Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

position (point d'appui) dit point d'appui du Castelet, de l'organisation défensive de l'Ubaye.

Dossier IA04000026 réalisé en 1992

Fiche

Historique

Le site a peut-être été occupé et organisé au moyen-âge et même avant. On en sait plus sur la situation locale pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg.

En septembre 1693, un an à peine après la mémorable offensive de coalisés de Victor Amédée de Savoie sur Gap et Embrun, l'ingénieur Richerand, en poste à Grenoble travaille à organiser le camp de Tournoux, où est basée une partie des forces du Maréchal de Catinat et les postes défensifs qui en assurent la couverture (logiquement, les travaux sont en cours depuis mai-juin). Il adresse au ministre (Le Pelletier de Souzy) une demande de fonds (voir à ce sujet, au Service historique de l'armée de terre, à Vincennes, les archives du Génie. Tournoux. Art. 8. Son 1, carton 1) dans laquelle figure, au "Castelet", une caserne pour 100 hommes qu'il convient de doter d'une citerne et d'une boulangerie ce pour 14.100 livres, précisant ensuite qu'on ne peut rogner trop sur ces fonds, étant donné que les travaux sont en cours – sous entendu, avec la participation d'entreprises civiles.

Datée du 21.12.1694, la pièce 7 (plan du fort projeté au Castelet) prouve que la "caserne" (à deux travées à la Vauban) a bien existé, avec une enceinte de fortification passagère couronnant le rebord du plateau. Plan du fort du Castelet dans la vallée de Barcelonnette. 1707Plan du fort du Castelet dans la vallée de Barcelonnette. 1707

En 1697, nos troupes évacuent l'Ubaye rendue à Victor-Amédée après le traité de Ryswick et abandonnent les organisations pour revenir plus tard, à partir de 1704, lors de la guerre de succession d'Espagne, et surtout en 1707, lorsque l'échec du siège de Turin, puis la tentative des coalisés sur Toulon et la Provence, contraignirent Villard puis (1709) Berwick à la défensive avec des effectifs réduits.

Redoutes et postes sont alors en ruine, soit ruinés volontairement après 1698, soit simplement par l'action combinée des intempéries et des récupérations des habitants.

Le premier soin du maréchal de Berwick est de les faire rétablir par l'ingénieur de Langrune qui, dans un mémoire du 20 mai 1707, écrit à propos du Castelet "... Le maréchal de Catinat l'avait fait bien fortifier, dont il reste encore de vieux vestiges en certains endroits de 4 ou 5 pieds de hauteur. La plus grande dépense … était pour la construction d'une caserne pour loger 100 hommes avec leurs commodités". A ce mémoire s'ajoute le plan d'un projet daté du 28 mai 1707.

Il semble d'ailleurs que le poste ait été pris en 1709 lors d'une poussée des coalisés sur le col de Vars, avant que l'Ubaye ne soit cédée à la France à la paix de 1713.

L'ouverture de la guerre de succession d'Autriche rallume l'activité militaire en Ubaye et, avec elle les reconnaissances et les projets des ingénieurs, car, à part la poursuite des travaux de Montdauphin et, plus au nord, l'énorme programme exécuté de 1724 à 1734 autour de Briançon, rien n'a été fait pour couvrir la Haute Ubaye elle-même, laissée sans protection en avant de notre ligne de places frontières.

Un mémoire de Rignac du 25.2.1743 signale que la redoute du Castelet est presque toute découverte, sans qu'on ait la certitude que le bâtiment ait été réparé. L'attention, à l'époque, se porte surtout sur Jausiers.

Cette alternance d'abandons et de réactivations d'organisations relativement sommaires des mêmes sites, mais non intégrées au domaine militaire, remonte, donc, à 1693 et se poursuit pratiquement jusqu'en 1815, et c'est à partir de 1836 que la monarchie de Juillet se résoudra, avec la construction de la forteresse de Tournoux, à assurer solidement l'interdiction des passages et la protection de la région de Barcelonnette.

Après la guerre de 1870, la France, militairement très affaiblie et politiquement isolée, est contrainte à procéder à une réorganisation complète du système de défense des frontières rendu caduc par la mise en service, à partir de 1858, de la nouvelle artillerie rayée. Le programme, dirigé par le comité de défense, lui-même animé par le général Séré de Rivières, s'exécute, dans le nord-est, à partir de 1874. L'Ubaye, qui présente une priorité moindre, voit, à partir de 1879, les nouvelles batteries des Caurres compléter Tournoux et, en 1881, celle de Vallon Claus étendre latéralement le dispositif pour tenir le col de Vars.

