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présentation de la commune de La Rochette

Dossier IA04001725 réalisé en 2009

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Eléments historiques

Les premiers peuplements humains se sont fixés aux alentours des sources qui jaillissent à mi-hauteur du versant sud de la Montagne du Gourdan, ainsi qu'aux points de passage naturels. Ainsi, plusieurs enceintes d'oppidum ou d'installations protohistoriques ont été repérées et publiées par les archéologues, notamment à la limite entre la commune de La Rochette et celle de La Penne, à l'ouest de Besseuges ; enceinte des Torraches, enceinte du Col de Rigaudon, castellaras de la côte 1435, enceinte de la côte 1314, etc.

Le passage d'une ancienne voie à cette hauteur à également amené à des aménagements à l'époque romaine, ainsi qu'en témoignent de très nombreux fragments de tegulae trouvés en contre-bas des Torraches et utilisés en remplois dans un bâtiment agricole à La Colle. D'autres fragments de tegulae sont mentionnés par J.-A. Durbec aux alentours de l'oratoire Saint-Saturnin et d'autres ont été repérés en 2009 en contre-bas de la chapelle du même nom. Quelques fragments en remploi ont été noté dans un bâtiment d'Avenos. J.-A. Durbec signale également quelques fragments au pied du village de La Rochette, ainsi que le long de l'ancien chemin vers Collongues.

Structuration administrative et religieuse du territoire

Les abbayes Saint-Victor de Marseille et Saint-Honorat de Lérins semblent être à l'origine de la première mise en valeur du territoire.

La première mention du Val de Chanan est faite en 814, dans un acte qui précise les domaines de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, avec l'appellation Tanagobia.Peu après l'an 1000, un certain Gisbernus est mentionné comme habitant à Bonvillar. Ce lieu semble le plus ancien de La Rochette cité dans les textes, avec le Col d'Avenos.En 1044, on note la première mention du Val de Chanan sous sa forme actuelle : in valle qui vocatur Caman.

La Charte de Sainte-Marie de Puget indique que, vers 1050 l'abbaye de Lérins est donataire d'une église et de ses bien ad Massilinas.1 Il s'agit de l'ancienne église Saint-Martin, située sur la crête qui domine le quartier de Nogeret. Attachée à un prieuré très prospère au 14e siècle, reconstruite au 15e siècle, elle est aujourd'hui en ruine, mais on peut encore distinguer des portions d'appareillage médiéval en petit appareil. J.-A. Durbec rapporte avoir trouvé des fragments de tegulae aux alentours de ces ruines, indices possible d'une couverture originelle avec ce matériaux.

Un acte du 29 mai 1327 atteste et confirme la possession du prieuré de Saint-Martin et de Saint-Saturnin à l'Abbaye de Lérins. « Saint-Martin et Saint-Saturnin constituaient deux manses importants (...) avec chacun une église et de nombreuses tenures. (…) l'abbaye avait également acquis des terres à La Rochette même et jusqu'au Miolans. (…) ces biens étaient concédés à titre de casements ou de censives emphytéotiques.2» En 1378, suite à la baisse de la population, le prieur de Saint-Martin doit faire valoir lui-même les terres situées à l'entour de l'église, considérées à l'époque comme les meilleures du pays. 3

Les évêques de Glandèves possédèrent sans doute des biens à La Rochette, mais la disparition des archives de cet évêché empêche toutes précisions à ce sujet.

Les Templiers possédèrent de nombreuses censives à La Rochette, droits qui furent repris en 1311 par les Hospitaliers.

Au 13e siècle, de nouvelles bastides furent construites aux alentours de l'église Saint-Martin, constituant un quartier important de La Rochette. Au 14e siècle, on retrouve les noms de ces bastides et lieux dits : le Nogayret de Saint-Martin, le Prat Lonc de Saint-Martin, le Serre de Saint-Martin, le Milsonchas de Saint-Martin, les Lônes de Saint-Martin, etc.

Un document de 1232 mentionne un castrum à proximité des sources d'Avenos (emplacement de la chapelle Saint-Saturnin). Il s'agit peut-être de l'éperon rocheux qui domine la ferme des Fonts.

Seigneurs laïcs

En 1232 Pierre de Glandevès (dit Balb) partage ses biens entre ses fils. Anselme obtient alors Villevieille et Saint-Cassien, Avenos, le Villar, La Rochette de Cadenède (futur Cheinet). Jean reçoit pour sa part La Rochette de Collongues (du Miolans), Collongues, Puy-Figette, La Penne-Chaudol, etc. Il faut noter ici la mention de « deux » Rochettes (le village actuel et le Cheinet), ce qui explique que l'on trouve dans certains textes de cette époque l'appellation Rochetis.4

En 1297, une enquête du Comte de Provence précise que celui-ci possède des droits (albergue, cavalcade, queste...) et des hommes à La Rochette.

Dès 1258, la famille des Vintimille apparaît comme seigneur de La Rochette et de Puy-Figette, avec Georges de Vintimille.

En 1308, il est fait mention de Colradin de Vintimille, désigné comme « seigneur du castrum » de La Rochette, en 1343, c'est Isnard de Vintimille qui est seigneur du lieu.

En 1346, le noble Henri Pannard est possesseur de biens au Nogeret de Saint-Martin.5

Crise de la fin du Moyen Age

Au 14e siècle, des catastrophes naturelles (intempéries en 1337 notamment), suivies de guerres civiles et de pillages effectués par des troupes de routiers, marquèrent un brutal déclin des activités et de la population dans le Val de Chanan.

Cette crise se prolonge tout le long du 15e siècle, mais les prieurés lériniens de Saint-Martin et de Saint-Saturnin semblent cependant relativement épargnés, alors qu'ailleurs (Puy-Figette ou Montblanc par exemple) le pays est déserté. 6Néanmoins, la population connaît une baisse de ses effectifs. En 1421, les autorités de Guillaumes doivent envoyer du blé dans le Chanan pour secourir la population ; à cette occasion, il est précisé qu'un moulin à farine se trouve à La Rochette.

En 1438, le prieur de Saint-Martin doit finalement engager des procédures contre les tenanciers qui ne respectent pas leurs engagements. En 1446, il est question de faire restaurer l'église de La Rochette, mais il n'y a plus d'argent.

A ces crises successives, s'ajoute la sécession de Nice en 1388, qui donne au Chanan une rôle de zone frontalière. Le village de La Rochette devient alors la capitale du Val de Chanan.

Suite aux graves crises du 13e et du 14e siècle, puis au développement du village comme capitale locale, la constitution d'une organisation municipale à La Rochette semble remonter au milieu du 15e siècle. Effectivement, un acte de 1447 indique que la communauté de La Rochette avait des créanciers, ce qui sous-entend une structure communautaire organisée déjà établie. Dans un acte de 1471, le village est manifestement directement dirigé par des syndics.

Le moulin à farine, mentionné lors des intempéries de 1421, a été reconstruit au 16e siècle.

Suite aux différents conflits entre le royaume de France et celui de Piémont-Sardaigne, la frontière est fixée entre La Rochette et La Penne (actuelle limite départementale). Elle est matérialisé par des bornes-frontières. En 1803, une campagne de réfection de ces édicules est menée. La borne numéro 65, située sur la commune de La Rochette, est concernée par ces travaux et elle est remplacée à cette occasion. Elle se trouve en rive droite du ravin de Besseuge, au-dessus de La Colle sous la barre rocheuse des Torraches. Constituée d'un monolithe calcaire dont le sommet est taillé en pyramide tronquée, elle a été publiée dans l'ouvrage de L. Thevenon sur les bornes-frontières du Comté de Nice.

Le rôle de La Rochette comme capitale du Chanan va se poursuivre jusqu'au 19e siècle. D'ailleurs, à la fin du 18e siècle, lorsque Achard présente la communauté de La Rochette, il la nomme encore Rochette-Chanam.

La seconde moitié du 19e siècle connaît un certain renouveau agricole, notamment illustré par la ferme du Loin Cheinet, qui devient alors un très grand domaine agricole.

Cartographie ancienne

Sur la Carte des frontières est de la France (1764-1778), au 1/14 000e environ, le village est nommé La Rochette - Chanan. Le château est dessiné, ainsi que l'église Notre-Dame de La Para. La chapelle Saint-Martin est également figurée et nommée, de même celle de Saint-Saturnin. On note également les écarts (Avenos, Chameingarde, Cheinet), et la plupart des fermes actuelles sont dessinées. Certaines sont nommées : Bastide de la Rivière, Bastide de Larat (Pra Forens), Rouelt (Nogeret), Bastide du Pras (Le Pré), La Croix de Massoulin (La Croix)... L'oratoire de Saint-Saturnin est également localisé. En revanche, aucun moulin n'est figuré sur cette carte pour la commune de La Rochette.

Cette carte étant une carte à usage militaire, la frontière avec le Comté de Nice est figurée et les bornes-frontières sont localisées.

