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village de Blieux

Dossier IA04001170 réalisé en 2008

Fiche

Œuvres contenues

I. Localisation

Le site historique du village prend place sur l’extrémité orientale de l’éperon rocheux de la Barre de l’Échelette, un massif calcaire orienté nord-ouest / sud-est. Perché à environ 1 000 m. d’altitude, il domine la vallée de l’Asse de Blieux en contrebas, à l’est. Il s’agit donc d’une position défensive qui permettait de contrôler l’accès à Majastres ainsi que les ressources agricoles du territoire communal. À 23 km. de Castellane, 10 de Senez, on accède au village depuis l’ancienne route nationale 85 dite Napoléon (aujourd’hui départementale 4085) par un pont qui franchit l’Asse après une route sinueuse, la départementale 21, qu’il faut suivre sur une distance de 7 km. Elle a été construite dans les années 1936-1937 afin d’améliorer le réseau viaire séculaire.

L’ancien quartier de l’Église aujourd’hui appelé des Ferrajas, à l’est du village historique, sur le versant adret, s’est vu progressivement intégré au site historique. Depuis le second tiers du 20e siècle, il concentre les deux seuls commerces encore ouverts dans le village. La carte 1 ci-dessous situe les principales activités administratives et économiques à l’intérieur de l’ancien rempart, à partir du cadastre napoléonien (section Gu) :

Carte 1. - Localisation des principales activités administratives et économiques à l’intérieur de l’ancien rempart, à partir du cadastre napoléonien (section Gu). Carte 1. - Localisation des principales activités administratives et économiques à l’intérieur de l’ancien rempart, à partir du cadastre napoléonien (section Gu).

II. Présentation historique – la vie religieuse, les mœurs

On ne sait pas grand-chose du village avant la décision de procéder au renforcement de l’enceinte fortifiée vers 1420 (voir dossier individuel correspondant, REF IA04001201) sinon que le village était au début du 14e siècle l’une des localités les plus peuplées de la baillie de Castellane. Au premier quart du 15e siècle le village était déjà protégé par une enceinte doublée d’une maison forte « nommée Bellegarde »1. La volonté d’améliorer les structures existantes se justifie certes par l’atmosphère troublée dans laquelle baignait la Provence à cette époque, mais l’importance stratégique et économique de Blieux explique en grande partie cette opération d’ampleur pour laquelle le coseigneur des lieux, Jacques de Pontevès, accordait un délai de quinze ans à la communauté.

Le village possède ses armoiries : « porte d’or à chien rampant et contourné d’azur, langué de gueules, accolé d’or, coupé de gueules, à un pont de trois arches d’argent, maçonné de sable. Le pont vient des armes de Pontevès (armes parlantes) »2. On appelait les Blieuxois « les étrangleurs d’ânes » – « lei estranglo saumo », en référence aux bêtes de somme surchargés de matériel et de vivres utilisés par la population dans ce contexte montagneux.

Le village atteint son maximum démographique au début du 19e siècle (voir ci-dessous). Sa volonté de développer ses activités commerciales la fait se doter d’une foire annuelle d’abord fixée au premier lundi du mois d’août par délibération du conseil municipal (9 mars 1852) avant de la repousser dix ans plus tard (délibération du 11 mai 1862) au premier lundi après le 22 août, afin de ne pas perturber la période des moissons qui se tenait traditionnellement entre le 25 juillet et le 15 août.

Le 22 août correspond à la fête locale, toujours respectée aujourd’hui, qui donnait lieu à des réjouissances et à une procession du village à l’église paroissiale Saint-Symphorien au quartier de l’Église actuellement quartier des Ferrajas. Son déroulement s’inscrit dans une tradition bas-alpine que l’on retrouve dans d’autres communes et que décrit Georges Gayol : « La fête s’ouvrait au son des fifres et des tambours. Une procession, avec en tête un "chef de la jeunesse" suivi par les jeunes gens "sous les armes" se rendait à l’église Saint-Symphorien pour assister à la grand-messe. À l’offertoire, les jeunes gens allaient à l’offrande, portant le fusil sous le bras gauche, le premier tenant à la main droite une épée nue au bout de laquelle se trouvait une pomme parsemée de pièce de monnaie. Cette épée passait successivement d’une main à l’autre jusqu’au dernier soldat, chacun ajoutant une pièce. Alors le clerc enlevait la pomme et gardait le produit de l’offrande »3.

La vie religieuse était particulièrement développée au village. Blieux comptait environ 600 communiants en 17184. Mais les débordements irritaient considérablement l’évêque du diocèse de Senez, Monseigneur Soanen, ainsi qu’il le consigne dans une ordonnance rendue à Blieux le 22 mai de la même année : « Et attendu qu’on a dansé publiquement entre garçons et filles dans le chef-lieu durant deux dimanches, malgré la connaissance qu’on en a eüe que nous en avions fait un cas réservé, nous déclarons nulles les absolutions si elles ont été réservées, nous déclarons nulles les absolutions si elles ont été données aux filles, sans avoir auparavant demandé pardon dans l’église et de même aux hommes s’ils ne sont pas venus nous trouver pour être absous par nous… »5. D’une manière générale Monseigneur Soanen relève régulièrement les infractions à la morale chrétienne et à la doctrine religieuse pour le village de Blieux. Là encore ces critiques ne sont pas propres à Blieux mais le village est tout de même souvent pris comme comparant négatif sur maints aspects de la vie quotidienne : cabarets ouverts pendant les offices, moulins et fours travaillant le dimanche et autres comportements touchant à la moralité.

Les conflits n’étaient pas rares entre les différents quartiers (voir le dossier de présentation de la commune, REF IA04001168) et particulièrement entre le village et les différents quartiers de Blieux. Le cas des Ferrajas est à ce titre éloquent. Georges Gayol évoque une « rivalité » probable entre la chapelle Saint-Pierre à l’intérieur des fortifications et l’église Saint-Symphorien qui occupait un rang supérieur6. Surtout, le long et douloureux conflit relatif à la construction de la mairie-école de Blieux s’avère significatif (REF IA04001272). Les habitants du village et ceux des Ferrajas s’opposèrent parfois violemment qui pour conserver ses institutions (le village), qui pour les récupérer (les Ferrajas, qui échouèrent une première fois en 1872 avant d’obtenir gain de cause en 1936), ces affrontements verbaux nécessitant même l’intervention des autorités administratives (préfecture de département et Ministère de l’Éducation nationale).

Le village disposait de commerces (cafés, bureaux de tabac, mercerie, agence postale) et de services administratifs (mairie) ainsi que de deux écoles, l’une de garçons, l’autre de filles. Il n’en reste plus rien depuis la fin du premier tiers du 20e siècle. Avec l’inexorable dépérissement du centre historique le quartier des Ferrajas a pris la relève : il concentre toute l’activité du village avec une épicerie qui tient également lieu de café et permet d’approvisionner le camping municipal donc d’assurer des recettes par le biais du tourisme vert estival. La mairie et le groupe scolaire, finalement déplacés dans un bâtiment construit à cette occasion à la fin des années 1930, la structure abritant ces deux fonctions sur la place du village étant devenue totalement obsolète, insalubre et dangereuse, ont subi des fortunes diverses : si la mairie demeure, l’école primaire mixte a fermé ses portes, faute d’élèves, en 1986 : le logement de l’instituteur au premier étage de la construction, qui appartient à la commune, est loué sous forme d’appartement à des particuliers.

III. Peuplement

Les chiffres du tableau ci-dessous révèlent une baisse quasiment constante de la population villageoise (un seul « accident » en 1906) :

1841

1846

1851

1856

1861

1866

1872

1876

1881

1886

1891

1896

1901

1906

1921

1926

1931

1936

2006

202

196

197

170

162

148

134

110

103

87

72

62

58

75

59

36

26

36

8

Tableau 1 - Nombre d'habitants au village de Blieux entre 1765 et 2006 (source G. Gayol et INSEE)

La comparaison montre que le village a progressivement perdu son influence prépondérante sur les autres quartiers dans la seconde moitié du 19e siècle, avant de voir ses activités péricliter du fait de l’exode rural. Toutefois, les données permettent de statuer sur un état de faits depuis le second tiers du 19e siècle (1841) seulement sans préjuger de la situation antérieure. Le déclin a pu débuter plus tôt (voir ci-dessous). Avec une population stabilisée au-dessous de 10 habitants, un peu plus l’été car certaines habitations sont des résidences secondaires et occupées en période estivale et parfois pendant les autres congés annuels, on a du mal à imaginer son importance encore au début du 19e siècle.

