Dossier d’œuvre architecture IA06003747 | Réalisé par
Prédal Christophe (Rédacteur)
Prédal Christophe

Responsable de la cellule "inventaire du patrimoine architectural et paysager" à la ville de Nice, depuis septembre 2018.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
Charles Stéphanie (Rédacteur)
Charles Stéphanie

En charge de vacations au sein du pôle "recherche et inventaire" de la Direction du patrimoine historique, archéologie, archives de la ville de Nice.

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
;
  • recensement du patrimoine balnéaire, patrimoine de la villégiature de Nice
hôtel de voyageurs dit Negresco ou Le Negresco
Auteur
Copyright
  • (c) Ville de Nice

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Nice - Nice
  • Commune Nice
  • Lieu-dit Rue de France
  • Adresse 37 promenade des Anglais , rue Cronstadt , 1 rue du Commandant-Beretta , rue de Rivoli
  • Cadastre 2017 KV 0237
  • Dénominations
    hôtel de voyageurs
  • Appellations
    Le Negresco, Negresco

La construction de l’hôtel Negresco marque l’apogée de la carrière d’Edouard Niermans et l’aboutissement français d’un genre. Ce palace s’inscrit dans un style architectural communément appelé « style Ritz » mis au point par Charles Mewès en 1898 et qui consiste à adapter les styles classiques du 18e siècle aux exigences de la clientèle et aux possibilités nouvelles ouvertes par les innovations techniques du début du 20e siècle. Le décor habille et drape des recherches très poussées de fonctionnalisme et de communication.

Historique

Les origines

On trouvait au XIXème siècle, à l’emplacement de l’actuel Negresco, le couvent des Fidèles Compagnes de Jésus, fondé en 1839 par Marie-Madeleine de Bonnault d’Houët, qui avait été édifié sur une parcelle située au 79 de la rue de France. Les bâtiments du couvent comprenaient une grande maison pour les classes, l’internat, le réfectoire, les dortoirs, la bibliothèque, avec annexes et dépendances et des bâtiments pour la vie religieuse, une chapelle et des logements de sœurs. L’habitation de l’aumônier était située côté mer. Il y avait un parc pour la récréation des pensionnaires, la promenade des sœurs et la nourriture de la communauté : potager, jardin d’agrément et plantations de fruitiers. En 1904, suite aux lois votées sur la laïcité qui obligent les congrégations enseignantes à fermer leur porte, le Tribunal Civil de la Seine nomme un liquidateur des biens de la congrégation. Après la vente aux enchères, le terrain du couvent est adjugé au comte Lair qui vise une importante opération immobilière dans un quartier en expansion.

Henry Negresco

La création de l’hôtel Negresco est due à la rencontre de deux grands talents, Henri Negresco et Edouard Niermans ainsi qu’à un habile financier Alexandre Darracq. Henry Negrescù (Negresco) est né à Bucarest en 1868. Fils d’un modeste aubergiste roumain, il quitte son pays à l’âge de 15 ans et part voyager dans les grandes capitales où il exerce un réel talent de violoniste tzigane, acquérant la parfaite maîtrise d’une demi- douzaine de langues. Descendu sur la Côte d’Azur début 1900, afin de travailler au Casino municipal de Nice en tant que commis de cuisine, Negresco devient rapidement et successivement garçon, chef de rang, maître d’hôtel et directeur de restaurant dont l’élite internationale ne peut plus se passer lorsqu’il s’agit de composer un menu, de choisir son vin ou une liqueur. Son rêve alors est de fonder sa propre maison, un établissement ultra moderne. C’est à Enghien en 1909, où il a acheté le restaurant du Casino, qu’il rencontre Pierre Alexandre Darracq, riche rentier, co-fondateur d’une entreprise de moteurs d’aéroplanes et de la firme automobile Darracq-Talbot. Celui-ci accepte d’être le principal financier du projet. D’un commun accord, Negresco et Darracq décident de faire appel à Edouard-Jean Niermans pour la création d’un palace.

