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Château d'Eoulx

Dossier IA04003150 réalisé en 2008

Fiche

Á rapprocher de

I. Historique du château

Il n'y a pas de date précise en ce qui concerne l'édification du château ni dans les modifications dont il a manifestement fait l'objet, fût-ce dans un laps de temps court après sa construction. En revanche, il est certain que son premier propriétaire, Joseph de Raimond ou de Raimondis, seigneur d'Eoulx et du Bourguet, a adressé une supplique à l'intendant de la marine l'autorisant à réaliser des coupes de bois dans le but, entre autres, de mettre en oeuvre "un chasteau que veut fère bastir". Cette demande a été dûment enregistrée dans les délibérations du conseil d'Eoulx en date du 28 septembre 1687. Cela fournit un terminus ante quem. Par ailleurs, deux sources indirectes mais fiables puisque objectives fournissent un terminus ante quem. Il s'agit de deux visites pastorales de monseigneur Joseph Soanen, évêque de Senez. La première date du 10 mai 1697. L'homme d'église évoque son arrivée dans l'ancien village d'Eoulx et précise que son logement prend place "dans le chateau du seigneur d'Eaux (sic)". Quelques années plus tard, lors d'une autre visite pastorale datée du 9 novembre 1704, il évoque brièvement "le vilage ou est aujourd'huy le nouveau chateau de Mr de Raimondis". Il faut donc envisager une construction rapide qui aurait pris moins d'une décennie entre la demande officielle et l'édifice en élévation et opérationnel puisque l'évêque y est logé par le seigneur (demande à l'automne 1687, château en place au printemps 1697).

Eoulx (Le Château) Altitude 1060 mEoulx (Le Château) Altitude 1060 m

Il semble qu'il y ait eu une voire deux phases supplémentaires, réalisées durant le 18e siècle dans un temps peut-être très court. La première, qui peut avoir été très proche chronologiquement de la première phase, concernerait les deux tours cornières qui flanquent la façade sud. La seconde concerne un élargissement des flancs ouest et est. Des travaux d'agrément et d'agrandissement aux abords - une terrasse - ainsi qu'une dépendance accompagnent le château lui-même : l'ensemble a vraisemblablement été réalisé tardivement, dans la décennie 1770 comme en attestent des dates portées : 1773 et 1775 et 17(7?)9.

Lorsqu'éclate la Révolution française, le seigneur de Raimondis dispose à Eoulx de son château de plaisance, accompagné d'autres bâtiments, liés à l'agrément mais surtout à l'exploitation et pourvoyeurs de revenus. Le rapport d’encadastrement provisoire de la commune d’Eoulx pour les possessions privilégiées établit le 24 août 1790 que les biens fonds de Raymond d’Eoulx comportaient également des éléments de rapport à vocation agricole en premier lieu : des « bastides » bien sûr, en réalité des fermes, (« bastide du Plan », « bastide de Rayaup », "bastide du Colombier"). On dénombre aussi un moulin à farine non banal. Ces bâtiments commandent ce qui importe le plus, à savoir le foncier mis en exploitation au profit du seigneur en différents lieux de la commune : terres cultes et incultes, arrosées ou non, prés, aires à battre, portions forestières. Ces biens, château exclu, furent estimés en 1790 à hauteur de 2 543 écus et 43 sols, d’après les mêmes sources. La période révolutionnaire a entraîné un changement de propriétaire, mais les états de section du cadastre levé en 1834 montrent qu'une partie du domaine seigneurial (dont le château) est passé entre les mains d'un autre membre de la noblesse appartenant à une branche des Villeneuve : il s'agit de Jean François Marie Désiré de Sauteron de Seranon (1787-1869), domicilié à Aix-en-Provence et rentier de son état, qui ne racheta qu'une partie des biens du précédent propriétaire, notamment la "bastide du Plan" (1834 B 849).

