Dossier d’œuvre architecture IA13006201 | Réalisé par
Van Bost Nathalie (Rédacteur)
Van Bost Nathalie

Chercheur pour le patrimoine industriel à l'Inventaire Nord-Pas-Calais de 1991 à 2018 (DRAC puis Région Nord-Pas-Calais dès 2007 et Hauts-de-France suite à la réforme des collectivités en 2016). Puis chercheur à l'Inventaire Provence-Alpes-Côte d'Azur à partir de 2018.

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  • enquête thématique régionale, hameaux de forestage de Harkis en Provence-Alpes-Côte d'Azur
Hameau de forestage de Harkis de Jouques, dit le Camp du Logis d'Anne
Œuvre étudiée
Auteur (reproduction)
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bouches-du-Rhône
  • Hydrographies
  • Commune Jouques
  • Lieu-dit près de Le Logis d'Anne
  • Adresse D96
  • Cadastre 2021 A03 1701, 1738, 1769
  • Dénominations
    écart
  • Précision dénomination
    hameau de forestage
  • Appellations
    Camp du Logis d'Anne

"L'idée d'un reclassement important d'anciens supplétifs naît de la conjonction de 3 facteurs : l'emploi (outre les emplois directement liés au forestage, les besoins de main-d'œuvre dans l'agriculture sont jugés importants), la proximité du centre de Cadarache qui devait offrir une cinquantaine de postes...et la possibilité de logements sur place..." (JORDI, Jean-Jacques, HAMOUMOU Mohand. Les Harkis, une mémoire enfouie, 1999)

Les archives communales ayant été perdues, il est difficile de reconstituer son histoire. Le "camp du Logis d’Anne" est un cas particulier d’abord de par sa taille, implanté sur un terrain de 37 ha (23 ou 27 selon d’autres sources), et par sa composition qui combine à la fois une cité urbaine et un hameau de forestage. C’est depuis la Cité d'Accueil "Le Logis d'Anne" à Jouques qu’étaient gérés tous les hameaux de forestage par les inspecteurs des hameaux forestiers de Harkis des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse.

Aujourd’hui disparue, la cité du Logis d'Anne était située à 12km de Jouques, sur la N96, à proximité de l'usine hydro-électrique EDF mise en service en 1959.

L’histoire du site débute en 1955, quand E.D.F., propriétaire du lieu, fait édifier 9 bâtiments à usage d'habitations provisoires pour loger le personnel chargé de la construction de l'usine hydraulique du Logis d'Anne. Certains de ces logements sont des bâtiments préfabriqués de réemploi, datant de 1948 et ayant déjà servi sur d’autres chantiers.

 En avril 1963, la visite à la cité du Logis d'Anne du Préfet Pérony, chef du Service d'accueil des réfugiés musulmans au Ministère des rapatriés, entérine l’acquisition envisagée « en vue de l'installation de quelques dizaines de familles d'anciens supplétifs". En juin 1963, le ministère des Rapatriés acquiert "pour un million 50 000 francs la cité que l'E.D.F. avait bâtie à Jouques lors de la construction du barrage sur la Durance. Les 90 logements qui composent la cité seront habités par des hommes dont les uns seront employés dans un chantier forestier et dont les autres sont assurés de trouver du travail dans la région." (C.E.A. à Cadarache, entreprises à Peyrolles). Le tout est racheté à EDF par la SONACOTRA et sa filiale la LOGIREM.

"Cette cité qu'EDF allait démolir comprenait un centre administratif, une école à trois classes et une parcelle de 25 hectares permettant l'agrandissement de la cité. Les 30 premières familles arrivent en juillet, puis 30 en septembre puis d'autres en novembre pour la rentrée de 1963. L'encadrement sera logé sur place (capitaine Bouleau et une aide sociale)". 68 enfants (21 de 4 à 6 ans, 33 de 7 à 14, 14 de plus de 14 ans) sont scolarisables pour la rentrée de 1963.