Edouard-Jean Niermans

Né le 30 mai 1859 à Enschede, Edouard Johan Niermans est issu d’une famille bourgeoise d’Amsterdam. Diplômé de l’école polytechnique de Delft en 1883, il s’établit à Paris en qualité de dessinateur industriel. Les débuts sont difficiles. Son amour pour la France le pousse à franciser son nom en se faisant appeler Edouard Jean Niermans. Son appartenance à la communauté néerlandaise de Paris lui vaut d’être choisi pour concevoir les pavillons néerlandais de l’exposition universelle de 1889. C’est un succès. Il aménage également de nombreux lieux dans le plus pur style « art nouveau ». Son talent est reconnu et le petit monde des théâtres parisiens se l’arrache. Dans la foulée il créée les théâtres Marigny et des Capucines, reconstruit le Moulin Rouge, restaure l’Olympia et les Folies Bergères. Puis il est embauché pour construire le nouveau théâtre du Casino municipal de Nice. Il établit sa nouvelle agence dans une partie de la villa qu’il s’est fait construire dans le quartier de la Californie, la villa du Parc des Eucalyptus, où viennent le visiter Renoir, Chéret et Ziem, mais aussi deux artistes moins célèbres, Hippolyte-Lucas et Gervais, à qui il confie des projets. Entre 1909 et 1914, l’activité de Niermans est intense, il transforme et reconstruit l’hôtel de Paris à Monte-Carlo et dessine les plans de projets importants, effectuant en outre de nombreuses études pour le compte d’Henry Negresco et de son projet.

Le projet Negresco

Henry Negresco et Edouard Niermans se rencontrent en 1904 à l’occasion de l’aménagement du Cercle privé du Casino municipal dont le restaurant rénové par l’architecte est dirigé par l’ancien maître d’hôtel. L’idée de transformer un hôtel existant est abandonnée en 1910 au profit de la construction d’un nouvel établissement sur la Promenade des Anglais. Le choix du site est audacieux. Le tourisme est hivernal et les hôtels en front de mer ne sont pas en vogue (les chambres avec vue sur la mer sont à cette époque moins chères que les autres). De plus, sa situation est éloignée du cœur de la station de villégiature. Le terrain choisi pour la construction de l’hôtel, et qui appartient au comte Lair, est un terrain en losange situé près de la villa Masséna, d’une superficie de 5.250 m2. Les capitaux pour l’achat du terrain sont apportés par Alexandre Darracq et Marcel Roubaud, ce dernier propriétaire des soufrières de Marseille. Afin de doter l’hôtel d’un bon plan et d’aménagements exceptionnels et modernes, Niermans et Negresco effectuent plusieurs voyages à Paris, Londres, Berlin et Bruxelles ainsi que dans les principaux lieux de villégiature afin d’y étudier les exemples d’hôtels de luxe les plus récemment construits. Ils visitent en détail les hôtels Ritz, Savoy, Claridge’s, L’Automobile Club, Waldorf, Cecil et Métropole. L’architecte fait état de ces frais de déplacements dans ses honoraires. Mètre en main, les deux hommes mesurent, copient des aménagements et apprécient les différentes commodités offertes à la clientèle. En 1911, Edouard Niermans dessine les plans qui sont revus et corrigés par Negresco en fonction du goût et des besoins d’une clientèle qu’il connaît mieux que quiconque. Le permis de construire est déposé sous le nom de Darracq le 6 juin 1911, et les travaux commencent en septembre. Le projet est un imbroglio juridique. L’architecte s’occupe de tout y compris des problèmes financiers. La correspondance entre Negresco et Niermans montre la détérioration progressive de leurs rapports et les difficultés rencontrées : « Je dois vous rappeler que notre intention était de construire un hôtel de premier ordre et non une baraque. Je crois que nous avons assez causé de tout cela et fait assez de voyages. (…) Je vois que toutes les choses que nous avons décidées et convenues de vive voix et pour lesquelles nous avons fait tous ces voyages ne sont déjà pas observées. Qu’est ce que sera par la suite ? » écrit Negresco. « Vous confirme dépêche et je pense que tout sera arrangé bientôt. Je vous dirai de vive voix combien ceci a été laborieux et difficile surtout parce que j’étais seul à lutter » dira plus tard Niermans. Les deux hommes finiront par se poursuivre en justice. L’architecte mène le chantier avec célérité et le bâtiment s’édifie rapidement grâce à l’utilisation du ciment armé. Ce nouveau matériau à prise rapide permet un gain de temps considérable. Le total des dépenses est porté à 3 200 000 francs. L’inauguration du palace a finalement lieu le 4 janvier 1913, au lieu de la date prévue du 1er novembre 1912. Le retard s’expliquant par le délicat montage financier, les différentes négociations lors de la création des deux sociétés et les difficultés de mise en chantier. L’inauguration cependant est un véritable triomphe et la manifestation la plus mondaine de l’année qui compte la présence de sept souverains européens. Un seul mécontent, Roland Garros qui avait demandé à l’architecte que l’on aménage une piste d’atterrissage sur les toits terrasses, mais Niermans ne se résolue pas à sacrifier ses cheminées pour l'occasion. L’hôtel est doté de 350 chambres ou suites avec antichambres, larges penderies et salles de bains attenantes, qui sont répartis sur cinq niveaux. Ouvert en janvier 1913, l’hôtel Negresco dépassait au 31 mai le million de recettes accusant un bénéfice de 200 000 francs.

