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présentation du canton de Saint-Bonnet-en-Champsaur

Dossier IA00070549 réalisé en 1979

Fiche

Dossiers de synthèse

CHAMPSAUR

Cantons d'Orcières et Saint-Bonnet (Hautes-Alpes)

Pays de culture et d'élevage plus que de pics et de glaciers, le Champsaur n'est certainement pas la vallée alpine la mieux connue du grand public. Elle est pourtant située au sud-ouest du massif de l'Oisans,qui fut l'un des premiers foyers de l'alpinisme en France. Mais les alpinistes, les premiers "touristes" des Hautes-Alpes, abordèrent plus volontiers le massif à partir des vallées du nord aux paysages plus grandioses. Le désintérêt des érudits n'a pas non plus contribué à la reconnaissance de cette région. Historiens, géographes et ethnologues qui, depuis le début du siècle, se sont passionnés pour le monde alpin, ont préféré les pays d'"âpres montagnes" à cette vallée riante et ensoleillée. C'est pourtant une région attachante, aux paysages variés et à la mise en valeur tout à fait originale.

Le Champsaur ou haute vallée du Drac, qui sépare le massif cristallin du Pelvoux du Dévoluy calcaire, est à la charnière de ces grands ensembles tectoniques que les géographes appellent les massifs centraux et les Préalpes. On y distingue deux paysages différents. A l'est le Haut-Champsaur est formé par les vallées du Drac Blanc (commune de Champoléon) et du Drac Noir (commune d'Orcières) qui se rejoignent en amont de Saint-Jean-Saint-Nicolas. C'est un pays de haute montagne, encadré par des sommets qui peuvent dépasser 3000 mètres. Les pentes sont raides, la végétation étagée et le climat rude, avec de forts contrastes de température et un enneigement long. Mais la présence de vastes pâturages d'altitude est un atout d'autant plus important que le reste de la vallée en est privé. A l'ouest, à partir de Saint-Jean-saint-Nicolas, le relief devient très différent. La vallée modelée par l'érosion glaciaire s'élargit en forme d'auge. Les versants en pente douce, fertilisés par les dépôts morainiques, offrent des replats propices à la culture et à l'implantation des villages. Le climat est aussi moins rigoureux. L'altitude, l'exposition, le relief créent, bien sûr, des disparités entre les communes du Bas-Champsaur, en particulier entre celles de la rive droite (adret) et celles de la rive gauche (ubac) où l'ensoleillement moindre a favorisé le maintien de la forêt. La plaine de Chabottes ou celle d'Ancelle sont des terroirs beaucoup plus fertiles que la vallée de la Séveraissette ou les basses pentes du Pic Queyrel ou du Vieux Chaillol. Mais, dans son ensemble, le Bas-Champsaur, qui de surcroît bénéficie des précipitations abondantes des Alpes du nord alliées à un ensoleillement déjà méridional, est une vallée alpine exceptionnellement accueillante.

Le Haut-Champsaur fait aujourd'hui figure de cul-de-sac. Il ne communique avec l'Embrunais à l'est que par des cols d'accès difficile, praticables seulement l'été et à pied. Ces passages, qui jusqu'au XIXe siècle étaient fréquentés par les colporteurs et les caravanes muletières, sont aujourd'hui des sentiers de randonnée. A l'ouest la corniche du Dévoluy qui forme une barrière de sommets contigus n'est percée que par le col du Noyer. Le seul axe de circulation important est nord-sud. Le Champsaur constitue la terminaison du sillon alpin méridional, cette grande percée entre massifs centraux et préalpes, qui relie Grenoble à Gap et donc le bassin de l'Isère à celui de la Durance. Ce couloir de circulation, qui suit la vallée du Drac jusqu'à Laye puis rejoint la dépression gapençaise par les vastes seuils du col Bayard et du col de Manse, fut dès l'Antiquité une voie de pénétration des Alpes. Du point de vue commercial et stratégique, c'était au Moyen Age l'une des routes privilégiées vers l'Italie du nord. De Gap on remontait la vallée de la Durance jusqu'au col de Montgenèvre et l'on préférait ce trajet, malgré sa longueur, à la "petite route" muletière qui passait par l'Oisans et Briançon.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, la route du col Bayard resta une voie commerciale importante. Auberges et relais de poste jalonnaient son trajet. Mais la construction du chemin de fer, qui passe plus à l'est par le col de Lus-la-Croix-haute et Veynes, supprima une partie du trafic. La "route Napoléon", qu'emprunta l'Empereur en 1805 à son retour de l'île d'Elbe, est aujourd'hui touristique. Le choix du tracé de la future autoroute Marseille-Grenoble modifiera peut-être cette situation.