"La mission de reclassement collectif des rapatriés musulmans hébergés dans les camps d’accueil touchera à sa fin avec la fermeture, au 4e trimestre de l’année 1964, du camp militaire de Rivesaltes. Cependant les problèmes de reclassement de cette catégorie de rapatriés – notamment sur le plan du logement- ne seront pas pour autant résolus." C'est pourquoi, le Préfet Pérony décide "de mettre en place à compter du 5 octobre 1964 un Centre de Répartition de l’Emploi et du logement en faveur des rapatriés musulmans à la cité de Jouques afin de faciliter les opérations de reclassement individuel et d’assurer une répartition satisfaisante des logements construits à leur intention et de stabiliser les familles. Il fonctionnera sous l’autorité du Général Bertin assisté de M. Cervera." (Annexe 2).

Le site s’est donc formé à partir de l'ancienne cité du barrage EDF en construction, agrandie par des baraquements. La cité était composée de 3 groupes de logements distincts. - La Cité (d') Accueil ou Cité Neuve comprend 31 pavillons neufs construits en 1974-1976, de type préfabriqué (qui nécessitent déjà une réhabilitation dans les années 1980), 3 pavillons construits en 1963 qui sont des baraquements en planche avec isolation, un groupe de chalets en bois réservés au gardien et aux responsables du camp. - La cité de Forestage se compose de 10 baraquements de 3 logements chacun construits en planche avec isolation vers 1963-1964, comprenant 10F3, 10F4 et 10F5 (de 49 à 68m2) pour loger les Harkis employés à l’ONF, et d’une école. Le hameau sera reconstruit dans les années 1970-1980 (et rebaptisé la cité Phoenix par ses habitants ; des magasins se trouvaient dans ce secteur). - La cité EDF avec 5 pavillons construits en 1948 sous forme de baraquements en planche avec isolation comprenant 6F3 et 4F4.

A l’extrémité du site, il subsiste un groupe de 6 maisons de qualité achevées en 1955 pour loger des employés d’EDF (proximité du barrage) ; ces maisons inoccupées appartiennent à EDF et sont à dissocier de la Cité.

Dès la fin des années 1970 (1974-1977) des travaux d’amélioration sont réalisés sur les logements gérés par la SONACOTRA. Les 24 baraques du hameau de forestage sont restaurées par la SONACOTRA qui s’engage à détruire les baraquements de 1963 au fur et à mesure du départ des familles et à reconstruire en remplacement, une cinquantaine de pavillons individuels dont la très mauvaise qualité est signalée lors de la visite du président du conseil général des Bouches-du-Rhône, M. Philibert en octobre 1977.

Dans les années 1980, la réhabilitation de la cité est toujours à l’ordre du jour. Une mission de recherche architecturale est lancée entre 1983-1985, et un projet de relogement (inabouti) est réalisé par l'architecte Roland Simounet (1927-1996) pour le compte du secrétariat d'État aux rapatriés, s’appuyant sur une étude intitulée « Histoire d’un village ségrégé, la Cité du Logis d’Anne à Jouques » mené par le sociologue Marwan Abi-Samra, qui enquête sur le site Le logis d'Anne à Jouques et rencontre les habitants.

En 1990, le gouvernement affirme sa volonté de résorber le site. De juillet 1991 à décembre 1995, L'Arelfa (développement et communication sociale) est missionné pour mettre en œuvre une Maîtrise D’œuvre Sociale et Urbaine pour accompagner la résorption du hameau du Logis d’Anne. Elle en donne une description de l’état des lieux : "Le logis d'Anne est constitué de quelques maisons dispersées sur 3 sites

- L'E.D.F. formé de 5 blocs de béton composés de 4 appartements par bloc. Bâtis vers les années 1952, ces logements ont été construits pour loger les ouvriers de l'usine et du canal EDF ;

- Le Forestage, 10 barres de 3 logements attenants, ce groupe a été construit en 1963-1964 pour reloger les familles des Harkis employés par l'ONF.