Il semble en outre que certains quartiers ont très tôt affiché une population parfois comparable donc une importance capitale face au village, preuve de leur relative indépendance par rapport au chef-lieu et aussi entre eux-mêmes. Ainsi, si le village compte 202 habitants en 1841, Thon, Chaudoul et La Melle ne sont pas en reste (respectivement 177, 127 et 123). Entre 1886 et 1901 fait unique, les quartiers de Chaudoul et de Thon dépassent même chacun la population du chef-lieu (voir les chiffres en annexe). En 2004, avec 8 habitants, le village est dépassé par les Ferrajas (14) habitants, le Bas et Haut Chaudoul (9), Plan d’Asse (9), et tutoyé par Thon (7).

IV. Organisation du bâti et réseau viaire

L’implantation à l’intérieur du rempart était loin d’être égale, le terrain présentant un fort relief et des affleurements de roche constants. Les fortifications ont été vraisemblablement édifiées avec des pierres provenant de l’ancienne carrière sur la Barre de l’Échelette, à proximité (et dont la ferme dite du Taillet garde le souvenir puisqu’un tailleur de pierre l’occupait encore au début du siècle dernier, comme en témoignent d’ailleurs certains blocs calcaire dégrossis derrière le bâtiment [voir le dossier individuel, REF IA04001241])

Le village disposait d’une chapelle, contre le rempart, dans un coude qu’il dessine en sa portion ouest (sous le vocable Saint-Pierre, voir la carte 1). Il ne reste rien de cet édifice qu’un tas de pierre au sol sans aucune élévation discernable. À peine peut-on estimer d’après le cadastre ancien et actuel ainsi que par les restes sur place que l’édifice devait s’inscrire dans un rectangle régulier – avec un léger renfoncement au niveau du chœur – de 10 m. sur 6 m. environ.

La tour de guet, dans la partie sud-ouest, élément de l’ancien château disparu, est aussi en ruine, mais on peut encore appréhender son parement en moyen appareil destiné à masquer le fourrage en maçonnerie de moellons calcaire noyés dans le mortier. Les habitants s’en sont servi comme carrière de pierre, ainsi qu’il apparaît très visiblement pour une partie de l’élévation sud du bâtiment occupant la parcelle 1028 (REF IA04001229).

Un rapport fournit une image de la réalité du village à la fin de l’Ancien Régime et permet de considérer ce qu’il convient peut-être d’appeler les prémices d’un déclin. On y apprend que :

ledit lieu est bâti sur un coteau en rocher ferme penchant et élevé où il y a une place et deux fontènes publiques, ces dernières sujettes annuellement à un entretien dispendieux. Les avenues au dit lieu sont fort pénibles. Les maisons en partie paraissent être en bon état et le restant dans un autre très mauvais, il y a beaucoup de cazaux [maisons ruinées], des maisons inhabitées et abandonnées.[…] le nombre des maisons habitées dans ledit lieu est de soixante, celuy des non habitées de cinquante un et celui des cazaux de vingt huit7.

On dénombre donc en 1775 139 habitations au total dans le village (habitations car le cadastre de 1811 mentionne 145 parcelles au total, comprenant notamment les entrepôts) dont seules 43 % sont occupées et 20 % sont ruinées. Les chiffres manquent malheureusement pour déterminer même approximativement le nombre d’habitants au village avant le 19e siècle, mais il est probable au vu des données du document ci-dessus que la perte d’influence pourrait remonter dès la seconde moitié du 18e siècle, au profit (peut-être) des quartiers environnants, avant un déclin généralisé de la commune après le premier tiers du 19e siècle.

