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ouvrage fortifié dit tour de la Portette

Dossier IA04001853 réalisé en 2003

Fiche

La deuxième construite des tours bastionnées projetées par Vauban en janvier 1693 a toujours été prévue de plan dissymétrique, soit un trapèze avec deux flancs d'inégale longueur et une face biaise, au lieu de la forme pentagonale conforme au modèle type. Fin 1693, le projet était de placer le flanc le plus long et l'angle le plus aigu à l'est, sans doute pour opposer un éperon face au confluent de la Chalvagne dans le Var, fonctionnant comme un avant-bec de pont en cas de crue. La réalisation, montée à mi-corps en 1700, a inversé ce plan de principe, sans doute pour adoucir au contraire l'impact frontal des eaux sur la tour. Une autre raison est que les fronts de maisons préexistantes s'avancent plus à l'ouest qu'à l'est du fait du report en avant des nouvelles courtines sud, en sorte que le flanc le plus long de la tour (ouest) reste pourtant le moins en saillie sur les maisons formant enceinte. L'angle aigu est par ailleurs abattu d'un pan coupé qui s'appuie sur des maçonneries en pierre de taille préexistantes (renforcées de bermes postérieures) ayant appartenu à la culée du pont en dos d'âne de la porte sud médiévale dont cette tour occupe l'emplacement. Quoiqu'en ait écrit Vauban en 1700, cette tour bastionnée est mieux construite que sa voisine de l'est (n° 20). Le soubassement notamment est entièrement en pierres de taille sur plusieurs assises, et celui de la face biaise est déchargé d'un immense arc segmentaire à longs claveaux destinés à soutenir l'élévation de cette face au cas ou les eaux conjugées du Var et de la Chalvagne venaient à saper les assises basses. Un enrochement de gros blocs bruts entassés forme aujourd'hui un premier obstacle. La qualité supérieure de la mise en œuvre des parements extérieurs s'affirme aussi dans les pierres de taille d'encoignure, et d'encadrement des bouches des canonnières, plus régulières, plus longues et séparées par des joints plus fins qu'à la tour est. La porte d'entrée au milieu de la face de gorge bénéficie de ce soin plus affirmé, avec son arc plein-cintre à claveaux passants un sur deux et ses pierres saillantes au raccord de l’arc aux jambages. Autre détail particulièrement raffiné, construit de toutes façons après le rapport critique de Vauban en 1700 : la guérite ou échauguette à quatre pans couronnant l'angle aigu sud-ouest et son pan coupé. Cette guérite est portée en encorbellement au niveau du cordon qui marque l'appui de l'étage de couronnement crénelé: les consoles à trois ressauts au profil élaboré (quart de rond, puis carré, puis corbeau en doucine) qui portent deux des quatre pans de la guérite en dégageant des mâchicoulis sont sous le cordon, tandis que le corps de la guérite est au-dessus. Ses murs maigres sont construits en briques, formant au dehors un décor de pilastres aux angles, avec bandeau plat séparant le registre de plinthe, ou se détache un tableau, de celui des créneaux, petites ouvertures rectangulaires et non simple fentes. De même, les créneaux de la face (3) et des flancs (2 à l'ouest, 3 à l'est) ne sont pas de simple fentes au dehors comme à la tour est (n° 20), mais de véritables petites fenêtres sous arc surbaissé.

Tour 24. Tour bastionnée 24 vue du sud ouest.Tour 24. Tour bastionnée 24 vue du sud ouest. Tour 24. Détail de la guérite à l'angle de la tour 24.Tour 24. Détail de la guérite à l'angle de la tour 24. Tour 24. Façade de gorge de la tour bastionnée.Tour 24. Façade de gorge de la tour bastionnée. Tour 24. Intérieur du rez de chausssée voûté de la tour bastionnée.Tour 24. Intérieur du rez de chausssée voûté de la tour bastionnée. Tour 24. Intérieur du second étage de la tour bastionnée.Tour 24. Intérieur du second étage de la tour bastionnée.

Le reste des dispositions, internes notamment, est identique à ce qu'on observe à la tour est, adapté à un plan légèrement différent : même voûtement du rez-de-chaussée avec arcs-niche d'accès aux embrasures percés d'évents, même trémie dans la voûte pour l'escalier d'accès à l'étage, mais cette fois du côté sud. On notera que la niche de l'embrasure à canon du flanc ouest la plus proche de l'angle sud-ouest est logée en partie dans une sorte de renfoncement voûté pris en réserve de l'épaisseur murale. Au rez-de-chaussée, une porte de flanc a été percée à la place de la seconde embrasure de l'est avant 1722, lorsque la courtine parapet sud-ouest (n° 25) a été construite en avant du front des maisons. Au premier étage, une autre porte percée toujours dans le mur ouest de la tour la mettait en communication directe avec la maison attenante, qui avait été achetée par l'administration militaire dès le début du XVIIIe siècle pour servir de résidence en ville au gouverneur de la place.

