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ouvrage mixte dit ouvrage de Restefond, de l'organisation défensive de l'Ubaye.

Dossier IA04000010 réalisé en 1991

Fiche

Intérêt stratégique

Mission : en tant que pilier d'ossature de la position de résistance, et de réduit du "nœud" défensif de Restefond, l'ouvrage avait pour missions :

- l'interdiction des cols frontières de Pourriac et de Fer

- le soutien de ses collatéraux les ouvrages de la Moutière, à droite, des Granges Communes à gauche, et l'abri du col de Restefond, appartenant à la P.R.

- le soutien de la position d'avant-postes et des ouvrages du col des Fourches et du Pra.

A l'inverse, l'ouvrage était appuyé par les mortiers de 81 mm des Granges Communes (non posés en 1940), sa gorge flanquée par le jumelage de mitrailleuses de l'abri du Col, et renforcé, en arrière, par de l'artillerie de position mise en place dès le déneigement (entre le 15 juin et le 1er juillet).

Pas d'édifice antérieur sur le site même, bien que cette zone ait été déjà organisée entre 1895 et 1914.

Lors des études préliminaires au programme de réorganisation de la défense de la frontière du sud-est, la Commission de Défense, dans son rapport au Ministre du 12 février 1929, reprend les conceptions adoptées par l'armée des Alpes entre 1895 et 1914 et pose le principe de la création d'un "nœud de Restefond", pendant sud de "barrage de Larche".

Ce "nœud" devait consister en deux ouvrages d'ailes, La Moutière et Granges Communes interdisant les cols du même nom, avec comme "réduit", pour ne pas dire "donjon", l'ouvrage de Restefond. La Commission porte l'organisation d'un centre de résistance dans le programme de première urgence de la zone Briançonnais-Ubaye-Queyras estimé à 62,5 millions.

La C.O.R.F. qui a pris le relais, et sera le maître-d’œuvre du nouveau système, est mise en demeure de fournir, en novembre 1929, les avant-projets sommaires des ouvrages et leur estimation en vue de chiffrer le montant des crédits à demander au Parlement. Aussi, la Direction du Génie de Briançon (lieutenant-colonel Loriferne), délégation locale de la C.O.R.F., adresse-t-elle, le 9 novembre 1929 un dossier collectif de 16 avant-projets du tronçon de front précité – dont celui de Restefond (le plan manque aux Archives centrales à Vincennes, mais un exemplaire existait dans les Archives locales) - en restant dans les limites des 62,5 MF de la Commission de Défense, estimation qui se révèle vite notoirement insuffisante.

Mais la loi du 14 janvier 1930 n'accorde qu'une somme de 204 millions à la frontière du sud-est, inférieure au seuil minimum du possible. Le maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre, saisi de l'affaire et convaincu par un voyage sur place, obtient 158 millions supplémentaires, portant le montant global de la première urgence du sud-est à 362 millions. En tablant sur ces possibilités, le général Belhague adresse au Ministre le 24 décembre 1930 un rapport (n° 4341FA) proposant la répartition des organisations à construire en trois catégories :

1) Ouvrages pouvant être construits en première urgence sur les crédits alloués.

2) Ouvrages ne pouvant être construits sans crédits supplémentaires et à placer en deuxième urgence.

3) Ouvrages ne pouvant être construits sur les crédits alloués, sauf par main d'œuvre militaire, si celle-ci est accordée.

Dans ce rapport, le "nœud de communications" de Restefond figure en première catégorie (compte tenu de la taille et de la complexité de l'ouvrage, il était évidemment impensable d'en confier l'exécution à la main-d’œuvre militaire, celle-ci étant en outre complètement absorbée par ses propres programmes - ouvrages d'avant-postes et ouvrages C.O.R.F. de troisième catégorie, routes etc.) pour 16,7 millions sur l'enveloppe de 62,5 MF du secteur de la Haute-Durance.

Ces propositions sont approuvées par le Ministre (Etat-Major de l'Armée, 3e Bureau) le 26 janvier 1931 (DM n° 214 3/11-1) et intégrées, séance tenante, au programme d'exécution (n° 45IFA du 31 janvier 1931).

Restefond étant porté, seul, pour un montant de 12,4 MF. La voie est enfin libre, mais toute l'année 1930 a été perdue... Le projet technique a été approuvé par DM 2545-2/4-S le 6 juillet 1931. Un projet remanié du 30.11.1932 remontait le degré de protection de 2 à 3.

Les travaux

L'ouvrage est mis en chantier en 1931 ; travaux adjugés, pour les terrassements, aux sociétés de Hulster-Faibie pour la route, les bétonnages et maçonneries aux sociétés Proc. Ciments Français et Debernardy, la centrale électrique à la Compagnie Lilloise des Moteurs etc. Mais, à 2700 m d'altitude, on ne peut guère travailler qu'entre le 1er juillet et le 15 octobre, délai dont il faut défalquer celui nécessaire au nettoyage et à l'organisation des chantiers en début de saison, de repli et de la mise en ordre avant l'hiver, d'où une période utile de trois mois au total. De plus, le cycle annuel des travaux ne manquera pas d'être perturbé par les alertes liées, à partir de 1933, à la tension avec l'Allemagne nazie, et surtout l'arrêt des travaux ordonné fin 1935 par Pierre Laval, sous prétexte d'une détente avec l'Italie : la saison 1936 sera ainsi perdue, celle de 1938 perturbée et celle de 1939 abrégée, dès fin août, par la mobilisation.

C'est un total de vingt-quatre mois de travaux que pourra être réellement consacré au chantier.

C'était trop court. Aussi, à la fin de la saison 1939, sur les 8 blocs prévus (dont le bloc 7 prévu en deuxième urgence) quatre seulement étaient opérationnels (3, 4, 6 et 8) dont 3 "actifs", 3 avaient le gros-œuvre des locaux souterrains et les fouilles faites, mais n'étaient pas coulés (1, 2, et 5). Par contre la centrale électrique, le casernement souterrain et annexes étaient utilisables, mais plus de la moitié de l'artillerie de l'ouvrage manquait, dont les 3 pièces de 75 du bloc 5 et les 2 mortiers de 81 du bloc 2. Ces derniers, d'ailleurs, faute de pouvoir entrer en service avant 1941 - et ceci sans tenir compte de l'arrêt provoqué par la mobilisation de 1939 - avaient été attribués à l'ouvrage de la Vachette, devant Briançon, et dont les travaux avaient commencé le 15 mars 1940...

