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Prieuré de Bénédictins Sainte-Madeleine-de-Roquerousse, Sainte-Madeleine-du-Pont-de-Canteperdrix

Dossier IA84000134 réalisé en 1970

Fiche

HISTORIQUE

D'origine incertaine, cette chapelle, siège d'un prieuré rural, apparaît pour la première fois dans la pancarte d'Alexandre III confirmant les pos­sessions de l'abbaye de Saint-André de Villeneuve lès Avignon en 1178 sous le nom de "ecclesia sancte Marie de Roca Ruffa" 1.

Son vocable lui vient du nom du quartier de Roque Rousse, qui désignait jadis la montagne située entre Mirabeau et la Durance (aujourd'hui Saint­ Sépulcre) à l'entrée du défilé. En dépit de son site et des assertions de divers auteurs 2, elle ne parait pas devoir son établissement à un hypothétique pont sur la Durance, mais peut-être à un ancien chemin lon­geant la rivière à partir de Pertuis 3.

Vers 1300, on la trouve portée sur une liste d'églises du diocèse d'Aix astreintes au paiement de la taxe synodale 4, et vers 1350, sous le vo­cable de sancte Marie Magdelene de Ponte et associée aux prieurés Notre-­Dame et Villevieille et Saint-Romain de Beaumont, soumise au versement de la taxe des procurations 5. Elle figure aussi sur le rôle des décimes de 1351, pour la modique somme de 20 sous, ce qui amène à s'étonner de son absence sur le précédent rôle des décimes, daté de 1274 6.

Vue de situation prise du lit de la Durance, au nord.Vue de situation prise du lit de la Durance, au nord.

Le 17 mai 1343, au cours de sa tournée pastorale, l'archevêque d'Aix visita l'ecclesiam beate Marie Magdalene de Ponte, dont le vocable nouveau doit être mis en rapport avec l'établissement récent d'un bac sur la Durance ; il prescrivit à son prieur de la pourvoir d'une cloche pesant un demi quintal, d'un coffre pour la conservation des objets liturgiques, d'un missel et d'un vêtement sacerdotal, de faire réparer les bâtiments d'ha­bitation (hospicia) ruinés dépendant de l'église et, surtout, lui ordonna, sous peine d'un gros tournois d'amende pour chaque omission, d'y célébrer deux messes hebdomadaires 7.

Par la suite, on manque d'information, la chapelle Sainte- Madeleine ne figurant pas aux procès-verbaux des visites pastorales postérieures. A partir de 1570, le prieur de Sainte-Madeleine, qui était le sacristain de l'abbaye de Saint-André de Villeneuve, entra en conflit avec le nouveau seigneur de Mirabeau, Jean Riqueti, au sujet de la juridiction du quartier de Roque Rousse 8. Un long procès s'ensuivit, qui ne s'acheva qu'en 1633 par une transaction passée entre Joseph Aymar, fermier du prieuré, notaire, représentant le seigneur Thomas Riqueti, au bénéfice de ce dernier 9. On ignore quel fut par la suite le sort de la chat>elle. Sur un dessin à la plume du XVIIIe siècle (non daté précisément) figurant le château et le port de Mirabeau, l'édifice apparaît en mauvais état - toiture cou­verte d'une végétation parasite ? - mais néanmoins entière 10.

Saisie et vendue comme bien national à la Révolution, la chapelle devint propriété de la commune et servit d'abri ou d'entrepôt pour le service du bac. Après la construction du pont, la commune, considérant le bâtiment désaffecté comme non productif et inutile, projeta de le louer à l'adminis­tration des Ponts et Chaussées (en 1858) et aux entrepreneurs du chantier du chemin de fer (en 1868) pour servir d'entrepôt 11. Elle finit par vendre la chapelle, à une date et dans des circonstances inconnues, au propriétaire du Château.

