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présentation de la commune de Saint-Benoît

Dossier IA04001596 réalisé en 2009

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Eléments historiques

Les premières traces d’occupation du territoire de Saint-Benoît semblent remonter au Néolithique ancien, plus précisément au chasséen (vers - 4.700, -4.600) et chalcolithique (vers -2300 à -1800), dans une des grottes situées sur un escarpement presque vertical d’environ 100 m de haut, après Pont-Geydan. La découverte d’outillage lithique, de mobilier (tessons) et d’ossements atteste la présence humaine et de son installation.

La première mention écrite de la communauté de Saint-Benoît, sanctus benedictus en latin, semble apparaître en 1248, lorsque les seigneurs de Garac attachés au monastère de Saint-Dalmas-de-Valdeblore localisé dans les Alpes Maritimes et filiale de l’abbaye piémontaise Saint-Dalmas de Pedona en Italie, octroyent des donations sur le territoire des Sausses. Un prieuré important, qualifié de « monastérium » est construit. Les moines bénédictins érigent une église en l’honneur de Saint-Benoît, sur ce territoire jusqu’alors difficilement contrôlable. Elle va servir de catalyseur en attirant les habitants d’un village « refuge », implanté en hauteur et ceux plus dispersés sur les espaces environnants. La distribution de l’habitat et la concentration de populations éparpillées se constituent alors, avec l’aide des moines bénédictins. Un nouveau castrum, dont la seigneurie reste aux mains des Garac voit le jour sur un site défensif et forme un prieuré important. En 1264, le nombre de feux d’après les droits d’albergue et de cavalcade s’élevait à 80.

Il semblerait que Saint-Benoît ait fait partie d’un réseau castral de plusieurs villages (17 au total), repartis sur le territoire appartenant à la seigneurie des descendants du comte de Griffon : les Garac de Castellane, de Glandèves et de la Tinée. Les armories sont les suivantes : d’or à une fascée d’azur chargée d’une crosse couchée d’or et accompagnée de trois joubarbes de sinople tigées et arrachées de même posées en deux chef et une pointe.

Après la chute de la famille des Garac, les droits suzerains sont confisqués en 1278 par le comte et les moines dédommagés sous forme d’échanges de biens. Les limites du castrum et de la seigneurie ont toutefois su prospérer avec l’adjonction de nouvelles portions de territoires : Ourges et Jausiers situé sur la commune d’Ubraye.

La présence d’un pont, situé à proximité du lieu dit le Plan (proche de la route nationale 202) attesté dans les archives communes en 1296, semble avoir été au 14e siècle la source d’une légende liée au passage de la reine Jeanne. La réalité aurait pour origine possible l’abandon d’un péage, situé sur la route muletière reliant Saint-Benoît à Ourges et Saint-Jean-du-Désert (1343-1382).

A cette époque la communauté de Saint-Benoît compte successivement entre 1313 et 1361, selon les fluctuations des événements et épidémies : 156 feux, puis 155, 115, 58 et 55 feux. Puis, Saint-Benoît est cédé à différents seigneurs, vassaux du comte. Les principaux sont les Pontevès (de 1328 à 1440 environ), les Glandevez (de 1368 à 1537 environ, avec un recensement de 80 feux en 1540), les Lombards de 1458 à 1725, avec un recensement de 90 feux en 1698), puis les Durands (recensement de 103 feux en 1728 et 103 en 1765) et les Authiers à la fin du 18e siècle.

Depuis le traité de 1760, la communauté de Saint-Benoît est rattachée au diocèse de Glandevès (Entrevaux), lequel a pour chef lieu Annot.

Durant la période révolutionnaire le village prend le nom de Collet, avant de récupérer le nom de son saint patron, donné par les moines bénédictins. La paroisse de Saint-Benoît se compose alors du village, chef- lieu, et de huit petits écarts : le Pont-Gueidan, le Plan de Coulomb, le Cevelét, le Villars, le Clos, Torche-foulon, les Plans et la Blache. La population est estimée à 400 habitants. En 1843, par une ordonnance royale, la paroisse d’Ourges et de Jaussiers est érigée. Située à plus de trois lieues, soit environ 12 kilomètres de Saint Benoit, Ourges qui compte 50 habitants et possède son propre moulin est rattaché à la paroisse de Saint-Benoît, alors que Jaussiers fait partie de celle d’Ubraye.