La Carte de Cassini date des années 1780 pour cette région. Elle mentionne les hameaux, fermes ou bâtiments de Laval, Le Vallon (Coulet du Vallon), Préforans, Nougerel (Nogeret), Massoulin, Bon Villar, Le Bousquet, La Houdoure (La Boudourre), Le Pigeonnier, Valderoux (La Croix), Cheinet, Avenos Haut (Avenos Bas correspond à la bastide de La Colle, ancienne commune de Castellet-Saint-Cassien), ainsi que la chapelle Saint-Saturnin.

Le village est simplement mentionné La Rochette. Aucun moulin n'est mentionné sur cette carte pour la commune. Le ruisseau qui coule au pied du village est nommé La Bardane. Sur cette carte, on remarque le chemin qui mène à Saint-Pierre, celui qui rejoint Avenos par le col de Saint-Saturnin, ainsi que l'ancien chemin de Collongues qui passait par La Croix.

Sur le plan cadastral de 1818 le village apparaît avec une physionomie proche de l'actuelle à deux exceptions près : la présence des bâtiments du château (maisons, bâtiments ruraux et terrasse) et la présence de bâtiments sur l'emprise actuelle de la R.D. 10. Il faut également noter que le beffroi n'est pas encore mentionné.

Le hameau d'Avenos est bien alors plus étendu qu'aujourd'hui, notamment dans sa partie basse, avec des maisons et des bâtiments ruraux.

Le hameau de Chamengearde est composé de maisons et de bâtiments ruraux, un bâtiment est mentionné comme ruiné. Le hameau du Cheinet possède un plan similaire à l'actuel.

Les fermes actuelles sont toutes existantes, à l'exception notable de celle de La Baume.Sur ce plan cadastral, on note l'existence de trois moulins à eau. Deux sont situés en contre-bas du village (1818 C 341 et 345), ils sont alimenté par un canal de dérivation du ruisseau et l'un est accompagné d'un réservoir mentionné comme « pièce d'eau » (1818 C 346).

L'autre moulin est situé au Loin Cheinet (1818 E 102) et il est figuré accompagné de son canal de dérivation et d'un réservoir. On remarque également la présence d'un grand bois communal au quartier du Miolans.

L'état des sections de ce cadastre indique qu'au village, l'église paroissiale Notre-Dame de La Para, le cimetière et la chapelle Saint-Joseph appartiennent au Domaine National. Il précise d'ailleurs que la chapelle Saint-Joseph d'Avenos et la chapelle Saint-Saturnin sont privée.

A cette époque, l'ancienne chapelle Saint-Martin est mentionnée comme bâtiment rural privé

Toponymie en 1818

Un dépouillement systématique de l'état des sections du cadastre ancien à révélé plusieurs toponymes intéressants pour comprendre l'utilisation du territoire communal.

Certains toponymes renvoient à une réalité historique. Saint-Martin et le Serre de Saint-Martin (1818 D 338-348, 355-371) rappellent la présence de l'ancienne église lérinienne du 11e siècle. L'aménagement de cet endroit est encore précisé par le nom Le Prieuré (1818 D 349-354, 357) qui correspond aux anciennes terres agricoles associées à cette église. La Para désigne les terres situées alentour de l'ancienne église paroissiale du 13e siècle, en contre-bas du village.

De nombreux toponymes mentionnent la présence d'une fontaine, ils sont souvent très précis et concernent une ou quelques parcelles : Les Fonts (1818 A 160-161, 185-192), Font de Mounet (1818 A 159), Sous la Fontaine (1818 A 493-497), La Font (1818 C 396-397, 405-422), Font de Meillane (1818 D 30-40), Font de Chanfred (1818 D 236-240), Font du Drac (1818 E 244), La Fontete (1818 E 305-306), Font du Rouve (1818 E 518-521), Font de Lions (1818 F 17, 29-30, 34), Font de Paillier (1818 F 28, 35-36, 60), Font Julien (1818 F 85-86), La Fontaine (1818 F 126). Cette dernière était celle qui était alors utilisée par les habitants du village.

D'autres toponymes font allusion à des usages agricoles spécifiques. Ainsi le quartier nommé Au Raï (section C), qui laisse supposer que c'est là que l'on rouissait le chanvre. De même pour le quartier désigné sous le terme de Les Vignes, que l'on trouve alors à l'ouest de La Croix, en contre-bas du chemin ; une autre parcelle est mentionnée ainsi, en contre-haut du Loin Cheinet. Le quartier du Pigeonnier laisse supposer l'existence d'un ancien colombier, sans doute seigneurial au vu de l'encadrement en pierre de taille qui subsiste sur le bâtiment.

