Dossier d’œuvre architecture IA06002614 | Réalisé par
Aliotti Jean-Marc (Enquêteur)
Aliotti Jean-Marc

Architecte du patrimoine. Prestataire extérieur pour l'opération de repérage du patrimoine de la villégiature de Menton en 2013-2014, de Beausoleil (06) et de Roquebrune-Cap Martin (06) en 2016 et 2017, de Nice en 2017.

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  • recensement du patrimoine balnéaire
Hôtel de voyageurs dit Winter-Palace, actuellement immeuble
Copyright
  • (c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Menton
  • Commune Menton
  • Lieu-dit les Vignasses
  • Adresse 20bis avenue Riviera
  • Cadastre 2013 BI 337
  • Dénominations
    hôtel de voyageurs
  • Appellations
    Winter-Palace
  • Destinations
    immeuble
  • Parties constituantes non étudiées
    jardin d'agrément, garage

HISTORIQUE

Le Winter-Palace a été construit en 1901 par l'architecte Albert Tournaire (1862-1958) pour la Société de l'hôtel des Iles britanniques, constituée en 1894 par la famille Rosnoblet, sur un terrain qui leur appartenait sur la colline des Vignasses, tout proche du Riviera Palace qui avait été édifié en 1898 par l'hôtelier Joseph Widmer avec lequel il entre directement en concurrence. Né à Nice, Albert Tournaire, Grand Prix de Rome en 1888, a mené une brillante carrière parisienne. Auteur de la villa Arnaga pour l'écrivain Edmond Rostand à Cambo-les-Bains (64), le Winter-Palace est le seul hôtel qu'il ait réalisé. L'hôtel ouvre le 1er janvier 1903. Sur une publicité de 1913, l'hôtel est dirigé par Maurice Prével. Il est ouvert de décembre à mai et propose 220 chambres équipées de salles de bains et de cabinets de toilette "modernes", accessibles par ascenseur, chauffées et éclairées à l'électricité. Les espaces de convivialité sont nombreux - grand salon, salon de lecture, salon de dames, fumoir, bar, billards etc... - animés par un orchestre lors de tea-concert. Un garage pour les automobiles est prévu ainsi que des courts de tennis.

Pendant la dernière guerre l'hôtel est successivement occupé par les armées italiennes et allemandes. Il héberge à la Libération des éléments de l'armée canadienne. Il ne rouvrira pas en tant qu'hôtel et sera un temps un centre culturel international de la Ligue Française de l'Enseignement. Il est transformé en 1957 en immeuble de 85 appartements et 15 studios par l'architecte niçois Pierre Tobolka. Si les intérieurs ont été largement modifiés pour s'adapter aux nouvelles fonctions, les extérieurs ont très peu changé. Seuls les panneaux peints de fleurons qui couronnaient les élévations ont disparu.

DESCRIPTION

1.2. Situation et composition d'ensemble

Le Winter-Palace est situé au pied de la colline des Vignasses où il occupe une position dominant la ville balnéaire et la mer dont il est éloigné d'environ 800 mètres. Il est actuellement au centre d'un parc paysagé et arboré de 13 300 mètres carrés. L'accès se fait par un portail au sud de la parcelle d'où une voie carrossable monte jusqu'à la terrasse devant l'entrée principale. Un deuxième accès par le Riviera Palace à l'ouest, le Winter-Palace bénéficiant d'une servitude de passage, lui permet de relier les garages, à l'arrière.

Au sud, l'hôtel ouvre sur une large terrasse en terre-plein maçonnée, articulée au jardin par une volée d'escalier. Le mur de soutènement est creusé de voûtes de décharge dont le mur du fond est travaillé en fausse-grotte. Le sol de la terrasse est revêtu d'une mosaïque figurant une étoile à facettes.

Le jardin, en pente, s'ordonne de part et d'autre d'une allée droite est-ouest qui le parcourt dans le sens de la longueur. Les différences de niveau sont rachetées par des chemins rampants parfois interrompus par des marches réalisées en rocaille imitant des poutres de bois. Les marches ont des pavements de galets. Les essences qui le composent sont plutôt exotiques - palmiers, agaves, cycas - agrémentées de massifs colorés d'agapanthes et de bougainvillées. Les pieds en fonte des lampadaires sont ornés de feuilles de lierre et d'olivier.

