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redoute du Pradeau

Dossier IA83001459 réalisé en 2007

Fiche

Les grandes phases de travaux

Vue générale de la redoute de son pont d'accès depuis le môle.Vue générale de la redoute de son pont d'accès depuis le môle.

XVIIe siècle

Henri de Séguiran, président de la cour des comptes de Provence, chargé par Richelieu d’une tournée d’inspection des ports et places fortes des côtes de Provence faite en 1632 et 1633, avait préconisé dans son rapport l’occupation par un ouvrage fortifié du site du Pradeau, dans la presqu’île de Giens. D’après ce rapport, le projet non réalisé de « bâtir…une bonne tour au bout dudit Pradeau », avait déjà été présenté en 1608, dans l’intention d’établir un port sur le site. Il s’agissait peut-être d’un projet d’ouvrage important, comme le « donjon » de la citadelle de Saint-Tropez, construit à la même époque et qualifié alors simplement de tour. Quoiqu’il en soit, l’ouvrage à usage de batterie côtière qui fut réalisé en 1634, à la suite de l’expertise de Séguiran et sur ordre de Richelieu, comme le confirme le témoignage d’Honoré Bouche, se distingue des nombreux autres ouvrages édifiés en même temps à proximité, dans les îles d’Hyères, par sa forme architecturale : une petite enceinte dépourvue de tour-réduit circulaire. Cette petite enceinte polygonale resserrée était formé d’un simple mur doublé à l’extérieur, en front de mer seulement, d’un second mur de même plan, un peu plus bas, l’espace intermédiaire étant remblayé pour former par la réunion des deux murs un parapet d’artillerie à barbette pour les canons en batterie dans la cour intérieure, elle aussi sur remblai. Le front vers la presqu’île ou front d’entrée était en revanche formé du seul mur d’enceinte intérieur, avec parapets d’infanterie pour la défense rapprochée, et ce front adoptait un tracé tenaillé à trois redans ou épis juxtaposés, alternative économique à un front bastionné. Sur un des redans, regardant l’ouest, était édifié un petit bâtiment crénelé hors-œuvre à usage de corps de garde, flanquant l’entrée, ménagée dans un flanc dégagé à l’ouest du redan central. On observe un parti-pris tenaillé comparable au front extérieur de l’enceinte de la citadelle de Saint-Tropez, construite autour de 1633. Le chemin d’accès franchissait deux failles rocheuses sur un pont à deux arches. L’ouvrage ne contenait que des bâtiments de faible capacité.

XVIIIe siècle

L’état créé en 1633 ne semble pas avoir été modifié jusqu’au XVIIIe siècle. Un « plan et profil » de la redoute en 1757 signé de l’officier Mareschal indique l’état des lieux, avec petite caserne, magasin à poudres attenant, logement de canonniers, corps de garde, et donne un projet de grand magasin adossé à la caserne côté mer, réduisant un peu l’espace dévolu à la batterie à barbette pour quatre canons. On note aussi un projet de pont à trois piles et tablier de bois sur le chemin d’accès, enjambant les rochers, en remplacement d’un pont d’origine à arches.

Contrairement au pont, le bâtiment projeté a été réalisé, et affecté à la caserne, sans doute peu après, comme le prouvent le plans inclus dans l’Atlas des places fortes de Provence de 1775 établi par Charles-François Marie, comte d’Aumale. La redoute, dite alors improprement « la tour du Pradeau », est considérée comme n’ayant « d’autre objet que de croiser ses feux avec le Petit Langoustier (un des ouvrages des îles d’Hyères) pour défendre la petite passe », d’où la position de la batterie seulement en front de mer. L’enceinte abrite une caserne de 12 ou 15 hommes, logée dans le nouveau bâtiment, et un « petit caveau servant de magasin à poudres », attenant aux corps de caserne. Le corps de garde est devenu une chambre pour l’officier et la caserne primitive corps de garde. Il n’y a pas de citerne ni magasin de provisions. Le mémoire stipule que « mur crénelé (de plan tenaillé) qui retranche cet ouvrage à la gorge et dans lequel est ménagée l’entrée doit être refait en créant un petit fossé et un pont-levis ». Un plan d’état des lieux dressé en 1783 montre quelques changements survenus depuis 1775 : le redan central de l’enceinte crénelée du front de terre ou d’entrée a été agrandi et un autre mur crénelé de même plan en épi a été bâti à l’intérieur de ce redan, directement raccordé à la caserne, pour isoler une petite cour intérieure un peu plus basse propre aux bâtiments militaires, avec porte particulière.