- Et le Plateau constitué de 31 pavillons individuels construits en 1974 à la place d'anciens bâtiments. Ces trois sites regroupés sur 25 hectares. Propriété de la SONACOTRA depuis 1963, la cité du logis d'Anne a fait l'objet de nombreux projets de réhabilitation, ces habitants y vivant depuis 1962...".

Il avait été envisagé de rénover l'ensemble du Logis d'Anne mais finalement les 2 premières cités ne sont pas susceptibles de l'être (trop vétustes au plan technique). En revanche, les pavillons de la cité du Plateau ont paru justifier un programme de réfection, d'importants travaux de VRD ainsi que la construction d’une station d’épuration. La réhabilitation des pavillons de la cité du Plateau (31 logements) s'achève en 1990. Leur cession aux occupants est évoquée. Finalement, il est décidé de la résorption de la cité EDF et celle du Forestage puis celle du Plateau dans le but de tout fermer. Classée prioritaire, elle doit permettre de reloger les familles de Harkis de la première génération en accession à la propriété. L’école du Logis d’Anne, formée de préfabriqués, ferme en 1991. Le camp est fermé en 1995, les dernières habitations ont été détruites en septembre 1997. Le hameau de forestage, qui comptait 350 habitants, restera l’un des foyers les plus actifs du mouvement de révolte harki. Une trentaine de chômeurs y feront la grève de la faim durant une semaine en avril 1987 pour dénoncer leurs difficultés au quotidien.

Un monument à la mémoire des Harkis de Jouques et de France est édifié à l’entrée de l’ancien camp sur un terrain cédé par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. Il est le fruit du projet de Cherif Lounès qui en a imaginé et conçu le schéma ; l’étude technique est réalisée par l’architecte aixois Arounthone Phimphavong. Haut de près de 5m et habillé de marbre, le Mémorial National des Harkis est inauguré le 29 décembre 2012 en hommage aux anciens Harkis et leurs familles. Il porte l’inscription "1963. Le camp du Logis d'Anne, sur la commune de Jouques, accueille plus d'une centaine de familles d'anciens Harkis réparties entre la Cité Forestage, la Cité du Plateau, la Cité EDF et la Cité Phénix. Le Logis d'Anne est fermé officiellement en 1994. Les familles se réinstallent essentiellement sur les communes de Peyrolles et Jouques. Le 29 septembre 2012 est inauguré ce mémorial pour que la mémoire de ces hommes de ces femmes et de ces enfants ne soit pas oubliée. Collectifs des Associations de la Communauté des harkis d'Aix et du Pays d'Aix".

En 2019, la commune acquiert le terrain d'une superficie de 37 hectares pour un projet de zone d'activités ou de photovoltaïque. En 2022, un projet de valorisation mémorielle du site est cours de réflexion.

La Cité du Logis d'Anne hébergera jusqu'110 familles dont 30 comptent 1 forestier. En 1984, on dénombre 58 familles françaises musulmanes et 7 familles européennes. Et 118 enfants sont scolarisés au collège de Peyrolles (54), à l'école primaire de Jouques (30) et l’école du hameau (34). 84 logements sont occupés par une population d’environ 400 personnes, 81 logements pour 65 familles soit 350 personnes en 1987. 55 familles d'anciens harkis et 12 familles de la seconde génération occupent les logements soit 360 personnes en 1990. Enfin en 1996, le hameau de l'EDF est occupé par 11 familles sur 20 logements, le hameau du Plateau par 14 familles sur 15 logements, le hameau de forestage par 8 familles sur 21 logements.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle, 3e quart 20e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1948, daté par source
    • 1963, daté par source

Le hameau du Logis d'Anne est situé à 6km de la commune de Jouques et à 8 de celle de Peyrolles.

  • Murs
    • résidu industriel en gros oeuvre
  • Toits
    ciment amiante en couverture
  • Étages
    en rez-de-chaussée
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit à longs pans
  • État de conservation
    détruit
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune