Dossier IA06000028 | Réalisé par
Truttmann Philippe
Truttmann Philippe

Lieutenant-colonel du génie, docteur en histoire. Chargé de cours à l'École supérieure du génie de Versailles, Yvelines.

Expert en architecture militaire auprès de l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Réalise de 1986 à 1996 l’étude de l’architecture militaire (16e-20e siècles) de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur : départements des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, partie des Alpes-Maritimes, ensemble des îles d’Hyères dans le Var.

Principales publications : La Muraille de France ou la ligne Maginot (1988)

Les derniers châteaux-forts, les prolongements de la fortification médiévale en France, 1634-1914 (1993)

La barrière de fer, l'architecture des forts du général Séré de Rivières, 1872-1914 (2000)

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ouvrage mixte dit ouvrage de Flaut, secteur fortifié des Alpes-Maritimes
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Alpes-Maritimes - Roquebillière
  • Commune La Bollène-Vésubie
  • Lieu-dit près de Flaut
  • Cadastre B 182
  • Précisions oeuvre située en partie sur la commune Belvédère
  • Dénominations
    ouvrage mixte
  • Appellations
    ouvrage de Flaut, du secteur fortifié des Alpes-Maritimes
  • Parties constituantes non étudiées
    ouvrage d'entrée, bloc, souterrain

Intérêt stratégique

Classification : important ouvrage mixte type CORF, pilier d'ossature de la position de résistance des Alpes-Maritimes, ayant comme mission principale le barrage, en liaison avec l'ouvrage voisin de Gordolon, du couloir de la Vésubie.

Le premier rapport de la C.D.F. (n° 171/F du 6 novembre 1926) restait, pour la frontière du sud-est, dans les généralités en se réservant une étude approfondie ultérieure.

Mais devant la montée de la tension politique avec l'Italie fasciste, et l'attitude provocante de Mussolini, on élabora un « programme réduit de défense de Nice », comprenant, en particulier, le barrage de la Tinée par un verrou à établir à Rimplas, et celui de la Vésubie par un verrou à créer à Flaut. Les études de projets furent entreprises, mais si les premiers travaux commencèrent effectivement à Rimplas en 1928, il ne semble pas que quelque chose de concret ait été exécuté à Flaut, hormis des levers topographiques.

Mais la C.D.F. poursuivait ses propres études, et la défense des Alpes fit l'objet d'un second rapport détaillé (n° 25 FA) adressé le 12 février 1929 au ministre. La nouvelle organisation défensive de la frontière du Sud-Est intégrait le «programme réduit de défense de Nice» dans le «programme restreint de défense des Alpes », lui-même premier stade du « programme d'ensemble ».

Ces propositions approuvées par le ministre, un premier avant-projet sommaire du futur ouvrage de Flaut fut élaboré par la direction des travaux de fortification de Nice en 1929. Ce projet consistait en deux grosses casemates à canons et mortiers, distantes de 150 m, prenant d'enfilade la Vésubie d'une part, et se flanquant mutuellement d'autre part.

Ces casemates sont raccordées par des puits de 18 m à une galerie souterraine de jonction se prolongeant à l'arrière par une galerie d'accès de 75 m venant de l'entrée. Sur ces galeries sont greffées des alvéoles abritant casernements et magasins. Garnison estimée: 3 officiers - 93 sous-officiers et soldats.

La modicité des crédits alloués à la frontière du Sud-Est dans la loi-programme du 14 janvier 1930 (204 MF + une rallonge de 158 MF soit 362 MF pour une estimation totale de 700 MF) oblige le général Bellague, président de la CORF, à fractionner le programme en trois catégories:

1) ouvrages pouvant être réalisés avec les crédits disponibles

2) ouvrages pouvant être éventuellement réalisés par main-d’œuvre militaire, si celle-ci était accordée

3) Ouvrages ne pouvant être réalisés sans allocations supplémentaires.

En tant que «pilier d'ossature », l'ouvrage de Flaut figure parmi la catégorie prioritaire. Ces propositions ayant été approuvées en janvier 1931, le «programme restreint» est arrêté, et les travaux peuvent commencer.