Un plan des batteries des îles d’Hyères et de la Presqu’île de Giens dressé en 1795 (An 4), montre que l’ouvrage n’est plus considéré que comme une batterie de côte (la plus importante de celles figurées), et non comme une redoute. Ce plan présente un projet de caisse à rougir les boulets et d’une citerne avec son conduit. Le casernement affecté à 30 hommes est réparti entre la caserne (incorporant la chambre de l’officier), l’ancien magasin à poudres, le logement des canonniers et l’ex-logement de l’officier, ce dernier bâtiment hors œuvre du front de terre est reconstruit en partie sur un plan différent, agrandi à l’est pour s’accroître d’un nouveau magasin à poudres.

Un magasin d’artillerie a été construit à neuf, détaché des autres bâtiments, à l’est, dans un secteur gagné par agrandissement de l’enceinte.

En effet, l’enceinte polygonale de la batterie a été complètement modifiée en plan pour être agrandie, surtout à l’est, où l’aire dévolue aux canons a été beaucoup étendue (aux dépens du redan est du mur du front de terre, détruit), mais aussi quelque peu à l’ouest, l’enceinte formant de ce côté une étrave. L’épaisseur du parapet d’artillerie entre deux murs a été réduite. La muraille d’enceinte tenaillée qui formait le front de terre est réduite à son redan ou épi central d’entrée, le nouveau magasin d’artillerie étant adossé extérieurement au rentrant en tenaille à l’est de ce redan. Cet ensemble est désormais abrité derrière un nouveau mur d’enveloppe à deux pans qui forme le nouveau front de terre, largement ouvert à l’ouest pour laisser passer le chemin d’accès, en attente d’un ouvrage avancé non encore bâti. C’est sans doute cette absence de protection de l’entrée et fermeture à la gorge qui fait considérer l’ouvrage, incapable de se défendre côté terre, comme une simple batterie.

De nouveaux plans de 1796, montrent que s’il n’y a toujours pas d’ouvrage avancé, la citerne et la caisse sont réalisés ; on note le projet de reconstruction du pont délabré, à deux arches, sous forme d’un pont à piles sans arches et tablier de charpente.

XIXe siècle

En 1810, un arrêté de Napoléon sur la défense des Iles d’Hyères stipule que : « La batterie de la redoute du Pradeau sera construite pour 12 pièces de 36 et 6 mortiers, elle sera armée que de 6 pièces de 36 et de 3 mortiers tous les trois à grande portée »

Plan et Profil de la Batterie du Pradeau. 1818-1822Plan et Profil de la Batterie du Pradeau. 1818-1822C’est donc sans doute après cette date pour l’essentiel, qu’interviennent à nouveau d’importantes modifications dont témoigne un plan de 1822 , notamment la démolition du bâtiment de casernement construit après 1757, avec modification de la partie ouest du bâtiment de casernement d’origine pour l’unifier à l’ancien logement des canonniers, conservé. Le bâtiment jadis hors œuvre du front de terre et de l’entrée (ex corps de garde et ex chambre d’officier), modifié entre 1783 et 1795, est démoli, excepté sa partie ouest qui servait de magasin à poudres en 1795.

Dans ce secteur, un vaste bâtiment bâti à neuf est adossé au nord du casernement primitif (corps de garde), tandis que l’ancien redan d’entrée, dernier vestige du premier front de terre tenaillé, est supprimé. Le magasin d’artillerie construit à l’est entre 1783 et 1795 est remplacé par un nouveau magasin à poudre normatif, avec mur d’isolement ; à proximité sont établies des latrines, en encorbellement sur le front nord. La muraille d’enceinte est à nouveau partiellement reconstruite sur un plan légèrement modifié sur le front nord et nord-ouest, de part et d’autre de l’entrée. Enfin, le nouveau mur crénelé de ce front de terre est prolongée par une avancée crénelée longue et étroite enveloppant la partie extérieure de la rampe d’accès. Le pont est refait sans arches, avec tablier de bois sur piles de maçonneries.

En 1841, le projet de renouvellement des batteries de côtes stipule qu’il faut doter la batterie du Pradeau de quatre bouches à feu en conservant les bâtiments existants, qui dispensent d’y construire un réduit spécial. En 1847, l’organisation de la batterie du Pradeau (ou Tour Fondue) est estimée à une dépense de 1500 fr. Un plan de 1850 figure les quatre emplacements de tir fixes de la batterie pour canons sur affût tournant, sans traverses, orientés respectivement sud-ouest, sud, sud-est et est ; on remarque que le parapet d’artillerie a été épaissi vers l’intérieur de la batterie.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la batterie ou redoute ne subit plus de modifications ; elle n’est plus équipée en 1881 que de deux canons rayés de calibre 30.