La parcelle mentionnée sous le nom de Four de la Chaux (1818 F 56), situé au-dessus du hameau du Cheinet, parle d'elle-même...

D'autres lieux dits signalent la présence d'arbres spécifiques : Nogières (noyer), Les Piboules (peuplier), Le Murier (prox. Cheinet), Poirier Aigre, Poirier de Fantard, Fraissinier (frêne), Les Ormeaux, Sorbier du Rocher, Hubac du Châtaignier, Le Verger, etc.

Signalons enfin l'existence de toponymes qui renvoient à des particularités topographiques expliquées par des légendes bibliques, qui étaient très ancrées dans le territoire du Chanan : La Tour de Babilone, Le Pic Salomon ou Les Fourches de Barbaries (1818 E 445-446). Ces dernières étant situées à l'extrémité sud-ouest de la commune, proche de la limite communale avec Collongues.

Population : historique et évolution

D'après E. Baratier, voici l'évolution de la population depuis le 13e siècle.En 1263, seize feux d'albergue sont recensés, soit une population d'environ 86 personnes. En 1315, on dénombre 24 feux de queste, soit une population estimée à 130 habitants. Après les intempéries de 1337, ce nombre à diminué à 19 feux de queste en 1344, soit une population d'environ 102 habitants.Le recensement de 1471 indique 34 foyers imposables. En 1540, 80 maisons sont habitées et en 1698, 128 maisons sont habitées par 80 familles. La population paraît brusquement chuter au début du 18e siècle, avec seulement 38 maisons habitées par 50 habitants en 1728. En 1765, 60 maisons sont habitées par 285 personnes.Au 19e siècle, les recensements de la population indiquent une population stable dans les cinq premières décennies, comprise entre 350 et 400 habitants. Le maximum démographique est atteint en 1851, avec 427 habitants. Ensuite, la population baisse progressivement, pour ne plus atteindre que 241 habitants en 1911.Au 20e siècle, le déclin démographique se confirme et le minimum démographique est atteint en 1982, avec 41 habitants. Depuis cette date, la population remonte très légèrement, avec 55 habitants en 2006.

Description

Localisation et géographie

Le surnom des habitants de La Rochette est Les Chats, du fait de la transformation du son « c » en « ch », dans la version locale du provençal ; exemple : La Rochette et non La Roquette.

La commune de La Rochette est située à l'extrémité sud-est du département des Alpes-de-Haute-Provence. Elle appartient au canton d'Entrevaux, arrondissement de Castellane. Elle est limitrophe au nord avec la commune d'Entrevaux ; à l'est avec la commune de Saint-Pierre ; au sud avec la commune de Sallagriffon (Alpes-Maritimes) ; à l'ouest avec les communes de Val-de-Chalvagne et Collongues (Alpes-Maritimes).L'altitude minimale est de 640 mètres (au bord du Vallon des Miolans), l'altitude maximale est de 1507 mètres (sur la crête de la Montagne de Gourdan). Le village de La Rochette est à une altitude moyenne de 960 mètres, le hameau du Cheinet est à 860 mètres, celui d'Avenos est à 1090 mètres.

Le climat est de type moyenne montagne méditerranéenne, avec des étés chauds et secs, des hivers froids et secs et des intersaisons plus humides.

Le régime hydrique est de type orageux et torrentiel. La neige est fréquente en hiver.Le sous-sol est de nature calcaire dans la partie haute de la commune, avec parfois de grandes étendues de marnes stériles (roubines). Il est gréseux dans la partie basse de la commune : Nogeret, Chamengearde, Préforens, etc. Ce grès est localement appelé saveou.

Le territoire communal est marqué par un relief très raide, qui est toutefois plus modéré dans la partie basse. Les pentes sont drainées par de nombreux ruisseaux à hydrologie saisonnière, qui alimentent le torrent du Vallon des Miolans. On peut localiser deux lignes de sources. Une dans la partie haute de la commune : La Baume, Champ Reou, Les Fonts, Avenos... L'autre dans la partie basse : Bonvillar, Nogeret, Chamegearde...

