Dossier d’opération IA06004621 | Réalisé par
Benalloul Gabriel (Rédacteur)
Benalloul Gabriel

Chercheur en charge de l'inventaire du patrimoine au sein du service Ville d'art et d'histoire de Grasse.

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  • patrimoine de la villégiature, patrimoine de la villégiature de Grasse
Patrimoine de la villégiature de la ville de Grasse
Auteur
Copyright
  • (c) Ville d'art et d'histoire, Grasse

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Grasse
  • Adresse
    • Commune : Grasse

Contexte institutionnel et objectifs de la recherche

 

Contexte institutionnel

L’inventaire du patrimoine lié à la villégiature à Grasse fait l’objet d’une convention de trois ans ayant pris effet en août 2019. Elle a été passée entre la Ville de Grasse via le Service Ville d’art et d’histoire et le Service de l’Inventaire du Patrimoine de la Région Sud.

Cet inventaire est la troisième opération de ce type conduite sur le territoire. Un premier inventaire s’était intéressé au patrimoine des usines à parfum (2007-2009) et un deuxième au patrimoine des moulins hydrauliques (2011-2013). L’apport des deux études avait été synthétisé dans la publication du Cahier du patrimoine n°113 édité par Lieux-Dits, intitulé Grasse, l’usine à parfums, paru en novembre 2015 dans le cadre d’un partenariat entre les deux institutions.

Concernant l’étude de la villégiature sur le territoire de Grasse, la nouvelle convention porte sur l’encadrement scientifique et technique et l’hébergement de la documentation par le Service Régional de l’Inventaire.

 

Contexte de la recherche

La thématique du patrimoine de la villégiature fait l’objet d’une enquête nationale de l’Inventaire général depuis 1982. Localement des études thématiques comparables ont été réalisées (Hyères, Sainte-Maxime, Menton…) ou sont en cours (Nice, Cagnes-sur-Mer). Dans ce contexte, il a semblé intéressant d’intégrer la capitale des parfums à cette démarche de recherche et ainsi compléter la compréhension d’un phénomène qui a largement façonné la physionomie du Sud-Est de la France.

À l’échelle communale, une meilleure compréhension du bâti associé à la villégiature répond à des attentes multiples : aide à l’établissement des volets patrimoniaux de documents d’urbanisme ( PLU, OAP patrimoniales…), à l’enrichissement des médiations et animations autour du patrimoine.

Cadre de l’étude

 En termes scientifiques, l’exemple grassois présente quelques particularités que l’on peut relever.

Grasse n’est pas une ville balnéaire. Cependant, en tant que station climatique de moyenne altitude, elle a attiré des villégiateurs au même titre que ses voisines du littoral azuréen. Pour autant ce phénomène s’inscrit-il dans la même temporalité ? Procède-t-il des mêmes mécanismes et dispositifs de promotion ? S’est-il enraciné aussi solidement économiquement et du point de vue de l’urbanisme ? Quelles influences architecturales observe-t-on avec les réalisations des stations côtières ? A contrario, peut-on établir des distinctions notables ?

À cette approche comparative, un questionnement plus spécifique peut être proposé. Ainsi, comment l’essor de la villégiature à Grasse s’est-il accommodé du développement industriel de la parfumerie notamment à partir des années 1870 ? Autrement dit, comment a-t-on rendu compatibles les fumées d’usines avec la notion de station climatique mis en avant à Grasse ? Par ailleurs, on le sait, la seconde industrialisation voit l’émergence d’une élite économique locale qui adapte son cadre de vie à son nouveau statut. Quelles interactions se sont manifestées entre hivernants et capitaines d’industrie ? Quels témoignages peuvent être identifiés dans le bâti ancien ?

 

Éléments historiques

Pour comprendre la dynamique grassoise en matière de villégiature, trois éléments de contextualisation historique peuvent être évoqués : le rattachement de l’Arrondissement de Grasse au nouveau département des Alpes-Maritimes en 1860, l’avènement de la deuxième industrialisation qui influe sur les comportements des parfumeurs de la ville, l’émergence de la Côte-d’Azur comme nouvel élément identitaire.

 

·         La fondation des Alpes-Maritimes

L’importance de la création du département des Alpes-Maritimes se mesure selon un double effet. D’une part, on observe un basculement du centre de gravité du bassin grassois vers l’Est et l’ancien Comté de Nice. Ce changement s’accompagne d’une perte d’influence de Grasse qui pouvait se percevoir jusque-là comme la capitale de la Provence orientale. À une réelle perte de poids démographique et économique, notamment par rapport à Cannes, s’adjoint une dimension psychologique de peur de déclassement. Or, c’est aussi de ce sentiment que procèdent les velléités touristiques de la ville.