L'étage de couronnement crénelé sous charpente aplatie à jambes de forces délestant les entraits conserve, outre la guérite d'angle, un autre aménagement d'origine logé dans le mur ouest à un emplacement analogue à celui des créneaux : il s'agit d'un cabinet de latrines encore muni de son siège en maçonnerie.

Les deux étages, transformés en dépôt, puis en chambrées avant 1920, furent aménagées en musée et appartement en 1952, sont recoupés de cloisonnements aujourd'hui très délabrés. La couverture à trois versants est revêtue de tuiles mécaniques qui paraissent dater des travaux de 1952.

Précision dénomination tour
Appellations tour de la Portette
Dénominations ouvrage fortifié
Aire d'étude et canton Pays Asses, Verdon, Vaïre, Var - Entrevaux
Adresse Commune : Entrevaux
Lieu-dit : le Bourg
Cadastre : 1816 G 328 ; 2006 G 183

Projetée par Vauban dans son projet du 31 janvier 1693, la tour de la Portette était montée à mi-corps en 1700. Elle occupe l'emplacement de l'ancienne porte du Pont, condamnée après l'effondrement du vieux pont de pierre en 1651. Comme le rappelle Roger Greaves, cette ancienne porte "reçut en 1692 des planchers et un toit afin de servir d'ouvrage de défense ; mais Vauban la fit démolir en 1693 afin de construire le bastion actuel". Le second projet issu de la tournée d'inspection de l'ingénieur, daté du 5 novembre de la même année, critique quant à la qualité de la mise en œuvre, est bien sévère. En effet cette tour était mieux construite que celle située plus à l'est (voir IA04001854). Le rapport entraîna l'ajout d'une guérite ou échauguette à quatre pans couronnant l'angle aigu sud-ouest. Les deux étages, transformés en dépôt puis en chambrées avant 1920 furent aménagées en musée et appartement en 1952. La nouvelle couverture en tuile creuse mécanique semble contemporaine de ces travaux.

Période(s) Principale : 4e quart 17e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Dates 1693, daté par source

Cette tour ne présente pas le plan pentagonal de rigueur que l'on observe sur la tour de la Caserne (voir IA04001854). Dissymétrique, elle affecte une forme de losange composée de deux flancs d'inégale longueur et d'une face biaise. Il était prévu d'opposer au sud un éperon au confluent de la Chalvagne déversant dans le Var qui aurait en outre pu servir d'avant-tête de pont en cas de crue, mais cela aurait exposé la face la plus longue (ouest) au courant du Var. Le schéma initial a donc été inversé, sûrement aussi parce que la mise en place de la courtine sud, en avant des maisons à l'ouest de la tour, a protégé en partie le flanc ouest saillant de la tour. En outre la pointe sud a été émoussée en pan coupé fondé sur un berme ou épi en pierre de taille qui lui-même s'appuie sur la maconnerie préexistante de l'ancien pont, renforçant la solidité de l'ouvrage. La qualité générale de l'édifice et sa mise en oeuvre soignée contrastent avec son pendant à l'est. Cela s'observe pour le parement extérieur, la pierre de taille d'encoignure, les encadrements des bouches des canonnières, ces dernières rythmant les flancs de manière régulière. La porte d'entrée au milieu de la face de gorge atteste de la même qualité : encadrement en pierre de taille avec arc en plein-cintre à claveaux passants un sur deux. La guérite à quatre pans dans l'angle sud-ouest, portée en encorbellement au niveau du cordon signalant l'étage de couronnement crénelé témoigne aussi d'un vrai raffinement dû à un traitement décoratif élaboré. Verticalement les quatre pans reçoivent chacun un encadrement de pilastres qui flanquent deux registres horizontaux délimités par trois bandeaux. Le registre supérieur reçoit une fenêtre s'appuyant sur un cordon central ; le registre inférieur contient quant à lui un tableau à l'aplomb de l'ouverture, entre le cordon central et la plinthe. Si la guérite est en brique pleine, les consoles qui la soutiennent, au profil élaboré, sont en pierre de taille calcaire. De même les créneaux de la face (3) et des flancs (2 à l'ouest, dont un bouché, 3 à l'est) sont de véritables petites fenêtres sous arc surbaissé. Les dispositions intérieures sont similaires à celles de la tour de la Caserne, à quelques exceptions près : même voûtement au rez-de-chaussée avec arcs-niche d'accès aux embrasures, mêmes trous d'évent pour les gaz, trémie ménagée dans la voûte pour l'escalier charpenté d'accès à l'étage, au sud cette fois. Au premier étage une porte donne accès au bâtiment mitoyen ouest (ancienne parcelle 330, actuelle parcelle 184), acquis par l'administration militaire au début du 18e siècle pour servir de logement au commandant de la place. L'étage sous charpente aplatie à jambes de force délestant les entrais conserve un dispositif d'origine : un cabinet de latrines encore muni de son siège en maçonnerie. La couverture à trois versants est couverte en tuile creuse mécanique.

Toit tuile creuse mécanique
Couvertures toit à longs pans
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1937/12/23
(c) Région Provence-Alpes-Côte d'Azur - Inventaire général - Corvisier Christian