Le château a en outre et par la suite fait l'objet d'aménagements secondaires qui ont contribué à dégrader son apparence extérieure, surtout sur la partie postérieure. La distribution intérieure a par ailleurs évolué dans le sens d'un lotissement pour créer des lots différents avec plusieurs appartements par étage d'habitation. Ces modifications ont entraîné des dégradations surtout observables dans le décor de gypserie. Le château est toujours actuellement en multipropriété.

Façade est, angle nord-est. Collage avec désordre structurel : une ancienne tour aurait-elle pu avoir été retirée et l'angle retravaillé ?Façade est, angle nord-est. Collage avec désordre structurel : une ancienne tour aurait-elle pu avoir été retirée et l'angle retravaillé ?

II. Description

1. L'aspect extérieur : organisation et mise en oeuvre

Le château se présente sous l'apparence d'un bâtiment dont la base affecte un plan régulier symétrique de forme carrée d'environ 22 m de côté flanquée sur sa façade principale sud de deux tours cornières de forme ronde. Un agrandissement est intervenu sur les flancs est et ouest sur une largeur de près de 3,50 m sur 11 m de longueur, soit la moitié de la profondeur de la parcelle bâtie, de sorte qu'il vient presque s'aligner sur la tangente extérieure de chaque tour. Il comble dès lors presque l'excroissance latérale d'abord produite par l'emprise au sol de celle-ci, puisque la fusion n'est pas parfaite : le collage laisse en effet apparaître une chaîne d'angle en pierre de taille calcaire. Le toit couvert en tuile creuse est à longs pans à croupe.

La tour sud-est et son collage bien visible avec le massif latéral est du château.La tour sud-est et son collage bien visible avec le massif latéral est du château. Vue d'ensemble du château depuis le sud-ouest.Vue d'ensemble du château depuis le sud-ouest.Façade sud, étage de soubassement. Articulation de la tour d'angle sud-est avec le corps de logis principal. L'encadrement en pierre de taille de l'espace agricole est en partie masqué, attestant un collage de la tour.Façade sud, étage de soubassement. Articulation de la tour d'angle sud-est avec le corps de logis principal. L'encadrement en pierre de taille de l'espace agricole est en partie masqué, attestant un collage de la tour.

Façade est. Entrée d'un espace agricole à l'étage de soubassement dont l'encadrement en pierre de taille est en partie masqué par une adjonction. Façade est. Entrée d'un espace agricole à l'étage de soubassement dont l'encadrement en pierre de taille est en partie masqué par une adjonction.

La mise en oeuvre consiste en une maçonnerie de moellon calcaire de taille moyenne, non équarri ou de façon très grossière, lié au mortier de chaux et recevant un enduit lisse de couvrement. Implanté sur une pente douce, le bâtiment se déploie sur cinq niveaux : un étage de soubassement accessible directement depuis la façade principale sud, un rez-de-chaussée surélevé accessible directement depuis la façade postérieure nord, deux étages carrés et un étage de comble. Ces deux entrées communiquent avec l'escalier de distribution dans-oeuvre, central, qui occupe pourtant une position reculée par rapport à la façade principale sud : un vestibule permet d'en rejoindre la cage. Seule la façade méridionale est régulière et symétrique, présentant une élévation à sept travées dont les deux extrêmes sont parfaitement alignées sur tout le développé. La façade septentrionale, certes symétrique elle aussi, a fait l'objet de remaniements notamment au niveau de ses ouvertures, dont certaines ont été murées et parfois partiellement remplacées par d'autres qui ne correspondent pas toutes aux différents niveaux d'habitation. Latéralement, sur les adjonctions, les ouvertures alignées de dimensions plus modestes désignant des pièces d'habitation déterminent des espaces plus réduits, de moindre hauteur sous plafond, ce qui permet d'accroître le nombre d'étages. Des jours désignent de part et d'autre un escalier de service réservé chacun à la domesticité. Depuis l'extérieur, on comprend donc que la distribution intérieure est complexe, puisqu'elle détermine des espaces "nobles" d'habitation auxquels se greffent, certes à l'écart (ailes latérales) des espaces dévolus au personnel de service, par ailleurs logé au premier étage de comble. S'ajoutent également des pièces à vocation agricole et domestique : remise et étable très vraisemblablement, disposant d'accès dédiés en façade principale à chaque extrémité ainsi que celliers sur les côtés est et ouest, dans la partie nord du bâtiment, à l'étage de soubassement. Sous une forme simple, le château témoigne d'une organisation relativement complexe. La mise en oeuvre soignée des ouvertures cintrées, toutes recevant un encadrement en pierre de taille calcaire légèrement saillante (de façon inaboutie en façade nord cependant), favorise cette impression d'ensemble. C'est d'ailleurs cet habillage qui permet de penser que les deux tours furent ajoutées après coup, car l'encadrement des ouvertures en pierre de taille, du moins à l'étage de soubassement, est en partie "absorbé" par la maçonnerie de celles-ci. On notera également que le traitement de l'avant-toit harmonise l'ensemble : il est à triple rang de génoise filant sur le pourtour du bâtiment, à l'exception des deux adjonctions latérales, où il n'est plus que double, et même simple sur le retour en pignon.

