Dossier d’œuvre architecture IA06000680 | Réalisé par
Fray François
Fray François

Conservateur du Patrimoine au service régional de l'Inventaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 1968 à 2004.

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  • recensement du patrimoine balnéaire
jardin d'agrément jardin de la Villa Eléonore-Louise
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Archives communales, Cannes

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Cannes centre - Cannes
  • Commune Cannes
  • Adresse 24 avenue du Docteur-Raymond-Picaud
  • Cadastre 1981 AV 35 à 40, 45, 48 à 51, 53 à 60, 71 à 75, 132
  • Dénominations
    jardin d'agrément
  • Appellations
    jardin de la Villa Eléonore-Louise
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante
  • Parties constituantes non étudiées
    terrasse en terre-plein, bassin, étang, dépendance, avenue de jardin, allée régulière, pépinière, jardin fleuriste

Le jardin est actuellement réduit à une parcelle résiduelle autour de la maison. Une lithographie du Musée d’Art et d’Histoire de Provence, à Grasse, en donne une vision romantique, prise de la mer, avant 1850 : la colline est boisée, avec sur son flanc quelques terrasses d’oliviers ou d’orangers, une allée régulière descend de la porte d’entrée de la villa isolée vers un portail érigé sur le rivage où passe un chemin, une grille clôt la propriété. On ignore s’il y avait là un jardin digne de ce nom avant 1855, date de la commande d’aménagement passée à Gilbert Nabonnand. Il mit une dizaine d’années à y organiser une immense collection végétale, avec notamment rosiers et plantes exotiques, ses spécialités. Il intervint sans doute après la vente de la bande côtière et la régularisation de la route de Fréjus. En 1883, il restait un jardin de 3 hectares, agrandi en 1895 de 8000 m² annexés du jardin de la villa Gourjault laissée à part. L’ensemble fut vendu en 1924 par le dernier Lord Brougham présent à Cannes. En 1937 la propriété délaissée conservait 2,2 hectares, lotis en 1949.

 Que savons-nous de ce jardin ? La chance veut qu’Albert Maumené y ait fait une visite circonstanciée en 1908. C’est à partir de ce texte, de ses illustrations et de quelques autres documents publiés ici et là, que la plupart des aménagements et de leurs plantations ont pu être identifiés et localisés. Trois parties principales constituent ce jardin :

 - au sud de la maison, sur les deux tiers de sa profondeur, la surface ondulée, en pente douce, est recouverte d’un gazon souple et ras de tradition anglaise, émaillée de grands sujets, isolés ou en groupes : ici (P) un brahea nitida et un brahea Roetzli envahis de glycines, là (O) un bouquet de dattiers, au nord-est un grand eucalyptus (M), à l’est un massif continu de palmiers et de grands arbres (E), vers le bas (J) une touffe de dattiers avec un ginko biloba et un pritchardia, au nord-ouest un araucaria Bidwilli (N), à l’ouest (V) un bouquet de phoenix senegalensis, magnolias, pêchers du Japon et orangers. Un réseau d’allées, régulières ou sinueuses, montant vers la demeure, structure cette partie ; de grands palmiers envahis de glycines encadrent l’avenue d’accès (D) bordée à droite de diverses formes de rosiers Thé et dont un bosquet de bambous (F) protège le départ ; orangers et rosiers encadrent l’allée axiale (L) ; une seule allée transversale (K), régulière, bordée de rosiers taillés ou grimpant, marque une rupture de pente ; après 1895, le bas de cette partie intègre le jardin de la villa Gourjault (a) dont l’avenue (U) de vieux oliviers et de glycines sur un tapis de plantes saisonnières se prolonge au nord par une allée (S) ombragée d’un dôme de palmiers habillés de glycines et de rosiers ; tout au sud, en bordure de la route de Fréjus, s’étend le jardin sauvage (W) de fleurs saisonnières, dans un sous-bois de palmiers, de mimosas, d’eucalyptus, d’oliviers ;

 - au nord, le réseau des sentiers se conforme à la pente abrupte du terrain rocailleux ; abrité sous les frondaisons de mimosas (X) et d’arbustes du Cap mêlés plus haut aux restes de nature libre plantée de chênes-lièges (Y), il contourne des pièces d’eau, forme des carrefours, repart en escalier ; 

 - autour de la maison s’étend une terrasse en terre-plein (B) bordée au nord et au sud de balustrades où s’entremêlent rosiers et figuier rampant ; à l’ouest le jardin engazonné dit de Milady (Q) est orné d’un parterre circulaire en mosaïculture ; deux allées régulières (R)  abritées sous des tonnelles de glycines et de rosiers Banks jaunes prolongent la terrasse à l’est et à l’ouest.