L'éperon du Castelet n'a certainement pas été oublié dans les reconnaissances et les réflexions, mais il ne barre qu'une vallée desservie par des cols difficiles, accessibles seulement en été à des éléments à pied. Et le défilé est bien battu, à vue directe, par les canons de 95 mm de la batterie qui prennent la vallée en enfilade ; aucune organisation permanente n'y est envisagée - on ne peut tout fortifier, ne serait-ce que pour des raisons budgétaires - ce qui ne signifie pas qu'on exclût d'y réaliser, en cas de conflit, des travaux de campagne, surtout à partir du développement donné à partir des années 1887-88 à l'armée des Alpes et à une défense mobile portée le plus haut possible.

Les choses en restent en l'état jusqu'en 1926, où, sous l'égide de la commission de défense des frontières, s'élabore une nouvelle réorganisation du système fortifié, rendue nécessaire par les développements de l'artillerie lourde en 1914-18. Dans son rapport du 12 février 1929 relatif à la frontière des Alpes, la C.D.F. estime que "pour étayer la manœuvre du groupe mobile de Grande Serenne, il est utile de prévoir l'établissement d'une chiuse dans le défilé du Castelet" à titre de couverture avancée du flanc nord de la région fortifiée.

L'organe correspondant figure bien sur les cartes annexées, mais aucun projet n'est établi par la Direction du Génie de Briançon le 9 novembre 1929, en raison sans doute d'un ajournement. Dans son "programme d'avenir" rédigé en juin 1938, au moment où il allait quitter le service, le général Mittelhauser, qui commandait l'armée des Alpes depuis 1931, et, à ce titre, avait vu s'édifier toute la nouvelle organisation, n'avait pas oublié le Castelet. Il y prévoyait des "blockhaus légers" (protection 1) pour 3 fusils mitrailleurs pour barrer routes et ravins de la Haute Ubaye, et battre le vallon du Châtelet. Le point d'appui est classé en deuxième urgence du plan d'ensemble, avec n° 6 sur le plan local. Porté au programme des travaux complémentaires d'organisation du terrain à exécuter par main-d’œuvre militaire, il sera construit en 1938-39 par des détachements des 11e B.C.A., 73e B.A.F. puis, après la mobilisation de 1939, 83e B.A.F. Le répertoire fait état de 9 organes construits à l'épreuve du 105 mm et comportant un abri, deux emplacements de mitrailleuses (TDPM) et quatre pour FM.

Lors de l'offensive italienne de juin 1940, les combats se déroulent 8 km en avant, autour du point d'appui de Maurin (Maljasset) défendu par la 2e compagnie du 299e R.I.A. (4e section – adjudant Dubouchet) et soutenu par 2 pièces de 65 de montagne M 1906 de la 5e batterie du 162e R.A.P. installées à la Barge. Le Castelet n'est donc pas impliqué directement dans la bataille. Mais il est probable que si l'armistice n'était intervenue, la faiblesse et la fatigue de nos effectifs auraient entraîné, à brève échéance, sous la poussée de la division "Cuneense" (2e Alpini "Borgo St Dalmazzo" sur Maurin et le Alpini "Dronero" sur Fouillouze-haut), un repli et c'est sur le Castelet qu'aurait pu se rétablir la défense.

Notons que le P.A. n'a jamais fait l'objet d'un classement administratif dans le tableau des places de guerre, mais était cependant géré par le service du Génie.

Description

Situation

La haute vallée de l'Ubaye, descendant du col frontière de Longet, selon un premier alignement droit orienté nord-est-sud-ouest, est en partie barrée, 4 km avant le coude de Saint Paul, par un éperon rocheux escarpé, dont le torrent a scié le pédoncule qui le rattache au sud-est à un contrefort du massif du Chambeyron. Le cours d'eau a ainsi formé une gorge verticale de quelques mètres de large et près de 80 m de profondeur, impraticable aux communications.

Il en résulte un goulet d'étranglement et, à 1650 m d'altitude, une position très favorable à une organisation défensive visant à barrer la vallée. Le chemin remontant la combe de Maurin de Saint-Paul à Maljasset contourne le rocher par la gauche, et juste derrière le rocher se trouve l'embranchement du chemin qui franchit la gorge sur un beau pont à une seule arche (rappelant le pont d'Asfeld, à Briançon). Construit vers 1880, il conduit au village de Fouillouze et, plus loin, à l'ouvrage de Plate Lombarde et au col du Vallonet.

Le nom de Castelet (ou du Châtelet) donné à l'éperon rocheux, parle de lui-même, et il serait intéressant de savoir s'il a été donné au site naturel en fonction d'une analogie morphologique avec un château-fort, ou s'il provient des organisations réalisées au cours des âges sur le sommet du plateau.

Composition d'ensemble

Des 9 organes répertoriés en 1940 comme éléments constitutifs du point d'appui ont été reconnus ou repérés :

- Un abri alpin dit "abri inférieur" du Castelet, implanté à contrepente de l'éperon rocheux, le long de la route de Fouillouze et donc parfaitement défilé par rapport aux directions dangereuses du nord et de l'est. Abri en tôle cintrée forte de 7,50 x 2,75, pour groupe de combat, avec, à chaque extrémité, vestibule et entrée en béton (portes en tôle) donnant sur la route, le tout entièrement terrassé et rocaillé. On notera que les demi-éléments des tôles cintrées sont d'une seule pièce, et non pas divisibles en deux parties assemblées par boulonnage comme ceux des abris de la Moutière. Bien construit, cet abri, bien que grand ouvert, est en bon état.

