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Fortification d'Agglomération

Dossier IA84000050 réalisé en 1970

Fiche

HISTORIQUE

1) Édifice antérieur

Sur les précédentes enceintes de Beaumont, cf. IA84000048

2) Contexte historique

Les troubles et les guerres de la seconde moitié du XIVe siècle ont obligé la plupart des communautés provençales à entourer de nouvelles fortifications leurs bourgades, qui s'étaient édifiées, sans protection, au cours des XIIe et XIIIe siècles, autour des agglomérations, devenues insuffisantes, de la période précédente. Le cas se manifeste pour Beaumont, qui s'était augmenté de deux faubourgs, à l'est et au sud-ouest du noyau primitif.

3) Construction

Elle n'est pas datée, mais remonte vraisemblablement au troisième tiers du XIVe siècle : un document de 1374-1375 mentionne la destruction, lors d'une guerre, d'un four à pain et l'édification, à sa place, des remparts du village 1. Si le tracé de cette enceinte est relativement aisé à retrouver, la carence et la médiocrité des vestiges qui nous sont restés de l'ouvrage ne nous permettent pas de juger de son aspect primitif. Le plan du cadastre ancien de 1838 conserve le tracé de quatre tours rondes de flanquement, mais il nous est impossible de savoir si ces tours appartiennent bien au rempart du XIVe siècle, si leur nombre était limité à quatre et quelle était la disposition des portes, dont seul est resté l'emplacement.

4) Dégradations, restaurations

L' histoire de Beaumont a été fertile en évènements de nature à nous faire comprendre le mauvais état de conservation des remparts. Les guerres de la fin du XIVe et du XVIe siècles paraissent avoir été particulièrement dévastatrices. Mais, dans le détail, les documents nous éclairent peu, et tardivement. En 1544-1545, une taille de 8 florins pour livre - imposition exceptionnellement lourde - est imposée aux habitants de Beaumont pour la reconstruction des remparts 2.

En 1587, pendant les troubles de la Ligue (après la mise à sac du village en 1585), de nouvelles réparations sont nécessaires en divers points, et surtout aux portails de Pertuis et de Notre-Dame 3.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'entretien de l'enceinte est une lourde charge, que la communauté n'assume pas sans difficulté. Les registres des délibérations du conseil communal mentionnent régulièrement des travaux de reconstruction, de consolidation ou d'aménagement effectués ou projetés 4.

Les efforts fournis ne sont jamais suffisants : le 18 février 1704, les consuls de Beaumont signalent l'écroulement d'une tour et d 'une partie des murailles et le mauvais état des portes de la ville 5. En juillet 1710, la communauté décide à faire réparer le portail Notre-Dame, qui menace ruine, afin de ménager un abri pour les pauvres, qui n'ont plus de refuge depuis que l'hôpital du lieu s'est trouvé ruiné par l'effondrement de l'église (consécutive au tremblement de terre de 1708) 6. De nouveaux travaux sont entrepris en 1712, toujours du côté de la porte Notre-Dame 7 jusqu'à la Révolution, des petites réparations de même ordre sont ordonnées de temps en temps, par le conseil : mais, manifestement, les mesures prises visent davantage à assurer l'entretien des voies de passage (portes, chemins sous les remparts) qu'à conserver un ouvrage qui a perdu toute valeur défensive.

La poussée démographique de la première moitié du XIXe siècle est à l'origine de la disparition de la presque totalité des remparts, en particulier du côté sud où a été aménagé le boulevard.

DESCRIPTION

1 . Localisation des vestiges

La première enceinte qui ceignait le noyau primitif du village n'a pas laissé de vestiges architecturaux (cf. IA84000048). Par contre, il demeure un certain nombre d'éléments de l'enceinte du XIVe siècle en assez mauvais état de conservation. Ils sont presque tous localisés sur les faces nord et est du village, c'est-à-dire des deux côtés où la configuration du terrain a maintenu celui-ci dans ses limites médiévales. La plupart des fragment du mur d'enceinte sont intégrés dans des façades de maisons ou dans le mur de soutènement des jardins ; il est souvent difficile de les distinguer des constructions plus récentes. Certains vestiges sont mieux conservés : deux pans de la muraille (L et N) , ainsi que les assises de trois tours hémicylindriques (M, O et P). Au sud-ouest du village, quelques maisons sur le Cours semblent avoir leurs façades percées dans des fragments de l'enceinte (Q).