Poursuite de l'exploitation

Dès 1914, l’hôtel est réquisitionné comme hôpital militaire. Il est rebaptisé Hôpital temporaire n°15. Le grand hall se nomme alors Nicolas II. Le bâtiment est finalement dé-réquisitionné en septembre 1915. Après l’Armistice, Negresco, ruiné, doit se dessaisir de l’hôtel de ses rêves ; il meurt à Paris en 1922. A partir de cette date et jusqu’en 1957, l’hôtel appartient à Gérard Marquet, président de la société des grands hôtels belges, qui rachète le bail et laisse l’hôtel péricliter. En 1949 le palace se dessaisit de sa partie nord ; un temps hôtel sous le nom de Mondial hôtel, il est vite transformé en copropriété, la Résidence Negresco. En 1957, Le palace, au bord de la faillite, est racheté par la famille Augier. Le couple Jeanne et Paul Augier assureront la direction à partir de 1975. Ils redonnent à l’hôtel son lustre et créent un palace-musée, vitrine du Patrimoine français et écrin de leur collection d’art. Ils ont tenu le pari que le Negresco ne serait pas, comme il était alors projeté, transformé en appartements. Jeanne Augier, veuve de Paul, est décédée le 7 janvier 2019. Le Palace appartient désormais, selon la volonté de Madame Augier, au Fonds de dotation Mesnage-Augier-Negresco dont les statuts ont été déposés en Préfecture le 17 avril 2009. Cette Fondation se focalise sur trois axes majeurs : la défense des animaux, l’aide apportée aux personnes handicapées et en détresse et la participation active à la préservation culturelle en France notamment en assurant la sauvegarde de l’hôtel Negresco et de ses collections.

Description

Composition d'ensemble et détail de façade

La construction épouse la forme du terrain : un losange. Quatre corps de bâtiments bordés par quatre rues entourent une cour intérieure de forme elliptique de 60m de diamètre, couverte en rez-de-chaussée par une verrière décorée sous laquelle est aménagé le grand hall (dit Salon Royal). Les quatre façades, aujourd’hui recouvertes d'un enduit blanc, et qui étaient à l’origine en stuc de ciment couleur pierre, s’élèvent sur six niveaux. La coupole et la toiture sont roses (plaques de métal teintés ?) avec des soulignements verts. L’entrée côté mer (angle de la Promenade des Anglais et de la rue de Rivoli) est magnifiée par une rotonde couronnée d’un dôme devenu aujourd’hui l’emblème de l’établissement. Dans un avant-projet, Edouard Niermans avait conçu une façade parfaitement symétrique caractérisée par un dôme quadrangulaire central, se détachant de la toiture, encadré de deux coupoles, aux extrémités. A la demande des commanditaires, l’architecte dut supprimer la coupole gauche de la composition, au profit d’un amorti en arc de cercle qui donne une plus grande fluidité aux lignes des façades du palace niçois en lui conférant un aspect plus moderne et moins solennel. Sous le dôme restant percé de lucarnes en œil-de-bœuf, la rotonde de droite, que rythment des colonnes engagées formant un ordre monumental, est percée, au rez-de-chaussée, de grandes baies en arc de cercle. Celle du centre, couverte d’une marquise, sert d’accès au hall de l’hôtel. En 1911, le sculpteur Michel de Tarnowsky avait été chargé des décors de la rotonde : les quatre grandes sculptures allégoriques (la musique, la danse, l’ivresse et la cité) du premier étage, les couples d’enfants tenant des guirlandes et les pots à feu du quatrième étage. L’ensemble de ces décors est détruit en 1946. Quatre plâtres de ces grandes sculptures sont toujours conservés au musée de Boulogne-Billancourt.

