Logo ={0} - Retour à l'accueil

Village

Dossier IA84000026 réalisé en 1972

Fiche

  • Impression
  • Agrandir la carte

HISTORIQUE

Le village de Limaye est de fondation probablement très ancienne. Son nom semble, en tout cas, bien antérieur au XIe siècle, époque à laquelle il apparaît dans les textes : Nemaisa en 1027 1, Nimaisa dans un document non daté mais contemporain - voire même légèrement antérieur- du précédent 2, Limaisa en 1102 3. L'agglomération, mal connue (la documentation à son sujet est très rare et fragmentaire), n'a sans doute jamais eu une importance considérable, ni par sa situation, de valeur stratégique faible, ni par son économie, basée sur une agriculture aux moyens limités : le terroir était petit (restreint, par rapport au territoire actuel de La Bastide-des-Jourdans, de toute la partie située à l'ouest du ravin du Bois ou Vaulongue) et assez pauvre - peu de terres cultivables, fertilité médiocre. Deux routes, cependant, s'y rencontraient, dont le rôle dans les communications entre haute et basse Provence, avant la création du réseau de La Bastide-des-Jourdans, a pu être notable l'un venant de Grambois et se dirigeant vers Pierrevert et Manosque, l'autre en provenance de Beaumont et allant vers Forcalquier.

Le village même paraît n'avoir occupé qu'une très petite surface, autour d'une église de dimensions réduites. Son site, curieusement fixé sur un ubac assez abrupt vers les confins sud du terroir, s'explique probablement par la présence de l'ancien carrefour routier (situé en contrebas, sur le col) et par l'absence de tout autre élément de relief (sauf à l'extrême nord-ouest) favorable à l'implantation d'un habitat de hauteur.

Sur la seigneurie de Limaye, on est encore plus mal renseigné mis à part un Bertrand de Limaye, témoin avec les seigneurs de Beaumont, Mirabeau et Pertuis dans un acte intéressant le comte de Forcalquieret quelques-uns de ses feudataires en 1202 4, nulle trace des seigneurs de Limaye. Ceux-ci, pourtant, payaient à la fin du XIIIe siècle l'impôt noble (comitalia) au comte de Provence , au même titre (mais à un taux inférieur) que ceux de Grambois et de Beaumont, vassaux directs du comte 5 : Limaye serait-il dans le même cas ? Par la suite, le fief passa, semble-t-il, dans les mains de certains des co-seigneurs de La Bastide-des-Jourdans : Jean Alfant, damoiseau, en 1327 6, dont le père, Bertrand, avait été nommé administrateur des biens séquestrés en 1308, lors de l'arrestation des templiers de la Cavalerie 7, Guillaume Jourdan, en 1378 8. Eléonore de Riez, en 1431, s'intitulait dame de Limaye 9 et ses successeurs gardèrent la seigneurie jusqu'à la Révolution : Limaye fut même érigée en baronnie au profit de Jean-Louis de Corriolis, le 25 avril 1646 10.

A cette date, le village n'existait plus depuis longtemps. Il ne comptait déjà que 15 feux de queste en 1315-1316 11 - c'est-à-dire moins de 100 habitants- et semble complètement désert en 1375 12. On n'y trouve plus ensuite que des bastides disséminées sur le terroir (d'ailleurs uni à celui de La Bastide-des-Jourdans au XVIe siècle). Les causes de cette disparition sont d'ordre essentiellement économique: l'installation des templiers, avant 1178, qui accaparèrent très vite la majeure partie des terres de culture ; la fondation, au début du XIIIe siècle, de La Bastide-des-Jourdans, qui détourna à son profit le réseau routier, empiéta sans doute sur le terroir de Limaye, et, par ses privilèges et avantages politiques et commerciaux, attira les habitants moins favorisés des alentours ; la conjoncture économique et sociale de la seconde moitié du XIVe siècle, enfin, qui acheva de vider l'agglomération probablement non fortifiée et exposée aux déprédations des bandes de routiers et de brigands. Partis dès avant 1375 se réfugier derrière les murailles de La Bastide-des-Jourdans, les habitants ne trouvèrent sans doute jamais les conditions favorables à leur retour.

DESCRIPTION

Les ruines du village de Limaille sont situées sur une éminence (alt. : 539 m) qui - si l'on excepte le signal de Piégros à l'ouest - domine toute la région avoisinante, des pentes du Luberon au nord aux collines de Beaumont au sud ; cette hauteur constitue l'extrémité orientale d'une ligne de relief, formée par un banc calcaire de l'Aquitanien (oligocène), qui divise longitudinalement cette zone et se trouve sur la limite de partage des eaux entre la vallée de l'Eze, au nord et à l'est , et de petits affluents de la Durance au sud et à l'ouest. La colline de Limaille domine ainsi

- au nord, une dépression marneuse, qui l'enserre en un demi-cercle, et où de nombreuses sources donnent naissance au nord-ouest, à l'Eze et à son affluent, le ravin du Devin,

- au nord-est, au torrent de Corbières qui arrose cette localité avant de se jeter dans la Durance.

- au sud et à l'ouest, une zone de collines dont les eaux de ruissellement forment le torrent de Saint-Marcel qui passe au pied de Beaumont-de-Pertuis et rejoint la Durance en aval de la cluse de Mirabeau.