La végétation naturelle est composée de forêts de pins sylvestres et de maquis arbustif à chênes pubescents, buis et genêts sur les adrets. On note également la présence de cistes dans la partie basse de la commune, sur les grès. Les pentes raides offrent une végétation de landes à lavande et thym. Le versant en contre-bas du village est aménagé en jardins en terrasse. Sur les pentes raides bien exposées, des terrasses de culture sont installées grâce à des murs de soutènement en pierre sèche. Un maquis arbustif à chênes pubescents, buis et genêts recouvre les parcelles agricoles aujourd'hui abandonnées. Les fonds de ravin et les bords des cours d'eau sont occupés par une végétation de type ripisylve avec saules, peupliers, noisetiers, aulnes, etc.

Châtaigneraie et bois de pins, au-dessus de la ferme du Nogeret.Châtaigneraie et bois de pins, au-dessus de la ferme du Nogeret. Vestiges d'une oliveraie à proximité de la ferme du Grand Cheinet.Vestiges d'une oliveraie à proximité de la ferme du Grand Cheinet.

Dans la partie basse de la commune, sur les affleurements de grès, on trouve encore quelques châtaigniers.En 2009, les zones agricoles en terrasses sont presque partout abandonnées et embroussaillées ou boisées, et seules les terres situées dans la partie basse de la commune sont cultivées ou fauchées. Les versants de la Montagne de Gourdan sont pâturés par un important troupeau de moutons, basé à Avenos.

Réseau viaire

Un très ancien axe de communication (Préhistoire et Antiquité) reliait Ascros à Avenos, au pied de la montagne de Gourdan, en suivant approximativement la ligne des sources hautes.Les anciens chemins historiques, bien visibles sur la Carte de Cassini, rejoignaient Saint-Pierre, Avenos et Castellet-Saint-Cassien par le col de Saint-Saturnin, Collongues par un chemin passant en contre-bas du hameau du Cheinet.

De part sa position à l'extrémité sud-est du département des Alpes-de-Haute-Provence, la commune de La Rochette est aujourd'hui en quelque sorte enclavée dans le département des Alpes-Maritimes. Son accès le plus aisé se fait par la R.D. 2211a qui relie Puget-Thénier à Briançonnet.

Le territoire communal est traversé par la R.D. 10, qui rejoint Saint-Pierre, Val-de-Chalvagne, Ubraye puis Rouaine. Cette route a été aménagée au tout début du 20e siècle. La partie est de son tracés reprend en partie l'itinéraire de l'ancien chemin de Saint-Pierre. La section comprise entre le La Croix et Avenos, si elle reprend parfois l'ancien chemin de Cheinet à Avenos, a été créée ex-nihilo en de nombreux passages, notamment dans le versant sous Avenos. Un pont courbe, permettant le passage du Ravin des Souverées, est daté de 1900. Le tunnel qui passe sous le rocher du village a été percé vers 1903.

En outre, de nombreux chemins anciens existaient pour rejoindre les quartiers ruraux de la commune. On note également le chemin de Puget, qui rejoint Besseuges. Ces anciens chemin sont des chemin muletier, d'environ 2 mètres de largeur, soutenu par endroit par des murs en pierre sèche. Au départ du village, le chemin de Saint-Saturnin est caladé est aménagé avec des pas d'âne.

Mur de soutènement en pierre sèche, bordant la R.D. 10 au niveau du ravin de Saint-Saturnin.Mur de soutènement en pierre sèche, bordant la R.D. 10 au niveau du ravin de Saint-Saturnin.

Organisation du bâti

L'abbé Féraud indique, en 1861, que la population de « la commune de La Rochette [est pour] plus de la moitié disséminées dans les hameaux d'Avenos, des Chaînets [sic], de Chamengearde, et vingt-cinq bastides. Son église paroissiale a pour titulaire Notre-Dame-des-Parans, et pour patron Saint-Saturnin ».

Aujourd'hui encore, cette organisation est valable. Outre le village, il y a deux hameaux (Le Cheinet et Avenos), le hameau de Chamengearde pouvant-être assimilé à une grosse ferme. On compte également une vingtaine de fermes isolées ainsi que quelques bâtiments agricoles, dispersés dans les zones de cultures.

Le village : voir dossier

Les écarts

Le hameau du Cheinet est situé à environ trois kilomètres à l'ouest de La Rochette. Il pourrait tirer son nom du toponyme Cadeneta, mentionné dès le 16e siècle. Il est installé sur un versant et il est constitué d'un îlot de petits bâtiments mitoyens et de deux fermes. La partie basse était occupée en 1818 par des jardins. Une aire à battre en contre-haut. Un canal d'irrigation amenait l'eau au hameau, depuis le Ravin de Merle. Ce canal était aménagé à flanc de versant et les ravines étaient traversées par des aqueducs en planches dont quelques vestiges subsistent.