La situation du village sur un éperon ne disposant pas de réelle surface plane détermine une implantation du bâti dans la pente. Seule la place dite de la Fontaine ménage un étroit replat. Le cadastre napoléonien levé en 1811 permet d’apprécier la répartition des constructions à l’intérieur des remparts bas-médiévaux, qui s’organise en îlots selon le tableau ci-dessous (voir également la carte 2 ci-dessous) :

Carte 2. - Répartition des îlots du village de Blieux d’après le cadastre napoléonien de 1811 (section Gu).Carte 2. - Répartition des îlots du village de Blieux d’après le cadastre napoléonien de 1811 (section Gu).

Nombre de parcelles bâties par îlot

Catégorie A

Catégorie B

Catégorie C

inférieur à 5

inférieur à 10

égal ou supérieur à 10

Nombre d’îlots(31 au total)

19

8

4

Répartition(nbe de parcelles par îlot)

- 5 à 1

- 3 à 2

- 5 à 3

- 6 à 4

- 4 à 5 (îlots 5, 9, 10, 11)

- 2 à 7 (îlots 7, 12)

- 2 à 8 (îlots 6, 8)

- 1 à 10 (îlot 2)

- 1 à 11 (îlot 1)

- 1 à 12 (îlot 3)

- 1 à 13 (îlot 4)

Tableau 2 - Répartition du nombre de parcelles bâties par îlot

La partie orientale du village constitue en 1811 la zone où la densité du bâti est la plus prononcée : on y trouve 3 îlots de catégorie C (îlots 1, 2 et 3), et 4 îlots de catégorie B (5, 6, 7 et 8). À l’opposé, 2 îlots (4, catégorie C, 12, catégorie B) occupent la zone occidentale. On constate toutefois que les îlots 1 et 2 dans la partie orientale, formant un arc de cercle, s’ils appartiennent à la catégorie C, sont également très distendus, avec un nombre élevé de parcelles non édifiées (10 sur les 20 de l’îlot 2, 5 sur les 15 de l’îlot 1). C’est aussi le cas de l’îlot 5 (catégorie B, 5 parcelles bâties contre 10 non bâties). Logiquement, les terrains vagues et autres terres labourables, peu nombreuses en zone agglomérée, se situent plutôt en périphérie. Sur les 38 parcelles concernées, 34 soit près de 90 % sont dans ce cas, et 16 appartiennent aux îlots mentionnés 1 et 2 (26 si l’on ajoute l’îlot 5).

La carte de répartition du bâti par îlot fait donc apparaître une frange plus dense dans la partie médiane du village où l’on trouve 9 des 11 îlots de catégorie B et C. D’ailleurs, on observe que cet ensemble d’îlots est cerné par deux rues principales d’orientation nord-ouest/sud-est qui se rencontrent à la pointe de l’éperon rocheux. Une troisième rue transversale est discernable au centre de l’ensemble, et peut-être une quatrième, plus courte sans certitude. Une cinquième rue monte de l’ancien portail situé au sud-est jusqu’à la pointe de l’éperon rocheux, dans une zone très peu bâtie. En tout état de cause le plan masse établi par le cadastre ancien ne permet pas de déterminer la présence certaine de rue dans un axe complémentaire (orientation nord-est/sud-ouest) pour former une trame orthogonale.

Selon ces données, il semble que le réseau viaire, dans cet ensemble aggloméré à l’intérieur des fortifications, suive une distribution dominante sinon exclusive nord-ouest/sud-est. Georges Gayol apporte des informations complémentaires sur ce point :

En 1841, le village était détaillé par rues, au nombre de 4. La rue Saint-Pierre était la plus importante avec 25 familles et 88 habitants, la rue de la Place, 13 familles, 50 habitants, la rue du Portal, 14 familles, 50 habitants et la rue du Serre, 6 familles, 17 habitants, soit 58 familles et 205 habitants. En 1851, il n’était plus fait état que de 2 rues, la rue du Portail à Saint-Pierre avec 33 maisons, 33 familles et 107 personnes et la rue de Saint-Étienne à la Vieille Fontaine, 22 maisons, 22 familles et 87 personnes, soit, en tout, 55 familles et 194 habitants.

