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place forte de Briançon

Dossier IA05000167 réalisé en 1986

Fiche

Naissance de la place forte au XVIIe siècle

La première enceinte de la ville

Vers 1689, au début de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, la frontière française sur les Alpes était loin de suivre la ligne idéale de partage des eaux : au nord, les départements actuels de Savoie et Haute-Savoie appartenaient au duc de Savoie. Au sud, la haute Ubaye et le comté de Nice n'étaient pas français. Par contre, au centre, le Dauphiné empiétait largement sur le versant oriental du massif, avec le saillant d'Exilles, Fenestrelles et Pignerol d'une part, le saillant de Château-Dauphin d'autre part.

Blottie sur la pente du piton portant le château, la petite ville de Briançon, très serrée, était entourée d'une mauvaise enceinte médiévale, construite de 1370 à 1395, dont la muraille, flanquée de trois tours, constituait le mur de fond des habitations. Le château lui-même, ramas de constructions hétéroclites et vétustes, avait été renforcé d'éléments bastionnés par le connétable de Lesdiguières après la reprise de la ville en 1590. Le tout était bordé, à l'est et au sud, par les à pics rocheux inaccessibles des gorges de la Durance : place sans grande valeur, certes, mais dont sa position en deuxième, sinon troisième ligne ne justifiait pas de priorités exceptionnelles. La refonte de la place et la construction de l'enceinte actuelle paraissent avoir été décidées vers 1689 ou 901 pour mettre la ville à l'abri des« Barbets », protestants réfugiés en Piémont, contre lesquels des opérations militaires étaient alors en cours, et qui faisaient régner l'insécurité dans la contrée.

On possède un plan de la ville daté du 14 août 1691 et signé de Langrune (Hercule Hue, chevalier, seigneur de Langrune, ingénieur du roi en poste à Grenoble). Ce plan représente la vieille enceinte médiévale enveloppée au plus près d'une nouvelle enceinte bastionnée déjà construite ou en cours d'achèvement, sans dehors ni fossé, à un état d'avancement qui suppose au moins deux saisons de travaux. Cette enceinte correspond tout à fait au corps de place actuel.

Ce document achève de retirer à Vauban la responsabilité des origines de la forteresse actuelle qu'on lui a trop longtemps attribuée, mais il ne permet pas d'identifier pour autant, au niveau du gouvernement ou du commandement,l'autorité à qui elle revient : Catinat, directement concerné ? Bouchet, l'intendant du Dauphiné ? Les deux et peut-être même Louvois à l'insu de Vauban - il y a des précédents -, mais mort trop tôt (le 16 juillet 1691) avant d'avoir pu régulariser la procédure avec son grand subordonné. A ce stade, il ne s'agit encore que d'une sorte d'enceinte de sûreté non terrassée et non susceptible de porter du gros canon.

D'après les registres des «Fonds et Despenses des fortifications» pour 16912, la dépense des ouvrages contenus en l'état du 16 décembre 1690 se monte à 19.036 livres 10 sols et 4 deniers, par ordre du 18 décembre, ladite somme doit être envoyée dans les 9 mois suivants à raison de 20115 livres 3 sols et 4 deniers par mois. Les appointements dus au sieur de Langrune, directeur des fortifications du Dauphiné, se montent à 2.000 livres; ceux dus au sieur Labat, sous-ingénieur pour Briançon et le Queyras, à 900 livres.

Des dépêches relatives aux fortifications adressées par Louvois à Boucher, intendant du Dauphiné, il ressort que le roi avait accordé 12.000 livres en 1690 pour l'exécution des travaux de fortifications que les habitants s'étaient engagés à exécuter et pour lesquels la ville donnait, pour sa part, 18.000 livres.3

Ce serait donc 30.000 livres qui furent consacrées aux fortifications de Briançon en 1690, partie en fonds municipaux, partie en crédits d'état.

Ces comptes confirment que Vauban n'était pour rien dans la création de l'enceinte de la ville haute.

L'invasion savoyarde et l'intervention de Vauban

Un évènement allait cependant amorcer un changement radical du contexte stratégique : un renversement d'alliance avait fait passer, en octobre 1690, Victor Amédée de Savoie dans le camp de la coalition, après soixante ans d'alliance franco sarde. En juillet 1692, un corps d'armée commandé par le duc en personne, et le prince Eugène, passe le col de Larche, se concentre en Ubaye - alors savoyarde - pénètre en France par le col de Vars, s'empare de Guillestre (28-30 juillet), puis d'Embrun (16 août) et de Gap, et occupe le pays avec, semble-t-il, l'intention de marcher vers les Cévennes et de provoquer un soulèvement général des huguenots : celui-ci ne se produit pas et, le duc étant tombé malade, le corps expéditionnaire, contenu par les manoeuvres de Catinat, repasse les Alpes, laissant tout le pays dévasté.

L'alerte est d'autant plus chaude à Versailles qu'on s'y faisait des Alpes en général et de la guerre en montagne une idée assez simpliste. En tout cas, l'expédition aura démontré l'indigence de notre système défensif dans cette région. Aussi la cour envoie-t-elle d'urgence Vauban (commissaire général des fortifications depuis 1678 et lieutenant général depuis 1688) pour remédier à cet état de choses.4 Le grand ingénieur vient de prendre brillamment Namur et a passé les mois de juillet et août à réparer la place. Le 22 septembre, il est à Grenoble et commence son inspection à la frontière, repasse à Gap le 6 décembre avant de partir pour Digne et la Provence, après s'être concerté avec Catinat, concertation d'autant plus utile que Catinat connaît parfaitement le théâtre d'opérations. Il en résulte toute une moisson de projets (dont celui de la ville neuve de Montdauphin, du 25 septembre) qui prennent illico le chemin de Versailles.

Le projet de Briançon est daté des 21 et 23 novembre5 : manifestement, Vauban prend en compte une enceinte bastionnée déjà réalisée, et dont la conception lui est totalement étrangère. Il en critique les défauts, mais reconnaît objectivement que,compte-tenu des contraintes internes et externes, il était pratiquement impossible de mieux faire. Aussi les 61 articles de l'instruction portent essentiellement sur les remèdes à apporter, en fait surtout des travaux complémentaires. Ce sont, essentiellement :

pour la ville :

- construction de contreforts derrière l'escarpe (pour permettre à celle-ci de soutenir terres et chemin de ronde)

- voûter les tours médiévales, à usage de magasin à poudre- retailler et escarper le roc des assises, enlever des terres et les regaler en glacis (pour supprimer des angles morts)

- voûter les passages des portes et les doter de corps de garde

- approfondir le puits de la place d'armes, le voûter (à l'épreuve comme à Besançon) et le doter d'une margelle

- supprimer les sentiers grimpant le long des escarpements

- approfondir les fossés

- créer des traverses contre le tir d'enfilade, etc.

- faire une demi-lune, avec fossé, devant la porte de Pignerol

- faire une fausse-braie générale devant le pied du front ouest6

- faire un ouvrage à cornes devant le bastion 23 pour envelopper la maison servant d'hôpital (cet ouvrage ne sera jamais réalisé).

On notera que ces trois derniers postes correspondent aux seuls ouvrages neufs importants dont on puisse attribuer la paternité à Vauban.

pour le château :

- création d'une caserne (non réalisée), de latrines, citernes et souterrains

- construction de contreforts, exhaussement et terrassement des murailles (en particulier aux bastions 8 et 9 dus à Lesdiguières)

- aplanir des excroissances rocheuses du terre-plein intérieur et des glacis etc.

à l'extérieur :

- construction d'une « redoute à mâchicoulis » sur un replat au pied de la « montagne du Poët» (future redoute de Salettes) pour 2400 livres

- aménager une coupure défensive, avec pont-levis, sur la route du Mont Genèvre (« avenue de Pignerol ») au pied de redoute ci-dessus (888 livres).

Le tout est estimé à 249.239 livres 5 sols, dont 51.372 pour le château. On notera que Vauban reprenait une partie des postes énumérés dans le projet de janvier 1692 (sans toutefois s'y référer). Son projet, d'ailleurs, témoigne d'une certaine précipitation et les articles s'y succèdent un peu comme lui en venaient les idées. On ne sait ce qui en fut effectivement doté, mais on dut y travailler dès l'année suivante, car quatre élévations au lavis exécutées en 16947 donnent une idée précise de l'avancement des travaux : la caserne (future caserne de Vault) y apparaît terminée, comme la fausse braie. Par contre, l'essentiel des travaux du château, la redoute des Salettes, la coupure de la route, l'ouvrage à corne sud-ouest paraissent avoir été ajournés.

Le plan8 de Richerand9 pour servir au projet de 1698 confirme l'avancement des travaux, mais ce document ajoute, sous forme de deux retombes superposées, le projet d'une ville basse qui, appuyée à la fausse braie ouest, doublerait la ville vieille et procurerait l'espace qui lui manque cruellement pour établir à loisir casernes, arsenal, hôpital et tous établissements nécessaires à une place digne de ce nom. Les retombes correspondent à deux variantes du même projet, l'un établi sous forme de couronné bastionné traditionnel, l'autre flanqué de tours à canon, bastionnées, déjà proposées par Vauban pour les sites montagneux menacés par des commandements (Besançon 1687, Gap, Entrevaux). Les retombes portent l'annotation d'attente de la main de Vauban « à examiner et à retoucher sur les lieux ».

Or, un nouvel événement venait de se produire, rapprochant Briançon de la première ligne : le 29 août 1696, à Turin, Louis XIV concluait une paix séparée avec Victor Amédée et, en particulier, restituait Pignerol démantelée à la Savoie. La France perdait ainsi sa principale base d'opérations en Piémont, rôle qui par la force même des choses, allait progressivement échoir à Briançon. Notons que cette cession entrait tout à fait dans les vues de Vauban qui, réaliste, l'avait suggérée de longue date en raison du coût élevé de l'entretien de la place, des difficultés extrêmes de la soutenir,et des embarras diplomatiques qu'elle causait à nos relations avec la Savoie. Le projet de ville neuve de Briançon, qui ne sera jamais exécuté10, mais figurera longtemps sur les plans, vise évidemment à compenser cette perte.

La paix revenue, mais on la sait précaire en raison des perspectives de la succession d'Espagne, Vauban revient en Dauphiné dès la belle saison 1700. Le volumineux projet qu'il rédige alors11, dans des conditions moins précipitées que celui de 1692, à en juger par l'ordonnancement des 99 articles, porte essentiellement sur les points suivants :

- La ville haute : les travaux prescrits sont bien avancés, quelques corrections ou adjonctions à faire dont l'essentiel a été notifié de vive voix aux ingénieurs locaux (63.204 livres).

- Le château : après avoir dressé une liste impressionnante de travaux (art. 1 à 27) Vauban résout finalement (art. 75) à tout raser et à reconstruire à neuf, pour 301.539 livres, et à en renforcer le front nord par un puissant ouvrage à cornes à créer de toutes pièces (120.679 livres 10 sols).

- La ville basse, à créer de toutes pièces : 728.910 livres.

- La redoute des Salettes (déjà demandée en 1692) : 53.693 livres et 10 sols.

- Les «bastiments civils» - en fait les établissements militaires autres que de fortifications : 2379 livres (réparations de malfaçons à la caserne). Vauban signale que les deux magasins à poudre sont terminés.

Par contre, apparaissent deux points nouveaux et très importants : la construction d'un camp retranché sur la montagne des Têtes, qui commande toute la ville haute. Le camp sera fermé d'une enceinte flanquée de quatre tours et cinq bastionnets, s'appuiera aux escarpements naturels. Il sera bon d'y faire quelques corps de caserne, un logement d'officiers, des batteries, des couverts pour les munitions, etc. le tout pour 452.139 livres. La position sera reliée à la place par un pont sur la Durance (le futur pont d'Asfeld) et une route à créer, les deux pour 176.846 livres.

Enfin - l'intention stratégique est là évidente - l'ingénieur propose d'améliorer les routes de Grenoble et du mont Genèvre (art. 72 à 74) sans toutefois les chiffrer, estimant peut-être ces travaux en charge d'un autre département.

Le tout confondu, et compris les « additions» des 2 (13.398 livres) et 3 septembre (27.443 livres 5 sols) se monte à 1.940.231 livres 5 sols12 dont on pourra retrancher 196.096 livres selon la décision prise quant aux variantes des projets du château et de la ville basse, ce qui ramène la dépense à 1.744.141 livres. Ce vaste programme est expédié d'Embrun à Le Peletier le 23 septembre 1700, accompagné d'une lettre transmissive, pour être soumis à la décision personnelle de Louis XIV. Si la décision n'est pas connue, la suite donnée se déduit des réalisations ultérieures. La ville basse et la grande corne du château ne seront jamais réalisées. Quant au reste, Vauban, qui ne reviendra pas à Briançon n'en verra pas l'exécution. C'est de Marly qu'il intervient le 26 juin 1703 au sujet de la reconstruction de l'église paroissiale (démolie en juillet 1692) dont il avait réglé les dessins, malencontreusement emportés par l'ingénieur Robelin lors de sa mutation13. De même, c'est de Paris que le maréchal tonne, le 8 février 170414 contre les amputations opérées par les ingénieurs locaux par rapport à son projet de 1700 (redoute des Salettes et coupure défensive, camp retranché des Têtes, pont et route d'accès, ville basse) et des adjonctions personnelles qu'ils se permettaient d'y faire : il est en fait probable que le vieux maréchal était déjà en partie court-circuité et tenu dans l'ignorance des directives données par la Cour à ses subordonnés ...

Outre la poursuite des travaux en cours, les années 1705-1708 virent se poser les problèmes contentieux des indemnités dues aux propriétaires des terrains expropriés et des maisons démolies. C'est également à cette époque que le chemin couvert du front ouest fut converti en contregarde générale.

Les conséquences de la guerre de succession d'Espagne

Mais dès 1701 s'est ouverte la guerre de succession d'Espagne, et les opérations reprennent sur la frontière des Alpes, contre Victor Amédée, à nouveau rangé aux côtés de nos ennemis. Après une première période heureuse, la fortune de nos armes tourne brusquement avec le désastre de Turin (1706), suivi de l'invasion de la Provence et du siège de Toulon (1707). En Dauphiné, Victor Amédée, par les cols de la Roue et de l'Echelle tente de tourner et d'investir Briançon Guillet 1708) par le col de Buffère : il y est arrêté in extremis par Villars accouru à marches forcées : l'affaire manquée, il se retourne vers Exilles qui tombe le 12 août 1708, et Fenestrelle prise le 31 août. Tout le versant piémontais et l'accès au Mont Genèvre étaient perdus, et Briançon se retrouvait en première ligne, lorsque notre armée prit ses quartiers d'hiver. Louis XIV prit alors la décision de confier la défense des Alpes au maréchal de Berwick à l'aube de la campagne de 1709. Le Briançonnais lui-même était placé sous les ordres du lieutenant-général Dillon.

Sans entrer dans le détail des opérations, on peut dire que Berwick, compte tenu de l'infériorité de ses effectifs, fit appel à toutes les ressources de la fortification de campagne, bien secondé semble-t-il par Tardif (directeur des fortifications de Grenoble) et mit toute la main-d’œuvre militaire disponible à l'exécution des travaux prévus par Vauban en 1700, mais ajournés jusque-là.

Dès 1708, l'ingénieur Desroches a rencontré Dillon au sujet des retranchements des Têtes. Les travaux démarrent, menés, entre autres, par les régiments de Ponthieu et du Vivarais. Ils s'étendent à la hauteur du Randouillet, solidement organisée à son tour. Des réclamations sont formulées par les ingénieurs pour certains travaux mal exécutés. En 1709, les abords de la place grouillent d'activité : on met en chantier - enfin- la redoute des Salettes, conformément au projet (tour-réduit à canons avec toiture, entourée d'un fossé revêtu avec galerie de fusillade dans la contrescarpe). L'ouvrage - permanent, et de qualité - est vraisemblablement achevé fin 1711. D'autres redoutes sont projetées (mais non exécutées) à la Pinée, à Bisseul (futur fort Dauphin). Des retranchements sont établis pour couvrir les cols de Granon et Buffère, d'autres projetés, ainsi qu'un fort bastionné, à Serre-Paix, dominant le débouché de la vallée de la Guisane (non exécuté). Le village de la Vachette est retranché : une attaque sarde y sera repoussée par Dillon avec de grosses pertes. On établit, en contrebas des Têtes, la redoute des Suisses et son retranchement. En 1711,un plan 15donne l'ensemble des travaux de fortification de campagne ou passagère exécutés ou projetés, tandis que dans son mémoire16, Tardif définit nettement le rôle de Briançon en tant que base d'opération, ainsi organisée qu'on peut la défendre avec une vingtaine de bataillons. La jonction entre les Têtes et le Randouillet est même projetée (future communication Y). Un autre mémoire d'avril 1711 parle d'une redoute en pierres sèches, avec corps de garde pour 500 hommes (?) établie sur l'Infernet, et qui peut être regardée comme permanente, mais ce dernier ouvrage ne figure pas sur les plans.

Cette même année 1711 voit déboucher le contentieux évoqué plus haut : le 12 octobre, l'ingénieur Desroches a signé le procès-verbal17 de bornage du nouveau terrain militaire de la place et, le 20, le toisé général18 des terrains pris et occupés par la fortification depuis 1695. Les indemnités correspondantes seront estimées19 en 1715 - la paix revenue - à un total de 59.348 livres, soit vingt ans après les premières occupations temporaires.

Dans la pratique, ces règlements administratifs signifient plus que le simple respect du droit des particuliers : ils entérinent pratiquement l'arrêt du développement du corps de place et l'ajournement sine die de certains postes demandés par Vauban (ville basse, refonte générale du château et construction de son ouvrage à corne). En effet, le 11 avril 1713, en cédant à la Savoie Exilles et Fenestrelles et en ramenant la frontière à la ligne de partage des eaux - donc au Mont Genèvre - les traités d'Utrecht consacraient l'accession de Briançon au rôle de place de première ligne. Désormais, priorité va être donnée aux ouvrages extérieurs, sans lesquels la place était, de notoriété publique, indéfendable : l'ère de Vauban s'achevait, celle de d'Asfeld s'ouvrait.

1713-1870

La paix revenue, il va s'écouler plusieurs années de calme, situation logique après une succession de guerres ruineuses pour notre économie, nos finances et notre population. A Briançon, ces années sont consacrées par les ingénieurs d'une part à une mise en ordre administrative, d'autre part à la réflexion et à la préparation des grands projets qui vont s'exécuter sous l'autorité du nouveau directeur général, le lieutenant-général marquis d'Asfeld20 qui a remplacé Michel le Peletier en novembre 1715.

Dès 1692, tout le monde reconnaissait, et en premier chef Vauban, que si le corps de place de Briançon maîtrisait bien le débouché du mont Genèvre, il était indéfendable en raison des hauteurs dangereuses qui la dominaient et la plongeaient au nord, à l'est et au sud-est. La construction de la redoute permanente des Salettes avait apporté un premier remède, au nord-est. Dans le quart sud-est, l'occupation - en fortification passagère - des Têtes et du Randouillet constituait un expédient de première urgence : leur transformation en ouvrages permanents était, en fait,l'engagement dans un processus d'escalade - au sens propre du terme - car leur situation sur le replat inférieur de l'Infernet les laissait dominés par les replats intermédiaires de Serre la Latte, eux-mêmes dominés par celui de la Seyte, lui-même commandé par le piton sommital. Cas tout à fait classique de la fortification en montagne, Briançon va désormais se développer en escalier, en fonction de l'accroissement des portées de l'artillerie et de l'amélioration de ses possibilités de déplacement, jusqu'à l'occupation complète de toutes les crêtes extérieures périphériques, la mission d'interdiction étant réservée aux ouvrages bas, celle de surveillance et de protection aux ouvrages hauts. Or, avec les grands travaux de modernisation de Metz et de Thionville (1728-1752), Briançon constitue le plus grand chantier de fortification de la première moitié du XVIIIe siècle.

Dès 1718 est élaboré un projet21 d'ouvrages permanents aux Têtes et au Randouillet. En 1719, Tardif (directeur à Grenoble) estime22 à 625.770 livres l'ensemble des ouvrages extérieurs à réaliser (y compris l'achèvement des Salettes,la construction des redoutes de la Pinée et du Plateau et l'occupation de la Croix de Toulouse). Nouvelle étude en 1720 de la Navère, pour les Têtes, le Randouillet et la communication y.23

Les premiers travaux préliminaires démarrent en 1721 : l'ingénieur Nègre24 rend compte qu'il a malencontreusement commencé à démolir les retranchements et qu'il faut les rétablir. La même année, de Busagny envoie à d'Asfeld les projets remaniés selon ses directives. De 1724 à 1734, les chantiers, renforcés par la main-d'oeuvre fournie par quatre bataillons25 battent leur plein : en 1724 on dépense à Briançon 370.000 livres, 390.000 en 1725, autant en 1726 et 1727.

Simultanément, de 1719 à 1731, furent construits sur un site déjà reconnu par Vauban la route et surtout le pont franchissant la gorge de la Durance et assurant les communications entre le corps de place et les nouveaux ouvrages. Cet ouvrage remarquable à une seule arche reçut l'appellation populaire de «pont d'Asfeld»26. Le pont provisoire en bois, établi en 1709, semble avoir subsisté assez longtemps : il est mentionné en 1736 par Nezot.

En 1734 étaient pratiquement terminés et largement opérationnels le fort des Têtes, le fort du Randouillet et la « communication y» assurant la liaison entre les deux ouvrages, plus en avant le fort Dauphin27, plus petit, dominant la Durance et croisant ses feux avec la redoute des Salettes. Un peu plus haut, le fort d'Anjou et la « redoute à mâchicoulis» formaient ouvrages de surveillance, avec vue sur la vallée de la Cerveyrette.

Tous ces ouvrages avaient été dotés d'ensembles de bâtiments à l'épreuve de la bombe, formant même aux Têtes un véritable ensemble d'urbanisme militaire avec casernes, église, pavillons d'officiers, arsenal, boulangerie, magasins à poudre, citernes, etc. (certains éléments ne furent jamais construits). Même inachevée, l'oeuvre était impressionnante et valut à d'Asfeld son bâton de maréchal et diverses gratifications à ses subordonnés.

