausse inscription lapidaire à la ferme du Virail.

Ensuite, à la fin du siècle, le percepteur de Ribiers, M. Mourre, reprend dans son "Histoire de Ribiers" un mythe construit autour du sommet de Pierre Impie, où « les Sarrazins ont été défaits par saint Bevons au Xe siècle ». Pour ce faire, il reprend les arguments que M. De Laplane a développé en 1843 dans son "Histoire de Sisteron" quant à une origine de saint Beuvons à rechercher dans la vallée du Jabron. Estimant que Noyer pourrait être le Nugerii du saint (en fait Nogaret à côté de Fréjus, d'après les Acta Sanctorum des Bollandistes), il s'arrête logiquement sur le hameau éponyme de Bevons. Mais pour J. Roman, le toponyme latin de cette agglomération, Beontium ou Begontium, est bien éloigné de la forme latine du saint, « Bobo ou plutôt Bosonetus, seules formes authentiques du nom de saint Beuvons ». En outre, la toponymie même de Pierre Impie paraît jouer contre cette hypothèse puisque, « bien loin de dériver de Petra Impia ou Petra imporium, montagne des impies ou des infidèles », elle désigne plutôt une « montagne élevée, montagne pointue, Petra in podio » - terme qui se rapproche d'ailleurs des termes poët, puëch ou puy. Enfin, on retiendra qu'« il n'y a jamais eu dans la contrée, avant 1843, ni tradition relative à saint Beuvons, ni oratoire qui lui a été consacré. Après 1843, on a cherché à établir à Bevons un pèlerinage qui n'a pas réussi » (J. Roman, 1892).

Les éminences du Rocher de Pierre Impie (à gauche) et du Roc de l'Aigle (à droite).Les éminences du Rocher de Pierre Impie (à gauche) et du Roc de l'Aigle (à droite).

Pendant, la seconde moitié du XIXe siècle, la transition de l'occupation agricole du territoire s'accélère avec un glissement des activités agricoles qui abandonnent de plus en plus définitivement les versants, au profit de la plaine du Buëch où l'irrigation s'améliore encore et surtout où de nouvelles terres continuent d'être gagnées sur le lit majeur de la rivière. Ainsi, le projet de canal dérivé de la Méouge pour arroser les terres basses jusqu'au sud du village, ébauché en 1787 mais abandonné en 1791, est remis en route dès le milieu des années 1810. Avec l'aide du préfet de l'époque, M. Harmant, il est réalisé et prend d'ailleurs son nom. Son tracé sera ensuite repris et remanié par le Grand Canal de Sisteron, désaffecté à la fin dans les années 1950-1960 lors de la création du réseau d'aspersion et aujourd'hui abandonné.

Dans les années 1820-1830, un pont en pierre est bâti sur le Riou de Clarescombes, à la sortie nord de Ribiers, et des essais infructueux sont tentés pour remettre en service un bac sur le Buëch pour rejoindre Mison. Un demi-siècle plus tard, dans les années 1870-1880, la route de Sisteron à Laragne est rectifiée, lui donnant son parcours actuel, et un pont métallique sera installé sur le Buëch (J. Roman, 1892). Ce dernier a été remplacé par l'actuel pont en béton dans les années 1980-1990.

A la fin du XIXe siècle, une puis deux centrales hydroélectriques sont installés à la Flogère.

La seconde moitié du XIXe siècle voit aussi se multiplier les petits bâtiments agricoles qui sont bâtis au milieu des nouvelles terres gagnées, parfois éloignées du village ou des fermes. Progressivement, l'exode rural conduit à la transformation de hameaux en fermes : le Rata, le Verger...

Dès le début du XXe siècle, mais surtout à partir des années 1950, un logis indépendant est construit à côté de certaines grosses fermes : Chabotte, Châtillon, la Contine, le Grand Pré Gris, Très-Faves, le Verger... Les bâtiments agricoles de l'ancienne ferme continuent à être utilisés, mais sont complétés par des hangars modernes. Les parties logis sont réaménagées en location ou abandonnées.

DEVELOPPEMENTS THEMATIQUES

Hameaux et écarts

Les hameaux des Chabanons et de la Flogère regroupent quelques maisons et une ou deux fermes, alors que les Dades, le Rata, Saint-Aubert – nommé « Saint-Albert » dans le terrier de 1755 (D. Faure-Vincent, 2014) – et Saint-Genis sont presque exclusivement composés de deux ou trois fermes regroupées. A l'Adrech, aux Charles ou à Franchironnette, si un certain regroupement existe, il reste beaucoup plus lâche.

Le hameau des Chabanons et celui de la Flogère sont les seuls où une école primaire était installée. A la Flogère, dans les années 1920 la salle de classe était installée dans une ferme située en contre-haut du hameau. Aux Chabanons, la tradition orale rapporte que la construction du bâtiment de l'école a débuté peu avant 1914 et a utilisé des matériaux provenant d'une ruine agricole qui existait au-dessus de la ferme de la Grange.

Hameau de la Flogère. Vue de situation prise du sud.Hameau de la Flogère. Vue de situation prise du sud. Hameau de la Flogère. Buffet en grand appareil de l'ancienne fontaine.Hameau de la Flogère. Buffet en grand appareil de l'ancienne fontaine. Hameau des Dades. Vue de situation prise du sud.Hameau des Dades. Vue de situation prise du sud. Hameau des Dades. Vue d'ensemble prise du nord-ouest.Hameau des Dades. Vue d'ensemble prise du nord-ouest. Hameau des Chabanons. Ruelle caladée.Hameau des Chabanons. Ruelle caladée.

Voies de communication

Sur la carte de Cassini (années 1760-1780), aucun axe de communication n'est figuré concernant le territoire de Ribiers, alors que sur la Carte des Frontières de l'est de la France, dite carte de Bourcet et d'Arçon (1778), la plupart des chemins figurés sur le plan cadastral de 1823 existent. En 1789, les routes menant vers la Provence et Marseille sont carrossables et « facilitent l'habitant à se porter de ce côté », alors que pour aller à Grenoble, « on ne peut s'y transporter qu'à dos de mulet, ce qui est très coûteux » (P. Guillaume, 1908). En 1824, quinze chemins sont classés comme vicinaux (J. Roman, 1892).

Le Buëch, malgré son cours changeant et ses crues, a également été une voie de circulation, tout au moins pour le flottage des bois provenant de sa haute vallée (Bôchaine notamment). Des actes attestent de cet usage au moins depuis le XIVe siècle (M.-P. Estienne, 2008 ; M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). En 1824, « on tenta, malgré la largeur et le cours irrégulier de la rivière du Buëch, de rétablir un ancien bac qui conduisait dans les communes de Mison et de Sisteron. Il fut emporté et rétabli, depuis lors, à plusieurs reprises, et après avoir dépensé à ce projet des sommes assez notables, on dut y renoncer ». C'est seulement dans les années 1880 que « l'administration municipale a fait jeter à grands frais un pont métallique sur la rivière du Buëch reliant ainsi les départements des Hautes et Basses-Alpes. Grâce à cette utile création, les chasseurs peuvent, sans être contraints de passer à gué la rivière, aller tuer des grives et des merles le long des haies giboyeuses de la commune de Mison, et les promeneurs peuvent constater de leurs propres yeux la profondeur de l'eau du Buëch sur la rive gauche de ce cours d'eau » (J. Roman, 1892).

En novembre 1830, la commune donne adjudication pour la construction d'un « pont en pierres sur le torrent de Claires-Combes, que, jusqu'alors, on ne passait qu'à l'aide d'un pont volant en bois ». Le dessin de ce dernier est d'ailleurs bien lisible sur le plan cadastral de 1823. Antoine Prario, entrepreneur, est désigné pour un coût de 6214 francs. La réception des travaux a lieu le 22 septembre 1832 (J. Roman, 1892).

Dans les années 1870, la route de Sisteron à Ribiers et Laragne est rectifiée. Suivant anciennement la voie antique depuis le bourg de Ribiers et montant au quartier des Combes avant d'arriver à Sisteron, elle longe désormais la rive droite du Buëch jusqu'à sa confluence avec la Durance, de manière plus plate et rectiligne. Dans les années 1880, sur la route de Ribiers à Laragne, des ponts et ponceaux sont bâtis au passage de chaque torrent et ruisseau (J. Roman, 1892).

Voie ferrée

Les délibérations du conseil général indiquent qu'un projet de « ligne ferrée d'intérêt local » par la vallée de la Méouge a été évoqué en 1910 et en 1911, qui prévoyait un tramway sur le trajet Nyons-Séderon-Ribiers-Sisteron, par la vallée de la Méouge. Cette voie est restée à l'état de projet.

Pratiques agricoles

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné rappelle que « la nature du sol est sèche, pierreuse sur les coteaux, et la plaine est assez altérée, mais de peu de production, n'étant pas arrosée. La principale récolte consiste en grains, froment, seigle, épeautre ; peu de vin ; quelques amandiers, qui est l'arbre fruitier qui prospère le mieux ; peu d'huile de noix ; les autres arbres fruitiers végètent très mal ». Les biens communaux sur les montagnes « donnent des pâturages pour les bêtes à laine et des litières » (P. Guillaume, 1908). En 1886, G. Derennes indique que « Ribiers, arrosé par de petits torrents, affluents du Buëch, est riche en céréales, mûriers, fruits, vignes et pistaches ». En 2018, le paysage agricole des versants est bocager sur la partie inférieure des versants, avec des haies en futaie. La partie supérieure des versants est boisée en feuillus (chêne principalement, hêtre en altitude), ou en pins pour les secteurs plantés. Le versant nord du Roc de Gloritte est pâturé. Au pied des versants, les cultures mono-fruitières (pomme principalement, poire ponctuellement) alternent avec des céréales ou des prés de fauche, occupant des surfaces plus vastes où le bocage est beaucoup moins présent.L'irrigation est faite par aspersion depuis les années 1960.

Les documents cadastraux levés entre 1823 (plan) et 1825 (état des sections) nous renseignent précisément sur l'occupation du territoire à cette époque. Le territoire communal s'étend alors sur 3655 hectares, mais 8 % est occupé par des rivières ou des ruisseaux, ce qui ramène à une surface utilisable de 3365 hectares.

La commune possède 129 ha, soit 4 % du territoire. Hormis plusieurs constructions au village (église, maison commune, cimetière, etc.), il s'agit très majoritairement de secteurs incultes (landes, terres vaines, graviers, rochers, etc.) ou boisés. Plus de la moitié (54,5 %) des 3365 ha utiles est occupée par des terres cultivées. Le reste est occupé par des bois taillis (29,5 %) ou par des landes, terres vaines, friches, zones stériles (ces dernières, le plus souvent des roubines marneuses, sont indiquées comme « ruines ») et rochers, qui couvrent ensemble 15 % du territoire. Les pâtures sont anecdotiques (26 ha, soit 0,8 % de la surface communale) et les surfaces bâties, qui s'étalent sur 9,5 ha, ne représentent que 0,3 % du territoire.

L'existence d'une mixité des occupations du sol, voire des productions sur une même parcelle est bien visible dans ces documents : mélanges entre vigne et terre labourable ou terres labourables plantées en verger comme cela est parfois indiqué sur le plan cadastral (ferme des Autarets, G 155). Au-delà de cette complantation, on trouve également des landes ou des pâtures mêlées à des graviers, des terres vaines ou des rochers. Il faut également souligner que les indications de nature des sols affichées sur le plan ne correspondent pas toujours avec celles données par l'état des sections. D'ailleurs celles indiquées sur les plans – qui pourraient correspondre à ce qui a été observé sur le terrain – sont souvent plus flatteuses que celles déclarées sur le registre, déclassant notamment des « vignes » en « friches », ou parfois des « vergers » ou des « prés » en « terres labourables ». Si cela découle sans doute de la volonté des propriétaires d'alléger l'imposition de leurs terrains, cette négociation a toutefois été possible uniquement parce que ces parcelles étaient peu homogènes ou complantées.

Extrait du plan cadastral de 1823 : assemblage des sections E1, E2 et E3 avec colorisation selon la nature des parcelles.Extrait du plan cadastral de 1823 : assemblage des sections E1, E2 et E3 avec colorisation selon la nature des parcelles. Le versant agricole bocager, à l'est du bourg de Ribiers.Le versant agricole bocager, à l'est du bourg de Ribiers. Variété des cultures au quartier des Autarets : pré de fauche, champ de céréales et verger.Variété des cultures au quartier des Autarets : pré de fauche, champ de céréales et verger. Caisses à pommes dans un verger, quartier du Rata.Caisses à pommes dans un verger, quartier du Rata.

Terres labourables

Sur le cadastre de 1823, les 1840 ha de terres agricoles répertoriées sur la commune sont à 95,5 % occupées par des terres labourables (1731,5 ha).

Cette importance se retrouve dans la toponymie cadastrale où nombre de noms de quartiers y font référence : « Champ d'Ange » (section A), « Champ Beau » (C, F, H), « Champ du Bec » (I), « Champ Bon » (E), « Champ du Borgne » (C), « Champ du Buech » (I), « Champ Carareou » (A), « Champ Chausson » (A), « Champ de Chouvac » (C), « Champ de la Dame » (B, G), « Champ de l'Echelle » (A), « Champ des Gerbes » (G), « Champ des Greses » (I), « Champ Jugnet » (I), « Champ de Latil » (J), « Champ de Rendier » (I), « Champ d'Olimpe » (G), « Champ des Ourmes » (I), « Grands Champs » (D, I), « Grande Pièce » (D, I).

Parfois, le toponyme désigne une ou deux parcelles et fait référence à un détail « Champ de la Grosse Pierre » (J 87-88) ou au temps nécessaire pour mettre en valeur le terrain : « Champ du Jour » (C 586). Plus rarement, le lieu-dit est en rapport avec la bonne qualité de la terre, « la Condamine » (E), ou avec les aménagements agricoles en terrasses de culture, « les Faysses » (I).