Armement

L'équipage avait un effectif théorique de 10 officiers, 36 sous-officiers et 317 hommes de troupe (mais en raison de l'absence de trois blocs, il semble que la garnison ne comptait réellement que 216 hommes) appartenant aux 73e B.A.F. (infanterie), 14e Bie du 162e R.A.P. (artillerie), 28e Bon du Génie (transmissions), 4e régiment du Génie (sapeurs mineurs et électromécaniens), le tout sous les ordres du capitaine Gilotte, commandant l'ouvrage. Les approvisionnements en munitions consistaient en 6.019 coups de 75-32,120 + 2880 de 75-31 (stockés à la caserne Pellegrin), 245.000 cartouches de 7,5 mm, 635 obus de 50 mm (sur 8.000 prévus) et 1.500 grenades FI. L'ouvrage est flanqué, à l'arrière, par le JM du bloc 1 de l'abri du col de Restefond, à un peu plus de 500 m donc, à bonne portée. C'est tout ce qui est disponible, comme "appui" réciproque, en juin 1940. Enfin, à proximité de l'ouvrage, se sont déployés, en fonction de la fonte des neiges, les éléments d'artillerie de position suivants : 4 pièces de 155 C. Schneider, 4 pièces de 75 M à la bergerie + 4 autres 500 m au sud, 4 x 155 L modèle 77 de Bange au casernement, 4 x 65 M modèle 1906 au faux col, 4 x 75 M à la barre de la Mauvaise Côte, et 2 x 75 modèle 97 à la Moutière, dans des conditions souvent précaires.

L'ouvrage est relié par câble enterré au réseau téléphonique de forteresse du secteur et par là son artillerie est reliée aux observatoires extérieurs complétant les siens propres.

De 1939 à nos jours

Lors de la campagne franco-italienne, le bloc 6 ouvre le feu le 17 juin et tire 20 coups sur des infiltrations repérées au col de Fer et environs, puis, à nouveau le 21 sur le col de Pourriac et le Pas de la Cavale, et le 23, à nouveau sur Pourriac, les Trois Évêques, le lac d'Agnel, le col de Fer etc. Le 24 juin, à partir de 20 h 30 - à quatre heures de l'armistice - nouveaux tirs nourris sur les mêmes objectifs. A 0 h 35, le 25 juin, le silence tombe sur l'Ubaye...

Même inachevé et incomplet, l'ouvrage a joué un rôle important avec ses trois tubes sous casemate, mais par le fait même, contribua à arrêter les Italiens en avant de la position d'avant-postes donc très en avant de ses barbelés.

En 1944-45, la zone est tenue par nos éléments, mais la neige y paralyse toute activité. Après la guerre des travaux sont exécutés puis, à partir de 1964, l'entretien est réduit, puis suspendu.

A la date de la présente enquête, l'ouvrage se trouve toujours dans le domaine militaire, il est fermé - en principe - et abandonné, mais le trou d'homme de la porte d'entrée ayant été enlevé, toutes les pénétrations et les déprédations sont possibles à l'intérieur.

Prix de revient. La fiche financière établie le 26.4.38 par la chefferie de Gap indique qu'à la date du 1er avril 1938, sur un crédit total de 21.618.900 F, 12.655.900 ont été réglés au titre des travaux exécutés, et 8.963.000 restent à régler pour les travaux encore à faire.

Cette situation a, bien sûr, évolué en fonction de ce qui a pu être fait en 1938 (achèvement du bloc 6) et en 1939.

Une autre fiche d'avancement des travaux (non datée) indique que, pour les "dessous", 90 % des terrassements sont faits, 80 % des maçonneries ; pour les magasins, on est à 100 % et pour les puits, 80 % des fouilles sont terminées et 85 % des maçonneries. Pour les blocs, il reste à finir les fouilles des blocs l, 2 et 5 soit 4.450 m3 sur un total de 14.300 et, évidemment à couler les bétonnages, soit 4.700 m3 sur un total de 8.900 pour l'ouvrage. Or les plus gros blocs (5 et 6) représentent chacun 1.900 m3 de béton armé en protection 3 (le plus gros bloc du nord-est atteint 5.960 m3...).

On notera que les cuirassements et les gros équipements métalliques correspondant aux blocs non construits ont été amenés à pied d'œuvre et, déduction faite de ceux destinés au bloc 1 des Granges Communes, on trouve encore au camp de Restefond ou au col, déposés sur le sol :

- 2 cloches GFM type A 4 créneaux de 17 t en deux parties destinées aux blocs 1 et 2 (cloches C2 n° 16 et 19)

- 1 cloche lance-grenades (pour le bloc 1) avec colonne intérieure et plateforme

- 2 trémies pour mortiers de 81/casemate du bloc 2

- 1 sellete de mortier de 81 (bloc 2) (la seconde a pu ne pas avoir été livrée ou avoir été enlevée après-guerre).

- 2 équipements d'embrasure de canon-obusier de 75-32 de casemate (bloc 5) avec plaque d'embrasure mais sans volets.

- 2 trémies de recueil des douilles et des éléments de sellettes pour les mêmes matériels, 2 goulottes verticales (bloc 5).

- 1 trémie de JM de casemate type 2 (bloc 1).

On ne voit pas, par contre, la destination d'une troisième trémie JM de casemate également déposée sur le terrain.

Description

Situation

Sur la crête de la chaîne nord-sud jalonnée par l'Empeloutier-le Mourre Haut-la Cime des Trois Serrières-la Bonnette, entre le col de Restefond, à gauche, le col de la Bonnette à droite. La chaîne ci-dessus forme ligne de partage des eaux entre la bassin de la Haute-Tinée - donc du Var - qui prend sa source au pied de l'ouvrage, et celui des torrents de la Moutière et de Clapouse, affluents rive gauche de l'Ubaye. Les contreforts de cette chaîne séparent des cols permettant de tourner le barrage défensif de Larche à un envahisseur venant de l'est, ou à un défenseur maître de la position de menacer les axes de progression de l'ennemi. Du point de vue de la géographie militaire, les propriétés stratégiques de ce massif s'apparentent à celles du massif de l'Authion, dans les Alpes-Maritimes en offrant de multiples possibilités de "rayonner" aux forces mobiles : propriétés, donc, à la fois offensives et défensives.