Le projet de l'ouvrage est approuvé par DM 2894 2/4 S du 17 août 1931, 3075 2/4 S au 1er septembre 1931 et 7332 2/4 S du 10 novembre 1934 (cette dernière concernant le tracé du réseau de barbelés). Il comprend 5 blocs (4 blocs casemates et une entrée) dont les plans seront eux-mêmes approuvés par DM 729 2/4 S du 17 février 1932, 1892 2/4 du 7 mai 1932 et 4354 2/4 S du 6 octobre 1932. Un sixième bloc (tourelle à éclipse de 75 mm) est réservé en deuxième urgence, et ne sera pas construit. La numérotation des blocs, désignés provisoirement à l'origine par « entrée », A, A bis, C et D a été envoyée à l'approbation le 10 avril 1936.

Les travaux vont se poursuivre jusqu'en 1939, avec une interruption d'une saison, en 1936, sur ordre du président du conseil Pierre Laval. En 1937, l'essentiel était réalisé et l'armement en place, mais de nombreux travaux restaient à faire (aménagement des dessus, réseau barbelé, cuisine des officiers, atelier de réparation, camouflage, locaux de décontamination etc.) et seront réalisés à la veille de la guerre.

Selon un état du 1er janvier 1937, la dépense totale est estimée à 23, 3 MF, dont 17, 5 de construction.

La garnison théorique est fixée à 5 officiers, 28 sous-officiers, 268 hommes de rang (en 1940 : 354) commandés par le lieutenant Duvernay, avec le lieutenant Nardi comme commandant de l'artillerie. Elle est fournie, pour l'infanterie, par le 94e BAF et pour l'artillerie par les 158 et 167e RAP, plus une cinquantaine de sapeurs du génie (électromécaniciens, mineurs, télégraphistes etc.).

Pendant la phase active des opérations, entre le 10 et le 25 juin 1940, c'est essentiellement avec son artillerie que l'ouvrage participe aux combats en agissant sur les poussées italiennes dans la vallée de la Gordolasque.

Pendant l'occupation, les Italiens se livreront à des prélèvements et, en particulier, à l'enlèvement des 2 canons de 75 M 33 du bloc 3. Après la guerre, l'ouvrage est remis en état et entretenu jusqu'à son abandon, puis sa remise aux Domaines pour aliénation.

Analyse architecturale

Ouvrage reconnu. Partiellement visité seulement compte tenu de l'absence d'éclairage, du nombre et de la hauteur des puits.

Situation

Vue arrière du site prise depuis le village de Bollène-Vésubie.Vue arrière du site prise depuis le village de Bollène-Vésubie.Sur le replat inférieur d'un contrefort est-ouest de la Cime du Tuor, bordé à l'avant par la vallée de la Gordolasque et, à l'arrière, par celle du ruisseau de la Planchette, il domine, à l'est (rive gauche) de 120 m la vallée de la Vésubie.

L'ouvrage s'inscrit dans un rectangle de 400 m x 200 m, orienté est-ouest, coiffant le plateau. Les 5 blocs (3 à droite, 2 à l'extrême gauche) sont greffés sur une infrastructure de galeries souterraines.

Composition d'ensemble

En partant de l'entrée B1, à contrepente et à l'angle arrière droit, la galerie principale part de plain-pied vers le nord pour aboutir 150 m plus loin, au pied du puits du bloc 3. Elle dessert latéralement au passage des alvéoles perpendiculaires renfermant d'arrière en avant: à droite: la salle de neutralisation (ventilation gazée), la galerie d'accès au bloc 2, la cuisine, la centrale électrique, les réservoirs à mazout et à eau de refroidissement, et les trois couloirs d'accès aux trois galeries du casernement, ces dernières parallèles à la circulation principale. A gauche, de même, on trouve un garage à wagonnets, l'atelier de réparation artillerie-génie, les magasins aux vivres, et les réservoirs d'eau de consommation.

A mi-longueur, juste avant le premier couloir d'accès au casernement, s'embranche à gauche une autre galerie principale de 350 m conduisant au bloc 5 et desservant, au passage, le bloc 4 et la galerie d'égout sur laquelle est greffé le puits à gravier de l'issue de secours secrète.