Terrasse devant l'entrée principale. Vue prise des étages.Terrasse devant l'entrée principale. Vue prise des étages. Mur de soutènement de la terrasse.Mur de soutènement de la terrasse. Escalier à décor de rocaille et allée.Escalier à décor de rocaille et allée.

3. Matériaux

Les matériaux de structure sont masqués par l'enduit. Les toits-terrasses sont en béton recouvert de cailloux et de terre. Le toit de la partie centrale est en tuiles plates mécaniques, ceux des belvédères sont couverts de tuiles en écaille émaillées, vertes. Les lanternons sont en béton et leur flèche est en tuiles en écaille émaillées, jaune.

4. Structure

L'hôtel, dont le plan général est en L, s'élève sur sept niveaux (cinq étages sur rez-de-chaussée surélevé sur un soubassement). Il se compose d'un corps de bâtiment central, en légère avancée, dont la moitié arrière, couverte d'un toit à longs pans à croupes, compte un niveau de plus qui ouvre à l'avant sur une terrasse flanquée de tours-belvédères de plan carré. De part et d'autre du corps de bâtiment central se trouvent une aile dans le prolongement, à l'ouest, et une aile en retour d'équerre vers l'arrière, à l'est. Ces deux ailes sont couvertes en terrasse.

La volumétrie est régulière. Sur la façade arrière, le volume demi-hors-œuvre, de plan semi-circulaire, correspondant au fumoir-rotonde fait saillie. Il est couvert d'un toit en appentis à verrière.

Sur l'avant et l'arrière, au niveau du soubassement et d'une partie du rez-de-chaussée, le bâtiment est isolé par des sauts-de-loup. On y accède alors par des plans inclinés ou des ponts.

5. Élévations

Élévation principale. Travées centrales. Niveaux supérieurs.Élévation principale. Travées centrales. Niveaux supérieurs. L'élévation sud se développe sur 21 travées de portes-fenêtres ouvrant sur balconnets, balcons ou terrasses au garde-corps en fonte ou à balustres de plâtre. On peut dire qu'elle est ordonnancée malgré la différence du nombre de travées entre les ailes ouest (six) et est (quatre). Elle est rythmée par quatre avant-corps amortis par les belvédères et leur lanternon ou des édicules constitués d'une horloge (disparue) surmontée d'un fronton cintré. Les belvédères sont percés de loggias à serliennes. Les angles antérieurs sous le débord du toit sont ornés de médaillons à guirlandes.

L'entrée se fait au rez-de-chaussée surélevé sous un portique à six colonnes ioniques. Elle est surmontée d'un décor sculpté représentant une dépouille de loup soulignée de guirlandes de fleurs. Le portique est couvert en terrasse, terrasse que l'on retrouve à l'angle sud-est, sur l'élévation antérieure et l'élévation en retours.

Un décor sculpté discret se retrouve sur l'ensemble de la façade : tableaux à cartouches à cuir découpé et guirlandes de fleurs, consoles et modillons de couronnement à feuilles d'acanthe. L'accent est mis sur la travée centrale aux quatrième et cinquième niveau qui est encadrée par une moulure à guirlande de fleurs et surmontée des lettres W P. Entre les sixième et septième niveaux on peut lire l'inscription WINTER-PALACE.

6. Distributions intérieures

Winter Palace - Menton. Plan du sous-sol.Winter Palace - Menton. Plan du sous-sol.Le soubassement était principalement occupé par les pièces de service dédiées au stockage du vin (bouteilles vides, bouteilles pleines, tonneaux) ou des denrées dans les magasins, et au personnel dont la lingerie. Le logement du personnel était réparti en fonction du sexe et des fonctions. Ainsi, les femmes étaient au sud-ouest avec le dortoir des femmes de service et le dortoir des femmes de chambres et les hommes étaient au nord-est, dortoir des cuisiniers, dortoir des hommes de service, dortoir des sommeliers et dortoir des portiers. La salle à manger du personnel étaient au centre. On trouvait aussi une salle à manger pour les courriers, les courriers étant la domesticité qui accompagnait les clients dans les hôtels.1 On peut noter qu'il n'y a pas mention des cuisines. Peut-être se trouvaient-elles dans un bâtiment à part, à l'arrière, comme au Riviera Palace. Une entrée de service donnant sur l'extérieur dans le fond de la salle à manger, à l'étage, peut étayer cette hypothèse.