En 1851 la commune possède 516 habitants, en 1856 419 et 429 en 1861, mais en perd dans les années suivantes (392 en 1872, 385 en 1876). A la fin de la Première Guerre mondiale, la population est estimée à 258 habitants. Une chute brutale intervient dans les années 1962 (97 habitants), puis 59 habitants en 1975, taux jamais atteint depuis le 14e siècle. Ce phénomène est en lien direct avec la déprise agricole qui n’a pas épargné Saint-Benoît. A partir des années 1980, l’installation entre autres de résidents secondaires redonne un nouvel essor au village, qui peu à peu voit augmenter sa population (85 habitants en 1990, 112 habitants en 1996, et environ 116 habitants en 1998). Au dernier recensement, la commune de Saint-Benoît compte 112 habitants.

Géologie et paysage

Le village de Saint-Benoît est construit sur un site géologique particulier. Le travail de synthèse géologique des grès d’Annot, réalisé par Alain Laval permet de mieux comprendre ce processus. Il s’agit de la paléo-falaise de Saint-Benoît, élément structural dans le synclinal d’Annot. En effet, à la fin du crétacé, sous les effets d’une poussée souterraine, liée à la formation des Alpes, la région subit une surrection. Une faille se forme et sépare le secteur en deux compartiments. A l’est, la zone de Saint-Benoît supporte une dépression, alors que la crête de la Barre constitue une zone haute, qui s’approfondit très progressivement plus à l’ouest, en direction de la vallée du Coulomb et de la Vaïre. Puis, la mer transgressant depuis l’est ennoie les deux compartiments, séparés alors par une paléo-falaise sous-marine. Cette paléo-falaise entaillée dans le calcaire du crétacé supérieur intègre et contrôle les différents dépôts postérieurs. Ainsi vont apparaître les « robines », roches sédimentaires appelées par les géologues marnes bleues à globigérines, du nom des petits animaux vivant à l’ère tertiaire, qui se sont fossilisées dans la boue. Les falaises dominant les ravins creusés autour de Saint-Benoît sont elles constituées du calcaire à nummulites et les grès de fragments de roches et de minéraux liés par un ciment naturel. Le long de la voie nationale, il est possible d’observer une autre formation géologique, caractérisée par une alternance de calcaires et de marnes, appelées marno-calcaire.

Les travaux recueillis par Mme Chaix, ancien maire de Saint-Benoît, ont permis de mieux cerner la richesse végétale de Saint-Benoît. Celle-ci a influé sur la constitution des paysages, qui présentent plusieurs formes : forêts et culture sur les replats et pentes faibles, ravins dénudés, où poussent quelques touffes d’herbes ou d’arbustes, pentes fortes sujettes aux éboulements rocheux et supportant quelques bois clairsemés. La nature du sol et le sol lui-même, l’exposition au soleil, au vent, l’altitude et l’eau emmagasinée ont donc largement participé à la constitution des types de formation végétale et par extension sur les possibilités de cultures, liées à l’intervention humaine. La hêtraie, accompagnée de pins, chênes pubescents, cytises, viorne buis et érables se localise en proximité de la rive sud de la vallée du Coulomp (forêt de Chantebranne), ainsi que dans le bois du Fa. Ces espaces ont été utilisés par l’homme, durant les transhumances. La tradition orale rapporte que les bergers montaient avec leur troupeau jusqu’au hameau d’Aurent (1212 mètres), situé le long du Coulomp, après avoir traversé le bois de Fa et traversé le col du Fa.