Déclassée au début du XXe siècle, elle reste une propriété de l’Etat, passe aux Domaines, mais n’est plus entretenue. Le site est classé par arrêté ministériel du 29 mars 1939. La redoute proprement dite, tombant en ruines, est inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 2 juin 1986, qui, annulé, a été remplacé par un autre arrêté, préfectoral, le 21 juillet 1989, parallèlement à la mise en œuvre d’importants travaux de restaurations, financés à partir de 1987 avec l’aide de la Communauté Économique Européenne. Un projet de réaffectation inabouti, associé à ces travaux, a entrainé le déblaiement en profondeur du terrassement intérieur de l’enceinte, au sud, dans la partie batterie, jusqu’au pied du bâtiment de casernement, avec consolidations des soubassements de murs et dalle de couvrement en béton armé formant plate-forme au niveau de l’ancienne terrasse.

Analyse architecturale

Site et implantation générale

La redoute est complètement isolée sur un îlot rocheux escarpé, irrégulier mais arrondi, dominant de 8 m environ le niveau de la mer. Cet îlot est détaché au bout d’un isthme allongé saillant au milieu de la moitié est de la façade littorale de la presqu’île de Giens. L’isthme porte une chaussée carrossable qui dessert du côté ouest un petit havre avec embarcadère abrité par un môle sur enrochement. Un affleurement rocheux bas raccorde l’îlot à la pointe de l’isthme, formant une coupure d’une quinzaine de mètres de large franchie par un pont formé d’une pile et deux culées portant tablier en bois. Vue aérienne prise du sud-est.Vue aérienne prise du sud-est.

La petite enceinte polygonale occupe la majeure partie de la surface disponible sur la plate-forme supérieure de l’îlot, plus ou moins aménagée en table, une importante anfractuosité intérieure en cratère, jadis terrassée, étant actuellement décaissée et retaillée en cuvelage depuis les années 1980.

Plan, distribution spatiale, circulations et issues

Le plan général de l’enceinte, dans l’état actuel fixé après 1810, est un heptagone irrégulier de grand axe est-ouest, long de 45 m pour 28 m de largeur hors-œuvre. L’angle ouest de cette enceinte, le plus aigu de l’ensemble, forme un épi ou éperon en saillie sur l’enveloppe. L’entrée dans l’enceinte coupe la continuité du mur à l’angle nord/nord-ouest de l’heptagone, la rampe d’accès montant obliquement depuis le nord-ouest et entrant dans l’enceinte latéralement, puis longeant intérieurement le pan nord/nord-est. La partie de la rampe extérieure à l’enceinte est enveloppée dans les deux murs de l’avancée, légèrement convergents à mesure qu’ils s’avancent vers le bas de la rampe, le mur ouest se retournant en arc de cercle pour fermer l’ouvrage dans l’axe. La porte est ménagée, au raccord de ce front arrondi et du mur est.

L’ensemble des murs d’enveloppe, enceinte principale et avancée d’entrée, se caractérise aussi par un léger fruit affectant toute l’élévation extérieure. Ces murs, nettement plus hauts vers le dehors, où leur ancrage au rocher irrégulier est visible, que vers l’intérieur, revêtent et soutiennent un important terrassement intérieur nivelé à l’horizontale pour asseoir l’aire de la batterie, de la cour et des chemins de ronde. Le déblaiement actuel du terrassement de la batterie a mis à nu la partie jadis enterrée de la face intérieure des murs du front sud, de même que le soubassement d’une partie des murs des bâtiments militaires.

La partie de l’enceinte enveloppant la batterie proprement dite -soit les cinq pans regardant la mer, à l’est et au sud, et l’éperon ouest- est constituée d’une muraille épaisse et massive qui formait parapet d’artillerie, et qui a remplacé vers 1790 ou après 1810 une structure antérieure formée de deux murs minces parallèles avec remblaiement intermédiaire non maçonné. Les deux pans nord du front de terre sont constitués d’une muraille maigre dont la partie supérieure est un parapet d’infanterie terminé en chaperon à deux pentes, percé à intervalles rapprochés de créneaux de fusillade en fente courte, ébrasés intérieurement. Un chemin de ronde régnant entre le parapet et les bâtiments dessert ces créneaux, dont l’angle de tir est plus ou moins biaisé pour converger vers le chemin d’accès à la redoute.