Vigne

La culture de la vigne a été historiquement importante et elle est attestée dès 1297 au quartier de Révillan (Rebinnelle) (M.-P. Estienne, 2008).

Les données du cadastre de 1823 montrent qu'à cette époque les vignes couvrent 40 ha (2,2 % des terres agricoles) et en outre certaines terres labourables sont complantées en vignes, situation qui concerne 26,5 ha. Quelques toponymes sont en rapport avec cette culture : « Vigne Bergère » (section B), « Vignes du Chateau » (E) et « Vigne François » (F).

La plupart des fermes mais aussi de nombreuses maisons du bourg conservent encore une « tine » ou cuve à bouillir. Cette cuve vinaire, généralement maçonnée et cylindrique – quelques exemples de cuves rectangulaires ont aussi été observés – dispose d'un parement intérieur en carreaux de terre cuite glaçurés. Une trappe est presque toujours aménagée au-dessus de cette cuve, surtout lorsque le cellier est en sous-sol ou en étage de soubassement, permettant de rentrer la vendange de plain-pied et de la déverser à travers une trémie qui pouvait être équipée d'un égrennoir. En l'absence de cuve, la fermentation avait lieu dans de grands tonneaux en bois. Les plants étaient soit greffés, soit francs.

D'après la tradition orale, les dernières vinifications datent des années 1930 à la Grange, 1960 à la Contine, 1990 aux Eymarrons , au Grand Pré Gris et à Très Faves. En 2018, quelques petites parcelles de vigne subsistent, par exemple au-dessus du hameau de la Flogère ou en contre-bas de la Guillone.

Vigne et verger, au quartier des Peyrouses.Vigne et verger, au quartier des Peyrouses. Cuve vinaire dans le cellier d'une maison du bourg de Ribiers.Cuve vinaire dans le cellier d'une maison du bourg de Ribiers.

Prés de fauche

D'après le cadastre de 1823, les surfaces occupées par des prés de fauche occupent 39 ha. Deux d'entre eux, situés au Pré Neuf, sont mentionnés comme « pré marais » (parcelles 1823 B 237 et 247).

Les toponymes qui y font référence sont nombreux : « la Prairie » et « les Prés » (section E), « Pré d'Ange » (C), « Pré Batard » (I), « Pré de la Couline » (E), « Pré de la Cour » (E), « Pré Cheuille » (D), « Pré de la Font » (G), « Pré Gris » (E, H), « Pré de la Luzerne » (A), « Pré du Moulin » (E), « Pré Neuf » (B), « Pré Paradis » (E), « Pré Pouson » (J), « Pré Rousset » (C), « Pré de la Vière » (E), etc.

Jardins

Ils permettent une micro-production légumière et potagère familiale fondamentale dans l'économie agro-pastorale locale.

Dans le cadastre de 1823, les jardins couvrent 2,5 ha, soit 0,1 % des terres agricoles. Les seuls à avoir donné lieu à un toponyme sont les « Jardins du Chateau », au pied sud du village, qui existent toujours aujourd'hui.

Chanvre

Cette culture est attestée en 1297 à Saint-Aubert et Révillan (Rebinnelle) (M.-P. Estienne, 2008).

Sur le cadastre de 1823, un « routoir » est mentionné au quartier du Pré Neuf, quelques dizaines de mètres en contrebas de l'actuelle monument à la Vierge (parcelle 1823 B1 267). Alimenté en eau par le canal Harmand dérivé du Buëch, ce bassin servait à rouir le chanvre.

Lavandes et plantes de distillation

Une distillerie de lavande se trouve encore au village, installée dans une ancienne scierie au bord du Riou de Clarescombes, et une autre est située à proximité de la ferme de Très-Faves. A la ferme du Grand Pré Gris, les lavandes étaient ramassées « au sauvage », dans des forêts de chênes épars ou dans les gravières bordant le Buëch.

Ancienne distillerie de lavande et grand tilleul, à la ferme de Très Faves.Ancienne distillerie de lavande et grand tilleul, à la ferme de Très Faves.

Amandiers, noyers et autres arbres fruitiers

En 1789, les amandes constituent la seule production susceptible d'être vendue hors de la commune. Elles sont principalement exportées vers Marseille (P. Guillaume, 1908).

Lors du partage des terres des Bas Prés en 1793, la plupart des parcelles sont complantées, notamment en noyers, mûriers et autres fruitiers parfois palissés (extraits du registre de la vente des biens nationaux provenant d'émigrés, archives privées du Domaine des Îles).

Le cadastre de 1823 fait mention de divers arbres fruitiers, isolés ou rassemblés. On note ainsi l'appellation « le Verger » (sections A, E) ou les toponymes « les Amouriers » (mûriers) (section C), « Champ des Noyers » (J) et « Clos du Noyer » (E), « le Poirier Rouge » (A), « Clos du Poirier » (D), « Champ du Poirier » ou « le Champ de Perier » (D), « Champ Perier » (I), « Perieo Amao » (F), « le Serisier » (A), « la Pistole » (prunier) (D), etc.

A la fin du XIXe siècle, « les arbres fruitiers proprement dits n'y sont pas très nombreux, mais les champs sont complantés de beaucoup d'amandiers et de mûriers ». La culture des pruniers était largement répandue et les fruits étaient récoltés pour être conservés séchés. Cette tradition remonte au moins au XVIe siècle, puisque en 1597 la communauté offrit au capitaine protestant Gouvernet, qui occupait la ville « un boisseau d'apprune pardigonnes ». (J. Roman, 1892).

Les noyers servaient surtout pour produire de l'huile. En 1882, au quartier du « Barlandier » du bourg, une maison abritait un « moulin à huile » (voir annexe dédiée aux moulins et activités artisanales).

Grand amandier, au quartier du Verger.Grand amandier, au quartier du Verger. Noyer isolé dans un champ de céréales, au quartier de la Prairie.Noyer isolé dans un champ de céréales, au quartier de la Prairie.

Tilleuls

La culture du tilleul était traditionnellement pratiquée et aujourd'hui encore ces arbres sont nombreux autour des fermes : isolés, en allées ou en haie, ou en plein champs. A la ferme du Grand Pré Gris, la récolte est labellisée « culture biologique » et se fait sur des variétés « Bénivet » ou locales non greffées. Auparavant vendue sur le marché spécialisé de Buis-les-Baronnies (Drôme), elle est désormais achetée à Die (Drôme).

Tilleul récolté annuellement, à la ferme du Grand Pré Gris.Tilleul récolté annuellement, à la ferme du Grand Pré Gris.

Soie et mûriers

La sériciculture a été largement développée sur la commune de Ribiers, peut-être dès le 17e siècle. La transformation des graines en cocons nécessitait de très importants volumes de feuilles, ce qui explique le grand nombre d'arbres qui étaient plantés sur la commune, tant à côté des fermes qu'en haies ou en plein champs.

Lors du partage des terres des Bas Prés en 1793, la plupart des parcelles sont complantées, notamment en noyers et mûriers. L'une est même « traversée par un mur de soutènement d'environ 12 toises de longueur sur une de hauteur pour soutenir plusieurs arbres qui sont des muriers et deux amandiers ». (extraits du registre de la vente des biens nationaux provenant d'émigrés, archives privées du Domaine des Îles).

Cette situation reste valable un siècle plus tard, époque à laquelle « les champs sont complantés de beaucoup d'amandiers et de mûriers dont les feuilles sont utilisées pour de nombreuses éducations de vers à soie » (J. Roman, 1892).

La tradition locale rapporte qu'au début du XXe siècle, la grande salle du château de Ribiers était reconvertie en magnanerie. A la ferme de la Grange (hameau des Chabanons), cette activité a perduré jusque vers 1914, avec une production d'environ 400 kg de vers à soie par an, dont la vente permettait de payer un an de salaire à un berger. A la ferme du Grand Pré Gris, jusqu'au début des années 1950 la production était vendue à un négociant spécialisé du bourg, sans doute les établissements Massot qui avaient un atelier de décoconnage sur la place de la Fontaine (voir dossier IA05001439). La mémoire orale rapporte également que jusqu'au milieu du XXe siècle les rives du grand canal de Sisteron étaient plantées de deux rangées de mûriers et celles du canal Armand d'une seule rangée.

Les collectes orales enregistrées par Brigitte Laugier dans les années 2000 auprès des anciens de Ribiers abondent de détails concernant cette activité.

Allée de tilleuls et mûriers, à la ferme de Très Faves.Allée de tilleuls et mûriers, à la ferme de Très Faves. Allée de mûriers, à la ferme de la Grange (les Chabanons).Allée de mûriers, à la ferme de la Grange (les Chabanons).

Bois

En 1789, « l'état des bois est déplorable ; il n'y en a point de haute futaie, mais seulement des taillis qui ne sont pas suffisants pour les besoins des habitants (…) ceux qui font le plus de dégâts aux bois communaux sont ordinairement certains paysans qui vont ensuite le revendre » (P. Guillaume, 1908).

D'après les données du cadastre de 1823, les bois taillis couvrent 29,5 % du territoire communal utile. On les retrouve dans la toponymie cadastrale : « Blache de Megret » (section I), « Blache de Robert » (C), « Champ Blache » (D), « la Grand Blache » (G), « la Boissette » (C), etc.

En 1892, J. Roman précise que « les pentes des montagnes sont couvertes de bois de chênes qui, malheureusement, tendent à s'éclaircir et à disparaître de plus en plus ». En effet, lorsque les vieux arbres meurent ou sont abattus, ils ne sont plus remplacés, ce qui entraîne des problèmes de ravinement : « des terres autrefois fertiles sont aujourd’hui recouvertes d'une épaisse couche de blocs et de graviers » (J. Roman, 1892).

La tradition orale rapporte que jusqu'au milieu du XXe siècle, des charbonnières étaient installées en contrebas des falaises de Gloritte et de Pierre Impie, ainsi qu'aux quartiers de Grouvac, de Pierre Ravel et de Graillouse.

Aménagements agricoles en pierre sèche : murs, digues et pierriers

Les anciens usages agricoles des versants se reconnaissent aujourd'hui à la présence de quelques murs de soutènement en pierre sèche de terrasses de cultures. Les cours des fermes sont très souvent soutenues par des murs en pierre sèche et elles sont éventuellement fermées par un muret de même nature. Ces murs se retrouvent également pour conforter les anciens chemins muletiers, avec un appareillage soigné voire presque cyclopéen à Sanorgues. Parfois, ces chemins sont bordés d'un muret comme au quartier de Champ Beau ou au Dades. Au quartier de Barbelle, quelques chemins sont aménagés au sommet de pierriers.

Chemin sur mur de soutènement, bordé par un pierrier bâti. Quartier de Barbelle.Chemin sur mur de soutènement, bordé par un pierrier bâti. Quartier de Barbelle. Mur de soutènement de l'ancien chemin de Ribiers à Rougnouse.Mur de soutènement de l'ancien chemin de Ribiers à Rougnouse.

Certains ravins importants, par exemple celui de Saint-Aubert ou celui de Barbelle, bénéficient dans la partie inférieure de leur cours, là où le relief est moins marqué, de digues en pierre sèche talutées et parementées. Au quartier de Belair, on remarque quelques petits ruisseaux canalisés par des bordures en lauzes dressées sur chant et, dans ce même quartier ainsi qu'à Mauregard, des gués empierrés ont été observés sur des petits cours d'eau.

Toutefois, les constructions en pierre sèche les plus remarquables sur le territoire de Ribiers sont les pierriers, résultats de l’épierrage des champs. Témoignant de leur importance physique, certains sont enregistrés sous le terme de « clapier » dans le cadastre de 1823. Ils sont souvent intégrés dans une parcelle de lande ou de friche, autre exemple de la mixité d'occupation des sols. D'autres, non moins remarquables, n'apparaissent toutefois pas car ils servent de limites parcellaires mais ils ont ponctuellement donné un toponyme : « Clapier de la Touyère » (parcelle C 421). Les pierriers les plus simples sont des tas de pierrailles, mais certains sont véritablement bâtis et présentent un parement taluté sur un ou plusieurs côtés. Quelques-uns sont même spectaculaires, comme au quartier du Rata ou à celui des Charles, où de très grands pierriers (près d'une centaine de mètre de long) sont installés en longues bandes parallèles au sens de la pente, bordant parfois un chemin. Celui des Charles est mentionné comme « muraille » sur le cadastre de 1823 (parcelle 1823 F 316), couvrant 290 m². En contrebas du hameau des Dades, on remarque un ensemble de pierriers bâtis hauts de 2 à 3 mètres, là encore installés parallèlement au sens de la pente.

Grand pierrier bâti, au quartier du Rata.Grand pierrier bâti, au quartier du Rata. Grand pierrier bâti, au quartier du Rata.Grand pierrier bâti, au quartier du Rata. Grand pierrier bâti, en contrebas du quartier des Dades.Grand pierrier bâti, en contrebas du quartier des Dades.

Les constructions agricoles et domestiques au XIXe siècle

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné indique que « les habitations sont construites en pierres, chaux et sable, et couvertes en tuiles ; aucune en paille. Il n'y a ni carrière d'ardoise, ni de lauses » (P. Guillaume, 1908).

Le cadastre de 1823 dénombre 294 maisons sur l'ensemble des sections communales – sont normalement considérés comme maisons tous les bâtiments ayant une partie destinée à l'habitation, tant en village qu'en zone dispersée. Naturellement, c'est la section E – qui comprend le bourg de Ribiers – qui en compte le plus, rassemblant 70 % d'entre elles. La pauvreté des habitats transparaît très nettement à travers les classes d'imposition foncière attribuées à ces maisons. En effet, les cinq classes les plus basses (classes 6 à 10) regroupent 78 % de toutes les maisons. A l'inverse, seules quatre maisons sont considérées comme de 1ère classe ; les trois premières classes comprenant moins de 9 % des maisons.