Les landes sèches ou garrigues poussent sur des zones de calcaire sec, où l’eau ne peut s’emmagasiner. Se développent alors des végétaux adaptés à supporter la sécheresse, tels que les buis, le thym, la sauge la sarriette, mais également des plantes grasses comme la joubarbe, emblème de Saint-Benoît et le sedum. Y pousse également le genévrier de Phénicie sur les crêtes, sorte de cyprès étalé sur le sol. Ces zones pauvres ont toutefois été pâturées, voire surpâturées par les bêtes (chèvres, moutons).

Les châtaigniers sont encore présents sur la commune. Il s’agit, pour la plupart de très vieux arbres, vraisemblablement plantés car ils sont principalement localisés aux abords du village et des écarts. E. Barratier précise que le canton d’Annot possédait des forêts de châtaigniers, arbre dit « à providence » qui se reproduisait naturellement depuis son introduction sur plusieurs localités, dont Saint-Benoît. La châtaigne représentait alors une ressource pour les hommes et les bêtes, particulièrement en temps de disette. Les états de section des matrices cadastrales entre 1830-1914 corroborent l’existence de ces plantations, puisqu’il existait des parcelles entièrement dédiées à la culture de cet arbre. Les châtaigniers s’accompagnent d’une végétation sollicitant des sols acides où le grès est présent, comme les fougères, les bruyères et plus en altitude les myrtilles et airelles, baies consommées dans l’alimentation.

Les zones de chênes pubescents, nombreuses sur Saint-Benoît se sont également développées sur les grès éboulés, mais également sur des terrains marneux plus secs ou bien sur les zones marno-calcaires. Les arbres restent petits. Ils cohabitent avec des pins sylvestres, quelques érables champêtres et de nombreux arbustes : buis, genévriers, aubépines, sorbier.

Les robines présentent une végétation rare mais typique formées de touffes d’euphorbes épineuses, de la sauge, une ombellifère à grandes fleurs blanches et quelques arbustes, comme le sumac fustet. Elles se sont considérablement étendues du fait de l’appauvrissement des sols trop exploités.

Localisation et géographie

Le village et la vallée du Var. Vue aérienne prise du nord-ouest.Le village et la vallée du Var. Vue aérienne prise du nord-ouest.

La commune de Saint-Benoît appartient au canton d’Annot. Elle est située à environ 8 kilomètres à l’ouest de d’Entrevaux, à environ 7 kilomètres à l’est d’Annot, à 31 kilomètres au Nord-est de Castellane et à 67 kilomètres au sud-est de Digne. L’ancien bourg castral est localisé à environ 720 mètres d’altitude sur le rebord d’un plateau au-dessus du Coulomp qui coule en contrebas. Il domine plusieurs vallées : celle de la Vaïre, qui s’étalent sur une vingtaine de kilomètres depuis les contreforts sud-ouest du grand Coyer (2693 m), jusqu’à la vallée du Coulomp, dont la Vaïre est l’affluent. Saint-Benoît est traversé par deux ruisseaux qui se jettent dans la rivière du Coulomp. Cette dernière d’ailleurs permettait d’alimenter un ancien moulin à grain (IA 04000347).

Le climat est rattaché au type de moyenne montagne méditerranéenne. Les hivers sont rudes du fait de l’influence montagnarde et la neige est fréquente. Toutefois, grâce à la vallée du Var et du Coulomp les influences méditerranéennes remontent et apportent un climat sec et chaux, particulièrement en été. Le régime hydrique correspond à environ 900 mm de pluies par an. La température moyenne annuelle se situe entre 11 et 12°, avec des écarts importants entre janvier et août.

Panorama sur le Plan de Coulomp, depuis le sud du village.Panorama sur le Plan de Coulomp, depuis le sud du village.Plusieurs écarts sont dispersés sur le territoire de la commune. Depuis les Scaffarels, il convient de suivre la nationale 202, de dépasser le pont de la Donne (IA004001114) et de tourner à environ 1,5 km sur un chemin carrossable (direction nord-ouest), pour accéder au domaine du plan de Coulomp. Ce domaine isolé est implanté à proximité du Coulomp, sur une zone idéalement cultivable. Il était desservi par un chemin bien matérialisé sur le cadastre napoléonien.