Composition d'ensemble

L'avant-projet sommaire de novembre 1929 prévoyait sur le site de l'ouvrage actuel (sous la crête 2737 m d'altitude) - à contrepente - à l'emplacement de l'entrée actuelle - un bloc d'entrée comportant 3 mortiers de 75 sous casemates à axes divergents tirant, par dessus la crête, respectivement sur le col de Pourriac, les Fourches-col de Fer et la région de Saint-Etienne-de-Tinée.

Au même niveau, mais à l'avant, sous le versant est, une grosse casemate à 3 faces à axes également divergents, regroupant 2 canons obusiers de 75, tirant sur les cols de Pourriac et de Fer, et 4 mitrailleuses dont 3 frontales.

Au-dessus, une cloche observatoire et une cloche FM de défense des dessus, sous-blocs isolés.

Ces organisations étaient greffées sur une infrastructure souterraine consistant en une grande galerie passant sous la crête, avec alvéoles de chaque côté (disposition en "arêtes de poisson"). Il s'agissait, en fait, d'un premier schéma simpliste, tenu déjà dans les limites de l'estimation financière de la C.D.F., véritable carcan qui conditionnera le reste de l'opération et explique, en particulier, que la CORF ait dû, dès janvier 1930, envisager le fractionnement en 3 tranches du seul programme de première urgence, en raison des abattements forfaitaires de crédits opérés par le Ministre avant même le dépôt du projet de loi. On note, sur ce projet, la modestie de l'infrastructure souterraine orientée en outre perpendiculairement au tracé de la ligne de crête, sans chercher à profiter au maximum de la surface de la zone ayant la plus forte couverture verticale. Mais, quoiqu'il en soit, on y trouve déjà à peu près l'essentiel des éléments de l'ouvrage définitif.

Ce premier schéma est transformé en 1931 en "plan de masse" - destiné à permettre au commandement de s'assurer de l'adéquation des dispositions tactiques - puis en "plan d'implantation" en fait plan technique d'exécution. Ces deux stades ont été, bien sûr, soumis à l'examen de la CORF - parfois remaniés à plusieurs reprises - et renvoyés pour exécution revêtus de l'approbation ministérielle.

Tel quel, sa désignation normale est "ouvrage mixte".

Les blocs

S'inscrivant dans un rectangle de 150 x 100 m, coiffant le sommet de l'étroite crête allongée séparant (fig.1h) le col de Restefond du col de la Bonnette, l'ouvrage développe 7 blocs numérotés de 1 à 8 (le n° 7 étant réservé à un bloc-tourelle de deuxième urgence) dont 6 actifs et le traditionnel bloc cheminée (n° 8) des ouvrages du sud-est. Sur les 6 blocs actifs, 3 (n° 3, 4, 6) étaient opérationnels en 1941, les 3 autres (1, 2 et 5) se réduisant à la fouille et aux locaux souterrains.

Le tout alignait, en juin 40 :

- 2 canons-obusiers de 75-32 (sur un total de 4) - portée maxima 12.000 m

- 1 mortier de 75 mle 31 (sur 2 prévus) - portée maxima 6.000 m

- aucun mortier de 81 mle 32 (sur les 2 prévus) - portée maxima 4.000 m

- jumelages de mitrailleuse sous cloche (sur les 3 prévus dont 2 sous cloche et 1 sous casemate)

- 2 FM sous cloche (sur 4 prévus) et 2 FM/casemate (sur 5 prévus)

- 2 mortiers de 50/cloche GFM sur 3, aucun sous cloche spéciale (sur 1 prévu)

- 0 mortier de 50/béton sur 1 prévu.

En fait, une puissance de feu réalisée inférieure à la moitié de celle prévue.

Tourelle ou casemate ?

A ceci s'ajoutent d'autres considérations :

Il est plus que vraisemblable que la CORF a dû longtemps hésiter entre le maintien de l'artillerie en casemates frontales ou l'adoption, en remplacement, d'une tourelle de 75/33 solution qui a finalement prévalu, non loin de là, pour l'ouvrage de Roche la Croix, dont l'artillerie était également prévue en casemate au niveau de l'APS de novembre 1929.

Il est certain - et l'examen détaillé des documents relatifs aux discussions permettent d'y répondre - qu'on a dû mettre en balance le prix de revient de la tourelle à 2 tubes, celui des 2 à 3 tubes envisagées, et le secteur minimum à battre.

Une tourelle de 75/33 - avec 360° de champ de tir - était estimée, à l'époque à 3,92 MF + 250.000 F de frais de transport + l'obligation de réaliser un bloc en protection 4 au lieu de 3, solution donnant la possibilité de battre tout l'horizon et de couvrir les Granges Communes, la Moutière et le vallon de Sestrière, sous réserve de pouvoir passer par dessus la Bonnette et d'obtenir, au-delà, des angles de chute assez grands. Mais on n'avait que deux tubes en tourelle au lieu de six en casemate, dont deux mortiers capables de trajectoires beaucoup plus courbes...

Parmi les variantes du projet, on en trouve une substituant un bloc tourelle modèle non précisé - au bloc 5 de l'ouvrage. Mais, tous éléments confondus, tactiques, techniques et financiers, c'est la solution des 2 casemates frontales qui prévalut. La bonne formule, si les crédits l'avaient: permis, était peut-être de disposer d'une tourelle de 75-32, et d'une casemate frontale pour 2 75-31.

Casemates normales ou cuirassées ?

Quoiqu'il en soit, le choix ayant été arrêté, l'orthodoxie aurait voulu qu'on organisât les casemates frontales, donc très vulnérables au "coup d'embrasure" en "casemates cuirassées" dont huit exemplaires pour canon-obusier de 75 et huit autres pour mortiers de 75 furent effectivement mis en place en Maurienne et dans les Alpes-Maritimes.

