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présentation du canton de L'Argentière-la-Bessée

Dossier IA05000505 réalisé en 1980

Fiche

La Vallouise est formée par les vallées du Gyr et de l'Onde qui se réunissent en aval de Vallouise pour former la Gyronde, torrent qui se jette dans la Durance en aval des Vigneaux.

Ces deux vallées principales et leurs affluents, drainées par des torrents d'origine glaciaire au cours très irrégulier, pénètrent profondément le massif du Pelvoux qui domine la vallée de ses pics (4086 m au Pic Lory) et de ses glaciers. C'est un paysage de haute montagne, formé de pelouses et de rochers, où la forêt se cantonne à quelques versants d'Ubac comme le vallon de Narreyroux à Puy-Saint-Vincent.

Le climat y est rigoureux et l'enneigement long.

A. Un habitat groupé en villages et en hameaux

1. Localisation

Un certain nombre de villages se sont installés dans le fond de la vallée, ce qui est assez rare en haute montagne. A Pelvoux les hameaux qui ont la forme de "Villages-rues" s'échelonnent presque sans discontinuité, tout au long de la route qui suit la rivière. A Vallouise les hameaux de fond de vallée préfèrent se percher sur les cônes de déjection des torrents : c'est le cas du Villard et du Grand Parcher. D'autres hameaux se sont établis en altitude, sur les replats glaciaires appelés puys : c'est le cas de Puy-Aillaud et de tous les villages d'habitat permanent de Puy-Saint-Vincent. Enfin, la plupart des villages de Vallouise sont construits à proximité d'un pont, d'un gué ou d'un carrefour de routes et étaient reliés entre eux, avant la construction de la route dans la vallée en 1853, par des chemins muletiers.

2. Physionomie

A l'exception de Ville-Vallouise dont le centre est structuré par la place de l'église, aucun des hameaux de la vallée ne présente d'organisation interne. Ils sont formés de maisons isolées ou mitoyennes par deux ou trois, disposées sans ordre le long des ruelles généralement non goudronnées. Toutes les façades étant orientées de la même façon, vers le sud-est, les maisons ne se font pas face de part et d'autre d'une rue mais se tournent le dos. Des jardins potagers s'intercalent entre les maisons qui, à quelques exceptions près, ne possèdent pas de cour : il n'y a pas de limite stricte entre les abords de la maison et la rue, où les poules picorent et où l'on entrepose le matériel agricole.

3. Equipement

Chaque hameau possède généralement une chapelle, un four et des fontaines ou lavoirs. Mais ces édifices dits "banaux", car possédés par la communauté des habitants du hameau, ne sont généralement pas regroupés dans un même lieu, autour d'une place par exemple. Ils sont dispersés parmi les maisons dans l'ensemble du hameau.

Tous les services et les commerces sont regroupés au chef-lieu : Ville-Vallouise, Saint-Antoine-de-Pelvoux, ou dans les lieux les plus fréquentés : le Pont pour Les Vigneaux, la station de ski à Puy-Saint-Vincent. Ailleurs on ne trouve aucun service, si ce n'est quelques hôtels ouverts en saison touristique. La plupart des hameaux sont formés exclusivement de maisons d'habitation.

B. Les maisons

1. Datation

Les sites que nous venons de décrire sont occupés depuis très longtemps. On trouve leur nom dans les chartes et les textes dès le moyen-âge. Mais qu'en est-il des constructions elles-mêmes ?

Les maisons de la vallée de Vallouise portent de très nombreuses dates, généralement inscrites à l'extrémité de la poutre faîtière visible de la rue, plus rarement sur d'autres pièces de la charpente ou gravées dans le mur. Sur la seule commune de Vallouise par exemple on en a relevé plus de 120. Mais la plupart des inscriptions ne remontent pas en-deçà de 1700, et se situent en majorité dans la première moitié du XIXe siècle.