L'angle sud-est était réservé à la clientèle avec le billard, le bar et une galerie servant de fumoir. L'accès se faisait par un escalier intérieur.

L'entrée et l'accès surélevé à l'hôtel.L'entrée et l'accès surélevé à l'hôtel. L'entrée principale est au rez-de-chaussée surélevé dans un vestibule couvert d'une fausse-coupole entourée d'une guirlande de laurier et reposant sur quatre colonnes en fonte aux fûts peints faux marbre et aux chapiteaux en ciment composites. Le vestibule introduit de part et d'autre à une série de pièces en enfilade le long de la façade sud. A droite, il ouvre sur un grand hall couvert d'une fausse voûte surbaissée à lunettes, aux arcs retombant sur des colonnes semblables à celles du vestibule. La pièce offre un décor de gypserie et de peinture. Sur les photos prises au début du 20e siècle on voit que ce hall faisait office de grand salon ; il est meublé de tables, de chaises et de fauteuils. A l'est, il communique par des marches avec le salon de lecture équipé d'une cheminée en menuiserie. Ces pièces ont été transformées en appartement. Elles n'ont pas été visitées. La cheminée existe toujours. De l'autre côté, à l'ouest, le vestibule donnait par une volée de marches symétriques aux précédentes sur le salon des dames qui a conservé son plancher de marqueterie et son décor de gypserie.

Au nord, une autre volée de marches en marbre blanc veiné de gris comme celui des jardinières qui les bordent, monte au couloir qui parcourt le bâtiment sur toute sa longueur, d'est en ouest. En face part l'escalier et deux ascenseurs. A droite de l'escalier, un autre hall est situé à l'avant de la rotonde-fumoir couverte d'une demie-coupole en partie en verrières. L'arrondi de cette pièce est décoré de sept panneaux (hauteur = 209 cm ; largeur = 135 cm) peints sur papier marouflé, représentant un paysage de bord de mer cloisonné par des pilastres donnant l'impression d'un paysage vu à travers les baies d'une galerie. Le panneau central représente une fontaine surmontée d'une statue. Ces tableaux ne sont pas signés. Le hall à l'avant de la rotonde est décoré de panneaux peints plus petits représentant des végétaux régionaux : citronniers, grenadiers, platanes, mimosas, orangers, œillets.

Les différents halls et salons forment un ensemble ouvert communiquant entre eux sans rupture.

Le fumoir-rotonde. Vue d'ensemble.Le fumoir-rotonde. Vue d'ensemble. Le fumoir-rotonde. Ensemble de tableaux peints sur papier marouflés formant un décor panoramique. Panneaux gauches.Le fumoir-rotonde. Ensemble de tableaux peints sur papier marouflés formant un décor panoramique. Panneaux gauches.

A ce niveau, l'aile orientale est entièrement occupée par le Grande salle à manger . C'est une vaste salle couvert d'un plafond à poutre de béton reposant sur des colonnes en fonte. Chaque compartiment est occupé par une fausse-coupole surbaissée. La salle à manger ouvre sur un portique au sud et un portique à l'est. Dans l'aile ouest se trouvent des chambres, peut-être là aussi des chambres de courriers. Le côté nord regroupe l'administration (bureau, comptabilité, chambre du directeur). Un passage pour les bagages, amenés du garage à l'arrière jusqu'à un monte-charge, emprunte un pont au dessus du saut-de-loup.

Les étages nobles sont les premier et deuxième. Ils se distinguent par la présence de terrasses, pour le premier, et la hauteur sous plafond. Un grand couloir sépare l'étage longitudinalement sur toute la longueur. Sur l'avant, au sud, se trouvent les suites et au nord, à l'arrière, les chambres pour les domestiques personnels. Des chambres de bonnes se retrouvent aussi à l'étage sous comble.

NOTE DE SYNTHÈSE

Le Winter-Palace fait partie de la deuxième génération des hôtels construits à Menton, celle des années 1872-1911. C'est la génération des palaces qui proposent un nombre important de suites, le confort moderne, le luxe et le divertissement que le villégiateur est en droit d'attendre. Contrairement à la période précédente où les hôtels sont alors situés en ville où sur la promenade, ces palaces sont majoritairement situés à l'extérieur, en retrait par rapport à la ville.

1LAVELLE, Bruno. Naissance des palaces sur la Côte d'Azur. Évocation de la grande hôtellerie à la Belle Époque. https://www.departement06.fr/documents/Import/decouvrir-les-am/recherchesregionales203_03.pdf.