Confort moderne

L’hôtel Negresco fut doté dès l’origine d’éléments qui permirent d’assurer un service exemplaire dans le luxe et le confort : doubles portes, doubles cloisons, système de ventilation, bureau de poste du hall d’entrée relié aux étages et dans les appartements par un réseau de tubes, garages avec logements pour chauffeurs, pour plus de 100 véhicules, nettoyage par aspiration d’air, autoclave à vapeur…, ensemble d’éléments qui permirent une adaptation progressive au modernisme et qui lui permirent surtout de conserver sa fonction de palace. Le progrès technique des nouvelles installations faisait l’admiration de tous : dans chaque pièce on trouvait des lampes qui s’allumaient par la simple pression d’un bouton, des téléphones particuliers et encore le chauffage, auquel pourvoyaient cinq chaudières à vapeur ainsi que la stérilisation des eaux par rayons ultraviolets. Le plus étonnant restait peut-être ce « nettoyage par le vide » réalisé par Negresco à l’aide d’une turbine centrifuge aspirant mille cubes d’air à l’heure, reliée à toutes les parties de l’hôtel par le moyen de 77 raccords.

Espaces d'accueil et de réception intérieurs

C’est au centre de la façade postérieure, le long de la rue du Commandant-Beretta que Niermans dispose en 1913 le vestibule avec réception de l’hôtel. Il est précédé d’un porche qui permet de descendre à couvert. Cette disposition est assez différente de celle que l’architecte avait primitivement envisagée puisque le hall de la réception devait prendre place dans l’une des quatre rotondes (celle du nord-ouest), face au salon d’entrée donnant sur la Promenade (à l’emplacement de l’actuel Salon Masséna). Le vestibule originel est dissocié de l’hôtel et fait actuellement partie de la Résidence Negresco. Le palace se développe le long de deux axes reliant les points de l’édifice. Niermans installe au cœur du dispositif le magistral hall, tour à tour espace de circulation et salon mondain où l’on vient voir et se faire voir. Le hall elliptique ou Salon Royal (460 m2), occupant la cour intérieure de l’hôtel, est couvert par une vaste verrière tenue par une charpente métallique en fer et bordée d’une colonnade aux fûts accolés qui délimite une galerie décorée de deux peintures murales réalisées en 1912 (spécialement pour le Negresco) de Marie-Félix Hippolyte-Lucas et de Paul Gervais, peintres et amis de Niermans, évocant une scène bucolique, Poésie légère, pour le premier, et une fête vénitienne au XVIIIème siècle, Fête à Venise, pour le second. Le salon dont le sol est en marbre, était orné à l’origine d’un tapis de la Savonnerie de 600 m2 tissé par les établissements Braquenié en 1912 (rénové et remplacé en 1998 par sept tapis de Raymond Moretti), d’un lustre composé de 16800 cristaux de Baccarat, d’une hauteur de 4,60 m et de 2,60 m de diamètre, datant de 1911, et depuis avril 1998, de la colossale Nana jaune de Niki de Saint Phalle. A côté du vestibule originel, l’ancienne Salle des fêtes (aujourd’hui Salon Masséna) opte pour le style Empire. Elle se divise en trois travées délimitées par des colonnes et des pilastres aux chapiteaux corinthiens qui soutiennent une corniche moulurée. Les murs sont garnis de miroirs et de tissus de couleur jaune représentant des abeilles et étoiles d’or. Au dessus des portes, toujours à l’intérieur de ce salon, les tympans sont ornés de griffons dorés en bas reliefs qui encadrent un médaillon de forme octogonale à l’intérieur duquel se trouve peint une femme « à l’antique ». La tonalité est blanche et or pour les stucs ainsi que pour les chapiteaux des colonnes. Les quatre lustres en cristal toujours en place depuis l’inauguration en 1913, sont signés de la célèbre maison Baguès et complètent l’éclairage des trois baies percées à l’extrémité arrondie du salon. Un salon (dit salon Louis XVI, appelé quelquefois salon des dames) est accolé à la salle des fêtes, aujourd’hui paré de tissu rouge. Sur le côté gauche du vestibule d’entrée actuel (rotonde sud-est) se tiennent dans l’enfilade, d’est en ouest : le Salon Versailles, le restaurant Le Chantecler (et son entresol en salon), le Salon Régence (et son entresol en salon également) et la brasserie La Rotonde, qui étaient respectivement à l’origine la salle-à-manger et le salon-restaurant de l’hôtel. La salle à manger rectangulaire, modifiée à plusieurs reprises, (à l’origine 600m2 et 6 mètres sous plafond) occupait les trois-quarts de la façade sud largement ouverte sur le panorama maritime. Elle s’inspirait de la Galerie des Glaces de Versailles : aux six baies donnant sur la Promenade des Anglais répondaient six panneaux de