L’ancien bourg castral, implanté sur un éperon rocheux est accessible par deux accès d’une même route, à partir de la nationale 202. En 1830, l’accessibilité se faisait par plusieurs chemins : un venant de l’est, depuis la chapelle Notre Dame, un localisé à l’ouest et ponctué par deux oratoires, le dernier permettant d’aborder le village par le sud. L’habitat est compact et resserré par îlots. A environ 3 km depuis le pont de la Donne, le premier accès consiste à prendre à gauche (direction sud-ouest) la départementale 460, qui est à cet endroit perpendiculaire à la ligne de chemin de fer (train touristique des Pignes), de passer au lieu-dit les Ribières, et de la suivre jusqu’au promontoire où se situe le chef lieu du village.

Le second accès se fait par la départementale 460 en direction sud-est à quelques centaines de mètres avant le pont de la reine Jeanne, de longer le lieu-dit le Plan et de suivre la départementale jusqu’au chef-lieu.

En 1830, l’habitat dispersé dans les lieux-dits proches du chef lieu était pour la plupart implanté à proximité d’un chemin. L’écart de Gueydan, dont les traces actuelles concernent essentiellement le pont de Gueydan (IA 04000343, IA 04001082), œuvre en partie située sur la commune de Castellet-lès-Sausses et l’ancienne carrière de gravières est implanté à proximité du lit du Var. Il est accessible en suivant la nationale 202, en direction de la commune d’Entrevaux.

Depuis le chef-lieu plusieurs routes carrossables permettent d’accéder, en direction du nord-ouest aux écarts du Savellet (anciennement désigné Cevelét) et du Villard. En 1830 ces écarts implantés dans des espaces plus contraints par la présence proches de ravins et de dénivelés étaient desservis par un réseau de chemins permettant d’accéder un habitat dispersé, mais relativement proche. Les écarts de Torchefelon, anciennement nommé Torche-foulon et des Blaches, anciennement nommés la Blache sont situées au nord-est du chef-lieu. L’accessibilité est plus difficile et se fait à travers une végétation relativement dense, où le cheminement se devine plus qu’il n’apparait, afin d’accéder à Tochefelon et par un sentier caillouteux pour rejoindre le hameau des Blaches. Ces écarts, implantés dans des zones plus montagneuses présentaient un habitat plus groupé, formant de petits hameaux. Un réseau de chemin est encore visible sur le cadastre napoléonien. L’écart des Clots, anciennement nommé le Clos, situé au nord-ouest du chef lieu est accessible à partir d’un chemin carrossable, puis à travers la végétation. Cet écart implanté à 1177 mètre d’altitude forme un petit hameau de quelques maisons, desservi par un chemin visible sur le cadastre napoléonien. Il est situé non loin de la limite de commune avec celle de Brau, à proximité du massif du Balmont. Depuis les Clots, il est possible de découvrir la rivière du Gros vallon. L’écart de Ourges, totalement ruiné est accessible actuellement à partir du pont Saint-Jospeh, en reprenant la N 202, en direction des Scaffarels, en direction de Digne, qui longe les gorges de la Galande. Ensuite une piste forestière située en amont du pont conduit au hameau de Ourges. Il existe encore un chemin, peu entretenu qui part du pont de la Reine Jeanne et qui permet de rejoindre ce même hameau. Celui-ci est implanté à 1036 mètres d’altitude et regroupait un ensemble de bâtiments accessibles, en 1830 par des chemins muletiers.