Toute la difficulté réside dans l’identification de ces rues dont les noms ne correspondant pas toujours à des bâtiments fixes. Comment déterminer le tracé de la rue de Saint-Étienne en 1851 alors qu’elle n’existait pas en 1841 ? Peut-être a-t-elle emprunté une portion d’ancienne rue, mais comment savoir précisément ? La rue du Serre en tout cas paraît être l’axe en limite sud du périmètre le plus dense au village. Il faudrait donc que cette rue dont on perd le nom entre 1841 et 1851 ait changé d’appellation, car elle n’a pas disparu entre temps, et demeure encore repérable aujourd’hui. Elle devait conduire jusqu’au château, et longe toujours un peu plus de 2 mètres en contrebas une barre rocheuse qui représente la partie la plus haute du village. Ensuite, le terrain plonge de manière abrupte : c’est à cet emplacement que le rempart sud prenait place ; il en reste d’ailleurs quelques vestiges (REF IA04001201).

Le rapport de juillet 1775 cité plus haut signalait que « les rues sont étroites et mal formées et le pavé très mal entretenu ». Force est de reconnaître qu’actuellement l’ancien réseau viaire est presqu’entièrement effacé : des sentiers sinueux s’inscrivant dans la pente se sont créés sur les ruines des habitations abandonnées. D’autres sont taillés dans la roche pour assurer le passage d’une rue transversale à l’autre. Ne subsistent actuellement que 18 parcelles bâties : le reste a totalement périclité.

Au vu de la forme et de l’implantation des îlots, il est délicat de comprendre la logique de distribution du bâti dans le village : les îlots ont-ils déterminé le tracé des rues et venelles ou est-ce l’inverse ? Les parcelles construites se répartissent quasiment toutes sur le versant ubac de la barre rocheuse, la tour de guet occupant le point le plus élevé à l’intérieur des anciennes fortifications. Le morcellement des îlots – 31 en tout sur un espace réduit inférieur à 2,5 hectares intra muros dont plus de 60 % pour les îlots de catégorie A – est frappant dès le début du 19e siècle. Le rapport de 1775 indique que la décroissance et donc l’abandon de certaines habitations ruinées ou en phase de l’être était déjà en cours. L’état du parcellaire a donc dû changer entre 1775 et 1811 et accentuer l’effet d’émiettement. Si bien que l’on a le sentiment d’être face à un puzzle auquel il manquerait bon nombre de pièces et dont la disposition, parfois, ne respecterait pas l’agencement convenable.

Quelle est la situation en 1811 ? Il n’y a pas de forme dominante. Le bâti sur l’îlot est ainsi isolé (îlots monoparcellaires, îlot 5), ouvert (îlots 1, 2, 5) ou fermé (îlots 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11 et 12) Seule la partie orientale du village permet de discerner un tissu sinon urbain du moins relevant d’une trame agglomérée organisée au sein de laquelle on remarque l’espace vide formé par la place de la Fontaine, bordée par les îlots 1, 3 et 6. Dans cette zone qui épouse le dessin en biseau des fortifications la configuration s’apparente à une disposition en village-tas constitué d’îlots peu denses. Ailleurs, il est impossible, d’après le cadastre ancien, d’établir une cohérence générale satisfaisante. Le village semble avoir déjà trop souffert des avanies du temps (abandons successifs et destruction afférente d’une partie du bâti délaissé). Il est en revanche probable que le plan de 1811 donne encore à lire une disposition héritée de l’époque médiévale, avec un noyau bâti plus dense et organisé dans la zone orientale intra muros, alors que le château avec sa tour de guet occupait la zone opposée. L’espace intermédiaire libre a pu se bâtir progressivement, selon une organisation plus anarchique. La partie sud-occidentale, présentant déjà un bâti lâche (malgré l’îlot 12 de catégorie B) sur un plan incliné de la roche, est aujourd’hui totalement arasée, couverte d’herbes sauvages, vierge de construction. Certaines pierres marquent cependant l’ancienne présence de bâti ponctuel.

On remarquera que les parcelles non édifiées correspondant aux terres vagues voire labourables occupent les parties où le relief est le plus marqué : îlots 1, 2, 5, mais aussi extrémité nord-occidentale (lot de 6 parcelles, 45 à 50).