miroir. L’animation de la salle était assurée par huit pilastres et huit colonnes aux chapiteaux composites qui soutenaient un réseau de corniches à la manière de solives formant des travées. Le tapis vissé au sol dans le parquet et amovible permettait à la salle-à-manger de se transformer rapidement en salle de bal. Dans les années 1960, la salle-à-manger est divisée en deux salles, séparées par une cloison mobile ornée d’une tapisserie-chancellerie aux armes du duc de la Vrillière, qui se trouve actuellement dans l’escalier d’honneur entre le rez-de-chaussée et le 1er étage. La première salle est transformée en Salon Louis XIV ou Salon Versailles et garde sa hauteur de plafond d’origine ; la deuxième salle, elle-même divisée en deux salles : Le Trianon (futur Chantecler) et Le Régence, voit son plafond abaissé afin de créer un entresol afin d’y loger deux salons (Baie des Anges A et B) qui sont séparés aussi par une cloison amovible. Dans le Salon Versailles trône, au centre, le portrait de Louis XIV peint par Hyacinthe Rigault (les deux autres semblables tableaux connus se trouvent au Louvre et à Versailles). La monumentale cheminée du XVIIème siècle provient du Château de Hautefort (Dordogne) ; sa pose (en 1964) a nécessité l’installation de contreforts en béton dans les sous-sols. Le plafond peint à caissons du XVIIème siècle provient du Château de Menjoux sur la commune de Saint-Pierre-d’Albigny en Savoie, qui appartint jadis à Hortense Mancini, nièce du cardinal Mazarin. Il représente plusieurs figures allégoriques (telles les vertus) ou encore des scènes tirées des douze travaux d’Hercule (Hercule et l’Hydre de Lerne, la délivrance de Prométhée). Le plafond est acquis en 1957. Le décor du salon est complété par deux torchères en bois doré du XVIIème siècle. Signalons deux portes en noyer ciré qui occupaient jadis dans l’une des demeures en Béarn de Jeanne d’Albret, reine de Navarre et mère de Henri IV. Le Salon Trianon (baptisé en 1973 Chantecler en hommage à la pièce d’Edmond Rostand), qui accueille le restaurant gastronomique de l’hôtel, est aménagé dans le style Louis XV avec lambris de bois (datant de 1753) provenant du Château de Chaintré, établi sur les coteaux de Pouilly-Fuissé, en Saône-et-Loire. Une tapisserie d’Aubusson avec des motifs floraux d’époque Louis XV fait également partie du décor. Dans le Salon Régence, le mur principal s’orne de panneaux en cuir de Malines (Pays-Bas) à décor peint d’oiseaux dans des charmilles, de guirlandes de fleurs et de vases, dans le goût du XVIIIème siècle. Un cartel de style Boulle, marqueté d’écaille et de laiton et rehaussé de bronze doré et ciselé complète le décor ; la figure allégorique du Temps, armée de sa faux, surmonte l’objet, tandis que la représentation de la justice est assise au milieu de feuilles d’acanthe. En 1968, le salon-restaurant au décor néo-pompéien signé du décorateur parisien Barbéris (murs parés de guirlandes de fleurs, de palmettes et de scénettes inspirées des fresques romaines, décor aujourd’hui détruit) fait place à La Rotonde et à son décor 1900, inspiré de chez Maxim’s. Ce salon en rotonde est traité à la manière d’une coupole : les ouvertures cintrées des fenêtres et des panneaux de miroirs qui le cernent, s’inscrivent dans des lunettes inclinées. En 1983, la brasserie reçoit le décor d’un authentique manège de chevaux du XIXème siècle, agrémenté d’un orgue de Barbarie. Une nouvelle décoration voit le jour en 2019 dans les tons blanc et doré. Un écran rond, de grand diamètre, fixé au centre du plafond, diffuse des ambiances à thème (jour, nuit, Saint-Valentin, etc.) L’architecte et décorateur de cette nouvelle Rotonde est Marc Hertrich du studio MHNA de Paris. Entre le Salon Masséna (ancienne Salle des fêtes) et la Brasserie La Rotonde (ancien salon-restaurant) se trouvent les cuisines de l’hôtel et les offices sur deux niveaux, au rez-de-chaussée et au sous-sol, installés ici depuis l’origine. A droite du hall d'entrée se situe le grill-room, devenu Bar américain (un temps appelé Le Relais), actuellement Bar dont la loggia est soutenue par des colonnes d’une blancheur qui s’oppose aux boiseries en noyer rehaussées de perse. Une tapisserie des Flandres d’après David Teniers III (1683) Le Temps enchaîné par l’Amour réalisée à Bruxelles et tissée par les ateliers de Ian Le Clerc pour le mariage de la princesse Del Caretto et du prince Philippe-Charles d’Arenberg, gouverneur de Bruxelles, décore également le bar qui devait à l’origine prendre place dans l'une des quatre rotondes. A sa suite se situent les boutiques bénéficiant de vitrines sur la rue de Rivoli.