Le Champsaur est considéré, depuis fort longtemps et à juste titre, comme l'une des plus riches régions agricoles des Alpes françaises. Une étymologie locale, sans doute fantaisiste, illustre bien la prospérité légendaire de cette vallée : le nom de Champsaur proviendrait de la déformation de "champ d'or", c'est-à-dire terre à blé. La prospérité a engendré une organisation sociale bien différente de celle des milieux plus ingrats du nord des Hautes-Alpes. Alors que l'Oisans, le Briançonnais ou le Queyras, délaissés dès la fin du moyen âge par la noblesse, ont pu s'organiser très tôt en communautés indépendantes et relativement égalitaires, le Champsaur, en revanche, la commune d'Orcières exceptée, paraît avoir conservé longtemps une société très hiérarchisée. La noblesse, qui accaparait les meilleures terres, s'est maintenue jusqu'à la Révolution, mais les différences de fortune divisaient aussi le groupe des agriculteurs. Les cahiers de doléances, rédigés en 1789, s'en font l'écho. A Saint-Eusèbe, "cinq à six domaines occupant plus de la moitié du territoire, le reste des habitants n'a pas suffisamment de blé pour sa consommation" ; à Saint-Jean-Saint-Nicolas "on observe que dans la communauté il y a treize domaines nobles qui tiennent la majeure partie des fonds et des plus précieux" ; à Saint-Julien "le nombre des habitants, soit laboureurs, journaliers ou artisans, arrive environ cent vingt, dont le tiers d'iceux ne possède aucun fond".

La structure de l'habitat reflète ces inégalités. Alors qu'à Orcières, toutes les maisons d'agriculteurs sont de taille sensiblement égale et semblent destinées à abriter un cheptel et des récoltes d'importance équivalente, dans le Bas-Champsaur, le volume des fermes peut varier de un à dix. Certaines sont si petites qu'elles appartenaient, à l'évidence, à des ouvriers agricoles qui ne possédaient pas de terres.

Jusqu'au milieu du XXe siècle, les agriculteurs du Champsaur ont vécu de la céréaliculture et de l'élevage des brebis et des vaches. L'importance relative de ces deux activités est difficile à apprécier pour les périodes anciennes, et a sans doute varié en fonction de la pression démographique ou des possibilités du marché. Les cahiers de doléances de 1789 dressent un tableau plutôt sombre, qui occulte entièrement l'importance du cheptel acheté au printemps, engraissé en altitude et revendu aux foires d'automne. D'après les réponses des communautés, seuls les grands domaines produisaient des surplus commercialisables, du seigle surtout, alors que les agriculteurs survivaient difficilement en pratiquant une polyculture vivrière de faible rendement associée à un petit élevage. La situation est certainement noircie. La position de la vallée sur le grand axe de circulation Gap-Grenoble semble avoir permis une spécialisation précoce. En 1820, Champoléon était déjà réputé pour son commerce actif des bêtes à laine et sa tomme commercialisée dans tout le Gapençais. Alors qu'en 1789 les habitants d'Orcières avouaient posséder en moyenne une paire de vaches pour le lait et le labour et une dizaine de brebis, en 1850 chaque famille élevait une cinquantaine de moutons et de chèvres. Au cours du XIXe siècle, le Bas-Champsaur a accordé une place croissante à l'élevage bovin, et pratiqué, à côté de la culture plus intensive des céréales, celle des plantes fourragères.

Avant le XIXe siècle, on ne dispose pas de dénombrement précis des habitants du Champsaur. Mais d'après les estimations données par les révisions de feux ou les comptages effectués lors des visites pastorales, la région semble avoir été relativement plus peuplée que les vallées voisines. Elle a connu dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle un fort essor démographique, qui s'est accentué dans les trente premières années du XIXe. En 1848, l'ensemble du Champsaur comptait 15.414habitants, soit une densité exceptionnelle en montagne de trente habitants au kilomètre carré. Ces chiffres expliquent sans doute l'importance de l'exode rural de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les migrations saisonnières traditionnelles ont fait place, à partir de 1850, à une émigration définitive vers les grandes villes des environs, Marseille, Lyon, ou Grenoble, et parfois même vers des horizons plus lointains, en particulier l'Algérie et les Etats-Unis. Entre 1885 et 1908, plus de deux mille champsaurins se seraient établis en Californie comme cow-boys. Ils y ont formé une communauté unie, se mariant souvent entre eux et conservant avec leur pays d'origine des liens étroits, dont témoignent les dons et legs qu'ils font aujourd'hui encore aux communes du Champsaur.

