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synagogue

Dossier IA84000517 réalisé en 1986

Fiche

Œuvres contenues

HISTORIQUE

La présence d'une communauté juive à Cavaillon, sans doute dès l'Antiquité, n'est attestée qu'à partir du Moyen-Age. Une communauté qui à l'instar des autres villes contadines s'élargit au rythme des persécutions : au XIVème siècle lors de l'expulsion des juifs du royaume de France ; à la fin du XVème siècle lors de leur expulsion de Provence, suite logique du rattachement de l'ancienne possession angevine au royaume ; en 1624 enfin, lors du regroupement des juifs dans les quatre carrières d'Avignon, Carpentras, Cavaillon, l'Isle­ sur-Sorgue. Ces carrières, équivalents des ghettos italiens, avaient été instituées dès le XVème siècle et c'est seulement au XVIIIème siècle qu'un assouplissement de la législation permet aux juifs de résider ailleurs, au moins temporairement. A cette époque, avec ses deux cents habitants, la carrière de Cavaillon est la plus petite des quatre communautés juives du comtat.

1. La carrière de Cavaillon et ses premières synagogues

C'est sans doute à Cavaillon que fut instituée la première carrière en 1453 un accord est passé entre la ville et la communauté pour la création du ghetto. L'obligation faite aux juifs de résider dans une seule rue est complétée quelques années plus tard par l'obligation de clôture : la rue des juifs fermée d'abord par de simples chaînes, l'est ensuite par une porte gardée. A l'origine la carrière est cons­tituée d'une impasse ouvrant au sud sur la rue Fabrieis (actuelle rue de la République) et aboutissant à la synagogue, sous laquelle elle passe en voûte avant de venir buter contre les maisons qui la ferment au nord. De part et d'autre de cette rue unique les habitations occupent un carré d'environ 50 mètres de côté. Ce n'est qu'en 1774 que les juifs de Cavaillon obtiennent la permission d'avoir, comme les autres carrières du Comtat, une seconde porte permettant un accès plus facile à leur quartier.

Dans la carrière la synagogue ou "École" est le centre de la vie communautaire. En 1498 les juifs obtiennent de l'évêque l'autorisation de construire une nouvelle synagogue, effectivement élevée l'année suivante. Il s'agit vraisemblablement du second édifice cultuel que les juifs eurent à Cavaillon : leur implantation ancienne d'une part, la création du ghetto au milieu du XVème siècle d'autre part, laissent à penser qu'un premier temple de prières aurait existé. De l'édifice construit à la fin du XVème siècle on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'il occupait le même emplacement que la synagogue du XVIIIème siècle, et qu'il comportait à peu près les mêmes disposi­tions, une tribune et une tourelle d'escalier située au nord pour y accéder ; des aménagements effectués à cette tribune et tourelle en indiquent la présence avant la reconstruction de la fin du XVIIIème siècle.

Quelques rares documents permettent de retracer une histoire lacu­naire du bâtiment qui servit de temple aux juifs pendant presque trois siècles.

- En 1615 les baylons de l'Aumône donnent à prix-fait à Jacques Grangier, maçon de Cavaillon, la réalisation d'un tabernacle en plâtre à leur synagogue. les portes de bois à décor peint conservées au musée judéo-comtadin pourraient être celles de ce tabernacle.

- La date de 1754 retrouvée sur le linteau d'une fenêtre de la tour, lors du nettoyage de la façade nord de la synagogue en 1961, indique certains travaux effectués au milieu du XVIIIème siècle.

- En 1757 un balcon est construit le long de la façade méridio­nale.

- En 1759 on décide d'abattre cette façade qui menace ruine pour la reconstruire.

- Le 21 octobre 1762 la communauté baille à prix-fait à Jérôme Valade, maître-serrurier de Cavaillon, la confection de deux balustra­des, l'une pour la tribune de la synagogue, l'autre pour le bain ri­tuel. Sans doute donna-t-il également l'huis, qui, à l'étage de la tribune, ferme le petit placard situé à gauche de la niche centrale et qui porte la date de 1762 en caractères hébraïques. Ce Jérôme Valade que l'on trouve en 1754 sur le chantier de l'Hôtel de Ville de Cavaillon où il travaille aux ferronneries du balcon (8), exécute également des travaux pour la communauté juive de l'Isle, qui , vers 1760, lui com­mande une balustrade à faire d'après les dessins de J:B.Franque. Il n'est pas surprenant de trouver le même artisan à l'Isle et à Cavaillon : en effet les deux communautés ne font qu'un seul corps avec une administration financière et des statuts communs.

