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présentation de la commune de Sannes

Dossier IA84000169 réalisé en 1969

Fiche

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HISTORIQUE

Avec 460 hectares seulement de superficie, Sannes est aujourd'hui la plus petite commune du pays d'Aigues ; mais non la plus désavantagée, car son territoire s'étend sur des coteaux fertiles et peu inclinés entre le vallat du Vabre à l'ouest, la pointe méridionale de l'étang de la Bonde au nord-est et le revers du serre de Saint-Médier au sud-est. L'altitude y varie entre 275 et 350 m, le relief ne prend du caractère que dans l'angle nord-ouest, sous la forme d'un petit plateau aux rebords abrupts. Le réseau hydrographique comprend, outre le vallat du Vabre, les vallats de Saint-Jean et d'Entraigues dont les cours parallèles traversent la commune du nord au sud. Ces petits torrents au débit faible et irrégulier ne permettent l'irrigation que d'une petite partie des terres et les cultures, qui couvrent la quasi totalité du territoire - hormis les rebords du plateau boisés de pins -, consistent principalement en vignes de cuve et céréales.

Le réseau routier qui sillonne les coteaux de Sannes n'a visiblement pas été tracé pour les desservir mais pour relier entre eux les villages voisins (D 27 de Cucuron à La Motte-d'Aigues ; D 37 d'Ansouis à La Motte-d'Aigues ; D 9 de Cabrières d'Aigues à Pertuis). La circulation interne à la commune se fait par des chemins de moindre importance.

Mis à part le hameau de Roque Colombe, simple groupement d'exploitations agricoles sans caractère organisé, Sannes ne possède aucune agglomération. La mairie, petit bâtiment de construction assez récente isolé au bord de la D 27, sert de chef-lieu. Cette particularité unique en pays d'Aigues, tient à l'origine moderne de l'habitat actuel constitué de bastides dispersées.

Sannes eut pourtant jadis un village, fondation médiévale qui succéda à des habitats antiques relativement importants si l'on en juge par les traces qu'ils ont laissées en divers points du territoire : une nécropole à incinération du Ier siècle a notamment été fouillée au bord du vallat de Saint-Jean, un sarcophage chrétien a été découvert près de l'église Saint-Pierre, le nom même de Sannes et celui du quartier rural de Cassan perpétuent le souvenir d'anciennes villae gallo-romaines. Le castrum de Sannes, situé sur le rebord sud-ouest du plateau, en forme d'éperon, apparaît en 1045. Rattaché en 1193 à la baronnie d'Ansouis, le village fut probablement déserté dans le courant du XIIIe siècle et annexé avec son territoire à celui d'Ansouis dans le premier tiers du XIVe siècle. Sannes resta désert, encore que partiellement cultivé et utilisé comme parcours de pâturage par les habitants d'Ansouis et de Cucuron, jusqu'à la fin du XVIe siècle. En1603, la seigneurie fut acquise par Jean Tisaty, qui entreprit de la remettre en valeur et obtint en 1646 du duc de Lesdiguières, seigneur de Cabrières-d'Aigues, le droit de canaliser le vallat de Saint-Jean pour alimenter sa bastide (actuel château). En 1620, il y avait une douzaine de métairies dispersées à Sannes.

D'après le cadastre d'Ansouis de 1649, toutes ces bastides appartenaient à des bourgeois ou des nobles d'Ansouis et de Cucuron. Les habitants n'étaient que des fermiers ou des métayers, dont le nombre s'éleva d'une quarantaine d'adultes en 1620 à environ 140 âmes en 1682 (43 familles, toutes réformées). Le seigneur et les propriétaires obtinrent, au terme d'un long procès, entre 1665 et 1689, la séparation des communautés de Sannes et d'Ansouis. Les persécutions infligées aux habitants protestants dans la seconde moitié du XVIIe siècle, puis la crise du début du XVIIIe siècle faillirent provoquer une nouvelle désertion. En 1728, on ne trouvait plus à Sannes que 5 bastides habitées par 5 familles. Le relâchement des poursuites et la conjoncture meilleure après 1730 permirent un rapide repeuplement.

