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Chapelle Saint-Christophe

tableau, ex-voto : Saint Pancrace (?), saint Christophe portant l'Enfant, et saint Barthélemy

Dossier IM04002279 réalisé en 2010

Fiche

Dénominations tableau, ex-voto
Titres Saint Pancrace (), saint Christophe portant l'Enfant, et saint Barthélemy (?)
Parties constituantes non étudiées cadre
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Castellane
Adresse Commune : Rougon
Lieu-dit : près de Rougon
Emplacement dans l'édifice Nef.

Ce tableau est, ainsi que l'indiquent les registres de la fabrique paroissiale de Rougon, une commande passée conjointement par Michel Audibert (héritier de Barthélémi Achard) et Calixte Maynard (beau-fils et héritier de Bernard Bernard), à la demande expresse, "par obligation de dernière volonté", de ces deux personnages dont ils sont les héritiers ; le tableau est alors explicitement destiné à l'autel de la chapelle Saint-Christophe. Bernard Bernard et Barthélémi Achard sont deux résidents de Rougon, propriétaires, le premier est nommé expert dans le cadre d'un legs le 18 prairial an XII (7 juin 1804), il est adjoint au maire et ménager en 1808, il meurt le 9 mai 1811 à 60 ans ; le second est cultivateur, il meurt le 6 février 1810 à 76 ans. Il s'agit probablement d'un ex-voto à saint Christophe. Celui-ci est représenté sur le tableau accompagné de deux autres saints : si l'identification de saint Barthélemy, saint patron de Barthélémi Achard, ne pose pas problème, celle du saint à gauche de saint Christophe est plus difficile. Raymond Collier estime qu'il s'agit de saint Domnin un des premiers évangélisateurs du diocèse de Digne. Il pourrait également s'agir de saint Expédit patron des plaideurs en cours de procès ou de saint Pancrace, saint patron des parjures. La tradition orale locale donne comme origine de la demande de Barthélémi Achard et Bernard Bernard un remerciement à saint Christophe pour une affaire d'assassinat. Le tableau pourrait avoir été peint par Joseph Féraud, d'après le registre des délibérations du conseil de fabrique. J Féraud, ébéniste de profession, résidant à Draguignan semble également officier en tant que peintre dans la région.

Période(s) Principale : 1er quart 19e siècle
Dates 1814
Lieu d'exécution Édifice ou site : Provence-Alpes-Côte d'Azur, 83, Draguignan
Auteur(s) Auteur : Féraud Joseph,
Joseph Féraud

Ebéniste de profession, résidant à Draguignan, il officie également en tant que peintre et restaurateur dans le département des Alpes-de-Haute-Provence dans le courant du 19e siècle.


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peintre, (?)

Tableau rectangulaire vertical avec un cadre rapporté peint. Toile de tissage irrégulier (2 toiles différentes pour chacun des lés, le plus petit présente un tissage plus grossier) en 2 lés inégaux ; couleur de préparation blanche, couche picturale épaisse.

Catégories peinture
Structures rectangulaire vertical
Matériaux toile, support, en 2 lés, peinture à l'huile
bois, peint
Précision dimensions

Dimensions du jour du cadre : h = 182 ; la = 154,5. Dimensions du cadre : la = 12,5.

Iconographies saint Domnin, ?
saint Pancrace, ?
saint Expédit, ?
saint Domnin, ?
saint Christophe
Enfant Jésus
saint Barthélemy
Précision représentations

Dans un cadre champêtre, saint Christophe, muni de son bâton de palmier dattier, porte sur ses épaules l'Enfant Jésus pour lui faire traverser un cours d'eau dangeureux. A droite de ce groupe, saint Barthélemy tenant dans sa main droite le couteau, instrument de son martyre. Le saint sur la gauche du groupe pourrait être le premier évêque de Digne saint Domnin dont la présentation ici en soldat romain proviendrait d'une confusion avec saint Domnin martyr à Parme. Il pourrait également s'agir de saint Expédit. Ou encore, et plus probablement, de saint Pancrace.

Inscriptions & marques date
inscription concernant le commanditaire
Précision inscriptions

Transcription (inscription peinte en bas à gauche du tableau) : EX VOTO, / BERNARD BERNARD. 1814. Transcription (inscription peinte en bas à droite du tableau) : EX VOTO, / BARTHELEMI ACHARD.

États conservations mauvais état
Précision état de conservation

Toile encrassée, tâchée, distendue et trouée.