- En 1765 les juifs délibèrent pour décider d'un emprunt de 1200 livres leur permettant de s'acquitter de divers emprunts faits au­ près de particuliers pour des réparations urgentes à la synagogue.

La documentation consultée semble donc indiquer une accélération des interventions à partir du milieu du XVIIIème siècle. Le phénomène n'est pas particulier à Cavaillon : les recherches de R.Moulinas ont mis l'accent sur l'état de ruine des synagogues des quatre communautés depuis la fin du XVIIème siècle. Partout des travaux de res­tauration sont entrepris jusqu'à la décision d'une reconstruction to­tale de l’École, prise à Carpentras en 1741, à l'Isle en 1759, à Avignon en 1765. La communauté juive de Cavaillon suit le mouvement avec quelques années de retard. Le 26 octobre 1769 les baylons font dresser par le viguier de la ville un procès verbal de l'état de vétus­té de la synagogue, avec rapport d'experts-maçons. Le 25 septembre 1771 ils délibèrent "attendu le mauvais état et le danger imminent où se trouve ladite synagogue de reconstruire en tout ou en partie selon qu'il sera le plus utile et convenable ...". Certaines parties de la synagogue seront donc conservées, en particulier la tourelle sise au nord.

Aucun document figuré n'a conservé le souvenir du temple construit à la fin du XVème siècle. Malgré ses aménagements successifs il semble avoir toujours été un édifice modeste, mentionné comme la plus pauvre des synagogues comtadines en 1726 et qui n'a pas retenu l'attention des Bénédictins de Saint-Maur lors de leur passage à Cavaillon en 1767. La communauté cavaillonnaise était la moins nombreuse et la plus pauvre des communautés judéo-comtadines ; rien d'étonnant à ce que sa synagogue fut la moins précieuse.

2. La reconstruction de la synagogue à la fin du XVIIIème siècle

Ce mouvement de reconstruction des synagogues comtadines dans la seconde moitié du XVIIIème siècle n'est pas le fait du hasard. Il fut autorisé par une double évolution économique et des mentalités. Économique d'abord : le XVIIIème siècle est pour les juifs du pape, comme pour l'ensemble des comtadins, une période de grand essor. Les juifs participent à l'enrichissement général mais surtout ils bénéfi­cient d'un assouplissement de la législation sévère qui toujours les avait maintenus dans des conditions précaires. Ils peuvent enfin exer­cer, quoiqu' officieusement, d'autres activités que l'usure et la fri­perie. C'est essentiellement par le commerce qu'ils s'enrichissent, activité qu'ils exercent naturellement à l'extérieur des carrières, profitant en cela de dispositions plus tolérantes des autorités à leur égard, d'une bienveillance nouvelle mais temporaire pourtant : en 1781 l'ensemble des mesures répressives qui avaient pesé sur les juifs pen­dant les XVIème et XVIIème siècles font leur réapparition. Cependant durant quelques quarante années, entre 1740 et 1780, les juifs purent jouir d'une certaine liberté d'action qui leur permit, avec des moyens accrus, de procéder à la reconstruction de leurs synagogues. Jusque là en effet, tous travaux autres que ceux d'entretien étaient prohibés, toute reconstruction ou agrandissement des temples interdits.

C'est donc par une délibération du 25 septembre 1771 que les baylons de la communauté de Cavaillon décident la reconstruction de leur syna­gogue, laquelle est baillée à prix-fait à Antoine et Pierre Armelin, père et fils, entrepreneurs de Cavaillon, le 14 janvier 1772. Ce prix-fait prévoit les dispositions principales suivantes :

- démolition des murailles

- construction de la façade méridionale en pierre de taille de la carrière d'Oppède

- construction des murs est, ouest et nord en "pierre boudrière avec du bon mortier"

- réfection de la tourelle nord si nécessaire "et dans la même ma­nière qu'elle se trouve"

- blanchissement à la truelle et au plâtre fin des murailles inté­rieures

- construction d'une niche en pierre de taille pour y placer la chaise du circoncis

- un balcon de bois posé sur quatre consoles de fer "plantées sur la façade"

- "toutes les armoires en pierre de taille que les juifs indiqueront"

- reconstruction à neuf du four

- réfection de la cheminée si besoin est.