L'érosion fluviatile a échancré ce relief : la route de Beaumont à La Bastide-des-Jourdans, reprenant le tracé de l'ancienne route de Mirabeau et Beaumont à Reillanne, remonte le vallon du torrent de Saint-Marcel et passe, par une sorte de petit col, au pied est de la colline de Limaille. Celle-ci a la forme d'un aval allongé du nord au sud. Le versant sud, calcaire et aride, est en pente douce. Les autres versants dominent en une pente abrupte la dépression marneuse. Au point culminant, au-dessus du versant nord, se trouvent les vestiges d'une tour. Les ruines du village, réduites à des tas de pierres informes et envahis par la végétation, s'étagent sur le versant nord, au-dessus de la dépression cultivable où s'est installée la ferme de Limaille. Des travaux récents ont mis au jour, à 24 m au nord de la tour, les vestiges de l'église Notre-Dame, ainsi que quelques pans de mur des constructions avoisinantes.

Seules des fouilles méthodiques permettraient de comprendre l'extension et l'organisation de l'agglomération dont les vestiges sont illisibles dans leur état actuel.

1AD 84, G 553, Cartulaire du chapitre Notre-Dame-des-Doms d'Avignon, f° 16 v° - 17 r°.2AD 30, H 106, Cartulaire de l'abbaye de Psalmody, f° 20 v° -21 r°, Carta de ecclesia sancti Lamberti de Garamboda. 3ALBANES (chanoine J .-H. ), Gallia Christiana Novissima, Arles, n° 42. 4TORNADRE (Guy de), Histoire du comté de Forcalquier, pp. 226-230 (pièces justificatives, VI) : Sentence arbitrale rendue au nom du comte de Toulouse par son connétable Rostan de Sabran sur des controverses élevées entre Guillaume II, comte de Forcalquier d'une part, et Raimbaud Guirand, les seigneurs d'Agoult, de Reillanne et d'Orange, d'autre part, novembre 1202. 5AD 13 (Marseille), B 1668, Rationnaire de Bernard de Nutrit, clavaire de Pertuis et du pays d'Aigues, 1299, f° 14 r°.6AD 13 (Aix), 305 E 286, Transaction entre le seigneur et les habitants de La Bastide-des-Jourdans, 1388 : parmi les pièces produites par Hugues de Riez figure un bail à accapte d'une terre située sur le territoire de Limaye donné par noble Bertrand Alfant, sous réserve des droits seigneuriaux à lui dûs. 7AD 13 (Marseille), B 151, f° 3 v°. 8AD 13 (Marseille), 2 G 2716, Reconnaissances passées en faveur de noble Guillaume Jourdan, 1378. 9AD 13 (Marseille), 2 G 2015, Comptes des fermiers des seigneuries de La Bastide-des-Jourdans et de Limaye, 1431-1437. 10CLAPIER (Marcel), La Bastide-des- Jourdans, Paris , 1966, p. 36.11BARATIER (Edouard) , La Démographie provençale..., p. 168. 12AD 13 (Marseille), 2 G 2716, Censier de La Bastide-des-Jourdans, 1375-1378.
Dénominationsvillage
Aire d'étude et cantonPertuis
AdresseCommune : La Bastide-des-Jourdans
Lieu-dit : Limaille
Cadastre : 1974 D 128 ; 1838 D 6, 11

Première mention du toponyme Limaye ou Limaille en 1027 ; petit bourg castral établi probablement au 11e siècle à proximité d'un col et d'un noeud routier ; site de versant en forte pente, plan en éventail sous le château ; faible développement, 15 feux de queste en 1315 ; désertion avant 1375 ; aujourd'hui ruines informés recouvertes par la forêt

Période(s)Principale : 11e siècle
Typologiesbourg castral du 11e siècle à plan en éventail
État de conservationdétruit

Références documentaires

Documents d'archives
  • Procès-verbal d'arrestation des templiers de la commanderie de Limaye, 24 janvier 1308. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : B 51.

  • Rationnaire de Bernard de Nutrit, clavaire de Pertuis et du Pays d'Aigues, 1299. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : B 1668.

    F° 14 r°.
  • Comptes des fermiers de la seigneurie de La Bastide-des-Jourdans, 1431-1437. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 G 2015.

  • Censier de La Bastide-des-Jourdans, 1375-1378. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 G 2716.

  • Transactions entre le seigneur et les habitants de La Bastide-des-Jourdans, 26 octobre 1388 et 5 février 1428. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 305 E 286.

  • Cartulaire de l'abbaye de Psalmody. Archives départementales du Gard, Nîmes : H 106.

    F° 20 v°-21 r°.
  • Cartulaire du chapitre de Notre-Dame-des-Doms d'Avignon. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : G 553.

    f° 16 v° - 17 r°.
Bibliographie
  • BARATIER, Edouard. La démographie provençale du XIIIe au XVIe siècle. Paris : S.E.V.P.E.N. , 1961, 255 p.

    P. 168.
  • TOURNADRE, Guy de. Histoire du comté de Forcalquier (XIIe siècle). Paris, 1930.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Sauze Elisabeth - Vincent Jean