Voûtées en plein-cintre ou en anse de panier, les galeries ont 2 m de large x 3, 20 m sous clef pour les circulations principales et 4 x 4 m pour les alvéoles les plus importantes. Les galeries principales sont dotées d'une voie ferrée de 0, 60 m scellée dans le radier (wagonnets type Sud-Est poussés à bras, essentiellement destinés au transport des munitions: capacité 400 à 600 kg suivant qu'il s'agit du modèle « allégé » ou « normal »).

Le long des murs, enduits au mortier de ciment étanche, courent les câbles électriques et téléphoniques.

Parmi les éléments principaux des locaux souterrains, on notera :

Centrale électrique. Vue prise de la galerie principale de l'ouvrage.Centrale électrique. Vue prise de la galerie principale de l'ouvrage.- La centrale électrique ou « usine» (local 8) voûtée en plein-cintre, avec trois groupes électrogènes diesel S.M.I.M. 6 cylindres, dont les équipements (tableaux de couplage et de distribution, bouteilles de lancement ventilation, réservoirs journaliers) sont encore en place, mais souvent détériorés ou pillés par vandalisme (alvéole de 4, 25 m x 22 m de long - hsp : 4 m). On remarque, scellé dans la voûte, le fer 1 du chemin de roulement du palan mobile : disposition vicieuse en raison de la fragilité de la génératrice de la voûte. Ce fer devrait être porté par des cintres portant sur les piédroits.

Cuisine d'ouvrage.Cuisine d'ouvrage.- La cuisine (local 5) avec cuisinière à charbon transformée au fioul avec 3 marmites rectangulaires, four et plaque de cuisson en bout, hotte et gaine d'extraction. Sol carrelé bicolore, bacs à plonge en ciment armé etc.

- La salle de neutralisation (local 1) à 2 batteries de 6 filtres indépendantes en parallèle, en assez bon état (alvéole de 3, 50 x 17, 50 m - hsp : 3, 20 m).

- La caserne : constituée de trois tronçons de galeries de 3, 25 m de large x 50 m de long, desservis par trois couloirs perpendiculaires, et séparés par des massifs de roc naturel de 13 m d'épaisseur. Ces galeries sont fractionnées par des cloisons en chambres de troupe (4 x 24 hommes + une de 28), sous-officiers, officiers, infirmerie, central téléphonique, P.C. d'ouvrage etc.

La literie de la troupe était constituée, par raison d'économie, par des lits de casemate à 4 places modèle 1876 récupérés dans les forts d'avant 1914 : des éléments démontés subsistent empilés dans un des locaux.

Caserne. Chambre d'officier. Peinture murale.Caserne. Chambre d'officier. Peinture murale.Dans une chambre d'officier, on remarque une peinture murale visant à égayer l'austérité du local.

On notera, en outre, pour mémoire, au pied de chaque bloc, et isolés de la galerie par le sas règlementaire, les locaux de l'étage inférieur (machinerie du monte-charge, ventilateur air pur, magasins M2 du bloc 4 etc.)

- Les blocs : ils sont tous en béton armé et traités en protection n° 3.

Bloc 1

Bloc 1 (entrée). Vue d'ensemble.Bloc 1 (entrée). Vue d'ensemble.Entrée de l'ouvrage et de plain-pied avec la galerie, il s'ouvre dans la contrepente sud du mouvement de terrain, et à 40 m en contrebas de la ligne de crête donc complètement défilé aux vues de l'avant. Il se situe en bout de la route militaire d'accès, en bordure d'une vaste plateforme constituée par les déblais extraits lors du percement des galeries. Le bloc a ses locaux répartis sur deux niveaux, rez-de-chaussée et sous-sol. Le mur extérieur côté est, non exposé aux coups, est réduit à 1,50 m d'épaisseur.

Dispositions générales conformes aux spécifications de la note du 3 mai 1930 et additif n° 1 (entrée type mixte à ravitaillement par camions). Plan de façade en tracé pseudo-bastionné, avec courtine brisée en dehors encadrée de deux avant-corps avec créneaux en caponnière dans les flancs. La façade, protégée par une visière portant les 9 potences-supports de l'antenne radio (disparue) est précédée d'un fossé diamant.