L'ordonnance de la façade méridionale est sommairement précisée : elle doit être couronnée par une corniche et avoir un pilastre sur toute la hauteur à chaque angle. Dernière disposition : "dans le cas que la mu­raille du Levant contre laquelle le tabernacle est construit ne soit point démolie, les entrepreneurs répareront les dommages dudit taber­nacle et les moulures qu'il y a en plâtre". Il s'agissait de conserver dans la mesure du possible le sanctuaire ancien, sans doute encore celui construit dans les premières années du XVIIème siècle. Mais la possibilité d'un agrandissement de l'Ecole fit renoncer à ce vestige de l'ancienne synagogue. Le 18 octobre 1773 la communauté acquiert en effet pour la somme de 600 livres un "enfoncement dans la maison de Manuel de Montellis pour servir à l'agrandissement de l'école et synagogue et à l'emplacement du tabernacle... lequel enfoncement sera pris au Levant de ladite synagogue et contiendra 7 pans de longueur et 5 pans de profondeur.

En ce qui concerne les décors un seul prix-fait a été retrouvé : le 9 novembre 1773 les ouvrages de ferronnerie sont confiés à François Isoard, maître-serrurier de Cavaillon, qui s'engage à réaliser pour 900 livres un balcon en fer pour la terrasse de la synagogue, deux rampes en fer pour l'escalier de la tribune, un balcon en fer pour ladite tribune. Dans ce prix-fait ne figure donc ni les consoles qui supportent le balcon en bois de la façade, ni la grille établie au devant du tabernacle.

D'autres documents conservés aux Archives Départementales nous don­nent cependant les noms des artisans qui ont travaillé à la synagogue, et permettent de constater avec quelle célérité les travaux furent menés. En ce qui concerne le gros-oeuvre l'ouvrage terminé fut examiné et reçu le 23 avril 1773 par Lambertin, architecte d'Avignon, et Joseph Bertet, maître-maçon de Cavaillon. Le 22 janvier 1774 les Armelin don­nèrent quittance de 3548 livres, 18 sous, 3 deniers payés par la com­munauté juive pour l'ensemble du travail. Le 7 avril 1774 le vitrier Joseph Caroly reçut 323 livres, le plâtrier Antoine Cavary 900 livres pour les plafonds et le carrelage. Le 18 avril 1774 enfin Jean-Joseph Charmot, sculpteur de l'Isle, reçut 558 livres "pour les sculptures en bois, plâtre et pierre''.

La construction de la synagogue ne prit donc que deux années : de janvier 1772 à avril 1773 pour les travaux de maçonnerie ; puis les aménagements décoratifs menés à bien dans l'année 1774 semble-t-il. Au total la nouvelle École avait coûté près de 8000 livres à la com­munauté. Les quittances n'ont peut-être pas toutes été retrouvées, né­anmoins la somme empruntée par les juifs excède de beaucoup le montant des travaux : ce sont en effet 14000 livres à 5% que les juifs emprun­tèrent aux banquiers avignonnais Pierre et Barnabé Desandré entre 1771 et 1774. En 1786, 5700 livres sont empruntées pour rembourser une partie de la créance Desandré. Lorsqu' éclate la Révolution la dette ne semble toujours pas réglée.

3. La synagogue depuis la Révolution

La Révolution apporte aux juifs une émancipation qui a pour consé­quence principale de précipiter le processus d'émigration que les carrières connaissent depuis le milieu du XVIIIème siècle. Une désertion qui aboutit progressivement à l'extinction des communautés judée-com­tadines. A Cavaillon le rabbin cesse de tenir l'état civil des juifs en 1792. En 1810 il n'y a plus dans la ville qu'une cinquantaine de juifs qui ressortissent désormais du Consistoire de Marseille ; la communauté se réduit encore par la suite, une trentaine de personnes vers le milieu du XIXème siècle, une quinzaine en 1900. Dans ce con­texte la juiverie était appelée à se modifier pour finalement disparaitre. La rue Hébraïque en est a peu près le seul vestige avec la synagogue et le bain rituel. L'histoire de cette synagogue se résume depuis le milieu du XIXème siècle aux opérations de dégagement et de restauration dont elle fait régulièrement l'objet.

La première grande campagne de restauration date de 1853. Le 12 juin le Conseil Municipal de Cavaillon vote une subvention de 500 francs pour les réparations a faire au temple israélite. Le devis fait le 25 juillet 1853 est accompagné d'un précis estimatif d'un mon­tant de 1800 francs, a la suite duquel "David Carcassonne, membre de la communauté israélite de Cavaillon, s'engage a recueillir au moyen de souscriptions volontaires une somme de 1300 francs... destinée aux réparations urgentes de la synagogue... Le devis descriptif mentionne des travaux de maçonnerie, menuiserie, serrurerie, plomberie­ vitrerie, peinture. Il s'agit pour l'essentiel :

- de démolir et reconstruire le plafond

- décrépir et enduire les murs intérieurs

- remplacer la génoise en bois au nord par deux rangées de tuiles

- refaire la toiture

- remplacer la clef de la fenêtre nord

- recrépir la façade nord

- déposer 9 portes,fenêtres et châssis

- remplacer le seuil de la porte d'entrée

- faire 3 châssis pour la façade sud en bois de noyer et également 2 portes a vitres pour aller sur la terrasse

- réparer la porte d'entrée jusqu’à hauteur du socle

- remplacer les carreaux manquants dont 14 carreaux en couleur jaunes ou bleus qui manquent aux impostes des portes et fenêtres

- lessiver et peindre à l'huile toutes les boiseries

- peindre à l'huile toutes les ferrures à l'intérieur du temple.