L'hôtel Le Negresco est projetté à partir de 1911 par l'architecte Niermans pour l'hôtelier Henry Negresco associé au financier Pierre-Alexandre Darracq. L'ingénierie du bâtiment relève de la société Pelnard-Considère-Coquet. L'établissement ouvre ses portes le 4 janvier 1913. A partir de septembre 1914, l'hôtel est réquisitionné à l'usage d'hôpital militaire jusqu'en septembre 1918. En 1957, les ailes ouest et nord sont converties en logements, sous l’appellation Résidence Negresco, accessible depuis le vestibule principal. L'hôtel utilise désormais comme entrée principale l'entrée secondaire sur la Promenade.

Le Negresco abrite deux restaurants, un hôtel de 96 chambres et 21 suites possédant une décoration propre à chacune - du style Louis XIII à une décoration plus moderne. L'hôtel occupe les ailes sud et est (promenade des Anglais et rue de Rivoli). La grande coupole vitrée a été réalisée par l'atelier Fassi cadet. Contrairement à une idée reçu l'armature de la coupole n'est pas due aux ateliers Eiffel. Quatre statues de femmes ainsi que quatre groupes d'enfants avec guirlandes ornaient la rotonde côté mer (ensemble disparu), œuvre de Michel de Tarnowsky. Deux toiles marouflées, l'une de Paul-Jean Gervais intitulée Fête à Venise et la deuxième de Marie-Félix Hippolyte-lucas intitulée Poésie légère ornent la galerie. Des artistes déjà sollicités par l'architecte pour des projets antérieurs sont présents sur le chantier comme le décorateur Barberis (auquel est attribué le salon Pompéien, disparu). Luminaires de la maison Baguès.

L'immeuble, auparavant inscrit, a été classé Monument Historique le 13 juin 2003.

  • Période(s)
    • Principale : 1er quart 20e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1913, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Niermans Edouard-Jean
      Niermans Edouard-Jean

      Architecte néerlandais, naturalisé Français en 1895. Père de l'architecte Jean Niermans.

      A partir de 1891, construit à Paris des brasseries et théâtres dont la brasserie Mollard, la taverne Pousset, le Casino de Paris, les Folies Bergère, le Moulin-Rouge. Auteurs également d'hôtels comme le Palace Hôtel à Ostende en Belgique et la reconstruction de l'hôtel du Palais (villa Eugénie) à Biarritz.

      La modernisation des salons du Casino municipal de Nice marque le début d'une nouvelle carrière sur la Côte d'Azur où il s'installe en 1909. Entre 1910 et 1914, plans du Palace Hôtel de Madrid, agrandissement du casino de Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme), édification de plusieurs villas, construction de l'hôtel Negresco à Nice.

      Après la Première Guerre mondiale, il collabore avec les architectes Émile Molinié (1877-1964), Charles Nicod, Prix de Rome en 1907), Albert Pouthier, tous trois associés par ailleurs, puis avec ses deux fils Édouard (1904-1984) et Jean (1897-1989, prix de Rome en 1929), eux-mêmes architectes.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      architecte attribution par source
    • Auteur :
      Pelnard, Considère et Caquot
      Pelnard, Considère et Caquot