Malgré leur nombre, ces départs semblent davantage une réponse à la surpopulation qu'un signe de déclin. La deuxième moitié du XIXe siècle apparaît en effet comme une période de prospérité : les maisons du bourg de Saint-Bonnet et les fermes des hameaux d'agriculteurs furent modernisées, les églises et les chapelles reconstruites et embellies, les édifices publics restaurés. Si la situation semble s'être maintenue jusqu'en1914, après la première guerre mondiale, les départs se multiplièrent. Les sites les plus défavorisés furent abandonnés, comme les hameaux des Auberts ou de Méollion, à Champoléon. En quelques décennies, Molines se vida de ses habitants. En 1851, 170 personnes vivaient dans cette commune reculée de la vallée de la Séveraissette. Les inondations de 1860, qui emportèrent une partie des terrains cultivables, provoquèrent de nombreux départs vers l'Algérie et les Etats-Unis. La vie de la communauté se maintint cependant. En 1906, chacun des six hameaux de la commune était encore habité par un total de 107 personnes. Les inondations de 1928 décidèrent les derniers habitants à partir. En 1931 il ne restait plus que 22 personnes,concentrées au chef-lieu. Les hameaux du Roy, du Selon ou de Londonnière tombèrent en ruines. La plus grande partie des terres furent rachetées par l'O.N.F. et la commune rattachée à celle de La Motte. En 1979, Molines ne comptait plus que 2 habitants.

Ailleurs, le dénouement ne fut pas aussi brutal que pour cette petite communauté défavorisée. Mais la première moitié du XXe siècle apparaît comme une période de difficultés. La diminution et le vieillissement de la population, la disparition des commerçants et des artisans et l'abandon de la céréaliculture au profit de l'élevage traduisent un fort malaise. Au milieu du XXe siècle, le Champsaur avait perdu les deux-tiers de ses habitants de 1850.

La tendance ne s'est renversée que dans les années 1960. Choisie comme secteur pilote d'aménagement rural, la vallée a fait l'objet d'un plan de développement et de modernisation dont les effets se sont rapidement fait sentir. Spécialisé dans la production laitière, le Champsaur est devenu la plus grande région d'élevage des Hautes-Alpes. Les 650 exploitations agricoles qui subsistent sont pour la plupart rentables et bien équipées. La moitié de la population active travaille dans l'agriculture ; un quart a une double activité et vit à la fois de l'agriculture et du tourisme.

Car le Champsaur a réussi à maintenir sa vie agricole en accord avec une fréquentation touristique qui s'est développée grâce au ski. La station d'Orcières-Merlette, créée en 1961, est actuellement l'une des plus importantes des Alpes du Sud. D'autres communes se sont dotées depuis lors de remontées mécaniques et de pistes de ski de fond. Il ne faut pas négliger non plus l'importance du tourisme estival, qui a été favorisé depuis 1973 par la création du Parc national des Ecrins, auquel ont adhéré le Haut-Champsaur, Ancelle, Saint-Léger et toutes les communes de la rive droite du Drac. Grâce aux emplois induits par le tourisme, la population a recommencé à croître et à rajeunir. Le Champsaur est aujourd'hui l'une des vallées les plus dynamiques du département des Hautes-Alpes.

L'occupation du Champsaur est fort ancienne. De nombreuses découvertes fortuites, dont la plus célèbre est celle du dépôt d'objets de l'âge du Bronze à la Loubière (Bénévent-et-Charbillac), en témoignent. Dès le XIe siècle, le Champsaur fit partie du Dauphiné. La vallée dépendait donc de Grenoble du point de vue politique et administratif, mais se rattachait à Gap et à la Provence du point de vue religieux. Entre le Xe et le début du XIVe siècle, se mirent progressivement en place les paroisses et les habitats qui ont donné naissance aux communes actuelles. Saint-Bonnet, siège d'une importante châtellenie delphinale et de l'archiprêtré du Champsaur, faisait figure de petite capitale administrative et commerciale, avec ses gros marchés hebdomadaires et, à partir du XVe siècle, ses deux foires annuelles.