En 1921, ce dernier, l'académicien et député Maurice Barrès, s'adressa à l'administration des Beaux-Arts pour essayer d'empêcher ou de modifier la construction, au voisinage immédiat de l'édifice, de pylônes destinés au transport de l'électricité. Sur le rapport favorable établi par l'Architecte des Monuments Historiques Jean Valentin, le Directeur des Beaux-Arts Paul Léon ouvrit une instance de classement et fit suspendre les travaux. Malgré l'avis favorable émis par la Commission des Monuments Historiques le 4 mars 1922, le propriétaire n'ayant pas donné son autorisation, le classement ne fut prononcé par arrêté ministériel que le 10 novembre 1928. Une nouvelle alerte eut lieu en 1932, un journaliste imprudent ayant ré­pandu le bruit que la reconstruction du pont entraînerait la démolition de la chapelle et soulevé, de ce fait, un tollé de protestations : il fallut l'assurance donnée par le Ministre des Travaux Publics que la cha­pelle ne serait pas touchée par les travaux pour calmer les inquiétudes. Sur le rapport de l'architecte en chef des Monuments Historiques Jullien, la chapelle, dans un état de délabrement assez avancé (murs et voûtes par­tiellement écroulés, couverture en dalles de pierre très abîmée, menuiserie de la porte manquante) une campagne de restauration fut décidée et financée par l'administration des Beaux Arts en 1948 12. Protégée et restaurée, la chapelle n'a cependant jamais été rendue au culte. Très exposée aux déprédations du fait de sa situation en bordure d'une route fréquentée, elle a récemment été mutilée de son inscription gravée sur l'un des cla­veaux de la porte. Le texte de cette inscription bilingue (latin et pro­vençal) et inachevée, est heureusement connu et publié depuis longtemps par l'érudit Monseigneur Chaillan qui en a donné la traduction et l'inter­prétation : "L'an du Seigneur 1239, le 3 des nones de juin (3 juin) eut lieu une éclipse de soleil. Prends garde, si tu commences, comment tu fi­niras. Qui bien fiera bien (trouvera)" 13

DESCRIPTION

Situation et composition d'ensemble

En amont du Pont de Mirabeau, sur un rocher qui surplombe la Durance, la chapelle est dominée par le relief élevé environnant. C'est un édifice isolé auquel on accède directement de la route.

Matériaux et leur mise en œuvre

Parements en petit appareil de moellons équarris ; chaînes d'angles, baies, clocher et bandeaux appareillés ; à l'intérieur, piliers, arcs et voûte appareillés.

Intérieur de la chapelle, vue ouest-est.Intérieur de la chapelle, vue ouest-est.

Parti général, plan, coupes et élévations intérieures

Chapelle à nef unique de plan rectangulaire avec abside semi-circulaire englobée dans un massif rectangulaire plus étroit que la nef.

Deux travées couvertes d'un berceau brisé sur un dou­bleau central retombant sur deux piliers adossés et un dou­bleau à chaque extrémité de la nef ; l'arc occidental retombant sur des culs-de-lampe, au sud mouluré, au nord à trois ressauts taillés en biseau.

Le cul-de-four de l'abside, beaucoup plus bas que le berceau, s'ouvre sur la nef par un arc triomphal légèrement brisé, retombant sur des impostes en quart-de-rond. Sol de terre.

Le berceau retombe sur des bandeaux taillés en biseau faisant retour sur les piliers. Ebrasement droit des fenêtres de la seconde travée.

Le pilier nord a été doublé extérieurement d'un contre­fort.

Élévations extérieures

Mur pignon percé d'une porte en plein cintre à larges claveaux et d'un oculus formé de deux pierres échancrées en demi-cercle. Clocher-arcade à deux arcades en plein cintre.

Des trous de boulins situés autour de la porte ser­vaient à fixer un auvent. De part et d'autre et au-dessus de l'oculus, ouvertures d'un colombier.

Façade postérieure

Mur de l'abside percé d'une fenêtre étroite ; au-dessus mur-pignon aveugle de la nef. Les côtés de l'abside sont aveugles.

Façade ouest.Façade ouest.

Façade latérale sud

Divisée en deux parties par le contrefort ; la travée est est percée d'une fenêtre étroite ; le mur est couronné d'un bandeau continu. Pas de contrefort. A l'ouest, ouvertures d'un colom­bier, sous la toiture ; à l'est, fenêtre étroite, ébrasée, à linteau échancré en plein cintre.

Deux rangs de trous de boulins, à une hauteur sensi­blement égale à ceux de la façade antérieure, ont pu servir à fixer un auvent.

ANNEXES

Marques et inscriptions

Le sommier du côté gauche de la porte d'entrée portait une inscription volontairement mutilée récemment : ANNO DNI MCCXXXIX III NONAS IVNNII SOL OBCURATUS FUIT + GRADA SI COMENSAS COFENIRAS OI BEN FARA BEN.