Entrées de l'abri inférieur le long de la route de Fouillouze.Entrées de l'abri inférieur le long de la route de Fouillouze. Abri inférieur. Vue intérieure.Abri inférieur. Vue intérieure.

- Un abri identique (non repéré) dit "abri supérieur", à peu près identique au précédent et conforme, également, aux plans types règlementaires diffusés par la XIVe R.M., de 6,72 x 2,75 dans œuvre, mais avec entrée axiale, à portes décalées, par les vestibules d'extrémité dont les murs-pignons sont dégagés et dotés d'une petite fenêtre.

- Deux tourelles démontables pour mitrailleuses mle 1937 implantées l'une, à gauche (n° 565 (fig. 7)) en bordure et un peu au-dessus de la D 25, l'autre (n° 564) environ 200 m plus à droite, au pied du rocher, à la pointe nord-est du mouvement de terrain. Les deux tourelles, comme leurs homologues de Sagnes, sont dépourvues de leur capot ainsi que du carter et du masque frontal de protection de l'arme, ce qui amène à se demander si ces pièces n'ont pas été enlevées sur ordre, par nos troupes, lors de l'évacuation après l'armistice, pour rendre inutilisables des engins qu'on ne pouvait enlever.

La tourelle de gauche possédait encore, en 1978, son panier en grillage de camouflage, disparu depuis. Les deux tourelles sont logées dans le puits d'un massif cylindrique en béton, avec accès par l'arrière par boyau maçonné et couvert, dont l'entrée porte gravée sur le linteau les marques des unités constructrices et la date d'achèvement.

Tourelle démontable de gauche. Vue prise de l'arrière.Tourelle démontable de gauche. Vue prise de l'arrière. Petit blockhaus de FM flanquant la face nord du point d'appui.Petit blockhaus de FM flanquant la face nord du point d'appui.

- Un petit blockhaus pour fusil mitrailleur, en béton armé, flanquant la face nord du rocher. Ce blockhaus est implanté à l'extrême gauche du dispositif, accroché au rocher des pentes de hauteurs de la rive droite.

III. CONCLUSION

Ensemble d'organisations, modestes en elles-mêmes, de type fortification de campagne renforcée mais présentant l'avantage d'être d'un accès facile et d'être situé dans un site remarquable et de réelle valeur touristique. Des mesures de protection seraient souhaitables (nettoyage et fermeture des abris, protection des deux cuirassements contre le vol) à titre de conservation de spécimens complétant un site à la fois historique (vestiges, au sommet, du poste défensif de 1693) et naturel (rocher, gorge et pont). Une promotion touristique pourrait être assurée en érigeant le site en jalon d'un itinéraire conduisant soit aux sources de l'Ubaye, soit à Fouillouze (point d'appui de Fouillouze-Haut) et à l'ouvrage de Plate Lombarde avec prolongement possible sur Saint-Ours par le col du Vallonet.

Précision dénomination point d'appui
Appellations point d'appui du Castelet, de l'organisation défensive de l'Ubaye
Parties constituantes non étudiées abri, blockhaus
Dénominations position
Aire d'étude et canton Alpes-de-Haute-Provence
Adresse Commune : Saint-Paul-sur-Ubaye
Lieu-dit : le Châtelet
Cadastre : 1975 L3 515, 523, 532, 541, 554

On sait que le site du Châtelet est occupé et organisé depuis la guerre de la Ligue d'Augsbourg à la fin du 17e siècle. Comme d'autres sites de l'Ubaye, il connaît une alternance d'abandons et de réactivations. Même si l'éperon du Châtelet n'a pas été oublié dans les reconnaissances et les réflexions sur l'organisation défensive de l'Ubaye durant le 19e siècle, les choses restent en place jusqu'en 1926. L'ouvrage, porté au programme des travaux complémentaires, est construit en 1938-39.

Période(s) Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1938, daté par source

L'ouvrage est composé de différents organes : deux abris en tôles cintrées avec un vestibule et une entrée en béton armé, le tout rocaillé et terrassé ; deux tourelles pour mitrailleuses logées dans un puits d'un massif cylindrique en béton ; un petit blockhaus en béton armé.

Murs béton armé
Étages en rez-de-chaussée
Couvrements voûte en berceau plein-cintre
Couvertures terrasse
Typologies tourelle de mitrailleuse
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan du fort du Castelet dans la vallée de Barcelonnette. / Dessin, sd. [1707], 27 cm x 42 cm. Service historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie. Dépôt des fortifications. Tournoux. Article 8, section 1, carton 1, pièce 6.

(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Truttmann Philippe - Faure-Vincent David