C'est en 1736 que fut terminé, par les ingénieurs Colliquet et Nézot, le magnifique plan-relief de Briançon qu'on peut voir aux Invalides28. On remarquera à ce propos que les réalisateurs du relief ont optimisé la situation en faisant figurer des bâtiments qui ne furent jamais construits (bâtiments F, G, H, L, M, N, P, Q des Têtes, église A, 4ème corps de caserne B, F et G du Randouillet) bien que figurant longtemps aux projets.

Sans concerner directement Briançon, la guerre de succession de Pologne (1733-35) fut sans doute la cause de l'arrêt des travaux de ce formidable ensemble. Celle de succession d'Autriche (1740-48) ramena la place dans la zone des opérations, au moment des campagnes menées dans le nord de l'Italie. Le 3 novembre 1746, Heurience rédige un mémoire29 qui prouve la nécessité qu'il y a de fortifier l'Infernet, sur les sommets de la montagne de la Lame, et relançait les idées de 1709. Le désastre de l'Assiette (19 juillet 1747) amena une recrudescence d'activité : d'Argenson (ministre de la Guerre) prescrit de reprendre la restructuration du château - dont on parle, en fait, sans y toucher, depuis 1692 - la réparation de la redoute des Suisses (ouvrage de campagne construit en 1709 à gauche et en contrebas des Têtes) et l'achèvement des glacis des Têtes et du Randouillet30. Mais, vu l'urgence du moment, ce sont essentiellement les ouvrages avancés en fortification passagère qui ont la faveur : on réactive les retranchements de Berwick. Desbordes de la Maulnerie dresse un plan31 des environs de Briançon avec les cheminements conduisant aux positions à occuper, accompagné d'une table donnant le temps de marche nécessaire, complété par les « observations» de M. de Larnage, maréchal de camp, sur les retranchements de l'Infernet. On dresse un projet d'hôpital militaire32, un « nid de pie» pour surveiller une coupure défensive de la grand route (déjà proposée par Vauban) au pied de la redoute des Salettes, la mise sous casemate de la plateforme du réduit de cette redoute et la construction de la redoute de la Pinée, sans succès.

Pourtant le retour de la paix n'arrête pas l'activité prospective des ingénieurs : en1751 Pierre Bourcet rédige un projet général comprenant, entre autres, la construction d'un fort étoilé sur l'Infernet, un autre au plateau de la Seyte et une ligne de retranchements les reliant au fort Dauphin. L'affaire est reprise en 1780 par de Villaire qui envisage d'agrandir la redoute existante, la compléter de deux redoutes intermédiaires à la Seyte, le tout relié au fort d'Anjou et au fort Dauphin par des retranchements discontinus. En 1776, on reconstruit le pont de la courtine 1-16 du fort des Têtes, mais la fin de l'Ancien Régime n'amène aucune réalisation d'importance pas plus d'ailleurs que la Révolution ou l'Empire, où les opérations de campagne se déroulent trop loin pour qu'on ait le temps ou les moyens de se préoccuper des places. La Révolution amène la sécularisation au profit du domaine militaire d'un certain nombre de bâtiments religieux, dont la chapelle des Têtes et le couvent des Ursulines. En 1792, on se préoccupe à nouveau de la redoute de l'Infernet où l'on projette une nouvelle baraque (pour remplacer l'ancienne), une citerne et un magasin à poudre; les sentiers et les retranchements sont réparés et, en 1800, on envisage de doter le poste d'un curieux dispositif de défense appelé « coffres à bascule ». Il s'agit de couronner l'extérieur de l'ouvrage, du côté de la pente, de palissades arrimées par des chaînes et retenant des quartiers de roc empilé s: en cas d'attaque, on déverrouille les chaînes, les palissades se renversent et libèrent la masse des pierres qui balaient le terrain et écrasent les assaillants33 procédé presque médiéval, mais typiquement révolutionnaire !

En 1794, le fort Dauphin est rebaptisé «fort Lutin », puis celui d'Anjou «fort Surveillant ». La construction de la route impériale d'Espagne en Italie, par l'actuelle RN 94 amène, en 1804 et 1805, l'étude, entre le génie et les ponts et chaussées, de l'incidence de la nouvelle artère sur les organisations de la place : affaires mineures. Lorsque survient l'heure des revers, la place est dans l'état où l'a laissée d'Asfeld, et, de toutes façons, le temps et les moyens manquent pour la renforcer encore. Isolée au milieu du déferlement de l'invasion, Briançon,commandée par le général Eberlé se trouve pratiquement sans autre garnison que quelques compagnies d'artillerie. Les conventions prévoyant l'occupation du pays à l'exclusion des places fortes, Eberle refusa de livrer la place aux Sardes qui prétendaient y pénétrer. Pour résister, il fit appel aux habitants qui se portèrent en armes aux remparts et soutinrent sans faiblir un blocus de trois mois, sauvant probablement la ville du démantèlement et un important matériel de la prise de guerre. En mars 1815 on avait - enfin - exécuté en urgence la fameuse coupure défensive de la route du mont Genèvre et du chemin de Fontenil.

Après vingt ans de guerres à peu près continues, la France, épuisée, a besoin de souffler, d'autant qu'elle doit en outre verser aux alliés une énorme indemnité, dont partie sera consacrée à la construction de places fortes (en particulier les forts de I'Esseillon, en haute Maurienne) destinées à brider toute velléité expansionniste ultérieure de notre part.34

Aussi est-ce à la fois pour des raisons économiques et politiques que les travaux de fortifications marquent le pas : plusieurs années sont consacrées à des réparations justifiées par vingt ans de manque d'entretien, des régularisations administratives (zones de servitudes de la place) et aménagements divers. On effectue également un travail topographique considérable, visant à doter la place et ses environs de plansétablis en courbes de niveau, selon les procédés modernes mis au point à la veille de la Révolution par Meusnier de la Place. Ces documents précis permettent de faire des études de déplacement des ouvrages et de rédiger des journaux de sièges fictifs de la place.

En 1819 - chose étonnante, compte tenu de l'époque - on projette la restructuration de la chapelle du fort des Têtes en bâtiment de casernement, ce qui provoquera, en1824, un projet de création d'une nouvelle chapelle. En 1823 est rédigé le projet d'un hôpital militaire35 pour 206 lits et 5 officiers, à l'emplacement du couvent des Ursulines dont l'église sera néanmoins conservée ... comme magasin d'artillerie : les travaux seront exécutés de 1824 à 1830.

Pour la fortification, en 1825, nouvelle relance de la modernisation du château et, en 1826, premier projet de renforcement de la redoute des Salettes, prévoyant la création d'une batterie-caverne, dans la face nord-est de l'ouvrage, pour battre la route du mont Genèvre. Etude également d'une batterie terrassée sur le donjon du Randouillet et du défilement du fort des Têtes, suivies, en 182836, du projet d'uncavalier casematé, dans le bastion central du même fort des Têtes.

Il n'est pas inutile de dire un mot sur la cause de ces préoccupations : si le contexte géographique et politique de Briançon est alors sensiblement le même que celui de1713, par contre, tactique et armement ont fait des progrès. Bien que toujours située dans la grande période de l'artillerie lisse (mi XVe - 1858), le système Gribeauval (entré en service à la veille de la Révolution et qui fera toutes les campagnes de l'Empire) et le système Valée, qui lui succède en 1827, présentent des avantages appréciables sur les matériels antérieurs : maniabilité et mobilité sensiblement accrues, précision et facilité de pointage améliorées grâce à la hausse et à la diminution du « vent» du boulet obtenues par un meilleur usinage des canons et des projectiles, etc. Au XVIIIe siècle s'étaient répandus les « obusiers », canons courts tirant un projectile sphérique explosif, jusque là réservé aux mortiers puissants mais imprécis : au XIXe siècle apparaît même un obusier de 12 livres de montagne, et à leur tour, les canons longs peuvent tirer, au choix, boulets pleins ou « obus ».

Toute invention profite, bien sûr, d'abord au matériel d'attaque obligeant la fortification à s'adapter : c'est la lutte perpétuelle du « canon contre la cuirasse» et, dans le cas d'espèce, le motif d'un regain d'activité autour de Briançon, sous la haute autorité du général Haxo (1774-1838), inspecteur général du génie37 et une des figures les plus marquantes du corps.

Ainsi, de 1833 à 1836, on couronne le sommet du Randouillet d'une batterie casematée « à la Haxo»38 de cinq pièces, adossée à la caserne du donjon, et on améliore les batteries 14-19 : on peut désormais battre tout le replat situé devant le fort et restant à l'abri du tir vertical ou des coups fichants de pièces légères venues du mont Genèvre à I'Infernet par le plateau des Gondrans, comme on le redoutait depuis 1746 et même avant. Ceci fait, vient alors - enfin - la restructuration complète du château, perpétuellement projetée, mais en vain, depuis 1692. Après de nouveaux projets (1835-38) on fait table rase des bâtisses (en ruines) existantes pour construire une sorte de cavalier à angle droit et deux étages de feux, reprendre les escarpes39,créer des abris etc. (1839-41). On passe ensuite à la construction, en contrebas et à l'est, d'une caserne de siège à deux corps de bâtiments casematés parallèles, séparés par une cour centrale (le deuxième corps de bâtiment a son mur de fond terrassé et constitue le «masque» défilant l'ensemble des corps dangereux du nord-est). Le tout est muni d'une citerne et d'un four à pain et relié au cavalier. Ce travail occupe les années 1842 à 1845.

Après plusieurs projets antérieurs restés sans suite (1747-1800, 1826) l'amélioration de la redoute des Salettes revient au premier plan des préoccupations. Si la position en était pratiquement inexpugnable, bien que dominée par l'à pic rocheux au nord-ouest,l'ouvrage était devenu trop petit pour y déployer le nombre de pièces d'artillerie correspondant aux nouvelles possibilités de l'attaque, et bien entendu, la garnison correspondante.

De nombreux projets ou variantes de projets furent élaborés entre 1840 et 1845 différant par l'orientation et le nombre de pièces de casemate de la batterie de tête, le développement à donner à l'enceinte et... finalement, les travaux, amorcés en 1845, s'exécutèrent de 1847 à 1853 (avec interruption en 1848) pour aboutir à l'ouvrage actuel. Une galerie sous roc d'entrée par l' l'arrière, avec débouché en blockhaus défensif sur la R.N. 94, admise en principe par le comité des fortifications (1844) ne fut pas exécutée. Cette galerie aurait desservi, au passage, des casemates-cavernes pour pièces d'artillerie (1852-1854). L'ouvrage fut pourvu d'un magasin à poudre.

Les derniers travaux importants de cette période consistent en la construction d'un second magasin à poudre à l'épreuve du fort des Têtes (bâtiment F), l'amélioration de la circulation dans le corps de place (rue du rempart et portes - 1855-57), la réfection des voûtes des casemates à canon des redans 16 et 16 bis : après vingt cinq ans de travaux ininterrompus, la place avait été sérieusement remise à hauteur, sa puissance de feu et la capacité de ses abris fortement augmentées, lorsque survint,vers 1858, la « crise de l'artillerie rayée ».