L'entrée en façade principale sud avec son encadrement en pierre de taille calcaire.L'entrée en façade principale sud avec son encadrement en pierre de taille calcaire.

2. L'intérieur

L'intérieur, en multipropriété, n'a pu être entièrement visité, et partant la complexité du bâtiment n'a pu être totalement appréhendée. L'accès est contrôlé par un escalier de distribution dans-oeuvre maçonné, tournant, à retour rampe-sur-rampe et palier intermédiaire. En façade sud, l'entrée principale sur un perron fait suite à un degré de deux marches. Deux pilastres latéraux supportant un entablement toscan avec architrave, frise et corniche, la frise étant rythmée par trois ressauts discrets dont un central s’apparentant à une clef de voûte sur la plate-bande et deux latéraux supportés par le chapiteau des deux pilastres extrêmes, composent l'entrée d'honneur du château. Cet accès à l'étage de soubassement n'a pas été autorisé, mais il est certain qu'il introduit à un vestibule qui rejoint la cage dans la profondeur, vers le fond de parcelle. C'est par celui du rez-de-chaussée surélevé, en façade opposé, que la visite partielle s'est effectuée. Là, l'entrée ouvre sur un palier voûté d'arête de l'escalier de distribution, dont on voit la première demi-volée reliant depuis le vestibule l'étage de soubassement au rez-de-chaussée surélevé. Il distribue le volume intérieur jusqu'au deuxième étage carré, où un autre escalier tournant maçonné latéral cette fois assure l'accès aux deux étages de comble. Selon toute vraisemblance, le principe de symétrie relevé sur l'enveloppe extérieure s'applique à la distribution des différents espaces dans le château.

Escalier tournant à retours rampe sur rampe, depuis le palier du premier étage carré.Escalier tournant à retours rampe sur rampe, depuis le palier du premier étage carré. Escalier tournant central à retour rampe-sur-rampe depuis le palier intermédiaire menant au deuxième étage carré.Escalier tournant central à retour rampe-sur-rampe depuis le palier intermédiaire menant au deuxième étage carré.