En 1882, la mise à jour des propriétés bâties montre que la situation a peu changé. Les trois-quarts des maisons sont toujours inscrites dans les cinq catégories fiscales les plus basses ; les trois premières classes regroupant un peu moins de 10% de l'ensemble. Illustration de l'exode rural et d'une baisse de la pression démographique, nombre de maisons sont déclassées, passant d'un statut d'habitation à celui de bâtiment agricole, avec au moins une dizaine d'exemples au bourg de Ribiers (mutations effectuées entre 1855 et 1882) et d'autres dans les écarts. Quelques nouvelles constructions sont toutefois réalisées : de rares maisons et des hangars ou bâtiments agricoles.

La cadastre de 1823 indique plusieurs constructions en relation avec l'eau. Les « réservoirs », qui correspondent à des bassins d'arrosage, sont au nombre de quinze. D'une surface moyenne de 80 m², les deux-tiers d'entre eux servent à l'irrigation d'un pré de fauche ou d'un jardin. La ferme de Saint-Genix est la seule où un « puy » est indiqué (1823 I 144, 04 m² ). On note également l'existence d'un « routoir », bassin de 30 m² destiné à rouir le chanvre, installé au bord du canal au quartier du Pré Neuf (parcelle 1823 B 267).

La toponymie, quant à elle, indique de nombreuses sources : « les Fouents » (section C), « Font du Bachas » (F), « Font Belle » et « Font Bellemeo » (C), « Font Bertrand » (C), « Font Chaude » (C), « Fouent du Faou » ou « Fouent du Fayard » (A, C), « Fouent Faraye » ou « Fouent Faray » (A, C), « Font Grégoire » (A), etc.

Source aménagée dans un mur de soutènement en pierre sèche, au quartier des Faysses.Source aménagée dans un mur de soutènement en pierre sèche, au quartier des Faysses. Bassin d'arrosage sur une source, au quartier du Prieuré.Bassin d'arrosage sur une source, au quartier du Prieuré.

Pas moins d'une vingtaine de « cabanes » ou « cabanons » sont cadastrés en 1823. Ayant une superficie au sol moyenne de 25,5 m², plus de la moitié d'entre eux sont installés dans une parcelle de vigne, les autres étant associés à des terres labourables ou plus rarement des prés. On remarquera que le hameau des Chabanons tire son nom de ce genre de construction minimale. D'autres petits bâtiments sont aussi indiqués : un « forest », construction agricole installée à proximité de l'ancienne tuilière du château de Ribiers (1823 E 794), et deux « pavillons », un au village (1823 E 680) et un aux Autarets (1823 G 660). Cette ferme possède également deux « allées » (1823 G 154 et 156).

Pour la période 1882-1911, la matrice des propriétés bâties dénombre 30 « pavillons », dont deux seulement existaient sur le cadastre de 1823 en tant que « cabanon ». Plus de la moitié de ces bâtiments ont été construits entre 1878 et 1901, les autres étant plus anciens. Les trois-quarts ont été bâtis sur des terres labourables ou des vignes, les autres dans d'anciennes terres incultes – landes, graviers ou bois – défrichées ou gagnées à la culture grâce à l'endiguement.

En 1823, cinq « colombiers » et un « pigeonnier » sont mentionnés. Installés à proximité d'une ferme (l'Adrech 1823 C 359, les Charles 1823 G 285, le Virail 1823 J 22) ou isolés (Franchironnette 1823 G 51, Notre-Dame-des-Faysses 1823 E 856, Pré Neuf 1823 B 209), leur surface au sol est comprise entre 20 et 30 m². On retrouve d'ailleurs un quartier nommé « le Pigeonnier », à proximité de Notre-Dame.

Petit pavillon de jardin, au quartier du Pré Neuf.Petit pavillon de jardin, au quartier du Pré Neuf. Colombier, au quartier des Faysses.Colombier, au quartier des Faysses.

Les fours à pain aux XVIIIe et XIXe siècles

Pour le bourg de Ribiers, le terrier de 1755 mentionne les « deux fours à la Communauté », qui sont situés dans la partie basse de la « maison de ville » (plan 7, parcelle 1016 ; voir dossier IA05001463).

Dans le cadastre de 1823, sept fours à pain privés sont mentionnés. Installés dans des fermes (Chabotes : 1823 C 708, les Routes : 1823 F 397) ou dans des hameaux (la Combe : 1823 E 1357, les Dados : 1823 C 538, les Eymarrons : 1823 J 102, la Flaugère : 1823 C 753, Franchironnette : 1823 G 67) leur surface au sol moyenne est de 17 m². Il faut cependant préciser que tous les fours à pain intégrés directement dans le bâti des fermes, et non disjoints, n'apparaissent naturellement pas dans le parcellaire, minorant de fait leur présence. En outre, trois fours à pains publics existent. Celui du village, installé dans la maison commune (1823 E 513, 116 m²) est en propriété communale. Celui des Chabanons (1823 I 99, 15 m²) et celui du Rata (1823 E 1256, 30 m²) appartiennent chacun aux habitants du hameau. Ces trois édifices existent toujours dans la matrice des propriétés bâties de 1882-1911, le four du Rata n'étant plus mentionné comme ruiné.

Population

D'après J. Roman (1892, p 6), à la fin du Moyen-Age, la population de Ribiers était d'environ 300 à 350 personnes (en 1474). Deux siècles et demi plus tard, elle était cinq fois plus importante, puisqu'il l'estime à environ 1500 habitants en 1727.

En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné indique que « la population consiste à environ 300 habitants, qui peuvent donner 1 700 âmes, dont le tiers tout au plus peut s'occuper des travaux utiles et si nécessaires à l'agriculture » (P. Guillaume, 1908). Ce chiffre ne sera jamais dépassé et le maximum démographique du XIXe siècle est atteint en 1846, avec 1455 habitants. Ensuite, la population décline régulièrement et elle ne compte plus que 844 habitants en 1911. Le minimum démographique est atteint en 1968, avec 481 habitants.

A partir des années 1970, une reprise démographique s'effectue : 592 habitants en 1982, 677 en 1999. La première décennie du XXIe siècle retrouve une population proche de celle des années 1910, avec 811 habitants en 2013.

1Voir l'annexe dédiée aux canaux et aux digues.
Aires d'étudesParc naturel régional des Baronnies Provençales
AdresseCommune : Val Buëch-Méouge

Depuis le 1er janvier 2016, Ribiers fait partie de la nouvelle commune de Val-Buëch Méouge, avec Châteauneuf-de-Chabre et Antonaves.

Des sites datant du néolithique et des périodes proto-historiques sont attestés sur le territoire de l'ancienne commune. Au cours de l'antiquité romaine, une dense occupation (villa, nécropoles) a laissé de nombreux vestiges, tant dans la plaine que sur les divers replats du piémont ou des versants. Le site du Roc de Saint-Etienne, d'occupation probablement précoce (protohistorique), pourrait avoir été réoccupé au cours de l'antiquité tardive.

Au XIe siècle, le castrum de Château-Giraud est le premier à être mentionné. Il occupait alors la partie nord du territoire, le castrum de Creyssint étant à l'ouest et celui de Saint-Etienne au sud. Si une communauté est signalée à Ribiers à partir du XIIIe siècle, les trois sites castraux sont désertés et abandonnés au XVe siècle. Deux autres sites ruinés, religieux, datent de l'époque médiévale : l'abbaye de Clarescombes et le prieuré Saint-Jean.

Au cours des deux dernières décennies du XVIe siècle, Ribiers est fortement marqué par les guerres de religion. Mal fortifiée et de toute façon développée hors rempart, la ville doit régulièrement accueillir des troupes de l'un ou l'autre parti, et elle se retrouve fréquemment entre deux feux, un capitaine protestant ayant enlevé Antonaves et un capitaine catholique s'étant installé à la ferme de la Marquise. Toutefois, la richesse de son terroir, bien arrosé et mis à l'irrigation au moins dès le XIVe siècle, lui permet de continuer à se développer. La place de la Fontaine est aménagée dès la première moitié du XVIe siècle.

Un large mouvement de constructions ou reconstruction débute à partir du milieu du XVIIIe siècle. Le maillage déjà existant des fermes dispersées est étoffé, et elles sont augmentées de bâtiments ou équipements assez spécifiques : grange-étable, cour fermée... A Ribiers, on assiste notamment à une modernisation des façades de la place de la Fontaine. En même temps, les travaux de construction de digues, permettant de gagner des terres sur le Buëch, et de canaux pour l'arrosage permettent aux cultures de s'étendre vers la rivière.

Progressivement se met en place une dynamique de déperchement agricole qui s'amplifie avec les progrès de l'outillage et des moyens techniques au cours du XIXe siècle. Les fermes les plus hautes sont progressivement délaissées puis abandonnées, alors que dans les autres, un logis séparé est ajouté, dès le début du XXe siècle et surtout à partir des années 1950. La transformation des techniques d'irrigation, anciennement obtenue par gravité, au profit d'un système d'aspersion a permis le développement des cultures arboricoles, de pommiers très majoritairement. Des bâtiments agricoles modernes, hangars ou chambres froides, ont été ajoutés à proximité des fermes ou directement dans les vergers. Parallèlement, des lotissements accompagnés d'une zone de loisir se sont développé dans toute la périphérie sud du bourg de Ribiers.

Le territoire de l'ancienne commune de Ribiers se situe en rive droite du Büech, entre les confluences de la Méouge et la Durance dont il n'est toutefois pas riverain. Il est centré sur le torrent de Clarescombe et le village de Ribiers domine sa confluence avec le Buëch. Le territoire est limité au nord par le Mont Ourouze et l'ancienne commune d'Antonaves, à l'ouest par le sommet de la Platte et le Roc de Gloritte qui marquent la limite avec la commune d'Eourres, au sud par la Montagne de l'Ubac et à l'est par la commune de Sisteron (Alpes-de-Hautes-Provence). En rive droite du Buëch, face au territoire de Ribiers, s'étend la commune de Mison (Alpes-de-Hautes-Provence).

Cette commune est la moins élevée du département des Hautes-Alpes. L'altitude minimale est d'environ 460 mètres, au bord du Buëch en limite de la commune de Sisteron. Les altitudes maximales sont de 1483 mètres au sommet de la Platte et de 1367 au Roc de Gloritte. La crête de la Montagne de l'Ubac se développe à une altitude moyenne de 1200 mètres. Le village de Ribiers est à environ 610 mètres, le hameau des Chabanons à environ 510 mètres, ceux de Saint-Aubert et de la Combe à 570 mètres, et celui de la Flogère à 640 mètres.

Le substrat est calcaire (séquence tithonique entre le hameau de l'Adrech et le sommet de la Platte) ou marneux (terres noires partout ailleurs), avec la présence fréquente de roubines, par exemple aux quartiers de Baudinard, de Saint-Aubert, etc. Ponctuellement, des concrétions de tuf peuvent se former, comme à la ferme de la Marquise. La partie basse du territoire correspond au paléo-chenal du Buëch, qui est formé de galets agglomérés en poudingue. Le site de Ribiers est installé sur un ressaut de ce poudingue dominant le lit majeur du Buëch.

Le lit de cet affluent de la Durance est organisé en tresses et bras morts, laissant de petites îles de graviers, et il est bordé d'une ripisylve plus ou moins continue.

La commune de Ribiers, vue prise du sud.La commune de Ribiers, vue prise du sud. Ravines marneuses, quartier du Verger.Ravines marneuses, quartier du Verger. La confluence entre le Riou de Clarescombe et le Béal de Saint-Bertrand.La confluence entre le Riou de Clarescombe et le Béal de Saint-Bertrand.

Annexes

  • Sites médiévaux ruinés (castra, abbaye et chapelles) de l'ancienne commune de Ribiers

    Sites médiévaux ruinés (castra, abbaye et chapelles) de l'ancienne commune de Ribiers

    Château-Giraud

    Le site castral de Château-Giraud se situe en contre-haut du hameau de Saint-Aubert, à mi-versant, au quartier de Pierre Ravel (point côté 832 m sur la carte IGN au 1/25 000e). Il est constitué d'une confortable échine marneuse orientée nord-sud, bénéficiant d'un beau point de vue sur les sites de Ribiers et Saint-Etienne. A son extrémité nord, une rupture du rocher dégage un large fossé naturel qui sépare un éperon calcaire très lapiazé, dont les versants sont abrupts. Aucun aménagement n'a été observé sur cet éperon, mais il bénéficie d'une vue excellente sur les sites de Mison, Châteauneuf-de-Chabre et Saint-Cyr.

    Au pied de l'échine principale, les versants est et sud sont en pente moyenne. Au niveau du fossé naturel, on croit distinguer l'amorce d'un chemin côté oriental. Le versant ouest de l'échine abouti sur un col assez ouvert, complété par une cuvette plus humide côté nord, qui domine le vallon de Saint-Aubert par un raide versant stérile d'érosion active, formant un véritable glacis naturel. Un tesson de terre cuite brune (ép. 0,8 cm) a été observé au niveau du fossé naturel et un petit fragment de terre cuite rouge épaisse (tegulae) sur le col. On notera que l'ancien chemin de Saint-Aubert aux Dados et à Rougnouse passait par ce col.