Nous ne prendrons qu'un exemple significatif : le village de Ville-Vallouise, construit autour d'une église du XVe siècle. Sur les soixante dates relevées sur les maisons du village, quatre sont antérieures à 1700 (1596, 1606, 1615 et 1662), neuf sont comprises entre 1700 et 1750, onze entre 1750 et 1800, 25 entre 1800 et 1850, quatre entre 1851 et 1900 ; sept sont postérieures à 1900.

Qu'en est-il de l'architecture antérieure au XVIIIe siècle? Il est peu probable qu'elle ait entièrement disparu malgré la fréquence des guerres, incendies, inondations, épidémies et fléaux de toute sorte dont les archives conservent une mémoire complaisante. Mais elle est impossible à identifier. On ne trouve que de rares vestiges d'un habitat "ancien", et sans doute plus riche que la moyenne : une maison avec tourelle d'escalier à Puy-Saint-Vincent, une autre avec fenêtres à meneau à Ville-Vallouise.

D'autre part, on peut se demander si on s'est contenté de reconstruire sur les substructions encore debout, c'est-à-dire sans changer le plan de la maison, ou si l'on a adopté de nouveaux modèles architecturaux. Le problème se pose en particulier pour les maisons à arcades que l'on trouve à Ville-Vallouise et au Villard. Il est d'autant plus difficile à résoudre que l'on n'a pu noter aucune corrélation entre les différents modèles de maisons et les dates relevées sur ces bâtiments. On ne peut pas, par exemple, comme dans le Champsaur, isoler les constructions XIXe des autres.

D'autre part, le fait que les dates soient inscrites sur la charpente, c'est-à-dire la partie la plus fragile de la maison, ne permet pas de les considérer comme des dates de construction du bâtiment tout entier. Elles peuvent indiquer uniquement la date de réfection du toit sur une construction déjà existante. Mais il est à noter que ces dates XVIIIe et XIXe concordent avec celles rencontrées dans d'autres vallées des Hautes-Alpes où l'on préférait dater d'autres parties de la maison : linteau de porte dans le Champsaur, impostes des portes de court dans le Briançonnais, ou chaînage d'angle.

On ne peut donc pas conclure grand chose de la profusion de dates relevées sur les maisons de la vallée de Vallouise, si ce n'est que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe, on a beaucoup construit et réparé et que l'on aimait dater. Il faut se contenter d'étudier l'architecture "traditionnelle", c'est-à-dire antérieure aux grandes transformations du XIXe siècle, comme un tout.

2. Données générales

L'habitat de la vallée de Vallouise est une architecture de montagne. Comme dans les autres régions des Hautes-Alpes étudiées, les maisons sont orientées en fonction de l'ensoleillement et sont construites dans la pente avec un ou deux niveaux de soubassement.

Il s'agit comme dans l'ensemble du département de "maisons-blocs" abritant sous le même toit le logis, l'écurie, la grange et les pièces à provision ce qui permet de profiter de la chaleur du troupeau et de l'isolement thermique constitué par la terre et le foin.

a. Matériaux

On retrouve les mêmes méthodes de construction que dans l'ensemble de la vallée. Les murs sont en moellons de pierres locales (granite, grès, schiste...) bloqués avec de la chaux ou avec un mélange de terre et de graviers (gravières dans le lit des torrents). Ils sont généralement crépis à la chaux.

Une partie des voûtes sont construites en tuf.

Le bois employé dans la construction est le mélèze.

Les cloisons sont en pan-de-bois bourrées non pas de cailloux et de paille comme dans l'Embrunais mais de blocs de tuf soigneusement taillés.

Les plafonds des pièces d'habitation sont soit en bois, à poutres apparentes, soit plâtrés. Dans ce cas ils sont formés de madriers entre lesquels on a coulé un mélange de paille et de terre, maintenu par un lattis cloué sur les chevrons.

Lorsque l'écurie est plafonnée, le plafond à poutres apparentes est recouvert d'une épaisse couche de terre puis d'un parquet en bois afin que les vapeurs d'ammoniac dégagées par le troupeau n'atteignent pas les pièces d'habitation.