      Le bureau d'études Pelnard-Considère-Caquot a été fondé en 1906 par Armand Considère. L'entreprise Considère & Compagnie devient en 1910 Considère-Pelnard & Compagnie. Louis Pelnard, ingénieur du corps des mines, est le gendre de Considère. En 1912, après le départ d'Henry Lossier, Albert Caquot rejoint la société qui devient ainsi Pelnard-Considère et Caquot. En 1914, Armand Considère meurt et la Première Guerre mondiale interrompt l'activité de la société. Après la Seconde Guerre mondiale, Caquot quitte le bureau. Le bureau s'appelle ensuite Pelnard-Considère et est dirigé par Jacques Leveillard. Il ferme ses portes dans les années 1970.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      ingénieur attribution par source
    • Auteur :
      Fassi et fils, puis Fassi Cadet, actuellement Ateliers Abaïdee (1858 - )
      Fassi et fils, puis Fassi Cadet, actuellement Ateliers Abaïdee

      La maison Fassi de Nice est fondée en 1858, avec Joseph Fassi père, comme maître-verrier. Il serait arrivé vers Nice en 1860 et a été formé par le célèbre peintre verrier milanais Bertini (cf THUIN-CHAUDRON, Véronique. De la colline du château aux châteaux des collines, p. 218). Son but était la fabrication de vitraux d’art pour églises et appartements, verres décorés, céramique. Les spécialités de la maison alliaient les arts décoratifs et le vitrail à la mosaïque et la faïence. La Société porte le nom de Joseph Fassi et fils, le fils étant Barthélemy Léopold Raphaël, né en 1872. En 1901, après la mort de Joseph et Barthélemy, un employé de la société, Bertin, prend la suite.

      En 1921 le fils cadet de Joseph Fassi prend la relève, jusqu’à sa retraite en 1969 à 85 ans. Sous le nom de Fassi Cadet le travail de l’atelier se concentre sur les vitraux artistiques, d’art religieux, profane, héraldique, ancien, moderne et la restauration. L'entreprise continue à exister sous le nom de Ateliers Abaïdee.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      maître verrier attribution par source
    • Auteur : peintre attribution par source
    • Auteur :
      Barberis
      Barberis

      Décorateur français, début du 20e siècle.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      décorateur attribution par source
    • Auteur : peintre attribution par source
    • Auteur :
      De Tarnowsky Michel
      De Tarnowsky Michel

      Sculpteur ayant beaucoup travaillé à Nice (06).

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      sculpteur attribution par source
    • Auteur :
      Baguès
      Baguès

      Maison de luminaires, à Paris depuis 1840.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      fabricant attribution par source
    • Personnalité :
      Negresco Henri
      Negresco Henri

      Henri Alexandre Negresco, directeur de palace et restaurateur d'origine roumaine. Installé à Nice, il ouvre en 1912 l'Hôtel Negresco sur la promenade des Anglais.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      commanditaire attribution par source
    • Personnalité :
      Darracq Pierre-Alexandre
      Darracq Pierre-Alexandre

      Alexandre Darracq, industriel de l'automobile. Finance le projet de l'hôtel Negresco.

      Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
      commanditaire attribution par source

Construction en béton armé occupant la totalité de l'îlot, de forme losangée. Deux angles sont traités en rotonde (sud-est pour l'entrée mer et nord-ouest où était prévue originellement l'entrée côté ville), les deux autres angles offrant un profil arrondi moins marqué. Le bâtiment présente un retrait avec jardinet en façade sud et cour anglaise à l'ouest et au nord. L'hôtel offre à l'origine cinq étages de chambres (dont un en forme de comble) sur haut rez-de-chaussée. Une partie du rez-de-chaussée est de nos jours en partie entresolé. Présence d'un sous-sol. La façade sur cour suivant l'ovale de la verrière est particulièrement originale. Sur la rue de Rivoli, des boutiques sont prévues dès l'origine ouvrant à la fois sur la rue et la galerie entourant le grand hall. Toiture terrasse. Le dôme et le dernier niveau sont recouverts de plaques de métal peintes en rose. La teinte originelle des façades est sujette à caution, le blanc pouvant constituer un repeint ultérieur. Toutefois, un coloris originel plus soutenu des façades est, à ce jour, mal documenté.