A la suite d'une longue série d'études et d'expériences, les belligérants potentiels (France 1858) réussirent à réaliser des pièces d'artillerie à âme munie de rainures hélicoïdales, permettant le tir avec une portée et une précision bien meilleures, non plus de projectiles sphériques, mais d'obus explosifs cylindro-ogivaux. En ce qui concerne la fortification, les expériences de tir menées en Allemagne à Juliers et en France au fort Liédot (1863-64), confirmèrent les effets dévastateurs des nouveaux canons, et, en particulier, la possibilité de faire brèche à plus de 1000 m dans une escarpe non vue directement. La remise générale à hauteur de toutes nos places s'imposait d'urgence (estimé à 100 millions par le comité de fortifications, en plus,bien sûr, de la transformation ou du remplacement de la totalité de notre matériel d'artillerie). A peine commencée dans les places prioritaires du nord-est (Metz etLangres 1867) cette revalorisation ne toucha pas Briançon, dont la position stratégique se trouvait par ailleurs confortée par le rattachement de la Savoie et de Nice. L'activité presque fébrile manifestée par le service du génie de 1864 à 1869 traduit bien les préoccupations du moment : mise à l'épreuve des magasins à poudre de la place et des forts, projet de mise sous casemate de toute l'artillerie du fort du Randouillet : en fait, la guerre de 1870-71 survient avant que rien n'ait pu être réalisé en Dauphiné.

1870-1918

En plus des problèmes posés plus haut par la nouvelle artillerie rayée et sur les Alpes par la nouvelle frontière de 1860 s'ajoute, en 1871, celui de la frontière éventrée par l'annexion de l'Alsace Lorraine consacrée par le traité de Francfort. C'est donc bien une refonte générale de la défense des frontières, tant terrestres que maritimes, qui s'impose, alors que notre armée est à réorganiser complètement, notre artillerie à refaire, et notre économie grevée par la guerre et la fameuse indemnité de cinq milliards-or.

Pour l'immense effort à consentir - et vite - rien qu'en fortification, il fallait, à défaut de Vauban, un organisme directeur : le 28 juillet 1872, Thiers, président de laRépublique créait, à la demande du général de Cissey, ministre de la Guerre, un « comité de défense» comprenant, outre le ministre-président, dix officiers généraux (dont le maréchal de Mac Mahon, Ducrot, Chanzy etc.). Le secrétaire - et, en fait, l'âme - en était le général du génie Raymond Seré de Rivières, qui, nommé en 1874 directeur du génie au ministère, put ainsi animer la conception et diriger la réalisation d'un « système» auquel le public a donné son nom.

Le comité se réunit pour la première fois le 5 août 1872, alors que les troupes allemandes occupent encore une partie du territoire. Pour les Alpes, on possède l'acquis des études menées, avant 1870, par le général Frossard. En ce qui concerne Briançon, Seré de Rivières40 lui accorde une importance considérable « compte tenu de la menace qu'elle fait peser sur Bardonnèche » et les manœuvres de l'armée d'une Italie dont on ne croit pas beaucoup à la fidélité ... La sous commission,chargée de l'implantation des ouvrages, présidée par le maréchal Canrobert et qui compte également Seré de Rivières comme secrétaire, déclare «qu'il ne saurait élever aucun doute sur l'urgence extrême de mettre la place de Briançon à l'abri de toute insulte. Pour cela, il faut construire une forte redoute sur le sommet de l'Infernet et occuper solidement les hauteurs de la rive gauche de la Cerveyrette, de manière à maîtriser ce vallon, la Basse Durance, et surtout d'empêcher toute attaque de ce côté, attaque qui, prenant à dos les ouvrages extérieurs de la place, serait des plus périlleuses... »41.

Les reconnaissances menées sur place par les généraux de Berckheim (artillerie-membre du comité) et Genet (du génie) confirment ces vues, par rapport du 7 juillet1874 et retiennent, pour Briançon, les propositions suivantes, dues au colonel Cosseron de Villenoisy, directeur à Grenoble :

- un fort à construire à l'Infernet ; ouvrages de campagne à établir, en avant, au plateau des Gondrans

- un fort à établir à la Croix de Bretagne, avec batteries avancées à la Grande Maye

- une batterie à la Croix de Toulouse

- un ouvrage à la position des Gachets

- construction d'un réseau de routes stratégiques (développement total : 90 km environ) pour 3 millions de francs42.

La somme est incluse dans le budget de la loi du 17 juillet 1874 et les premiers travaux adjugés en 1875 commencent effectivement en mai et juin 1876. Le fort de l'Infernet est réputé terminé en septembre 1878, la Croix de Bretagne en octobre 1879, la ligne des Gondrans en octobre 1881, le fort de l'Olive (substitué à la position des Gachets pour interdire les cols des Thures et de l'Echelle, et surveiller la haute vallée de la Clarée) sera construit peu après (1881-83).

Les nouveaux forts ont été établis conformément aux prescriptions techniques de l'instruction technique du 9 mai 1874, mais compte tenu du terrain très mouvementé, ils échappent totalement aux plans-types schématisés (fort « à cavalier », « à massif central» et « à crête unique »). Ce sont, en fait, de grosses batteries d'artillerie à air libre, dotés d'abris terrassés pour le personnel et les munitions, à l'épreuve du nouveau matériel d'artillerie rayée et des obus, en fonte, chargés à poudre noire. Ils sont entourés d'une escarpe revêtue formant obstacle, mais dépourvue de « caponnières» de flanquement, et défendue par les feux de mousqueterie des parapets : ce sont des forts de montagne, adaptés à un terrain difficile. L'Infernet43 et la Croix de Bretagne44 (ce dernier considéré assez vite comme le réduit éventuel de la place) peuvent s'appuyer mutuellement par les feux. Quant à la « ligne du Gondran », alignement de batteries45, d'épaulements et de retranchements d'infanterie, elle est destinée à interdire à l'ennemi de remonter les sources de la Durance depuis le mont Genèvre, de cheminer le long de la crête jusqu'à l'Infernet, et de là bombarder Briançon, vieille hantise des défenseurs depuis 1746 sinon plus.

La défense des Gondrans est d'ailleurs envisagée par des troupes de campagne pour lesquelles des baraques démontables seront prévues et stockées en temps de paix à Briançon. Quant au corps de place, on le dote de deux magasins à poudre : T (187479) et U (1879-81) terrassés à l'épreuve.

Or, dès 1881, nos rapports se tendent avec l'Italie (occupation de la Tunisie) qui adhère à la Triple Alliance l'année suivante, et de surcroît crée des «compagnies alpines» spécialisées. Force est bien, en France, de prévoir une armée des Alpes qui prendra corps progressivement, avec la création des bataillons de chasseurs alpins, les régiments d'infanterie alpine et des unités d'artillerie de montagne. Désormais nos plans de défense vont osciller entre deux tendances contradictoires :

- celle qui considère que le seul adversaire sérieux est l'Allemagne, et qu'une victoire en Lorraine est la meilleure façon de défendre les Alpes auxquelles il faut consacrer le minimum de moyens pour pouvoir faire l'effort principal dans le nord-est

- celle qui, redoutant un succès italien sur Nice et la Savoie, craignent la marche des Italiens par Lyon et leur jonction avec des Allemands venant de Belfort et Dijon. Ce qui implique de défendre la crête frontière, sinon de prendre l'offensive en Piémont, au moins pour priver l'Italie de succès de prestige et soulager le front du nord-est.

En outre, une crise technique grave vient, de surcroît, brouiller les données du problème: c'est la crise de « l'obus torpille» (1885). On commence, à cette époque, à remplacer les obus en fonte - donc à parois épaisses et faible charge de poudre noire - par des obus en acier - donc à parois minces et grande capacité – chargés d'explosifs chimiques à grande puissance (mélinite, cordite, cresylite etc.). S'ajoutent à ce progrès majeur la mise au point des fusées à double effet, des poudres sans fumée, des obus à balles, etc. Notre nouvelle fortification - mais aussi celle construite en Allemagne et en Italie - se trouve brusquement surclassée, tout le travail accompli depuis 1874 remis en question. Or la France ne peut pas se permettre de renouveler, dix ans après, un effort de près de 450 millions de francs : des choix s'imposent. Bien que priorité absolue soit donnée aux quatre grandes places et forts d'arrêt du nord-est, Briançon ne sera pas totalement traitée en parent pauvre : pour s'adapter aux besoins des nouvelles unités alpines, on construit les blockhaus défensifs de montagne : Grande Maye (1886-88), La Lauzette (1887-89), Le Janus (1886-91, la route est construite en 1885), Galibier (1886-87), Enlon (1891-93, comme ouvrage de protection du fort de l'Olive), Malfosse (1897-98), Les Acles (1904). La position de la Croix de Toulouse est organisée en 1892 comme batterie pour 6 canons de 95 (remplacés en 1900 par des 120 longs) pour battre la route de Montgenèvre, flanquer I'Infernet et le Janus. La position est dotée d'une route, d'un poste d'hiver, puis de magasins à poudre (1898-99) le tout surveillé, du sommet, par le blockhaus de Malfosse.

L'herméticité des zones d'infiltration est également renforcée. Déjà, en 1878-80 la pente nord-ouest de l'Infernet a été barrée par le retranchement de Serre des Armes ; en 1898 on barre le fond de la vallée de la Cerveyrette par le mur défensif des Aittes appuyé, à droite, sur les retranchements des Rebans, et à prolonger, à gauche, à la mobilisation en direction du « point 2232 », sur une crête descendant du Gondran et organisé en ouvrage de campagne.

Au Gondran, la «ligne» est elle-même renforcée d'ouvrages d'infanterie formant points d'appui : Gondran C (1887-91, renforcé d'un abri de combat en 1910-11), Gondran D (1886-89 puis 92) on y multiplie les abris de combat et à munitions, de1907 à 191346. Mais la clé du Gondran est l'éperon du Janus occupé, on l'a vu, entre 1885 et 91, et qui prend, de par son altitude et sa position, l'allure de pilier de la défense de la place.

Devant les travaux de fortification réalisés par les Italiens sur les pentes du Chaberton, le renforcement du sommet s'impose : dès 1888, un projet de casemates d'artillerie sous roc est écarté, mais on installe un projecteur d'éclairage (avec abri pour l'usine électrogène) pour surveiller de nuit le col du Montgenèvre. En 1893, sur ordre du ministre, plusieurs projets sont élaborés d'ouvrage sérieux sur le Janus, incluant même une tourelle cuirassée tournante pour canon de 15547, une batterie casematée battant les sources de la Durance, des abris et magasins sous roc. Après confrontation et remaniements, l'ouvrage - plus modeste - est creusé dans le roc, un peu en avant du blockhaus alpin, de 1897 à 1906 : une casemate en béton armé48 pour 4 canons de 95 mm modèle 88 de côte est réalisée, greffée par galerie à un ensemble de 3 abris-cavernes, de magasins, avec boulangerie et citerne. Entrée dans la falaise du versant sud-est.