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections inscrit au titre objet, 1993/01/08

Annexes

  • Article publié dans le catalogue d'exposition Ex-Voto, Digne, 2012

    Cette œuvre est un tableau peint à l’huile sur une toile rectangulaire verticale constituée de deux lés inégaux, au tissage assez irrégulier. Ainsi que le mentionnent les inscriptions au bas du tableau, il s’agit d’un ex-voto. D'après le registre des délibérations du conseil de fabrique, il a été peint par Joseph Féraud, ébéniste de profession, résidant à Draguignan, qui semble également officier en tant que peintre dans la région.

    Cet ex-voto se distingue tout d’abord par sa taille, presque deux mètres de haut. Depuis sa réalisation en 1814, et sur exigence des commanditaires, il est exposé dans la chapelle Saint-Christophe, édifiée en contrebas du bourg de Rougon probablement au 17e siècle reconstruite.

    Cependant, l’originalité de ce tableau tient également à son histoire et, corrélativement, à son iconographie. Au centre du tableau est représenté le saint dédicataire de la chapelle : saint Christophe, muni de son bâton de palmier dattier, portant sur ses épaules l’Enfant Jésus pour lui faire traverser un cours d’eau. A la gauche de ce saint, est figuré saint Barthélémy, aisément reconnaissable par son attribut, instrument de son martyre, le couteau. A la droite de saint Christophe, il est permis de s’interroger sur l’identité du personnage : il existe d’innombrables saints militaires et celui-ci semble, a priori, ne posséder aucun attribut distinctif. Si l’on regarde du côté de la tradition religieuse locale, on peut imaginer, comme Raymond Collier le propose, la figuration de saint Domnin : premier évêque de Digne, évangélisateur du lieu. Pour autant, le choix du soldat romain fait sans doute plutôt allusion au saint Domnin, martyr de Parme mais la confusion est fréquente. Si l’on regarde cependant du côté de l’histoire locale, rougonnaise, sans doute peut-on envisager une interprétation différente.

    Les inscriptions au bas du tableau mentionne la qualité : un ex-voto mais également une date, 1814 et deux noms, Bernard Bernard et Barthélémi (sic) Achard. Selon les registres de la fabrique paroissiale de Rougon, cette œuvre est une commande passée conjointement par Michel Audibert (héritier de Barthélémi Achard) et Calixte Maynard (beau-fils et héritier de Bernard Bernard), à la demande expresse, "par obligation de dernière volonté", de ces deux personnes dont ils sont les héritiers.

    Bernard Bernard et Barthélémi Achard sont deux résidents de Rougon, propriétaires. Le premier est nommé expert dans le cadre d'un legs le 18 prairial an XII (7 juin 1804), il est adjoint au maire et ménager en 1808, il meurt le 15 mai 1811 à 64 ans. Le second est cultivateur, il meurt le 6 février 1810 à 76 ans.

    Il s'agit visiblement d'un ex-voto à saint Christophe, nous l’avons évoqué, représenté au centre de la composition. Saint Barthélémy est figuré à la gauche de saint Christophe en tant que saint patron de l’un des deux commanditaires, Barthélémi Achard. Reste l’identification du troisième personnage et surtout la question prégnante de l’origine de l’ex-voto.

    Le 12 messidor an XIII (soit le 1er juillet 1805), Joseph Audibert dit Rose, 45 ans, cordonnier et gardien de gros bétail, domicilié à Rougon, est retrouvé mort et « tout ensanglanté » au quartier du Deffens dit de Suech, à Rougon, un lieu isolé et désert, à plus d’une heure trente de marche du bourg. Un procès-verbal est dressé par le juge de paix du canton de Moustiers à la même date (acte de décès aux archives municipales et aux archives départementales, procès-verbal aux archives municipales). Cet homme a, d’après le rapport établi au moment du procès-verbal, été assassiné de plusieurs coups à la tête portés par « un instrument tranchant ».

    Le procès-verbal est alors censé être adressé au substitut du procureur général impérial près la cour de justice criminelle du département, magistrat de sûreté pour l’arrondissement de Digne « en exécution de la loi du 7 pluviose an IX ». Mais l’histoire s’arrête là d’un point de vue judiciaire : point de trace, à l’exception de ce procès-verbal, d’un éventuel procès ou même d’une réception de ce dernier document au tribunal ; aucune archive judiciaire en somme, en tout cas aucune archive parvenue jusqu’à nous. En principe, une affaire d’assassinat aurait dû aboutir à un procès au terme d’une instruction préliminaire conduite par le juge de paix du canton, sous la direction du substitut du commissaire.

    La tradition orale rapporte que Bernard Bernard et Barthélémi Achard auraient été « liés » à cet assassinat. L’ex-voto, abréviation de la formule latine « ex-voto suscepto », signifie littéralement « selon le vœu fait », est une offrande faite à un saint en demande ou en remerciement d’une grâce, d’une protection. Quel genre de grâce ou de protection pouvaient réclamer ces deux hommes ? Pour quelle sorte de faveur ou de protection déjà acquises, remerciaient-ils saint Christophe, saint patron de leur chapelle, saint Barthélémy, saint patron de l’un des deux commanditaires… et peut-être saint Pancrace, punisseur des faux serments ou encore saint Expédit, saint patron des plaideurs en procès, expéditeur des affaires délicates en cours de règlement ?