En 1864 des travaux de dégagement de la synagogue sont entrepris une maison en ruine qui s'élevait au-dessus de la ruelle et masquait la façade sud du temple est démolie. Par ailleurs une transaction a lieu le 16 juin 1864 entre le Consistoire et Augustin Jouve, qui avait acquis en 1827 la maison du rabbin Bédarrides, contigüe a la synagogue et construite en 1776. Par cette transaction Augustin Jouve récupère une parcelle de terrain dépendante du temple : il s'agit de l'angle sud-ouest de la terrasse qui empiétait dans sa maison ; en échange il s'engage a reconstruire le mur de soutènement de la terrasse qui menace ruine.

Quelques années plus tard, en 1876, la ville achète et démolit une partie de la maison à laquelle la synagogue s'appuie du côté nord, démolition qui agrandit le débouché du passage couvert de la rue Hébraïque vers la rue Chabran.

Au tout début du siècle une opération de voirie devait modifier l'aspect de la façade méridionale de la synagogue par le déplacement de l'escalier donnant accès à la terrasse. En 1898 les habitants de la rue Hébraïque adressent une pétition au maire de Cavaillon pour obte­nir l'alignement régulier de l'arceau et de la rue. Une délibération du Conseil Municipal en adopte le principe le 2 septembre 1898, mais précise que les travaux seront exécutés lorsque l'état des res­sources communales le permettra. Dans la même année le Consistoire de Marseille fait savoir qu'il participera pour un quart à la dépense. Un devis des travaux à faire est finalement dressé le 2 novembre 1900 indiquant un montant de 1313 francs. Le 12 novembre 1900, le maire de Cavaillon adresse au préfet, pour approbation, une délibération du Conseil Municipal relative aux travaux d'amélioration de la rue Hébraï­que, et les plans et devis desdits travaux. L'adjudication a lieu le 16 décembre 1900 au bénéfice de Célestin Roux, maître-maçon de Cavaillon, qui mène à bien les travaux dans le courant de l'année 1901. L'escalier disposé parallèlement à la rue Hébraïque et qui aboutissait à l'angle oriental de la terrasse est démoli et reconstruit de l'autre côté de la ruelle, perpendiculairement à elle. Le devis et cahier des charges conservé aux Archives Départementales nous indique par ailleurs que la terrasse de la synagogue fut entièrement démolie et reconstruite. On avait eu soin de procéder à la dépose de toutes les ferronneries ensuite remises en place.

L'histoire de la synagogue depuis le début du siècle jusqu'à 1940 nous est connue grâce aux archives privées de la famille Jouve, qui, installée dans l'ancienne maison du rabbin Bédarrides, avait manifesté dès le XIXème siècle le plus grand intérêt pour tout ce qui touchait à la synagogue et à l'histoire de la communauté juive de Cavaillon.

En 1928 la création d'un Comité de Sauvegarde des Synagogues Comtadines a attiré l'attention sur le patrimoine judéo-comtadin et permis l'année qui vante la restauration des synagogues de Carpentras et Cavaillon (classées Monuments Historiques en 1924).

Une correspondance entre la famille Jouve et madame Halphen, prési­dente du Comité de Sauvegarde, nous a permis d'établir une sorte d'état des lieux de la synagogue de Cavaillon au moment de sa restauration en 1929. La toiture est en bon état à l'exception de quelques tuiles dé­placées qui ont donné des gouttières. A l'intérieur le dais et les lustres sont légèrement endommagés, le reste en bon état. A l'extérieur les ferronneries de la terrasse sont très détériorées ; les panneaux inférieurs de la porte d'entrée, maladroitement restaurés quelques an­ nées plus tôt, sont à refaire ; le plancher de bois du balcon et les fenêtres qui n'ont jamais été repeintes sont à reprendre.