Mais les blindages d'une casemate cuirassée coûtaient, en 1931 175.000 F + 2.500 de transport, alors que les embrasures normales de 75-32 et de 75-31 ne revenaient respectivement qu'à 38.000 + 2.000 et 46.000 + 2.500 F, d'où une plus-value totale, pour Restefond, de 809.000 F.

Le terrain s'y prêtant - contrairement au 16 cas cités plus haut - le général Belhague, président de la CORF, se résolut alors le 5 février 1931 à adopter la solution - ou l'expédient - suivant : au lieu d'encastrer les casemates dans la pente du versant est et d'être obligé de les cuirasser, on les plaçait sur le plateau sommital, en retrait de la crête militaire, en en faisant des casemates normales à tir indirect, derrière un masque avec glacis à contrepente et angle de tir minimal de + 15° et maximal de 40° 30'.

De la sorte, les casemates devenaient invisibles - donc beaucoup moins vulnérables - mais du même coup perdaient 19° de l'angle de tir (de + 10° à - 9°) et la possibilité de faire du tir de plein fouet sur l'immense plongée du versant est de la crête de Restefond. En outre, il fallait retrancher de l'économie escomptée le surcoût correspondant à l'obligation de porter l'épaisseur du mur de masque d'1,50 - épaisseur normale de la casemate de flanquement - à 2,75 m, règlementaire pour les casemates frontales, soit 1, 25 m x L 19 m x h 7, 5 m = 178 m3 de béton armé supplémentaires, autrement dit de 100 à 125.000 F de plus par bloc…

Compte tenu de son importance, l'ouvrage est construit en protection n° 3, conformément au projet remanié du 30 novembre 1932, alors que le taux 2 avait été adopté à l'origine. Ceci explique, en partie, l'augmentation de l'estimation passée de 12,4 MF en 1930 à 21,6 en 1938.

Bloc 1

(ex "bloc A") (entrée) : bloc non construit (fig. 2). Implanté le long de la route stratégique d'accès à l'ouvrage (qui, à l'époque ne se prolongeait pas vers Nice par le col de la Bonnette), à contrepente de la crête, et donc complètement défilé par rapport à l'est, il devait donner accès de plain-pied à la galerie principale.

Le projet prévoyait un bloc d'entrée mixte, à un seul niveau, conforme aux plans-types de la note du 3 mai 1930. Précédée d'un' fossé diamant et surmontée d'une visière, la façade était encadrée de deux avant-corps constitués par des caponnières, celle de gauche pour le FM de défense de façade, celle de droite pour un JM sous casemate (trémie 2) prenant obliquement la route d'enfilade en feux croisés avec le JM du bloc 1 de l'abri du col, 500 m au nord.

Dans cette façade s'ouvraient :

- à droite, l'entrée des munitions munie du pont-levis à bascule en dessous standard (pont-levis commandé en 18 exemplaires à la maison Moisant-Laurent-Savey par marché du 28.7.32. Selon des renseignements non vérifiés, l'exemplaire destiné à Restefond aurait été utilisé, après la guerre, pour remplacer celui de l'ouvrage de Castillon, détérioré et irréparable), et donnant accès à un hall de déchargement des camionnettes ou camions. Celui-ci rectangle de 14,5 x 4,25 m était battu, intérieurement, par 2 créneaux FM et desservi à gauche par une porte à vantail blindé étanche assurant la communication avec les autres locaux et l'intérieur de l'ouvrage - à gauche, l'entrée du personnel, avec passerelle rétractable sur le fossé diamant, porte-grille en façade et porte blindée étanche en retrait après un coude à 90°; donnant accès à une galerie enveloppant le hall des munitions et desservant au passage, de gauche à droite : la caponnière de FM, le pied de la cloche FM à 4 créneaux, une chambre pour 2 hommes, le local radio, une caponnière de défense intérieure pour FM, une cloche lance-grenades (elle pouvait battre en tir vertical toute la surface de l'ouvrage avec son mortier de 50 mm. Elle était particulièrement utile pour battre le profond ravin de Restefond descendant vers la Moutière, derrière l'ouvrage. Mais en 1940, le montage d'arme n'étant pas au point, aucune des 75 cloches n'était en service) et ses magasins, et, enfin, la chambre de tir du JM de façade.

La branche gauche de la galerie était dans l'alignement de la galerie de l'ouvrage et était munie d'une voie ferrée de 0,60 scellée dans le radier pour transporter les matériels vers les magasins par wagonnets.

Actuellement, du bloc n'existe que la fouille au fond de laquelle s'ouvre, dans le talus, l'entrée de la galerie souterraine, fermée par une porte blindée, et prolongée jusqu'à la route par un passage couvert en maçonnerie fermé, en façade, par une porte blindée ter A. Ce passage, construit après-guerre, remplace un passage provisoire en tôle cintrée forte établi pour éviter l'enneigement.

Terrassements : 1500 m3. Béton armé : 1500 m3.

Bloc 2

(bloc de 81 mm) non construit (ex bloc B). A l'extrémité gauche de l'ouvrage, et en contrebas de la crête, ce bloc devait abriter 2 mortiers de 75 mm mle 32 destinés à battre le terrain entre la cime de Voga et Bouzieyas et, en particulier, les dessus' de l'ouvrage des Granges Communes et la région des sources de la Tinée. Le champ de tir se recoupe, en partie, avec celui des mortiers de 75.

Ce bloc devait être constitué d'un parallélépipède rectangle de béton armé, prolongé à droite d'un avant-corps abritant une cloche GFM et une caponnière de défense de façade, et formant orillon. Les trois niveaux devaient être reliés par un double puits (escalier et monte-charge accolés) au réseau des locaux souterrains.

Destinée à faire du tir frontal, la façade est est portée à 2,75 m d'épaisseur à l'étage supérieur et précédée d'un fossé diamant à contrescarpe renforcée de 2,25 m. Par contre, la façade arrière, enterrée et non exposée aux coups, n'a qu'1,75 m d'épaisseur, et le flanc droit engagé dans la pente, 1,10 seulement. Cet étage supérieur abritait essentiellement les chambres de tir des deux mortiers, séparées par un refend d'1 m, avec, à droite, le palier supérieur du puits, et, dans l'orillon, une niche blindée avec goulotte lance-grenades de fossé, le pied du puits de la cloche GFM à 4 créneaux (effectivement déposée au camp de Restefond où elle se trouve encore) (N.S.S.N.) et une issue de secours, avec porte blindée type 11 et grille 8 bis, donnant dans le fossé diamant.