Le mur de l’avancée présente les mêmes caractéristiques que les pans de mur du front de terre auxquels il se raccorde, mais sur une moindre hauteur, en sorte qu’il se réduit pratiquement à un parapet. L'avancée crénelée de l'entrée, vue de l'intérieur depuis la porte haute.L'avancée crénelée de l'entrée, vue de l'intérieur depuis la porte haute.

L’entrée de l’avancée est une simple solution de continuité entre mur ouest et mur est sans trace de clôture permanente de type barrière ou grille (une grille ordinaire a été placée récemment en retrait dans l’avancée) : la position latérale de cette entrée imposait une chicane du chemin à la rampe d’accès, et sa largeur permettait le passage d’attelages et de canons sur roues. En haut de la rampe, l’entrée de l’enceinte de la redoute proprement dite est un espace d’environ 3 m laissé entre le pan de mur nord/nord-est et un petit segment de mur crénelé de même alignement, mais en retrait, en retour d’angle du mur nord-ouest. Cet espace ou porte comportait une grille de fermeture aujourd’hui disparue, dont restent les pilastres d’encadrement, avec feuillure, terminés par des pyramidions.

Les bâtiments militaires sont pour l’essentiel les casernements, groupés dans le secteur nord/nord-ouest de l’aire intérieure de la redoute, au débouché de l’entrée, pour dégager au maximum la partie de la terrasse affectée à la batterie. Seul le magasin à poudres, qui est adossé au pan est de l’enceinte est séparé de l’ensemble de ce casernement par une petite cour servant de passage principal vers la batterie.

Le casernement, en simple rez-de-chaussée, se décompose en deux sous-ensembles :

Le premier, couvert en appentis versant au sud, correspond au bâtiment d’origine construit vers 1634 au plus tôt, modifié après 1757 et 1810, bâtiment allongé, d’axe grossièrement est-ouest, divisé en deux travées (partie est affectée au corps de garde), à peu près au centre de l’enceinte actuelle. Ce bâtiment est prolongé à l’ouest par une travée d’axe différent, en retour d’angle vers le sud-ouest, qui elle aussi remonte au premier état connu de la redoute, et qui servait de logement au canonnier, puis au gardien de la batterie. Les portes et fenêtres de ces locaux ouvrent presque toutes au sud, vers la batterie (aujourd’hui déblayée et remplacée par une dalle de béton), le mur nord étant aveugle, excepté la porte d’entrée de la partie est (corps de garde), donnant sur la petite cour. Toutefois, cette répartition des jours était absolument inversée entre 1757 et 1810 au plus tôt, période durant laquelle un bâtiment de casernement de plan allongé était adossé non au nord mais au sud du bâtiment primitif, qui, par conséquent, prenait alors jour au nord. Le logement du gardien avait dans son mur-pignon ouest une porte percée après 1796, mais celle-ci a été transformée en fenêtre dans la seconde moitié du XIXe siècle (seuil visible), la porte étant rétablie en façade sud.

Le second sous-ensemble, comporte un large bâtiment de caserne construit après 1810, de plan rectangulaire tendant au carré, adossé aux 2/3 ouest du bâtiment d’origine et couvert en appentis versant au nord/nord-est. Sa façade principale regarde l’entrée de l’enceinte, au nord. A l’ouest du mur-pignon de cette caserne, un petit magasin de plan carré adossé en appentis au revers du logement du garde de la batterie, a été construit entre 1783 et 1793 et a servi un temps de magasin à poudres. Ces bâtiments n’ont à peu près rien conservé de leurs aménagements d’origine, notamment les cheminées du corps de garde (petit côté est) et du logement du garde de la batterie (angle nord-ouest). Après une période de ruine partielle (toit de la caserne écroulé dès le premier quart du XXe siècle), ils ont été restaurés vers 1987, avec un début de réaménagement, dont un escalier en maçonnerie vers un étage en soupente dans l’ancienne caserne.

Sous le sol de la petite cour qui occupe l’angle rentrant entre le mur-pignon est de la caserne et la façade nord du corps de garde, est aménagée une citerne creusée et bâtie en 1795, avec regard carré au sol, associée à une fontaine avec bassin carré adossée en en partie encastrée dans le mur-pignon de la caserne. La niche cintrée qui délarde ce mur pour accueillir la fontaine semble attester du fait –somme toute logique- que cette fontaine existait avant la construction de cette caserne, postérieure à 1810, donc qu’elle a été créée en même temps que la citerne ; les plans de 1795-1796 paraissent confirmer le fait. Fontaine, bassin et regard de la citerne, contre le mur pignon du corps de caserne.Fontaine, bassin et regard de la citerne, contre le mur pignon du corps de caserne.