Cette correspondance nous permet également de suivre les travaux pour lesquels Nodet, architecte en chef des Monuments Historiques, avait établi un devis ; pour les superviser, Valentin, architecte des Monuments Historiques du département, lui fut adjoint. Les travaux consistèrent dans :

- la répartition de la balustrade et des cintres de la terrasse

- le remplacement de la balustrade du balcon par une balustrade dans le même style que celle de la terrasse

- la réparation de la porte d'entrée : panneaux inférieurs de la menuiserie et cartouche de pierre

- la peinture des portes et fenêtres

- la réparation des vitraux en plein-cintre

- le badigeon des plafonds et murs intérieurs

- le nettoyage des boiseries et ferronneries.

Ces travaux exécutés dans le courant de l'année 1929 atteignirent la somme de 43000 francs.

Plus récemment des travaux de moindre envergure ont permis de procéder en 1955 à la remise en état de l'ancienne boulangerie, en vue de la création d'un musée judée-comtadin ; en 1961 au nettoyage de la façade nord ; en 1969 à une réfection des plafonds à l'occasion de laquelle on découvrit sous la toiture une "gueniza" (dépôt de livres hébraïques hors d'usage).

La restauration par les Monuments Historiques en 1987 s'attache à la rénovation générale de l'édifice et à la restitution du décor in­térieur dans ses couleurs d'origine.

DESCRIPTION

La synagogue qui marque, au centre de la ville, le cœur de l'ancien quartier juif comprend deux parties distinctes et voisines qui n'ont plus aujourd'hui de liens structurels :

- la synagogue proprement dite, corps de bâtiment cubique de même hauteur que les maisons voisines. Une terrasse borde sa façade anté­rieure sud à laquelle on accède par une volée transversale de 12 mar­ches ; un garde-corps surmonté d'arceaux en fer forgé la clôture au­ dessus du passage de la rue.

- Le bain rituel aménagé dans le sous-sol de la cour qui s'étend au sud-ouest de la synagogue, en bordure de la rue et au devant d'une mai­son moderne. Cette maison, ainsi que sa cour, et de même que l'ancienne maison du rabbin, adossée au côté ouest de la synagogue, sont comprises dans l'enceinte actuelle du musée.

A. La synagogue

1. Situation

Elle s’élève en retrait sur l'alignement de la rue Chabran, entre les îlots 23 et 24 que sépare la rue Hébraïque ; celle-ci occupe donc une partie du rez-de-chaussée et passe sous le premier étage.

2. Composition

Le volume cubique de l'édifice est flanqué de plusieurs parties saillantes :

- au sud la terrasse d’accès qui précède la façade antérieure

- au nord, la tourelle semi-circulaire

- à l'est, le volume du tabernacle pris sous la maison voisine et invisible de l'extérieur.

3. Matériaux

- Façade antérieure : pierre blanche et fine d'Oppède, appareillée à joints fins sur une seule épaisseur.

- Façade postérieure et tourelle : blocage irrégulier enduit ; en­cadrements de baies appareillés.

- Refends du rez-de-chaussée : grand appareil assisé en molasse très friable.

- Intérieur plâtré uniquement au-dessus des lambris

4. Structure

L'édifice comprend un rez-de-chaussée et un étage à l'italienne.

- Le rez-de-chaussée, plafonné, se compose, à l'est, du passage dans la rue à l'ouest d'une pièce en contre bas abritant la boulange­rie. Un four à coupole de pierre est aménagé au sud sous la terrasse. Au nord, la tourelle est ouverte sur toute sa largeur, avec un seuil constitué d'un gros bloc parallélépipédique de marbre gris ; deux fe­nêtres encadrent ce dispositif.

- L'étage est une pièce cubique accessible par une seule porte percée au centre du côté sud. Elle abrite les aménagements suivants :

une tribune portée par deux colonnes occupe toute la largeur du mur ouest ; on y monte par deux volées symétriques et convergentes, à moitié tournante de 14 marches ; une troisième volée galbée de 8 marches con­duit de la tribune à un balcon bordant la façade sud sur toute sa longueur. C'est à ce niveau que se fait l'éclairement de la salle par trois fenêtres et deux portes vitrées (celle de l'est n'étant utile qu'à la symétrie) que viennent compléter une fenêtre centrale au nord, une autre dans la tourelle et un oculus à l'est.

La tourelle, au nord est ouverte sur toute sa largeur et sa hauteur divisée en deux étages par la tribune.

A l'est, le tabernacle est un petit cabinet hors-oeuvre dont la dis­position dissymétrique est masquée par le décor.

De part et d'autre de la porte, sont aménagées des niches masquées par les lambris ; en cul-de-four à l'ouest de la porte, rectangulaires avec feuillure à l'est. Les parties de mur masquées par les lambris sont appareillées mais laissées inachevées.