L'étage intermédiaire - complètement enterré - et identique en plan à l'étage supérieur, regroupait le soutes à obus de 81 mm - sous les chambres de tir et reliées à celles-ci par norias électromécaniques - une chambre pour 8 hommes (dans l'orillon) et des latrines.

L'étage inférieur, réduit par rapport aux deux autres, ne comporte que le palier du puits et le local TSF et la fosse des latrines.

En 1940, seuls les locaux souterrains et le puits étaient réalisés.

Volume des terrassements: 2000 m3. Béton armé: 1300 m3.

Bloc 3. Vue latérale prise du sud, dans l'alignement des cloches. Au premier plan, cloche JM, derrière, cloche GFM. Au fond, à gauche, sommet du Mourre Haut (2872).Bloc 3. Vue latérale prise du sud, dans l'alignement des cloches. Au premier plan, cloche JM, derrière, cloche GFM. Au fond, à gauche, sommet du Mourre Haut (2872).

Bloc 3

(casemate de mitrailleuse de gauche) Avec son voisin, le bloc 4, ce bloc a été le premier terminé de l'ouvrage, en fonction de la priorité donnée, tout au long de la construction de la ligne Maginot, par l'Etat-Major de l'Armée, au barrage de feux d'infanterie. La décision de placer les JM frontaux sous cloches cuirassées, au lieu de casemates bétonnées, a été prise le 21 octobre 1935 par le général Belhague, président de la CORF.

Enterré à ras de la dalle dans le versant est de la crête, il s'agit d'un bloc frontal de conception conforme aux normes de l'instruction du 28 janvier 1931 "relative à l'organisation des casemates munies de cloches cuirassées pour mitrailleuses" (D.M. n° 342 - 2/4 S du 28 janvier 1931). Ce bloc rectangulaire de 15 x 9 m regroupe à gauche une cloche GFM type A à 3 créneaux (S.S.N.) et une cloche de jumelage de mitrailleuses prenant d'enfilade la gauche du bassin des sources de la Tinée. Une "cloche" de prise d'air émerge de la dalle entre les deux engins ci-dessus, l'absence de façade rendant ce dispositif obligatoire. Protection : murs frontaux et latéraux: 2,75 m - mur arrière : 2,25 m - dalle : 2,50 m. L'intérieur, aveugle, ne comporte qu'un niveau de locaux (PC du bloc, chambre pour 4 hommes, magasin aux obus de 50 mm et dégagements) relié par puits (1,50 x 1,00), avec échelle métallique, à l'infrastructure souterraine de l'ouvrage.

Terrassements: 1.800 m3. Béton armé: 1.000 m3.

Bloc 4. Vue oblique de l'avant. Au premier plan, de gauche à droite, cloche JM, cloche VDP, cloche GFM. A l'arrière gauche, treuil de chantier abandonné.Bloc 4. Vue oblique de l'avant. Au premier plan, de gauche à droite, cloche JM, cloche VDP, cloche GFM. A l'arrière gauche, treuil de chantier abandonné.

Bloc 4

Implanté comme le précédent, 50 m à droite, et orienté au sud-est, il aligne, de gauche à droite une cloche GFM à 3 créneaux (spécialisée en cloche observatoire conjuguée de la cloche VDP voisine, périscope J2), une cloche observatoire VDP et une cloche de JM dont le champ de tir s'ajoute, à droite, à celui de la cloche du bloc 3. Le tout axé sur le bassin des sources de la Tinée s'inscrit dans un rectangle légèrement brisé en dehors de 22 m de front sur 9 m de profondeur, enterré à ras de la dalle. Derrière les cloches émerge une "cloche" de prise d'air (fig.5,6,7,8,9,10).

L'intérieur, constitué d'un seul niveau de locaux, est analogue à celui du bloc 3, avec, en plus, le puits de la cloche observatoire d'artillerie (dotée, normalement, d'un périscope M x 8) et du local des observateurs, relié par téléphone au central de tir du PC artillerie de l'ouvrage, ainsi que les 5 observatoires de campagne extérieurs (la Bonnette, la Pelouse, Cime de Voga, la Tinargue, le Mourre Haut) qui travaillent pour l'artillerie de l'ouvrage.

Terrassements : 2.000 m3. Béton armé : 1.100 m3.

Bloc 5

(casemate d'artillerie). Non construit. Pour mémoire : identique au bloc 6 ci-après. Sa capitale devait converger de 45° avec celle du bloc 6, et donc les champs de tir s'additionner exactement.

Bloc 6. Vue d'ensemble de l'avant. A gauche, embrasures des 2 x 75 C.O. M 32. A droite, embrasure du Mr de 75-31. Remarquer, au premier plan, le glacis à contrepente.Bloc 6. Vue d'ensemble de l'avant. A gauche, embrasures des 2 x 75 C.O. M 32. A droite, embrasure du Mr de 75-31. Remarquer, au premier plan, le glacis à contrepente.

Bloc 6

Casemate d'artillerie, de type frontal, résurgence 1931 des "casemates à feux courbes" de la fortification de 1874 (pour l'analyse de sa conception, voir plus haut). Avec ses trois tubes (2 canons-obusiers de 75 M 32, 1 mortier de 75 M 31) il constitue toute l'artillerie de Restefond opérationnelle en 1940, et un peu moins de la moitié de l'artillerie de l'ouvrage terminé, si celui-ci l'avait été.

D'un point de vue géométrique le bloc dessine, en plan, un rectangle flanqué, à gauche, d'un avant-corps (casemate de 75 M) à axe décalé, lui-même protégé, à gauche, par un orillon abritant une caponnière de FM superposée à l'issue de secours. Façade est couverte par un fossé diamant.

Le bloc renferme :

- un étage supérieur (rez-de-chaussée) abritant les chambres de tir des pièces

- un étage intermédiaire (sous-sol), de plan identique, mais enterré, abritant le PC, la chambre à douilles, une chambre pour 12 hommes.