Afin d'assurer la ventilation du foin dans la grange tout ou partie des murs du dernier étage était parfois construit en empilage de madriers de mélèze (platas) à l'exemple des granges des chalets d'alpage (voir ci-dessous). Les pignons étaient soit bardés de planches de mélèze, soit percés de jours de forme triangulaire, exceptionnellement en branchages.

A la fin du XVIIIe siècle, la totalité des toitures étaient en paille de seigle. La plupart ont conservé ce matériau jusqu'après la première guerre mondiale, époque où la tôle l'a peu à peu évincé. L'ardoise, tirée des carrières de la Blache (en aval des Grésourières) était peu employée et réservée aux édifices publics ou aux bâtiments riches. Les bardeaux de bois sont exceptionnels sur les maisons d'habitation. Ils sont réservés aux petits édifices : fours, moulins, chalets d'alpage.

Mais malgré les changements de matériaux de toiture, la plupart des maisons ont conservé la charpente légère des chaumières : trois ou quatre fermes composées de deux arbalétriers croisés sans poinçon sous la poutre faîtière et d'un entrait.

b. Structure : Importance des voûtes

Les maisons de Vallouise ont largement utilisé la voûte, à la fois par crainte du feu, protection contre le froid, et sans doute tradition architecturale. Mais ces voûtes présentent des formes et des utilisations variées.

Les écuries sont, sauf exception rare (Puy-Aillaud), voûtées d'arêtes sur pilier central. Fréquemment, quatre tirants en bois appelés dans la région "clés de voûte" sont fixés dans la maçonnerie entre le pilier central et les retombées situés au centre de chaque mur. On trouve également des "clés de voûte" dans les voûtes en berceau qui couvrent les caves à vin ou à légumes.

Il arrive fréquemment que l'étage, c'est-à-dire les pièces d'habitation, soit voûté au moins en partie. Les voûtements prennent alors deux formes : on trouve fréquemment un voûtement d'arête sur pilier central identique à celui du rez-de-chaussée. L'espace est alors souvent divisé en quatre pièces par des cloisons en pan-de-bois. Mais on trouve également une voûte presque plate, aux pénétrations de forme arrondie qui, d'après la tradition, serait d'origine italienne. Dans l'état actuel de nos connaissances sur l'architecture des Hautes-Alpes, cette voûte semble être très particulière à la vallée de Vallouise , et surtout au village de Ville-Vallouise. Ailleurs, nous n'en avons rencontré que des exemples très ponctuels : un cas à Freissinières, un autre à La Motte-en-Champsaur, un autre enfin à Villar-d'Arène.

En Vallouise même, ce type de voûte reste cependant très minoritaire (quatre cas recensés à Ville-Vallouise, deux à Pelvoux, un à Puy-Saint-Vincent) et semble avoir des usages particuliers. Contrairement aux voûtes d'arête qui sont employées aussi bien pour les écuries, les chambres ménagères que les chambres à coucher et les cuisines, les voûtes de ce type sont strictement réservées aux pièces d'habitation et servent à les distinguer. Par exemple la cuisine basse au rez-de-chaussée sera voûtée ainsi, alors que l'écurie sera voûtée d'arête.

D'autre part, si toutes les maisons à arcades ne comportent pas de ces voûtes, que nous appellerons pour plus de commodité "vallouisiennes" toutes les maisons voûtées de cette façon comportent des arcades extérieures, souvent très soignées (piliers monolithes, crépi fin...).

Enfin il faut noter qu'il est exceptionnel que l'étage soit couvert de façon uniforme. Il arrive souvent qu'une partie des pièces soit voûtée d'arête, et le reste plafonné ou couvert d'une voûte "vallouisienne".

c. Une distribution classique de maison de montagne

La distribution des maisons de Vallouise est en gros identique à celle rencontrée dans le Haut-Champsaur et l'Embrunais.

Le rez-de-chaussée est occupé par l'écurie et généralement par une ou deux caves. A l'étage se trouvent le logis (au minimum une cuisine (fougagne) et une chambre) et une chambre ménagère. La grange occupe le second étage et les combles. Elle est divisée dans le sens de la hauteur par des planchers de bois : le baouti et l'arrière-baouti. Devant la porte de la grange, à l'intérieur, se trouve l'aire à battre dallée de lauses.