5. Comble et couverture

Comble inaccessible ; deux versants ; tuiles creuses.

6. Élévations extérieures

- Façade antérieure sud : ordonnance symétrique au-dessus de la terrasse ; la seule irrégularité est constituée par les deux portes latérales, de hauteurs inégales, du deuxième niveau.

Au premier niveau, couronné par un cordon mouluré, ouvre une porte en arc segmentaire encadré d'un chambranle dont les crossettes ont des retours inférieurs arrondis ; la clé porte une inscription en hé­breu ; au-dessus l'entablement s'aligne sur le cordon. De part et d'autre deux fausses portes en arc segmentaire ont permis de placer une ancienne menuiserie à plusieurs volets superposés.

Au deuxième niveau ouvrent cinq baies : deux portes en arc segmen­taire et trois portes-fenêtres en plein-cintre.

L'ensemble s'inscrit entre deux pilastres à refends et une corniche. Le balcon en fer forgé repose sur cinq consoles en fer forgé qui traversent le cordon au premier niveau.

- Façade postérieure : élévation banale sans particularité notable de décor et d'organisation.

7. Distribution intérieure

La salle de la synagogue est entourée jusqu'à hauteur de la tribune de lambris ; sur la tribune elle-même, le mur ouest a également un lambris interrompu par le siège du rabbin aménagé dans une niche en cul­-de-four0 lambrissée, et à la gauche de cette niche, par un placard mural fermé d'une porte de bois incluant une grille en fer forgé. Au centre de la tribune s'élève un pupitre ovale surmonté d'un baldaquin. Adossés aux volées montantes, deux bancs font face à la salle ; celui du côté nord se prolonge tout autour de la tourelle dont le plafond s'orne de motifs de gypserie.

La tribune possède un garde-corps en fer forgé ouvragé où alternent panneaux rectangulaires larges et étroits, le panneau central étant cintré ; les rampes des escaliers ont de simples barreaux alternative­ment droits et ondulés avec une frise de S.

La tribune repose sur deux colonnes en bois cannelées à chapiteaux corinthiens. Deux demi-colonnes semblables, l'une adossée au lambris sud, l'autre partageant l'ouverture de la tourelle nord constituent les extrémités de cette ordonnance. Sous les volées d'escaliers on a aména­gé de placards fermés d'une porte.

Les lambris qui entourent la salle ont une alternance de panneaux larges et étroits, à petit cadre et table saillante, avec traverses chantournées et applique sculptée à la partie supérieure (coquille). Les couleurs ne sont pas celles d'origine : gris verdâtre pâle avec moulures blanches et ornements sculptés peints en un doré qui a noirci. Les travaux de restauration en cours au mois de mai 1987 mettent en valeur les couleurs anciennes : montants, traverses et tables beiges ; moulures des panneaux étroits bleu vif avec filet jaune autour de la table ; les couleurs sont inversées pour les panneaux larges ; toutes les coquilles sont jaunes.

Le tabernacle est une sorte de retable inscrit dans une travée co­rinthienne encadrée d'ailerons ; deux portes inférieures et deux portes supérieures, séparées par une traverse amovible, ouvrent sur l'intérieur où des niches destinées aux rouleaux sont aménagées sur les côtés nord et est seulement, avec des portes dans la partie basse. L'ensemble a reçu un plafond cintré orné de caissons. Les couleurs assorties au reste du lambris ont après le décapage des rehauts dorés sur les décors sculp­tés ; il en est de même pour les colonnes de la tribune.

Une grille précède le tabernacle, enfermant un espace surélevé d'une marche. Les motifs, plus chargés que sur la grille de la tribune, ont eux aussi des parties dorées.

Dans l'angle sud-est, au-dessus du lambris, une console en forme de nuages tourbillonnants (originellement peints en bleu) porte le siège du prophète Élie.

Les murs ont été badigeonnés de gris sur un fond originellement rose parme dont la restitution en cours est trop claire. Le plafond est re­peint en blanc cassé assorti de moulures et de sa rosace peints en gris d'après des éléments retrouvés.

Au cours des travaux des fragments d'un décor de faux appareil peint sur l'enduit ont été retrouvés sur le mur sud, au-dessus du lambris. La niche en cul-de-four de ce même mur sud est encadrée de motifs martelés incomplets que l'on ne peut identifier.

Les fenêtres ont gardé (nord et oculus) ou retrouvé les verres colo­rés des parties rayonnantes.

B. Le bain rituel

1. Situation

Le bain occupe en surface à peu près la moitié méridionale de la cour ouvrant sur la rue Hébraïque et une partie de la maison elle-même.