L'étage de soubassement n'a pas été visité, que ce soit pour les parties logis ou agricoles. Dès l'entrée en façade postérieure, la volée montante permet d'accéder au premier étage carré, alors qu'il en faut deux avec retour pour atteindre le deuxième étage carré. On dénombre trois appartements par étage, ce qui correspond très clairement à un allotissement postérieur à la distribution d'origine, sans que cette dernière ait cependant été bouleversée : l'hypothèse la plus vraisemblable est plutôt celle d'un découpage reprenant les divisions d'origine, avec une fermeture de certaines circulations pour respecter les limites de propriété. Les modifications internes à chaque lot seraient ainsi restreintes. Seul l'un d'entre eux, au deuxième étage carré, a été ouvert à la visite (actuelle parcelle 2021 B 85). Il occupe la partie sud-est du château, c'est-à-dire qu'il intègre l'une des deux tours. L'entrée s'effectue depuis le palier de l'étage sur le côté gauche (est). L'appartement en question n'est pas traversant : il ne se prolonge pas jusqu'à la façade postérieure. L'appartement se divise en trois pièces principales en plus du vestibule d'entrée, de la cuisine et de la salle d'eau/buanderie, séparée par une cloison délimitant la cage d'un des deux escaliers de service latéraux (voir le plan en illustration). La plus grande pièce correspond au salon/salle à manger donnant sur la façade sud, éclairé par deux fenêtres, avec les restes d'une cheminée et une porte condamnée permettant autrefois une enfilade d'espaces côté sud. Aujourd'hui masqué par une armoire, ce passage est identifiable par un dessus de porte. Dans la tour prend place une chambre, elle-même éclairée par une fenêtre. Dans la profondeur, attenante au vestibule, une vaste pièce sert désormais de débarras, avec une cheminée. Une porte condamnée permettait d'accéder à la parcelle 80 qui rejoint la portion en façade nord. Une distribution symétrique s'observe sans doute pour l'appartement opposé de l'étage, ainsi que pour ceux du premier étage carré, ainsi que le laisse imaginer le découpage parcellaire. Les deux appartement centraux à ces deux étages sont également demeuré scellé aux regards.

Sur le palier du deuxième étage carré une porte ouvre sur un autre escalier maçonné tournant desservant deux niveaux. Le premier contient des chambres de service cloisonnées et mansardées, le second un débarras.

3. Le décor de gypserie

On ne saurait parler de programme décoratif au château d'Eoulx, du moins pour ce qui a pu être observé, dans un état de conservation très dégradé qui a considérablement pâti des interventions au long du 20e siècle. Le parti se limitait apparemment aux faux panneaux de haut lambris laissés vierges, aux encoignures arrondies plus soignées recevant en parties basse et haute un cartouche polylobé, agrémenté à l’occasion au centre d’une corbeille de fruits, à quelques panneaux encadrant les ouvertures et le manteau des cheminées, avec décor floral et cartouche rocaille laissés vides, à des dessus de portes de même nature, à une corniche recevant alternativement un décor de chute d’armes et guirlandes de fleurs, à des plafonds compartimentées par le rythme des solives délimitant des entrevous eux-mêmes traités de façon similaire. La lecture de cette mise en œuvre relativement simple mais cohérente et exécutée avec talent est de toute évidence rendue particulièrement difficile aujourd’hui. En effet, les travaux réalisés au fil des générations ont partiellement effacé ce décor, lorsqu'il n'a pas disparu. Les lacunes du plâtre en ruinent la continuité, laissant par places à nu le plafond bûché, les couches successives de badigeon enfin ont progressivement altéré la fraîcheur, la qualité et la profondeur de l’incision, encore perceptible dans la cage de l’escalier, davantage préservée bien qu’en mauvais état général sur ce point notamment. Pas de scène historiée, pas de narration, des motifs figuratifs limités à leur plus simple expression, sans aucune représentation humaine : l'intervention reste dans la limite de la stylisation florale. Il n'est pas exclu - mais on en reste ici aux conjectures - que les dessus de porte, ménageant des cadres avec des espaces laissés vierges de tout décor de gypserie, aient pu accueillir des peintures sur toile qui auraient par la suite été déposés. On notera que c'est le décor lui-même, par l'entremise d'un dessus de porte qui, dans le salon de l'appartement occupant la parcelle B 85, a permis d'identifier la présence d'un passage aujourd'hui condamné et celle d'une enfilade courant en front de façade méridionale.