Réseau viaire

Le cadastre napoléonien de 1830 donne l’occasion de constater que le réseau viaire de la commune de Saint-Benoît semblait bien desservir les hameaux où l’habitat était groupé et certains lieux-dits à l’habitat plus dispersés. Cependant de nombreux chemins muletiers ayant perdu leur fonction ont totalement disparu. Actuellement, l’accès à Saint-Benoît se fait en empruntant la route nationale 202, qui est l’ancienne route royale de Lyon à Nice. L’accès à l’ancien bourg castral se fait par la départementale D 460. Des voies communales ont été construites pour desservir les hameaux du Savellet, du Villard et accéder à certains lieux-dits, comme l’Abriq, la Serve et le Serre. Des chemins vicinaux conduisent au champ de la Croix et aux Blaches. Il s’agit de chemins muletiers. Certains sont construits à flanc de pente, comme celui du hameau de Ourges.Certains ont disparu, faute d’entretien et d’utilité et ne sont plus connus que par les anciens du village et les chasseurs. C’est le cas du plateau d’Educh, situé au sud-ouest du bois de la Fubie, sur la rive droite du Coulomp. D’autres routes ont été ouvertes dans les années 1970, afin de desservir certains quartiers où des résidences secondaires ont été construites.

Economie rurale

Saint-Benoît appartient à ces villages des Alpes de Haute Provence, dont le terroir a été totalement investi par l’homme, à la fois par la diversité des cultures et des plantations, que par la pratique du pastoralisme dans les zones plus montagneuses. Cette optimisation du terroir pourrait être mise en relation avec le fait que depuis l’époque de son implantation, Saint-Benoît semble avoir été un village « relais », lié au passage de marchandises à travers les Alpes, par le Mercantour. Une route des crêtes aurait relié la Provence à la plaine du Pô. Elle aurait été choisie pour sillonner plusieurs villages dépendant du prieuré de Borgo san Dalmazzo, dont Saint-Benoît aurait fait partie. Cette route aurait inclus entre autres les villages de Peyresq, Sausses, Castellet-les-Sausses, Valdeblore, Saint Martin (06), la Madone de Fenestre, jusqu’ à Borgo San Dalmazzo, commune de la province de Coni dans la région Piémont, en Italie. Cette particularité aurait eu pour conséquence directe un afflux, sans doute une partie de la saison de colporteurs qu’il aurait fallu alimenter, tout particulièrement en vin. L’hypothèse est rendue crédible par une double caractéristique relevée sur la commune :

La culture de la vigne était vraisemblablement complantée avec d’autres espèces fruitières et céréalières, afin d’améliorer le rendement en plusieurs lieux de la commune. La tradition orale fait état de trois types de vignobles cultivés entre les deux guerres : les vignes d’altitude (jusqu’à 900 m), les vignes de coteau et les vignes de fond de vallée (à plan de Coulomp par exemple),

L’abondance des caves indiquées par la tradition orale et relevées sur l’ensemble des maisons étudiées du chef-lieu. Cette partie sera développée plus précisément dans la notice relative au village. Les maisons étaient également couvertes de treille, avec 2 types de cépage : la Framboise et le Jacquères.

Les archives consultées témoignent également dans ce sens. Celles antérieures au 19e siècle font en effet état, dès 1724, de l’existence sur l’ensemble du terroir des ravages causés par de grandes quantités de grêles, tombées sur les récoltes de blé, vignes et arbres fruitiers, entraînant le départ de certains habitants partis alors gagner leur vie en Basse Provence (série E). Au 19e siècle, l’analyse des états de section des matrices cadastrales entre 1830 et 1914, à partir des dates de mutation a permis d’établir une cartographie précise des parcelles plantées ou complantées en vigne, sur l’ensemble de la commune.

Toutes les sections présentent des parcelles viticoles plus ou moins étendues, y compris dans des zones particulièrement pentues et arides, voire dans des zones élevées comme le bois de la Fubie, le hameau de Ourge, la Condamine (1050 m. Certaines parcelles viticoles ont perduré de 1930 à 1914, et même au-delà. C’est le cas du plan de Coulomp, lié à la famille Autrans qui en 1885 rachète le domaine agricole alors en friche (la culture du ver à soie ayant périclité) et replante en plants américains gréffés de nouvelles vignes. Au début du 20e siècle, pratiquement tout le domaine est planté en vigne, à l’exception de la période1900 à 1914, alors que des parcelles étaient réservées à la culture de la rose, afin de répondre au marché de la parfumerie grassoise.