Le tout, d'un total de 27, 5 m de front sur une profondeur de 15 m est relié par puits (escalier et monte-charge accolés, h. 16,5 m) aux galeries souterraines. Le bloc ne comporte pas de cloche, qui eut cependant été justifiée par la nécessité de battre le plateau sommital, avec, évidemment, le risque de se profiler sur le ciel et de faire repérer le bloc. Cependant, au-dessus, on voit émerger deux petites cloches de prise d'air et d'évacuation d'air vicié.

A l'extérieur, on remarque, à droite, dans un plan de façade unique, les embrasures des deux 75-32 à ébrasement élargi en raison de la surépaisseur du mur (joue droite de l'ébrasement gradinée) et, à gauche, l'avant-corps de la casemate du mortier de 75-31, dont la capitale est décalée de 45° à gauche par rapport à celle des 75-32, les zones d'action des matériels étant différentes, compte tenu de la différence des portées et des courbures de trajectoire.

Bloc 6. Vue rapprochée des embrasures des deux canons obusiers de 75 M 32. A droite, créneau FM.Bloc 6. Vue rapprochée des embrasures des deux canons obusiers de 75 M 32. A droite, créneau FM.

A l'intérieur, on trouve, à l'étage supérieur, à l'extrême droite, le palier supérieur de l'escalier d'accès et du puits du monte-charge, séparé du reste du bloc par un refend percé d'un passage fermé d'une porte blindée. Celle-ci a pour but, en cas de percement des chambres de tir par un coup ennemi, d'éviter que l'explosion des munitions ne se propage, par le puits, aux magasins souterrains et n'entraîne une explosion générale : on n'a pas oublié les accidents du même ordre, dus à des erreurs de conception, qui avaient entraîné, à la bataille de Jutland, la destruction des trois croiseurs de bataille britanniques "Queen Mary", "Indéfatigable" et "Invincible", alors que leurs homologues allemands, même criblés de coups, avaient pu éviter la propagation des explosions jusqu'aux soutes principales, grâce à une meilleure organisation des dispositifs de protection interne. Hauteur du puits: 17, 50 m.

Dans le flanc droit de la casemate du mortier de 75 est ménagé, sous niche blindée, un créneau de FM flanquant la façade des 75-32. A gauche de la pièce, un petit corridor coudé, ménagé dans l'orillon, conduit à un second créneau protégeant la façade du 75-31.

Derrière les 75-32, adossé au mur de fond du bloc, on remarque un alignement d'étagères à cartouches de 75. Bloc 6. Etage supérieur. Etagères à cartouches de 75.Bloc 6. Etage supérieur. Etagères à cartouches de 75.

A l'étage inférieur, selon un plan identique - pour des raisons de solidité de l'édifice - on trouve, de droite à gauche le palier du puits, une chambre pour 12 hommes, la chambre étanche aux douilles, le PC du bloc avec, en plafond le collecteur des douilles du 75-31, et enfin, une petite gaine, ménagée dans l'orillon, et menant à une issue de secours donnant dans le fossé diamant.

Enfin, au niveau des galeries souterraines, on trouve, de part et d'autre de la galerie centrale les alvéoles des magasins à munitions des deux types de pièce (le 75-32 tirait la munition encartouchée du 75 de campagne, tandis que le mortier de 75-31 tire une munition semi-encartouchée à charge divisible, et à douille plus courte : charges, douilles et obus étaient stockés séparément). Dans le local 85 (magasin à munitions des 75-32) on remarque la présence de casiers standards à 50 cartouches et les chariots de manutention (les ouvrages des Alpes n'étaient pas dotés de réseaux de monorails aériens Tourtellier).

Près de l'entrée, niche du tableau divisionnaire du bloc et ventilateur air pur. Au pied du puits du monte-charge on remarque la machinerie du treuil électrique, la machinerie de secours à bras et l'armoire électrique de commande.

L'ensemble est en bon état, à part une certaine humidité des locaux souterrains. En haut du bloc, peintures en bon état. Des accessoires (appareils de pointage, hausses, volants etc.) ont été dérobés sur les affûts des pièces.

Bloc 7

(tourelle de 75 R 05). Bloc de deuxième urgence, non construit. On sait que dès novembre 1932, un bloc tourelle était envisagé. Rejeté en deuxième urgence, il devait prendre place à l'extrémité sud du plateau sommital de l'arête, à 50 m à droite du bloc 6.

Dans son rapport n° 836/S du 5 mai 1936, le colonel Gimpel, chef du service électromécanique du Génie, indique, dans les destinations données aux 16 tourelles à éclipse pour 2 canons de 75 R 1905 commandées en 1912 et 1913 et restées disponibles faute d'avoir pu être installées avant la grande guerre, une tourelle réservée au bloc 7 (ex G) de l'ouvrage de Restefond sans transformation.

La tourelle était un excellent cuirassement qui s'était remarquablement comporté, à Verdun, sous les pires bombardements. Sans avoir, évidemment, la robustesse des engins Maginot, moyennant quelques améliorations, elle pouvait être remployée, en particulier dans des sites moins exposés comme Restefond.

Elle était armée d'un canon de 75, version raccourcie d'1,16 m du tube mle 1897 et dont l'affût, avec un angle de tir maximum de 13°, permettait une portée théorique extrême de 4.875 avec l'obus à balles et 4.680 avec l'obus explosif. Ce canon avait d'ailleurs été repris dans le matériel Maginot sous la désignation de 75 R 1932.

Une des 16 tourelles disponibles après 1918 avait été reprise en 1934, améliorée et modifiée pour pouvoir tirer à + 30° avec une portée de 8.000 m, pour constituer l'armement principal de l'ouvrage du Chenois, à Montmedy. Mais ces améliorations étaient longues et coûteuses (1,2 à 1,4 MF 1935. Délai : un an. A l'origine, 1912-14) l'engin coûtait, seul, 125.000 F or, plus 20.000 F pour les 2 canons et 120.000 F pour les munitions (2.000 coups par pièce) d'où la décision - qu'on peut regretter - de ne pas modifier l'exemplaire réservé, en principe, à Restefond.

