Le jardin est actuellement réduit à une parcelle résiduelle autour de la maison. Une lithographie du Musée d’Art et d’Histoire de Provence, à Grasse, en donne une vision romantique, prise de la mer, avant 1850 : la colline est boisée, avec sur son flanc quelques terrasses d’oliviers ou d’orangers, une allée régulière descend de la porte d’entrée de la villa isolée vers un portail érigé sur le rivage où passe un chemin, une grille clôt la propriété. On ignore s’il y avait là un jardin digne de ce nom avant 1855, date de la commande d’aménagement passée à Gilbert Nabonnand. Il mit une dizaine d’années à y organiser une immense collection végétale, avec notamment rosiers et plantes exotiques, ses spécialités. Il intervint sans doute après la vente de la bande côtière et la régularisation de la route de Fréjus. En 1883, il restait un jardin de 3 hectares, agrandi en 1895 de 8000 m² annexés du jardin de la villa Gourjault laissée à part. L’ensemble fut vendu en 1924 par le dernier Lord Brougham présent à Cannes. En 1937 la propriété délaissée conservait 2,2 hectares, lotis en 1949.
Que savons-nous de ce jardin ? La chance veut qu’Albert Maumené y ait fait une visite circonstanciée en 1908. C’est à partir de ce texte, de ses illustrations et de quelques autres documents publiés ici et là, que la plupart des aménagements et de leurs plantations ont pu être identifiés et localisés. Trois parties principales constituent ce jardin :
- au sud de la maison, sur les deux tiers de sa profondeur, la surface ondulée, en pente douce, est recouverte d’un gazon souple et ras de tradition anglaise, émaillée de grands sujets, isolés ou en groupes : ici (P) un brahea nitida et un brahea Roetzli envahis de glycines, là (O) un bouquet de dattiers, au nord-est un grand eucalyptus (M), à l’est un massif continu de palmiers et de grands arbres (E), vers le bas (J) une touffe de dattiers avec un ginko biloba et un pritchardia, au nord-ouest un araucaria Bidwilli (N), à l’ouest (V) un bouquet de phoenix senegalensis, magnolias, pêchers du Japon et orangers. Un réseau d’allées, régulières ou sinueuses, montant vers la demeure, structure cette partie ; de grands palmiers envahis de glycines encadrent l’avenue d’accès (D) bordée à droite de diverses formes de rosiers Thé et dont un bosquet de bambous (F) protège le départ ; orangers et rosiers encadrent l’allée axiale (L) ; une seule allée transversale (K), régulière, bordée de rosiers taillés ou grimpant, marque une rupture de pente ; après 1895, le bas de cette partie intègre le jardin de la villa Gourjault (a) dont l’avenue (U) de vieux oliviers et de glycines sur un tapis de plantes saisonnières se prolonge au nord par une allée (S) ombragée d’un dôme de palmiers habillés de glycines et de rosiers ; tout au sud, en bordure de la route de Fréjus, s’étend le jardin sauvage (W) de fleurs saisonnières, dans un sous-bois de palmiers, de mimosas, d’eucalyptus, d’oliviers ;
- au nord, le réseau des sentiers se conforme à la pente abrupte du terrain rocailleux ; abrité sous les frondaisons de mimosas (X) et d’arbustes du Cap mêlés plus haut aux restes de nature libre plantée de chênes-lièges (Y), il contourne des pièces d’eau, forme des carrefours, repart en escalier ;
- autour de la maison s’étend une terrasse en terre-plein (B) bordée au nord et au sud de balustrades où s’entremêlent rosiers et figuier rampant ; à l’ouest le jardin engazonné dit de Milady (Q) est orné d’un parterre circulaire en mosaïculture ; deux allées régulières (R) abritées sous des tonnelles de glycines et de rosiers Banks jaunes prolongent la terrasse à l’est et à l’ouest.
Albert Maumené, dont le jugement est souvent pertinent, voyait dans ce jardin, qu’il conseillait de visiter au printemps, un intérêt particulier : contrairement à d’autres jardins de la Côte d’Azur, il était organisé en scènes délicieuses et imprévues où se mêlaient de majestueux végétaux exotiques et des arbustes septentrionaux au charme coloré. De plus les roses lui apparaissaient comme la particularité principale, sous différentes formes : dômes de plusieurs mètres de diamètre, colonnes, haies épaisses sur les balustrades, palissades, guirlandes envahissant les stipes des palmiers et la cime des oliviers centenaires. En fait ce jardin appartenait encore à cette génération de jardins structurés et assez réguliers, avant le plein développement des parcs paysagers du second Empire. Mais l’intérêt que l’on pouvait trouver à la visite d’un tel jardin tenait autant à la personnalité et à la culture de son commanditaire anglais qu’au savoir-faire de son créateur français, en l’occurrence Gilbert Nabonnand.
Conservateur du Patrimoine au service régional de l'Inventaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 1968 à 2004.