    A la fin du XIe siècle, le territoire du « castellum Giraudi », ou « castrum Giraldi », était un « alleu de l'évêque de Gap, Féraud ». En 1087, celui-ci en cède un quart à l'abbaye de Cluny. Le territoire concerné par cette donation « est compris entre les deux ravins de Medeliam et de Catuzonices, et avec l'église Sainte-Marie, l'église Saint-Jean et l'église du château, et tous les revenus, avec les cimetières […] les terres cultivables et incultes, les forêts, les arbres, les prés, les eaux stagnantes et courantes [...] ». En 1297, plusieurs parcelles agricoles (terres, vignes, prés, chènevières, etc.) sont mentionnées à Rebinnelle et à Saint-Aubert, et un four à pain est installé dans ce dernier quartier (M.-P. Estienne et M. Bois, 1997 ; M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999 ; M.-P. Estienne, 2008).

    D'après J. Roman (1892), « jusqu'en 1816, on le nommait encore Château-Giraud ou Saint-Aubert » et son ancien territoire « comprenait presque toute la plaine qui s'étend entre le torrent de Claires-Combes et les limites de la commune, et où est bâti aujourd'hui le hameau de Saint-Aubert ». Sa dernière mention comme fief date du 1er mai 1430 (même hommage que Creyssint). Il n'y a pas de trace de paroisse associée, mais le prieuré de Saint-Jean, où des offices étaient régulièrement célébrés, se trouve sur son territoire.

    Sur le plan du terrier de 1755, ce lieu est seulement nommé « Pierre de Revel ». La Carte des frontières de l'Est (1778)1 n'indique aucun renseignement à cet emplacement, qui est toutefois bien représenté topographiquement. Le cadastre de 1823 ne fait pas non plus mention de ce site, simplement nommé « Pierre Ravel » (parcelles A 256 à 258, 262 à 264), et l'éperon rocheux sert de centre commun à quelques parcelles qui découpent l'ensemble de l'éminence en plusieurs quartiers.

    Creyssint

    Cet ancien castrum se trouve au pied oriental du Roc de Gloritte, sur une échine marneuse orientée est-ouest et dominant le quartier de Baudinard, entre le Béal de Fale au sud, et le Béal de Saint-Bertrand au nord (point côté 925 m sur la carte IGN au 1/25 000e). A son extrémité occidentale, cette échine s’effile en une étroite arête marneuse dominant deux versants profondément ravinés. L'extrémité orientale se termine sur une butte rocheuse accueillant le sommet castral, qui est séparée du reste de l'échine par un fossé. Le versant oriental de ce sommet domine la vallée du Riou de Clarescombe du haut d'un glacis naturel d'éboulis à végétation maigre, accompagné d'un gros bloc rocheux. Au pied des versants nord et sud, on observe quelques plate-formes successives, boisées, accompagnées de pierriers. Le site apparaît aujourd'hui totalement érodé et aucun vestige ni artefact n'a été observé. Les moellons équarris dans la maçonnerie de la ferme de Pérèze pourraient provenir de Creyssint (ou de Clarescombes ?).

    Sur le plan du terrier de 1755, l'emplacement de ce château est correctement situé, accompagné de la mention « Chateau de Beau Dinard ». Sur la Carte des frontières de l'Est (1778), on trouve la mention d'un « Château de Gaudinard », mais qui est situé à l'emplacement des actuels bâtiments de Beaudinard, en pied de pente. Le site castral n'est pas nommé, mais l'échine rocheuse est en revanche très bien identifiée topographiquement, bordée au nord par le ruisseau de la « Fontaine Salée ».

    Sur le cadastre de 1823, le site est encore appelé « le Château » (parcelles 1823 D2 89 à 95, qui correspondent aux actuelles parcelles 2018 D 41 à 43 et 46), et la parcelle 1823 D2 93 appartient alors à la commune de Ribiers. Il faut préciser que ce document désigne les parcelles 1823 D2 92 à 95 (2018 D 41 à 43) comme « ruines » , mais que ce qualificatif s'applique en réalité à de profondes roubines marneuses stériles et ravinées et non à des vestiges de constructions.

    Ce site castral, qui confrontait Noyer, Eourres, Saint-Pierre-Avez, Château-Giraud et Ribiers, avait un territoire qui comprenait toute la haute vallée du Riou de Brison, « riche terroir couvert de pâturages, en étroite liaison avec l'abbaye de Clarescombes » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999).

    Le 05 juin 1178, la pape Alexandre VI donne l'église Sainte-Marie de Creyssint à l'abbaye de Saint-André-lès-Avignon (J. Roman, 1892). Le 30 mai 1241, Raymbaud de Lachau fait don à l'abbaye de Clarescombes (abbé Jacob) d'une partie des terres de Creyssint, situées à cheval sur les actuelles communes de Ribiers et d'Eourres, de « tout le droit qu'il avait dans le territoire de Baudinard » et de « la quatrième partie des revenus du castellum de Creyssin et de son territoire » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Ce fief est à nouveau mentionné dans un hommage au dauphin en 1298 et, au milieu du XIVe siècle, l'église Sainte-Marie apparaît dans un rôle de décimes du diocèse de Gap. Toutefois, le nom de Creyssint disparaît après le XVe siècle, le dernier acte le mentionnant étant un hommage du 1er mai 1430 (J. Roman, 1892).

    Saint-Etienne

    Situé à l'extrême sud-est de la commune, proche des limites de la commune de Sisteron, le Rocher de Saint-Etienne porte un ensemble fortifié maçonné imposant du XIIIe siècle bâti en petit et moyen appareil de moellons calcaires soigneusement équarris et assisés. Au sommet, on distingue des décaissements du rocher en banquette, ainsi qu'une citerne partiellement creusée dans le roc – le reste étant bâti – qui était couverte par une voûte.

    Au pied oriental de ce rocher, un bâtiment est construit en longueur, mentionné en 1641 comme le « bastiment du prieur et des religieux » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999) ; ce qui reste de ses élévations d'origine est semblable aux constructions sommitales. Enfin, en contrebas, sur une échine rocheuse s'avançant à l'est, subsistent les ruines d'une petite chapelle orientée, dont l'abside semi-circulaire présente un épaulement marqué par deux colonnes au départ de l'arc triomphal ; elle est elle aussi bâtie en petit appareil de moellons équarris et assisés. Cette chapelle, déjà ruinée en 1641, est alors décrite comme « ayant encore tout le pourtour du presbytère revestu de piarre de taillis dedans et dehors » (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999).

    Sur le plan du terrier de 1755, le site est faussement mentionné comme « Hic est une mazure où était un couvent des Templiers ». Sur la Carte des frontières de l'Est (1778), on note la mention « Saint-Etienne château ruiné » à cet emplacement, complétée par l'indication « Roche de Saint-Esteve ». Sur le cadastre de 1823, aucune construction ne figure sur ces parcelles (J 143, 146, 147), mentionnées comme landes et rocher appartenant pour partie à la commune.

    A la fin du XIXe siècle, « les ruines de la forteresse de Saint-Etienne » apparaissent comme « une vaste construction pentagonale ; au-dessous, au seul endroit où le rocher soit accessible, s'élevait un mur d'enceinte avec une porte à côté de laquelle était un corps de garde », « aussi ancien que le château lui-même ». « Plus bas encore, sur une croupe du rocher, sont les restes d'une petite chapelle avec abside circulaire et en retraite, une porte latérale ». Cette chapelle, « qui est de grandeur médiocre » est entourée par « une plate-forme, probablement un ancien cimetière ». Enfin, « tout à fait au bas de l'escarpement de la montagne, on voit encore les restes d'un corps de garde du même appareil que le château et composé de deux petites salles » (J. Roman 1888, 1892). Toutefois, les seuls vestiges repérés en 2018, au pied nord de la montagne, et qui peuvent effectivement s'apparenter à deux bâtiments dont l'un est disposé sur un rocher naturellement surélevé, ne présentent pas d'appareil assisé.

    En 1241, une charte mentionne un prêtre de la Bâtie-Saint-Etienne, probable desservant de la chapelle. En 1368, pendant la guerre entre le roi de France et la comtesse de Provence, les armées du premier assiègent Arles, alors que celles de Provence envahissent le Dauphiné et font des ravages en vallée de La Chaup, de Rosans et de la Durance, y compris à Ribiers. En réaction, Sisteron, fidèle à la Provence, s'empare du vieux château de Saint-Etienne, non gardé, et y établit un poste avancé pour se prémunir des attaques venant des Dauphinois au nord. En décembre 1368, Sisteron abandonne ce site, « après avoir miné et renversé une partie des murailles. Les traces de ces destructions sont parfaitement visibles encore ; d'énormes fragments de maçonnerie ont roulé sur les pentes boisées que surmonte la vieille forteresse ». Le seigneur de Ribiers donna ensuite au chapitre de Sisteron les terres de Saint-Etienne, abandonnées, « à condition qu'un prêtre, entretenu aux frais du chapitre, continuerait à dire la messe dans la chapelle de Saint-Etienne ». Le fief est mentionné pour la dernière fois dans un hommage du 31 décembre 1493 (J. Roman, 1892).

    Au XVIIe siècle, les habitants de Ribiers font procès au chapitre de Sisteron, qui perçoit les dîmes de Saint-Etienne. A cette époque, le lieu est privé d'église depuis trois siècles et, en 1603, le chapitre paye une rente perpétuelle à la fabrique de Ribiers pour se décharger de cette obligation. Mais, en 1661, l'évêque de Gap dénonce cet accord, et cherche à obliger le chapitre « à reconstruire la chapelle de Saint-Etienne et à y entretenir un ecclésiastique pendant six mois d'été, quitte à le faire séjourner à Ribiers pendant l'hiver » Finalement l'évêque renonce à ce projet et impose dans la seconde moitié du XVIIIe siècle une rente au chapitre de Sisteron, afin d'entretenir un prêtre complémentaire à Ribiers (J. Roman, 1888, 1892).

    En juillet 1804 (thermidor an XII), des fouilles sont entreprises dans les ruines du Rocher de Saint-Etienne. Sont alors trouvées « des bagues portant le monogramme du Christ, des fers de lances et de flèches ». En outre, les fouilleurs rapportent aussi de « prétendues inscriptions grecques et romaines », déclarées trouvées « dans un petit abri voûté » ou « cave », qui consistent en « quatre inscriptions, trois latines et une grecque, relatives à la victoire de Marius sur les Cimbres ». Depuis leur « découverte », ces inscriptions sont conservées dans le parement d'une dépendance agricole de la « maison de campagne du Virail », alors propriété de M. De Laplane (et encore tout à fait visibles en 2018). Toutefois elles sont très rapidement déclarées fausses. D'abord datées du XIVe siècle par Millin et Visconti, J. Roman précise en 1888 qu'elles ont en réalité été « fabriquées par celui qui les avait découvertes ; c'était un faussaire émérite » (J. Roman,1888 ; 1892).

    Outre ces pierres gravées, quelques autres éléments lapidaires sont conservés dans la cour de la ferme du Virail, notamment un chapiteau sculpté dans un bloc de grès jaune qui semble dater du milieu du moyen Age (10e-11e siècle ?). Sa base circulaire (diam : 26 cm) suggère qu'il était placé au sommet d'une colonne. Il mesure 35 cm de hauteur et 25 à 27 cm de côté. Ses faces sont ornées de motifs en bas-relief : médaillon rayonnant accosté de deux colonnettes sur un piédestal mouluré, motifs végétaux, motifs géométriques en vague. La partie supérieure semble avoir été transformée en bénitier : elle est creusée (diam : 20 cm, prof : 10 cm) et munie d'un trou. Quelques autres blocs de ce même grès sont également conservés au même endroit, ainsi que ce qui semble être une pierre d'autel en pierre de taille calcaire.

    Depuis le début des années 2000, un particulier occupe le site de Sainte-Etienne et le transforme progressivement. En 2018, on constate que le sommet castral est en cours de déblaiement, dégageant notamment une citerne partiellement creusée dans le rocher et maçonnée ; ses parois ont reçu un enduit au ciment. Entre cette citerne et le pan de mur médiéval oriental, de petites cellules, délimitées par des murs en maçonnerie grossière, ont été mises à jour. Le matériel récupéré montre des ossements et de très nombreux fragments de tegulae. Les ruines du « corps de garde », situé entre la chapelle et le rocher sommital, ont été entièrement vidées, et les murs sont en cours de reconstruction, remployant les moellons du site, liés au ciment, avec des ouvertures en béton armé. Entre ce bâtiment et le sommet, une rampe maçonnée est en cours de construction. Les ruines de la chapelle, ainsi que les remparts, n'ont pas été touchés.

    Le cadastre de 1823 indique l'appellation « Tour du Puy », donnée à un petit quartier (parcelles I 44-46) qui domine les actuelles ruines de la ferme du « Couvent », laquelle est située entre le hameau des Chabanons et le site castral de Saint-Etienne. Toutefois la réalité historique à laquelle renvoie ces deux toponymes n'est pas claire, même si la tradition orale rappelle que la ferme du Couvent – abandonnée à la fin du XIXe siècle par manque d'eau – était une dépendance de Saint-Etienne. A noter que le toponyme de la Tour du Puy a glissé au nord-est et désigne désormais le quartier de l'usine d'engrais Ovinalp sur l'actuelle carte IGN.

    Clarescombes

    Les ruines de l'abbaye de Clarescombes sont situées au débouché oriental de la clue du Riou, dominant la rive gauche de ce cours d'eau, à environ 750 mètres à l'aval de la prise d'eau du canal de la centrale hydroélectrique de la Flogère.

    Cette abbaye, fondée « dès 1193 », était une dépendance de l'abbaye de Lure, de l'ordre de Chalais, près de Grenoble (M.-P. Estienne et N. Nicolas, 1999). Mentionnée comme « abbatia Clare-Cumbis », sa construction a pu être faite « probablement grâce aux libéralités des frères Guillaume et Isoard de Mévouillon, seigneurs de Ribiers » (J. Roman, 1892).