Au rez-de-chaussée, vues de l'extérieur :

- à gauche, entrée des matériels avec pont-levis (fabrication Moissant, Laurent et Savez à Paris, marché du 26 septembre 1932) flanquée à gauche par un créneau FM et donnant accès à un hall coudé à gauche

- à droite, entrée des personnels, avec, en façade une porte-grille pivotante 9 quater précédant, après un coude de 90° à droite, une porte blindée étanche type 4 quater A et flanquée, à droite, par un créneau de JM de casemate sous trémie n° 2.

Ce créneau, battant la plateforme devant le bloc et une partie de la route d'accès, avait été retenu par DM 235 16/EMA du 20 janvier 1938 pour recevoir une des 5 armes mixtes de casemate affectées au S.F.A.M. : le logement du birail porteur de l'arme est visible dans le bloc, au-dessus du créneau (fig. 9). Mais on sait qu'en 1940, le prototype du matériel était seulement en expérimentation et aucune arme ne fut livrée.

Comme autres particularités, on trouve :

- dans l'avant-corps de droite, une cloche GFM type A, grand modèle en deux parties (17 t.) à 5 créneaux (1 N - 2 S - 2 Exc.) assurant la surveillance et la défense des dessus et des abords; dans la face sud-est de ce même avant-corps, un créneau FM tire dans le vallon de la Planchette

- dans l'avant-corps de gauche, une cloche lance-grenades (fig. 10), mais dont on sait qu'elle n'était pas armée en 1940, le mortier de 50 n'étant pas encore au point

- dans l'épaisseur de l'angle saillant de cet avant-corps, se trouve la gaine de sortie de l'air chaud de l'aérorefroidisseur.

En fond du hall d'entrée, la galerie est fermée par une porte blindée étanche roulante type B doublée, 25 m plus loin, par une porte étanche non blindée, à deux vantaux pivotants, formant sas avec la première.

A l'arrière de la dalle du bloc, le terrain naturel est soutenu par un massif de béton cyclopéen incliné à 5/4, surmonté d'un perré en pierres sèches adossé à un matelas de rocaille le tout protégeant le raccordement du massif du bloc à la tête de la galerie.

En sous-sol (accès par trappe et échelle depuis le rez-de-chaussée) on trouve essentiellement l'aérorefroidisseur, la chambre du personnel du corps de garde et un magasin des transmissions, plus des passages de gaines techniques. (On imagine mal les soldats parvenant à dormir dans le bruit produit par le moteur et le ventilateur de l'aérorefroidisseur !).

Bloc 2

Implanté également à contrepente, il abrite deux mortiers de 81 mm modèle 32 de casemate tirant en action frontale par dessus la crête sur les pentes nord et dans le vallon de la Gordolasque avec des orientations parallèles à celles des canons de 75 du bloc 3.

On peut dire que c'est la configuration du terrain d'emprise du bloc 3 qui a contraint d'en dissocier les mortiers de 81 et de créer un bloc spécial pour ceux-ci. (Dans le Sud-Est, et dans le cas de blocs d'artillerie tirant en flanquement, on s'arrangeait souvent à loger les mortiers de 81 - à tir vertical - sous les pièces à tir tendu, chaque fois que les champs de tir étaient les mêmes).

Relié à la galerie par puits carré, avec escalier et monte-charge de 22 m de haut, le bloc représente un parallélépipède rectangle de 13 x 8, 5 m (fossé diamant non compris) enfoncé dans le sol jusqu'à la dalle, dont seule la face nord est apparente et bordée par un fossé diamant de 6 m de profondeur et 2 m de large dans lequel débouchent les embrasures.

Les parois est et sud, non exposées aux coups, sont épaisses d'1,50 m seulement.

Le volume intérieur est divisé en deux niveaux :

- un étage inférieur aveugle, constituant le magasin à munitions M2 (800 coups selon un plan, 3200 selon un autre : la dotation type sud-est étant de 1500 coups par mortier)

- un étage supérieur constitué par la chambre de tir des deux pièces.