Si Briançon pousse très en avant, et toujours plus haut, ouvrages, casernements de montagnes, routes, sentiers muletiers, positions de batteries49 le corps de place n'est pas oublié.

On savait depuis 1692 la ville complètement saturée : c'est à coup d'expédients qu'on avait réussi à y loger une caserne pour un bataillon, deux magasins à poudre,une manutention, un hôpital militaire, les bureaux du génie et 1'hôtel du commandement, sans parler de l'église, le tout obtenu par achat, démolition ou réquisition de bâtiments particuliers ou religieux.

Après 1870, les besoins nouveaux imposèrent de s'installer en dehors de l'enceinte de la ville, d'autant que celle-ci avait perdu de son importance depuis que la ligne de défense avait été reportée sur des positions avancées. Aussi est-ce dans la basse ville que se créent les casernes Colaud (1882-84) et Berwick (1889-91 qui deviendra la caserne du 15e RIA, régiment de tradition de Briançon), le magasin «X» et l'établissement des subsistances (1883-84), la manutention (1878-1912), l'arsenal Sainte-Catherine (1895) en bref tous établissements nécessaires à une grande place moderne.

Le réseau des routes stratégiques a été développé et amélioré, conformément au vœu du comité de défense ; on crée la route du col de l'Isoard et, en 1888, on dévie la route du fort de la Croix de Bretagne selon un tracé plus court passant la Cerveyrette (pont Baldy). La voie de 0,60 étant inutilisable en montagne, on lui substitue entre1890 et 94 un réseau de téléphériques reliant la ville au fort des Têtes (force 100 kg),les Têtes au Randouillet (100 kg), Sainte-Catherine-Randouillet (300 kg), Randouillet-La Seyte (300 kg), Seyte-Infernet (100 kg), Infernet-Gondran D (15 kg), Plampinet-fort de l'Olive (40 kg : la force motrice est fournie par ... des mulets). Une ligne Randouillet-fort de la Croix de Bretagne par dessus la Cerveyrette ne sera pas construite.

Au point de vue des liaisons extérieures, la place a été reliée par câbles télégraphiques souterrains à Grenoble et à Gap, mais en raison des probabilités d'encerclement et de coupure des câbles, ce moyen est doublé par la télégraphie optique, mise au point après 1870 par la « commission des communications par voie aérienne ». Le poste du château est en liaison par les postes intermédiaires de la Rapière et de Penoux, avec la batterie du Colbas qui elle-même correspond directement avec Grenoble (P.O. de la Moucherotte), Toulon (fort du Coudon) et Barcelonnette ... lorsque le temps le permet. Il existe également une liaison avec Montdauphin. Enfin, à partir des deuxième et troisième jours de la mobilisation, des pigeons voyageurs peuvent assurer des liaisons avec Digne et Grenoble (1899).

A l'intérieur du périmètre défensif, existent également des liaisons télégraphiques par fil entre les différentes positions et le noyau central, et des liaisons optiques du temps de guerre entre sommets (Olive-Infernet-Les Acles, Infernet-Croix de Bretagne, Croix de Bretagne-Briançon, etc.). Seul le fort de l'Olive possède un poste optique spécialisé (à 200 m en dehors du fort) ; des liaisons téléphoniques à courte portée sont prévues dès 1899 pour les liaisons entre observatoires et batteries (réseau de tir).

En ce qui concerne l'armement, réparti entre armement de sûreté (en batterie en permanence) et armement de défense (mis en place à la mobilisation), on constate longtemps la présence de pièces anciennes (12., 24. rayées en bronze et chargement par la bouche, 138 mm-culasse et 7. de Reffye) à côté des matériels modernes des systèmes de Bange (155 L modèle 1877, 120 L modèles 1878,80 et 90,95 Lahitolle ou de côte modèle 88). Par mesure d'économie on utilisera, en effet, longtemps, ces anciens matériels, à titre transitoire dans les ouvrages de seconde ligne (Têtes,Randouillet, Les Salettes) où ils ne seront retirés qu'après 1900 et remplacés par des engins plus récents. Les mortiers-bouche de 22 et 15 cm remontant à Louis Philippe et destinés à battre les pentes et angles morts rapprochés resteront, eux, en place,faute de mieux, jusqu'en 1914, avant de partir pour le front comme « crapouillots ».

Malgré les études menées pour la contre batterie du Chaberton (dès 1907, il semble qu'aucune pièce lourde n'ait été affectée spécialement à la place dans ce but : on avait bien envisagé de lui donner des canons de 19 cm de côte modèle 1875-76 (récupérés dans une batterie de côte en cours de transformation) ou des mortiers lourds de 270 mm de siège modèle 1885 (de portée d'ailleurs insuffisante), toujours est-il que les plus grosses pièces en dotation à Briançon ne dépassent pas le 155 long de Bange. On note la présence de 20 mitrailleuses (dont 8 de rempart).

En 1914, le plan de mobilisation50 remanié dans le cadre du plan XVII (1913-14) affectait à la place une garnison de temps de guerre51 de 647 officiers et 28.389 sous-officiers et soldats constituée des 159 RI (active), 359 RI (réserve),109e,110e, 119e et 120e régiments d'infanterie territoriale (soit 16 bataillons d'infanterie), du Ile régiment d'artillerie à pied (service des pièces de position), de détachements du 1er régiment d'artillerie de montagne et du 6e régiment d'artillerie de campagne, et de 4 compagnies des l4e bataillon et du 14e bataillon territorial du génie, plus services divers ... (intendance, santé, etc.) le tout placé sous les ordres d'un général de brigade « gouverneur et commandant supérieur de la défense ».

Articulée en trois secteurs (est, sud et nord), plus le «noyau central », la place dispose de six mois d'approvisionnements (dont 600 coups en moyenne par pièce d' artillerie) mais les munitions ne sont réellement à l'abri que dans les quelques magasins-cavernes creusés après 1890 (Enlon, Janus, rampes de l'Infernet etc.). Peu importe, d'ailleurs, car en application des accords secrets de juillet 1902, l'Italie reste neutre au déclanchement de la grande guerre : le général Joffre peut alors envoyer troupes et matériels sur le front du nord-est. S'il est relativement facile de mesurer le poids qu'elles eurent sur les opérations, il le serait moins d'estimer le rôle dissuasif que Briançon eut, de 1870 à 1914, sur l'attitude italienne ...

1914-1940

Briançon, comme on le sait, ne fut pas affectée par la guerre ; par prélèvements successifs, la place fut progressivement mise en veilleuse puis, en exécution du décret du 5 août 1915, dissoute et ses moyens organiques mis à la disposition des armées.

Les mortiers de très gros calibre mis en ligne dès le début de la guerre par les Allemands et les Autrichiens (420 mm et 305 mm de siège) puis ceux construits par les alliés à partir de 1915 sous forme d'ALGP ou d'ALVF (340, 400 mm puis 520 mm modèle 17) avaient ôté beaucoup de leur valeur aux ouvrages de 1914, garantis à l'épreuve du 270 de siège seulement, du moins pour la faible partie que nous avions pu bétonner et renforcer entre 1885 et 1914. Compte tenu de ces progrès et des enseignements de la guerre, une nouvelle réorganisation du système défensif de la France s'imposait, d'autant plus qu'il convenait de protéger l'Alsace et la Lorraine recouvrées.

Etudes et commissions se succèdent de 1918 à 1926. Le 6 novembre 1926, la «Commission de défense des frontières» (C.D.F.) présidée par le général Guillaumat dépose un rapport52 d'ensemble, dont le dernier chapitre, inspiré par le général Degoutte (commandant désigné de l'armée des Alpes) était consacré à la frontière des Alpes, sans donner de plans d'organisation précise ni d'estimations chiffrées, en raison de l'aspect alors secondaire de la question. Mais, devant l'hostilité croissante de l'Italie fasciste, la question devait évoluer : dès 1927 on adopte le « programme réduit de défense de Nice»53, puis, comme elle s'y était engagée, la C.D.F. dépose, le 12 février 1929 son rapport spécial54 pour la frontière du sud-est, après toute une série de reconnaissances approfondies des lieux. Abandonnant le concept des places fermées de 1914, la commission préconise de barrer les points de passage à l'aide de tronçons de fronts s'appuyant, à droite et à gauche, aux massifs infranchissables. L'ensemble était estimé à 700 millions, dont 208 en première urgence (programme restreint). Le 14 janvier 1930, Maginot,ministre de la Guerre, obtenait le vote d'une loi accordant 2.900.000 francs pour la construction du nouveau système. Sur ce budget, 204 millions étaient consacrés aux Alpes, portés à 362 le 24 décembre 1930 : à nouveau, l'emploi bien compris de la main-d’œuvre militaire permit d'étendre le champ des réalisations. La Commission d'organisation des régions fortifiées, créée en 1927 sous la présidence de l'inspecteur général du génie (général Filloneau puis général Belhague) était érigée en maître d'œuvre des réalisations.

Pour le Briançonnais, les projets ont été préparés, chiffrés et envoyés à Paris le 9 novembre 1929 sous la signature du colonel Loriferne, directeur du génie à Briançon et chef de la délégation locale de la C.O.R.F. Ils prévoient les ouvrages suivants, du nord-ouest au sud-est : ouvrage du col de Buffère ; ouvrage du col de Granon ; ouvrage ouest des Alberts (ou de la Vachette) ; ouvrage du Janus, ouvrage du Gondran C ; ouvrage du point 2232 ; ouvrage des Aittes.

La frontière n'ayant pas changé, et le terrain étant ce qu'il est, on ne s'étonnera pas de voir la position de résistance reprendre un tracé remontant à Berwick ... Compte tenu des abattements budgétaires, et des nouvelles études effectuées en 1929, ce sont finalement les organisations suivantes qui sont effectivement mises en chantier en1930, dès la fonte des neiges :

- Ouvrage du Janus (mars 1930-1937) creusé sous l'arête rocheuse et utilisant une partie des organisations de l'ouvrage 1900, dont la casemate de flanquement. Les 95 de côte devaient y être remplacés par des canons-obusiers de 75 modernes et la dalle renforcée : faute de crédits, ces opérations furent ajournées, ainsi que plusieurs blocs prévus au projet de novembre 1929 (prix décembre 1936 : 10,25 millions).

- Ouvrage du Gondran E (ouvrage d'infanterie) remplaçant ceux du Gondran C et du « point 2232 ». Un bloc supplémentaire, avec cloche d'arme mixte, était envisagé en 1939-40, mais ne fut pas construit,

- Ouvrage d'infanterie des Aittes (1930-36) fermant le fond de la vallée de la Cerveyrette (1,7 million de francs).

- Ouvrages d'infanterie du col de Buffère et du col du Granon, mis en chantier en1937 et inachevés en 1940.

- Blockhaus et barrière du barrage rapide du Montgenèvre, coupant la RN 94 (331.000 francs).

- Ouvrage de la Vachette (ex «ouest des Alberts ») dont le projet était prêt, à la demande du général Mittelhauser (commandant l'armée des Alpes de 1931 à 1938) mis en chantier le 20 mars 1940 : pratiquement rien n'était fait en juin.