2 . Matériaux

Deux matériaux sont employés concurremment : - calcaire à granulation fine, de couleur blanc-jaune virant superficiellement au gris à l'oxydation ; ce matériau est apparenté à la roche en place (calcaire lacustre de l'Helvétien) ;

- molasse jaune, plus friable et plus facilement érodée.

Ces matériaux sont mis en œuvre selon deux types d'appareil

- type A : moellons grossièrement équarris, mais d'épaisseur assez constante (15 à 20 cm), disposés en lits réguliers, liaisonnés par du mortier

- type B : moellons bruts, de formes et de dimensions diverses, noyés dans du mortier et calés par des cailloux ou des morceaux de tuiles.

3 . Description des vestiges

A. Face nord du village

Sur cette face, on retrouve de façon presque continue des traces de l'enceinte ; d' ouest en est :

- un pan de la courtine (L) qui dominait le portail de Valerne

- la rampe d'accès à ce portail

- par fragments, deux sections de la courtine, la seconde en ressaut sur la première

- à l'articulation de ces deux sections et assurant leur flanquement, base d'une tour hémicylindrique (M) .

a) Fragment de la courtine (L)

Il est intégré à la façade de trois maisons donnant sur la rue du Portail-de-Valerne ; c'est le fragment de l'enceinte le mieux conservé : la partie droite atteint une dizaine de mètres de hauteur.

Appareil de type A. Le mur, légèrement taluté à la base, a une épaisseur de 1 m à 1, 50 m.

On relève deux petites baies, de structure identique, situées sur le même niveau à environ 4 m du sol, qui semblent être des meutrières : elles sont appareillées de quatre blocs de molasse coquillière jaune ; leur ouverture est réduite (h. : 45 cm, 1. : 6 à 7 cm) ; elles présentent un double ébrasement : à l 'extérieur, chanfrein pratiqué dans l'appareil de la baie ; à l'intérieur, embrasure permettant à un homme de se tenir debout.

La meurtrière est a été élargie (le piédroit gauche a été repoussé latéralement) pour éclairer une salle voûtée en berceau longitudinal ; on accédait à l'embrasure de la meurtrière, située à 3 m au-dessus du sol de la salle, par un escalier en vis pratiqué en demi-œuvre dans l'épaisseur du mur : il en reste huit marches monolithes portant noyau (l : 55 cm, diam. noyau : 10 cm, h. contre-marche : 35 cm) ; la partie inférieure de l'escalier a disparu ; la partie supérieure se perd dans la voûte.

La porte de Valerne était adextrée : elle était construite perpendiculairement à la courtine et la rampe extérieure qui lui donnait accès, longeant le pied de la muraille, était facilement défendable. Un dessin de la fin du XVIIIe siècle montre que l'ouvrage médiéval avait déjà disparu à cette époque ; un portail couvert d'un arc s'élevait à son emplacement.

b) Tour nord (M)

Elle flanque deux sections dont on suit facilement le tracé. Assis sur un petit escarpement calcaire, leurs fragments sont intégrés dans des constructions postérieures - murs de soutènement et façades - dont ils se distinguent mal (appareil de type B).

La base de la tour nord, par contre, est bien conservée. Son plan est semi- circulaire (diam. : 5 m). Son appareil (type B) est très médiocre ; elle a été arasée à 4 m du sol et porte une terrasse.

B. Section nord-est

Le mur d'enceinte, dont la base est demeurée en place de façon continue, forme un pan coupé entre l'angle nord-est et la tour est ; il sert de soutènement à un jardin.

a) Angle nord-est (N) : le mur, conservé sur une hauteur de 3, 50 m, est assis sur le rocher ; il a une épaisseur de 75 cm (appareil de type B). Sur la face nord, à 3 m de l'arête, ouverture trapézoïdale (h. : 80 cm, 1. : 18 cm à la base, 14 cm au sommet). Appareil de moellons bruts plus gros que ceux du mur ; linteau formé de deux pierres plates. Ebrasement intérieur. Cette baie semble être un modèle assez rudimentaire de meurtrière.

b) Tour est (O) : construction hémicylindrique dont il reste la base (diam. : 5 m, h. : 5 m). Appareil très irrégulier (type B) chaîné à mi-hauteur par une arase de moellons réguliers. La partie supérieure a été aménagée en abri de jardin.