Il ne reste plus désormais que 18 parcelles bâties, chacune ne correspondant pas à une habitation (ainsi des parcelles 1008 ou encore 1085), certaines étant d’ailleurs abandonnées (parcelles 998, 1028 ou 1043). Autrement dit le village « intra muros » a perdu près de 90 % de son bâti depuis 1811 (87,6 %), ce qui s’assimile à une véritable décrépitude.

Le chemin qui menait du village historique au quartier des Ferrajas, avant la construction de la route départementale, existe encore ; caladé, il descend de l’éperon rocheux pour traverser en contrebas le Thouron, un affluent de l’Asse de Blieux, grâce à un pont qui est encore en service aujourd’hui, même si largement délaissé (voir dossier individuel correspondant), avant de remonter à l’ancien quartier de l’Église, exposé à l’adret.

V. Économie rurale

Le village disposait d’un four communal (parcelle ruinée 1982 A3 1023 et carte 1, ancienne parcelle 1811 Gu 20) remplacé à l’extrémité ouest de la place de la Fontaine par un autre dont le fournil fut aménagé en écurie dans la première moitié du 20e siècle. Il sert de nouveau aujourd’hui, une fois l’an, pour la fête du village (REF IA04001236) . Les commerces ont tous périclité hormis le café et l’épicerie au quartier des Ferrajas (ces deux derniers sont aussi plus récents, vers le milieu des années 1950) et ressortissaient des fonctions traditionnelles (café, mercerie, restaurant…). La forge, située sur l’ancienne parcelle 171 ou 173, est tombée en désuétude dès avant la Seconde Guerre mondiale, et l’emplacement est aujourd’hui vide, le bâti ayant disparu. On remarque aussi que Blieux ne présentait pas de réelle vie de village, l’organisation s’établissant par quartiers, parfois éloignés (la Melle, la Castelle, Culmignosc…) et qui de ce fait devaient pourvoir à certaines nécessités. Plan d’Asse, par exemple, avait son propre café.

1Noël Coulet, « Document : Construction d’une enceinte à Blieux en 1420, dans Provence historique, tome LVIII, fascicule 232, avril-mai-juin 2008, p. 217. 2Georges Gayol, Histoire de Blieux, un village des Alpes-de-Haute-Provence, s. l., juillet 2008, p. 2. 3Gayol, op. cit., p. 13-14. 4Raymond Collier, La vie en Haute Provence de 1600 à 1850, Digne, Société scientifique et littéraire des Alpes de Haute-Provence, coll. « Haute-Provence », 1973, p. 368. 5Collier, op. cit., p. 389. AD Alpes de Haute-Provence, 2G 17 folio 478 sq. 6Gayol, op. cit., p. 47. Le presbytère, vaste bâtisse aujourd’hui fermée car proche de la ruine, fut construit à proximité immédiate de l’église paroissiale, scellant en quelque sorte la délocalisation du pouvoir spirituel du village vers le quartier des Ferrajas dès la fin du premier tiers du 19e siècle.7Gayol, op. cit., p. 25.
Dénominations village
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Barrême
Adresse Commune : Blieux
Cadastre : 1811 G ; 1982 A3, AB