Appartement. Salon au deuxième étage carré. Décor de gypserie du plafond.Appartement. Salon au deuxième étage carré. Décor de gypserie du plafond. Appartement au deuxième étage carré. Dessus de porte recevant un décor de gypserie. Tableau de fleurs dans un cartouche avec espace central laissé vierge. Appartement au deuxième étage carré. Dessus de porte recevant un décor de gypserie. Tableau de fleurs dans un cartouche avec espace central laissé vierge.

Si le décor intervient aussi dans la cage d'escalier, en sourdine, il est curieux de considérer la mise en oeuvre bien plus rustique de l'escalier lui-même à travers le traitement très fruste de la rampe d'appui présentant des balustres de section carrée fichés dans la main courante. Il ne paraît pas qu'une couche de plâtre ait à l'origine couvert cette structure pour un rendu plus en accord avec le sobre mais soigné décor de gypserie de la cage. Un manteau de cheminée sobrement décoré au plâtre dans une chambre de service au premier étage de comble reprend l'esthétique rococo proposée dans les différentes pièces à vivre du château ainsi que dans la cage d'escalier. Cela témoigne d'une mise en oeuvre contemporaine pour l'ensemble et surtout d'une homogénéité recherchée jusque dans les espaces privatifs secondaires de la domesticité.

Cage d'escalier, palier du deuxième étage carré. Pilastre recevant un ornement rocaille en gypserie (détail de l'ornement auriculaire).Cage d'escalier, palier du deuxième étage carré. Pilastre recevant un ornement rocaille en gypserie (détail de l'ornement auriculaire).

Aménagement de l'étage de comble : chambre de service avec cheminée décorée (côté sud).Aménagement de l'étage de comble : chambre de service avec cheminée décorée (côté sud).

III. Les dépendances : agrément, production et homogénéité de mise en oeuvre

Le château est agrémenté d'une terrasse talutée ayant nécessité un important travail de remblayage, devant la façade sud, afin de dégager un recul par rapport au bâtiment et un belvédère sur le paysage. Elle surplombe le jardin d'environ 7 m. Un portail en pierre de taille avec grille et escalier permet d'accéder en contrebas au jardin complanté qui n'est plus en usage aujourd'hui. Un entrepôt agricole à l'est complète le dispositif. Le travail de talutage a permis la mise en oeuvre de deux pièces attenantes voûtées en berceau plein-cintre en contrebas, sous la terrasse. La première est dans la continuité de l'entrée particulièrement soignée puisqu'elle présente une arrière-voussure concave, segmentaire, à bas cintrée qui correspond à la forme de l'ouverture. La seconde pièce, bien plus haute que la précédente, est également plus profonde et éclairée par deux jours percés dans le mur sud. La terrasse s'accompagne d'un second aménagement en pierre de taille calcaire dans sa partie sud-est, servant à délimiter un espace dont la fonction n'est plus identifiable aujourd'hui. Un bassin maçonné en pierre de taille calcaire lui aussi dans l'angle, accompagne l'ensemble. C'est sur une pierre du fruit de la terrasse, à hauteur d'homme, qu'on peut lire une date (1775) ; sur une autre pierre de taille d'une ancienne chaîne d'angle de l'entrepôt agricole avant son agrandissement qu'on en devine une autre (1769 ?) ; dans la maçonnerie de la terrasse talutée qu'on en lit une troisième : "DO.SI/1773".

Massif taluté avec mur de soutènement supportant la terrasse (partie est) et contenant une glacière (?) et des espaces de stockage. Vue depuis le sud.Massif taluté avec mur de soutènement supportant la terrasse (partie est) et contenant une glacière (?) et des espaces de stockage. Vue depuis le sud.

Dépendances avec espaces de stockage et glacière (?) au pied du mur de soutènement : seconde pièce attenante voûtée en berceau plein-cintre.Dépendances avec espaces de stockage et glacière (?) au pied du mur de soutènement : seconde pièce attenante voûtée en berceau plein-cintre.