Certaines maisons comportent une seconde cuisine au rez-de-chaussée, appelée cuisine basse ou cuisine d'été. Personne n'a pu nous expliquer l'utilisation de cette pièce, et il semble que l'usage d'utiliser une cuisine différente selon la saison soit depuis longtemps abandonné. Les personnes âgées ne se rappellent avoir utilisé cette pièce, qui comporte une cheminée, que comme débarras ou pour certaines tâches : la lessive deux fois par an par exemple. De même, nous n'avons retrouvé aucune trace de cohabitation avec les animaux l'hiver. Si cette pratique a existé, elle a disparu depuis le début du siècle au moins.

On notera, par comparaison avec l'Embrunais et le Champsaur, l'importance des pièces à provision : la plus grande partie des maisons possède une cave à vin qui contenait le pressoir, une ou plusieurs caves à légumes (crouton) où l'on conservait les légumes pendant l'hiver, et une chambre ménagère ("pièce froide", "pièce sèche") qui contenait le saloir, les coffres à grains et à farine (arche), des claies à fourrages, des garde-manger, etc... Parfois les maisons possédaient un chambron, sorte de petite pièce en pan-de-bois construite sur le plus haut balcon, ou l'on entreposait des provisions l'hiver et où on dormait l'été. Enfin la grange et les balcons servaient également d'espace de stockage et de rangement. Dans la grange on suspendait le tortier sur lequel séchait le pain et on conservait une partie du grain dans des arches. Sur le plus haut balcon on faisait sécher les gerbes, les pois, les fromages dans une claie, et l'on entreposait les paniers et les outils qu'on n'utilisait pas, parfois même l'établi sur lequel on faisait de la menuiserie pendant l'hiver.

d. Une circulation extérieure

Malgré la rigueur du climat et la longueur de l'enneigement, la circulation entre les différents étages de la maison se fait uniquement par l'extérieur. Rares sont les maisons qui ont adopté le système de la court briançonnaise (deux cas à Ville-Vallouise, un à Puy-Saint-Vincent) ou celui de la toune du Champsaur : on n'a rencontré ces espaces de circulation ouverts sur l'extérieur que sur deux maisons en empilage à Pelvoux.

En règle générale, on accède aux différents étages par tout un système d'escaliers extérieurs en bois ou en pierre, et de balcons reliés entre eux par des échelles de meunier.

Les maisons possèdent en moyenne trois à cinq balcons, qui courent sur la façade et les pignons. Le balcon correspondant au premier étage comporte souvent une balustrade plus soignée, formée de balustres plats, alors que la balustrade des étages supérieurs est formée de petits barreaux en bois de section carrée disposés en losange.

Dans la plupart des cas le balcon du premier étage est supporté par un ou plusieurs arcs en pierre qui abritent les entrées de la cave et de l'écurie. Certaines maisons comportent au premier étage une autre série d'arcades qui délimite une galerie voûtée au-dessus du balcon. Bien qu'on ait tendance à considérer que ces maisons à deux niveaux d'arcades sont l'habitat-type de la vallée de Vallouise, à tel point que les règlements préconisent des arcades partout et que l'on en trouve davantage sur les maisons récentes que les maisons anciennes, elles sont très minoritaires dans la vallée. On en a compté cinq à Ville-Vallouise, sept au Villard, deux aux Alberts. Il n'en existe pas dans la plupart des villages.

Du point de vue de la structure, les arcades ne sont pas solidaires de l'ensemble de la maison, mais collées sur le mur de façade. Elles ont donc très bien pu être rajoutées sur un bâtiment déjà existant. Elles n'occupent que le rez-de-chaussée et le premier étage et sont généralement surmontées au niveau du deuxième étage par un balcon en bois qui communique avec celui du premier étage par une échelle de meunier. Dans deux cas seulement le second balcon n'existe pas et le mur du deuxième étage vient au niveau du nu extérieur de l'arcade (maisons 850 et 1087 à Ville-Vallouise).

