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Prieuré de Bénédictins Saint-Michel-de-Béjun

Dossier IA84000141 réalisé en 1970

Fiche

Œuvres contenues

HISTORIQUE

L'église Saint-Michel de Béjun - improprement appelée de Beccopino, par mauvaise lecture de la forme latine Beccojuno - est l'un des plus anciens sanctuaires connus sur le territoire de Mirabeau, de fondation pro­bablement antérieure à la formation du village.

Situé à proximité de la limite entre les communes de Mirabeau et de Beaumont, elle fut longtemps considérée comme appartenant au territoire de cette dernière 1. Elle fut donnée, à une date inconnue, à l'abbaye de Saint-André de Villeneuve, qui s'en fit confirmer la possession dans les pancartes pontificales de 1118, 1143 et 1178 2, ainsi que dans la convention passée en 1165 avec l'archevêque d'Aix 3. Conformé­ ment aux termes de cette convention, on trouve le prieu­ré cité sur les rôles de bénéfices du diocèse d'Aix soumis au paiement des décimes - 30 sous et 7 deniers en 1274, 28 sous en 1351 -, de la taxe synodale et de la taxe archiépiscopale sur les dîmes (quarton) - un demi-muid de froment et un demi-muid d'orge - vers 1300 et de la taxe des procurations - de moitié avec le prieu­ré rural Saint-Gervais de Beaumont - vers 1350 4.

De l'édifice même, on ne sait rien avant 1343, date de la première visite pastorale conservée : l'ar­chevêque ordonna au prieur de faire restaurer les bâti­ments d'habitation du prieuré, de faire retirer de l'église une cuve à vin qui y avait été placée, reblan­chir les murs intérieurs, peindre pour l'autel un reta­ble à l'effigie de saint Michel, fondre une cloche d'un demi-quintal et la poser (dans le clocher-arcade) au­ dessus du sanctuaire et faire pour la sacristie un coffre de noyer et quelques vêtements liturgiques ; il constata avec satisfaction que sa précédente ordonnance, qui pres­crivait la reconstruction ou réparation de l'église et la fourniture d'un calice d'argent et d'un missel, avait été exécutée 5.

Sécularisé probablement à la même époque, le prieuré fut désormais desservi par un prêtre nommé par l'archevêque d'Aix, tel Durant Ales, mis en possession le 20 août 1402 par le vicaire de Mirabeau, au détri­ment d'Antoine Catalan, clerc de Riez pourvu du même prieuré par lettres apostoliques, qui dût s'en désister peu après 6.

Chevet.Chevet.

L'église Saint-Michel ne fut pas visitée au cours des tournées pastorales de 1423 et 1427 7. Elle figure cependant sur la liste des prieurés qui versent un cens annuel à l'abbaye de Saint-André (12 sous) en 1442 8. Un demi-siècle plus tard, c'est un prêtre de Mirabeau, Paul Guillon, qui paie à l'arche­vêque d'Aix la décime due par le prieur Jean Rasteau très probablement, comme beaucoup de ses confrères, celui-ci ne résidait plus sur place et confiait la gestion du prieuré à un ecclésiastique local 9. A la fin du XVIe siècle, effectivement, selon le procès­ verbal de la visite pastorale de 1582, le prieur de Saint-Michel percevait, par l'intermédiaire d'un fer­mier, 600 florins de rente annuelle mais ne faisait célébrer dans son église qu'une messe chaque dimanche 10. Ce demi-abandon fut sans doute à l'origine du délabrement de l'édifice. A la suite d'une énergique intervention de l'archevêque d'Aix, en 1618, qui lui ordonna de remettre en état la chapelle - notamment la toiture -, de la pourvoir des ornements, objets et livres sacrés indispensables et de faire refondre la cloche cassée 11, le prieur, Thomas Castillon, fit faire quelques réparations et assurer le service reli­gieux deux fois par semaine, le vendredi et le dimanche. En 1632, cependant, le mobilier - un vieux retable, un calice d'étain, quelques vêtements liturgiques usés - ­laissait bien encore à désirer 12.