    En 1236, les troupeaux de l'abbaye sont autorisés à parcourir les terres des Mévouillon et celle-ci peut commercer librement, « moyennant une rente annuelle et perpétuelle d'une livre de poivre et d'une livre de gingembre ». En 1241, par un acte fait dans l'église de Clarescombes, l'abbaye reçoit une part du fief de Creyssint, en même temps que des terres à Baudinard et à Ribiers (J. Roman, 1892). Mais « Clairecombe fut la première victime des difficultés matérielles et morales rencontrées par l'abbaye de Chalais » (G. Barruol, 1997).

    Néanmoins en 1278, l'établissement périclite gravement et ses quatre moines protestent que l'abbé en aliène les biens et dissipe les revenus. Finalement, en 1282, les terres reviennent à la famille des Mévouillon, en la personne de Bertrand, seigneur de Ribiers, qui, peu après, « en cède une partie à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem » de Saint-Pierre-Avez. Ce dernier s'engage en échange « à lui prêter hommage et à ne point construire de maison fortifiée dans le territoire cédé », et à « entretenir à perpétuité, dans les bâtiments du monastère, un prêtre qui prenait le titre d'abbé de Claire-Combe et disait tous les jours la messe pour le repos de l'âme des bienfaiteurs de l'abbaye ». La commanderie de Joucas l'absorba ensuite au XVIe siècle. Toutefois, il est fait mention « encore au XVIIe siècle [d'] un prêtre résidant à Ribiers et portant le titre d'abbé de Claire-Combe ». (J. Roman, 1888, 1892).

    Sur le plan du terrier de 1755, l'emplacement de cette abbaye est figuré par une croix stylisée, accompagnée de la mention erronée « Icy étoit un Temple des Templiers ». Sur la Carte des frontières de l'Est (1778), ce site est seulement désigné comme la « Ruine d'une Eglise ». Sur le cadastre de 1823, les ruines de l'abbaye sont simplement mentionnées comme une « masure » (parcelle C 618) de 120 m², appartenant à la commune.

    Toutefois, à la fin des années 1880, les vestiges sont encore « assez considérables. [...] Cette chapelle, parfaitement construite en pierres de taille grises, appareillées avec soin, datait du XIIIe siècle, comme le démontre les voûtes à arc brisé qui subsistent encore. Les ouvertures, dont une seule existe aujourd'hui, étaient à plein cintre. Des bâtiments de l'abbaye il reste peu de chose ; ses ruines couvrent un assez vaste espace de terrain. Une cave ou la base d'une tour carrée, revêtue intérieurement de pierre de taille, en est la partie la mieux conservée » (J. Roman, 1888).

    Une partie de la chapelle a été dégagée à la fin du XXe siècle par l'association des Amis de Clarescombes, sans atteindre le niveau des sols conservés. Mais suite à des pillages, les dégagements faits ont été recouverts. On notera que les vestiges de maçonneries de la ferme ruinée de la Pérèze, située à 1,3 km au sud-est de l'ancienne abbaye, remploient d'assez nombreux petits moellons équarris qui proviennent peut-être de Clarescombes (ou de Creyssint ?).

    La tradition veut que l'actuel portail de l'église paroissiale de Ribiers, portant un agneau sculpté en bas-relief, provienne de Clarescombes. Toutefois, J. Roman (1888) considère cette attribution infondée puisque ce linteau est « en pierre blanche », alors que « ce qui reste de l'abbaye de Clairecombe est d'une pierre grise ». En outre, une tradition orale estime possible que cet élément provienne de l'église du prieuré de Saint-Jean.

    Saint-Jean

    Cet ancien prieuré est installé sur une faible éminence (plate et probablement artificielle) qui jouxte un important site antique. Cette plate-forme, aujourd'hui plantée de grands chênes en cercle, domine l'ancien chemin de Ribiers à Laragne par Saint-Aubert. Entre cette route et la butte, sourd une source au pied de laquelle on observe encore un grand bassin maçonné, remployant plusieurs fragments de tegulae.

    Sur le plan du terrier de 1755, le site est mentionné comme « Mazure de l'église et couvent Saint-Jean du Temple ». Sur la Carte des frontières de l'Est (1778), on relève seulement le toponyme « le Prieuré » associé à la ferme voisine, mais le site ecclésial n'est pas figuré. Sur le cadastre de 1823, ce quartier est appelé « le Prieuré » (parcelles B 370, 380 à 396), et les ruines (B 396) sont mentionnées comme « landes et clapier » appartenant à un particulier.

    En 1888, J. Roman indique à cet emplacement les « restes d'un hôpital et d'une chapelle appartenant aux chevaliers de Saint-Jean. La chapelle avait la forme d'une croix latine ; il n'en subsiste plus que quelques murs et le tracé du plan au sol ». En 1892, il précise qu'existait aussi « un bâtiment rectangulaire fortifié de tours sur les angles ».

    Aujourd'hui, sur la butte, on observe quelques assises d'une chapelle orientée, bâtie en petit appareil de moellons équarris et assisés ; quelques gros reliefs de cette même maçonnerie sont abattus et en partie déplacés. On note également la présence d'une grande pierre de taille en grès jaune, creusée d'une large rigole.

    L'origine de ce prieuré pourrait trouver sa source dans la donation en 1087 d'une partie du fief de Château-Giraud par l'évêque Feraud à l'abbaye de Cluny, qui mentionne déjà une « église Saint-Jean » (M.-P. Estienne et M. Bois, 1997). Deux visites, de 1296 et 1303, attestent que ce prieuré possédait à cette époque deux églises : celle de Saint-Jean, et celle de Notre-Dame-des-Faysses. Celle de Saint-Jean, « n'avait qu'un clocher, une cloche et un nombre insuffisant de livres liturgiques », et il rassemblait trois moines, dont le prieur, et un chapelain, tenus, « par la règle, à loger et héberger les voyageurs, secourir les pauvres et les malades ». Il est resté une possession de l'abbaye de Cluny jusqu'à la Révolution. (J. Roman, 1892).

    Notre-Dame-des-Faysses

    Cette église est attestée à la limite des XIIIe et XIVe siècles comme possession du prieuré de Saint-Jean (J. Roman, 1892). A la fin du XVIIIe siècle, le cimetière quitte l'église paroissiale du village et est installé autour de cette chapelle.

    Sur le plan du terrier de 1755, la chapelle est accompagnée d'une « fontaine sainte » installée vers 1740 en remplacement d'une autre fontaine qui existait au début du XVIIIe siècle (P. Faure, 2014). Sur la Carte des frontières de l'Est (1778), elle est figurée et nommée « Chapelle de Notre-Dame des Fraisses ». Sur le cadastre de 1823, le quartier est appelé « Notre-Dame », et la commune possède la chapelle (parcelle E 851, 190m²), le cimetière (parcelle E 850, 1140 m²) et un terrain en réserve (E 852, 120 m²).

    Elle est érigée en paroisse le 25 avril 1845, mais « le curé réside à Ribiers, où il remplit les fonctions de vicaire sans être tenu de faire les offices curiaux dans la chapelle dont il porte le titre » (J. Roman, 1892).

    En 1862, la matrice cadastrale indique que la commune fait l'acquisition d'une vigne mitoyenne (parcelle 1823 E2 853) pour agrandir le cimetière.

    En mauvais état, la chapelle a été rasée vers le milieu du XXe siècle.

    1Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197. Ribiers : cartes 191_35 et 193_09.
  • Chapelles et édicules religieux disparus (hors médiéval) de l'ancienne commune de Ribiers

    Chapelles et édicules religieux disparus (hors médiéval) de l'ancienne commune de Ribiers

    Hormis les sites importants de Clarescombes, du Prieuré et de Notre-Dame-des-Faysses (voir annexe sur les sites médiévaux ruinés), les documents anciens indiquent quelques autres constructions religieuses.

    Chapelle Saint-Roch

    Il existait une chapelle Saint-Roch, au carrefour des chemins de l'Adrech et de Saint-Aubert. D'après J. Roman (1889), une maladrerie « existait de temps immémorial (…) au quartier nommé aujourd'hui Saint-Roch. Elle n'était pas supprimée en 1708 mais n'avait alors aucun revenu ».

    Dès le 6 août 1720, pour prévenir une épidémie de peste qui arrive de Marseille, les consuls de Ribiers prennent des mesures restrictives de circulation et d'hébergement. Le 27 avril 1721, ils envisagent la construction de murs pour interdire les passages et décident de la construction d'une chapelle « à l'endroit où il se trouve l'oratoire sous le titre de Saint-Roc » (P. Faure, 2014). Financée par des dons privés et dotée par la communauté d'une messe au jour anniversaire du saint, elle a été inaugurée en 1722. « Elle était ornée sur sa façade d'une inscription gravée dans la pierre et rappelant les auteurs, la cause et la date de sa fondation. Quelques fonds de terre y étaient rattachés. On y a dit l'office et fait une procession le jour de la fête de saint Roch, jusqu'à la Révolution » (J. Roman, 1892).

    Elle figure sur le plan du terrier de 1755. Vendue ensuite comme bien national, cette chapelle a alors été réaménagée en ferme et agrandie. Sur le cadastre de 1823 elle est mentionnée comme « mazure » (parcelle 1823 B1 329) appartenant à Viguier Louis dit Châtillon ; ce quartier est alors appelé « Saint-Roch ». On notera que sur ce même document, un quartier de « Saint-Sauveur » existe entre cette chapelle et les ruines du prieuré Saint-Jean.

    En 1889, J. Mourre indique que les habitants se rendent « annuellement en procession, le 16 août, au soleil levant, sur les lieux (…) où se trouve encore un oratoire parfaitement entretenu dédié à saint Roch » (P. Faure, 2014). Car en effet, au début des années 1890, « ferme et chapelle jonchent maintenant le sol ». A cette époque, une reconstruction est projetée, puisque « on parle de la restaurer et de la rendre à sa destination première. Une personne pieuse en a acquit l'emplacement, et y a fait ériger une croix de fer supportée par un socle en pierre de taille » (J. Roman, 1892).

    Si ce projet de reconstruction n'a pas abouti, la croix existe encore aujourd'hui (voir dossier IA05001419). La chapelle, qui était installée sur un long mur-pierrier à parement de petits moellons et galets assisés qui longe le chemin, est aujourd'hui rasée. Un oratoire Saint-Roche se trouve de l'autre côté du carrefour (voir dossier IA05001418).

    Chapelle des Pénitents

    Dans le village, le cadastre de 1823 nomme un quartier de « la Chapelle », qui désigne l'ancienne chapelle des Pénitents (ancienne école et actuelle mairie) qui était possédée par la communauté des habitants dans le terrier de 1755, avec ses « placeages et regales ».

    NOTA : pour plus de détail à ce sujet voir D. Faure-Vincent 2014

    Sanorgues

    Le terrier de 1737 indique un « cartier St Horgues » qui semble se confondre avec le hameau de la Flogère (D. Faure-Vincent, 2014). Situé au pied du hameau des Dados, l'actuel quartier de Sanorgues est appelé « Saint-Norgues » ou « Saint-Norguis » dans le cadastre de 1823. J. Roman (1889) précisait qu'une chapelle avait anciennement existé en ces lieux.

    Oratoires Saint-Jean-Baptiste

    Le plan du terrier de 1755 figure un oratoire à la séparation du chemin de Ribiers à Sisteron en deux branches, juste au sud de la chapelle Notre-Dame. Sans vocable associé, cet édicule est néanmoins dessiné avec un visage d'homme en son centre. Cet oratoire est également mentionné sur la Carte des frontières de l'Est (1778)1, qui le nomme « oratoire de Saint-Jean-Baptiste ».

    Le plan de 1755 indique aussi un autre « oratoire Saint-Jean-Baptiste et Saint-Joseph », situé entre les fermes de Champlas et du Secours. Un troisième autre « oratoire de Saint-Jean-Baptiste » est indiqué dans le cadastre de 1823, mais il est situé au nord du hameau des Dados (parcelles 1823 C 550 à 555).

    Oratoire Sainte-Barbe

    Le plan de 1755 indique un « oratoire Sainte-Barbe », à proximité du carrefour entre la route de Sisteron et le chemin de Pré Paradis. On retrouve d'ailleurs le toponyme « Sainte-Barbe » dans le cadastre de 1823.

    Oratoire Sainte-Anne

    Le plan de 1755 indique un « oratoire Sainte-Anne », au carrefour entre la route de Laragne et le chemin du Verger. Celui-ci figure également sur la carte de 1778, mais sans vocable.

    Oratoire Saint-Abert

    Le plan de 1755 indique un « oratoire Saint-Abert » au carrefour de la route de Laragne et du chemin de Saint-Aubert.

    Croix

    Sur le plan de 1755, une croix est située à l'est du hameau du Rata, le long du chemin de Ribiers. Elle est nommée « Croix du Rata » dans le cadastre de 1823 (E 1162-1163). Ce plan figure trois autres croix dispersées : une à la ferme de Champlas, une entre le hameau de la Combe et la chapelle Notre-Dame, une au quartier du Virail, au bord du chemin de Sisteron. Enfin, une croix est aussi indiquée à l'entrée sud du bourg de Ribiers.

    La Carte des frontières de l'Est, dite de Bourcet et d'Arçon (1778) indique une « Croix des Marquises » à la limite des territoires de Ribiers et Sisteron.

    En 1826, « une mission solennelle fut prêchée à Ribiers, à la suite de laquelle fut érigée une croix, sur la route de Sisteron », pour un coût de 957 francs. « La croix primitive était de bois, elle a été remplacée, il y a quarante ans environ [aux environ de 1850], par une croix de fonte, qui, brisée par accident le jour même de son inauguration, fut remplacée, peu de temps après, par celle qui existe encore aujourd'hui » (J. Roman, 1892). Cette croix n'existe plus aujourd'hui, seul subsiste le nom du « Lotissement La Croix ».