Certaines arcades sont recouvertes d'un crépi soigné, soulignées de moulures et s'appuient sur des piliers en pierre de taille rose ou grise (maisons 850,1087, et 1009 à Ville-Vallouise, maison 684 au Villard, 234 aux Alberts et 1058 aux Prés). Mais dans la plupart des cas, les piliers sont simplement maçonnés et on a laissé les pierres apparentes.

Du point de vue de la forme on trouve trois types d'arcades. Certaines maisons comportent au rez-de-chaussée et au premier étage deux niveaux d'arcades identiques formés de deux ou trois arcs (maisons 684 et 1009 à VilleVallouise, maisons 700 et 721 au Villard et 994 aux Alberts). Dans ce cas l'accès au premier étage se fait en général de plain-pied, en utilisant la pente. Dans la plupart des cas, l'arcade comprend un arc supplémentaire à l'étage, ce qui laisse la place de l'escalier, et deux niveaux identiques d'un ou deux arcs (maisons 846, 1015, 1010 et 850 à Ville-Vallouise,maisorp 67 à. Pelvoux, 1495 à Puy-Aillaud et 732 au Villard) (cf. croquis B 1 et2). Enfin, les façades de trois maisons sont ornées d'une seule arcade au niveau du premier étage (maisons 234 aux Alberts, 1058 aux Prés et 1087 à Ville-Vallouise). C'est une solution que l'on semble avoir préféré lorsque la pente du sol est très forte. Dans ce cas la taille des piliers décroît en fonction de la pente.

On ignore la date de construction de ces arcades. Peut-être la première moitié du XIXe siècle, comme l'indiqueraient les dates inscrites sur les piliers à Ville-Vallouise : 1802, 1833, 1834, 1840, 1848. La tradition veut que ces maisons aient été construites par des maçons italiens, comme les voûtes que nous avons décrites plus haut, pour des familles originaires d'Italie, et en particulier de Bardonnecia. Il est vrai que les maisons à arcades de Ville-Vallouise appartenaient, et appartiennent encore à des familles portant le nom de Bardonnèche. Or une famille de ce nom est installée à_ Vallouise depuis le XVIIe siècle au moins. Certains de ses membres y ont exercé les charges de notaire et de châtelains. L'installation de cette famille est donc largement antérieure aux dates inscrites sur les piliers des arcades et si la tradition qui donne une origine italienne à ces maisons a quelque fondement, elle mélange sans doute plusieurs faits : l'apport des maçons italiens au XIXe siècle et le nom de cette famille. Quoiqu'il en soit, les maisons à arcades étaient certainement les plus riches : leur volume est important, leur décor soigné ; elles comportent généralement deux étages voûtés et un assez grand nombre de pièces d'habitation. On comprend donc que les autres maisons importantes de la vallée aient adopté des arcades identiques. C'est le cas aux Alberts pour une maison de type seigneurial à tourelle. Aux Vigneaux, la façade de l'ancien prieuré est également flanquée de deux niveaux d'arcades.

Cette mode s'est étendue aux maisons plus modestes qui ne comportent des arcs qu'au rez-de-chaussée. Les escaliers extérieurs en pierre ne s'appuient pas sur un ou deux arcs comme dans l'Embrunais mais parfois sur trois, quatre ou cinq. C'est le cas en particulier à Puy-Aillaud, mais aussi dans certains hameaux de Pelvoux. D'autre part on emploie parfois pour les arcs du rez-de-chaussée des piliers en pierre de taille, identiques à ceux des maisons à deux niveaux d'arcades.

Enfin il faut traiter d'un cas un peu particulier. Deux maisons (maison1051 à Ville-Vallouise et maison 755 au Villard) comportent un arc unique situé au niveau du premier étage sur un mur secondaire. L'arc abrite des portes d'accès aux pièces d'habitation au premier étage et supporte la passée de grange, plan incliné qui permet d'accéder au second étage. Dans les deux cas, un chambron est construit sur la passée. Il s'agit donc d'un compromis entre l'arc décoratif et un système de circulation ouvert sur l'extérieur qui tient de la toune du Champsaur.