Malheureusement, de ce passé souvent actif et prospère rien n'a été conservé. Les seuls vestiges de l'époque médiévale sont les ruines de donjon ou de château-fort à Montorcier, Faudon ou Château-d'Ancelle. Les témoins du XVIe et du XVIIe siècle sont un peu plus abondants, mais souvent ponctuels et très dénaturés. Pour l'essentiel, le patrimoine architectural et mobilier du Champsaur date des XVIIIe et XIXe siècles.

Cette situation, qui n'a rien d'exceptionnel, semble ici avoir été aggravée par plusieurs facteurs. Il faut d'abord invoquer la violence des guerres de religion qui ravagèrent la vallée, l'un des fiefs des protestants du Dauphiné. Leur chef, François de Bonne, qui devint le connétable de Lesdiguières et pour qui, en 1611, le Champsaur fut érigé en duché, était natif de Saint-Bonnet que l'on qualifiait alors de "Genève des Alpes". Maints villages furent brûlés par les factions rivales ; de nombreux édifices de culte, catholiques puis protestants, furent détruits, ce qui explique qu'aucune église ou chapelle antérieure au XVIIe siècle n'ait été recensée dans les cantons d'Orcières et Saint-Bonnet.

L'absence de patrimoine ancien est sans doute également imputable à la situation du Champsaur sur la grande voie de circulation Gap-Grenoble. Alors que certaines vallées alpines font figure de conservatoire de formes anciennes ou vernaculaires, le Champsaur n'est pas resté à l'écart des grands courants européens. Les Champsaurins semblent avoir constamment transformé leurs demeures et leurs édifices publics en fonction du goût du jour. Les façades des fermes sont significatives à cet égard. Les baies en accolade du XVIe siècle et les fenêtres chanfreinées du XVIIe ne subsistent que sur les façades arrière ou sur les bâtiments d'exploitation. Elles ont été remplacées, au XVIIIe siècle, par des fenêtres plus grandes, au linteau délardé en arc, puis par les formes rectilignes du XIXe. On peut même voir, sur certaines fermes restaurées à la fin du XIXe siècle, des chambranles en pierre de taille peints d'un trompe-l’œil imitant la brique qui était alors le matériau à la mode.

Enfin la prospérité du XIXe siècle a sans doute puissamment contribué à faire disparaître les vestiges des époques antérieures. Rénovations, agrandissements et modernisations caractérisent alors le domaine privé comme les édifices publics. Les fours banaux, les fontaines, les églises et les chapelles furent reconstruits, les demeures agrandies et les façades refaites.

Le marasme qui a suivi la première guerre mondiale mit un frein à cette fièvre de rénovation. Pendant près d'un demi-siècle le Champsaur est resté figé dans son décor XIXe qui, aujourd'hui, passe à tort pour "traditionnel".

Les bâtiments les plus anciens du Champsaur sont les "châteaux", que les érudits locaux ont appelés "maisons fortes" lorsqu'ils sont attestés au XVe siècle, "manoirs" s'ils datent du XVIe ou du XVIIe siècle. Ces appellations vagues reflètent bien l'état des connaissances. Nous avons pu recenser dans les cantons d 'Orcières et Saint-Bonnet une quinzaine de demeures qui se démarquent nettement des maisons d'agriculteurs par leur ancienneté, leur importance, et leurs caractères architecturaux (corps de logis distinct des bâtiments d'exploitation, tours et parfois mur d'enceinte) et que la tradition locale désigne comme "château". La moitié d'entre elles ne font l'objet d'aucune mention dans les rares travaux historiques portant sur la région. Le Frisa à Pisançon (Bénévent-et-Charbillac), le Mazet à Chabottes, la ferme à tour carrée de Montorcier ou le domaine de la Tour à Saint-Jean-Saint-Nicolas, posent problème. Jusqu'à présent aucune recherche en archives n'a permis de préciser leur date de construction ou le statut de leurs propriétaires. S'agissait-il de petits seigneurs résidant sur place, de nobles habitant Gap ou Grenoble ou de notables cherchant à s'intégrer à la société aristocratique, comme c'est sans doute le cas pour le "château Barthélemy" à La Motte ?