Le hameau d'Avenos est situé à environ deux kilomètres à l'est du Col du Trébuchet. Installé sur un versant, il était constitué de quelques îlots de bâtiments mitoyens et d'une grosse ferme située en contre-haut. La chapelle Saint-Joseph d'Avenos date du début du 19e siècle. En 1944, la partie basse du hameau a été brûlée par les troupes allemandes.

Les hameaux de Chamengearde et de La Croix, mentionnés comme tels sur le cadastre de 1818, possédaient des jardins et des aires à battre.

Ecart du Cheinet, vue d'ensemble prise du sud-est.Ecart du Cheinet, vue d'ensemble prise du sud-est.

Les fermes isolées sont nombreuses. Elles possèdent toutes au moins un jardin et une aire à battre mitoyenne, et la plupart possèdent également un four à pain. Une source aménagée, parfois complétée par un petit canal d'arrosage, se trouve généralement à proximité. Les terres agricoles sont en partie réunies autour de la ferme, en partie disséminées sur le territoire afin de multiplier les possibilités de cultures.On trouve également des bâtiments agricoles dispersés dans toutes les zones cultivées.

Évolution de l'organisation du bâti en 2009

Seules quelques maisons pavillonnaires sont construites à la sortie du village en direction du Cheinet. De nombreux bâtiments agricoles anciens, isolés et dispersés, sont abandonnés et ruinés. Quelques fermes également sont abandonnées et ruinées (Le Coulet, Le Vallon, Touet, Champ Réou, Les Fonts...).

Economie rurale

En 1788, Achard écrit que les habitants de La Rochette « sont laborieux et pauvres : ils cultivent un terrain sec qui ne donne que très peu de blé. La plus grande partie élève des bêtes à cornes. Le territoire n'est arrosé que par de petits ruisseaux qui servent à faire moudre le grain ».

En 1861, l'abbé Féraud précise que La Rochette possède un grenier de réserve et une école primaire. Une carrière de pierres est mentionnée au milieu du 19e siècle, elle se trouvait à Avenos.L'ancienne économie agricole était basée sur la polyculture vivrière, avec des zones de cultures sèches et des secteurs "à l'arrosage". L'importance de l'eau est effectivement primordiale dans l'économie agricole méditerranéenne. Importance que l'on retrouve d'ailleurs dans la diversité des catégories de qualité de terres agricoles utilisées pour élaborer l'imposition sur le cadastre de 1818. Il y est fait la distinction entre terre labourable, terre labourable arrosable, terre labourable en partie arrosable.Il apparaît assez logiquement que les terres à l'arrosage étaient implantées en fond de vallon, à proximité des cours d'eau ou à proximité d'une source importante. Elles étaient irriguées par des petits canaux (cependant, aucun d'entre eux n'est cadastré) alimentés par la dérivation d'un ruisseau ou d'une source. Il n'y avait pas de syndicat d'arrosage, mais chaque riverain devait une participation aux travaux d'entretien, renégociée chaque année.

Vestiges du canal d'irrigation du hameau du Cheinet. Aqueduc en bois.Vestiges du canal d'irrigation du hameau du Cheinet. Aqueduc en bois.

Les jardins sont installés en contre-bas du village ou à proximité des maisons d'habitation ou des fermes. Là encore, c'est la présence de l'eau qui dicte leur implantation.

Les arbres fruitiers étaient nombreux : cerisiers, noyers, poiriers, pommiers, pruniers, cognassiers, quelques figuiers. Ces fruitiers étaient parfois plantés en verger. On trouvait aussi des vignes et quelques oliviers (au Loin Cheinet). On produisait surtout du blé, des lentilles, des pois-chiches, des haricots (en grande quantité, pour la vente), des pommes de terre, des betteraves.

Ces cultures étaient parfois aménagées en terrasses de pierre sèche, localement appelées faïsses. La mémoire orale indique qu'au hameau du Cheinet, les pommes et les jambons étaient séchés dans des séchoirs. Les pommes étaient ensuite conservées avec les cosses des haricots. Les noix étaient conservées en fruits séchés, ou elles servaient, vertes, à l'élaboration de la confiture de noix ou de pâte culinaire. En revanche, il semble qu'il n'y a pas eu de production d'huile de noix, l'huile d'olive étant relativement aisément importée de Cigale. Les olives du Loin Cheinet étaient moulues à Entrevaux.