    1Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197. Ribiers : cartes 191_35 et 193_09.
  • Moulins, installations hydrauliques et autres activités artisanales sur l'ancienne commune de Ribiers

    Moulins, installations hydrauliques et autres activités artisanales sur l'ancienne commune de Ribiers

    Moulins et installation hydrauliques

    Moulin à farine du bourg de Ribier

    Sur le plan du terrier de 1755, un seul moulin est figuré au bourg de Ribiers (plan 7, parcelle 825), mentionné comme « les moulins de Ribiers et appartenances ». Il est alimenté par un canal de dérivation qui prend sa source en rive droite du Riou de Clarescombes, à l'aplomb du hameau du Rata, et qui est appelé « canal du moulin ». Le dessin montre qu'il était équipé de deux meules. D'après D. Faure-Vincent (2014), une meule servait à moudre de la farine pour le pain blanc (« moulin blanc ») et l'autre pour le pain bis (« moulin brun »). Ce même auteur précise que la communauté avait racheté l'usage des fours et des moulins seigneuriaux en 1669.

    En 1823, ce moulin (parcelle 1823 E 619, 80 m²) est alors partagé entre trois propriétaires : Chauvet, Reymond et Amat, qui possèdent aussi l'ancien moulin communal de la Flogère. En 1882, il est toujours tenu en multipropriété, par Chauvet Jean Joseph (3/8), Rivas Victor (3/8) et Imbert Pierre (2/8). Aujourd'hui, le bâtiment a l'apparence d'une maison pavillonnaire du milieu du XXe siècle, mais la chambre voûtée de la roue est toujours conservée.

    Moulin à foulon et pressoir, puis scierie, puis distillerie de lavande au bourg de Ribiers

    En 1823, un moulin à « foulon et pressoir » est également indiqué au bourg de Ribiers, à proximité du pont de la route de Laragne, au quartier du « Barlandier » (1823 E 640, 52 m²). Alimenté par la même dérivation du Riou de Clarescombes, il appartient alors à la veuve Estornel. En 1882, cet édifice a changé de destination, puisqu'il est désormais indiqué comme une « scierie », appartenant à Angirany Renaud puis, à partir de 1902, à Angirany Joseph, « marchand d'épicerie » à Ribiers. Cette scierie a été remplacée au cours du XXe siècle par une distillerie de lavande, propriété de la famille Roustan.

    Moulin à huile au bourg de Ribiers

    En 1882, dans ce même quartier du « Barlandier », une maison mitoyenne de la scierie (1823 E2 641) abrite un « moulin à huile » placé sur le même canal de dérivation. Il appartient à Conchy François Scipion, huissier à Ribiers. Ses installations sont indiquées comme détruites en 1901, mais la tradition orale indique que les meules existent encore aujourd'hui.

    Moulin à farine du hameau de la Flogère

    Au hameau de la Flogère, le terrier de 1737 précise l'existence d'un moulin à blé communal (D. Faure-Vincent, 2014). Le plan terrier de 1755 figure un « moulin communeau » (plan 19, parcelle 2298), manifestement équipé d'une seule meule, qui est également localisé sur la Carte des frontières de l'Est de 17781.

    Il est toujours désigné comme « moulin » sur le cadastre de 1823 et le quartier est nommé « le Paroir » (1823 C 746, 60 m²). Il appartient alors à trois propriétaires : Chauvet Joseph Jacques, Reymond Joseph et Amat Louis, qui possèdent également l'ancien moulin communal du bourg. Il n'apparaît pas dans la matrice de 1882.

    Moulin à foulon et teinturerie, puis moulin à foulon et pressoir du hameau de la Flogère

    Au hameau de la Flogère, la famille Arnoux a tenu une activité de foulonnage pendant plus de trois siècles. En effet, le terrier de 1655 mentionne déjà un « paroir pré et terre » appartenant à Arnoux Jehan. Celui de 1737 signale un « chasal & édifice de paroir » appartenant à Arnoux Esperit (D. Faure-Vincent, 2014). Le plan du terrier de 1755 indique une « maison, four, foulon et tinturie » (plan 19, parcelle 2294), qui appartient à Arnaud Pierre Antoine à feu Esprit, ainsi que les parcelles alentour : aire, terres, jardins, prés, chènevière et regalles. Un « foulon » est également indiqué sur la Carte des frontières de l'Est de 1778.

    En 1823, ce quartier est nommé « le Paroir », mais le bâtiment est simplement désigné comme « maison » (1823 C4 742) appartenant à Arnoux Joseph dit Larandier qui possède aussi les terres alentours. En 1882, cette parcelle est à nouveau cadastrée comme « foulon et pressoir » ou comme « foulon et moulin à huile », appartenant à Arnoux Jean Louis et consorts, de Riousset. Les installations sont portées comme démolies en 1901.

    Moulin à proximité du hameau du Rata

    En 1882, les trois propriétaires du moulin de Ribiers – Chauvet Jean Joseph, Rivas Victor et Imbert Pierre – possèdent également un autre « moulin » situé au quartier de Barbouin (1823 E3 1246), à l'ouest du hameau du Rata. Inexistant en 1823, il est déclaré démoli en 1889. Alimenté grâce à une rectification du canal d'arrosage de la Prairie, il est aujourd'hui presque totalement ruiné et seule la chambre de la roue, sous voûte, est encore conservée.

    Moulin des Îles

    Un autre petit moulin est mentionné à l'extrémité sud du quartier des Îles, en 1916, sur des plans de l'agent-voyer en chef L. Chaix. Situé sur une parcelle de « marais » appartenant à Angyrany Joseph, un peu en amont de la confluence entre le torrent de des Faysses et le Buëch, il est indiqué comme « moulin en ruine », flanqué de « traces d'écluse ». Ce moulin était alimenté par une dérivation du Buëch. Il n'apparaît que sur ce seul document et aujourd'hui l'établissement a totalement disparu, si ce n'est quelques pierres de taille qui ont été sorties par un labour. Comme pour celui du Rata, il est probable que son activité ait été courte. (plans de L. Chaix, agent-voyer en chef honoraire à Gap ; archives privées du Domaine des Îles)

    Usines hydro-électriques

    En 1910, une « usine électrique » est construite à une centaine de mètres à l'ouest du hameau de la Flogère (parcelle 1823 C4 762, 2018 C 431), par Bourg Louis tailleur de pierre à à Ribiers (matrice cadastrale). Il s'agit de la première centrale hydroélectrique de la Flogère, alimentée par une dérivation du Riou de Clarescombes.

    D'après P. Mélet (1965), la centrale installée à environ 1 km au-dessus du hameau de la Flogère appartenait à l'entreprise Bourg et Audibert et a été mise en fonctionnement en 1926. Elle a été nationalisé en 1946, l'électricité étant dès lors distribuée par EDF.

    Un peu en contrebas en aval du pont de ce hameau, en rive droite du Riou, subsiste une construction en parpaings pleins de béton, qui abritait une station de pompage dans ce cours d'eau, alimenté par l'énergie de ces centrales. Un pipeline métallique acheminait l'eau sur les terres cultivées situées en contre-haut de la rive.

    Les autres installations artisanales

    Tanneries et teintureries

    Le terrier de 1755 mentionne l'existence d'une « chamoiserie » au village (plan 7, parcelle 817), qui correspond à une tannerie appartenant à Jean Tellene, laquelle est installée en aval du moulin pour bénéficier de la surverse du canal de dérivation. Ce même Tellene possédait manifestement une autre « tanerie », sans doute une dépendance, vers l'Androne de Mauriou (parcelle 856).

    Ce terrier indique également la présence d'une « tinturerie » au hameau de la Flogère (plan 19, parcelle 2294).

    Tuileries et fours à chaux

    Le plan du terrier de 1755 indique trois tuileries, l'une au bord du chemin de Ribiers à Châteauneuf, et deux au quartier de la « Tuilière ». A cet emplacement, la Carte des frontières de l'Est de 1778 localise également une « Tuilière » au quartier éponyme de l'actuelle carte IGN, à l'est du hameau de Saint-Aubert et au bord du Buëch.

    En 1789, la réponse au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné indique qu'il existe « une fabrique de tuile, qu'on vend 6 livres le cent, ce qui revient à la toise de couvert » (P. Guillaume, 1908).

    En 1823, aucune tuilerie n'est mentionnée par le cadastre. Toutefois, il existe deux toponymes en rapport avec la fabrication des tuiles : « la Tuillière » (1823 A 51 et 57 à 65, et 1823 B 01 à 73), déjà mentionnée par les documents plus anciens, et la « Tuillière du Chateau » (parcelles 1823 E 790 à 794) où aucun vestige n'a été repéré.

    Inexistante en 1823, une « fabrique de tuiles » est localisée par la matrice cadastrale en 1882 au lieu-dit « le Lieutenant » (parcelle 1823 I 214), entre le Buëch et la route de Sisteron, à proximité du carrefour du chemin de Châtillon ; lieu-dit « la Tuillière » sur la carte IGN au 1/25000e. Elle appartient alors en indivis à Reynaud Julie et Joseph. En 1882, Conil Firmin, ancien domestique devenu « fabricant de chaux » y installe un « four à chaux ». La tuilerie et le four sont tous deux indiqués comme démolis en 1887.

    En 1835, l'acte de vente de la ferme dite des Îles, située entre le bourg et le Buëch, mentionne l'existence sur le domaine d'une fabrique de tuiles et briques. Un « tuillière » est à nouveau mentionnée en 1842. Cet édifice a disparu ; il semble avoir été installé à l'ouest des bâtiments actuels, au pied de la digue (archives privées du Château des Îles, voir dossier IA05001425).

    Forges

    Sur le terrier de 1755, deux forges existent au bourg : l'une appartenant à Jean Jordan (parcelle 962) et l'autre, installée dans une tour, à Jean Roux (parcelle 964). En 1823, une seule « forge » (1823 E 471, 17 m²) est installée juste devant l'ancienne chapelle des Pénitents. Elle n'existe plus en 1882 mais en 1885 et 1887, une autre « forge » est indiquée au bourg, située dans une maison place de l'église (parcelle 1823 E2 515bis, actuel salon de coiffure).

    Fabriques de tissus

    En 1789, quelques fabricants de toiles en chanvre ou laines sont signalés (P. Guillaume, 1908).

    Boutiques et commerces

    Dans le terrier de 1755, les boutiques sont au nombre de sept, associées à une maison ou cadastrées à part. Le livre des propriétaires précise quelques métiers : Pierre Chauvet cabaretier, Jean Claude et Jean Baptiste Michel maquignons, Joseph Rivas, Joseph Pellegrin et Joseph Reynaud cordonniers, Joseph Du Sollin charpentier, Claude Morel serrurier, Jean Joseph Meygret chirurgien, Jacques Long avocat, Alexandre David marchand à Marseille.

    1Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197. Ribiers : cartes 191_35 et 193_09.
  • Digues, canaux et conquêtes agricoles sur le Buëch sur l'ancienne commune de Ribiers

    Digues, canaux et conquêtes agricoles sur le Buëch sur l'ancienne commune de Ribiers

    Les nombreuses ressources en eau (sources, torrents, rivière...) ont fait la richesse agricole de Ribiers. Elles ont sans doute été stockées (bassins, réservoirs) dès l'Antiquité et probablement aussi détournées au moyen de canaux d'arrosage. Toutefois, la première trace écrite d'une construction de canal remonte à la fin du Moyen-Age.

    Canaux

    Canaux dérivés du Riou de Clarescombes

    Le 31 mars 1446, Pierre de Grolée-Mévouillon, seigneur de Ribiers, « autorisa ses vassaux à faire dériver du torrent de Claires-Combes un canal d'irrigation, et a utiliser l'eau pour l'arrosage de leurs terres, pendant quatre jours par semaine, tandis que lui-même prendrait l'eau pendant trois jours, pour faire tourner la roue de son moulin banal et arroser également ses terres. […] Les travaux de nivellement et de terrassement de ce canal furent confiés à Guillaume Robaud, de Lurs ». Par ce moyen, le seigneur procura à son moulin un canal neuf, payé par la communauté, laquelle put en échange améliorer les rendements agricoles des terres situées entre le canal et le Riou de Clarescombes (J. Roman, 1892).

    Remontant sans doute au 17e ou au début du 18e siècle, le Canal de la Prairie permet l'irrigation des terrains situés au bord occidental de l'agglomération de Ribiers. Sur le plan du terrier de 1755, il est nommé « Grand canal d'arrozage », et sur la Carte des frontières de l'Est de 1778, il est simplement appelé « canal d'arrosage ». Sur le plan cadastral de 1823, il est appelé « Canal d'arrosage de la Prairie ». Le dessin très précis de ce document montre qu'il prend sa source en rive droite du Riou de Clarescombes, au droit de la ferme de Champlas. Immédiatement à l'est du hameau du Rata, il se sépare en deux branches qui se rejoignent à l'est du hameau de la Combe ; la branche basse possède une dérivation vers l'est et les coteaux de Pré Paradis. On notera que, sans doute dans la seconde moitié du 19e siècle, son tracé a été modifié au quartier de Barlouin (à 250 m au sud-ouest du Rata), passant plus haut sur le versant pour permettre l'aménagement d'une dérivation alimentant un moulin nouvellement installé (voir annexe sur les moulins et autres activités artisanales).