- Enfin, à titre de position avancée, on creusa sous le fort de l'Olive, par main-d’œuvre militaire (4e régiment du génie) entre 1932 et 1935, deux casemates cavernespour canons de 75 de campagne tirant sur le col des Thures.

Bien entendu, même sensiblement inachevée et réduite par rapport aux prévisions initiales, cette ossature de première urgence était complétée par un équipement complet : réseau et centraux téléphoniques souterrains, réseau routier, positions de batteries d'artillerie lourde extérieure, observatoires, dispositifs de mine du plan de destruction (série initiale et complémentaire).

Les intervalles furent en outre complétés par de nombreux petits blockhaus pour mitrailleuses, canon antichars et tourelles par éléments réalisés par main-d’œuvre militaire (76 organisations recensées). Deux petits ouvrages d'avant-poste (Plampinet et Chenaillet) étaient en outre entrepris, mais inachevés en 1940 (galeries creusées, blocs non coulés).

Le 10 juin 1940, le secteur est tenu par 6 bataillons et 8 groupes d'artillerie55, appartenant partie aux unités organiques du secteur fortifié du Dauphiné, partie à la 64e division d'infanterie. Les destructions ont joué et les Italiens tentent des coups de main, partout repoussés avec pertes.

Pour « traiter» le cas du fort italien du Chaberton, on avait affecté à la place (154e RAP, 6e batterie) quatre pièces de mortier de 280 mm Schneider modèle 1914, avec obus explosifs56 de 270 kg (dont 63 d'explosif). Le fort ouvrit le feu sur la ville le 21 juin : dès que le temps permit l'observation depuis le Janus, les mortiers commencèrent à riposter. Le soir même, le fort était réduit au silence, six tourelles sur huit étant hors de combat ... L'armistice survint sans que les Italiens, repoussés partout avec pertes, aient pu même atteindre la position de résistance.

Nouveaux combats en 1944-45, lors de la Libération. En juillet 1945, une missiontechnique française va reconnaître les ouvrages fortifiés construits par Mussolini face à la frontière. Les rectifications de frontière et rattachements de territoires consacrés en 1947 en ayant fait passer plusieurs d'entre eux en territoire national (dont le Chaberton, le groupe des quatre sœurs, le col de l'Echelle, la vallée étroite, etc.) le patrimoine d'architecture militaire du Briançonnais s'est du même coup enrichi de spécimens d'une fortification étrangère, elle aussi originale et issue d'une longue tradition de savoir faire.

L'apparition, en 1945, de l'arme nucléaire - en fait quatrième crise de l'histoire de la fortification -, s'ajoutant au développement de l'aviation, des missiles et de la charge creuse, avait diminué très sensiblement la valeur des systèmes fortifiés de 1939. La nouvelle situation politique internationale issue de la deuxième guerre mondiale, les nécessités économiques, puis les conflits outre mer (Indochine, puis A.F.N.) accentuèrent une tendance à abandonner les organisations défensives jugées dépassées et inutiles. Cependant, discrètement, avec peu de moyens, les ouvrages« modernes» (ceux de 1930) furent remis peu à peu en état dans le cadre du «secteur de défense des Alpes », tandis que les autres étaient pratiquement abandonnés.

Finalement, c'est en 1964 que le gouvernement annonça l'abandon de l'entretien des ouvrages fortifiés. Un grand nombre fut alors déclassé et aliéné. Le reste fut conservé dans le domaine militaire à titre d'abris, de points hauts, de réserve foncière, et surtout de terrains de manœuvre correspondant aux besoins accrus del'instruction. Et si Briançon est à l'heure actuelle une garnison importante et de vieille tradition, c'est à cette époque qu'elle a achevé de perdre sa qualité de forteresse, au sens conventionnel du terme.

La place de Briançon dans la fortification française

Tel qu'il est, l'ensemble de Briançon et de ses forts détachés offre une gamme unique compte tenu, entre autres, de leurs dimensions et de leur état, d'ouvrages de fortification de montagne depuis la fortification bastionnée à son plein épanouissement (corps de place, forts de d'Asfeld) à la fortification souterraine, bétonnée et cuirassée de 1940 (Janus, Gondran E, Aites, ouvrages italiens) en passant par la fortification polygonale, le tout accrochant ses racines à un noyau médiéval, même si celui-ci a disparu.

A cette série de monuments jalonnant de manière continue l'évolution très particulière de la fortification en montagne, s'ajoute le grand intérêt architectural de nombreux points particuliers : tour-réduit des Salettes, batteries Haxo des Salettes et du Randouillet, ensemble - inachevé - d'urbanisme militaire du fort des Têtes, portes de la ville (même si l'ornementation n'a pas été réalisée), systèmes de pont-levis en« zig-zag », caserne de siège du château, tour dite «redoute à mâchicoulis », casemate de flanquement du fort du Janus, blockhaus défensif de montagne (Enlon, Janus, Grande Maye, Lauzette, Galibier, Acles, Malfosse, etc.), retranchements du début du XVIIIe (très rares vestiges de la fortification passagère), murs défensifs, dont la construction a constitué très souvent un tour de force technique (pont d'Asfeld, blocs nord-ouest du Janus, etc.).

En plus de l'intérêt historique et technique de ces éléments, il convient de souligner l'Importance du capital d'infrastructure (baraques, point d'eau, réseau routier) et de l'intérêt qu'il représente, malgré l'état d'abandon général depuis 1940, pour la mise en valeur touristique du Dauphiné.

Etablissements militaires extra-muros (ville basse) de Briançon

La désignation des bâtiments est celle actuellement en vigueur depuis une vingtaine d'années et figurant sur les éditions du petit atlas.

La création, en 1690 ou 91, d'une enceinte bastionnée autour de Briançon, ne visait, à l'origine, qu'à protéger, aux moindres frais, une petite ville encore éloignée de la frontière, mais située en zone d'insécurité, sans vouloir en faire une forteresse à vocation stratégique.

Mais les évènements de 1692, puis les traités de Turin (1696) et d'Utrecht (1713),avec les importantes rectifications de frontière qui y sont liées, amenèrent un changement radical de conception marqué par les deux projets successifs de Vauban(1692 et 1700) et justifié par les opérations de la guerre de succession d'Espagne.

Placée en première ligne, Briançon devenait, par la force même des choses, une place de première importance, clef de voûte de la défense des Alpes, avec toutes les conséquences que cette situation peut comporter, non seulement au plan de la fortification, mais aussi de l'infrastructure logistique indispensable : casernement,magasins à poudre et aux vivres, arsenal, hôpital etc.

Dans ses deux projets Vauban s'obstine à donner la priorité absolue au noyau central- l'enceinte urbaine - dont il reconnaît, pourtant, qu'il est commandé à bout portant par les hauteurs des Têtes et dont, d'autre part, le tracé, au plus près des maisons existantes, ne laissait pratiquement aucun espace disponible pour la construction des établissements militaires.

Déjà, l'ingénieur de Villenost avait eu beaucoup de difficultés à implanter vaille que vaille une caserne (future caserne de Vault) dont le doublement par un second bâtiment identique fut envisagé, puis abandonné, et deux magasins à poudre (de la ville et du château).

On crut trouver un palliatif à ce manque d'espace dans l'idée, émise par Richerand en 1698 et reprise par Vauban en 1700, de créer de toutes pièces une ville basse au pied sud-ouest de la ville, et où l'on aurait pu caser tous les bâtiments nécessaires.Mais le problème des hauteurs dangereuses restait entier.

De toutes façons, les difficultés politiques, militaires et financières du moment firent que ces projets restèrent lettre morte : en occupant en 1709 en fortification passagère le plateau des Têtes (comme Vauban l'avait proposé en vain en 1700), puis le Randouillet, le maréchal de Berwick entérinait le basculement du centre de gravité de la place, de la ville même au plateau tout proche.

C'est la conception qui prévalut lorsque, la paix revenue, le directeur général des fortifications, le lieutenant-général d'Asfeld fit exécuter, en fortification permanente, entre 1724 et 1734, les ouvrages extérieurs destinés à remplacer les organisations passagères de 1709-1711 et à donner à la forteresse la consistance correspondant à sa situation nouvelle : chaque fort fut doté de casernements à l'épreuve, de magasins à poudre et aux vivres, de citernes. Un arsenal important fut créé aux Têtes, et l'on peut dire qu'en 1734, même sous forme fractionnaire et bien que le programme ait été arrêté avant complet achèvement, le problème de l'infrastructure militaire était engrande partie résolu, sauf pour 1'hôpital, projeté aux Têtes, mais non réalisé. Ainsi ramené au rôle de simple composant de la position défensive, le corps de place se trouvait soulagé d'autant et, au fil des temps, des expédients plus ou moins heureux permirent, mais toujours en empiétant, et pour cause, sur l'agglomération existante, de compléter les besoins (transformation de couvents en caserne, en hôpital et en magasin d'artillerie effectuée entre 1770 et 1793, acquisition de quelques maisons particulières et reconstruction de l'hôpital entre 1820 et 1840, etc.).

Le nouveau développement de la forteresse, après 1870, et, en particulier, l'augmentation des effectifs résultant de la réorganisation de l'armée par les lois de1872, devait créer des besoins supplémentaires considérables en matière d'infrastructure, Or, ni le noyau central, déjà saturé, comme on l'a vu, ni les forts ded'Asfeld, déjà hypothéqués et techniquement dépassés par la portée de la nouvelle artillerie rayée, ne pouvaient offrir de solution.

Rien n'obligeait désormais à s'enfermer «intra muros » dans une enceinte qui n'avait plus - retour à sa vocation d'origine - que celle d'un dispositif contre lescoups de main, maintenant qu'avec les nouveaux forts (Olive, Infernet, Gondran, Croix de Bretagne) la position de résistance se trouvait portée à plusieurs kilomètres, mettant l'épicentre à l'abri du bombardement.

C'est donc, en fond de la vallée de la Durance, à Briançon Sainte-Catherine que s'est développée à partir de 1870, et jusqu'à nos jours, l'implantation de nouveaux établissements militaires. Mais les crédits ayant été affectés en priorité aux ouvrages fortifiés, c'est avec un certain décalage dans le temps que se sont édifiés les bâtiments. Il n'est d'ailleurs pas à exclure, par analogie avec ce qui s'est passé dansles grandes places de l'est, qu'avant la construction des bâtiments définitifs, les troupes n'aient été logées dans des baraques provisoires. Parallèlement, ce peuplement artificiel d'un fond de vallée, jusque là clairsemé, puis, ultérieurement, la réduction progressive des zones de servitudes de l'enceinte urbaine, a entraîné le développement corrélatif de Briançon Sainte-Catherine, couramment appelée la ville basse: la situation actuelle du tissu urbain en est la conséquence directe.

Organisations défensives dites « fortification de campagne renforcée»

Généralités

Les rapports de la commission de défense du 6 novembre 1926, puis du 12 février1929, véritables chartes de la « fortification nouvelle », prévoyaient que l'ossature minimale à réaliser en fortification permanente puissante dès le temps de paix, devait être complétée, dès la mobilisation, par des organisations en fortification« passagère» ou « de campagne ». Tous ces travaux devaient être exécutés par la main-d’œuvre militaire, en utilisant des matériaux (ciment, fil de fer barbelé, rondins, piquets, sacs à terre) approvisionnés dès le temps de paix dans des « parcs de fortification» : de fait, la loi Maginot du 14 janvier 1930 affectait 233 millions defrancs de crédits à la constitution de 70 sections de « parcs mobiles de fortification ».