Une ferme possédait généralement au moins une truie et ses portées, sept ou huit vaches, un cheval, un âne et une paire de bœufs. La basse-cour était composée de poules, coq, et quelque lapinsSur les terrains gréseux, le châtaignier à été cultivé et de beaux exemplaires sont encore visibles. Pour compléter la nourriture en hiver, des stocks de ramées étaient fait. C'est principalement le chêne qui était exploité pour cet usage ; ces arbres étaient taillés en cépées et coupés tous les trois ans. Des ramées de gui étaient parfois données aux truies et aux agneaux. Certains grands chênes à larges branches servaient principalement pour les glands, ils étaient alors appelés aglaniés. Les fleurs de tilleul étaient ramassées au Gourdan et vendues à Entrevaux. Le buis était haché pour servir de litière.

Chaque famille possédait quelques ruches, destinée à la consommation familiale. Les ruches (brusc) étaient construites en planches de pin assemblées. Elles étaient posées sur des lauzes (lèques). Le miel d'Avenos était réputé.

Les bois en taillis servaient pour le chauffage, les bois en futaie étaient en principe réservés soit à la vente soit à la construction. Les pins du Miolans étaient réputés pour le bois de charpente.

Des années 1920 à 1950, les bois ont été exploités par des charbonniers, notamment sur la Beaume, au-dessus du Cheinet et au Miolans. Des vestiges de charbonnière sont encore visibles sur la commune. Il s'agit de grandes cuves circulaires, en tôle, munies d'un couvercle.

La lavande était ramassée au sauvage, sur les crêtes de la Montagne de Gourdan. Une distillerie était installée au village, sous un hangar. Une autre se trouvait à la ferme du Bosquet, et une petite distillerie avait été installée au Termes de Puget.

Plants de lavande « au sauvage » ou "baïassière", quartier de Saint-Saturnin.Plants de lavande « au sauvage » ou "baïassière", quartier de Saint-Saturnin.

La mémoire orale rapporte qu'il n'y avait pas de tuilerie sur la commune et que les tuiles étaient fabriquées à la tuilerie de Collongues jusqu'à la fin des années 1950. Cependant, les vestiges d'un four à tuiles (du 17e-18e siècle ?) ont été repérés à quelques centaines de mètres à l'ouest du hameau du Cheinet, en contre-haut de la rive gauche du ravin du Pas de Geaï. Ces vestiges ne sont pas mentionnés sur le cadastre de 1818 et aucun toponyme ne s'y rapporte précisément.

Par ailleurs, on extrayait du gypse au Miolans ainsi qu'au-dessus du Loin Cheinet. Un four à chaux encore en place (non cuit) à d'ailleurs été repéré à cet endroit, il date des années 1920. En outre un toponyme Four de la Chaux à été noté dans le cadastre de 1818, au-dessus du hameau du Cheinet.

On trouvait trois moulins à eau sur le territoire de la communes. Deux étaient situés en contre-bas du village, le dernier à cessé de fonctionner à la fin des années 1930. Un autre était situé au Loin Cheinet, il a fonctionné jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Au début du 20e siècle, on trouvait à La Rochette deux cordonniers, une boulangerie, une épicerie, un tabac-bar-restaurant, un marchand de linge, un maréchal-ferrant et un magasin de bonbons et farces et attrapes. Une forge se trouvait sous le Pounti et un tailleur de pierre était installé au village. La tradition rapporte qu'un fabriquant de cercueils était établi au hameau du Cheinet.

Après la Seconde Guerre Mondiale, presque chaque ferme a pris deux ou trois enfants de l'Assistance.

En 2009

L'économie agricole est toujours vivante, même s'il s'agit presque exclusivement d'élevage. On compte plusieurs élevages : moutons à Avenos, au Bosquet, à Bonvillar ; chèvres, vaches et moutons à Nogeret ; vaches à Marsoulin ; chèvres au Loin Cheinet ; chevaux au Pré. Une petite exploitation maraîchère est installée au hameau du Cheinet.

Le four à pain du village a cessé d'être utilisé à la fin des années 1930.

L'école à fermé à la fin des années 1970.

Le courrier est distribué par le bureau postal de Puget-Théniers (Alpes-Maritimes).