En ce qui concerne le problème de la circulation entre les différents étages de la maison, les arcades n'apportent aucun progrès par rapport au système de balcons de bois et d'échelles de meunier des maisons plus simples. Leur rôle est purement décoratif et la circulation continue a se faire entièrement par l'extérieur.

Mais le choix d'une circulation extérieure n'est sans doute pas neutre, puisqu'on préfère construire des galeries voûtées que des escaliers intérieurs. Les balcons en bois ou en pierre ne sont pas seulement des espaces de circulation mais des lieux où l'on se tient, où l'on travaille (l'hiver à faire de la menuiserie par exemple), un espace de transition entre différents espaces de la maison et entre la maison et l'extérieur.

e. Le décor

A l'exception de la recherche de formes et de matériaux que constituent les arcades de façade, le décor des maisons de Vallouise se réduit a très peu de choses. Il existe quelques maisons à façades peintes identiques à celles que l'on trouve dans la vallée de la Durance, par exemple l'ancienne poste de Vallouise. Mais elles sont rares. Le décor de la plupart des maisons se réduit à la forme des balustres du balcon, et à un pampre de vigne qui a échappé à la crise de phylloxéra du début du siècle.

Les seuls exemples de décor rencontrés sont très ponctuels : quatre cadrans solaires dont un disparu ; deux chambranles de fenêtres ornés d'un décor au plâtre (Aux Alberts et aux Vigneaux) et souvent d'ordre protecteur : c'est le cas peut-être des signes qui accompagnent les dates et inscriptions gravées sur les chaînages d'angle ou à l'extrémité des poutres faîtières : croix, fleurs de lys, visages stylisés, étoiles à cinq branches. On notera également les frises en dent de loup fréquentes sur les constructions en empilage, et les chardons et fers à cheval cloués au-dessus des portes d'entrée.

C. Typologie et diffusion des modèles

Dans des régions où l'hiver dure six mois, le principal problème auquel la maison doit répondre est celui de la circulation l'hiver entre les différentes pièces de la maison, les principaux déplacements consistant alors à transporter plusieurs fois par jour le foin de la grange à l'écurie.

La distribution des différentes pièces les unes par rapport aux autres et les systèmes de circulation qui en découlent sont donc les deux critères qui permettent de définir les différentes façons d'habiter dans ces régions de haute montagne, et ceux sur lesquels nous baserons notre typologie de l'habitat.

Contrairement au Champsaur où l'on pouvait distinguer trois modèles de circulation bien distincts, l'architecture de la Vallouise présente, sous des différences de détail, une grande uniformité. A l'exception des maisons à court importées du Briançonnais (deux cas à Vallouise, un à Puy-Saint-Vincent, un aux Vigneaux), et d'une maison avec tour d'escalier aux Alberts, toutes les maisons de la vallée appartiennent au même type d'architecture qui est aussi celui de l'Embrunais et de la haute vallée de Champoléon. Ce modèle se caractérise par une distribution verticale écurie-logis-grange et une circulation extérieure.

Cependant les différences de structure permettent de définir quelques sous types. On distinguera les maisons en empilage, les maisons au premier étage voûté, et les maisons au premier étage plafonné.

1. Les maisons en empilage

Si la construction en empilage (platas) est la règle générale pour les chalets d'alpage, elle est rarement employée pour l'habitat permanent. On en a dénombré deux cas à Ville-Vallouise, deux aux Prés, cinq dispersés sur la commune de Pelvoux, aucun sur celle des Vigneaux. Mais il se pourrait que ces maisons aient été plus nombreuses (informations orales).