L'étude des bâtiments, souvent très dénaturés, ne peut malheureusement pallier ces lacunes documentaires. La plupart des "châteaux" du Champsaur comportent des parties XVIIe, mais certains ont été démembrés et transformés en ferme à la Révolution comme le "manoir" de Poligny, d'autres réinvestis à la fin du XIXe siècle par de nouveaux propriétaires et transformés au goût du jour, comme Château-Daillon (Saint-Bonnet) ou le château de la famille du Serre à Saint-Léger. Ces Images, pour lesquelles nous avons sélectionné les exemples les mieux documentés et les plus représentatifs, susciteront peut-être une étude plus fine de cet ensemble de demeures qui ne manque pas d'intérêt.

Le patrimoine religieux du Champsaur est récent, et, aujourd'hui, essentiellement catholique. Tous les temples protestants érigés aux XVe et XVIe siècles ont été détruits lors de la révocation de l'édit de Nantes. Le seul qui existe actuellement, à Saint-Laurent-du-Cros, date de la fin du XIXe siècle. La reconstruction catholique du XVIIe siècle a laissé peu de traces. Les églises paroissiales de Saint-Bonnet, La Fare, Poligny ou le Noyer ont été édifiées à cette époque, mais ont été profondément restaurées ou en partie rebâties aux XVIIIe et XIXe siècles. L'ancienne église Notre-Dame, à La Plaine-de-Chabottes, constituée par une chapelle du XVIIe siècle à laquelle a été ajoutée en 1743 la nef actuelle, est un cas un peu particulier. Les vingt-six autres églises paroissiales recensées dans les cantons d' Orcières et Saint-Bonnet ont été construites au XIXe siècle, pour la plupart entre 1840 et 1880.

Les chapelles sont plus difficiles à dater. La plupart d'entre elles sont mentionnées dans la visite pastorale de 1685. Mais combien de ces petits édifices ruraux, construits sur un modèle très répandu dans cette partie du Dauphiné, sont-ils encore ceux du XVIIe siècle ? Peut-être la chapelle de Brutinel qui, au XVIIIe siècle, servait d'entrepôt aux négociants qui s'arrêtaient dans les auberges de roulage voisines, ou les chapelles de pèlerinage de Saint-Etienne à Poligny et de Notre-Dame-de-Boisvert à La Fare ?

Trois chapelles seulement sont datées avec certitude du XVIIIe siècle. Celle des Gondouins à Champoléon (1701), celle de l'Auberie à Bénévent-et-Charbillac (1743), et, plus tardive, celle du hameau des Rorenches à Saint-Jean-Saint-Nicolas (1787). L'absence d'évolution stylistique et les restaurations successives interdisent de dater plus précisément les autres édifices. On retiendra cependant que plus de la moitié des quarante-huit chapelles recensées dans les paroisses du Champsaur portent des dates du XIXe siècle et que la quasi totalité d'entre elles ont été restaurées à cette période.

Le mobilier religieux est contemporain des bâtiments, et date pour l'essentiel du XIXe siècle. Les trois chapelles XVIIIe déjà citées ont conservé leur décor d'origine : autels, tableaux, orfèvrerie et statuaire. Ailleurs, les rares objets antérieurs au XIXe siècle que l'on a pu découvrir sont sortis de leur contexte. Pour l'ensemble des quatre vingts édifices cultuels du Champsaur, nous n'avons recensé que 6 objets remontant au XVIIe siècle, et une vingtaine au XVIIIe siècle. C'est une situation tout à fait différente de celle du nord des Hautes-Alpes (Briançonnais, Queyras, Vallouise ou Haute Romanche), où le mobilier religieux des XVIIe et XVIIIe siècles a été conservé en abondance.

Longtemps méconnue, l'architecture rurale est, depuis une vingtaine d'années, considérée comme un patrimoine à protéger. Dans les hameaux d'agriculteurs, les fours banaux, les fontaines et les chapelles, symboles de l'ancienne vie communautaire, ont fait l'objet d'une attention particulière. Les maisons paysannes posent des problèmes spécifiques. L'intérêt pour l'habitat rural antérieur à 1914, que l'on qualifie volontiers de "traditionnel", est souvent motivé par le désir de restaurer "dans le style" des bâtiments qui ont perdu toute fonction agricole, ou de préserver la qualité d'un paysage architectural. Or, si l'architecture rurale du Champsaur s'apparente au vernaculaire, c'est moins dans son apparence extérieure que dans son organisation interne, la permanence, du XVIIe siècle à nos jours, d'un schéma de distribution commun à toute la vallée, fondé sur une stricte séparation des espaces réservés aux hommes et aux animaux et sur des dispositifs de circulation extérieurs au bâtiment, en est par exemple un aspect important. En revanche, du point de vue formel et stylistique, l'habitat rural apparaît, dans cette région plus qu'ailleurs, extrêmement évolutif.