1B. M. Avignon, ms.2.401, Histoire de l'abbaye de Saint-André de Ville­neuve par Dom Chantelou, f° 159 v°.2Tous dérivent de BOUCHE, chorographie ou description de la Provence... Aix, 1664, Tome I, addition, p. 7, qui cite une charte de 1260 donnant à la chapelle le titre de sancte Marie Magdalena de Ponte Cantus Pernicis, ce document n'a malheureusement pas été retrouvé.3Ce chemin existe encore ; il est aujourd'hui doublé par la voie de chemin de fer et ne sert plus qu'à l'entretien de cette voie. Jadis, cependant, on trouvait sur son parcours des campagnes cultivées et habitées (bastides des Quatre Tours, de Cavalery, de la Devention) et le castrum médiéval de Sanson, déserté au XIIIe siècle.4CLOUZOT (Etienne), Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles, d'Avignon et d'Embrun..., Paris, 1923, p. 27.5Ibidem, p. 39.6Ibidem, p. 9 et 45.7A.P. (G.Demians d'Archimbaud, Aix), Procès-verbaux et sentences de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1340-1345, f° 85.8A.C. Mirabeau, II1, Inventaire manuscrit des archives du château de Mirabeau, 1741, f° 1.9A.C. Mirabeau, AA 1, Transaction entre le prieur de Sainte-Madeleine et le seigneur de Mirabeau, 1er août 1633.10B. M. Aix, Est. c 16, Veu du château de Mirabeau et du grand port de la Durance, signé P. JURAMY.11A. D. 84, 2 O 76(6), Administration communale, Mirabeau, Edifices du culte, chapelle Sainte Madeleine.12A. Monuments Historiques, dossier Mirabeau, Chapelle Sainte Madeleine.13CHAILLAN (Mgr), l'Eglise de Sainte Madeleine, avec son inscription, son bac et pont, dans Bulletin Archéologique, 1927, p. 397-405 ; l'Eglise de Sainte Madeleine, dans le Feu, 1933, n° 2, p. 36-37.
Genre de bénédictins
Vocables Sainte-Madeleine-de-Roquerousse, Sainte-Madeleine-du-Pont-de-Canteperdrix
Dénominations prieuré
Aire d'étude et canton Pertuis
Adresse Commune : Mirabeau
Lieu-dit : le Capon
Cadastre : 1946 C 564 ; 1837 C 553

Prieuré rural établi probablement entre 1165 et 1178 par les moines de Saint-André-de-Villeneuve à l'entrée du défilé de Canteprerdrix, point de passage de la Durance ; prieuré déserté et ruiné avant 1343 ; église convertie en remise après la Révolution ; restaurée en 1948 ; inscription gravée sur un claveau de la porte commémorant une éclipse de soleil datée 1239.

Période(s) Principale : 3e quart 12e siècle
Auteur(s) Auteur : maître d'oeuvre inconnu

Edifice orienté composé d'une nef de 2 travées voûtées en berceau brisé et d'une abside en cul-de-four ; élévation occidentale à pignon surmonté d'un clocher mur à 2 baies ; bandeau saillant et rangées de trous de boulin (pigeonnier ?) à la partie supérieure des élévations ouest et sud

Murs molasse
moyen appareil
pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau brisé
cul-de-four
Couvertures toit à longs pans
croupe
Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables église
Protections classé MH, 1928/11/10

Références documentaires

Documents d'archives
  • Mirabeau : administration communale. Edifices du culte. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 2 O 76 (6).

    chapelle Sainte Madeleine.
  • Transaction entre le prieur de Sainte Madeleine et le seigneur de Mirabeau, 1er août 1633. Archives communales, Mirabeau : AA 1.

  • Inventaire manuscrit des archives du château de Mirabeau, 1741. Archives communales, Mirabeau : CC 1.

    f° 1.
  • Procès verbaux et sentences de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1340-1345. Archives privées. (G. Demians d'Archimbaud) Aix.

    f° 85.
  • Histoire de l'abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon par dom Chantelou. Bibliothèque municipale, Avignon : ms 2401.

    f° 159 v°.
Documents figurés
  • La Durance à Mirabeau (Bouches-du-Rhône). Passage du bac. Par Champion. Crayon et sépia. 19e siècle. Bibliothèque municipale, Avignon : Est. fol. 98, n° 20.

  • Veu du château de Mirabeau et du grand port de la Durance. Par P. Juramy. S.d. (XVIIIe siècle). Dessin à la plume et lavis. Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence : C 16.

Bibliographie
  • BOUCHE, Honoré. La chorographie ou description de Provence et l'histoire chronologique du mesme pays. Aix : Charles David imprimeur du Roy, 1664, 2 tomes et 2 fasc. de suppl. reliés en 2 vol.

    P. 7.
  • CLOUZOT, Etienne. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse de Senez. Paris : imprimerie nationale, 1923.

    P. 27, 39, 45.
  • CHAILLAN, Marius ( Mgr). L'église de Sainte Madeleine, avec son inscription, son bac et son pont. Dans Bulletin archéologique, 1927.

    P. 397-405.
  • CHAILLAN, Marius (Mgr). L'église de Sainte Madeleine. Dans Le feu, 1933, n° 2.

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