Tout porte à croire que, par la suite, la chapelle fut assez régulièrement entretenue et desser­vie. Ses prieurs successifs - François d'Aimard en 1662, Joseph Cordier en 1672, Bernardin Risqui en 1676 et 1678 - continuaient, de loin, à faire gérer le prieuré par un laïc (généralement un bourgeois de Pertuis), qui leur versait une rente annuelle (500 livres) et faisait célébrer par un prêtre des environs, moyennant une modeste rétribution, les deux messes hebdomadaires et la grand messe votive de la Saint-Michel, où se rendait en procession toute la population de Mirabeau et pour laquelle le prieur faisait donner des "joies", objets divers (plats d'étain, coupons d'étoffe, rubans, bonnets, épingles et aiguillettes) servant de prix aux jeux et concours organisés pour la circonstance 13. Le prieur Bernardin Risqui se plaignait cependant au Bureau diocésain du peu de profit qu'il tirait de son bénéfice, en regard des frais d'exploitation et d'en­tretien (réparations à la chapelle, mais aussi aux terres du domaine, prés et terrasses de cultures endom­magés par les intempéries), et réclamait une réduction de sa décime 14. La sentence pastorale du 25 mai 1682 se borne à prescrire au prieur de continuer à faire assurer le service hebdomadaire de la chapelle et à con­fier la garde du calice - probablement un calice d'argent, fourni en remplacement du vieux calice d'étain de 1632 - au vicaire de la paroisse 15.

Un état du diocèse d'Aix dressé en 1724 attribue au prieur de Saint-Michel 554 livres de reve­nu annuel pour ï64 livres de charges, en particulier pour le service religieux de la chapelle assuré parles frères Observantins du Tourel, de la Tour d'Aigues 16. D'après les déclarations faites en 1728 au Bureau diocésain par le prieur François de Fargues, les reve­nus du prieuré (environ un hectare et demi de terre de labour, une petite grange et la dîme des grains - au1/13° - et des raisins - au 1/20° - d'une partie du terroir de Mirabeau) se montaient à 560 livres par an, tandis que les charges, service religieux, taxe archié­piscopale, entretien du domaine et des bâtiments, atteignaient 201 livres 17.

Saisie et vendue comme bien national sous la Révolution 18, la chapelle Saint-Michel a été conser­vée, tandis que les bâtiments du prieuré, sans doute déjà en ruine, étaient abandonnés. Racheté par le Bureau de bienfaisance de Mirabeau, l'édifice a été rendu au culte et sert encore à un pèlerinage annuel. La cons­truction des deux contreforts de maçonnerie qui sou­tiennent la façade ouest et le carrelage blanc et noir qui recouvre le sol intérieur datent du début du XXe siècle. Vue d'ensemble prise de la porte d'entrée.Vue d'ensemble prise de la porte d'entrée.

DESCRIPTION

Situation et composition d'ensemble

Chapelle isolée dans les collines à l"est de Mirabeau. D'aspect massif et rustique, l'édifice se détache de la végétation sauvage environnante.

Matériaux et mise en œuvre

Calcaire gris-jaune appareillé sous forme de moellons équarris assez irréguliers. Les chaînes d'angles sont plus soignées et de dimensions plus importantes que les assises des parements.

Parti général, plan, coupe et élévations intérieures

Édifice à nef unique de plan rectangulaire couverte d'un berceau brisé, et chœur de plan rectangulaire couvert d'un berceau. Le chœur est légèrement décalé vers le nord.

Les collages indiqués sur le plan concernent des reprises du gros-œuvre ou des réparations (contreforts de la façade antérieure), mais ne semblent pas correspondre à des états successifs de l'édifice.

Élévations extérieures

L'ensemble des façades présente de rares baies, la plupart murées ; ce sont des jours verticaux pratiqués dur le côté sud de la nef, le côté est du chœur et le pignon est de la nef. Les baies de la façade antérieure son modernes. Trous de boulins, en particulier sur la façade nord. Le pignon est de la nef est couronné d'un clocheton.

Façade sud.Façade sud.

Comble et couverture

Combles non étudiés. Couverture de tuiles creuses.

Distribution intérieure

Tous les murs de la nef sont enduits et peints en blanc avec un soubassement jaune ; l'enduit est bleu dans le chœur.

Le mobilier est moderne (19e siècle).