 Albert Maumené, dont le jugement est souvent pertinent, voyait dans ce jardin, qu’il conseillait de visiter au printemps, un intérêt particulier : contrairement à d’autres jardins de la Côte d’Azur, il était organisé en scènes délicieuses et imprévues où se mêlaient de majestueux végétaux exotiques et des arbustes septentrionaux au charme coloré. De plus les roses lui apparaissaient comme la particularité principale, sous différentes formes : dômes de plusieurs mètres de diamètre, colonnes, haies épaisses sur les balustrades, palissades, guirlandes envahissant les stipes des palmiers et la cime des oliviers centenaires. En fait ce jardin appartenait encore à cette génération de jardins structurés et assez réguliers, avant le plein développement des parcs paysagers du second Empire. Mais l’intérêt que l’on pouvait trouver à la visite d’un tel jardin tenait autant à la personnalité et à la culture de son commanditaire anglais qu’au savoir-faire de son créateur français, en l’occurrence Gilbert Nabonnand.

 

C'est le 1er jardin de villégiature de Cannes, aménagé à partir de 1836 pour Henry Peter Brougham and Vaux, lord chancelier d'Angleterre, qui avait acquit en 1835 pour 13500 F un terrain s'étendant de la mer à la colline de la Croix des Gardes. A l'origine, le terrain était aménagé en terrasses agricoles plantées d'oliviers et d'orangers. Gilbert Nabonnand, plus tard horticulteur et paysagiste à Golfe-Juan, y crée un parc arboré à partir de 1855 et y travaille pendant plus de dix ans. C'est lui qui crée la roseraie. Vers 1860 le bord de mer est loti par Lord Woolfield (IA06000588). Après la mort de sir Henry en 1868 le reste du domaine est partagé. En 1883 il subsiste un jardin de 4 ha, agrandi de 8000 m2 en 1895 avec le terrain de la villa Gourjault. Il est entretenu au tournant du siècle par le chef jardinier Busby. En 1924 un nouveau Lord Brougham vend la propriété qui, délaissée vers 1937 mais conservant de beaux rosiers, dont la folette créée ici-même, garde une superficie de 2,2 ha en 1947 que le projet de lotissement pour Louis Dieu en 1949 a fait en partie disparaître.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 19e siècle
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Nabonnand Gilbert , dit(e) Philibert Nabonnand
      Nabonnand Gilbert

      Horticulteur. Gilbert, dit Philibert, Nabonnand devient en 1855 chef-jardinier de Lord Brougham au château Eléonore à Cannes. Lord Brougham souhaite un jardin exotique et Nabonnand importe des essences rares de Chine, d'Australie, de Nouvelle-Zélande ou d'Afrique du Sud et crée une roseraie. Il fonde en 1860 à Antibes son entreprise, l'établissement horticole Sainte-Anne, qui propose des palmiers et plantes exotiques, ainsi que des roses dont le commerce explose à cette époque. En 1866, il est domicilié à Golfe-Juan. Nabonnand est cofondateur de la Société pomologique de France et de l'Association horticole lyonnaise. Entre 1872 et 1903, il a créé près de deux cents variétés de roses thé, certaines aussi pour les fleurs à couper d'autres pour les parfumeurs de Grasse.

      Les roses Nabonnand sont répertoriées et sont toujours cultivées même si la pépinière a disparu, après avoir été reprise par ses fils Paul (1860-1937) et Clément (1864-1949).

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      jardinier attribution par source

On ne connaît de l'état d'origine que l'allée régulière unissant le portail du bord de mer à la villa. Le parc aménagé à partir de 1855 présentait la particularité d'être un jardin de fleurs, mêlant essences exotiques (eucalyptus, ficus, phoenix, araucarias, arescatrums,) et indigènes, en particulier les roses et les glycines. Vers 1900, le jardin était constitué pour 2 tiers de 2 terres-pleins en pente douce ondulés et gazonnés avec des bouquets de cocotiers, pritchardias, dattiers et des ginko biloba, eucalyptus, brahea nitida, magnolias, pêchers du Japon et autres phoenix isolés et que traversaient l'avenue bordée de groupes de rosiers, des sentiers sinueux et des allées régulières, la grande allée des oliviers, glycines et cocotiers, l'allée transversale des rosiers, l'allée montante des orangers, que remplacent aujourd'hui des cyprès taillés. Les sous-bois les plus denses, comme le jardin sauvage au sud, ombrageaient des plantations de fleurs saisonnières. Des rideaux de bambous géants et des groupes d'arbres masquaient les limites de la propriété. La villa revêtue de bougainvillées et de rosiers s'élève sur une terrasse dont la partie ouest était aménagée en jardin régulier avec un parterre fleuri circulaire centré sur un bassin qui se détachait sur le fond d'un jardin sauvage avec un sous-bois de fleurs de printemps. De part et d'autre, des allées couvertes de tonnelles de glycines et de rosiers marquaient la limite du terre-plein de la villa. Au-delà, des sentiers escarpés ombragés par les chênes-lièges et les mimosas parcouraient le tiers nord du jardin, accidenté et laissé naturel. A l'est, d'anciennes terrasses portaient les serres et les châssis du jardin des pépinières et le jardin des fleurs à couper.