Les témoignages oraux ont permis de retrouver quelques noms cépages cultivés sur les terres de Saint-Benoît. Il s’agit :

Du muscat de Hambourg, raisin à grosses grappes, capables de supporter les climats rudes,

De l’alicante,

De la clairette, raisin à petit grain allongé,

Du servant, raisin blanc à grain ovale et peau résistante.

En 1940, la production sur la commune de Saint-Benoît comptabilise plus de 10. 500 Kg de raisins collectés.

Panorama sur les terrasses de culture de Champ Long, depuis la route montant à Braux.Panorama sur les terrasses de culture de Champ Long, depuis la route montant à Braux.D’autres plantations ont été pratiquées sur tout le territoire de Saint-Benoît. Ainsi étaient cultivés au lieu dit les Bancheirons, le seigle et l’orge, les châtaigniers et arbres fruitiers comme les figuiers et amandiers et la pomme de terre au lieu-dit les Clots.

Dans la partie plus montagneuse du territoire, les parcelles cultivées semblent avoir été organisées avec des terrasses en cultures, certaines de plus ou moins de grandes dimensions, selon la déclivité de la pente et le type de culture pratiquée : blé, orge, luzerne, pois-chiche, lentille… Il existe au Clos Jaumal, des murs de soutènement en pierres sèches construits à la limite du plateau et sur la pente du ravin menant du côté de Coste Panoué. Ils sont semblables à des terrasses de cultures, mais de très grandes dimensions (hauteur, épaisseur et surface), qui pourraient faire penser à un système défensif, mais dont la fonction n’a pas pu être correctement appréhendée. En fond de vallée des parcelles de terrain servaient à la culture du chanvre (lieu dit les Rivières). Durant les périodes 1870-1930, des charbonnières étaient exploitées dans les forêts avoisinantes. Les années 1950 ont connus une augmentation de l’exploitation des arbres fruitiers comme les pommiers, noyers, pruniers et figuiers cultivés en terrasses, selon la tradition orale.

La pratique du pastoralisme était largement diffusée, sur les pentes arides et les landes de buis. Les archives des années 1844 font état d’une autorisation pour les habitants de parcourir les terrains communaux non boisés et pour les bêtes les terrains boisés, à l’exception des terrains âgés de moins de 10 ans (série O). Des traces d’enclos à moutons, d’abris sous roche et de cabanes en pierre sèche (non étudiés) sont encore visibles sur le plateau d’Educh (1150 m d’altitude environ), à proximité du bois de la Fubie. Au début du 20e siècle, toutes les familles possédaient au moins une vache ou un petit troupeau d’ovins ou de chèvres. Les bêtes étaient une source complémentaire de revenus (viande, lait, fumure, laine, peaux).

Cependant, l’utilisation des ressources locales intensifiée par des pratiques agricoles de défrichage a conduit au recul progressif des forêts. L’usure des sols a alors amplifié le phénomène des robines. Ce fut le cas en 1866, avec l’intervention des Ponts et Chaussée, sollicité afin de construire des barrages en bois et pierres sèches au lieu dit les Coulettes (anciennement nommé les Coulets) et au Rocher Pointu. Cette action a eu pour but d’endiguer les abus liés à la dépaissance sur les versants qui étaient totalement ravinés lors des orages et a entrainé le gel des terrains pendant un certain nombre d’années.

Vue du canal depuis la Bastide Neuve. Détail sur la martelière.Vue du canal depuis la Bastide Neuve. Détail sur la martelière.L’absence d’eau a également été un problème récurrent sur l’ensemble de la commune. Il a été en partie résolu de diverses façons : captage de sources, citernes à eaux, canaux d’irrigation. Le cadastre napoléonien indique que certains quartiers étaient pourvus de canaux d’arrosage (quartiers de la Ribière, Coste Panoué, Bastide Neuve, plan de Coulomp…).