C. Section sud-est

Des fragments du mur d'enceinte sont discernables, d'une part contre la tour est dans le mur du jardin, d'autre part dans les façades des maisons voisines de la tour sud-est (P) .

Cette dernière, comparable par sa forme et ses dimensions aux deux précédentes, semble avoir été en partie reconstruite. Elle est transformée en remise.

D. Section sud-ouest

Plusieurs façades de maisons paraissent - par leur appareil assez régulier (apparenté au type A) et leur épaisseur - avoir été percées dans le mur d'enceinte ; c'est le cas en particulier de l'une d'entre elles (Q). Toutefois aucune baie de type militaire ne vient corroborer cette hypothèse.

NOTE DE SYNTHESE

Ces vestiges, par leur caractère très fragmentaire, ne nous renseignent guère sur l'état primitif de l'enceinte ; tout au plus en jalonnent-ils une partie du tracé.

Si l'on excepte la section de courtine (L) - qui est peut-être une partie de la première enceinte - le caractère dominant des différentes parties étudiées est la médiocrité de leur construction : appareil de moellons bruts, tours de dimensions réduites, etc. Rien qui supporte la comparaison avec les enceintes d'Ansouis ou de Pertuis.

Sans doute ne reste-t-il que des fragments de fortifications qui furent à plusieurs reprises démantelées et sommairement reconstruites. Il semble cependant que l'on soit en face d'une enceinte rudimentaire construite hâtivement avec des moyens de fortune.

1A.D. 13, Marseille, B 1897, comptes du clavaire de Forcalquier.2A. C. Beaumont, sans cote (série CC).3 A.C. Beaumont, BB 3, Délibérations du Conseil de la communauté ,1587.4A.C. Mirabeau, AA 1 : Prix-fait du rhabillage et surhaussement des murailles de la ville du 11 février 1644 mentionné dans la transaction passée en 1661 entre le seigneur et la communauté de Beaumont. A. C. Beaumont, BB 7, Délibérations, 1689- 1703.5A.C. Beaumont, BB 8, f° 11 : "Remonstrent lesdits sieurs conseuls que les portes de ce lieu sont presque en ruine, et mesme c'est abbatu une tour des murailles et partie d'icelles, les lises du cousté de la barbecane crusés en divers endrois quy vont jusques au fondement, randant le chemin presque inpratiquable et mesme le chemin quy va de Beaumond a Manosque et de Beaumont a Pertuis..." .6Ibid. f° 281 v°.7Ibid. f° 362 v°.
Dénominationsfortification d'agglomération
Aire d'étude et cantonPertuis
AdresseCommune : Beaumont-de-Pertuis
Adresse : 2e fortification d'agglomération
Cadastre : non cadastré

Enceinte construite peu avant 1374 ; partiellement détruite aux 18e et 19e siècle ; vestiges englobés dans des maisons ; primitivement flanquée de 4 tours et percée de 4 portes.

Période(s)Principale : 3e quart 14e siècle
Auteur(s)Auteur : maître d'oeuvre inconnu

Fragments de courtine en blocage de moellons ; flanquée de 3 tours demi cylindriques

Murscalcaire
moellon
État de conservationvestiges
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • Comptes du clavaire de Forcalquier, 1374-1375. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : B 1897.

  • [Beaumont-de-Pertuis] Délibération du conseil de la communauté, 1587-1607. Archives communales, Beaumont-de-Pertuis : BB 3.

  • Extraits du registre des délibérations du Conseil de la communauté de Beaumont-de-Pertuis, 1689-1703. Archives communales, Beaumont-de-Pertuis : BB 7.

  • Extraits du registre des délibérations du Conseil de la communauté de Beaumont-de-Pertuis, 1704-1717. Archives communales, Beaumont-de-Pertuis : BB 8.

  • Transaction passée entre le seigneur de Mirabeau et la communauté de Beaumont, 1663. Archives communales, Mirabeau : AA 1.

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