Le magasin à poudres construit après 1810, de plan rectangulaire, couvert en bâtière, est directement adossé dans son grand axe à la muraille amaigrie préexistante du pan est de l’enceinte. La chambre intérieure voûtée en berceau est longue de 5m environ pour une largeur de 2,50m, les murs gouttereaux du magasin, à la retombée de la voûte, étant classiquement deux fois plus épais que les murs-pignons. La porte d’origine est percée dans le mur-pignon sud, côté batterie, avec un dégagement entre elle et le parapet d’artillerie tel qu’il avait été épaissi après 1840. En symétrie, dans le mur-pignon nord, était ménagée une fenêtre d’origine transformée en porte sans doute dans la seconde moitié du XIXe siècle par abaissement de son appui jusqu’au sol. De part et d’autre de ces deux baies opposées, dans chacun des murs-pignons sont ménagés deux évents en chicane, typiques de l’architecture des magasins à poudre.

Le long du mur-gouttereau ouest existait un mur d’isolement aujourd’hui ruiné qui donnait sur la cour de la fontaine, ménageant un étroit espace intermédiaire.

A la différence des autres bâtiments, le magasin à poudres est très délabré, n’ayant subi aucune restauration.

Le pan de mur d’enceinte crénelé nord-est comporte depuis 1810 parmi ses créneaux, une unique embrasure couverte en arc segmentaire, pour une pièce d’artillerie de petit calibre permettant le tir à longue portée au-delà des approches immédiates du chemin d’accès. La partie haute, ou parapet crénelé, de ce mur s’interrompt net à l’est, ménageant une coupure large de 2m environ jusqu’au magasin à poudres. Cette coupure était refermée par l’édicule en encorbellement des latrines créées vers 1810, aujourd’hui entièrement détruit. Mur d'enceinte crénelé nord-est de la redoute, au raccord avec le magasin à poudres.Mur d'enceinte crénelé nord-est de la redoute, au raccord avec le magasin à poudres.

Structure et mise en œuvre

Les maçonneries de l’ensemble des murailles et des bâtiments, quelle qu’en soit la campagne de construction, sont mise en œuvre très sommairement. Les parements sont dressés sans soin en blocage de moellons de tout venant, de gabarit et de nature géologique très diverse, avec de grosses différences de calibrage dans les murs du bâtiment le plus ancien, attestant des nombreuses reprises subies par cet édifice de 1757 jusqu’en 1810 notamment. La brique y est employée pour les encadrements de baies, portes et fenêtres dès l’origine, avec arcs de couvrement surbaissés.

La façade sud du bâtiment ancien, donnant sur la batterie, conserve des traces de deux fenêtres murées sans doute après 1757, jamais rétablies, mais en partie remplacées après 1810 par d’autres percements, deux portes et trois fenêtres, elles-mêmes remaniées plus tard dans le XIXe siècle, avec couvrement en linteau droit en bois et chambranle d’encadrement et d’habillage moulé en mortier. Ce type de remaniement concerne aussi la fenêtre nord du magasin à poudre lors de sa transformation en porte.

Dans son état d’origine, le magasin à poudres de 1810, tout comme le corps de caserne contemporain, offre des parements en blocage mieux calibrés que ceux du bâtiment XVIIe siècle. A l’intérieur, il est voûté très soigneusement en briques, ce matériau étant aussi réservé à l’encadrement des baies d’origine : porte et fenêtre couverte en arc surbaissé, évents en chicane. On trouve aussi la brique dans le corps de caserne de 1810, à l’arc de la niche de la fontaine, à l’encadrement des baies en façade nord ; elle apparaît aussi autour du jour carré remanié du mur-pignon du petit magasin carré ouest/nord-ouest.

Dans leur état actuel, les parements extérieurs de l’ensemble des bâtiments ont perdu toute trace d’enduit (excepté celui des chambranles d’encadrement de baies du XIXe siècle), du fait du ravinement des vents marins, et d’une campagne de décapage préalable aux restaurations de 1987. Toutefois, l’interruption de ces travaux n’a permit la réalisation d’enduits qu’à l’intérieur du groupe principal de bâtiments (magasin à poudres excepté) et sur la totalité des parements des murs de l’enceinte, crénelés ou non, et de l’avancée. Ils se sont étendus au pont, dont les piles et culées ont été réparées, et le tablier refait en charpente. Avant cette campagne, ces parements étaient aussi dégradés que ceux de l’état actuel du magasin à poudres.