D’autre part, cet évènement a pour conséquence plus concrète le désenclavement de l’Est de la commune par la construction de la route de Nice. Faciliter les communications avec le nouveau chef lieux est un enjeu politique pour la cohésion de la nouvelle entité territoriale. C’est également le long de cette artère que se développe le premier et principal quartier de villégiature de la commune.

 

·         La seconde industrialisation

Malgré la reconfiguration administrative, Grasse n’abandonne pas sa vocation industrielle. Au contraire elle se renforce à la faveur de la deuxième industrialisation des années 1870. Cette réalité fait figure d’exception dans le paysage azuréen qui s’affirme. De sorte qu’à l’instar des membres de la famille Chiris, émergent localement des figures emblématiques du patronat industriel triomphant.

Comme ailleurs, le modèle de la fabrique qui intégrait le logement patronal périclite au profit du Factory System. Les chefs d’entreprises optent pour la construction de demeures hors les murs des sites de production. Ainsi, apparaît à Grasse une dynamique endogène d’aménagement de belles maisons dans les quartiers périphériques également investis par la poussée exogène de la villégiature. Cette « mixité », particulièrement prégnante dans le quartier évoqué plus haut, paraît une donnée importante à prendre en considération dans l’opération d’inventaire proposée.

 

·         L’émergence de la Côte d’Azur

Mais en dépit de sa stature industrielle, le territoire grassois n’a pas pu rester étranger ou spectateur du développement de la Côte d’Azur. Il en allait, notamment, du poids politique de la ville à l’échelle départementale ; de sa capacité, par exemple, à attirer des investissements publics dévolus à cette activité (installation d’un casino, création d’un établissement de bain…).

Les arguments pouvant justifier cette appartenance ne manquent pas et au premier titre celui de la proximité géographique. Situé sur les contreforts des Préalpes, le site grassois domine un large panorama ouvert sur les baies de Mandelieu et Cannes et partiellement sur la Baie des Anges. Seulement treize kilomètres le sépare du littoral. Idéalement exposé, il peut offrir aux visiteurs en quête de sérénité, un cadre naturel élégant, sain et ventilé répondant aux normes thérapeutiques promues par le courant hygiéniste.

Même son industrie, attachée au monde du luxe, véhicule une image en adéquation avec les valeurs encore aristocratiques de la Riviera Française. Cultiver et manipuler des fleurs délicates pour en capter le parfum aide à contrebalancer une réalité moins valorisante des usines et de la production. Toutefois ce volontarisme ne doit pas conduire à surestimer l’ancrage de la villégiature dans la société grassoise. En effet, si ce phénomène s’est manifesté par des réalisations et évènements notables (domaine d’Alice de Rothschild, séjour de la Reine Victoria) il s’est aussi heurté à des freins dont l’étude doit pouvoir rendre compte patrimonialement.

 

Constitution d’une documentation historique

Schématiquement, l’expansion urbaine de Grasse de la seconde partie du XIXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale s’est faite à partir du cœur urbain historique qui continue d’agir comme un élément de centralité. C’est là que se concentre l’essentiel du logement populaire, du commerce de proximité et des fonctions administratives et politiques.

Au sud se développe de proche en proche un urbanisme lié à la production industrielle. Il est fortement conditionné par la présence des deux voies de chemin de fer et la création de l’avenue de de la Gare. De lui émane l’urbanisation résidentielle de la plaine à partir des Trente Glorieuses.

À l’Est, au Nord et à l’Ouest, naissent des quartiers résidentiels dont le moteur est le réaménagement de la route reliant Draguignan à Nice. Contrairement à ce que l’on peut observer ailleurs la croissance urbaine de Grasse de ces années n’a pas vu la création de nombreux immeubles à logements ni un programme d’aménagement concerté. Il s’agit essentiellement d’un urbanisme diffus fait de maisons ou villas individuelles avec jardin. Environ deux cent ont été recensées pour ces années. Parmi elles, certaines procèdent de l’économie de séjours. D’autres ne le sont pas. Toutes n’ont pas la même ambition architecturale ni le même intérêt patrimonial.

Dans ce cadre, afin de bien saisir la variété des situations, il semble nécessaire de documenter historiquement les réalisations les plus emblématiques. Ainsi, une sélection de quatre-vingt sites fait l’objet de recherches documentaires plus poussées, fondées sur le croisement systématique des cadastres et des archives des hypothèques et des notaires. À ce socle, viennent s’ajouter des investigations dans d’autres fonds, comme celui de la société de travaux Joseph Cresp conservé aux Archives départementales des Alpes-Maritimes ou de la presse ancienne. Malheureusement, les dossiers d’autorisation et permis de construire sont inexistants jusqu’à 1945.