  • Plans
    jardin mixte
  • Élévations extérieures
    jardin en pente, jardin en terrasses, jardin accidenté
  • Jardins
    bosquet, groupe d'arbres, clairière ornementale, parterre de gazon, plate-bande
  • État de conservation
    vestiges
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    intérêt botanique

Bibliographie

  • CAVALLO, Patricia. Nabonnand père et fils, horticulteurs rosiéristes,1850-1949, Golfe-Juan, Antibes, Cannes, Villeneuve-Loubet. Dans : Nice Historique, 2009, n°2, p. 95-105.

    p. 96 : Gilbert Nabonnand créateur du parc du château Eléonore-Louise.
  • De GANAY, Ernest. Villa Eleonor. Dans : La Gazette illustrée des amateurs de jardins, 1937.

  • MAUMENE, Albert. Le jardin de fleurs du château Eléonore à Lord Brougham (Cannes, Alpes-Maritimes). Dans : Vie à la Campagne, 15 avril 1908, n° 38, p. 223-229.

  • NABONNAND, Clément. Un jardin de la Belle au Bois Dormant. Le parc du château Eléonore. Propriété de Lord Brougham. Dans : La Saison de Cannes, 25 avril 1925, p. 18.

Documents figurés

  • Ville de Cannes. Plan général régulateur parcellaire. Quartiers le Vallon provençal et le Riou. Feuille 90. / Dessin aquarellé, 1884. Archives communales, Cannes : 1 Fi 222.

  • Château Eleanor Louise. [La villa Eléonore-Louise à Cannes vue du rivage peu après sa construction.] / Lithographie de W.L. Walton, sd. [Vers 1840]. Musée d'Art et d'Histoire de Provence, Grasse : MF 2404.

  • Aménagement de la partie ouest très accidentée du jardin du Château Eleonore. [Plan de détail du jardin italien ou jardin de Milady] / Dessin imprimé, 1908. Dans : "Le jardin de fleurs du château Eléonore, à Lord Brougham (Cannes, Alpes-Maritimes) / Albert Maumené, Vie à la Campagne, 15 avril 1908, n° 38, p 228.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. L'allée d'oliviers et de glycines.] / Photographie Rey, sd. [1ere moitié du 20e siècle]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-48.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. Massif de cactées.] / Photographie Rey, sd. [1ere moitié du 20e siècle]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-47.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. Pelouse arborée.] / Photographie Rey, sd. [1ere moitié du 20e siècle]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-49.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. Pelouse et bosquet de palmiers.] / Photographie Rey, sd. [1ere moitié du 20e siècle]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-53.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. La grande pelouse au sud de la villa.] / Photographie colorisée, signée richard, sd. [années 1930]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-57.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. Escalier donnant accès à la partie nord du jardin. Au premier plan le jardin de Milady.] Photographie anonyme, sd. [années 1940-1950]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-52.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louise à Cannes. Le jardin de Milady et son parterre circulaire.] / Photographie anonyme, sd. Dans : Château Eléonore. Cannes. To be Sold freehold, brochure publicitaire éditée par l'agence Knight, Frank & Rutley, Londres, [1947 ?]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-45.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. La pergola à l'est de la villa.] / Photographie anonyme, sd. Dans : Dépliant publicitaire de l'Agence Andrau pour la vente de la villa Eléonore-Louise, sd. [années 1950]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-37.

  • [Jardin de la villa Eléonore-Louis à Cannes. L'allée de buis en contrebas de la terrasse.] / Photographie anonyme, sd. Dans : Dépliant publicitaire de l'Agence Andrau pour la vente de la villa Eléonore-Louise, sd. [années 1950]. Archives communales, Cannes : fonds Cros 11 S 81-37.

    Archives communales, Cannes : 11 S 81-37
Date(s) d'enquête : 1998; Date(s) de rédaction : 1998
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Fray François
Fray François

Conservateur du Patrimoine au service régional de l'Inventaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur de 1968 à 2004.

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Articulation des dossiers
Dossier d’ensemble