Le Negresco est représentatif de la typologie des palaces. Il présente tout d'abord à l'origine une diversité de décors : néo-pompéien, gothique, Louis XVI, Empire. Certains ont été modifiés par la suite afin d'introduire de la nouveauté. Le blanc et or qui symbolise actuellement le palace à l'extérieur et à l'intérieur a ainsi pris la suite de la couleur ocre clair des façades et décors intérieurs traités, pour l'intérieur, en faux-appareillage de pierre (type faux-tuffeau). Le bâtiment a également connu une modernisation de ses fenêtres à la fin des années 1970 avec transformation des baies en arc-de-cercle du rez-de-chaussée (devenues pour certaines rectangulaires) et huisseries en aluminium doré. Comme pour tout palace, les concepteurs y ont inclus toutes les avancées techniques de l'époque. Ainsi, à son inauguration l'hôtel offre doubles portes et cloisons pour l'insonorisation, ventilation, nettoyage par aspiration d'air. Chaque chambre possède sa salle-de-bains ouvrant sur une courette d'aération (couplage de deux salles de bains par courette). Le bâtiment présente par ailleurs une complexité de plan permettant les meilleurs enchaînements visuels en ce qui concerne les espaces de réception et en même temps l'organisation la plus pratique pour l'exécution des tâches par le personnel. Le sous-sol, bien éclairé sur plusieurs côtés par une cour anglaise, comprend les espaces de service les plus divers : garde-meubles, locaux des électriciens et des plombiers, buanderie, lingerie, séchoir, caves divisées selon les cépages, vestiaire, réfectoire et chambres pour le personnel. Les cuisines sont localisées au rez-de-chaussée sur la façade ouest entre les restaurants et la salle des fêtes. De nombreux escaliers, ascenseurs de service et deux monte-charges unissent le sous-sol avec les buanderies, salles pour valises et chambres de personnel que l'on trouve aussi à chaque étage. La multiplicité des portes permet une redistribution facile des espaces d'accueil et des chambres, facilement réunies en appartement avec antichambre. L'hôtel est encore représentatif des établissements de la saison hivernale par son entrée principale éloignée de la mer. Le grand escalier (tournant à retours avec jour) a par ailleurs encore prééminence sur les ascenseurs qui se font plutôt discrets.

  • Murs
    • béton béton armé
  • Toits
    béton en couverture, métal en couverture
  • Étages
    5 étages carrés, étage de comble, sous-sol
  • Élévations extérieures
    élévation ordonnancée
  • Couvertures
    • terrasse
    • dôme circulaire
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie
  • Autres organes de circulation
    ascenseur, monte-charge
  • Techniques
    • maçonnerie
    • décor stuqué
    • ferronnerie
    • vitrail
    • peinture
  • Précision représentations

    Décor éclectique riche de sculpture stuquée concentrée principalement en linteau de baies, sur les organes de console et sur le bandeau précédant la corniche sommitale. Les ornements sont des représentations naturalistes (fleurs, feuillages, tiges, bouquets, guirlandes, pendants, frise) qui varient en fonction de la localisation sur la façade et permettent un accompagnement de la modénature. Quelques masques à tête de femme ponctuent les faces des consoles du premier étage. Les garde-corps complètent le dispositif de décor par des ferronneries représentant des motifs répétitifs de plantes. Des petites frises géométriques délimitent les ouvrages horizontaux en couronnement : limite du brisis et du terrasson, acrotère des lucarnes, allège latérale du dôme, corniche du dernier niveau.

Z Nice repérage

  • 01-DENO hôtel de voyageur
  • 02-CHRONO 1860-1919
  • 03-CARACTERE éclectique
  • 04-TENDANCES
  • 05-INTEGRITE complète
  • 06-VISIBILITE bonne
  • 07-SITUATION formant ilot
  • 08-IMPLANTATION en retrait
  • 09-MATERIAUX non applicable
  • 10-MACONNERIE enduit avec parements
  • 11-SUR FACADE loggia
  • 12-ENTREE auvent
  • 13-TOIT crête
  • 14-COMBLES comble haut
  • 15-DOME dôme
  • 16-BELVEDERE non
  • 17-FRISE
  • 18-CERAMIQUE
  • 19-MATERIEUX GROS OEUVRE
  • 20-SITE dimension paysagère
  • 21-LOTISSEMENT
  • 22-PERGOLA non
  • 23-JOINTS
  • 24-CLOTURES oui
  • 25-AGREMENTS oui
  • 26-COUR ANGLAISE oui
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Protections
    classé MH, 2003/06/13
  • Précisions sur la protection

    Façades et toitures de l'ensemble des bâtiments donnant sur les quatre rues et sur la cour intérieure ; grand hall central dit salon royal avec sa verrière (cad. KV 237) : classement par arrêté du 13 juin 2003.

    Label architecture contemporaine remarquable : CRPS du 1er mars 2013.

  • Référence MH