On ne sait pas grand-chose du village avant la décision de procéder au renforcement de l’enceinte fortifiée vers 1420 sinon que le village était au début du 14e siècle l’une des localités les plus peuplées de la baillie de Castellane. Au premier quart du 15e siècle le village était déjà protégé par une enceinte doublée d’une maison forte « nommée Bellegarde ». La volonté d’améliorer les structures existantes se justifie certes par l’atmosphère troublée dans laquelle baignait la Provence à cette époque, mais l’importance stratégique et économique de Blieux explique en grande partie cette opération d’ampleur pour laquelle le coseigneur des lieux, Jacques de Pontevès, accordait un délai de quinze ans à la communauté. Le village atteint son maximum démographique dans le deuxième quart du 19e siècle. Le village disposait de commerces (cafés, bureaux de tabac, mercerie, agence postale) et de services administratifs (mairie) ainsi que de deux écoles, l’une de garçons, l’autre de filles. Il n’en reste plus rien depuis la fin du premier tiers du 20e siècle. Avec l’inexorable dépérissement du centre historique le quartier des Ferrajas a pris la relève : il concentre toute l’activité du village avec une épicerie qui tient également lieu de café et permet d’approvisionner le camping municipal donc d’assurer des recettes par le biais du tourisme vert estival. La mairie et le groupe scolaire, finalement déplacés dans un bâtiment construit à cette occasion à la fin des années 1930, la structure abritant ces deux fonctions sur la place du village étant devenue totalement obsolète, insalubre et dangereuse, ont subi des fortunes diverses : si la mairie demeure, l’école primaire mixte a fermé ses portes, faute d’élèves, en 1986 : le logement de l’instituteur au premier étage de la construction, qui appartient à la commune, est loué sous forme d’appartement à des particuliers. Il ne reste plus désormais que 18 parcelles bâties, chacune ne correspondant pas à une habitation (ainsi des parcelles 1008 ou encore 1085), certaines étant d’ailleurs abandonnées (parcelles 998, 1028 ou 1043). Autrement dit le village « intra muros » a perdu près de 90 % de son bâti depuis 1811 (87,6 %), ce qui s’assimile à une véritable décrépitude.

Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine

Le site historique du village prend place sur l’extrémité orientale de l’éperon rocheux de la Barre de l’Échelette, un massif calcaire orienté nord-ouest / sud-est. Perché à environ 1 000 m. d’altitude, il domine la vallée de l’Asse de Blieux en contrebas, à l’est. Il s’agit donc d’une position défensive qui permettait de contrôler l’accès à Majastres ainsi que les ressources agricoles du territoire communal. À 23 km. de Castellane, 10 de Senez, on accède au village depuis l’ancienne route nationale 85 dite Napoléon (aujourd’hui départementale 4085) par un pont qui franchit l’Asse après une route sinueuse, la départementale 21, qu’il faut suivre sur une distance de 7 km. L’implantation à l’intérieur du rempart était loin d’être égale, le terrain présentant un fort relief et des affleurements de roche constants. Les fortifications ont été vraisemblablement édifiées avec des pierres provenant de l’ancienne carrière sur la Barre de l’Échelette, à proximité et dont la ferme dite du Taillet garde le souvenir puisqu’un tailleur de pierre l’occupait encore au début du siècle dernier, comme en témoignent d’ailleurs certains blocs calcaire dégrossis derrière le bâtiment. Le village disposait d’une chapelle, contre le rempart, dans un coude qu’il dessine en sa portion ouest (sous le vocable Saint-Pierre, voir la carte 1). Il ne reste rien de cet édifice qu’un tas de pierre au sol sans aucune élévation discernable. À peine peut-on estimer d’après le cadastre ancien et actuel ainsi que par les restes sur place que l’édifice devait s’inscrire dans un rectangle régulier – avec un léger renfoncement au niveau du chœur – de 10 m. sur 6 m. environ. La tour de guet, dans la partie sud-ouest, élément de l’ancien château disparu, est aussi en ruine, mais on peut encore appréhender son parement en moyen appareil destiné à masquer le fourrage en maçonnerie de moellons calcaire noyés dans le mortier (fig. 05). Les habitants s’en sont servi comme carrière de pierre, ainsi qu’il apparaît très visiblement pour une partie de l’élévation sud du bâtiment occupant la parcelle 1028. La situation du village sur un éperon ne disposant pas de réelle surface plane détermine une implantation du bâti dans la pente. Seule la place dite de la Fontaine ménage un étroit replat. Le chemin qui menait du village historique au quartier des Ferrajas, avant la construction de la route départementale, existe encore ; caladé, il descend de l’éperon rocheux pour traverser en contrebas le Thouron, un affluent de l’Asse de Blieux, grâce à un pont qui est encore en service aujourd’hui, même si largement délaissé, avant de remonter à l’ancien quartier de l’Église, exposé à l’adret.

Statut de la propriété propriété privée
propriété de la commune, []

Références documentaires

Bibliographie
  • GAYOL, Georges. Histoire de Blieux, un village des Alpes de Haute-Provence. Association du patronyme Deblieux : 2008.

    Histoire du village de Blieux
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Mosseron Maxence