L’ancien pont aqueduc à l’origine du canal permettait de distribuer l’eau. La buse est toujours en place. Les archives datées de 1861-1862, puis de1925-1926 font état d’une demande du maire de Saint-Benoît de prolonger le canal de Braux sur Saint-Benoît. Cette sollicitation est restée lettre morte. En 1870, le plus gros cotisant du canal reste la compagnie des chemins de fer. En 1970, suite aux trop nombreuses déperditions constatées, la commune décide de boucher une partie du canal depuis le champ d’Empeyre et de mettre en service une déviation, située après la Bastide Neuve, à proximité du Plan de Coulomp. L’installation de deux martelières, en petit débit et en haut débit a permis la mise en place d’une meilleure gestion de l’eau. Actuellement le canal couvre 52 hectares et compte 70 cotisants à l’arrosage.

Certains écarts non desservis par le réseau des canaux d’irrigation pratiquaient le captage de source (cas de Torchefelon).

En 2009, l’économie agricole s’est considérablement ralentie. Il ne reste plus qu’une exploitation reconvertie dans l’élevage du bétail et la vente du lait. Beaucoup d’espaces anciennement cultivés sont abandonnés. Un des agriculteurs du village en entretient encore une partie.

Aires d'études Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Adresse Commune : Saint-Benoît

La première mention écrite de la communauté de Saint Benoît, sanctus benedictus en latin, semble apparaître en 1248, lorsque les seigneurs de Garac attachés au monastère de Saint-Dalmas-de-Valdeblore localisé dans les Alpes Maritimes et filiale de l’abbaye piémontaise Saint-Dalmas de Pedona en Italie, octroient des donations sur le territoire des Sausses. Un prieuré important, qualifié de « monastérium » est construit. Les moines bénédictins érigent une église en l’honneur de Saint Benoît, sur ce territoire jusqu’alors difficilement contrôlable. Un nouveau castrum, dont la seigneurie reste aux mains des Garac voit le jour sur un site défensif et forme un prieuré important. Les droits suzerains sont confisqués en 1278 à cette famille par le comte et les moines sont dédommagés sous forme d’échanges de biens. Les limites du castrum et de la seigneurie ont toutefois su prospérer avec l’adjonction de nouvelles portions de territoires : Ourges et Jausiers situé sur la commune d’Ubraye. Puis Saint-Benoît va être cédé à différents seigneurs, vassaux du comte. Les principaux sont les Pontevès (de 1328 à 1440 environ), les Glandevez (de 1368 à 1537), les Lombards (de 1458 à 1725), puis les Durands (de 1728 à 1765) et les Authiers à la fin du 18e siècle. Depuis le traité de 1760, la communauté de Saint-Benoît est rattachée au diocèse de Glandevès. Elle a pour chef lieu Annot. La paroisse de Saint Benoît se compose alors du village, chef lieu et de huit petits écarts nommés, le Pont-Gueidan, le Plan de Coulomb, le Cevelét, le Villars, le Clos, Torche-foulon, les Plans et la Blache . En 1843, par une ordonnance royale, la paroisse d’Ourges et de Jaussiers est érigée. Située à plus de trois lieux, soit environ 12 kilomètres de Saint-Benoît, Ourges est rattaché à la paroisse de Saint-Benoît, alors que Jaussiers fait partie de celle d’Ubraye.