Si le château concentre la part de représentation sociale légitime du seigneur de Raimondis, accueillant, pour reprendre les termes de Raymond Collier "une société assez élégante, assez choisie", la propriété ne se limitait pas à ce bâtiment imposant. Un foncier imposant où les terres labourables et les forêts occupaient la place centrale apportaient des revenus considérables à leur propriétaire. Outre un colombier, des bastides ou fermes de rapport complétaient en effet les biens : « bastide du Plan » (ancienne parcelle 1834 B 85), « bastide de Rayaup » (ancienne parcelle 1834 A 175 et REF=IA04000943), ainsi qu'un moulin non banal ensuite transformé en ferme (ancienne parcelle 1834 B 892 et REF=IA04000945). La première est datée de 1779, sur un claveau en remploi in situ, au-dessus du linteau de la porte d'une des étables. Sur la seconde une pierre gravée à l'angle sud-ouest porte la date de 1769. Les liens chronologiques ne font guère de doute avec le château d'Eoulx. Les liens stylistiques, du moins pour ces deux derniers exemples1, renforcent l'hypothèse d'une harmonisation d'ensemble : vastes bâtiments sous un toit à pan unique, soin apporté à la mise en oeuvre où les ouvertures y compris des parties agricoles recourent à l'encadrement en pierre de taille calcaire. Le seigneur a manifestement cherché à faire valoir une identité formelle et qualitative qui marque son empreinte sur le territoire (voir REF=IA04003149).

Ferme dite du Grand Rayaup propriété du seigneur de Raimondis (1779). Vue d'ensemble prise du sud.Ferme dite du Grand Rayaup propriété du seigneur de Raimondis (1779). Vue d'ensemble prise du sud.Ferme dite du Grand Rayaup. Chaîne d'angle en pierre de taille calcaire.Ferme dite du Grand Rayaup. Chaîne d'angle en pierre de taille calcaire.

Partie inférieure du massif taluté soutenant la terrasse : chaîne d'angle en pierre de taille calcaire avec date portée (1775).Partie inférieure du massif taluté soutenant la terrasse : chaîne d'angle en pierre de taille calcaire avec date portée (1775).

1La ferme du Colombier avait (et conserve encore à ce jour) une emprise en U, avec deux ailes en retour du bâtiment principal.
Appellationschâteau d'Eoulx
Parties constituantes non étudiéesremise, étable, cellier, terrasse en terre-plein, jardin potager, entrepôt agricole
Dénominationschâteau
Aire d'étude et cantonPays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Castellane
AdresseCommune : Castellane
Lieu-dit : Eoulx
Cadastre : 1834 B 32, 33 ; 2021 B 79, 89

La construction du château d'Eoulx, propriété de Joseph de Raimond ou de Raimondis, seigneur d'Eoulx et du Bourguet, a été réalisée selon des sources indirectes dans un laps de temps relativement court, entre 1687 et 1697, c'est-à-dire entre la sollicitation de faire des coupes de bois en vue de l'édification d'un château (28 septembre 1687) et la visite pastorale sur place de l'évêque de Senez Joseph Soanen, le 10 mai 1697, dans laquelle il indique être logé dans le château du seigneur.

Il semble très vraisemblable que le bâtiment ait fait l'objet de deux adjonctions successives, peut-être proches dans le temps durant le 18e siècle : deux tours cornières en façade sud ainsi qu'un élargissement symétrique latéral sur la moitié de la profondeur du corps de bâti côté sud également. Plusieurs dates portées sur des dépendances du château précisent des interventions répétées sur une dizaine d'années : 1773, 1775 et 17(7?)9.

