Aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, les hippodromes de Nice et de Cannes, sévèrement endommagés par la guerre et l’occupation, sont à reconstruire. La question se pose donc de la création d’un hippodrome commun, d’envergure internationale. L’ambition est alors de construire un hippodrome qui soit l’un des plus beaux de France et qui puisse recevoir deux meetings par an, en été et en hiver, ce qui est alors inédit dans le monde hippique.
Les sociétés de course des deux communes fusionnent alors et décident la construction d’un hippodrome, à Cagnes-sur-Mer, entre Cannes et Nice. Le choix de la localisation est arrêté par le Dr Raymond Picaud, conseiller général du canton de Cannes par délibération du Conseil Général des Alpes-Maritimes, à la séance du 21 novembre 1946.
Se constitue dès mars 1947 un syndicat intercommunal entre Nice, Cannes et Cagnes-sur-Mer pour la construction de cet hippodrome. La commune de Cagnes s’est occupée des travaux de l’hippodrome uniquement en phase de démarrage puis Nice et Cannes y ont participé respectivement pour 5/6e et 1/6e. Le président du syndicat est M. Teisseire, sénateur, est 1er adjoint au Maire de Nice.
Ce syndicat acquière auprès de Mme Paul Schmitz 44 hectares de terrains qui étaient loués à l’ancien Golf Club de Nice, alors abandonnés. Il souhaite étendre l’emprise de cet hippodrome à l’Est sur une surface de 24 hectares, nécessitant également l’acquisition d’une trentaine de parcelles, pour certaines déjà loties, confrontant l’ancien Golf Club, dans le quartier dénommé Olivette de Saint-Véran sur le cadastre de 1935 (section C2). Les propriétaires de ces dernières ont tenté en vain de contester la décision, la création de cet hippodrome étant décrétée d’utilité publique. Une indemnisation d’éviction est versée par la commune de Cagnes à Mme Schmitz pour le Golf Club de Nice et une procédure d’expropriation est lancée à l’encontre des propriétaires des terrains qui confrontaient l’ancien Golf Club de Nice.
Trois meetings de trot sont donnés, permis par des installations provisoires en 1953 et en 1954. Un premier meeting d’hiver se déroule en 1956-1957.
La Société des courses de la Côte d’Azur, crée en 1951 et responsable de la création et de l’exploitation de l’hippodrome, continue à en assurer la gestion aujourd’hui.
On confie à l’architecte cannois Eugène Lizero la réalisation de l’ensemble des bâtiments : tribunes de pesage, rond de présentation, quartiers des chevaux. Plusieurs tranches de travaux sont prévues. Eugène Lizero, connu pour la réalisation et la rénovation de maisons individuelles et d’hôtels, s’est aussi illustré dans la reconstruction de la tribune de l’hippodrome de Saint-Cloud, en 1954. Une parenté évidente lie la tribune du l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer à celle de Saint-Cloud.
De nombreux aléas (dépassement du budget, liquidation de sociétés de travaux, agrandissement des plans de la tribune de pesage et adjonction d’un salivarium et de box supplémentaires en 1960) ont retardé le calendrier des travaux. Le programme initial des tribunes, de 33 mètres de longueur en 1953 a été par la suite agrandi pour mesurer aujourd’hui 66 mètres et présente maintenant une suite monumentale de 22 piliers.
L’entrée de l’hippodrome a également été l’objet de débat. Plaidant pour une entrée côté nord, Eugène Lizero avait également envisagé qu’une station d’arrêt SNCF permette un arrêt au nord de l’hippodrome, encourageant ainsi la création de l’entrée de l’hippodrome sur le côté Sud-Ouest de l’hippodrome. C’est ce que l’on constate sur un « projet définitif d’ensemble » conservé aux Archives départementales. Un quai est toujours présent le long de la voie ferrée, permettant une entrée par le Nord. Sur une photographie d’une maquette prospective, parue dans La Construction Moderne en avril 1957, une entrée en demi-lune est prévue à l’angle Nord-Ouest. La correspondance de l’architecte avec M. Mechin, ingénieur des ponts et chaussées, du 13 décembre 1946 aboutit néanmoins à la décision de placer l’entrée du public sur la route du bord de mer, au Sud, obligeant encore aujourd’hui les visiteurs à longer l’ouest du champ de course pour rejoindre l’entrée et les guichets. C’est aujourd’hui l’entrée principale de l’Hippodrome.
L’ambition de l’hippodrome de la côte d’Azur est d’être à la pointe de la modernité : on a ainsi vanté les innovations dont il est le témoin comme la première installation d’autostart en France. Ce dispositif a permis d’accueillir des courses internationales comme le Grand Critérium de Vitesse, dès le 2 mars 1958.
L’hippodrome s’est aussi fait remarquer par un éclairage suffisamment puissant pour accueillir des courses nocturnes, notamment en hiver. Le choix d’Eugène Lizero s’est porté sur les lampes de marque Mazda, équipant 17 lampadaires de 25 m. hors-sol (30 en tout). Chaque pylône était alors équipé de 12 projecteurs pour les lampadaires de ligne droite, dix-huit dans les virages, et vingt-quatre pour la ligne d’arrivée. Le premier meeting a ainsi pu être donné le 5 septembre 1952 avec six courses de trot.
L’inauguration officielle de l’hippodrome s’est déroulée le 17 décembre 1960 en présence de M. Pierre Jean Moatti, préfet des Alpes-Maritimes, M. Jean Médecin, maire de Nice et président du Conseil Général, Maître Léon Teisseire, député président du syndicat intercommunal de l’hippodrome, M. André Massena, Prince d’Essling, président de la société des courses de la Côte d’Azur, et de M. J Collignon, ingénieur en chef du génie rural.
Devant le succès de l’hippodrome dans les années 1950, le Comité de la Société des Courses a entrepris dès 1966 des travaux d’agrandissement. Ces travaux ont commencé avec l’élargissement de la salle des balances vers l’Est. Il s’agissait aussi d’en moderniser les équipements. C’est de cette période que date l’aménagement actuel de la salle des balances. Des salons particuliers ont également été créés à l’usage exclusif des propriétaires de chevaux, des vainqueurs et des dames, Eugène Lizero y a créé de petits bars.
La salle des paris a elle aussi été agrandie vers l’Est en 1966 et dotée d’un escalier à double volée permettant aux visiteurs d’atteindre la galerie du premier étage qui correspond au haut des gradins et de pouvoir accéder au restaurant du deuxième étage. Le restaurant est agrandi, et repensé avec un bar côté nord.
C’est probablement à cette période que les fauteuils de gradins bleus et blanc ont remplacé les dossiers des bancs en bois.
Ces travaux d’agrandissement ont aussi concerné le quartier des boxes avec la construction d’un logement pour le gardien, une cantine et un restaurant. Les boxes ont été réhaussés d’un niveau, permettant la création de 37 chambres de lads.
Chercheur au service de l'Inventaire PACA.