    Canaux dérivés de la Méouge

    Le 12 août 1635, un acte rédigé par le notaire royal de Laragne montre que le marquis de Bessières, seigneur de Ribiers, confie deux chantiers à deux entrepreneurs spécialisés : « maître Guilheaume Favier dict Dieu-le-fit, demeurant à Dye, fonteynier et potier de terres » et « maître Jean Gousollin aussy fonteynier demeurant au dict Laragne ». Ils doivent creuser un canal d'arrosage, « béallage d’eau prins de la rivière de la Méouge pour la conduire au Plain du dit Ribiers », et d'autre part « construire une fontaine (...) despuis la source jusques dans le champ du dict seigneur » sans autres précisions (AD05 1 E 5101). Toutefois, ces aménagements n'apparaissent pas dans les documents postérieurs, notamment les plans du terrier de 1755 et du cadastre de 1823. Sauf à considérer que la rivière de Méouge mentionnée dans ce texte ne soit en fait le Buëch...

    Canaux dérivés du Buëch

    En 1570, un canal est construit par les consuls de Sisteron, qui ont obtenu l'accord de la tutrice du seigneur de Ribiers, pour « venir établir un canal sur les rives du Buëch, dans le territoire de Ribiers, pour servir de moteur à leurs moulins banaux ». Ceux-ci étaient situés en rive droite de la rivière, en amont de sa confluence avec la Durance, et « ce canal a servi jusqu'en 1724, époque où il fut transporté, ainsi que les moulins de Sisteron, sur la rive gauche » (J. Roman, 1892).

    Un long canal d'arrosage – environ 9 km – traverse encore aujourd'hui toute la partie basse du territoire communal et finit son cours dans la commune de Sisteron. Prenant sa source en rive droite du Buëch, en amont de la ferme de la Tuilière, il est appelé « Grand béal d'arrosage dit Canal Harmand » ou « Grand canal d'arrosage » sur le plan cadastral de 1823. Mais son histoire débute dès la fin du 18e siècle. En effet, en début d'été 1791, la municipalité de Ribiers transmet « au directoire du département un mémoire pour solliciter la création d'un canal dérivé de la Méouge, devant arroser la plaine de Saint-Aubert, traverser Claires-Combes à l'aide d'un pont et terminer son cours dans la plaine de Châtillon ». Mais dans ce contexte, le projet est rapidement abandonné (J. Roman, 1892).

    Il est finalement repris le 8 novembre 1814, date à laquelle les principaux propriétaires de la commune s'organisent en syndicat pour créer ce « second canal d'arrosage ». Dérivé de la Méouge, il est financé par les ressources personnelles des propriétaires, complétées par une importante subvention de l'état, pour un coût total de 22 320 francs. Cette initiative ayant été largement favorisée par le préfet Harmand, son nom a été donné à cette réalisation (J. Roman, 1892). Plus tard, au 20e siècle, les cartes topographiques simplifient la graphie en « Grand Canal Armand ».

    En 1867, il « a été concédé par la commune de Ribiers à celle de Sisteron, comme amorce d'un canal destiné à arroser son territoire, sous condition qu'elle prendrai à sa charge la plus grande partie de son entretien et assurerait à Ribiers un volume de trois cent soixante-cinq litres d'eau par seconde » (J. Roman, 1892).

    En 1882, une « maison de garde » située au quartier du Pré Neuf (parcelle 1823 B 208) est indiquée comme propriété de la commune de Ribiers. Il s'agit très probablement d'un logement de fonction pour le garde-digue ou le garde-canal.

    Son tracé, étendu, repris et réaménagé (aqueducs, galeries, etc.), est aujourd'hui en grande partie suivi par le « Canal de Sisteron ». Celui-ci prend désormais sa source en rive droite du Buëch, juste en aval de la confluence de la Méouge, et quitte le tracé du Canal Armand après le passage du Torrent de Barballe au profit d'un passage plus en hauteur permettant une meilleure arrivée à Sisteron. Depuis la mise en place d'un réseau d'aspersion dans les années 1950, ces deux canaux sont désaffectés et abandonnés. La tradition orale se rappelle que les rives du Canal Armand étaient plantées d'une rangée de mûriers, celles du Grand Canal de Sisteron étaient plantées de deux rangées.

    La digue du Buëch et le canal d'irrigation des Bas Prés et des Îles

    Les bords du Buëch sont naturellement constitués d'îlots de graviers entrelacés des tresses très fluctuantes de la rivière, éventuelles réserves de bois taillis ou possibles prairies marécageuses. Cette portion du territoire est traditionnellement appelée les Îles. Ces terres pourtant pauvres ont eu un rôle historiquement important en tant que biens communaux, rappelé en 1792 lors du premier procès opposant la commune de Ribiers aux successeurs du constructeur de la digue du Buëch.

    Dès 1465 Guillaume de Mévouillon « albergea aux consuls et communauté (...) les parties d'Isles et terrains situés au quartier de la Batie Saint-Etienne ». Quant aux berges environnant la confluence du Riou de Clarescombes et du Buëch, c'est le 20 mars 1582 que le Baron de Bressieux « albergea aux consuls et commune de Ribiers l'isle (...) qu'il possédait à Ribiers près de Ville, depuis le Mourre du Pré Pascal jusqu'à la cime de la Thuilière du côté de Méouge ». Mais en 1628, « de Bressieux s'empara de voye de fait d'une partie depuis le Rieu de Clarescombe jusqu'au Mourre du Pré Pascal & l'incorpora en sa possession. L'Isle albergée par l'acte de 1582 se trouva par ce moyen divisée en deux portions, dont la partie supérieure resta en possession de la commune & la partie inférieure depuis le Rieu de Clarescombe jusqu'au Mourre du Pré Pascal fut occupée par ledit Bressieux ». Le 16 décembre 1669, un traité entre le sieur de Suze successeur de Bressieux et la commune est défavorable à celle-ci puisque « le seigneur donnait en échange des Isles abandonnées par la commune d'autres parties d'Isles appartenant à la commune, ce qui était une vraie usurpation et un abus d'autorité ». C'est donc à partir du 17e siècle que semble émerger l'idée d'aménager un domaine seigneurial entre le village et le Buëch, puisque « c'est d'après ces actes [de 1669] que le sieur de Suze & ses représentants ont jouit d'une partie des Isles albergées en 1582 » (pièces de l'audience du Tribunal du district de Serres du 23 octobre 1792 ; archives privées du Domaine des Îles).

    En 1755, le terrier (plan 7) désigne cet espace comme « le parc et la prairie » (parcelle 815). Celui-ci est traversé par une allée plantée d'arbres très bien représentés sur le dessin du plan (parcelle 816), qui abouti au nord à une construction dessinée en porte monumentale et désignée comme « pigeonnier en mazure » (parcelle 804). Cet édifice s'inscrit au sein de la « vieille muraille du parc en ruine » (parcelle 805, « lavée en rouge » sur le dessin), bordée à son pied nord par les graviers du Riou (parcelle 801) à travers lesquels s'écoule l'eau du « béal venant des moulins » (parcelle 803). Mais ce mauvais état de la clôture semble provisoire, puisque le plan précise un « ouvrage nouveau proposé à faire » et une « nouvelle muraille en partie faite, le restant proposé à faire, laquelle environe l'Enclot » (parcelle 807), tout deux « lavés en jaune » sur le dessin. Une dérivation est également prévue pour l'aménagement d'un « nouveau canal des eaux des moulins pour l'arrozage du parc » (parcelle 808), qui traversera l'angle nord-est du parc.

    Situé immédiatement à l'aval de la rive droite de la confluence du Riou de Clarescombes et du Buëch, le parc est protégé des effets dévastateurs des crues par une « première fortification » (parcelle 802). Le dessin suggère une construction en madriers croisés et remplissage de blocs rocheux. D'autres constructions similaires sont installées parallèlement à la rive du Buëch : la « deuxième fortification » (parcelle 810), la « cinquième fortification faite depuis peu, laquelle a été emportée par le Buech au mois de Xbre 1755 » (parcelle 813) et une « autre fortification et continuité de cette dernière proposée à faire » (parcelle 814). Les troisième et quatrième fortifications (parcelles 811 et 812) sont quant à elles implantées perpendiculairement à la rivière, en épi.

    Les propriétés seigneuriales comprennent aussi les graviers en bord de Buëch (parcelle 809) et une « islle » à l'extrémité sud de la prairie.

    Le 25 septembre 1787, un acte est fait entre « Dame Marie-Anne-Thérèse de Félix, marquise de Muy, la Roquette et Marsan, comtesse de la Régnarde et de Ribiers, baronne d'Eourres, Barret le haut et le bas, Pomet, Salérans et Etoile, Dame de Blaincourt (…) femme séparée quant aux biens du très haut & très illustre seigneur Charles Marie marquis de Créquy, maréchal des camps & armées du roi » et « Mr Louis Antoine Long avocat au Parlement de Dauphiné, résidant à Ribiers, agissant tant pour lui que pour ses amis élus ou à élire ». Cet engagement est passé « dans une des salles du château » de Ribiers, pour « construire une digue pour préserver son parc seigneurial de Ribiers des irruptions du Buëch & du torrent de Clarescombes ». La digue doit être construite « du côté du septentrion dudit parc, tirant du couchant au levant vers la rivière du Buëch, a commencer en tête de l'ancienne digue appelée de la tannerie de Telenne » et elle « aura 600 toises au moins de longueur dont fondations dans le gravier seront de 9 pieds sur 2, le corps de la chaussée de 6 pieds 6 lignes de hauteur sur 24 pieds, 4 pouces de largeur, réduits au couronnement à 15 pieds avec bouchement (?) convenable et revêtue dans toute sa longueur d'une pente d'inclinaison requise et d'épaisseur réduite ».

    En outre, cette digue doit comprendre la prise d'eau d'un canal d'irrigation. A cet effet, elle doit intégrer « une martelière en pierre de tuille de la plus grande solidité & de la meilleure exécution possible, et si le niveau des eaux du Buëch permettait de faire réunir la même martelière en canal d'arrosage (...) alors elle serait faite à plusieurs vannes, l'une d'entrée et l'autre de décharge ». Sinon une autre prise d'eau doit être aménagée « à l'endroit requis pour le cours facile des eaux dans ledit canal ». L'usage des eaux dérivées par ce canal est également prévu puisque si les entrepreneurs « trouvent plus avantageux de conduire les eaux du Buëch et du torrent de Clarescombes dans le haut de la prairie supérieure du parc ou ailleurs, il leur sera libre de faire faire à leurs frais (…) un canal (...) à condition néanmoins que ce canal traversera tout le haut de la prairie du parc (...) & que ladite Dame & ses successeurs en ladite seigneurie auront la faculté d'y faire prendre & de se servir desdites eaux 24 heures de chaque semaine, savoir le jeudi depuis 6 heures du matin jusqu'à la même heure du lendemain, toutefois pour l'usage du terrain du parc et sans abus ». Cette condition permet d'exempter le paiement d'indemnités pour l'espace occupé par ce canal. Cependant, les droits d'eau de ce nouveau canal ne remettent pas en cause les usages anciens décidés au XVe siècle qui garantissent au seigneur les « trois jours d'arrosage qui lui sont dûs sur lesdites eaux de Clarescombes ».

    En échange de ces travaux, M. Long obtient un bail emphytéotique pour la possession et l'usage des « iscles, graviers & terrains non cultivés situés au levant du parc de Ribiers », terrains évalués à 3 000 livres. M. Long et ses successeurs sont également affranchis des charges dues au seigneur sur les « panneaux froment et seigle » des terrains qu'il possède ou achètera à l'avenir, et ils sont affranchis de la cense personnelle pour leur habitation. Outre les travaux à faire, les bénéficiaires de ce bail doivent aussi fournir à Mme de Créquy un « service annuel à perpétuité de paires de gant de Grenoble », payable à la fête de Ste-Thérèse à compter de la fin des travaux. Enfin, M. Long et ses associés obtiennent le droit « de faire construire si bon leur semble aussi à leurs frais risques et profits un bac sur la rivière du Buëch sous la charge et l'obligation pour eux de l'entretien et service d'icelui, selon les lois et usages de la province ».

    (bail à réparation & construction de digue et bail emphytéotique ; archives privées du Domaine des Îles).

    Les travaux démarrèrent seulement en 1789, et « l'entrepreneur était Pierre-Claude Nicolas, et la caution de l'entrepreneur, Jean-Louis-Raymond, d'Antonaves ». Le responsable du chantier, Louis Antoine Long, était propriétaire de la ferme de Châtillon et avait « fait une très belle fortune à la Martinique ». Il sera maire de Ribiers en 1792, avant de devoir s'enfuir en 1793 et retourner dans les Antilles où il décède rapidement (J. Roman, 1892).

    Cependant, les changements profonds induits par la Révolution vont complexifier la réalisation de cet ouvrage. D'ailleurs, en 1789, les réponses au questionnaire de la commission intermédiaire des Etats du Dauphiné font état de l'impact toujours problématique des crues dans la vie agricole de la communauté, notamment celles du Buëch qui « ravagent tous les fonds voisins et ne laissent qu'un gravier stérile », mais aussi celles des autres torrents. A cette occasion, le projet de construction d'une digue, sans être directement mentionné, est rappelé avec insistance et est associé à celui d'un canal d'irrigation, ce qui « réunirait les deux avantages de garantir les fonds et de former des prairies, dont en manque en général » (P. Guillaume, 1908).

    En 1791, « l'ouvrage entier n'est pas encore terminé » et il y a eu « un emportement de terrain occasionné par la non exécution des travaux » (compromis pour terminer la contestation concernant les travaux d'augmentation de la digue en rive droite du Buëch ; archives privées du Domaine des Îles).

    A l'automne 1792, Louis Antoine Long est en procès avec la communauté de Ribiers. Celle-ci occupe les terrains qui lui ont été cédés en 1787 par Mme de Créquy, les considérant comme d'anciens biens communaux usurpés par le pouvoir féodal. Le Tribunal du district de Serres note alors que M. Long « ne demandait pas mieux de céder les terrains réclamés, étant remboursé des réparations et améliorations qu'il y avait faites » et qu'il a « souvent offert aux habitants de Ribiers de leur céder son lieu & place pourvu qu'ils le renvoyassent indemne ». Ainsi, « à l'égard de la digue qu'il a fait construire, si la commune obtient gain de cause elle sera tenue de la lui rembourser » (pièces de l'audience du Tribunal du district de Serres du 23 octobre 1792, archives privées du Domaine des Îles).