Lepremier cadastre de Sannes, dressé en1753, recense 130 propriétaires fonciers que dominait aisément le seigneur, détenteur à lui seul de plus du sixième (soit environ 55 hectares) des terres cultivées. Les mieux nantis restaient évidemment des bourgeois des villages environnants, mais une part non négligeable (la moitié) des fonds appartenait directement à des exploitants, ménagers,fermiers ou simples ouvriers agricoles. Les labours occupaient plus des deux tiers de la superficie totale dont le reste était consacré aux cultures fruitières (amandiers et oliviers), à la vigne, aux prairies et jardins ou laissé en friche. Outre le château, l'habitat se composait de 17 bastides et bastidons, plus huit bâtiments d'exploitation (cabanons) isolés. En 1765, on dénombrait 19 maisons et 96 habitants, en 1787 environ vingt familles comptant en tout une centaine de personnes.

La Révolution ne modifia guère cet état de choses. La population, pauvre dans l'ensemble (un seul propriétaire en1804 vivait uniquement du produit de son fonds), continua à croître lentement jusqu'au milieu du XIXe siècle : 90 habitants en 1789, 126 en 1804, 149 en 1836, 157 (et 35 maisons) en 1840, 180 en 1857.

Les ressources s'étaient diversifiées - dès 1804, les fruits et légumes et le vin avaient pris une place importante dans la production locale - mais restaient uniquement agricoles. L'exode rural fut assez important, réduisant la population à 128 âmes en 1896 et 80 en1 968. Le dernier recensement, en 1975, a enregistré une remontée de la courbe démographique (124 habitants) avec l'apparition de quelques résidences secondaires (5).

Aires d'études Pertuis
Adresse Commune : Sannes

Commune sans agglomération, composée d'une mairie isolée en guise de chef lieu, d'un hameau et de quelques habitations dispersées ; le territoire de Sannes, habité durant l'antiquité et le moyen âge, avait été déserté et rattaché vers le début du 14e siècle à Ansouis ; sa remise en valeur, entreprise au début du 17e siècle par Jean Tisaty, aboutit en 1869 à la séparation des deux communautés, mais le village ne fut jamais recréé

Références documentaires

Bibliographie
  • ACHARD, Claude-François. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice etc. Aix-en-Provence : Pierre-Joseph Calmen, 1788, 2 vol.

    P. 241.
  • ARNAUD, E. Histoire des protestants de Provence, du Comtat Venaissin et de la principauté d'Orange. Paris : Grassart, 1884, 2 vol.

    P. 408.
  • Annuaire statistique du département de Vaucluse [an XII]. Carpentras, 1803-1804.

    1836, 1840.
  • BANCAL, M. Monographies communales d'après les documents recueillis par les instituteurs. Arrondissement d'Apt. - Cavaillon : Imprimerie-librairie Mistral, 1896, 227 p.

    P. 214-215.
  • BARATIER, Edouard. La démographie provençale du XIIIe au XVIe siècle. Paris : S.E.V.P.E.N. , 1961, 255 p.

    P. 140.
  • GUERARD, Benjamin, DELISLE Léopold, De WAILLY Natalis. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Collection des cartulaires de France, t. VIII, éditeur B. Guérard, Paris : Typographie de Ch. Lahure, 1857, 2 volumes, CLVI-651-945 p.

    Vol. 1, n° 317 ; vol. 2, n° 843, 844, 848.
  • COURTET, Jules. Dictionnaire géographique, historique, archéologique et biographique des communes du département du Vaucluse. Avignon : Bonnet fils, 1857, 385 p.

    P. 296-297.
  • DUMOULIN, André. La nécroplole gallo-romaine de Sannes. Dans Arts et livres de Provence, n° 21, 1952.

    P. 65-66.
  • LESTRAC, F. de. Sannes. Dans Provence historique, tome XVII, 1967.

    P. 172-179.
  • ROSTAING, Charles. Essai sur la toponymie de la Provence (depuis les origines jusqu'aux invasions barbares). Paris : D'Artrey, 1950, 480 p.

    P. 400.
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