Le bloc comporte, en outre, émergeant de la dalle, une cloche GFM grand modèle, à 5 créneaux (n° 2) assurant la surveillance et la défense des abords.

Bloc 3

Situé 150 m au nord du bloc d'entrée, encastré dans le versant nord de la crête, il constitue l'organe le plus puissant de l'ouvrage, et correspond à la grosse casemate de droite du projet initial dont on aurait disjoint les mortiers du bloc 2 pour des raisons de dispersion et d'emprise de terrain.

Bloc 3. Vue oblique de la façade nord. A droite, casemates cuirassées des 75/33. Au fond, au-dessus, cloche observatoire VDP. Au milieu, créneau FM de défense de façade. En dessus, issue de secours.Bloc 3. Vue oblique de la façade nord. A droite, casemates cuirassées des 75/33. Au fond, au-dessus, cloche observatoire VDP. Au milieu, créneau FM de défense de façade. En dessus, issue de secours.

D'un plan assez complexe, c'est d'abord une casemate d'artillerie d'action frontale à deux canons obusiers de 76 mm modèle 33 sous casemates cuirassées accolés et orientés au nord-est, prenant d'enfilade la Vésubie (champ de tir: 50 g à droite de la direction de la Colmiane).

Traité en protection 3, il a cependant son mur arrière non exposé aux coups, réduit à 1, 50 m d'épaisseur. Il est relié aux galeries par un puits carré de 4, 25 m de côté, avec escalier tournant autour d'un monte-charge électrique de 49 m de haut entre radier de galerie et sol de l'étage supérieur. Compte tenu de la hauteur du puits, de la vitesse du monte-charge et du débit des c.o., on a été contraint de creuser un étage intermédiaire pour les magasins M2, à 27 m au-dessus des galeries, afin d'éviter une rupture de l'approvisionnement en munitions en cas de tir continu.

Le bloc comporte deux étages de locaux à plan identique et séparés par un plancher d'1 m. La façade nord - active -, seule dégagée, est précédée d'un fossé diamant, fermé à droite par un retour de façade formant orillon.

A l'étage supérieur on trouve, de gauche à droite :

- le local commun aux cloches JM 3 et FM 1, les chambres de tir des deux canons-obusiers et, dans l'orillon, le local commun à la cloche JM 2 et à la cloche observatoire avec la salle de travail des observatoires

- un créneau FM de casemate, sous niche blindée, avec périscope horizontal et goulotte lance-grenades assure le flanquement de la façade et du fossé diamant. Derrière, on trouve le couloir général, la recette supérieure du monte-charge et la cloche FM 2.

A l'étage inférieur, on trouve 12 couchages pour personnel de service, les chambres à douilles vides (sous les chambres de tir), les latrines et, dans l'orillon, la salle de neutralisation « air gazé» du bloc avec 6 filtres. Le monte-charge comporte, là aussi, un arrêt. Dans l'orillon, sous le créneau FM, s'ouvre, dans le fossé diamant, une issue de secours de 0, 70 x 0, 70 avec grille n° 8 et porte blindée étanche n° 11.

Enfin, de la dalle dépassent 5 cloches cuirassées accessibles par puits depuis l'étage supérieur, soit : Bloc 3. Dessus. Vue prise vers le nord-ouest.Bloc 3. Dessus. Vue prise vers le nord-ouest.

- 2 cloches JM (n° 3 (fig. 12) et 2) assurant les feux d'infanterie d'action frontale à axes divergents

- 2 cloches GFM (fig. 13) (n° 1 et 2) à 5 créneaux assurant la surveillance et la défense des dessus et des abords. La cloche n° 2 est en outre organisée en cloche observatoire conjuguée avec la cloche VDP

- 1 cloche observatoire VDP, à droite, assurant la direction du tir des C. 075 (les cloches GFM et JM sont du type A, GM en deux parties)

- 2 cloches, ou « champignons », de prise d'air, l'une d'aspiration de la ventilation gazée, l'autre pour l'échappement de l'air vicié : cette disposition correspond au souci de ne pas ménager d'orifice supplémentaire dans les parois d'un bloc d'action frontale exposé aux coups, l'alimentation en air pur se faisant par aspiration dans la galerie de l'ouvrage, au pied du puits.

