Le lieu-dit Moulin Premier accueille diverses activités industrielles au cours de temps. Trois moulins sous l'Ancien Régime, le moulin à foulon Fourmon pour la fabrication de tapis et couvertures en 1890. Plus tard, les frères Jules et Maximin Gamet y exploitent la cartonnerie de l'Isle sur la Sorgue (spécialités carton amiante, carton bois, carton cuir, carton-pâte) en 1907. En 1929, deux usines existent, une de cartonnage, qui comprend un patron et un seul ouvrier et l'autre beaucoup plus importante, pour la fabrication de la gélatine.
En 1913, la société anonyme "Les Colles et gélatines du Midi" est autorisée par arrêté préfectoral à établir une fabrique de colles et gélatines alimentaires et commerciales au lieu-dit Moulin Premier sur un terrain de 13 hectares. Une déclaration d'appareils à vapeur est faite par Armand Felix en 1914. De source orale, l'usine de l'Isle-sur-la-Sorgue n'a jamais fabriqué de colles mais des gélatines techniques destinées à l'imprimerie et à la reproduction de plans.
En 1930, la société est rachetée par la Compagnie centrale Rousselot, basée à Paris, dirigée à l'Isle par Paul Laperrière et l'ingénieur Michel Rousselot (1934). Rousselot acquiert également d'autres usines de fabrication de gélatine dont celle d'Aubagne. Dès 1931, l'entreprise l'isloise se spécialise dans la fabrication de gélatine photographique et en devient le premier fabricant. En 1944 M. Abel Bernaudon, alors directeur, demande l'autorisation d'installer un dépôt de chlore liquéfié de 150 kilogrammes contenu dans des bouteilles en acier de 30 kilogrammes. Pendant la guerre, l'entreprise se tourne vers l'activité de déshydratation des légumes et des fruits frais pour la SFL Déshydratés (comité d'organisation de la conserve), faute de matières premières. Les machines présentes permettent les opérations de lavage, d'épluchage, de découpage et de blanchiment. Après 1945, l'entreprise développe de manière exponentielle la production de gélatine servant à la fabrication des pellicules photographiques. Ce que documentent bien les photographies aériennes prises entre 1937 et aujourd'hui. Elle s'étend d'abord au sud, de l'autre côté du canal (1937-1950) puis à l'est dans le prolongement des bâtiments existants.
Un arrêté préfectoral de 1959 autorise la Compagnie, à étendre ses activités de fabrication des colles et gélatines alimentaires et commerciales par l'utilisation de nouvelles matières premières et de stocker à cet effet 400 tonnes d'os secs en sacs et 200 tonnes de déchets de tannerie. Rousselot possède à l’Estaque une usine de traitement des os qu'elle déménage à l’Isle dans des bâtiments neufs qu'elle construit sur une nouvelle parcelle au nord de l'ancienne usine vers 1962, 1963. Ils sont destinés à abriter un nouveau magasin de stockage (2 000 tonnes) pour les os frais de boucherie, les os secs d'importation broyés, concassés, l'osséine reçue traitée et les déchets de peaux chaulées ou secs. A cette époque l'usine ne possède que deux broyeurs. (annexe 2)
En 1963, la compagnie centrale Rousselot demande l'autorisation d'installer des appareils de réfrigération produisant plus de 3 000 frigories-heure par l'ammoniac. Un appareil stérilisateur utilisant de l'oxyde d'éthylène stocké à l'extérieur de l'atelier de traitement est mis en place.
L'entreprise ne cesse de se développer à l'ouest, à droite et à gauche de l'entrée actuelle, les vues aériennes prises à différentes dates le montrent (ill. 50, 55, 61, 62, 69, 70, 71, 75, 78, 80, 84). La maison du directeur et les maisons de contremaitres (1938, 1964) ont été détruites pour laisser place à d'autres constructions pour la production et une station d'épuration.
L'entreprise devient au fil du temps le premier fabricant mondial de la gélatine. De nombreuses innovations verront le jour dans cette usine dont le célèbre bonbon Chamallow !
En 2024, Rousselot Isle-sur-la-Sorgue fabrique de la gélatine à partir d'os et de peaux de bovins. Elle appartient, comme plus de 250 usines dans le monde, au groupe Darling Ingredients International spécialiste de la transformation et de la valorisation des déchets d'animaux. Il emploie plus de 10 000 personnes (4 milliards de chiffre d'affaire). Il vend 47% de sa production en Europe, 18% en Asie, 13% au Moyen-Orient, 12% en Amérique du Nord et 10% au Japon. Cette gélatine est utilisée pour les applications pharmaceutiques (capsules dures et molles et substitut de plasma sanguin), alimentaires et techniques (allumettes, papiers et pellicules photos...). Rousselot Isle-sur-la-Sorgue, d'une superficie de 35 000 mètres carrés est la plus grosse usine de gélatine pour capsules au monde (10% du marché mondial de la capsule et 30% en Europe). Elle emploie 174 personnes dont la moitié travaille en 5*8 24h/24h 7j/7j.
La fabrication s'organise de manière fonctionnelle, du nord au sud. Les matières premières arrivent par camions et sont stockées dans un hangar. La fabrication de la gélatine se pratique à partir d’os, de couennes ou de peaux. On procède à la préparation c'est-à-dire au dégraissage des os et au nettoyage des peaux. Cette étape peut être réalisée dans les usines de Saint-Denis et d’Angoulême appartenant au groupe. On procède ensuite à l’opération d’acidulation, au chaulage et déchaulage, puis à l’extraction par la cuisson, puis à la purification (pasteurisation, centrifugation et filtration). Suivent la déminéralisation, l’évaporation, l’ajustement qui consiste en la stérilisation UHT et le figeage. Et enfin le séchage et le broyage, puis le stockage et d'assemblage avant l'expédition.
Chercheur pour le patrimoine industriel à l'Inventaire Nord-Pas-Calais de 1991 à 2018 (DRAC puis Région Nord-Pas-Calais dès 2007 et Hauts-de-France suite à la réforme des collectivités en 2016). Puis chercheur à l'Inventaire Provence-Alpes-Côte d'Azur à partir de 2018.