1Le toponyme Massilinas (qui signifie « bordure de terrain marécageux) a évolué en « Marsolin », quartier qui désigne, depuis au-moins le 18e siècle, la rive gauche du Ravin du Moulin (face à l'ancienne église Saint-Martin).2Les villages du Val de Chanan et des terres environnantes dans l'ancien diocèse de Glandèves du XIe au XVe siècle. p.503Le Chanan et ses environs. Aux confins des Alpes Maritimes et de la Haute Provence. p.294Le Chanan et ses environs. Aux confins des Alpes Maritimes et de la Haute Provence. p. 165Les villages du Val de Chanan et des terres environnantes dans l'ancien diocèse de Glandèves du XIe au XVe siècle. p.1086Le Chanan et ses environs. Aux confins des Alpes Maritimes et de la Haute Provence.
Aires d'études Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var
Adresse Commune : La Rochette

Les abbayes Saint-Victor de Marseille et Saint-Honorat de Lérins semblent être à l'origine de la première mise en valeur du territoire. Peu après l'an 1000, un certain Gisbernus est mentionné comme habitant à Bonvillar. Ce lieu semble le plus ancien de La Rochette cité dans les textes, avec le Col d'Avenos. La Charte de Sainte-Marie de Puget indique que, vers 1050 l'abbaye de Lérins est donataire d'une église et de ses bien ad Massilinas. Il s'agit de l'ancienne église Saint-Martin, située sur la crête qui domine le quartier de Nogeret. Attachée à un prieuré très prospère au 14e siècle, reconstruite au 15e siècle, elle est aujourd'hui en ruine, mais on peut encore distinguer des portions d'appareillage médiéval en petit appareil. Un acte du 29 mai 1327 atteste et confirme la possession du prieuré de Saint-Martin et de Saint-Saturnin à l'Abbaye de Lérins. Au 13e siècle, de nouvelles bastides furent construites aux alentours de l'église Saint-Martin, constituant un quartier important de La Rochette. Au 14e siècle, des catastrophes naturelles (intempéries en 1337 notamment), suivies de guerres civiles et de pillages effectués par des troupes de routiers, marquèrent un brutal déclin des activités et de la population dans le Val de Chanan. Cette crise se prolonge tout le long du 15e siècle, mais les prieurés lériniens de Saint-Martin et de Saint-Saturnin semblent cependant relativement épargnés. A ces crises successives, s'ajoute la sécession de Nice en 1388, qui donne au Chanan une rôle de zone frontalière. Le village de La Rochette devient alors la capitale du Val de Chanan, rôle qu'il conserve jusqu'au 19e siècle. L'ancienne économie agricole était basée sur la polyculture vivrière, avec des zones de cultures sèches et des secteurs "à l'arrosage". En 2009 l'économie agricole est toujours vivante, même s'il s'agit presque exclusivement d'élevage.

Références documentaires

Documents figurés
  • Cartes des frontières Est de la France, de Colmars à Marseille. / Dessin à l'encre sur papier, par Jean Bourcet de La Saigne et Jean-Claude Eléonore Le Michaud d'Arçon, 1764-1778. Echelle 1/14000e. Cartothèque de l’Institut Géographique National, Saint-Mandé : CH 194 à 197.

    Feuille 194/6
Bibliographie
  • ACHARD, Claude-François. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comté-Venaissin, de la principauté d'Orange, du comté de Nice etc. Aix-en-Provence : Pierre-Joseph Calmen, 1788, 2 vol.

    II, 289
  • BARATIER, Edouard. La démographie provençale du XIIIe au XVIe siècle. Paris : S.E.V.P.E.N. , 1961, 255 p.

    p. 186-187
  • DURBEC, Joseph-Antoine. Le Chanan et ses environs. Aux confins des Alpes Maritimes et de la Haute Provence. - Cannes : Société Scientifique et Littéraire de Cannes et de l'Arrondissement de Grasse, 1983, 52 p., ill. Histoire du Val de Chanan (Chalvagne, La Rochette, Saint-Pierre) et de ses environs (Vergons, Annot, Entrevaux...) de la préhistoire à la fin du Moyen-Age.

    pp. 9, 13-14, 17, 19, 23, 26, 29, 35, 44.
  • DURBEC Joseph-Antoine. Les villages du Val de Chanan et des terres environnantes dans l'ancien diocèse de Glandèves du XIe au XVe siècle. - Paris, Bibliothèque Nationale : 1968, 150 p.

    pp. 40, 42, 49, 50, 57, 61, 6367 , 79, 108.
  • FERAUD, Jean-Joseph-Maxime. Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes. Digne : Vial, 1861, 744 p.

    p.518
  • Thévenon Luc. Frontières du Comté de Nice. A la recherche des bornes perdues sur l'ancienne limite des royaumes de France et de Piémont-Sardaigne. - Nice, Serre éditeur, 2005, 135 p., ill.

    p.101 : Relevé de la borne numéro 65, datée de 1803. Elle est située au-dessus de La Colle, sous la barre rocheuse des Torraches.
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