    En 1793, les biens confisqués à Mme de Créquy, émigrée, sont partagés et vendus aux habitants de Ribiers. C'est par exemple le cas, le 19 octobre 1793, de « la prairie appelée le Verger (...) laquelle se trouve située en dessous du village Ribiers prenant son commencement à l'angle que forme la terrasse qui se trouve au dessous du ci-devant château ». Ce quartier, aujourd'hui appelé les Bas Prés, est alors partagé en huit lots de « prairie arrosable première qualité », presque toujours complantés de noyers, mûriers et arbres fruitiers qui sont parfois palissés sur un mur (extraits du registre de la vente des biens nationaux provenant d'émigrés ; archives privées du Domaine des Îles).

    En 1794, la veuve de M. Long, Victoire Périnet, continue la procédure contre la commune, laquelle est condamnée à payer les travaux de la digue (36 675 livres) en échange des terrains récupérés (pièces du procès entre V. Périnet héritière de L. Long et la commune ; archives privées du Domaine des Îles).

    En 1807, Victoire Périnet est remariée avec Maurice Esménard, bourgeois à Ribiers. Elle obtient à nouveau gain de cause auprès du tribunal de Gap, puisque « la commune doit abandonner les iscles & terrains qui lui sont adjugés par le Jugement [du 28 octobre 1792] si mieux elle n'aime pas payer les sommes auxquelles elle est condamnée » (pièces du procès entre V. Périnet héritière de L. Long et la commune ; archives privées du Domaine des Îles).

    En 1815, un placard du juge de paix de Ribiers, Joseph Pellegrin, marque la défaite de la communauté, en convenant que « c'était une funeste erreur que de vouloir plaider une cause qu'on ne pouvait gagner, puisqu'en gagnant il fallait payer et que le payement n'était pas possible ». Il tente de clarifier la situation sur les terrains des Iscles qui doivent être rendus à la veuve de L. Long, et qui étaient cultivés par une partie des habitants depuis près de 20 ans. Une liste mentionne 76 parcelles dans ce quartier, et encore ne fait-elle état que « des habitants qui n'ont rien payé pour les Iscles » ; la surface mentionnée est de presque 2 hectares, la commune en ayant un sixième. Le juge de paix rappelle que « ceux qui n'avaient pas été portionnés aux Bas-Prés seront indemnisés » puisqu'ils ne peuvent plus rien avoir aux Iscle. Mais il prévient aussi que « ceux qui ont pris les récoltes doivent se régler amiablement avec Mme Esmenard. Il en est de même pour ceux qui désireraient prendre des portions aux Isles ou pour les travailler ou pour les prendre à titre de bail à ferme, ils doivent traiter de gré à gré avec le propriétaire » (pièces du procès entre V. Périnet héritière de L. Long et la commune ; archives privées du Domaine des Îles).

    En 1823, le plan cadastral du village et de la sa rive (sections E1 et E2) montre très bien comment l'espace entre le village et le Buëch a évolué : au quartier des Bas Prés à cause du partage de l'ancienne terre seigneuriale ; au quartiers des Îles avec l'importance des terres gagnés sur le lit majeur de la rivière. Limitant à l'est le quartier des Bas Prés, le tracé d'un ancien fossé devenu le « Grand Canal de l'Isle » commande l'implantation des chemins parallèles installés entre le village et le canal. Cette disposition a ensuite servi d'axe de partage, créant près de 300 petites parcelles perpendiculaires. En 1823, quelques unes sont déjà divisées en petites portions, indiquant le début d'une tendance au morcellement d'un finage déjà densément loti.

    En revanche, au quartier des Îles, le processus de conquête de terrains est encore en cours. La digue contre la rivière est largement prolongée par rapport à son état de 1755, bordant de façon continue la partie inférieure du Riou de Clarescombes en rive droite, se prolongeant sur la rive droite du Buëch pour s'interrompre un peu en amont de la confluence du Torrent des Faïsses. Mais ici les parcelles, tenues par des particuliers, sont encore très grandes et peu ou pas cultivables. Elles sont mentionnées de façon imprécise – et sans doute irrégulière selon les débordements – comme « marais », « bois taillis », « landes », avec quelques parties en « terre labourable » et « clapiers » d'épierrement. Mais les seules vraies « terres labourables » sont situées au contact du « Grand Canal de l'Isle ».

    En 1871, l'élection des membres de la Commission Syndicale du quartier des Îles est faite par « les propriétaires des îles intéressés à la conservation et à l'amélioration de la digue qui protège ces propriétés ». Le 20 juin 1879, un arrêté préfectoral prononce la constitution de cette commission en Association Syndicale autorisée, qui compte 26 membres possédant ensemble 50 ha 16 a 30 (archives privées du Domaine des Îles).

    En mai 1884, des travaux doivent être effectués sur la digue, afin d'y aménager la route qui desservira le nouveau pont métallique construit sur le Buëch. Le Directeur Syndic des digues de Clarescombes et du Buëch demande donc une autorisation pour « vendre aux enchère publiques le bois provenant des coupes des digues de Clarescombes et du Buëch », issu de « l’abatage de tous les arbres dont les talus sont complantés. (…) Les tiges et branches d'arbres pouvant donner des piquets et servir à la défense de la digue seront enlevés et mis en réserve pour emploi au fur et à mesure des besoins. Les gros arbres (peupliers, chênes, acacias, etc.) pouvant donner du bois de construction ou bois de chauffage seront mis aux enchères publiques ». Une vente de même type est réalisée en 1894 (devis et cahier des charges pour l'« adjudication du bois complantés dans les talus de digue de Clarescombes » ; archives privées du Domaine des Îles).

    Au sortir de la première Guerre Mondiale, le canal d'irrigation est en mauvais état. La prise d'eau est devenue inefficace à cause du surcreusement du lit du Buëch lors des crues, phénomène manifestement aggravé « depuis la construction d'un pont métallique » en aval. Cette détérioration est préjudiciable aux rendements agricoles, et il faut « éviter que les pertes de récoltes qui se sont produites en 1919 ne se renouvellent en 1920 ». A cet effet, « le Syndicat des Iles et Digues de Clares-Combes et du Buëch a été reconstitué à la date du 15 août 1919 ». A cette occasion, il est précisé que « les travaux de dérivation ont été négligés pendant toute la durée de la guerre au grand détriment des récoltes qui ne pouvaient recevoir l'arrosage que par les eaux supplémentaires du Canal des Bas Prés, dérivées par le Canal du Moulin et les sources de Clares-Combes ». Pour y remédier, il faudrait construire un « aqueduc établi en sous-sol dans la traversée du cône de déjection du torrent de Clares-Combes (...) et faire quelques travaux d'aménagement pour une prise d'eau dans le lit du Buëch à 120 m environ à l'amont de la grande martelière de la Digue ». Cela permettrait l'irrigation des 50 ha de terres agricoles concernées par le Syndicat et le coût des travaux est estimé à 13 500 francs.

    Début juin 1920, le ministère de l'agriculture alloue « une subvention égale au tiers des dépenses », mais « à cette date la saison était trop avancée pour entreprendre les travaux nécessaires pour l'arrosage des récoltes de 1920 et il en est résulté que, comme en 1919, les effets de la sécheresse qui a sévi du 21 mai eu 5 septembre 1920 ont été désastreux ». Devant la charge financière trop importante, le Syndicat décide de ne mettre à l'arrosage qu'une partie des terres, soit 23 ha « de terrains de conquête sur les alluvions du Buëch dont le défrichement et la mise en culture ont exigé des travaux très onéreux ». Les autres « propriétés seront laissées à l'état de vaine pâture et de pré marais ; l'arrosage étant affecté seulement aux terrains dont le colmatage a été le plus efficace ». Tous les propriétaires de ce quartier doivent cependant « pourvoir à l'entretien des digues de Clares-Combes et du Buëch dont la longueur est d'environ 2 km ».

    Le 21 février 1921, l'Etat alloue une somme qui correspond à la moitié du montant des travaux et le Syndicat décide d'emprunter 6 750 francs auprès de M. Liautaud, propriétaire du domaine des Iles. Afin de diminuer la charge financière, il est prévu que les membres du Syndicat effectuent des journées de prestation. Les travaux de piquetage du tracé commencent en mars 1921 et le creusement est effectué au printemps et en été, malgré une « très forte crue du Riou » de Clarescombes le 25 mai 1921 qui endommage les gabions déjà posés. Suite à cet aléa, il est décidé « de stabiliser le cours du torrent de Clares-Combes (...) au passage du canal au moyen de gabions (…) d'établir un barrage de protection pour les buses situées sur l'axe du torrent (…) de construire entre la martelière de prise et la digue un regard pour l'enlèvement des limons déposés par les eaux troubles dans les buses (…) de protéger la martelière de prise contre les crues du Buëch ». La réception du chantier a lieu le 24 août 1921 et la digue est désormais « un ouvrage complet et offrant toutes garanties contre les crues du Buëch et de Clares-Combes ». Toutefois, dès l'été 1922, une « crue formidable du torrent du Riou » découvre une partie des buses enterrées dans le lit de ce cours d'eau.

    (livret du Syndicat du Canal des Îles et Digues de Clares-Combes et du Buëch ; archives privées du Domaine des Îles)

    En mai 1923, l'Assemblée Générale du Syndicat des Iles et Digues de Clares-Combes et du Buëch mentionne des réparations à faire à « l'aqueduc situé au passage du chemin allant de la Digue aux Îles ». Un nouveau « règlement des eaux d'arrosage » est également mis en place. L'usage est réservé « du samedi du lever du soleil au mercredi au lever du soleil à M. Liautaud pour la totalité du Domaine des Iles et la totalité des eaux (…) Les nuits du mercredi, jeudi et vendredi sont réservés à M. M. Pellegrin et Clavel pour la totalité des eaux (…) Les journées des mercredi, jeudi et vendredi sont réservées aux autres arrosants ». (livret du Syndicat du Canal des Îles et Digues de Clares-Combes et du Buëch ; archives privées du Domaine des Îles)

    NOTA : pour plus de détails sur le domaine agricole des Îles, se référer aux dossiers et sous-dossiers IA05001425 à IA05001427

Références documentaires

Documents d'archives
  • Registre parcellaire de Ribiers, 1595. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 E 6137.

  • Archives privées du Domaine des Îles à Ribiers. 1787-1923.

  • Matrices cadastrales de la commune de Ribiers. 1823-1911. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1169 à 3 P 1172.

  • Acte d’association du priffait pour un béallage d’eau prins de la rivière de la Méouge pour la conduire au Plain du dit Ribiers, passé par devant Pierre Faulconnet, notaire à Laragne, 1635. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 1 E5 101.

Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Cartes 191_35 et 193_09.
  • Carte de France dite carte de Cassini. / Dessin à l'encre par César-François Cassini de Thury, seconde moitié du 18e siècle. Bibliothèque nationale de France.

  • Plan cadastral de la commune de Ribiers. / Dessin, encre et lavis par Martel et Martin, géomètres, 1823. Archives départementales des Hautes-Alpes, Gap : 3 P 1167 à 3 P 1168.

Bibliographie
  • DERENNES, Gustave. Géographie du département des Hautes-Alpes : physique, politique, historique, administrative, économique et commerciale. Gap : Editions A. Fillon & Cie, 1886.

  • ESTIENNE, Marie-Pierre ; NICOLAS, Nathalie. Châteaux médiévaux des Hautes-Alpes. Gap : Les Amis des Archives des Hautes-Alpes / Librairie des Hautes-Alpes (Les Cahiers du patrimoine Haut-Alpin, 1), 1999.

  • ESTIENNE, Marie-Pierre. Châteaux, villages, terroirs en Baronnies Xe-XVe siècle. Aix-en-Provence : Publications de l'Université de Provence, 2004.

  • ESTIENNE, Marie-Pierre et al. Les Baronnies au Moyen Age. Femmes, hommes, territoires, villages, châteaux et églises. Dans : Les Alpes de Lumières, n° 123, 1997.

  • ESTIENNE, Marie-Pierre. Châteaux médiévaux dans les Baronnies Xe – XIVe siècles. Dans : Documents d'Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne n° 31, Association de liaison pour le patrimoine et l'archéologie en Rhône-Alpes et Auvergne, 2008.

  • FAURE-VINCENT, David, FAURE, Pierre. Le Terrier de Ribiers, 1755. Lettre aux amoureux du patrimoine n° 63-64. Serres : Association départementale de sauvegarde du Pays du Buëch & des Baronnies, 2014.

  • GANET, Isabelle. Carte archéologique de la Gaule. Les Hautes-Alpes. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres, Ministère de la Culture, Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Fondation Maison des sciences de l'homme, 1995.

  • ROMAN, Joseph. Répertoire archéologique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie nationale, 1888.

  • GUILLAUME, Paul (abbé). Recueil des réponses faites par les communautés de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des États du Dauphiné (fin 18e siècle). Dans Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1908.

  • MELET, Pierre. Antonaves mille ans d'histoire. Antonaves : Les Amis du Village, 1965.

  • ROMAN, Joseph. Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie Nationale, 1887-1890. 2 vol.

  • ROMAN, Joseph. Histoire de Ribiers, chef-lieu de canton du département des Hautes-Alpes. Gap : Imprimerie J.-E. Richaud, 1892. 72 p.

(c) Parc naturel régional des Baronnies Provençales - Laurent Alexeï - Bonan Aurélie
Bonan Aurélie

Chercheur Inventaire.


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- Vernin Alexandre