Du point de vue de la distribution on trouve aussi bien des maisons très simples dont les pièces d'habitation sont réduites au minimum (par exemple à Vallouise une cuisine, une petite chambre et une cave disposées en enfilade) que des maisons comportant un nombre de pièces d'habitation plus important : deux d'entre elles (maisons 913 au Sarret et 167 à Saint-Antoine) ont deux cuisines (une cuisine basse et une cuisine à l'étage) et deux chambres. La circulation se fait par un espace ouvert sur l'extérieur analogue à la toune du Bas-Champsaur mais situé ici au niveau du premier étage. Ces deux cas sont exceptionnels, mais il n'est peut-être pas indifférent que les deux seuls espaces de circulation de ce type soient le fait de maisons en empilage.

2. Les maisons au premier étage voûté

Dans la mesure où toutes les maisons n'ont pas été visitées, il est difficile d'évaluer la proportion des maisons au premier étage voûté par rapport à l'ensemble des constructions. Elles sont particulièrement nombreuses aux Vigneaux (environ l/3 ?), se rencontrent fréquemment à Ville-Vallouise, et de façon plus ponctuelle dans les autres villages à l'exception de Puy-Aillaud (un seul cas : l'école).

La plupart de ces maisons ont des escaliers extérieurs en pierre, sur un ou deux arcs, et parfois des arcades de façade. Elles comportent généralement une chambre ménagère assez importante.

3. En majorité, des maisons à structure plus simple, proches de celles de l'Embrunais

La majorité des maisons de la vallée de Vallouise ont une structure beaucoup plus simple : le rez-de-chaussée est voûté d'arête, les pièces d'habitation au premier étage sont constituées par une cuisine et une chambre, couvertes d'un plafond à poutres apparentes. La circulation extérieure est assurée par des balcons de bois.

C'est donc un modèle très proche de celui de l'Embrunais. Il ne s'en distingue que par le grand nombre des balcons de façade et de pignons. Les maisons de l'Embrunais n'ont souvent qu'un seul balcon.

Ce modèle est majoritaire dans l'ensemble de la vallée. Il se mêle à Ville-Vallouise et au Villard à des maisons à arcades au premier étage voûté, à Pelvoux à des maisons en empilage. Seul le village de Puy-Aillaud présente avec ses écuries couvertes d'un plafond à poutres apparentes une architecture un peu différente qui se rapproche de celle des chalets d'alpage.

III. L'habitat temporaire

On trouve deux types d'habitat temporaire : les cabanes de berger, simple abri pour dormir et éventuellement faire un peu de cuisine, et les chalets, liés à l'estivage des vaches, où l'on fabriquait le fromage.

Le berger de brebis vivait seul et menait en général un très grand troupeau qui ne lui appartenait pas (troupeau de Provence ou troupeau communal). Par contre, chaque famille envoyait un de ses emmbres au chalet. C'était en général les jeunes filles qui montaient le soir à "la montagne" (alpage) pour traire les vaches et préparer le fromage. Elles y passaient la nuit et repartaient le lendemain matin après avoir de nouveau trait les vaches et préparé le fromage (Informations orales).

Les cabanes de berger sont situées dans les pâturages les plus élevés et les plus escarpés. Par exemple, dans le vallon de Narreyroux, elles sont situées à 2153 m d'altitude, au milieu d'une pelouse rase où le rocher affleure souvent, alors que les chalets sont dans le fond de la vallée, vers 1700 m d'altitude, à proximité des meilleurs pâturages.

Alors que les cabanes sont isolées, les chalets sont groupés en hameaux et comportent parfois même une chapelle (Narreyroux, Béassac, Chambran, Ailefroide), où se rendait un pèlerinage annuel. On ignore si la messe y était célébrée plus souvent, ce qui laisserait supposer des séjours plus longs que des déplacements quotidiens dont on nous a parlé.

1. Les cabanes de berger

Ces constructions éparpillées dans la haute montagne sont de simples abris pour le berger. Aucune structure n'est prévue pour le troupeau. Il s'agit en général de petites constructions (3 m sur 4 environ) en pierre sèche de la hauteur d'un homme, couvertes d'un toit à deux pans en bardeaux. L'intérieur n'est pas aménagé. Les cabanes ne comportent pas de cheminée, parfois un simple trou dans le mur pour laisser s'échapper la fumée du feu que l'on faisait à même le sol. On n'y a pas trouvé de lit.