Hôtel de voyageurs construit en 1901 par l'architecte Joseph-Albert Tournaire. Transformé en immeuble d'habitation en 1957 par l'architecte Pierre Tobolka.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle
    • Secondaire : 3e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1901, daté par source
    • 1957, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Tournaire Joseph-Albert
      Tournaire Joseph-Albert

      Architecte français né à Nice en 1862, Joseph-Albert Tournaire effectue sa formation à l'école des Beaux-Arts de Paris à partir de 1879. Grand Prix de Rome en architecture en 1888, il participe ensuite aux fouilles du sanctuaire de Delphes où il réalise de nombreux relevés et reconstitutions graphiques. Au retour, il mène une brillante carrière d'architecte en chef de la Ville de Paris. Il est nommé architecte en chef de l'exposition coloniale de 1931. Parmi ses réalisations on note l'hôtel Winter-Palace, à Menton (1901), la villa Arnaga pour l'écrivain Edmond Rostand à Cambo-les-Bains (64) en 1903, l'hôtel de la Caisse d’Épargne, à Marseille (1904).

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      architecte attribution par source
    • Auteur :
      Tobolka Pierre
      Tobolka Pierre

      Architecte DPLG formé à Genève, installé à Nice à la fin des années 1950 où il construit des immeubles et des villas dans l'esprit du Mouvement moderne. Actif de 1956 à 1968.

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L'hôtel domine un jardin dont la pente est rachetée par endroit par des escaliers droits en maçonnerie.

Les matériaux de structure sont masqués par l'enduit. Les toits-terrasses sont en béton. Le toit de la partie centrale est en tuiles plates mécaniques, ceux des belvédères sont couverts de tuiles en écaille comme les flèches des lanternons.

L'hôtel, dont le plan général est en L, s'élève sur sept niveaux (cinq étages sur rez-de-chaussée surélevé sur un soubassement). Il se compose d'un corps de bâtiment central dont la moitié arrière est couverte d'un toit à longs pans à croupes, et de part et d'autre duquel se trouvent deux ailes couvertes en terrasse. Les tours-belvédères sont couvertes de flèches carrées.

L'élévation antérieure est ordonnancée. Au sud, l'hôtel ouvre sur terrasse articulée au jardin par un escalier symétrique, en maçonnerie.

L'entrée principale est au rez-de-chaussée surélevé dans un vestibule couvert d'une fausse-coupole en pendentifs. A droite, le vestibule ouvre sur un hall couvert d'une fausse voûte en berceau, à lunettes. L'escalier d'honneur, en marbre, est tournant à retours autour d'un jour. Il est flanqué de deux ascenseurs.

  • Murs
    • enduit
  • Toits
    béton en couverture, tuile plate mécanique, tuile en écaille
  • Plans
    plan régulier en L
  • Étages
    étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 5 étages carrés, étage de comble
  • Couvrements
    • fausse coupole en pendentifs
    • fausse voûte en berceau, à lunettes
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée, jardin en pente
  • Couvertures
    • terrasse
    • toit à longs pans croupe
    • appentis
    • flèche carrée
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
    • escalier de distribution extérieur : escalier symétrique en maçonnerie
    • escalier isolé : escalier droit en maçonnerie
  • Autres organes de circulation
    ascenseur, monte-charge
  • Typologies
    plan-masse régulier ; volumétrie régulière ; élévation avec axe ; caractère éclectique
  • Techniques
    • peinture
    • sculpture
  • Représentations
    • paysage, ornement végétal
    • guirlande, laurier, loup, fleur, cuir découpé, acanthe
  • Précision représentations

    L'entrée est surmontée d'un décor sculpté représentant une dépouille de loup soulignée de guirlandes de fleurs. Un décor sculpté discret se retrouve sur l'ensemble de la façade : cartouches à cuir découpé, guirlandes de fleurs, acanthe.

    La coupole du vestibule est entourée d'une guirlande de laurier sculptée. La rotonde-fumoir est décorée de panneaux peints représentant des paysages et des ornements végétaux.

  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH, 1975/10/29
  • Précisions sur la protection

    Façades et toitures : inscription par arrêté du 29 octobre 1975.

  • Référence MH

Label patrimoine XXe : circulaire du 1er mars 2001.

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