Si l'on en croit les dates gravées ou sculptées sur les linteaux des portes et fenêtres, la plupart des fermes du Champsaur ont été construites dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et les premières décennies du XIXe, ce qui correspond à la grande période d'essor démographique que nous avons déjà évoquée. Mais ces bâtiments ont été profondément modifiés depuis. Au cours du XIXe se sont multipliés les agrandissements et les surélévations, nécessités par la place croissante prise par l'élevage sur la céréaliculture (constructions d'étables et de bergeries supplémentaires, de fenils plus vastes) et par l'évolution de la façon d'habiter (multiplication et spécialisation des pièces du logis). Dans la première moitié du XXe siècle les agrandissements ont peu touché le bâtiment d'origine - on a préféré construire à proximité une étable-grange supplémentaire - mais son aspect extérieur a été modifié. Les toitures, jusqu'alors couvertes de paille de seigle, ont été refaites en tuile en écaille dans le Bas-Champsaur, en ardoise dans le Haut-Champsaur, ou simplement en tôle ondulée. Les façades, autrefois crépies à la chaux, ont été ornées d'enduits lisses, colorés, avec de faux appareils peints autour des baies et sur les chaînes d'angle. En dépit de ces changements d'aspect, l'habitat rural du Champsaur a conservé dans son schéma de distribution, dans la forme des charpentes ou dans l'organisation des abords, nombre de caractères traditionnels qui sont l'un des charmes de cette région.

Le patrimoine du Champsaur est essentiellement rural et, par la même, mineur et répétitif. A l'exception, peut-être, de l'étonnante "chapelle des Pétètes'', la région ne compte pas de bâtiment rare ou prestigieux. Aussi ces Images ne sont-elles pas un guide touristique qui indiquerait des itinéraires ou des bâtiments à ne pas manquer. Elles se veulent davantage une invitation à la lecture d'un paysage, à la compréhension d'une société montagnarde, aujourd'hui en pleine mutation, mais dont l'organisation ancienne est encore visible. La reconnaissance de ce patrimoine modeste est le meilleur garant de son maintien.

Aires d'études Saint-Bonnet-en-Champsaur
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Références documentaires

Documents figurés
  • Valley of Champsaur. [La vallée du Champsaur]. Reproduction d'une lithographie de Louis Haghe, d'après un dessin de Lord Monson, illustrant l'ouvrage du Dr Gilly : The Memoir of Felix Neff, paru en 1840.

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  • RAULIN, Henri. L'architecture rurale française. Corpus des genres, des types et des variantes. Dauphiné. Paris : musée national des arts et traditions populaires, Berger-Levrault éditeur, 1977.

  • ROMAN, Joseph. Mémoire sur l'état de la subdélégation de Gap en Dauphiné, adressé à l'Intendant du Dauphiné Monsieur le Baron de la Bove par Pierre-Joseph Delafont, subdélégué de Gap. Dans Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1899-1900.

  • ROMAN, Joseph. Notice sur la communauté d'Ancelle. Dans Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 1899.

    P. 209 et sq.
  • ROMAN, Joseph. Répertoire archéologique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie nationale, 1888.

  • ROMAN, Joseph. Réponse à la brochure publiée à propos de l'histoire d'Ancelle par l'abbé Ranguis. Gap, 1900.

  • ROMAN, Joseph. Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Paris : Imprimerie Nationale, 1887-1890. 2 vol.

  • ROUX, E. A la découverte de Saint-Bonnet, bourg historique. Edité par le Syndicat d'Initiative de Saint-Bonnet, 1967. 27 p.

  • VIE, Françoise. Saint-Bonnet, son histoire. Edité par le Syndicat d'Initiative de Saint-Bonnet, 1967. 27 p.

  • VALENTIN DU CHEYLARD, Roger. La population des taillabilités du Dauphiné en 1868. Dans Bulletin de la Société départementale d'Archéologie et de Statistique de la Drôme. Valence, t. XXXIX, 1905, t. XLX, 1907, t. XLII, 1908.

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