Bloc 3. Dessus. Au premier plan, cloche JM 3. Derrière, au centre, cloche de prise d'air encadrée à droite par la cloche GFM 1 et, à gauche, la cloche GFM 2.Bloc 3. Dessus. Au premier plan, cloche JM 3. Derrière, au centre, cloche de prise d'air encadrée à droite par la cloche GFM 1 et, à gauche, la cloche GFM 2.

On notera que 5 cloches cuirassées pour un seul bloc constituent un cas assez rare, mais les cloches JM correspondent, en fait, aux créneaux de mitrailleuses de l'APS initial et que leur orientation beaucoup trop exposée à conduit à placer sous cuirassement, permettant, du même coup, de ne pas allonger la façade du bloc.

A l'extrémité ouest du plateau d'emprise de l'ouvrage, dominant la Vésubie, et à 200 m à gauche des trois blocs précédents, les blocs 4 et 5 représentent, séparés, la grosse casemate de gauche de l'APS initial.

Bloc 4

Bloc 4. Vue générale.Bloc 4. Vue générale.Plan s'apparentant à celui de la casemate de Bourges1 flanquant à droite. L'intérieur se compose de trois niveaux séparés par plancher de 0, 50 m d'épaisseur et desservis par un puits de 21 m avec monte-charge. Chaque élément de façade est protégé par un tronçon de fossé diamant et une visière.

- A l'étage inférieur: les magasins à munitions et une latrine.

- A l'étage, on trouve: 2 mortiers de 81 (toujours en place) (fig. 15-16) dont les embrasures sont défilées par la contrescarpe du fossé diamant et sont orientées au nord-est pour battre le vallon de la Gordolasque en croisant leur tir avec les pièces du bloc 2 ; à l'avant, dans l'orillon, une issue de secours, fermée par une porte-grille 8 bis A et une porte blindée étanche 11 A, permet de sortir dans le fossé diamant.

- A l'étage supérieur, dans l'orillon: 1 cloche JM (1), 2 créneaux FM en caponnière et un JM (n° 5) sous casemate (trémie type 2) flanquant l'intervalle vers les blocs de droite. Chaque créneau est complété par une gaine de périscope horizontale et une goulotte lance-grenades. A côté du créneau JM est réservée une gaine optique orientée vers le blockhaus de la Pointe des 3 Communes.

Au centre du bloc, une cloche GFM type A, GM en deux parties, à 5 créneaux (4 N 1 E) assure la surveillance des dessus et la défense rapprochée.

Bloc 5

A 50 m à l'ouest du précédent, à deux niveaux séparés par plancher de 0, 50 m et desservi par un puits de 27 m, est la combinaison d'un bloc observatoire cuirassé et d'une casemate de mitrailleuses flanquant vers Gordolon. Seule la face sud-est, brisée en dedans, est dégagée, avec fossé diamant et visière.

A l'étage inférieur, aveugle, on trouve 6 couchettes pour la fraction de service de l'équipage, le ventilateur et une latrine.

A l'étage supérieur, les pieds de puits des 2 cloches émergeant de la dalle: 1 cloche observatoire d'artillerie V.D.P. et 1 cloche GFM type A (GM en 2 parties, à 5 créneaux) assurant à la fois la surveillance et la défense des dessus, et la mission d'observatoire conjuguée avec la V.D.P

Dans la visière sont scellées les potences-supports de l'antenne radio (enlevée) et, en outre, dans les parois étaient prévues 4 gaines optiques orientées vers la tête de Sirvol, le bloc A de l'ouvrage de Gordolon, la tête d'Alberas et la Madone d'Utelle.

La façade sud-est, brisée en dedans, comporte dans l'aile gauche un créneau type 2 pour JM flanquant vers Gordolon. Dans l'aile droite, créneau FM de défense de façade. Ces deux créneaux rejettent leurs douilles dans le fossé diamant et sont complétés chacun par une gaine de périscope horizontal et une goulotte lance-grenades.