La commune de Saint-Benoît appartient au canton d’Annot. Elle est située à environ 8 kilomètres à l’ouest d’Entrevaux, à environ 7 kilomètres à l’est d’Annot, à 31 kilomètres au nord-est de Castellane et à 67 kilomètres au sud de-est de Digne. L’ancien bourg castral est localisé à environ 720 mètres d’altitude sur le rebord d’un plateau au-dessus du Coulomp qui coule en contrebas. Il domine plusieurs vallées : celle de la Vaïre, qui s’étale sur une vingtaine de kilomètres depuis les contreforts sud-ouest du grand Coyer (2693 m), jusqu’à la vallée du Coulomp, dont la Vaïre est l’affluent. L’ancien bourg castral, implanté sur un éperon rocheux était accessible en 1830 par plusieurs chemins : un venant de l’est, depuis la chapelle Notre-Dame, un localisé à l’ouest et ponctué par deux oratoires, le dernier permettant d’aborder le village par le sud. L’habitat est compact et resserré par îlots. Plusieurs écarts sont dispersés sur le territoire de la commune. Le domaine du plan de Coulomp isolé est implanté à proximité du Coulomp, sur une zone idéalement cultivable. Il était desservi par un chemin bien matérialisé sur le cadastre napoléonien. L’habitat dispersé dans les lieux-dits proches du chef lieu était pour la plupart établi à proximité d’un chemin (cas des lieux-dits les Ribières, le Plan). Un réseau de chemin est encore visible sur le cadastre napoléonien (écarts de Torchefelon, anciennement nommé Torche-foulon et des Blaches, anciennement nommés la Blache). L’écart des Clots, anciennement nommé le Clos, implanté à 1177 mètre d’altitude forme un petit hameau de quelques maisons, desservi par un chemin visible sur le cadastre napoléonien. Il est situé non loin de la limite de commune avec celle de Braux, à proximité du massif du Balmont. L’écart de Ourges, totalement ruiné est accessible actuellement à partir du pont Saint-Joseph. Implanté à 1036 mètres d’altitude il regroupait un ensemble de bâtiments accessibles par des chemins muletiers. Saint-Benoît appartient à ces villages des Alpes de Haute Provence, dont le terroir a été totalement investi par l’homme, à la fois par la diversité des cultures et des plantations, que par la pratique du pastoralisme dans les zones plus montagneuses. Cette optimisation du terroir pourrait être mise en relation avec le fait que depuis l’époque de son implantation, Saint-Benoît semble avoir été un village « relais », lié au passage de marchandises à travers les Alpes, par la route du Mercantour.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Registres des délibérations du conseil de la communauté de Saint-Benoît. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : E 174/2 ; 3

    1724. Ravages causés par la grêle sur les récoltes, notamment sur la vigne.
  • Rapport sur la prolongation du canal de Braux, 1927. Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, Digne-les-Bains : 7 M 134

Documents figurés
  • Chemins de fer du Sud de la France/Ligne de Nice à Digne/3751. Route d'ANNOT, sortie du tunnel de Saint-Benoît. Carte postale, Féraud Editeur, 1er quart 20e siècle. Collection particulière.

  • [Une fenaison à Saint-Benoît.] / Photographie noir et blanc, 1960. Collection particulière

  • [Saignée du cochon à Saint-Benoît.] / Photographie noir et blanc, 1960. Collection particulière

  • [Scène de lessive au lavoir du village de Saint-Benoît.] / Photographie noir et blanc, 1960. Collection particulière

  • [Procession de saint Benoît et saint Marc à Saint-Benoît.] / Photographie noir et blanc, 1960. Collection particulière

Bibliographie
  • ACHARD, Claude-François. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice etc. Aix-en-Provence : Pierre-Joseph Calmen, 1788, 2 vol.

    Volume II, p. 398-399
  • BARATIER, Edouard. La démographie provençale du XIIIe au XVIe siècle. Paris : S.E.V.P.E.N. , 1961, 255 p.

    P. 186-187
  • Benoît, Fernand. Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone, Alphonse II et Raimond Bérenger V (1196-1245). Collection de textes pour servir à l'histoire de Provence. Monaco : Imprimerie de Monace ; Paris : A. Picard, 1925, 2 tomes, CCLXIX, 496 p.

    p. 221-222
  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes. Digne : Vial, 1861, 744 p.

    p. 505-508
  • Bodart Pierre. Villages et hameaux de l'Antiquité et du Haut Moyen Age dans le haut pays niçois. Dans : Actes des journées d'histoire régionale de Mouans-Sartoux, 16-17 mars 1984.Centre régional de documentation occitane, Mouans-Sartoux : ds.

    p. 7-16
  • Poteur Jean-Claude, Salch Charles-Laurent. Les villages aux noms de saint en Provence orientale au Moyen Age. Dans : Actes des journées d'histoire régionale de Mouans-Sartoux, 16-17 mars 1984. Centre régionale de documentation occitane, Mouans-Sartoux : sd.

    p.59-78
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