2. Composition

Le bain, accessible par une seule volée d'escalier, longeant le mur de clôture est de la cour, occupe la plus grande des trois salles du sous-sol.

3. Matériaux

Ensemble des maçonneries en blocage irrégulier de pierres calcaires jaunes friables, assez grossières. Les murs nord et sud du bain; sur presque toute leur hauteur, c'est-à-dire jusqu'au fond de l'eau, sont en appareil assisé de 30 cm environ sur des largeurs de 50 à 60 cm ; ces murs paraissent dissociés des parois en retour.

Les marches de l'escalier du bain sont monolithes ; le niveau du sol (sable et gravats) a été surélevé par rapport au niveau de la dernière marche.

4. Structure

L'ensemble comprend trois salles disposées en L.

- On descend par une volée de 12 marches, à quart tournant à gauche, dans l'angle sud-est de la cour. Le mur qui sépare cette volée de la salle (A) paraît un rajout bloquant partiellement l'accès à un puits cy­lindrique comblé et bloqué au niveau du sol de la cour par une dalle. Son accès est une porte en arc surbaissé grossièrement appareillée.

Le mur ouest de cette salle est également un rajout (ou un remplis­sage) dont témoignent les collages à ses deux extrémités.

- L'accès à la salle (B) où se trouve le bain est une porte en arc surbaissé retombant sur deux coussinets chanfreinés dont la largeur correspond à l'épaisseur du mur. Dans cette salle, un soupirail donne jour et aération, à l'est, sur la rue. Il forme une sorte de renfonce­ment dont le fond est appareillé, un peu à la manière d'une porte murée.

Dans la partie nord de la salle se trouve le bain : bassin rectangu­laire accessible par une volée à moitié tournant à gauche de 17 marches.

Ce bassin était couvert au niveau du sol actuel par un plancher porté par des solives dont subsistent les arrachements dans le mur nord et quelques morceaux sur le bord sud. Un soupirail moderne couvert d'un pavé de verre est situé dans l'angle nord-ouest, au-dessus du bassin.

- La salle (C) se trouve à l'ouest de la précédente ; un mur moderne la coupe en deux parties ouest et est soutenant la façade de la maison. Ce mur bloque partiellement un soupirail qui ouvrait à l'extérieur, au sud. A l'extrémité ouest des deux murs sud et nord sont aménagés deux puits cylindriques ; le puits sud-ouest est muré.

Une voûte en berceau segmentaire couvre les salles {B) et (C). La salle (A) a un plafond moderne en briques plates sur armature métallique.

Parties constituantes non étudiées bains rituels
Dénominations synagogue
Aire d'étude et canton Cavaillon - Cavaillon
Adresse Commune : Cavaillon
Adresse : rue Hébraïque
Cadastre : 1932 G1 193 ; 1982 CK 1067

La présence d'une communauté juive à Cavaillon, peut-être dès l'Antiquité, n'est cependant attestée qu'à partir du Moyen Age. La communauté s'élargit en fonction des persécutions ; en 1624, on institue le regroupement des juifs dans les quatre carrières (ou ghettos) d'Avignon, Carpentras, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue ; elles avaient été instituées dès le 15e siècle. C'est seulement au 18e siècle que la législation s'assouplit. A cette époque, la carrière de Cavaillon est la plus petite des quatre. La synagogue précédente, construite à la fin du 15e siècle, occupait le même emplacement que celle-ci et comportait à peu près les mêmes dispositions, dont la tourelle nord, conservée. En 1771, la communauté fait établir l'état de vétusté de sa synagogue, lance un emprunt et entreprend les travaux en 1772, comme dans tout le Comtat Venaissin, grâce au changement des mentalités et à l'enrichissement de la communauté tout au long du 18e siècle. Elle est construite sur les plans de Lambertin, architecte d'Avignon. Elle est achevée en 1774, pour la somme de 8000 livres environ. Depuis le milieu du 19e siècle, elle est à peu près désertée du fait de la libéralisation du statut des juifs et de la dispersion de la communauté, mais elle fait l'objet de nombreuses opérations de dégagement et de restauration. La première grande campagne d'entretien date de 1853 et est lancée par la municipalité, une maison en ruine accolée à la façade sud est démolie en 1864, une autre en 1876. Elle est classée en 1924 et restaurée 1929, 1955, 1961, 1969 et 1987.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 3e quart 18e siècle
Dates 1772, daté par source
Auteur(s) Auteur : Lambertin, architecte, attribué par source
Auteur : Armelin Antoine, entrepreneur
Auteur : Armelin Pierre, entrepreneur
Auteur : Bertet Joseph, maître maçon
Auteur : Charmot Jean-Joseph, sculpteur
Auteur : Caroly Joseph, verrier
Auteur : Cavary Antoine, maçon
Auteur : Isoard François, ferronnier