1Les pancartes pontificales (citées plus bas) la placent constamment dans le groupe des prieurés situés à Beaumont, Saint-Marcel et Saint-Gervais Au XIVe siècle, on lui annexa le prieuré bello­montain de Saint-Eucher, tandis que celui de Saint-Gervais lui était associé pour le paiement de certaines taxes archi-épiscopales. En 1402 encore, l'église est dite "...sancti Michaelis de Becojejuno territorii de Bellomonte", A.D.13 Marseille, 2 G 275.2B.M. Avignon, ms. 2401, Histoire de l'abbaye de Saint-André de Villeneuve par Dom Chantelou, f° 152 v°, 156 v°, 159 v°.3ALBANES {Chanoine J.H.), Gallia Christiana Novissima..., tome I, Aix, Instrumenta, X.4CLOUZOT (E.), Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles, d'Avignon et d'Embrun..., Paris, 1923, p. 13, 27, 32, 39, 45.5A.P. (G. Demians d'Archimbaud), Procès-verbaux et sentences de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1340-1345, f° 84.6A.D.13 (Marseille), 2 G 275 (1744) et 2 G 278 (1757).7A.D.13 (Marseille), G 201 bis et G 201 ter.8B. M. Avignon, ms. 2401. f° 119 v°.9A.D.13 (Aix), 306 E 427.10A.D.13 (Aix), 1 G 1332, f° 227.11A.C. Mirabeau, série GG, non coté.12A.D.13 (Aix), 1 G 1334, f° 109-110.13A.D.13 (Marseille), G 310, pièces 3, 6, 9, 10.14Ibidem, pièce 4.15A.D.13 (Aix), 1 G 1342, p. 337.16A.D.13 (Marseille), G 236, p. 192.17A.D.13 (Marseille), G 625.18A.D.84, 6 Q 4.
Genre de bénédictins
Vocables Saint-Michel-de-Bejun
Dénominations prieuré
Aire d'étude et canton Pertuis
Adresse Commune : Mirabeau
Lieu-dit : Saint-Michel
Cadastre : 1946 B 79 ; 1837 B 141

Prieuré rural dépendant de l'abbaye de Saint-André-de-Villeneuve, mentionné à partir de 1118 ; sécularisé et transformé en ferme dans la 2e moitié du 14e siècle ; église restaurée dans le 1er quart du 17e siècle (reconstruction de l'abside) ; aujourd'hui encore lieu de pèlerinage annuel

Période(s) Principale : 12e siècle
Principale : 13e siècle
Principale : 1er quart 17e siècle
Auteur(s) Auteur : maître d'oeuvre inconnu

Eglise composée d'une nef voûtée en berceau brisé et d'une abside carrée voûtée en berceau plein-cintre ; clocher mur sur l'arc triomphal

Murs molasse
moyen appareil
pierre de taille
Toit tuile creuse
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements voûte en berceau brisé
voûte en berceau plein-cintre
Couvertures toit à longs pans
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents d'archives
  • Comptes de décimes du diocèse d'Aix, 13 janvier 1501. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : B 3320

  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1582-1583. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1332.

    f° 227.
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1627-1638. 1632. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1334.

    f° 109-110.
  • Procès-verbaux des visites pastorales, évêché d'Aix-en-Provence, 1681-1682. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence : 1 G 1342.

    P. 337.
  • Procès verbaux de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1421-1423. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 1 G 201 bis.

  • Procès-verbaux et sentences de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1424-1425. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 1 G 201 ter.

  • État du diocèse d'Aix, 1724. État des revenus des bénéfices du doyenné de Pertuis. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : G 236.

    P. 192.
  • Archevêché d'Aix, déclarations fournies par les redevables des décimes, Mirabeau, 1728. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 1 G 625.

  • Mise en possession du prieuré Saint Michel pour Durant Ales, 20 août 1402. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 G 275 (1744).

  • Renonciation d'Antoine Catalan au prieuré Saint Michel en faveur de Durant Ales, 8 août 1403. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Marseille : 2 G 278 (1757).

  • Biens nationaux. Archives départementales de Vaucluse, Avignon : 6 Q 4.

  • Sentence de visite pastorale de la paroisse de Mirabeau, 17 octobre 1618. Archives communales, Mirabeau : GG non coté.

  • Procès verbaux et sentences de visites pastorales du diocèse d'Aix, 1340-1345. Archives privées. (G. Demians d'Archimbaud) Aix.

    f° 84.
  • Histoire de l'abbaye Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon par dom Chantelou. Bibliothèque municipale, Avignon : ms 2401.

    f° 119 v°, 152 v°, 156 v°, 159 v°.
Bibliographie
  • ALBANES, Joseph Hyacinthe. Gallia Christiana Novissima. Tome 1 : Aix, Apt, Fréjus, Gap, Riez et Sisteron. - Montbéliard : Société anonyme d'imprimerie montbéliardaise, 1899.

  • CLOUZOT, Etienne. Pouillés des provinces d'Aix, d'Arles et d'Embrun. Diocèse de Senez. Paris : imprimerie nationale, 1923.

    P. 13, 27, 32, 39, 45.
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