En fait, dans le nord-est, les travaux de fortification de campagne commencèrent par anticipation dès 1934, en raison de la tension croissante créée par la montée de l'hitlérisme.

Sur le front des Alpes, les choses se passèrent différemment : dès 1931, l'emploi dela main-d’œuvre militaire avait été réglé par l'état-major de l'armée pour l'exécution des petits ouvrages d'avant-poste, mais aussi pour la construction d'ouvrages C.O.R.F. qui, sans ce palliatif, auraient dû être ajournés en deuxième cycle. C'est le cas de l'ouvrage du col de Buffère, du bloc 2 du Gondran E, descasemates d'artillerie (non C.O.R.F.) du fort de l'Olive, etc. Ainsi hypothéqués par ce programme, plus les travaux de construction de batteries et de routes stratégiques, les effectifs disponibles ne pouvaient faire plus, d'autant que les travaux ne peuvent s'exécuter, en montagne, que pendant une partie réduite de l'année.

Aussi la majorité des organisations de complément ne fut construite que très tardivement et, pour beaucoup, à partir du déclanchement des hostilités par les unités mobilisées.

Formes techniques

Contrairement aux ouvrages permanents construits sous la férule centralisatrice de la C.O.R.F., qui disparaît fin 1935, les organisations de campagne ont été établies de manière très décentralisée, parfois presque anarchique, par les commandements locaux, pour concrétiser leur dispositif tactique, le génie n'intervenant plus, dans l'affaire, que comme conseiller technique.

Les formes techniques des ouvrages proprement dits sont des plans types très simples vraisemblablement produits par le génie du XIVe C.A. et adaptés par le secteur fortifié du Dauphiné aux positions à organiser. Bien entendu, s'y ajoutent – ou ajoutaient - tranchées, réseaux de barbelés, abris en rondins, trous individuels etc. relevant de l'organisation du terrain en général, et cités ici pour mémoire.

Une notice établie en 1948 par le service du génie (capitaine Maréchal, de l'A.T. G.de Gap) à l'issue du recensement des organisations construites pendant les hostilités, distingue 9 types de «blocs actifs» relevant de la «fortification de campagne durable» ou « renforcée»:

- type 1, 1bis, 1 R : blockhaus cylindrique pour arme automatique (mitrailleuse ouFM) (fig. 1 à 3) communément appelé - improprement - « tourelle type Briançon »,en trois variantes (67 exemplaires au total, toutes variantes confondues)

- types 2, 2 bis et 2 ter : blockhaus pour canon antichar. Le 2 ter est en fait le«bouclier », en béton, pour canon de 25 SA modèle 34 déjà employé dans le nord-est (6 exemplaires recensés)

- type 3-4 : petit ouvrage d'avant-poste, avec galeries souterraines et émergencesbétonnées(2 exemplaires entrepris (Plampinet et Chenaillet) mais non terminés)

- type 5 : emplacement bétonné pour «tourelle de mitrailleuse par éléments m1e1935 ou 37 (modèle déjà adopté et largement répandu dans le nord-est) (3exemplaires recensés (les tourelles manquent) sur un total d'environ 610 engins livrés aux armées.

Comme organes passifs, on trouve essentiellement des abris en tôle cintrée forte bétonnés, à deux entrées, pour 9 ou 12 hommes couchés (suivant le mode de disposition des hamacs).

Il s'agit, en fait, d'organes légers, à faible volume et protection légère.

Répartition sur le terrain

Il existe, au Service historique de l'Armée de terre, dans les archives des secteurs fortifiés (série 33 N) des croquis et des fragments de cartes renseignées à la veille des hostilités.

Par contre, à ce jour, on n'a pu retrouver les trois cartes renseignées au 1120.000e annexées au recensement de 1948 par l'arrondissement du génie de Gap. Or, les organisations de campagne établies, la plupart du temps, sur terrain privé autre que militaire, n'ont pas fait l'objet d'autre chose que d'un classement par référence à quelques croquis sommaires.

Des documents, on trouve ces organisations réparties :

- sur des positions d'avant poste (Chenaillet, les Acles, abords du col de l'Echelle, etc.)

- sur des positions défensives:

- barrage de la vallée de la Clarée à Plampinet (fig. 4)

- barrage du Montgenèvre entre Janus et le rocher de 10 heures- barrage de la vallée de la Durance, devant la Vachette (fig. 5).

En conclusion, il s'agit là « d'édifices» d'intérêt architectural tout à fait secondaire mais qui, par contre, constituent des témoins d'une page d'histoire aussi glorieuse que peu connue, dans le cadre grandiose du paysage de montagne.

1A.I.G. art. 8, carton 1, pièce 2 : le premier projet déposé aux archives du génie est celui de l'ingénieur Delabat daté du 12 janvier 1692, avant, donc, l'offensive de Victor-Amédée et a fortiori, le premier passage de Vauban. Le plan manque, malheureusement, mais le texte prévoit deux forts, une tour, deux redoutes en plus des travaux à faire à la ville et au château, le tout pour 375.360 livres 2 sols et 10 deniers. L'ingénieur y fait allusion à une «enceinte nouvellement faite », mais dépourvue de contreforts et par ailleurs prévoit des ouvrages extérieurs que Vauban reprendra ensuite à son compte.2S.H.D. Bibliothèque du génie, Vincennes, ms F 206 IV.3S.H.D. Bibliothèque du génie, Vincennes, ms F 205 XVIII.4« Ensuite de quoi, il partit par ordre, pour aller visiter les places du Dauphiné où Monsieur de Savoie avait fait irruption : il passa de là à Pignerol et retourna par là en Provence. Ce fut aussi l'année où il fit le projet du fameux Mont-Dauphin» (Vauban, Abrégé des Services, année 1692). Depuis 1691, Vauban est subordonné à Le Peletier de Souzy, directeur général des fortifications après que Louis XIV en ait fait Une fonction distincte du département de la Guerre.5S.H.D. Archives génie Vincennes. Art. 8, section 1, carton 1, pièces 3 et 4.6Seule solution technique applicable à ce cas. Compte tenu de la pente très forte du terrain, le corps de place a une très grande hauteur, des flancs très courts, et par voie de conséquence, le pied de la muraille, le glacis et les abords sont très mal vus et battus par la crête de feu. La fausse braie proposée, beaucoup plus basse, permet de donner des vues et des feux rasants sur cette zone tout en protégeant l'escarpe contre le tir en brèche ou l'attaque en mine. Par contre ses occupants sont exposés aux projections en retour de pierres et des éclats des coups venant frapper l'escarpe en arrière. Une solution analogue sera appliquée vers 1740 à la citadelle de Bitche ouvrage également très haut et placé au sommet d'une butte à pentes très raides.7S.H.D. Bibliothèque de l'Inspection du génie. Manuscrit in F 48.8S.H.D. Archives génie Vincennes. Art. 8, section 1, carton 1, pièce 7. 64 x 44 cm. Echelle 113 mm/l00 toises soit 111 725e environ, daté du 15 novembre 1697.9Directeur des fortifications de Dauphiné en Haute-Provence depuis 1693. Un des «hommes de Vauban» depuis plus de vingt ans.10Louis XIV met alors en chantier la ville neuve de Neufbrisach, pour compenser la restitution de Brisach à l'Empire, en exécution du traité de Ryswick. L'estimation de Neufbrisach s'élève à plus de 4 millions de livres. Ceci joint à la multitude de chantiers alors en cours d'exécution - dont Montdauphin - explique l'ajournement de la ville neuve de Briançon.11S.H.D. Archives génie Vincennes. Art. 8, section l, carton l, pièces 8 1 et 8 2. Les plans ont disparu, sauf celui du château.12Somme globale censée implicitement s'étaler sur 7 ou 8 ans, alors qu'au XIXe siècle on fractionnera beaucoup plus nettement par exercices budgétaires annuels. A titre indicatif, le projet de Briançon représente une fois et demie ce que la France consacrait annuellement en 1715 aux Ponts et Chaussées.13Somme globale censée implicitement s'étaler sur 7 ou 8 ans, alors qu'au XIXe siècle on fractionnera beaucoup plus nettement par exercices budgétaires annuels. A titre indicatif, le projet de Briançon représente une fois et demie ce que la France consacrait annuellement en 1715 aux Ponts et Chaussées.14S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton l, pièce II.15S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton l, pièce 23.16S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section 1, cation 1, pièce 21.17S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, pièce 26.18S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, pièce 27.19S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, pièce 32.20Au contraire de son prédécesseur, juriste et intendant, Claude Bidal marquis d'Asfeld était officier de carrière issu de la cavalerie (et absolument pas du corps des ingénieurs). Bien qu'il eût à la fois la direction administrative et technique des fortifications (la charge de commissaire général était resté vacante à la mort de Vauban) il n'avait aucune formation technique spécialisée. Né en 1667, maréchal de France en 1734, il meurt en service en 1743.21S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton l, pièce 36.22S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton l, pièce 37.23S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton l , pièce 38.24Pierre Nègre, ingénieur déjà en poste à Briançon en 1700 : dans la lettre transmissive de son deuxième projet, Vauban demande sa relève pour raison de santé, car l'intéressé «se meurt de la poitrine ... c'est dommage car il dessine très bien et je n'ai rien vu de plus juste ... ce pauvre diable est très bas ... ». Or, le «pauvre diable» reviendra comme ingénieur en chef à Embrun en 1707, puis à Briançon en 1721, et mourra en service en 1749 ... à 80 ans.25Pour éviter le retour des incidents de 1709, un règlement d'emploi de la M.O.M. a été établi en 1721 (S.H.D. Archives génie Vincennes, article 8, section l, carton 2, pièce 2).26Voir à ce sujet R. Bornecque. Le pont d'Asfeld à Briancon, dans Congrès archéologique du Dauphiné, Paris, 1974, et le mémoire de 1742 de l'ingénieur Heuriance (S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton 2, pièce 39).27Ainsi nommé en l'honneur du dauphin (père du futur Louis XVI) né le 4 septembre 1729.28Un premier plan relief en carton, aujourd'hui perdu, paraît avoir été établi en 1709.29S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton 2, pièce 51.30S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton 3, pièce 2. D'Asfeld est mort en 1743 et les fortifications ont été rattachées au ministère de la Guerre.31S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton 3, pièce 4. Le signataire était sous-brigadier d'ingénieurs pendant la campagne d'Italie de 1745 à 48.32A la suite, sans doute, de l'afflux, sur Briançon, de la masse des blessés du combat de l'Assiette.33S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l , carton 4, pièces 31 3 et 496.34Outre l'Esseillon, les Sardes vont, en face de Briançon, reconstruire en 1825 Exilles (démantelée par nous en 1799) et renforcer Fenestrelle.35Ce qui tend à prouver qu'on a, alors, définitivement renoncé à la création de la ville basse ou même au projet réduit d'hôpital extra-muros dans un ouvrage avancé (Archives génie Vincennes. Article 8, section 1, carton 6, pièce 83).36S.H.D. Archives génie Vincennes. Article 8, section l, carton 7, pièces 21 et 213.37Pour replacer les choses dans leur contexte, il convient de rappeler qu'à cette époque (entre 1825 et 1845) on procèdera à la modernisation de Belfort (conséquence du démantèlement d'Huningue), de la bastille de Grenoble, de Fort l'Ecluse, Fort Tournoux. On construit, à partir de 1832 la première ceinture de Lyon et, à partir de 1840 l'enceinte et les forts de Paris, auxquels on consacre 180 millions. Une refonte générale de la défense des côtes s'opérera également entre 1841 et 1860, sans parler de la construction systématique de casernes-casemates dans de nombreuses places existantes : somme de travail énorme, et, il faut le dire, peu connue.38Une autre batterie casematée « à la Haxo» a été proposée, entre 1835 et 1838, à l'étage supérieur du pavillon de la porte de Pignerol. Le projet n'eut pas de suite.39C'est à cette époque que le glacis du front 8-9 du château fut réglé tel qu'il est aujourd'hui.40Seré de Rivieres. Exposé du système défensif de la France (20 mai 1874).41Registre des délibérations n° 1. Séance du 18 septembre 1873 (S.H.D. Archives génie Vincennes).42A titre indicatif, sur les 25 millions attribués en première urgence aux Alpes, 6 l'étaient à la position d'Albertville-Chamousset, 4 à Grenoble et 12 à Lyon.43Armement prévu: 5 pièces de 155 mm modèle 1877, 7 de 138 mm, 2 mortiers lisses de 22 cm, 2 de 15 cm et 6 pièces de 138 mm à la Seyte.44Armement prévu: 7 pièces de 155 long modèle 1877, 5 de 138 (ancien canon de 16 transformé à culasse), 2 mortiers lisses de 22 cm et 2 de 15 cm, plus 12 pièces de 95 mm dans les batteries extérieures.45Armement: 14 pièces de 95 mm modernes, 18 pièces de 7 système de Reffye.46La présence de plusieurs ouvrages (A.B.C.D.) sur le plateau amènera des militaires à parler « des Gondrans ».47Mais les programmes de fabrication ne permettent pas d'espérer la tourelle non prioritaire - avant plusieurs années ... Certains soulèvent aussi le problème du transport et de la mise en place des blindages à 2500 m d'altitude: finalement on renonce à l'engin.48Matériau remployé systématiquement par le génie français depuis 1898, à la place du béton spécial, non armé, réglementaire depuis 1887-88.49Grâce, en particulier, à l'emploi bien compris de la main d'oeuvre militaire fournie par les unités alpines, qui déploient entre 1885 et 1914 une prodigieuse activité.50S.H.D. Vincennes. carton 7 N 1869.51Garnison du temps de paix : 78 officiers, 3859 sous-officiers et soldats.52S.H.D. Archives génie Vincennes : N° 1711F.53C'est à ce titre qu'on met en chantier, dès août 1928 - bien avant le nord-est l'ouvrage de Rimplas, premier entrepris de la future « ligne Maginot ».54S.H.D. Archives génie Vincennes : W 321F.A.55D'octobre 1939 à juin 1940, des prélèvements considérables avaient été opérés sur l'armée des Alpes déployée jusqu'au 10 juin devant nn front alors en paix. Comptant 550.000 hommes à l'origine c'est avec 200.000 hommes seulement qu'elle fit face à l'offensive italienne d'une part, la percée allemande venant de Lyon d'autre part.56Compte tenu de la constitution de l'ouvrage (suivie pas à pas au téléobjectif de 1900 à 1914).
Appellations place forte de Briançon
Parties constituantes non étudiées batterie, blockhaus, caserne, château fort, fort, fortification d'agglomération, ouvrage d'infanterie, ensemble fortifié, ouvrage mixte, pont, position, poudrière, redoute, édifice fortifié, édifice logistique
Dénominations place forte
Aire d'étude et canton Hautes-Alpes
Adresse Commune : Hautes-Alpes
Précisions oeuvre située en partie sur la commune Briançon
oeuvre située en partie sur la commune Cervières
oeuvre située en partie sur la commune Le Monêtier-les-Bains
oeuvre située en partie sur la commune Montgrenèvre
oeuvre située en partie sur la commune Névache
oeuvre située en partie sur la commune Val-des-Près
oeuvre située en partie sur la commune Villar-Saint-Pancrace