Quoiqu'il en soit, l'engin, placé en position dominante, aurait pu battre tout le terrain alentour sur 360° dans un rayon de 4.600 m, plus l'augmentation de portée donnée par la différente de site. De plus, avec la nouvelle gamme de munitions à charges réduites développée après 1914, les angles morts auraient été sensiblement réduits : l'appoint de ces feux aurait été très appréciable pour "couvrir" les Granges Communes, les Fourches - déjà battus par les pièces de casemates, mais surtout le vallon de Sestrière, le col et l'ouvrage de la Moutière, zones pratiquement privées de feux puissants.

Il ne semble pas que le plan détaillé du bloc ait été étudié au-delà du stade de schéma sur le plan d'ensemble, ni que les crédits correspondants aient été mis en place à la chefferie de Gap pour le percement des galeries et le gros-œuvre du bloc.

Néanmoins, l'avenir avait été réservé, en première urgence :

- au tableau de l'usine, on remarque un départ installé avec indication "bloc 7"

- dans la galerie de l'usine, l'espace nécessaire à l'installation du quatrième groupe est réservé

- en bout du tronçon central de la galerie principale, la fouille, brute de roctage se prolonge d'une dizaine de mètres au-delà de l'embranchement de la galerie du bloc 6, amorce de l'antenne du bloc 7.

L'arrière de l'ouvrage. En bas, le long de la route, entrée provisoire de l'ouvrage. Au-dessus, le bloc 8 (cheminée) et à droite, le bloc 6. Vue aérienne prise de l'ouest.L'arrière de l'ouvrage. En bas, le long de la route, entrée provisoire de l'ouvrage. Au-dessus, le bloc 8 (cheminée) et à droite, le bloc 6. Vue aérienne prise de l'ouest.

Bloc 8 (cheminée)

Pour mémoire, simple cube de béton armé protégeant le débouché supérieur du puits d'évacuation des gaz brûlés de l'usine, la cuisine et le chauffage central.

Infrastructure souterraine

Dans l'enveloppe rectangulaire de 150 x 100 ID où s'inscrit l'ouvrage, l'infrastructure souterraine développe, toutes catégories confondues (communications, logements, magasins, locaux techniques), 688 m de galeries et 64 m de puits les reliant aux blocs.

Ces galeries, voûtées en berceau ou en ellipse, se classent en 5 sections, classées en fonction de leur largeur - de 1,00 à 1,20 - 1,50 - 2,50 - 2,50 à 3,00 - 3,50 à 4,00 - pour les communications et le casernement (575 m), 4 sections (2,00 - 2,50 à 3,50 - 3,50 - 4,00 à 4,40) pour les 113 m de magasins.

Les casernements proprement dits, l'usine, les principaux locaux techniques (réservoirs, soutes à obus) étant construits dans les plus grandes sections.

Ces galeries sont construites en maçonnerie, voûtes et piédroits, à l'intérieur d'une fouille percée selon les méthodes traditionnelles, puis l'intervalle entre extrados et fouille recomblé, ensuite, en rocaille bourrée et la face intérieure enduite au mortier.

De plus, le plan au 1I500e du petit atlas du Génie porte, en traits minces, l'indication de locaux supplémentaires non répertoriés, mais correspondant sans doute à des extensions ajoutées tardivement, mais en tout cas non entreprises.

Sans descendre dans les détails, on peut décrire ainsi les grands traits de cette organisation :

- La galerie d'entrée, partant du bloc 1, s'enfonce dans la pente, perpendiculairement aux courbes de niveau selon un alignement droit de 35 m, au bout duquel elle rencontre à angle droit une transversale constituée d'un alignement droit central de 70 m de long prolongé, à chaque extrémité, après un coude, par une branche revenant obliquement vers l'arrière. Pendant les travaux, ces branches se prolongeaient jusqu'à l'extérieur pour former des galeries de service pour la sortie des déblais des fouilles, galeries recomblées ensuite en fin de chantier (celle de gauche, murée avant le puits du bloc 2, paraît n'avoir été fermée à son débouché dans le talus de la route que par un bouchon de rocaille, de manière à pouvoir éventuellement servir d'issue de secours. Au débouché, il a été envisagé de construire un blockhaus d'issue de secours en protection n° 2 avec chicane, porte blindée 1 quater A et créneau FM de caponnière, sous visière : rien n'a été exécuté. C'est par cette galerie que le câble téléphonique enterré pénètre dans l'ouvrage.

La branche de gauche dessert le bloc 2, celle de droite le bloc 6. Locaux souterrains. Casernement. Chambre de troupe.Locaux souterrains. Casernement. Chambre de troupe.

Le casernement est constitué par une galerie à grande section parallèle à la branche centrale de la transversale et à l'est de celle-ci - sous la ligne de crête, donc bénéficiant de la protection maximale. Cette galerie est tronçonnée en chambres (capacité : 107 lits) par des cloisons transversales et reliée à la galerie de circulation par 5 couloirs dont 2 se prolongent vers l'est en antennes pour accéder aux puits des blocs 3 et 4.

Entre l'entrée et la transversale centrale, à droite de la galerie d'entrée et parallèlement à celle-ci on trouve deux grandes galeries, dont l'une abrite l'infirmerie et ses annexes, la cuisine et ses magasins et le chauffage central, et l'autre la centrale électrique, ses réservoirs à gas-oil et à eau de refroidissement, l'atelier, etc. Deux couloirs relient ces galeries entre elles et à la galerie d'entrée. Entre la cuisine et la centrale électrique est situé le puits d'évacuation des gaz brûlés (bloc B).

- A gauche de la galerie d'entrée, une grande galerie se terminant, à l'est, à la transversale centrale, regroupe les réservoirs d'eau, les lavabos et W.C.

Enfin, greffés, à gauche, encore, sur la transversale, s'embranche la galerie est-ouest du bloc 5 desservant en cul-de-sac, à droite et à gauche, les différents locaux à munitions, les puits de l'escalier et du monte-charge. Ces différents locaux ont leur gros-œuvre à peine terminé, les enduits ne sont pas commencés et nombre de cintres en bois et d'étais sont encore posés au sol. L'escalier du bloc (en béton armé) n'a pas été coulé et les fers en attente sortent des parois du puits, dont l'orifice supérieur semble fermé provisoirement par un plancher de madriers. Pour des raisons de commodité, toute la zone des locaux souterrains du bloc 5 est isolée au niveau de la galerie centrale par un mur avec porte en tôle fermant la galerie 5.