 

L’approche territoriale

 

Le quartier Malbosc

À partir de cette documentation, les interactions entre les différentes dynamiques de l’aménagement des quartiers résidentiels apparaissent plus clairement.

Elles confirment notamment que la villégiature grassoise, dans sa forme la plus aboutie, s’est surtout concentrée dans le quartier Est de la ville, dit de Malbosc. C’est là que l’on trouve les deux anciens palaces de la cité et les principaux hôtels, la constitution du domaine de 156 hectares d’Alice de Rothschild qui suscite la venue de la Reine Victoria en mars 1891, l’implantation d’une communauté anglicane avec la construction d’un temple, la présence de personnages célèbres comme les auteurs Yvan Bounine ou Francis De Croisset ou le banquier américain John Henri Harjes. C’est, enfin, à cet endroit que se concentrent des réalisations architecturales remarquables, dont certaines sont le fruit de collaborations intéressantes comme celles avec Ferdinand Bac ou avec Léon Le Bel.

Par ailleurs, c’est également dans ce quartier que se concentrent les principales demeures des notabilités locales, dont les parfumeurs. Ainsi, le quartier de Malbosc témoigne de la spécificité grassoise de deux réalités sociales fortement imbriquées. Aussi, en terme de méthode d’investigation, il semble opportun de privilégier l’étude des principaux sites de cet espace sous forme de dossiers individuels.

 

Les autres espaces

Ce resserrement du corpus autours d’un phénomène patrimonial singulier et circonscrit ne doit pas occulter l’expansion des quartiers résidentiels Nord et Ouest de la ville, ni les constructions isolées comme la l'Espérance dans le quartier rural du Roure de la Gache. En effet, même si la qualité des réalisations ou la présence de la villégiature sont moins significatives, ces quartiers répondent en écho au phénomène à l’œuvre dans le quartier Malbosc. Leur prise en considération s’avère utile, notamment, pour l’étude des formes et influences architecturales.

Deux niveaux d’influences stylistiques semblent en vigueur. D’une part celle qu’exercent les grandes réalisations du littoral azuréen essentiellement sur les aménagements du quartier Malbosc. D’autre part, un mouvement interne de contagion du quartier Est vers les quartiers Ouest et Nord.

L’adoption de références architecturales communes à l’échelle du territoire dote le paysage grassois des marqueurs communément associés à la Côte-d’Azur. Toutefois, ces sites ne feront pas l’objet systématiquement de dossiers individuels. Seules quelques réalisations particulièrement significatives seront analysées.

 

Le patrimoine complémentaire

Le patrimoine lié à la villégiature à Grasse concerne essentiellement des édifices construits durant la Belle Epoque et l’Entre-Deux-Guerres. Cela comprend aussi des réalisations à usages collectifs comme le casino municipal, les bains, l’établissement de soins Hélios, les quatre hôtels et les deux palaces qu’il conviendra de prendre en compte en tant qu’infrastructure de villégiature. De même, les villas détruites telles que la villa Harjes feront l’objet de dossiers individuels en raison de leur importance historique et patrimoniale.

Pour finir, l’économie de séjour s’est poursuivie après la Seconde Guerre mondiale. Ses évolutions n’ont pas donné lieu à des mutations profondes des pratiques et du tissu urbain de Grasse. Les tendances existantes se sont maintenues parallèlement à l’émergence d’un tourisme estival avec la création d’au moins deux villages de vacances, quelques rares hôtels de séjours de moyenne gamme, et surtout l’essor des gîtes ruraux.

À cette offre locative s’adjoint un flux constant d’achat et revente de maisons secondaires, qu’il s’agisse de constructions neuves ou de réhabilitations de propriétés rurales anciennes, parfois à grands frais. À ce titre, les sources de l’attractivité de Grasse demeurent semblables à celles du début du 20e siècle : climat clément, ruralité, tranquillité, retrait par rapport à l’effervescence du littoral… Cependant, par souci de cohérence méthodologique et d’adaptation de la thématique à la demande de la collectivité, les réalisations plus récentes ne feront pas l’objet de recherches.

 

Image non communicable
Date(s) d'enquête : 2019 - 2024 ; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général
Benalloul Gabriel
Benalloul Gabriel

Chercheur en charge de l'inventaire du patrimoine au sein du service Ville d'art et d'histoire de Grasse.

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