La période révolutionnaire a entraîné un changement de propriétaire, mais les états de section du cadastre levé en 1834 montrent qu'une partie du domaine seigneurial (dont le château) est passé entre les mains d'un autre membre de la noblesse appartenant à une branche des Villeneuve : il s'agit de Jean François Marie Désiré de Sauteron de Seranon (1787-1869), domicilié à Aix-en-Provence et rentier de son état, qui ne racheta qu'une partie des biens du précédent propriétaire, notamment la "bastide du Plan" (1834 B 849).

Le château a en outre et par la suite fait l'objet d'aménagements secondaires qui ont contribué à dégrader son apparence extérieure, surtout sur la partie postérieure. La distribution intérieure a par ailleurs évolué dans le sens d'un lotissement pour créer des lots différents avec plusieurs appartements par étage d'habitation. Ces modifications ont entraîné des dégradations surtout observables dans le décor de gypserie. Le château est toujours actuellement en multipropriété.

Période(s)Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 1ère moitié 18e siècle , (?)
Dates1773, porte la date
1775, porte la date

Le château se présente sous la forme d'un parallélépipède carré d'environ 22 m de côté flanqué de deux tours rondes cornières en façade principale sud, le tout réalisé en maçonnerie de moellon de calcaire lié au mortier de chaux et de sable avec un enduit de couvrement protecteur. Il est couvert d'un toit à longs pans et croupe couvert en tuile creuse. Ses ouvertures reçoivent un encadrement en pierre de taille calcaire. Le bâtiment, dont l'intérieur n'a été visité que de façon très partielle, comprend six niveaux : un étage de soubassement, un rez-de-chaussée surélevé, deux étages carrés et deux étages de comble. Un escalier central décalé vers le fond de la parcelle (côté nord), tournant, à retour et rampe-sur-rampe sert à la distribution des espaces intérieurs, relayé par un second escalier maçonné tournant pour les étages de comble, dont le premier comprend des chambres de service. Sur les deux adjonctions latérales accueillant d'anciennes pièces de service prend place un escalier dévolu à la domesticité. L'allotissement en plusieurs parcelles a entraîné un redécoupage interne des lieux, sans bouleverser la structure. Cela a cependant eu des conséquences destructrices sur le décor de gypserie, dont une partie a pâti des reconfigurations et usages privés. Ce dernier, de style rocaille et sans répondre à un programme défini, prend place dans l'ensemble du bâtiment, cage d'escalier comprise et a même été observé, en sourdine, dans au moins l'une des chambres à l'étage de comble.

Murscalcaire moellon enduit
Plansplan symétrique
Étagesétage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 2 étages carrés, étage de comble
Couvrementsvoûte d'arêtes
Élévations extérieuresélévation à travées
Couverturestoit à longs pans croupe
toit conique
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour en maçonnerie
État de conservationremanié
Techniquessculpture
Représentationsornement végétal, ornement en forme d'objet
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler

Références documentaires

Documents d'archives
  • Procès-verbaux de visites pastorales, évêché de Senez. 1697-1707. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 G 17.

    Visite du 10 mai 1697.
  • Procès-verbaux de visites pastorales, évêché de Senez. 1697-1707. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 2 G 17.

    Visite du 9 novembre 1704.
  • Procès verbaux d'estimation des biens nationaux, commune d'Eoulx. 1792/09/15. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 1 Q 062.

    "Extrait en abrégé du rapport d’encadastrement provisoire des biens privilégiés de la commune d’Eoulx"
Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Détail de la feuille 195-23 : château d'Eoulx.
  • Plan cadastral de la commune d'Éoulx / Dessin à l'encre sur papier, 1835. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 105 Fi 078.

  • Eoulx (Le Château) Altitude 1060 m. / Carte postale, 1er quart du 20e siècle. Collection particulière : non coté.

Bibliographie
  • COLLIER, Raymond. La Haute-Provence monumentale et artistique. Digne: Imprimerie Louis-Jean, 1986, 559 p. : ill.

    p. 262-263
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Mosseron Maxence
Mosseron Maxence (1976 - )

Chercheur au Service régional de l'Inventaire de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (2007- )


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