Dans l’ensemble de la redoute, la pierre de taille n’est employée qu’en un unique point : l’angle saillant du petit éperon ouest de l’enceinte. Encore, ces pierres ont-elles été replacées lors des travaux de restauration.

Les couvertures sont toutes en tuiles-canal, celles du casernement, charpente comprise, ayant été entièrement refaites lors de la restauration de 1987-1990. La couverture du magasin à poudres, directement posée à bain de mortier sur les reins de la voûte épaissis en bâtière, est en ruines.

Dénominations redoute
Aire d'étude et canton Var - Hyères
Adresse Commune : Hyères
Lieu-dit : la Tour Fondue

L’ouvrage à usage de batterie côtière, réalisé en 1634, se distingue des nombreux autres ouvrages édifiés en même temps à proximité, dans les îles d’Hyères, par sa forme architecturale : une petite enceinte dépourvue de tour-réduit circulaire mais pourvue d'un corps de garde sur un des redans. Un magasin adossé à la caserne a été édifié avant 1775. La redoute a pour mission de croiser ses feux avec le Petit Langoustier pour défendre la petite passe. L’enceinte abrite une caserne de 12 ou 15 hommes, logée dans le nouveau bâtiment, et un magasin à poudres, attenant aux corps de caserne. Le corps de garde est devenu une chambre pour l’officier et la caserne primitive corps de garde. Il n’y a pas de citerne ni magasin de provisions. Entre 1775 et 1795 des travaux sont réalisés : reconstruction du logement des officiers, d'un magasin d'artillerie, agrandissement et modification de l'enceinte. Entre 1810 et 1822 interviennent à nouveau d’importantes modifications : démolition et reconstruction des bâtiments de casernement, construction d'un nouveau magasin à poudres, reconstruction de l'enceinte. La redoute est déclassée au début du 19e siècle. Tombant en ruine, elle est inscrite au titre des Monument Historiques en 1987. Le site avait déjà été classé par arrêté ministériel du 29 mars 1939.

Période(s) Principale : 2e quart 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 1er quart 19e siècle

L'ensemble est construit en maçonnerie de moellons sans chaîne en pierre de taille. L'enduit, raviné par l'érosion marine, n'a été rétabli qu'en quelques endroits par les campagnes de restauration. La voûte en plein-cintre du magasin à poudre est en brique, matériau également utilisé pour pour les encadrements des baies. Les bâtiments de casernement sont couverts en tuiles creuses.

Murs pierre moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
brique
Toit tuile creuse
Couvrements voûte en berceau plein-cintre
Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler
Sites de protection site classé
Protections inscrit MH, 1989/07/21
Précisions sur la protection

Batterie du Pradeau, dite aussi la Tour Fondue (cad. G 494) : inscription par arrêté du 21 juillet 1989. Site classé par arrêté du 29 mars 1939.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Dossier de la redoute du Pradeau, 1817-1870. Service Historique de la Défense, Vincennes : Art. 8, section 1, Iles d’Hyères, cartons 1 à 6.

Documents figurés
  • Plan de la Redoute de Pradeau dans la Presqu'île de Pontevès-Giens. / Dessin, 1775, 40 x 50 cm. Service Historique de la Défense, Vincennes : Atlas dit de Louis XV, Places du département de Toulon, feuille V.

  • Plan et Profil de la Batterie du Pradeau. / Dessin, 1818-1822, 97 x 62,5 cm. Service Historique de la Défense, Vincennes : Atlas des Batteries de côte, volume Toulon et îles, ms. 201, pl. 22.

  • Atlas des batteries de côte nouvelles. Pradeau ou Tour fondue. [Plan] / Dessin, 1850, 43 x 54 cm. Service Historique de la Défense, Toulon : Atlas des Batteries de côte nouvelles, article 2, 190, 6.

Bibliographie
  • BOUCHE, Honoré. La chorographie ou description de Provence et l'histoire chronologique du mesme pays. Aix : Charles David imprimeur du Roy, 1664, 2 tomes et 2 fasc. de suppl. reliés en 2 vol.

    p. 895.
  • CROS, Bernard. Citadelles d'Azur, quatre siècles d'architecture militaire varoise. Aix-en-Provence : 1998, 159 p.

    p. 37-38.
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