La ville de Briançon était entourée d'une enceinte du 14e siècle rapidement jugée insuffisante. Vers 1689, on décide de la refonte de la place et de la construction d'une enceinte. Le roi Louis XIV envoie Vauban deux fois, en 1692 et en 1700. L'ingénieur élabore plusieurs projets. Victor Amédée II de Savoie devient adversaire de la France et constitue une menace pour la région. Les places d'Exilles, de Fenestrelle et de Pignerol sont perdues. Briançon devient alors une place principale. Dans le contexte de la guerre de succession d'Espagne, le maréchal de Berwick continue l'organisation du secteur. Sous l'autorité du marquis d'Asfeld, de nouveaux édifices sont construits entre 1724 et 1734, parmi lesquels les forts des Têtes et du Randouillet et la double caponnière qui les relie. Par la suite, des fortifications viennent s'ajouter à l'ensemble et s'étendent géographiquement. Dans la première moitié du 19e siècle, des batteries casematées à la Haxo sont édifiées aux forts des Salettes et du Randouillet. Après 1870, à l'époque de la mise en place du système Séré de Rivières, des fortifications sont éparpillées autour de Briançon, la place prenant alors un rôle secondaire. De cette époque datent des types de blockhaus flanqués par des bastionnets sur deux de leurs angles (Janus, Grande Maye, etc.) . A partir de 1926, lors de l'organisation de la ligne Maginot, de nouveaux édifices sont installés : ouvrages d'infanterie et d'artillerie, blockhaus, etc. Le secteur de Briançon fut efficace lors de l'offensive italienne de 1940. Il est à noter que l'ensemble fortifié est complété d'une infrastructure importante composée de baraquements et de réseaux routiers.

Période(s) Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Auteur(s) Personnalité : Fitz-James duc de Berwick Jacques,
Jacques Fitz-James duc de Berwick (21 août 1670 - 12 juin 1734)

Jacques Ier Fitz-James, duc de Berwick, né à Moulins le 21 août 1670 et tué le 12 juin 1734 au siège de Philippsburg, est un militaire français des XVIIe et XVIIIe siècles. Fils naturel du roi Jacques II Stuart, naturalisé français en 1703, il est fait maréchal de France en 1706. De 1709 à 1711, il maintient les frontières sud-est de la France dans le Dauphiné et la Savoie, ce qui permit à la France de reporter ses efforts sur la frontière nord-est. Lors du traité d'Utrecht, en 1713, il convainquit Louis XIV de demander l'annexion de la vallée de l'Ubaye, pour renforcer la frontière française des Alpes.


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Personnalité : Bidal marquis d'Asfeld Claude François,
Claude François Bidal marquis d'Asfeld (2 juillet 1665 - 7 mars 1743)

Maréchal de France. Successeur de Vauban, il est nommé Directeur général des fortifications le 24 septembre 1718.


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Auteur : Le Prestre de Vauban Sébastien,
Sébastien Le Prestre de Vauban (1er mai 1633 - 30 mars 1707)

Ingénieur, architecte militaire, urbaniste, ingénieur hydraulicien et essayiste français. Nommé maréchal de France par Louis XIV. Expert en poliorcétique (c'est-à-dire en l'art d'organiser l'attaque ou la défense lors du siège d'une ville, d'un lieu ou d'une place forte), il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes.


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Murs pierre moellon
pierre pierre de taille
brique
béton béton armé
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan général de la ville et des forts de Briançon. / Dessin, 1747. Service historique de la Défense, Vincennes : article 8, section 1, carton 3, n° 6 (2), feuille 1.

  • Carte des environs de la ville de Briançon et des forts sur ses hauteurs pour servir au projet général rédigé en 1783. / Dessin, 15 septembre 1783. Service Historique de la Défense, Vincennes : Article 8, Section 1, Carton 4, n°7, feuille 5.

  • Plan géographique du tracé de la nouvelle route (depuis Briançon jusqu'à Cézanne. / Dessin, signé Bourcet capitaine du Génie en chef, 2 fructidor An 12 (20 août 1804). Service Historique de la Défense, Vincennes : Article 8, Carton 5, n°9 (2)

  • Place de Briançon. Plan de la ville et des forts./ Dessin, plume et lavis, 1854. Service historique de la Défense, Vincennes, Fonds du Génie, atlas des bâtiments militaires.

  • Plan terrier. Câble Sainte-Catherine Infernet, partie entre Sainte-Catherine et le Randouillet. / Dessin, 1894. Service Historique de la Défense, Vincennes : Atlas des bâtiments militaire, feuille 9.

  • Recette du câble de Sainte-Catherine. / Dessin, sd. Service Historique de la Défense, Vincennes : Grand atlas, T 335/3.

  • Poste optique et télégraphique de Ratière. Poste optique de Penoux. / Dessin, sd. Service Historique de la Défense, Vincennes : Fonds du Génie, grand atlas T 337/7.

  • Briançon (1321 m). Vue générale et forts avancés. / Carte postale, Pap, Vve Francou éditeur, 1ere moitié 20e siècle.

Bibliographie
  • Anonyme (Groupe de divisions militaires d'Avignon, sous la direction du général OLRY). La bataille des Alpes. 1940.- Avignon, 1941.

  • BERAUD, Henri. Bataille des Alpes. Album mémorial. Juin 1940. 1944/45.-Editions Herindal, 1987.

  • CASTELLANO, Eduardo. Distruggete lo Chaberton.- Turin, Il Capitello, 2è édition, 1984.

  • DOUMENC (Gal d'armée A). Le Mémorial de la Terre de France. Contribution à l'histoire militaire de nos provinces. Savoie-Dauphiné-Provence.- Arthaud,1944, 2 vol.

  • GUINOT, lieutenant-colonel. Cours de fortification permanente à l'école supérieure de guerre. 1895-97. 2e division (lithographie de l'école).

  • HUMBERT (Général Jacques). La défense des Alpes 1860-1939. Dans : Revue historique de l'Armée. 1ère partie, 1956, n° 3 ; 2e partie, 1956, n° 4.

  • MARGAT (commandant). Géographie militaire.- Berger-Levrault, 4e édition, 1885. (4 voL + 2 atlas)

  • Mémoires du maréchal de Berwick. [Jacques Fitz-James duc de Berwick] Dans : Bibliothèque de l'armée française. Hachette, 1872.

  • PERREAU, Joseph. L'épopée des Alpes. Episodes de l'histoire militaire des Alpes. Berger-Levrault, 1903-1912. 3 Vol.

  • PERRIN M. (Colonel). Topographie et défense des Alpes françaises. 1894.

  • PLAN, Général E., LEFEVRE Eric. La bataille des Alpes. 12-25 juin 1940. Lavauzelle, 1982.

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