Bloc 6, non construit (ajourné en deux cycles).

L'emploi d'une tourelle fut envisagé lors de l'étude des projets définitifs, dans plusieurs hypothèses, entre autres pour l'artillerie d'action frontale (comme à Roche la Croix). Mais la solution des casemates cuirassées - moins chères - fut finalement retenue, malgré un champ de tir de 50 g au lieu des 400 g de la tourelle. Un bloc 6, pour tourelle de 75 R 32, fut cependant gardé en deuxième urgence et figure sur le schéma inclus dans un « carnet de secteur» : ce bloc se serait situé en crête, à peu près à mi-chemin entre les blocs 3 et 4.

On notera que l'ouvrage était alimenté en eau par une station élévatoire, située à l'arrière, en contrebas, dans le vallon de la Planchette.

Enfin, on remarque, à l'extrémité ouest de la plateforme d'entrée, au-dessus et le long de la route deux bâtiments subsistant du casernement de sûreté, très bien construits, mais dégradés par le vandalisme et un demi-siècle d'abandon. Ces bâtiments pourraient être remis en état et rendus à leur destination normale d'habitat.

Bâtiment du casernement de sûreté.Bâtiment du casernement de sûreté.

Conclusion

Ensemble important qui, il y a peu de temps, était encore en excellent état.

Actuellement (septembre 1993) en cours d'aliénation, sans qu'on sache quel usage en fera l'acquéreur. Bien desservi par une bonne route, situé non loin de la vallée de la Vésubie et d'agglomérations vivaces, dans un terrain relativement peu accidenté, il est intéressant sans toutefois présenter de particularités de site ou d'architecture de premier intérêt.

1La casemate de Bourges est inventée par le Commandant du Génie Laurent en 1885, elle sera expérimentée et adoptée à Bourges en 1899. Son emplacement se situe dans les flancs des ouvrages pour être dissimulée aux yeux de l’ennemi, assurant le rôle de flanquement pour défendre les abords de l’ouvrage et des intervalles.

Dans le programme réduit de défense de Nice, on songe à créer à Flaut un verrou pour protéger la vallée de la Vésubie. On élabore un avant-projet en 1929. L'ouvrage est classé comme prioritaire. Les travaux durent jusqu'en 1939. En juin 1940, l'ouvrage participe aux combats en agissant sur la vallée de la Gordolasque.

L'ouvrage consiste en cinq blocs bétonnés greffés sur une infrastructure de galeries souterraines. Celles-ci, voûtées en plein-cintre ou en anse de panier, desservent des locaux renfermant des moyens logistiques, dont une caserne, une centrale electrique et une cuisine. Chaque bloc est surmonté de cloches cuirassées. L'un en possède cinq ; il est élevé sur deux niveaux. Le bloc d'entrée est de plain-pied avec la galerie. Le plan de sa façade est en tracé pseudo-bastionné. Il s'élève sur deux niveaux - rez-de-chaussée et sous-sol - et est doté de deux cloches.

  • Murs
    • béton béton armé
  • Étages
    rez-de-chaussée, sous-sol
  • Couvrements
    • voûte en berceau plein-cintre
    • voûte en berceau en anse-de-panier
  • Typologies
    cloche cuirassée
  • Techniques
    • peinture
  • Représentations
    • sujet profane
  • Statut de la propriété
    propriété publique
Date d'enquête 1994 ; Dernière mise à jour en 1997
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Truttmann Philippe
Truttmann Philippe

Lieutenant-colonel du génie, docteur en histoire. Chargé de cours à l'École supérieure du génie de Versailles, Yvelines.

Expert en architecture militaire auprès de l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Réalise de 1986 à 1996 l’étude de l’architecture militaire (16e-20e siècles) de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur : départements des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, partie des Alpes-Maritimes, ensemble des îles d’Hyères dans le Var.

Principales publications : La Muraille de France ou la ligne Maginot (1988)

Les derniers châteaux-forts, les prolongements de la fortification médiévale en France, 1634-1914 (1993)

La barrière de fer, l'architecture des forts du général Séré de Rivières, 1872-1914 (2000)

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