    L’identification du saint à la droite de saint Christophe ne peut être péremptoire : saint Pancrace, saint assez peu fréquemment représenté, est effectivement vêtu en jeune soldat romain mais le plus souvent avec, d’une part, la palme du martyr et, d’autre part, l’épée de sa décollation et, de plus, très rarement avec un casque. Quant aux attributs traditionnels de saint Expédit, outre la tenue de soldat et le manteau rouge, parfaitement reproduits ici, il peut être mentionné la croix, brandie dans la main droite, absente dans cette représentation, et le corbeau, en principe foulé aux pieds… ne le trouve-t-on pas ici plutôt en cimier ?

    Peut-être la confusion entre saint Domnin, saint Pancrace et saint Expédit est-elle entretenue à dessein. Le couteau tenu par saint Barthélémy n’est peut-être également pas seulement une allusion à son martyre.

    Officiellement, du point de vue des archives, le tableau garde tout son mystère. Si les commanditaires sont connus, si leurs dernières volontés ont été respectées, on ignore encore leurs motivations réelles : un sursaut de foi à l’article de la mort ? Mais dans ce cas pourquoi un ex-voto ?

    Dans le village, les inscriptions au bas du tableau ont longtemps été masquées par de savants arrangements floraux et la tradition orale lie bien l’événement constaté le 12 messidor an XIII et les commanditaires du tableau.

    De facto, on est alors amené à considérer cet ex-voto, certes comme un don propitiatoire à saint Christophe, mais également comme un don placé sous l’intercession de saint Pancrace, dont le secours moral et la caution de probité pourraient être bien utiles dans l’affaire qui nous occupe : ne se rendait-on pas à son tombeau pour se justifier par serment d’une accusation, ainsi que le rapporte Louis Réau ? Ou encore un ex-voto dont l’efficacité serait renforcée par le zèle de saint Expédit conjugué à la protection de saint Barthélémy.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Budget our 1811 de la fabrique paroissiale de Rougon ordonné par le décret impérial du 30 décembre 1809. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E DEP 171 1P1

    Pour l'année 1811, le budget "composé par les membres du conseil de fabrique" mentionne "le tableau de St Cristophe" dont une partie seulement a été payée.
  • Extraits du registre des délibérations du Conseil de fabrique de la paroisse de Rougon. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E DEP 171 1P1

    3 septembre 1813 : Devant le conseil de fabrique "s'est présenté Michel Audibert et Calixte Maynard [?] propriétaires de cette commune de Rougon, lesquels se sont déclarés débiteurs envers la fabrique de cette paroisse, par obligations de dernière volonté, savoir le feu Barthelemi Achart a chargé et obligé le sieur Michel Audibert son héritier, de payer pour un tableau à la chapelle de St. Christophe la somme de trente neuf francs. Et le feu Bernard Bernard a tout de meme obligé le sieur Calixte Maynard [?] son beaufil, de payer pour le même objet que cy dessus la somme de septante-cinq francs. Sur laquelle proposition le conseil a délibéré que le tableau soit fait au plutôt possible et le dit Maynard a signé et non le dit Audibert [...]". 19 décembre 1814 : Engagements de Michel Audibert et Calixte Maynard (?) à payer pour la réalisation du tableau pour la chapelle de Saint-Christophe. "Le dit tableau a été fait et porté à sa destination par M Joseph Feraud, ébéniste, domicilié à la ville de Draguignan, lequel a reçu son entier paiement". Les participations financières des donateurs sont également mentionnées. Est également précisée que le tableau a été réalisé pour "l'autel de la chapelle de Saint-Christophe".
Documents figurés
  • Tableau : saint Domnin, saint Christophe et saint Barthélémy. / Photographie, par Raymond Collier, 1977. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 118 Fi 430

    Photographie prise par Raymond Collier en 1977 du tableau de la chapelle Saint-Christophe de Rougon qu'il nomme "saint Domnin, saint Christophe et saint Barthélémy".
Bibliographie
  • [Exposition. Digne-les-Bains, cathédrale Saint-Jérôme, 2012] Ex-voto du XVIIe au XXe siècle. Réd. Marie-Christine Braillard, Jean-Christophe Labadie, Maïna Masson-Lautier. Digne : Musée d'art religieux, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 2012. 32 p.

    p. 28-29, cf. annexe.
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Masson-Lautier Maïna