Les cabanes que nous avons visitées n'avaient pas de menuiserie de porte, mais cela peut être dû au fait qu'elles sont abandonnées depuis longtemps.

2. Les chalets

A l'exception de la commune des Vigneaux, qui ne dispose pas de pâturages d'altitude, chaque village et hameau de la vallée de Vallouise possède un groupe de chalets d'alpage. La plupart d'entre eux sont à l'abandon ou transformés en résidence secondaire (Ailefroide, Le Serre, Pra Chapel...)

La très grande majorité des chalets de la Vallouise sont des constructions en empilage (platas) sur base de pierre.

Le rez-de-chaussée qui abrite l'écurie est construit en moellons de pierre locale hourdés avec de la terre. L'écurie n'est pas voûtée, comme dans la vallée, mais couverte d'un plafond grossier fait de branches et de rondins non équarris posés sur les poutres, et sur lesquels on a tassé une épaisse couche de terre, de paille et de cailloux Cf. Narreyroux et Pré d'Amount). Le tout est souvent recouvert d'un plancher de mélèze ou d'un dallage de lauzes qui constituent le sol du premier étage.

Celui-ci est construit en empilage de madriers de mélèze (Cf. Narreyroux, l'Adrech...), et abrite la cuisine et la grange.

On y accède généralement de plain-pied, le rez-de-chaussée étant construit en soubassement. Une cloison en planches sépare la cuisine de la grange. La cuisine comporte généralement un lit en planches avec paillasse de paille ou de feuilles, et une cheminée. La cheminée est formée d'une simple hotte sans piédroits, l'âtre étant à même le sol. Elle est munie d'une potence en bois sur laquelle on accrochait le chaudron dans le quel on faisait tiédir le lait pour la fabrication du fromage.

Le plafond de la cuisine est plus ou moins soigné : il peut être fait d'un mélange de paille et de terre maintenu par des madriers et un lattis de bois comme dans les maisons permanentes, ou formé de quelques planches posées sur les entraits.

La grange n'est pas plafonnée et est ouverte sur les combles.

Chaque chalet possède une cave à fromages, voûtée en berceau ou demi-berceau, contigüe à la maison et en partie enterrée dans le sol.

Les toitutres sont couvertes de bardeaux ou d'ardoises. Les charpentes sont réduites au minimum : 2 fermes, formées d'un entrait et de deux arbalétriers croisés sans poinçon sous la poutre faîtière. L'un des chalets visités, à Narreyroux, ne comporte pas de charpente. Les pannes sur lesquelles sont cloués les bardeaux de la toiture sont encastrés dans l'empilage.

Ce type de chalet et le plus fréquent dans la vallée. On le trouve sur l'ensemble de la commune de Puy-Saint-Vincent, et sur presque toute la commune de Pelvoux. Mais les chalets de Chambran, et une partie de ceux d'Ailefroide, sont entièrement construits en pierre. Ils présentent cependant une distribution absolument identique à celle des chalets en empilage.

Ce n'est pas le cas des chalets de la commune de Vallouise, Les Sagnes ou Pimouget. Les constructions sont ici en pierre avec pignons en planches comme dans la vallée. Chaque chalet est formé d'un bâtiment assez vaste contenant l'écurie au rez-de-chaussée, et la grange à l'étage, et d'un petit appentis contenant la cave au rez-de-chaussée, et la cuisine à l'étage. Cette distribution partielle entre la partie réservée à l'homme et celle réservée au bétail n'est pas sans rappeler la disposition de certains chalets de Villar-d'Arène. Dans les deux cas, elle est très minoritaire par rapport à l'ensemble des constructions où hommes et animaux cohabitent.

CONCLUSION

Malgré quelques emprunts au Briançonnais et peut-être à l'Italie, l'architecture de la vallée semblerait donc se rattacher davantage à celle du Haut-Embrunais. La frontière entre la Vallouise et le Briançonnais marque la limite septentrionale de l'architecture à circulation extérieure.

Aires d'études Argentière-la-Bessée (L')
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