- Par ailleurs, les galeries de circulation sont barrées, avant les blocs, par des portes blindées de défense intérieure du type règlementaire avec créneau de fusil mitrailleur percé dans le vantail pivotant. Dans le radier, une voie de 0,60 est scellée permettant le transport du matériel par wagonnets type sud-est poussés à bras.

- Equipement intérieur en place et en assez bon état: mobilier, appareillage, installations électrique, réseau d'eau etc. malgré quelques déprédations et une importante humidité, du moins en été en raison de la condensation de l'air chaud de l'extérieur sur des parois froides.

- La centrale électrique ou "usine" est constituée de 3 groupes électrogènes CLM 408 (4 cylindres) de 80 CV avec alternateur 200 V, disposés en ligne dans une grande galerie avec tableau adossé à la paroi sud. En bout, on trouve le groupe de secours CLM 1 PJ 65 avec génératrice CC et compresseur de rechargement des bouteilles de lancement des groupes principaux. On remarque, par ailleurs, l'emplacement réservé, près de l'entrée, pour l'installation d'un 4e groupe pour augmenter la puissance installée en cas de construction du bloc 7, dont le départ est déjà équipé, en attente, au tableau de distribution.

- A l'est, la salle des groupes (75) se prolonge, isolée par cloison avec porte étanche doublée d'une porte coupe-feu automatique, par la salle des réservoirs à mazout (réservoirs métalliques sur cuve de rétention).

- L'ouvrage ne comporte pas d'installation de filtration de l'air gazé : il est possible que son adjonction ait été envisagée et qu'un local, projeté à gauche de la galerie d'entrée, corresponde à la future salle de neutralisation. Par contre, chaque bloc comporte une ventilation "air pur" puisant dans la galerie l'air venant de l'entrée pour l'insulter dans les différents locaux, avec mise en surpression en période de combat. Les réseaux sont en place, en bon état, avec ventilateurs électriques, ainsi que les réseaux d'extraction d'air vicié qui, dans les blocs, rejettent à l'extérieur par les cloches spéciales évoquées cas par cas.

- Enfin, à noter la présence, sur les dessus, de nombreux vestiges des installations de chantier, dont un treuil.

Conclusion

Edifice important, le plus important du front de l'Ubaye, s'il avait été achevé, et le plus haut (2730 m) de tout le système Maginot. Il constitue une étrange présence humaine dans un paysage désertique, presque désolé, d'une admirable sauvagerie où, précisément, l'homme s'est acharné à faire passer une route de grande liaison, utilisable trois mois par an seulement, rejoignant l'obstination mise par les ingénieurs militaires, et pour d'autres raisons, à construire l'ouvrage.

Possède, intrinsèquement, un vaste potentiel de locaux utilisables sous la réserve de la remise en marche des facilités indispensables : eau, électricité, téléphone, et d'une réflexion sur la rentabilité de l'opération. En attendant, le plus raisonnable serait d'en assurer la fermeture et d'en assurer la protection légale des extérieurs et du site, en liaison avec le Parc National du Mercantour. Ces mesures ne sont ni contraignantes, ni onéreuses, mais seraient à prendre d'urgence. On notera l'intérêt architectural du bloc 6, seul exemple de casemate d'artillerie frontale non cuirassée et à tir indirect de la fortification française 1930-1940, encore armée et équipée de surcroît.

Appellationsouvrage de Restefond, de l'organisation défensive de l'Ubaye
Parties constituantes non étudiéesbloc, souterrain
Dénominationsouvrage mixte
Aire d'étude et cantonAlpes-de-Haute-Provence
AdresseCommune : Jausiers
Lieu-dit : Restefond
Cadastre : 1975 C10 1555

En 1929, la Commission de Défense envisage la création d'un noeud de Restefond, afin d'interdire les cols de Pourriac, de Fer, de la Moutière et des Granges Communes. Les travaux débutent en 1931 et prennent fin en 1939, abrégés par la mobilisation. La longueur du chantier s'explique par les conditions climatiques d'altitude et par l'arrêt provisoire ordonné par le gouvernement en 1935-36. Sur les huit blocs prévus à l'origine, quatre seulement, trois actifs et le bloc-cheminée, sont opérationnels en 1939. Les autres se réduisent à la fouille et aux locaux souterrains. L'ouvrage, bien qu'inachevé et incomplet, participe à la campagne franco-italienne de juin 1940. Après la guerre, l'entrée, dont le bloc n'a jamais été construit, se voit précédée d'un passage.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle

Installé sur le sommet d'une crête, l'ouvrage développe des blocs, avant-postes reliés par des puits à une infrastructure souterraine. L'entrée de la galerie souterraine est prolongée par un passage maçonné de plain-pied avec la route. Deux des blocs sont des parallépipèdes de béton surmontés de cloches cuirassées. Un troisième bloc s'élève sur deux niveaux, un rez-de-chaussée et un sous-sol. Le petit bloc de cheminée est en béton armé. L'infrastructure souterraine se compose de galeries maçonnées, voûtées en berceau, de chambres et de locaux techniques.

Murspierre moellon
béton béton armé
Toitbéton en couverture
Étagesen rez-de-chaussée, sous-sol
Couvrementsvoûte en berceau plein-cintre
Typologiescloche cuirassée

On notera l'intérêt architectural du bloc 6, seul exemple de casemate d'artillerie frontale non cuirassée et à tir indirect de la fortification française 1930-1940, encore armée et équipée de surcroît.

Statut de la propriétépropriété publique
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Truttmann Philippe
Truttmann Philippe (1934 - 2007)

Lieutenant-colonel du génie, docteur en histoire. Chargé de cours à l'École supérieure du génie de Versailles, Yvelines.

Expert en architecture militaire auprès de l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Réalise de 1986 à 1996 l’étude de l’architecture militaire (16e-20e siècles) de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur : départements des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, partie des Alpes-Maritimes, ensemble des îles d’Hyères dans le Var.

Principales publications : La Muraille de France ou la ligne Maginot (1988)

Les derniers châteaux-forts, les prolongements de la fortification médiévale en France, 1634-1914 (1993)

La barrière de fer, l'architecture des forts du général Séré de Rivières, 1872-1914 (2000)


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- Faure-Vincent David