La façade antérieure, orientée au sud, est percée sur la droite d'un passage donnant accès à la cour. Cette façade, qui a par ailleurs une élévation ordonnancée, est précédée d'une grande terrasse au niveau du 1er étage qui comporte une porte au centre et deux fenêtres latérales. Un balcon occupe toute la largeur de la façade à la hauteur d'un second niveau à trois grandes fenêtres centrales et deux portes latérales. Cette façade est en pierre de taille (les autres murs sont en moellons enduits). Une tourelle se détache de la façade nord percée de quelques baies secondaires. Le bâtiment comprend deux parties indépendantes : la synagogue elle-même et les bains rituels. Ces derniers occupent l'une des trois salles disposées en L au sous-sol dans la cour au nord. Cette salle est précédée d'un petit vestibule qui donne en retour sur un puits, comblé à hauteur de la cour. Elle permet l'accès à une dernière salle (les deux salles sont voûtées en berceau segmentaire). Le rez-de-chaussée comporte à l'ouest une pièce en contrebas abritant la boulangerie. L'étage est occupé par une grande salle qui abrite une tribune qui longe le mur ouest et est portée par deux colonnes en bois cannelées, à chapiteau corinthien et deux demi-colonnes. De la tribune, une petite volée d'escalier, galbée, conduit au balcon extérieur bordant la façade. La salle de la synagogue est lambrissée jusqu'à la hauteur de la tribune ; au niveau de la tribune elle-même, le mur ouest est également recouvert d'un lambris qui est complété par une niche en cul-de-four lambrissée abritant le siège du rabbin.

Murs enduit
moellon
maçonnerie
pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans plan massé
Étages sous-sol, rez-de-chaussée, 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau segmentaire
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à deux pans
Escaliers escalier intérieur : escalier tournant, en charpente
escalier hors-oeuvre : escalier droit, en maçonnerie
Techniques menuiserie
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1924/05/17

Références documentaires

Bibliographie
  • BLUMENKRANZ, Bernhard. Bibliographie des juifs en France. Toulouse : Privat, 1974.

  • BRIAT, René. Synagogues comtadines. Dans : Connaissances Arts, n°324, février 1979.

    p.38
  • CHOBAUT, Hyacinthe. Notes archéologiques sur Cavaillon. Dans : Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1933.

    p.40
  • CHOBAUT, Hyacinthe. Les juifs d'Avignon et du Comtat et la Révolution française : la fin des carrières. Dans : Revue des Études juives, 1937, n°1.

    p.5-52
  • CHOBAUT, Hyacinthe. Les juifs d'Avignon et du Comtat et la Révolution française : la fin des carrières (n°2). Dans : Revue des Études juives, 1937, n°2.

    p.3-39
  • DUMOULIN, André. Un joyau de l'art judaïque français : la synagogue de Cavaillon. Paris : 1970.

  • LAVEDAN, Pierre. Synagogues de Carpentras et de Cavaillon. 121e congrès archéologique de France, 1963.

    p.307
  • LUNEL, Armand. Le temps des ghettos comtadins. 1932

  • LUNEL, Armand. Les synagogues comtadines. Dans : L'Oeil, avril 1955.

    p.14
  • LUNEL, Armand. Juifs du Languedoc, de la Provence et des états français du pape. Paris : 1975.

  • MOSSE, A. Histoire des Juifs d'Avignon et du Comtat Venaissin. Paris : 1934

  • MOULINAS, René. Les juifs d'Avignon et du Comtat Venaissin et la Révolution française. Dans : Annales Historiques de la Révolution française, n°223, janvier-mars 1976.

    p.121
  • MOULINAS, René. Les vieilles synagogues d'Avignon et du Comtat Venaissin. Dans : Archives juives, n°16, 1980.

    p.14
  • MOULINAS, René. Les juifs du pape en France : les communautés d'Avignon et du Comtat Venaissin aux XVIIe et XVIIIe siècles. Privat, 1981.

  • PREVOT, Philippe. A travers la carrrière des juifs d'Avignon. Avignon

  • Mémoire pour servir à l'histoire des Juifs depuis leur arrivée en Provence jusqu'à leur entière expulsion. Dans : Mémoire de littérature et d'histoire de Monseigneur de Salengre, tome 2, Paris, 1726.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Giraud Marie-Odile
Marie-Odile Giraud

Chargée d'études documentaires DRAC/CRMH. 1er quart 21e siècle.


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